2003
Économie et Prévision
Évaluation de la mise en place d’un système d’allocation universelle en présence de qualifications hétérogènes : le rôle institutionnel du salaire minimum
Etienne Lehmann
[(*)]
Cet article étudie si la mise en place d’une allocation universelle pourrait réduire à la fois le chômage et les inégalités.
La présence d’allocation universelle se traduit par davantage de progressivité dans le système fiscal, ce qui réduit la
pression salariale exprimée par les salariés lors des négociations salariales. Les effets quantitatifs dépendent toutefois de la
manière dont l’allocation universelle se substitue au salaire minimum.Mots-clés :
chômage frictionnel, politiques redistributives, salaire minimum.
This article examines whether the introduction of a universal allowance could reduce both unemployment and
inequalities.
The presence of a universal allowance leads to a more progressive tax system, thus reducing the wage pressure exerted by
employees in wage bargaining. The quantitative impact, however, depends on the precise way in which the universal
allowance replaces the minimum wage.Keywords :
frictional unemployment, redistributive policies, minimum wage.
Cet article est issu d’une recherche sur “Revenu Minimum, Justice et Emploi” menée pour le Commissariat Général du Plan. Des
versions antérieures de cet article ont été présentées à EUREQua, à l’Université de Saint-Etienne, à l’Université de Mons et aux
colloques JMA99, EEA99, EALE99 et T2M2001. Je remercie pour leurs commentaires Y. Algan, A. d’Autume, P. Cahuc,
M. Domingues Dos Santos, D. Fougère, Th. Gajdos, B. Holmlund, B. Salanié, E. Taugourdeau, B. Van der Linden et A. Zylberberg
ainsi que les deux rapporteurs anonymes.
Cet article étudie si la mise en place d’une allocation universelle pourrait réduire à la fois le chômage
et les inégalités. La présence d’allocation universelle se traduit par davantage de progressivité dans le
système fiscal, ce qui réduit la pression salariale exprimée par les salariés lors des négociations
salariales. Les effets quantitatifs dépendent toutefois de la manière dont l’allocation universelle se
substitue au salaire minimum.
Peut-on mettre en œuvre une politique de réduction
du chômage qui ne se traduise pas par un
accroissement de la pauvreté ? À première vue, une
analyse sommaire de dispositifs tels que l’assurance
chômage, le revenu minimum ou le salaire
minimum, suggère plutôt une réponse négative.
Pourtant, un examen plus approfondi de la question
permet de reconsidérer la réponse. En particulier,
l’allocation univ erselle, qui v erse
inconditionnellement à tous les individus un même
revenu forfaitaire, semble posséder des propriétés
très intéressantes, notamment lorsqu’on la compare
avec l’allocation chômage. C’est pourquoi de
nombreuses études ont récemment été consacrées à
l’impact de la mise en place d’une allocation
universelle.
Dans un cadre de fiscalité optimale où le chômage est
volontaire et où les travailleurs ont des productivités
hétérogènes, Piketty (1997), Bourguignon et
Chiappori (1998) ou d’Autume (2002) montrent
l’existence de trappes à pauvreté extrêmement
importantes dans le système fiscal français. Ce
dernier se caractérise en particulier par des taux
marginaux d’imposition très élevés pour les bas
revenus, entraînant une très faible incitation à
l’acceptation d’un emploi. D’une part, la présence de
minima sociaux tels que le Revenu Minimum
d’Insertion (RMI) ou l’Allocation Spécifique de
Solidarité (ASS) permet d’expliquer la présence de
taux marginaux proches de l’unité. D’autre part, le
versement des allocations de chômage s’interrompt
dès la reprise d’un emploi, accroissant ainsi le
caractère désincitatif du système. Comparé à cela, un
système d’allocation universelle permettrait de
limiter considérablement ces inconvénients car la
reprise d’un emploi s’accompagnerait du maintien
de l’allocation universelle.
Tous ces travaux peuvent être critiqués par le fait
qu’ils ignorent le comportement des entreprises et
les mécanismes de formation des salaires. Diverses
contribution, dont Cahuc et Lehmann (2002) ou
Boone et Bovenberg (2001), montrent pourtant dans
un cadre où offre et demande de travail sont
endogènes, que l’incitation de l’offre de travail peut
permettre des créations d’emplois substantielles. En
rendant la recherche d’emploi plus intéressante pour
les chômeurs, on peut espérer un processus
d’appariement plus efficace, un déplacement de la
courbe de Beveridge vers le Sud-Ouest et donc une
hausse de l’emploi.
Van der Linden (2002,2000 et 2001), Algan (1995)
et Cheron (2000 ) se sont intéressés aux
conséquences de l’allocation universelle dans des
contextes où les décisions des entreprises et la
formation des salaires jouent un rôle prépondérant,
mais où en revanche, les travailleurs sont
ex ante
homogènes
[1]. Cette littérature montre que pour un
même rapport entre les revenus nets des travailleurs
et des chômeurs, un système d’allocation universelle
implique un taux de chômage plus faible qu’un
système traditionnel d’indemnisation du chômage.
Ceci s’explique par le fait que la présence d’une
allocation universelle positive rend le résultat des
négociations salariales moins crucial pour les
travailleurs, ce qui réduit la pression salariale, et
donc le chômage. En effet, le salaire négocié ne
représente plus qu’une fraction du revenu des
travailleurs et non plus la totalité. On retrouve ainsi
une propriété classique des modèles de négociations
salariales : une taxation plus progressive réduit à la
fois les salaires négociés et le niveau du chômage
(voir par exemple Malcomson et Sartor, 1987 ;
Lockwood et Manning, 1993 ; Holmlund et Kolm,
1995 ou Pissarides, 1998). La mise en place d’une
allocation universelle apparaît alors comme une
façon simple d’implémenter une telle réforme. La
contribution d’Algan (2000) s’intéresse à la
dynamique transitoire de l’économie. Les
simulations présentées suggèrent que les effets
bénéfiques de l’allocation universelle en termes de
baisse du chômage seraient obtenus assez
rapidement. Chéron (2000) propose une étude
similaire en utilisant un modèle d’appariement dans
lequel les salaires sont négociés et où le
comportement de recherche d’emploi des chômeurs
rentre en ligne de compte. Il montre que pour un
niveau donné du taux de taxe, le remplacement de
l’allocation de chômage par une allocation
universelle permet une baisse importante et rapide
du chômage. Si en revanche, c’est le rapport entre le
revenu des travailleurs et celui des chômeurs qui est
fixé, l’alourdissement des taxes réduit les effets
favorables du remplacement de l’allocation de
chômage par une allocation universelle.
La principale critique que l’on peut adresser à ces
études est qu’elles ne prennent en compte qu’une
source d’inégalités : la distinction emploi-chômage.
Il semble donc indispensable d’étudier les
conséquences de l’allocation universelle dans un
cadre plus riche où les travailleurs seraient
hétérogènes. En particulier, dans la plupart des pays
de l’OCDE, les travailleurs sont d’autant mieux
rémunérés et d’autant moins exposés au risque de
chômage qu’ils sont fortement qualifiés. Il semble
donc que la qualification des travailleurs constitue
une dimension d’hétéro gén éité qu ’il est
particulièrement pertinent de prendre en compte
pour étudier les problèmes d’inégalités et de
redistribution.
Van der Linden (2000) considère à ce titre une
économie avec deux types de travailleurs : des
travailleurs qualifiés dont le salaire est négocié et des
travailleurs non qualifiés dont le revenu est
déterminé par un salaire minimum. Il compare alors
les effets d’un abattement forfaitaire des charges
sociales patronales et de la mise en place d’une
allocation universelle. Les deux politiques réduisent
la pression salariale et donc le taux de chômage en
rendant le système de prélèvement plus progressif.
Mais l’allocation universelle réduit également le
chômage en rendant l’emploi plus intéressant. Elle
présente cependant l’in conv énient d’être
potentiellement plus coûteuse si elle étend le
bénéfice de l’indemnisation du chômage aux
inactifs.
Cet article s’inscrit dans la lignée de Van der Linden
(2000) où l’auteur étudie l’impact de l’allocation
universelle dans une économie avec deux types de
qualifications. Le modèle de base est celui de
Pissarides (1990) dans lequel le chômage provient de
l’imperfection du processus d’appariement entre
entreprises et travailleurs. Nous nous intéressons
essentiellement aux interactions entre l’allocation
universelle et le salaire minimum. En effet, la
question de l’interaction avec les systèmes
d’indemnisation du chômage est appréhendée en
profondeur par Van der Linden (2002). Il distingue
d’une part uneallocation universelle partielle, qui est
d’un montant inférieur au niveau des allocations de
chômage et qui n’affecte pas directement le revenu
des chômeurs et une allocation universelle totale
dont le montant est supérieur au niveau des
allocations de chômage et qui bénéficie de façon
symétrique aux chômeurs et aux travailleurs. Van der
Linden (2001) compare par ailleurs les effets de
l’allocation universelle selon qu’elle bénéficie ou
non aux inactifs. Par rapport à ces différentes
variantes, nous reprenons le principe d’une
allocation universelle partielle se substituant Euro
pour Euro au niveau des allocations de chômage. En
revanche, nous ne nous intéressons pas à
l’opportunité de verser l’allocation universelle aux
inactifs. Néanmoins, nous appréhendons le fait que
les jeunes qui arrivent sur le marché du travail en ne
bénéficiant ni des allocations chômage, ni des
minima sociaux bénéficient de l’allocation
universelle.
Nous procédons à des simulations numériques de la
mise en place d’une allocation universelle d’un
montant de 200€ par mois (environ 1 312 F). Nous
considérerons trois situations types. Dans la
première, les salaires des travailleurs qualifiés et non
qualifiés sont négociés. Le taux de chômage baisse
d’environ 1,4 point, le bien-être des travailleurs non
qualifiés augmente d’environ 4,5 % tandis que celui
des qualifiés diminue de 2,5 %. L’allocation
universelle semble donc capable de réduire à la fois
le chômage et les inégalités.
Dans les deux autres situations, le salaire des
travailleurs non qualifiés est déterminé par un salaire
minimum. Les conséquences de l’allocation
universelle dépendent alors de la façon dont
interagissent allocation universelle et salaire
minimum. Deux cas polaires peuvent être distingués
selon que l’allocation universelle se substitue ou non
au salaire minimum.
On peut tout d’abord considérer que la législation sur
le salaire minimum définit un minimum pour le
revenu net des travailleurs après transferts (i.e.
salaire versé + allocation universelle). Une hausse de
l’allocation universelle se traduit alors par une baisse
Euro pour Euro du salaire brut versé par les
entreprises aux salariés non qualifiés et par le
maintien de leur revenu. Les conséquences de
l’allocation universelle sont alors plus intéressantes
en termes de baisse du chômage (une baisse de 1,8
points ) et mo ins intéressantes en termes
d’amélioration du bien-être des non-qualifiés (une
hausse réduite à 0,38 % pour les employés et à 0,47 %
pour les chômeurs).
On peut en revanche considérer que la législation sur
le salaire minimum définit un minimum pour le
salaire brut des travailleurs avant transferts. Une
hausse de l’allocation universelle se traduit alors par
une hausse Euro pour Euro du revenu des travailleurs
non qualifiés et par le maintien du salaire brut que les
entreprises leur versent. Dans ce cas de figure,
l’introduction de l’allocation universelle améliore
sensiblement le bien-être des travailleurs non
qualifiés (hausse aux alentours de 19 %) tandis que le
taux de chômage ne baisse plus que de 0,67 point.
La structure du papier est la suivante. La première
partie présente le modèle et analyse qualitativement
les conséquences de l’allocation universelle. La
deuxième partie expose la méthode et les résultats
des simulations numériques et la troisième partie
conclut.
Le modèle et ses propriétés qualitatives
Le cadre d’analyse est un modèle d’appariement en
temps continu avec une structure de “jeunesse
perpétuelle”. Dans ce contexte, le chômage est la
conséquence d’un processus d’appariement
imparfait. Pourrecruter un travailleur, une entreprise
doit au préalable “poster un emploi vacant”, ce qui
lui coûte de l’argent et peut durer longtemps. Le
recours au modèle de Pissarides (2000) permet par
ailleurs de retrouver une structure analogue au
modèle WS-PS tout en étant compatible avec les
hypothèses d’inélasticités des productivités des
travailleurs qualifiés et non qualifiés aux différentes
réformes engagées.
On suppose l’existence de deux types de travailleurs
et d’emplois : des qualifiés et des non qualifiés. Les
travailleurs qualifiés (respectivement, les non
qualifiés), ne sont supposés pouvoir s’apparier
qu’avec des emplois vacants qualifiés (resp. non
qualifiés), qui deviennent alors des emplois occupés
qualifiés (resp. non qualifiés). Les emplois qualifiés
sont caractérisés par une productivité plus forte et
par une durée de vie plus longue. La qualification des
travailleurs, des emplois occupés et des emplois
vacants est indexée par la lettre a, avec a us s={ , }
respectivement pour non qualifié et qualifié. Un
emploi occupé de type a permet de produire un flux
de biens et services ya, et se détruit de façon exogène
au taux qa avec y y us s < et q q us s <.
Les travailleurs ont une durée de vie aléatoire et
décèdent selon un processus de Poisson de paramètre
n. Ils ont par conséquent la même probabilité de
mourir l’instant d’après, quel que soit leur âge et
quelle que soit leur situation sur le marché du travail.
À chaque instant, il y a un flux
n de travailleurs qui
naissent, ce qui implique que la taillede la population
totale est normalisée à 1. Juste après sa “naissance”
(
i.e. lorsqu’il entre sur le marché du travail), un
travailleur devient ou non qualifié selon un
processus aléatoire exogène. Avec la probabilité
Na
il acquiert le niveau de qualification
a =
us,
s, avec
N N us s + =1. La normalisation à 1 de la taille de la
population active implique alors que
Na correspond
également au nombre de travailleurs (employés et au
chômage) ayant le niveau de qualification
a.
Lorsqu’ils “naissent”, les travailleurs sont chômeurs
mais n’ont pas encore ouverts de droits à
l’indemnisation du chômage. Ils font donc partie des
“chômeurs non indemnisés”. La structure de
“jeunesse perpétuelle” du modèle permet ainsi
d’étudier l’impact de l’allocation universelle sur le
bien-être d’individus en situation de non-emploi qui
ne sont éligibles ni aux minima sociaux français à
cause de leur jeunesse
[2], ni à l’assurance chômage
car ils recherchent leur premier emploi.
Les chômeurs indemnisés et non indemnisés
rencontrent alors des emplois vacants pour devenir
des “travailleurs employés”. Lorsque leurs emplois
sont détruits, les travailleurs deviennent des
chômeurs indemnisés (cf. graphique 1). Les
travailleurs n’ont pas accès aux marchés financiers.
Ils ne peuvent donc ni emprunter, ni épargner, ni
avoir recours à une assurance privée contre le risque
de chômage. D e plus, ils con somment
instantanément l’intégralité de leurs revenus
courants. Ils escomptent le futur au taux r. Les firmes
cherchent à maximiser la somme actualisée de leurs
profits. Dans un souci de simplicité, on suppose que
le taux d’intérêt réel qu’utilisent les firmes pour
actualiser leurs profits coïncide avec le taux
d’escompte des ménages.
Le processus d’appariement
On note respectivement
v U e u a a a a, , ,, et
uja le
nombre d’emplois vacants, le nombre de chômeurs,
le nombre de travailleurs employés, le taux de
chômage et le taux de chômage non indemnisé de
type
a =
us, s. Les
Ua chômeurs et les
va emplois
vacants se rencontrent pour former des emplois
occupés. L’intensité de ce processus est modélisée
par une fonction d’appariement à rendements
constants notée
M U v a a ( , )
[3]. La fonction
M (.,.) est
strictement croissante en chacun de ses arguments et
vaut zéro dès que l’un de ses arguments est nul. En
notant
θa a a v U= / le paramètre de tension sur le
marché du travail
a, les emplois vacants (resp. les
chômeurs) rencontrent des chômeurs (resp. des
emplois vacants) selon un processus de Poisson de
paramètre
ma ( )
θ (resp.
θ θ a a m( )) où la fonction
m (.) est définie par :
Ainsi, la
fonction
m (.) est par construction strictement
décroissante, tandis que la fonction
θ θ)
θm M( ( , )≡ 1
est strictement croissante
[4].
Sur chaque segment du marché du travail, la
connaissance de θa suffit à déterminer les stocks de
chômeurs, d’employés et de chômeurs non
indemnisés à l’état stationnaire. En effet, à chaque
instant, le flux de nouveaux chômeurs de type a
correspond au flux des nouveaux entrants sur le
marché du travail d’intensité n Na. et au flux des
emplois détruits d’intensité q u N a a a ( )1−. Les
individus sortent du chômage en trouvant un emploi
ou en mourant selon des processus de Poisson de
paramètres respectifs θ θ a a m( ) et n. Aussi, à l’état
stationnaire, letaux de chômage sur le segment aest :
tandis que le nombre de travailleurs vérifie :
Enfin, il reste à déterminer le nombre de chômeurs
non indemnisés à l’état stationnaire. Il s’agit des
jeunes qui rentrent sur le marché du travail selon un
flux d’intensité n Na. et qui, n’ayant jamais travaillé,
ne sont pas encore éligibles aux différents régimes
d’indemnisation du chômage (assurance chômage,
ASS ou RMI). Comme tous les autres chômeurs, un
chômeur non indemnisé sort de sa catégorie, soit en
trouvant un emploi, soit en mourant, selon des
processus de Poisson d’intensité θ θ a a m( ) et n. À
l’état stationnaire, ils sont donc au nombre de
uj N a a. avec :
Ainsi, sur chaque segment du marché du travail,
l’accroissement du paramètre de tension sur le
marché du travail θa s’accompagne d’une hausse de
l’emploi et d’une baisse du nombre de chômeurs,
indemnisés ou non.
Graphique 1
la structure du modèle
Les travailleurs
Nous notons respectivement par w b a, et za, le
salaire net, le montant de l’allocation universelle et
le niveau des allocations de chômage des travailleurs
de type a. Les allocations de chômage que nous
considérons ici ne concernent pas seulement les
indemnités liées à l’assurance chômage. Au
contraire, nous intégrons dans les allocations de
chômage certains minima sociaux qui jouent dans les
faits un rôle “d’assistance chômage” comme l’ASS
ou le RMI. Il conviendrait en toute rigueur de
distinguer des “chômeurs indemnisés de courte
durée’’ et des “chômeurs indemnisés de longue
durée” pour appréhender correctement le rôle
spécifique joué par ces différents dispositifs. Opérer
de la sorte aurait rendu le modèle plus compliqué
sans changer qualitativement les résultats. C’est
pourquoi nous assimilons les minima sociaux aux
allocations de chômage.
La fixation des allocations de chômage tient à
reproduire les deux faits stylisés suivants. D’une
part, les travailleurs qualifiés qui se retrouvent au
chômage bénéficient d’allocations plus élevées que
leurs homologues non qualifiés. D’autre part, le ratio
de remplacement (i.e. le ratio entre le niveau des
allocations de chômage et le salaire net d’un
travailleur employé) est plus élevé pour les
travailleurs non qualifiés que pour les travailleurs
qualifiés. La conjonction deces deux faits stylisés est
la conséquence du mode de détermination du niveau
des allocations de chômage qui obéit en réalité à deux
logiques distinctes.
D’un coté, la logique d’assurance “Bismarkienne’’
vise à protéger les travailleurs actuellement
employés contre le risque éventuel de se retrouver au
chômage dans le futur. Cette logique recommande
par conséquent que les allocations s’accroissent avec
les salaires que les travailleurs touchaient avant de se
retrouver au chômage. D’un autre coté, la logique
redistributive “Beveridgienne” vise à garantir un
revenu minimum décent à tous les individus, quel
que soit le risque social, et recommande par
conséquent le versement d’un revenu forfaitaire aux
chômeurs. C’est pourquoi nous supposerons que le
niveau des allocations de chômage est la somme
d’une fraction bismarkienne
ρ.
wa (avec
ρ∈[ , ]0 1 )
proportionnelle au salaire des travailleurs de type
a
et un composante beveridgienne forfaitaire
z
[5].
Dans la réalité institutionnelle, les minima sociaux
sont déterminés uniquement en fonction de la taille
du ménag e confo rmément à la logiq ue
“Beveridgienne”. En revanche, les prestations
d’assu rance chô mage so nt purement
proportionnelles lorsque le salaire de référence est
supérieur à un seuil, conformément à la logique
“Bismarckienne”. En dessous de ce seuil, les
prestations d’assurance chômage sont calculées en
fonction du salaire selon une fonction affine
analogue à celle que nous utilisons.
Nous considérons dans cet article la mise en place
d’une allocation universelle partielle qui se substitue
av ec la composante bev eridgienne de
l’indemnisation du chômage. En effet, cette
composante, tout comme l’allocation universelle,
répond à des objectifs de redistribution des revenus.
La mise en place de l’allocation universelle revient
alors à étendre aux travailleurs employés et aux
chômeurs non indemnisés une partie des bénéfices
de la composante beveridgienne des allocations de
chômage. Ainsi les travailleurs de type
a reçoivent
un revenu
z w z a a = +
ρ. quand ils sont chômeurs
indemnisés,
b quand ils sont chômeurs non
indemnisés et
w b a + quand ils occupent un
emploi
[6]. En effet les “chômeurs non indemnisés”
sont dans ce modèle des jeunes qui arrivent sur le
marché du travail à la recherche d’un premier
emploi. Ils ne sont donc éligibles ni au régime
d’assurance chômage, ni aux différents dispositifs de
minima sociaux. Ils seraient en revanche concernés
par la mise en place d’une allocation universelle.
Sous ces hypothèses, les espérances d’utilité
intertemporelles des travailleurs, des chômeurs
indemnisés et non indemnisés de type
a, que l’on
note respectivement par
V a a et
Vaj, sont définies à
V e u,
l’état stationnaire par les équations suivantes
[7] :
où la fonction d’utilité instantanée
v (.) est spécifiée
par
v ( ) / (
ω ω λ)
λ = − −1 1, avec
λ≥0 représentant le
degré relatif d’aversion pour le risque
[8].
La contrainte budgétaire de l’État
La contrainte budgétaire de l’État détermine la
valeur du taux de taxe
τ qui permet de financer le
versement de l’allocation universelle et des
allocations de chômage
[9]. Sur chaque segment du
marché du travail, il y a
N u uj a a a ( )− chômeurs à
indemniser qui touchent une allocation de chômage
égale à
ρ. ,
w z b N a a + − individus qui touchent
l’allocation universelle, tandis que le taux de taxe
τ
s’applique au salaire net
wa des ( )1−
ua salariés de ce
segment du marché du travail. L’équilibre
budgétaire s’écrit par conséquent :
Pour des niveaux donnés des paramètres de tensions
θus et θs, des salaires nets wus et ws et donc des taux
de chômage u u uj us s us, , et ujs une hausse de
l’allocation universelle accroît les dépenses de l’État
et donc le taux de taxe τ. En effet, la baisse des
allocations à verser aux chômeurs indemnisés ne
suffit pas à compenser les allocations universelles à
verser à tous les individus de notre économie. De
même, le taux de taxe τ augmente avec le niveau des
taux de chômage indemnisés u uj us us − et u uj s s −.
Ainsi, si l’allocation universelle diminue le
chômage, l’effet sur le taux de taxe peut être ambigu.
Les entreprises
On supposera que le postage d’un emploi vacant de
type a implique à chaque instant un coût de postage
ca. Poster un emploi qualifié implique des coûts
supérieurs à poster un emploi non qualifié. Aussi,
a-t-on c c us s <. Ainsi, les valeurs des emplois vacants
et des emplois occupés de type a, que l’on note
respectivement par Jav et Ja, sont définies par les
équations :
Les entreprises sont libres de poster autant d’emplois
vacants qu’elles le veulent. Elles en posteront donc
jusqu’à ce que la valeur des emplois vacants
devienne nulle, conformément à la condition dite de
“libre entrée” Jav =0. Aussi :
En injectant cette équation dans (9) on obtient :
d’où l’on déduit que :
Cette expression constitue une première relation
entre le salaire et le paramètre de tension sur le
marché du travail a, que l’on peut représenter dans un
plan ( ; )θa a w par une courbe décroissante intitulée
PSa (cf. graphiques 2 et 3). Une hausse du salaire
augmente le coût du travail et diminue le profit
qu’engendre un emploi occupé. Les entreprises sont
donc incitées à poster moins d’emplois vacants, ce
qui diminue le paramètre de tension, raccourcit le
délai moyen de pourvoi d’un emploi vacant, jusqu’à
ce que la valeur d’un emploi vacant redevienne nulle.
Ainsi, l’équation (12) a le statut d’une demande de
travail agrégée.
Une hausse de la productivité ya, ou une baisse du
taux de taxe τ, du coût de postage d’un emploi vacant
ca ou du taux de destruction des emplois qa déplace
vers la droite la courbe PSa. Pour un niveau donné de
salaire, une hausse de ya, une baisse de τou de qa
augmentent la valeur d’un emploi occupé. Les
entreprises sont donc incitées à poster davantage
d’emplois vacants, ce qui augmente le paramètre de
tension sur le marché du travailθa, allonge les délais
de pourvoi des emplois vacants 1 / ( )ma θ et permet
ainsi de retrouver la condition de libre entrée Jav =0.
Le raisonnement est analogue concernant la statique
comparative de la courbe PSa lorsque le coût de
postage d’un emploi vacant s’accroît.
Les négociations salariales
Lorsque le salaire est négocié, les partenaires
préfèrent s’accorder en négociant un salaire plutôt
que de rompre les négociations. En effet, dans ce cas
de figure, le travailleur devient “chômeur
indemnisé”
[10] ‘ et l’emploi redevient “vacant”. On
modélise alors cette négociation par un programme
de Nash dans lequel les partenaires négocient le
salaire
w en prenant comme données les variables
a agrégées que constituent les points de menace
Jv et
Vau. En notant
γ∈] , [0 1 le pouvoir de négociations des
travailleurs, le programme de négociation s’écrit :
La condition du premier ordre de ce programme
permet d’obtenir la courbe des salaires (cf. annexe
1) :
Cette équation définit implicitement
[11] une seconde
relation entre le salaire
wa et le paramètre de tension
θa sur le marché du travail de type
a. Cette relation
est représentée dans le diagramme ( ; )
θa a w par une
courbe intitulée
WSa (cf. graphique 2).
On s’aperçoit que le paramètre θa dépend
essentiellement de deux termes. D’une part, le “ratio
de remplacement effectif”
correspond au
rapport entre le revenu des travailleurs et le revenu
des chômeurs indemnisés. Plus ce ratio est élevé,
moins l’emploi est intéressant pour les travailleurs,
plus le taux de chômage est élevé et plus θest faible.
D’autre part, le terme
représente la part du
salaire négocié dans le revenu des travailleurs. Une
diminution de ce terme rend moins crucial le résultat
des négociations salariales pour les travailleurs, ce
qui diminue la pression salariale, le taux de chômage
et augmente θa. Ce dernier effet est en réalité très
classique dans les modèles de négociations salariales
puisque ce terme correspond également à l’élasticité
du revenu des travailleurs par rapport au salaire
négocié et à l’inverse de l’indice de progressivité de
Musgrave. On retrouve alors le résultat bien connu
selon lequel une hausse de la progressivité implique
une baisse du taux de chômage d’équilibre (cf.
Malcomson et Sartor, 1987; Lockwood et Manning,
1993; Holmlund et Kolm, 1995 ou Pissarides, 1998).
En général, dans les modèles de chômage
d’équilibre, la courbe de salaire est verticale, les
déplacements de la courbe
PSa n’affectant ni la
tension
θa ni le taux de chômage d’équilibre. Ceci se
produit en particulier lorsque la taxation est linéaire
et lorsque le ratio de remplacement effectif est
indépendant du salaire. Dans ce modèle, ces deux
conditions ne sont pas remplies pour deux raisons.
Premièrement, une partie seulement des allocations
de chômage est indexée sur le salaire négocié. Une
hausse du salaire augmente donc davantage le
revenu des travailleurs que celui des chômeurs, ce
qui implique une baisse du ratio de remplacement
effectif ( ) /( )
ρw z w b a a + + et une hausse de
θa
[12].
Cet effet tend à rendre la courbe
WSa croissante dans
le d iag ramme ( ; )
θa a w (cf. grap hique 2).
Deuxièmement, une hausse de
wa augmente la part
w w b a a / ( )+ du salaire négocié dans les revenus des
agents, ce qui rend le résultat des négociations
salariales plus crucial pour les travailleurs, accroît le
taux de chômage d’équilibre et diminue
θa. Ce
deuxième effet tend au contraire à rendre la courbe
WSa décroissante dans le diagramme ( ; )
θa a w. On
s’aperçoit alors qu’en l’absence d’allocation
universelle, le deuxième effet ne joue pas. Aussi, par
continuité, pour des valeurs “faibles” de
b, la courbe
WSa est croissante. Ce résultat est d’ailleurs
largement vérifié dans les simulations numériques
pour de larges plages de paramètres.
On retrouve alors des résultats très classiques dans la
littérature. Une hausse du ratio de remplacement
bismarckien ρ ou de la composante beveridgienne
des allocations de chômage z accroît le ratio de
remplacement effectif ( ) / ( )ρw z w b a a + + et
déplace la courbe WSa vers la gauche. Il en est de
même avec une hausse du pouvoir de négociation γ
ou du coût de postage des emplois vacants ca ou une
baisse de la productivité ya des emplois.
Le résultat nouveau provient d’une hausse de
l’allocation universelle b. Comme l’allocation
universelle reste inférieure à la composante
beveridgienne z des allocations de chômage, une
hausse de b diminue le ratio de remplacement effectif
( ) / ( )ρw z w b a a + +, ce qui tend à déplacer la
courbeWSa vers la droite. De plus, une hausse de b
diminue la part du salaire négocié dans le revenu des
travailleurs w w b a a / ( )+, ce qui tend également à
déplacer la courbe WSa vers la droite.
L’équilibre du marché du travail est alors représenté
sur la graphique 2 par l’intersection des courbes
WSa et PSa. Une hausse de l’allocation universelle
déplace la courbe WSa vers la droite en WSa '. Ceci
contribue à accroître la tension sur le marché du
travail θa et à diminuer les salaires négociés wa et par
conséquent le revenu des chômeurs indemnisés
ρw z a +.
Graphique 2
les effets de l’allocation universelle
quand le salaire est négocié
La mise en place de l’allocation universelle aurait
alors des effets ambigus sur le taux de taxe τ. En
effet, nous avons vu que l’allocation universelle tend
à accroître le taux de taxe par un effet direct (cf.
équation (7)). La hausse du paramètre de tension sur
le marché du travail θa tend au contraire à diminuer
le nombre de chômeurs à indemniser ( )u uj N a a a −,
ce qui tend à diminuer le taux de taxe. Enfin, la baisse
des salaires négociés wa tend d’une part à accroître le
taux de taxe en réduisant la base imposable
N u w a a a ( )1−, mais elle induit d’autre part une
baisse du niveau des allocations de chômage.
Toutefois, il est raisonnable de penser que le taux de
taxe augmente avec l’allocation universelle, ce qui
sera d’ailleurs confirmé par les simulations
numériques. Ceci déplacerait la courbe PSa vers la
gauche en PSa '.
Les déplacements des courbes WSa et PSa
convergent alors pour diminuer le salaire négocié wa
et le revenu instantané ρw z a + des chômeurs
indemnisés, mais implique un effet ambigu sur le
revenu net des travailleurs w b a +, le paramètre de
tensionθa et le taux de chômage ua. Des simulations
numériques sont donc indispensables pour lever ces
ambiguïtés.
Allocation universelle et salaire minimum
Que se passe-t-il à présent si le salaire est déterminé
par le salaire minimum ? On sait en effet qu’en
France, les salaires des travailleurs les moins
qualifiés dépendent étroitement du niveau du SMIC
et que toute évolution du SMIC a des effets
importants sur le revenu des travailleurs dont le
salaire est situé juste au-dessus du salaire minimum
(cf. CSERC 99).
L’équilibre partiel sur le marché du travail est alors
décrit par l’intersection d’une courbe PSa, qui reste
inchangée, et d’une courbe WSa, qui devient
horizontale pour signifier que le niveau du salaire net
versé wa reste fixé au niveau du salaire minimum,
quelle que soit la valeur de θa (cf. graphique 3). Les
effets de l’allocation universelle dépendent alors de
la façon dont interagissent allocation universelle et
salaire minimum. Deux cas polaires peuvent être
distingués.
Dans le premier cas, l’allocation universelle ne
modifie pas le salaire net wa versé par les entreprises
et accroît Euro pour Euro le revenu net des
travailleurs. Nous qualifions cette situation
“d’absence de substitution” entre salaire minimum
et allocation universelle. Dans ce cas, la courbe
WSa reste inchangée, tandis que la courbe PSa se
déplace vers la gauche en PSa 'si le taux de taxe τ
augmente. On aboutit alors (cf. graphique 3) à une
baisse de θa et une hausse du chômage, mais
également à une hausse des revenus instantanés des
travailleurs, et des chômeurs non indemnisés, tandis
que les revenus des chômeurs indemnisés demeurent
identiques.
Dans le deuxième cas, l’allocation universelle se
substitue au SMIC, diminue Euro pour Euro le
salaire wa versé par les entreprises et ne modifie pas
le revenu net des salariés. Nous qualifions cette
situation “de substitution totale” entre salaire
minimum et allocation universelle. Dans ce cas de
figure, le salaire net wa diminue lorsque l’allocation
universelle augmente afin de maintenir constant le
revenu des salariés. Ceci se traduit dans le graphique
3 par le déplacement de la courbeWSa enWSa '. Si le
taux de taxe τ doit augmenter pour financer
l’allocation universelle, l’équilibre se situe
finalement à l’intersection des courbesWSa 'et PSa '.
Le salaire net wa diminue tandis qu’une ambiguïté
demeure concernant l’évolution de θa, de l’emploi
ea et du chômage ua. Les revenus instantanés des
salariés restent inchangés, ceux des chômeurs
diminuent du fait de l’indexation de leurs allocations
sur le salaire net, tandis que ceux des chômeurs non
indemnisés augmentent.
Des simulations numériques sont donc là aussi
nécessaires pour lever toutes ces ambiguïtés.
Graphique 3
les effets de l’allocation
universelle quand le salaire est fixé
par le SMIC
Les résultats des simulations
Nous proposons à présent une simulation des
conséquences de l’introduction de l’allocation
universelle dans 3 situations différentes. Dans la
première situation, les salaires des qualifiés et des
non-qualifiés font l’objet de négociations. Dans les
deux derniers cas, le salaire des qualifiés est négocié,
tandis que le salaire des non-qualifiés est déterminé
par le salaire minimum qui est substitué ou non à
l’allocation universelle
[13].
Etalonnage
L’étalonnage du modèle consiste à déterminer la
valeur des paramètres exogènes qui serviront aux
différentes simulations. Ce sont les mêmes
paramètres qui serviront aux trois simulations afin
que les différences que l’on constatera entre les trois
scén arios proviennent exclusiv ement des
différences dans la détermination du salaire des
non-qualifiés et non de différences dans les valeurs
des paramètres. Il faut alors distinguer deux types de
paramètres à étalonner : ceux dont nous connaissons
a priori les ordres de grandeur et ceux que nous
fixerons de façon à reproduire une économie simulée
sans allocation universelle que nous jugerons proche
de l’économie française.
Nous adoptons une spécification de Cobb-Douglas
symétriq ue d e la fon ction d’appariemen t
M U V m U V( , )/ / =01 2 1 2 (cf. Cahuc et Zylberberg,
2001 ou Petronlogo et Pissarides, 2001) pour une
discussion critique de cette paramétrisation). Le taux
d’escompte r est supposé coïncider avec le taux
d’intérêt réel que nous prenons égal à 3% par an. Le
taux de mortalité est fixé à 3% par an, ce qui
correspond à une durée de vie active moyenne un peu
inférieure à 35 ans. Nous fixons enfin à 0,3 le degré
relatif d’aversion pour le risque des travailleurs.
Tableau 1
les paramètres a priori
Tableau 1 : les paramètres a priori
r n λ
0,03 0,03 0,3
Les paramètres restants sont déterminés de façon à ce
que l’économie simulée puisse reproduire, en
l’absence d’allocation universelle (
i.e. pour
b = 0),
certaines caractéristiques du marché du travail
français. La première difficulté concerne le choix
d’une limite entre qualifié et non-qualifié. Comme le
but de notre exercice numérique est de comparer les
conséquences de l’allocation universelle sous
différentes hypothèses concernant le salaire
minimum (absence ou non du SMIC), il nous semble
opportun de définir les non-qualifiés comme étant
ceux dont les salaires sont directement ou
indirectement déterminés par le salaire minimum à
travers des “effets de diffusion”
[14]. À la lumière de
différentes études (cf. CSERC 1999), nous avons
donc choisi une répartition de 20 % de non-qualifiés
et 80 % de qualifiés.
Avec cette répartition, nous voulons reproduire un
taux de chômage de 14 % et un revenu net de 900€
(environ 5900 F) pour les travailleurs non qualifiés.
Afin d’obtenir un taux de chômage agrégé de 10% et
un salaire net moyen de 1 500€ (environ 9840 F),
nous devons reproduire un taux de chômage de 9%
pour les qualifiés et un salaire net de 1650€ (environ
10 820 F) pour ces mêmes qualifiés. Par ailleurs,
nous avons fixé à 0,25% le taux de destruction des
emplois non qualifiés et à 0,2% celui des qualifiés, ce
qui est une façon très imparfaite de prendre en
compte le fait que les emplois non qualifiés sont plus
souvent des emplois précaires (CDD ou contrats
aidés). Des ratios de remplacement effectifs de 0,8
pour les non-qualifiés et de 0,6 pour les qualifiés
correspondent aux évaluations des ratios de
remplacement après transferts proposés par Martin
(1996). Nous souhaitons également que les
élasticités des demandes de travail présentent des
valeurs réalistes. Conformément aux études de
Dormont et Pauchet (1997), la demande de travail est
d’autant plus élastique que les travailleurs sont peu
qualifiés. Une valeur de
ηeus =−1 pour les
wus travailleurs non-qualifiés nous semble alors
réaliste
[15]. Enfin, la durée de pourvoi d’un emploi
vacant non qualifié est fixée à 5 semaines, ainsi que le
suggère les résultats de Maillard (1997)
[16].
La dernière étape de l’étalonnage consiste alors à
résoudre le modèle à “l’envers”, la valeur prise par
les variables endogènes dans la situation de
référence déterminant les valeurs des paramètres
exogènes restants.
Tableau 2
la situation de référence
Tableau 2 : la situation de référence
z z
uus us wus ws qus qs us s Nus Ns mus ( )θ ηweuus
w us w s
14% 9% 900 € 1 650€ 0,25 0,2 0,8 0,6 0,2 0,8 10-1
Tableau 3
les paramètres restants
Tableau 3 : les paramètres restants
z yus ys cus cs m0 γ ρ τ ηwes
96€ 086€ 2081€ 4301€ 9519€ 4,147 0,18 0,36 5,82% -0,47
On remarque en particulier que les paramètres du
système d’indemnisation du chômage semblent
assez réalistes puisqu e la co mposante
Beveridgienne z des allocations de chômage se situe
à un niveau similaire au montant du RMI et que le
ratio Bismarckien ρest très proche de la valeur de 0,4
retenue pour le calcul des allocations de chômage
dans le principal régime d’indemnisation de
l’Unedic. Le pouvoir de négociations salariales
obtenu peut sembler faible, mais il correspond à des
résultats empiriques (cf. Cahucet Zylberberg, 2001).
Enfin, la valeur du taux de taxe dans la situation de
référence est de 5,82%, tandis que l’élasticité de la
demande de travail qualifiée est de ηwess = - 0,47.
Simulations en l’absence de salaire minimum
Les premiers résultats concernent le cas où les
salaires des qualifiés et des non-qualifiés font l’objet
de négociations. Nous savons d’ores et déjà que dans
cette situation, les salaires négociés diminuent avec
l’allocation universelle, tandis que les revenus nets
des travailleurs et les taux de chômage ont une
évolution a priori ambiguë (cf graphique 2).
Les simulations numériques permettent de lever ces
ambiguïtés. Les résultats sont présentés dans le
graphique 4 et le tableau 4. Dans la première colonne
de la figure, le premier graphique décrit les
évolutions du taux de chômage quand l’allocation
universelle
b, mesurée en euros, augmente. La
courbe en traits pleins correspond au taux de
chômage agrégé
u N u N u us us s s = +, la courbe en
titets au taux de chômage des non-qualifiés
uus et la
courbe en pointillés au taux de chômage des qualifiés
us. Le graphique concernant le coin fiscal montre les
changements de la part des taxes dans le coût du
travail
τ τ/ ( )1+. Le recours aux équivalents certains
permet d’interpréter plus facilement les espérances
d’utilités intertemporelles de chaque type d’agents
(travailleurs employés en traits pleins, chômeurs
indemnisés en tirets, chômeurs non indemnisés en
pointillés)
[17]. Les effets sur les profits des
entreprises sont exprimés en variations des valeurs
de chaque type d’emploi et en variations de
l’ensemble des profits
Le critère utilitariste
restreint aux travailleurs est également exprimé en
termes d’équivalent certain. Le produit agrégé
correspond à la production des emplois occupés net
des coûts de postage des emplois vacants
Enfin, dans les figures “revenus instantanés”, les
courbes en traits pleins correspondent aux revenus
des travailleurs employés, les courbes en tirets aux
revenus des chômeurs indemnisés.
Nous pouvons déduire de ces simulations que dans la
figure 2, les effets des déplacements des courbes
WSa sont plus importants que les effets des
déplacements des courbes
PSa. Aussi, l’emploi
augmente et le chômage diminue sur les deux
segments du marché du travail. Les effets cumulés
des baisses des deux ratios de remplacement effectifs
et des baisses des parts des salaires négociés dans les
revenus nets des employés sont quantitativement
plus importants que les conséquences de la hausse du
taux de taxe. Avec les paramètres retenus pour les
simulations, le salaire négocié des non qualifiés
wus
baisse de 156 , ce qui entraîne un augmentation de
leurs revenus nets
w b us + de 44€. En revanche, pour
les travailleurs qualifiés, le salaire négocié
ws diminue d’un montant supérieur à l’allocation
universelle, ce qui entraîne une diminution de leurs
revenus nets
w b s + de 32 €. La hausse des paramètres
de tension sur les deux marchés du travail permet
d’obtenir avec une allocation universelle de 200€
(soit environ 1312F) par mois une baisse de 3 points
du taux de chômage non qualifié, de 0,85 point du
taux de chômage qualifié, de 1,3 point du taux de
chômage agrégé, et une hausse de 37,7% de la valeur
d’un emploi non qualifié, de 11,7% d’un emploi
qualifié et de 20,04% des profits totaux
[19].
Tableau 4
les effets de la mise en place d’une allocation universelle de 200
Tableau 4 : les effets de la mise en place d’une allocation universelle de 200
Salaires négociés Avec Substitution au SMIC Sans Substitution au SMIC
( ; )u u us s-3,42 pt; -0.87 pt-5,63 pt; -0,87 pt 0 pt; -0,84 pt
u-1,38 pt-1,82 pt-0,67 pt
( ; )V V use se +4,51%; -2,55% +0,38%; -2,48% +19,8%; -4,35%
( ; )V V usu su +4,41%; -2,55% +0,47%; -2,48% +19,2%; -4,34%
( ; )V V usj s j +7,22%; -1,41% +3,56%; -1,35% +21,6%; -3,23%
( ; )J J us s +37,7%; +11,7% +78,3%; +11,7% 0%; +11,32%
Π +20,0% +31,3% +9,39%
W-1,53% -2,05% -1,03%
Y-0,99% -1,33% -0,86%
τ/s +15,4 pt +15,3 pt +18,1 pt
Graphique 4
les conséquences de l’allocation universelle lorsque les salaires sont négociés
Tableau 3’
les paramètres restants avec λ= 0,99
Tableau 3’: les paramètres restants avec λ= 0,99
z yus ys cus cs m0 γ ρ τ ηwes
396 € 1 086€ 2 114€ 4 30 €€ 10 467€ 4,147 0,20 0,36 5,82% -0,43
Les revenus courants des qualifiés employés et des
chômeurs indemnisés diminuent, ce qui implique
une baisse de leur bien-être (-2,55 % en équivalent
certain). Le bien-être des chômeurs non indemnisés
qualifiés diminue également, mais dans une
proportion moindre car leurs revenus instantanés
augmentent (-1,41%). En revanche, la baisse du taux
de chômage des non-qualifiés entraîne une hausse du
bien-être des chômeurs non qualifiés indemnisés
(+4,41%) en dépit de la baisse de leurs revenus
instantanés. Les niveaux de bien-être des employés
non-qualifiés et des chômeurs non indemnisés
non-qualifiés augmentent également de façon plus
importante (respectivement +4,51 % et +7,22 %)
grâce à la hausse de leurs revenus courants.
Les effets sur le critère utilitariste sont négatifs
(-1,53%). Cela est dû au poids élevé des travailleurs
qualifiés et à l’absence des capitalistes dans la
détermination de ce critère. Enfin, la baisse du
produit (net) agrégé (-0,99%), en dépit de la baisse
des taux de chômage, s’explique par le fait que les
deux marchés du travail étant plus tendus, les
emplois vacants sont plus nombreux, ce qui accroît
les coûts de postage agrégés.
Simulations lorsque l’allocation universelle se
substitue au SMIC
La deuxième simulation s’intéresse au cas où les
salaires des non-qualifiés sont déterminés par un
salaire minimum qui diminue Euro pour Euro
lorsque l’on distribue l’allocation universelle (cf.
figure 5 et tableau 4). Aussi, dans la figure 3, la
courbe WSa descend en WSa 'du fait de la baisse du
salaire versé par les firmes aux travailleurs
non-qualifiés, tandis que la courbe PSa se déplace
vers la gauche en PSa 'du fait de la hausse du taux de
taxe τ.
Les simulations numériques montrent alors que sur
le marché du travail non qualifié, le mouvement de
PSa est négligeable par rapport au mouvement de
WSa. Ainsi, le taux de chômage des non-qualifiés
diminue de façon spectaculaire jusqu’à 8,63%.
Toutefois, les revenus courants des employés sont
constants, tandis que ceux des chômeurs indemnisés
diminuent. Cela atténue considérablement les gains
en bien-être des trois catégories de non-qualifiés
(+0,38% pour les employés, +0,47% pour les
chômeurs indemnisés et +3,56% pour les chômeurs
indemnisés) par rapport à la situation où les salaires
des non-qualifiés sont négociés.
Du coté des qualifiés, les effets sont analogues à ceux
observés dans la première simulation. Cela se
comprend par le fait que les évolutions du taux de
taxe τ en fonction de l’allocation universelle sont
similaires, que le salaire des non-qualifiés soit
négocié ou que ce salaire soit déterminé par un
salaire minimum qui est substitué par l’allocation
universelle. Ainsi, dans la figure 2 représentant le
marché du travail qualifié, les déplacements des
courbes WSa et PSa sont très similaires. Ceci est
surprenant. On s’attendrait en effet a priori à ce que
la baisse plus importante du chômage non qualifié
permette de modérer la hausse du taux de taxe. Mais
cet effet est contrebalancé par la baisse du salaire
versé aux non-qualifiés, ce qui pousse le taux de taxe
à la hausse.
La valeur des emplois qualifiés évolue de façon
similaire au scénario précédent (+11,7%), tandis que
la valeur des emplois non qualifiés augmente
fortement (+78,3%). Ainsi le profit agrégé augmente
beaucoup plus que dans la simulation où le salaire
des non-qualifiés est négocié (+31,3%). En ce qui
concerne le produit net agrégé, la hausse plus
importante de la tension sur le marché des
non-qualifiés explique pourquoi le produit net
diminue de façon un peu plus importante. Comme
précédemment, la hausse des coûts de postage c v a a
est quantitativement plus importante que la hausse
de la production brute ( )1−u N y a a a. Enfin,
l’évolution du bien-être des qualifiés est analogue à
celle issue de la première simulation, tandis que les
gains en bien-être des non-qualifiés sont plus
modestes, le critère utilitariste diminue davantage
que précédemment.
Simulations lorsque l’allocation universelle ne se
substitue pas au SMIC
Le dernier scénario que nous présentons repose sur
l’hypothèse selon laquelle l’allocation universelle et
le salaire minimum ne sont pas substituables. Le
salaire des travailleurs non qualifiés wus et donc le
revenu des chômeurs indemnisés non qualifiés
ρw z us + restent inchangés suite à l’introduction de
l’allocation universelle. En revanche, le revenu net
w b us + des travailleurs employés augmente Euro
pour Euro avec l’allocation universelle b. Par
ailleurs, la hausse du taux de taxe τrenchérit le coût
du travail non qualifié et augmente le taux de
chômage sur ce marché. L’introduction de
l’allocation universelle déclenche alors le cercle
vicieux suivant : le taux de taxe augmente pour
financer le versement de l’allocation universelle, ce
qui accroît le coût du travail sur le marché du travail
non-qualifié et donc le nombre de chômeurs à
indemniser. Les dépenses d’indemnisation des
chômeurs s’alourdissent, tandis que le nombre de
salariés cotisant au système diminue, ce qui accroît
de nouveau le taux de taxe. Des simulations
préliminaires (que nous ne présentons pas ici)
suggèrent que dans ces conditions, l’introduction de
l’allocation universelle aurait des conséquences
catastrophiques, en particulier sur le taux de
chômage non qualifié qui dépasserait 28,5% avec
une allocation de seulement 100 par mois.
Graphique 5
les conséquences de l’allocation universelle lorsqu’elle se substitue au SMIC
Graphique 6
les conséquences de l’allocation universelle lorsqu’elle ne se substitue pas au SMIC et qu’elle n’est
financée que par les travailleurs qualifiés
Pour contrecarrer ces difficultés, nous avons du
revenirsurl’hypothèse d’unicitédu taux de taxe pour
les deux qualifications. Au lieu de cela, nous fixons
le taux de taxe sur le travail non qualifié τus à sa
valeur initiale (τus = 5,82%) et nous laissons le seul
travail qualifié financer les dépenses nouvelles. Le
taux de taxe qualifié est alors déterminé par
l’équation :
qui remplace l’équation (7) La figure 6 présente alors
le résultat des simulations de l’allocation universelle
dans ce cas précis. Sur le marché du travail non
qualifié, les courbes WSa et PSa de la figure 3 restent
immobiles. Le taux de chômage demeure inchangé à
14% ainsi que le revenu des chômeurs indemnisés.
En revanche, les revenus des chômeurs non
indemnisés et des travailleurs employés augmentent
Euro pour Euro avec l’allocation universelle. Ceci
implique un accroissement très important des
équivalents certains des travailleurs employés
(+19,8%), des chômeurs indemnisés (+19,2%) et
non indemnisés (+21,6%) en dépit de l’invariance
des taux de transition sur le marché du travail.
La situation sur le marché du travail qualifié est
influencée par le fait que le taux de taxe augmente
davantage que précédemment. Aussi, dans la figure
2 représentant le marché du travail qualifié, le
déplacement de PSa devient d’une plus grande
amplitude. Toutefois, l’évolution du taux de
chômage (et donc de la valeur d’un emploi occupé)
reste sensiblement équivalente à celle des deux
scénarios précédents. Ceci suggère que la courbe
WSs est proche de la verticale. La hausse plus
importante du taux de taxe se traduit alors par une
dégradation plus importante des revenus des
employés qualifiés et donc des chômeurs indemnisés
qualifiés. Aussi, le bien-être des qualifiés diminue
davantage dans ce scénario que dans les deux
précédents (-4,35% pour les employés, -4,34% pour
les chômeurs indemnisés, -3,23% pour les chômeurs
non indemnisés). Au niveau agrégé, le taux de
chômage diminue beaucoup moins que dans les
scénarios précédents, tout comme le produit net
agrégé diminue moins que dans les simulations
précédentes.
Dans cette simulation, l’allocation universelle joue
le rôle d’un transfert en faveur des travailleurs non
qualifiés qui ne modifie pas l’équilibre sur ce
segment du marché du travail. Cette caractéristique
est sans doute caricaturale et repose sur l’hypothèse
de non prise en compte du rôle joué par l’intensité de
la recherche d’emploi des chômeurs. En levant cette
hypothèse simplificatrice, on peut s’attendre à ce que
l’amélioration du bien-être des travailleurs
employés accroisse les taux de participation et
intensifie la recherche d’emploi des chômeurs. Ceci
contribuerait à décongestionner le marché du travail
du point de vue des postes vacants, ce qui rendrait
moins coûteux leur postage et augmenterait par ce
biais l’emploi des moins qualifiés. Les évaluations
de Cahuc et Lehmann (2002) suggèrent ainsi que ces
effets qui transitent par le coté “offre” du marché du
travail peuvent être quantitativement aussi
importants que ceux habituellement considérés et
qui transitent exclusivement par le coté “demande”
et par la formation des salaires.
En comparant les résultats des deux dernières
simulations, nous obtenons des enseignements sur la
conséquence de la substitution ou non du SMIC par
l’allocation universelle. Il semble que la substitution
soit favorable à l’emploi, en particulier à l’emploi
peu qualifié, au bien-être des qualifiés et aux profits,
mais qu’elle soit défavorable au bien-être des
non-qualifiés, au produit net et au critère utilitariste.
La question du degré “optimal” de substitution de
l’allocation universelle au SMIC ressort alors de
considérations normatives et devra faire l’objet
d’arbitrages politiques selon les priorités que l’on se
donne et que nous ne pouvons pas trancher ici.
Toutefois, sans prétendre imposer une opinion
personnelle dans ce débat, on peut s’inspirer des
résultats du premier scénario de simulation. Dans
celui-ci, le salaire des non-qualifiés est négocié et il
diminue lorsque l’allocation universelle augmente.
Pour une allocation de 200 par mois, on aboutit à
une baisse du salaire négocié de 156 par mois pour
une hausse du revenu après transferts des
non-qualifiés de 44 par mois. Ceci suggère qu’une
substitution relativement importante du SMIC par
l’allocation universelle puisse constituer une
situation de référence par rapport à laquelle les
débats normatifs devraient se situer.
Étude de sensibilité
Dans cette section, nous nous interrogeons sur la
robustesse des résultats par rapport aux paramètres
du modèle. En particulier, on peut se demander
comment évolueraient les conclusions précédentes
si le taux d’escompte était modifié ou si le degré
d’aversion relatif pour le risque était changé. La
méthode retenue consiste alors à réajuster la valeur
des paramètres exogènes en recalibrant le modèle,
puis à reprendre les différents scénarios de
simulations.
Tableau 4’:
les effets de la mise en place d’une allocation universelle de 200
Tableau 4’: les effets de la mise en place d’une allocation universelle de 200
Salaires négociés Avec Substitution au SMIC Sans Substitution au SMIC
( ; )u u us s-3,60 pt; -0,92 pt-5,63 pt; -0,93 pt 0 pt; -0,89 pt
u-1,46 pt-1,87 pt-0,71 pt
( ; )V V use se +4,08%; -2,98% +0,32%; -2,92% +19,2%; -4,74%
( ; )V V usu su +3,96%; -2,99% +0,39%; -2,93% +18,5%; -4,75%
( ; )V V usj sj +3000%; -1085% +2908%; -1085% +3380%; +1063%
( ; )J J us s +40,3%; +12,6% +78,1%; +12,6% 0%; +12,1%
Π +20,96% +30,7% +10,26%
W-2,07% +1,38% +3,31%
Y-1,27% -1,59% -1,10%
τ/s +15,4 pt +15,3 pt +18,2 pt
Tout d’abord, on peut s’attendre à ce qu’une hausse
du taux d’escompte augmente le poids des variations
du revenu instantané dans les évaluations des
niveaux de bien-être intertemporels. Toutefois
diverses simulations (que nous ne reportons pas ici)
montrent que même avec un taux d’escompte r à
10%, les résultats restent sensiblement identiques.
La principale différence réside dans les évolutions
plus favorables du bien-être des chômeurs non
indemnisés et par des évolutions légèrement plus
défavorables du bien-être des employés et des
chômeurs indemnisés.
Dans un deuxième temps, nous nous intéressons aux
conséquences d’une modification du degré
d’aversion pour le risque. Le tableau 3’ décrit la
valeur des paramètres lorsque le degré d’aversion
pour le risque tend vers 1 (λ= 0,99).
Le pouvoir de négociations des travailleurs λ, la
productivité d’un emploi occupé qualifié ys et le coût
de postage d’un emploi vacant qualifié cs doivent
alors augmenter pour continuer de reproduire la
situation de référence décrite dans le tableau 2. Les
résultats des simulations deviennent alors (voir
tableau 4’).
Les effets les plus spectaculaires concernent le
bien-être des chômeurs non indemnisés.
L’importance de cet effet reste toutefois artificielle.
En effet, lorsque λtend vers 0 les niveaux d’utilité
des chômeurs non indemnisés tendent vers −∞ en
l’absence d’allocation universelle, si bien que leurs
équivalents certains tendent vers 0. La variation
relative de leurs équivalents certains atteint alors
tout de suite des proportions extrêmement
importantes. Le même phénomène joue de façon
plus atténuée en ce qui concerne le critère utilitariste.
Néanmoins, un degré d’aversion pour le risque plus
élevé signifie également une plus grande aversion
vis-à-vis des inégalités de revenus lorsque l’on
détermine le critère utilitariste et donc un plus grand
concernement pour le bien-être des plus défavorisés
dans l’économie. Le critère utilitariste augmente à
présent avec l’allocation universelle dans les trois
scénarios, traduisant les effets bénéfiques de cette
politique sur le bien-être des plus défavorisés ex ante
que sont les chômeurs non indemnisés et les
non-qualifiés.
Ainsi, il semble que les résultats ci-dessus du tableau
4, concernant en particulier les évolutions du critère
utilitariste, doivent être pris avec une certaine
prudence. En revanche, la comparaison entre les
trois scénarios semble assez robuste, ainsi que les
effets respectifs des trois scénarios sur les niveaux
d’emploi et de chômage.
Dans cette contribution, nous avons proposé une
évaluation des conséquences macroéconomiques de
la mise en place d’une allocation universelle. Nous
avons montré qu’une telle politique conduisait
vraisemblablement à une baisse du chômage, à une
amélioration du bien-être des non-qualifiés, au
détriment de la situation des qualifiés. Toutefois, les
ordres de grandeur dépendent du mode de formation
du salaire des travailleurs non qualifiés et, le cas
échéant, de la façon dont l’allocation universelle
pourrait se substituer à la politique de salaire
minimum. Le cas où l’allocation universelle se
substitue totalement au salaire minimum est celui qui
est le plus favorable à la baisse du chômage et le
moins défavorable au bien-être des travailleurs
qualifiés. En revanche, le cas où l’allocation
universelle ne se substitue pas au salaire minimum
nécessite un financement de l’allocation universelle
par les travailleurs qualifiés uniquement.
L’allocation universelle fonctio nne alors
essentiellement comme un système de transferts
redistributifs.
Toutefois, le travail mené ici souffre de plusieurs
insuffisances qu’il convient de rappeler en
conclusion. La prise en compte des décisions de
participation et de l’intensité de recherche d’emploi
des chômeurs aurait probablement amélioré les
performances de l’allocation universelle pour
baisser le chômage. En revanche, la prise en compte
des comportements d’acquisition de qualifications
aurait rendu l’allocation universelle moins
intéressante. Toutefois, des simulations initiales qui
sont présentées dans Lehmann (1999) suggèrent que
cet effet serait d’ampleur limitée. La modélisation
du processus de destruction des emplois est
insatisfaisante, d’autant plus que nous n’avons pas
du tout pris en compte le fait que les emplois
correspondent à des contrats de travail forts divers
(CDI, CDD, Contrats aidés). Par ailleurs, les
simulations menées ne font que comparer deux états
stationnaires d’un modèle dynamique, négligeant
ainsi la dynamique transitoire de l’économie à la
suite de la mise en place de l’allocation universelle.
Cette dimension est étudiée avec soin par Algan
(2000) et Cheron (2000) dans des modèles à
qualifications homogènes. Enfin, le nombre restreint
de qualifications pris en compte dans les simulations
est frustrant devant l’hétérogénéité des emplois dans
la réalité. Cette hétérogénéité ne réside d’ailleurs pas
que dans la seule qualification de l’emploi et devrait
également tenir compte des différences entre
emplois à temps plein des emplois à temps partiel,
entre CDI et CDD, etc.
Au-delà des limites du travail mené ici, c’est une
véritable réflexion sur la philosophie des politiques
de régulation du marché du travail et des revenus
qu’il nous semble nécessaire d’engager (cf. Van
Parijs, 1996). Ainsi, les instruments traditionnels
que constitue l’assurance chômage, le salaire
minimum ou les minima sociaux, montrent les
limites de leur efficacité économique, en dépit de
leur caractère indispensable dans le système social
français. Face aux dilemmes équité / efficacité qui
semblent régir les débats concernant l’ampleur de
ces dispositifs, l’allocation universelle ouvre des
perspectives nouvelles, tout comme les politiques
d’allègement de charges sociales sur les bas salaires
l’avaient fait en leur temps. En effet, la réduction des
charges sociales sur les bas salaires et l’allocation
universelle sont des politiques qui agissent
spécifiquement sur la différence entre le revenu des
plus défavorisés et le coût de leur embauche par des
employeurs potentiels. On assisterait alors à
l’émergence d’instruments nouveaux de régulation
des revenus qui semblent être plus favorables à
l’emploi. La question de l’interaction entre tous ces
instruments reste donc ouverte.
Annexe1 :dérivationdelacourbedes
salaires
Le programme de négociations salariales (13) peut se
réécrire selon :
La condition du premier ordre de ce programme vérifie :
soit :
Or, d’aprèsl’équation(12):
cequidonne, comptetenude(10):
Parailleursleséquations(4)(5)impliquent:
d’où, comptetenudelaspécificationCRRAdelafonction
d’utilitéinstantanéev(.)
Eninjectant(17)et(18)dans(16), onobtientfinalement:
Annexe2 :lesélasticitésdesdemandesde
travail
Notons W w a a = +( )1 τ le coût du travail sur le marché de type
a. L’équation (11) devient :
dont la log-différenciation implique
où µdésigne l’élasticité de la fonction par rapport au taux de
chômage, si bien que
Par ailleurs, la log-différenciation de l’équation (2)
implique:
Aussi, l’élasticité macroéconomique de la demande de
travailvérifie:
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