Economie & prévision
La Doc. française

I.S.B.N.sans
154 pages

p. 71 à 82
doi: en cours

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no 157 2003/1

2003 Économie et Prévision

La structure financière des entreprises en Europe : une investigation empirique de la neutralité du bilan

Elisabeth Paulet  [(*)]
La libéralisation financière a permis la multiplication des sources de financement aux entreprises. La question est de savoir si toutes les sociétés ont accès à ces différents outils. Cet article se propose d’en donner les caractéristiques en fonction de leur taille pour les pays européens. Après un survey de la littérature, nous examinerons les déterminants de la structure financière des entreprises européennes (première partie). Al’aide du modèle de Biais, Hillion et Malécot (1995) nous étudierons dans une deuxième partie le partage entre ces différents modes de financement de 1989 à 1998. Enfin, nous nous interrogerons sur la complémentarité ou la substituabilité de ces derniers en fonction de la taille des entreprises (troisième partie). La dernière partie conclut.Mots-clés : entreprises européennes, politique financière, dettes bancaires et commerciales. Financial liberalisation has led to a large increase in the number of sources of finance for companies. The question is whether all companies have access to these various instruments. The aim of this article is to identify these characteristics as a function of size of company for the European countries. Following a survey of the literature, we go on to examine the determinants of the financial structure of European companies (Part I). Using the Biais, Hillion et Malécot (1995) model, we then examine in Part II the breakdown between these various sources of finance from 1989 to 1998. Finally, we enquire into the complementarity or substitutability of these various methods as a function of the size of company (Part III). Part IV sets out the conclusions.Keywords : European companies, financial policy, banking and commercial debt.
La libéralisation financière a permis la multiplication des sources de financement aux entreprises. La question est de savoir si toutes les sociétés ont accès à ces différents outils. Cet article se propose d’en donner les caractéristiques en fonction de leur taille pour les pays européens.
Après un survey de la littérature, nous examinerons les déterminants de la structure financière des entreprises européennes (première partie). A l’aide du modèle de Biais, Hillion et Malécot (1995) nous étudierons dans une deuxième partie le partage entre ces différents modes de financement de 1989 à 1998. Enfin, nous nous interrogerons sur la complémentarité ou la substituabilité de ces derniers en fonction de la taille des entreprises (troisième partie). La dernière partie conclut.
Depuis ces dernières années, des transformations sont intervenues tant au niveau de l’évolution des activités industrielles et des modalités de leur financement que de leurs activités financières. La libéralisation financière a permis la multiplication des sources de financement aux entreprises. La question est donc de savoir si toutes les sociétés ont accès à ces différents outils. Selon Modigliani et Miller (1958), la structure de financement des entreprises est indifférente sous les hypothèses suivantes :
  • les agents sont concurrentiels et l’asymétrie d’information n’existe pas ;
  • les marchés sont complets et parfaits. Les émissions et les négociations de titres sont donc sans coût ;
  • il n’y a pas de coûts associés à la faillite d’une entreprise.
Or on sait que l’émission d’obligations entraîne d’importants coûts fixes ainsi que des coûts indirects. Ceci suggère l’existence d’un choix hiérarchique dans la structure de financement des entreprises. En particulier les petites firmes auraient tendance à recourir en priorité au financement interne (autofinancement et prêts des associés). Puis elles favoriseraient les dettes commerciales et ce n’est qu’en dernier recours qu’elles se tourneraient vers les banques. Les firmes de taille moyenne auraient également des difficultés à faire appel aux marchés financiers. Mais elles ont accès au crédit bancaire plus facilement que les précédentes. Les grandes firmes quant à elles opèrent un choix optimum entre le crédit bancaire, les dettes commerciales et les négociations sur le marché financier.
Cet article se propose donc de caractériser les modes de financement des entreprises en fonction de leur taille et de leur structure bancaire dans neuf pays européens : la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Autriche, la Belgique, la Finlande, l’Espagne, l’Italie et le Portugal.
Après un bref rappel des travaux théoriques et empiriques (section 1), nous examinerons les déterminants de la structure financière à l’aide de la base de données BACH (Banque de Données Harmonisées sur les Comptes d’Entreprises de la Commission Européenne). Biais, Hillion, Malécot (1995) sur la base d’un échantillon d’entreprises française et pour une période de 3 à 5 ans ont montré que :
  • la dette de marché est négligeable par rapport à la dette bancaire sauf pour les grandes entreprises ;
  • les dettes commerciales et la dette bancaire sont reliées à la taille de l’entreprise (les petites entreprises ont plus recours aux dettes commerciales que les grandes firmes).
Nous nous proposons de voir dans une deuxième section dans quelle mesure ces résultats restent valides pour les pays énoncés ci-dessus et ce pour une période allant de 1989 à 1998. Le critère privilégié pour étudier la corrélation entre les différents types de financement est la taille de l’entreprise. Dans l’ensemble des pays de notre échantillon, certains dont la France, sont caractérisés par un tissu industriel essentiellement constitué par des entités de petites et moyennes envergures. La question est alors de savoir dans quelles mesures elles ont accès aux diverses formes de financement. Au-delà des questions de coût des différentes ressources, nous nous demanderons également si les choix retenus ne sont pas fonction des structures bancaires des pays considérés. Enfin nous nous interrogerons sur les facteurs de complémentarité ou de substituabilité de ces sources financières.
 
Les déterminants des modes de financement des entreprises
 
 
Une entreprise est le lieu de production d’un certain nombre d’outputs sur une période donnée. En début de période ces outputs constituent autant de projets auxquels il faudra trouver des sources de financement. Traditionnellement deux voies s’offrent à l’entrepreneur : la voie interne fondée sur l’autofinancement, la voie externe avec le recours au marché financier et l’appel au crédit bancaire : l’endettement. Cette question revient donc à analyser l’interaction sphère réelle - sphère financière. Les travaux précurseurs en la matière dûs à Modigliani et Miller (MM)prônent l’indépendance de la sphère réelle et financière sous des hypothèses de marchés parfaits. Si cette contrainte est relâchée, ces conclusions ne tiennent plus. De nouvelles interprétations basées sur les travaux de la théorie du signal et de l’agence proposées dans la deuxième moitié des années soixante-dix intègrent dans la politique financière des entreprises des conditions d’imperfections des marchés telles que l’asymétrie informationnelle. Divers critères peuvent être pris en co nsidération pou r ex pliquer le n iveau d’endettement d’une entreprise :
  • l’importance du capital détenu par le dirigeant d’entreprises : un actionnaire dirigeant possédant un bon projet d’investissement en communiquera son existence au marché par la composition donnée à son portefeuille. Il financera son projet en partie par l’endettement, en partie par la vente d’actifs (cf. Leland et Pyle, 1977). L’étude des conditions d’équilibre amène nos auteurs à établir une relation non pas causale mais statistique entre la valeur de la firme et son niveau d’endettement ;
  • le choix d’une structure optimale pour l’entreprise cf. Ross, 1977) : ce type d’approche cherche à qualifier les bonnes entreprises des mauvaises en définissant un niveau critique d’endettement c’est-à-dire celui au-delà duquel le marché va considérer la firme comme une bonne entreprise ;
  • les conflits entre nouveaux et anciens actionnaires (cf. Myers Majluf,1984) : la firme qui s’engage dans un projet d’investissement peut alors choisir d’émettre des actions nouvelles pour le financer. Ces nouvelles actions auront une valeur inférieure à leur véritable valeur. Il est alors possible d’établir une hiérarchie de financement en fonction de la qualité des projets proposés.
C’est dans ce cadre que s’inscrit l’article de Biais, Hillion et Malécot (1995) qui s’attache à décrire le comportement des entreprises françaises en matière de financement pour une période de trois à cinq ans. Sur cette base, ces auteurs trouvent une relation en U entre le crédit bancaire et la taille des entreprises et montrent que le coût de faillite (signe positif pour les actifs corporels, signe négatif pour le ratio salaires et dette sociale/revenu d’exploitation), les avantages fiscaux non liés à l’endettement (signe négatif) et les coûts d’accès aux sources de financement sont des déterminants importants de la structure du capital. En ce qui concerne la théorie du signal et de la théorie de la hiérarchie des sources de financement, les résultats sont hybrides : signe négatif pour le bénéfice et positif pour le crédit commercial dans l’équation expliquant la dette bancaire.
Notre approche consistera à vérifier à l’échelle européenne les résultats de Biais, Hillion et Malécot c’est-à-dire :
  • l’existence d’un relation en U inversé entre la dette bancaire et la taille ;
  • la forte corrélation entre la taille de la firme et le ratio de dettes commerciales.
Au-delà de la vérification des résultats de ces pays, nous tenterons de mettre en évidence un effet “pays” ou “groupe de pays”.
Le système bancaire constituera un élément déterminant pour l’analyse de l’endettement des entreprises. Deux prototypes sont dominants : celui de la banque universelle ou système “fondé sur la banque” et l’autre relatif à la ban que d’investissement de type anglo-saxon “fondé sur le marché”. La littérature spécialisée mentionne deux types de raisons pour lesquelles le comportement des entreprises en matière d’endettement est différent selon que le système est fondé sur la banque ou sur le marché. Le premier système permet tout d’abord à la banque de participer activement aux fonds propres d’une entreprise et de consentir plus généreusement des prêts aux entreprises avec lesquelles elles entretiennent des relations régulières. Ceci peut de fait inciter d’autres bailleurs de fonds à investir dans cette même firme. Ces deux critères d’évaluation seront privilégiés dans l’analyse empirique qui va suivre pour expliquer la part de la dette bancaire dans le financement des entreprises.
 
Modèle économétrique et évaluation des variables
 
 
La structure du capital est ici analysée à l’aide de plusieurs mesures d’endettement. Le modèle de base est celui de Biais, Hillion et Malécot (1995). Il sera étendu à neuf pays de la communauté. Le système d’équations est constitué par un ensemble de deux équations simultanées. Les données sont extraites de la base BACH de la Commission Européenne.
Structure du capital et équations simultanées
Les trois variables endogènes sont notées BD A/, i i TC A OD A i / , / où BD TC OD, , et A sont i i i i i ii respectivement l’endettement de type bancaire, l’endettement commercial, les “autres dettes” et le total de l’actif de la firme i. La seule variable explicative est la taille de l’entreprise. En effet, contrairement à nos auteurs, l’objectif principal est d’expliquer l’accès aux différentes sources de financement en fondant notre analyse sur la spécificité du système bancaire, ses structures propres et les relations qu’il entretient avec ses partenaires industriels. Comment alors formuler l’hypothèse nulle du modèle ?
La spécification de l’hypothèse nulle H0 est
α ν, et ϖ sont trois constantes et ε η, et ξ sont des variables aléatoires de moyenne nulle telles que :
pour tout ensemble de variables explicatives Z, en particulier pour notre variable de taille. Le modèle est supposé linéaire, par souci de simplification.
L’hypothèse nulle peut donc être testée en estimant le modèle linéaire suivant :
et en testant pour que les γ ne soient pas i statistiquement différents de 0 et que les résidus des équations ne soient pas corrélés entre eux. Dans ce cadresimplifié, X représente la taille de l’entreprise.
Les hypothèses concurrentes sont testées contre l’hypothèse nulle en estimant les paramètres des équations suivantes
La base de données utilisée fournit des comptes annuels agrégés à différents niveaux sectoriels pour différents pays de la communauté. Les divers secteurs sont : l’énergie et l’eau, l’industrie manufacturière, le bâtiment et le génie civil, les hôtels restaurants, les transports et communications, les services collectifs, sociaux et personnels. L’objectif est d’analyser les structures et les performances des sociétés non financières dans différents pays de la communauté pour les activités ci-dessus mentionnées. Pour rendre les données comparables, celles-ci ont subi une harmonisation selon un schéma comptable unique.
Pour chaque pays est fournie une analyse par taille d’entreprises. Il est possible de distinguer les grandes entreprises des petites et des moyennes. On distinguera trois classes d’entreprises :
  • les petites dont le chiffre d’affaires est inférieur à 7 millions d’Ecu ;
  • les moyennes dont le chiffre d’affaires est compris entre 7 et 40 millions d’Ecu ;
  • les grandes qui ont un chiffre d’affaires supérieur à 40 millions.
La classe 0 (taille 0) correspond à l’ensemble de l’échantillon sans distinction de taille.


IMGIMGLa répartition des entreprises par p...IMGIMF
La répartition des entreprises par pays est la suivante : Autriche 6890 entreprises Belgique 126558 entreprises Finlande 1111 entreprises France 33132 entreprises Allemagne 57520 entreprises Italie 34991 entreprises Pays Bas 9500 entreprises Portugal 21028 entreprises Espagne 100000 entreprises

Pour la plupart des pays cités ci-dessus le tissu industriel est en grande partie constitué de compagnies de petites tailles. L’analyse du niveau d’endettement en fonction du critère de taille prend alors tout son sens. La question est donc de savoir si toutes les entreprises ont un égal accès aux sources de financement, en d’autres termes quelle est la place du crédit bancaire par rapport aux dettes commerciales et aux autres dettes.
Par souci d’homogénéité, l’échantillon temporel s’étend de 1989 à 1998. Le Danemark et la Suède ont été éliminés du fait de données insuffisantes relatives aux variables endogènes du modèle.
Les résultats des tests empiriques
Les statistiques descriptives
Quelques statistiques descriptives sont présentées dans un premier temps. Pour chaque pays elles seront évaluées pour les différents paramètres de notre modèle à savoir dettes bancaires, det tes commerciales et autres dettes. Les résultats sont reportés dans le diagramme ci-dessous. Toutes les variables sont des ratios calculés par rapport au total du bilan. La variable “autres dettes” inclut les prêts des associés et la participation de la société-mère.
Graphiques 1
statistiques descriptives de l’endettement
IMGIMGstatistiques descriptives 
de l’endettement IMGIMF
IMGIMGIMGIMF
Les résultats obtenus pour la France sont conformes à ceux de Biais et alii (1995). Ils montrent l’importance des dettes commerciales. Les cas belge, italien, portugais et espagnol sont à classer dans lemême bloc. Toutefois, ces chiffres permettent de mettre en exergue des situations un peu différentes. Il existe en effet des cas où les dettes commerciales restent nettement inférieures aux dettes bancaires. C’est le cas pour les Pays-Bas, la Finlande, l’Allemagne et l’Autriche. Pour affiner notre analyse et tenter de dégager une typologie, nous nous proposons de comparer maintenant le niveau des “autres dettes” et des dettes commerciales et/ou bancaires. Nos observations sont les suivantes. L’Allemagne et l’Autriche exhibent un niveau comparable entre les “autres dettes” et les dettes bancaires. Pour l’Italie et le Portugal, les dettes commerciales sont nettement supérieures aux “autres dettes”. La Finlande et les Pays-Bas sont dans une situation diamétralement opposée. Comment expliquer ces disparités entre les pays ?
Les différences dans la répartition dettes commerciales - dettes bancaires entre la France et l’Allemagne par exemple peuvent s’expliquer par la nature des relations banques-entreprises existant dans ces pays. La France est caractérisée par une insuffisance des prêts bancaires destinés aux PME. Afin d’y remédier l’État a mis en œuvre une politique d’incitation et introduit des dépôts d’épargne bénéficiant de privilèges fiscaux. Le rôle tenu par les banques en Allemagne - notamment dans le financement des PME - repose généralement sur le système de larelation privilégiée entre l’entreprise et le banquier prêteur (cf. Hausbank). Cette relation revêt une importance essentielle en ce qui concerne l’accès souple et aisé aux concours à court et long terme en matière de financement bancaire. Ceci explique les disparités existant entre dettes bancaires et dettes commerciales.
Pour ce qui est de la comparaison entre dettes bancaires et “autres dettes”, il est à noter que la relation privilégiée prêteur - emprunteur des pays germaniqu es n e sign ifie pas un rap port d’exclusivité. La capacité de diversification des entreprises est signe de bonne santé de la compagnie, ce qui peut expliquer l’écart faible entre les différents types de financements.
La Finlande et les Pays-Bas constituent dans ce domaine un cas extrême. Pourtant ces deux pays ont comme l’Allemagne des structures bancaires à caractère universel. Les Pays-Bas ont peu de dettes commerciales, c’est-à-dire pratiquent peu le réescompte. Une des explications à ce phénomène pourrait être une longue tradition d’institutions centralisées ou dans des structures bancaires spécifiques. Au Pays-Bas par exemple, les coopératives de crédit agricole dominent le secteur mutualiste. En Finlande les banques d’épargne ont tendance à être dominantes.
Une analyse plus détaillée des systèmes bancaires des pays retenus ici pourrait être éclairante pour notre propos.
Considérons que ces systèmes bancaires sont constitués de trois grands secteurs :
  • lesecteur privé, noté I, comprenant essentiellement les banques commerciales ou fonctionnant sur un modèle de rentabilité et de profit ;
  • les banques “spécialisées”, notées II, qui représentent les institutions octroyant des crédits à plus court terme ou à des secteurs d’activités particuliers (agriculture, immobilier...) auxquelles il faut ajouter les banques coopératives et associatives type “mortgage” ;
  • le secteur étatique.
Graphiques 2
Graphiques 2 : part de marchés des trois secteurs bancaires en pourcentage de l’actif total
IMGIMGGraphiques 2 : part de marchés des trois secteurs ...IMGIMF
Annuaire Statistique de la Belgique, Institut National de Statistique, Ministère des Affaires Economiques, Banca d’Italia, a. Bolletino della Banca d’Italia, Roma : Banca d’Italia, b. Relazione annuale della Banca d’Italia, Roma: Banca d’Italia, Banco de España, 1986, Cuentas financieras de la economía española 1970-1984, Madrid: Banco de España, Banco de España, 1996, Cuentas financieras de la economía española 1986-1995, Madrid: Banco de España, Banque de France, Statistiques monétaires et financières annuelles, Paris, Conseil National du Crédit, Rapport Annuel, Paris, Deutsche Bundesbank, Monatsberichte der Deutschen Bundesbank, Frankfurt am Main, Diwok, Fritz, 1982, Struktur des Bankwesens in Österreich, Frankfurt am Main: Fritz Knapp, Nederlandsche Bank n,v, 1987, Financiële instellingen in Nederland 1900-1985: balansreeksen en naamlijst van handelsbanken, DNB Statistiche Cahiers Nr 2, Amsterdam, Nederlandsche Bank n,v, Annual Report, Amsterdam, Österreichische Nationalbank, Zahlungsbilanz Österreichs, Globalbilanz, Vienna.
Nous nous proposons d’étudier l’évolution de ces trois secteurs afin d’en tirer un certain nombre de conclusions en termes de sources de financement pour les entreprises.
Une simple étude comparative de l’évolution de ces chiffres met en évidence le cas particulier des Pays-Bas où le secteur I est prédominant et le secteur II et III ont des différences d’amplitudes bien moins fortes que pour d’autres pays (Allemagne, Espagne, Belgique par exemple). Ces disparités structurelles (relative importance du secteur spécialisé) peuvent expliquer la faiblesse des dettes commerciales pour ce pays. Les cas italiens et espagnols comme les cas autrichiens et allemands ou français et belges sont très similaires tant au niveau des structures que du comportement de financement des entreprises.
L’interprétation est à trouver dans l’origine de l’élaboration des ces différents systèmes. La France et la Belgique ont connu des systèmes spécialisés qui, sous l’effet de la déréglementation financière, ont évolué vers des structures plus universelles. Ceci n’est pas sans répercussion sur la nature de la relation banque-entreprise, d’une part, et le partage entre dettes commerciales et dettes bancaires, d’autre part.
Graphiques 3
analyse comparée du financement des entreprises par tailles
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Pour affiner notre analyse relative aux structures d’endettement des entreprises, nous nous proposons également d’opérer une analyse comparative annuelle sur l’ensemble de notre échantillon. Les résultats sont présentés par les courbes ci-dessous. Ces résultats montrent un certain nombre de caractéristiques pour le financement des entreprises. Pour les pays du Sud basés sur l’exemple français, la structure financière est relativement homogène. Le rôle du secteur bancaire y est décroissant au cours du temps, dû au processus de désintermédiation. Le marché financier a peu d’importance pour les PME mais occupe une place croissante pour les grandes entreprises. Les sources de flexibilité financière principales sont les liquidités et les dettes commerciales.
Pour les pays du Nord basés sur l’exemple allemand, on note un clivage entre le secteur des PME et celui des grandes entreprises. Pour les premières, le financement externe se fait essentiellement par la voie du crédit bancaire. À l’exception des dernières années (1996,1997), la place de ce secteur a été sans cesse croissante, par voie d’intermédiation en constante progression. Pour les grandes entreprises, le financement interne y est plus important : autofinancement, provisions et réserves. Le rôle du secteur bancaire y est plus limité et toujours en recul par voie de désintermédiation. La part du marché financier y est relativement faiblemais croissante. La source principale de flexibilité semble être les provisions et les réserves.

Tableau 1
leviers d’endettement, dettes commerciales et indicatrices de taille
IMGIMGTableau 1 : leviers d’endettement, d...IMGIMF
Tableau 1 : leviers d’endettement, dettes commerciales et indicatrices de taille Y taill i ij ij i = + + = ∑ α β ε 3 avec Y = dettes bancaires et dettes commerciales j=1 Pays Ratio Dettes bancaires Dettes commerciales Taille β t (β) β t (β) Taille 1 0,085 0,142 0,840 1,53 Italie Taille 2 0,116 1,858 0,177 2,204 Taille 3 0,091 2,95 0,120 3,237 R2 0,025 0,029 Portugal Taille 1 0,308 4,090 0,344 0,457 Taille 2 0,637 8,484 0,280 0,380 Taille 3 0,280 3,521 0,124 1,656 R2 0,165 0,448 Taille 1 0,426 5,82 0,620 1,348 France Taille 2 0,453 5,48 0,260 5,652 Taille 3 0,135 1,740 0,101 2,212 R2 0,088 0,057 Belgique Taille 1 0,036 1,132 0,428 1,304 Taille 2 0,116 0,037 0,328 0,104 Taille 3 0,002 0,001 0,200 0,665 R2 0,058 0,054 Espagne Taille 1 0,267 0,292 0,410 6,10 Taille 2 0,885 0,964 0,407 9,102 Taille 3 0,207 0,290 0,341 7,634 R2 0,002 0,133 Taille β t (β) β t (β) Taille 1 0,492 1,414 1,491 1,599 Pays-Bas Taille 2 0,375 1,099 1,384 1,075 Taille 3 0,374 2,928 1,002 1,256 R2 0,443 0,378 Taille 1 0,163 2,12-0,103-7,44 Finlande Taille 2 0,034 0,445-0,106-7,676 Taille 3 0,143 1,933-0,076-5,518 R2 0,022 0,216 Taille 1 0,511 0,275 0,372 0,807 Allemagne Taille 2 0,434 0,882 0,287 0,622 Taille 3 0,831 1,689 0,341 2,522 R2 0,416 0,149 Taille 1 0,412 0,281 0,460 0,375 Autriche Taille 2 0,126 0,381 0,345 0,550 Taille 3 0,408 2,890 0,301 2,420 R2 0,093 0,028

Les régressions sur les indicateurs de taille
Ces régressions apportent des informations quant aux fluctuations de la dette bancaire et de la dette commerciale en fonction de la taille. Les résultats sont reportés dans le tableau ci-dessous.
On constate que les résultats de Biais et alii obtenus dans le cas français peuvent être étendus aux pays du Sud (Espagne, Italie, Portugal, auxquels il faut ajouter la Belgique) dans notre échantillon. Les dettes commerciales sont en relation (monotone) décroissante avec la taille. Le lien entre prêts bancaires et la taille évolue selon une forme de U inversé : les firmes les plus petites et les plus grandes empruntent moins auprès des banques que les moyennes. Ceci est cohérent avec la théorie des coûts d’accès. Les petites entreprises ont un accès limité au crédit bancaire et au marché financier : elles utilisent donc davantage les dettes commerciales. Quand la taille augmente, les sources de financement se diversifient. Les firmes de taille 2 accèdent donc à la fois au prêt bancaire et aux marchés financiers. À partir d’un certain seuil (taille 3), les grandes firmes ont moins recours aux dettes commerciales ou bancaires puisqu’elles peuvent faire appel aux marchés des capitaux.
Pour le dernier bloc (Allemagne, Autriche, Pays-Bas, Finlande) même si la relation entre prêts bancaires et taille reste valide, elle demeure moins tranchée que pour les autres pays et les statistiques relatives aux t de Student sont peu ou pas significatives, hormis pour la troisième taille de l’échantillon. Comment peut-on expliquer ces différences ? Le facteur taille est-il suffisant pour justifier ces écarts entrepays du Nord et pays du Sud ?
Il l’est essentiellement par la spécificité du modèle allemand qui relève de la participation active des banques dans le capital des entreprises. Certains souligneront que ce type d’analyse s’applique davantage aux grandes entreprises qu’aux petites financées essentiellement par les banques coopératives et les caisses d’épargne. Ces différences au niveau des structures de financement peuvent justifier le modèle de banque à l’allemande basé sur des relations de long terme permettant une flexibilité plus importante. Mais participation active dans ce contexte ne signifie pas l’ouverture d’un crédit “illimité” pour les sociétés. La part d’actifs détenue par une banque dans une société a de tout temps été maintenue dans certaines limites pour inciter les sociétés à conserver un certain niveau de compétitivité et de réputation, signe irréfutable de la bonne santé de son activité (cf. Bais et Gollier, 1997).

Tableau 2
estimations du modèle variable endogène BD/A, TC/A (Estimations par les doubles moindres carrés)
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Tableau 2 : estimations du modèle variable endogène BD/A, TC/A (Estimations par les doubles moindres carrés) Pays Ratio BD/A TC/A Taille β t (β) δ t (δ) BD/A nd nd-0.140-2.773 TC/A 0,654 4,751 Nd nd Taille 1 0,091 1,848 0,714 1,079 Italie Taille 2 0,117 2,363 0,272 5,088 Taille 3 0,129 2,536 0,150 3,157 R2 0,195 0,233 BD/A nd nd-0,492-4,807 TC/A 0,460 4,364 nd nd Taille 1 0,686 6,530 0,217 1,879 Portugal Taille 2 0,185 2,190 0,556 7,344 Taille 3 0,290 2,797 0,348 3,227 R2 0,145 0,303 BD/A nd nd-0,079-1,647 TC/A 0,440 4,548 nd nd Taille 1 0,495 6,487 0,616 1,623 France Taille 2 0,508 6,608 0,207 4,460 Taille 3 0,298 1,452 0,110 2,419 R2 0,268 0,378 BD/A nd nd-0,247-2,933 TC/A 0,095 1,53 nd nd Taille 1 0,146 2,068-0,086-1,260 Belgique Taille 2 0,398 1,515 0,102 1,548 Taille 3 0,403 5,796 0,138 0,107 R2 BD/A-0,380-9,338 TC/A 0,299 3,816 Taille 1-0,424-3,315 0,856 0,339 Espagne Taille 2 0,376 4,111 0,245 0,817 Taille 3 0,444 0,097-0,360-8,066 R2 0,076 0,102 BD/A nd nd-0,162-3,458 TC/A 0,130 8,532 nd nd Taille 1 0,126 1,297 1,146 1,460 Pays- Bas Taille 2 0,087 1,501 1,174 1,014 Taille 3 0,131 0,530 1,173 1,008 R2 0,555 0,583 BD/A nd nd-0,005-0,171 TC/A 0,128 3,816 nd nd Taille 1 0,115 3,364-0,012-0,450 Finlande Taille 2 0,120 0,546-0,029-1,077 Taille 3 0,135 1,979-0,019-0,718 R2 0,041 0,049 BD/A nd nd-0,587-6,055 TC/A 0,250 1,509 nd nd Taille 1 0,188 0,225 0,545 0,988 Allemagne Taille 2 0,262 0,204 0,600 0,643 Taille 3 0,234 1,484 0,574 0,578 R2 0,516 0,507 BD/A nd nd-0,629-8,337 TC/A 0,206 0,845 nd nd Taille 1 0,490 2,928 0,073 1,048 Autriche Taille 2 0,107 0,965 0,229 0,386 Taille 3 0,083 1,855 0,164 1,935 R2 0,111 0,263

Les résultats des tests du système d’équations simultanées
Dans ce qui suit, seuls figurent les résultats portant sur des équations à deux variables, ceux obtenus avec trois paramètres ne fournissant pas des conclusions fondamentalement différentes et conduisant à des évaluations beaucoup moins satisfaisantes. Notre discussion portera donc sur les résultats reproduits dans le tableau 2.
De ces chiffres on peut tirer les conclusions suivantes. Les coefficients des indicateurs de taille sont proches de ceux obtenus précédemment pour les pays du Sud. Le coefficient associé avec le ratio de dettes commerciales est positif avec un t statistique significatif. Ce résultat est cohérent avec la théorie selon laquelle l’endettement commercial est perçu comme un signal positif de la qualité d’une entreprise.
Pour la seconde équation, les mêmes conclusions sont valides en ce qui concerne les indicateurs de taille pour les pays du Sud. Le coefficient relatif à BD/A est négatif et statistiquement significatif, ce qui corrobore la théorie des coûts d’accès.
Une analyse différenciée doit donc être menée pour les deux blocs mentionnés précédemment : les pays du “Sud” (France, Belgique, Espagne, Italie, Portugal) et les pays du Nord (Allemagne, Autriche, Finlande, Pays Bas).
S’il est possible de conclure que l’hypothèse nulle qui prédit l’indifférence du choix d’une structure de capital est rejetée pour le premier bloc, les évidences sont beaucoup moins fortes pour le second bloc. Le facteur taille n’est réellement significatif que pour la taille 3. Le coefficient associé avec le ratio de dettes commerciales est positif avec un t statistique significatif. Hormis pour la Finlande, le coefficient relatif à BD/A est négatif et significatif.
L’application du modèle de Biais, Hillion, Malécot a permis de mettre en évidence à l’échelle européenne :
  • l’existence d’une relation en U inversé entre la dette bancaire et la taille : l’endettement est plus important pour les petites entreprises et les grandes entreprises et moins important chez les moyennes entreprises ;
  • la corrélation entre dettes commerciales et taille de la firme : plus précisément, plus l’entreprise est petite plus les dettes commerciales sont importantes.
Il ne parvient cependant à justifier des disparités entre pays du Nord et pays du Sud. En particulier, il ne permet pas de mesurer l’importance des facteurs institutionnels dans les déterminants de la structure financière de l’entreprise.
Après avoir précisé les limites de ce modèle, nous proposerons un nouveau cadre d’analyse afin d’étudier les effets de substitution ou de complémentarité pouvant exister entre les différentes sources de dettes.
 
La neutralité des structures de bilan
 
 
Limites du modèle de Biais, Hillion, Malécot
L’idée centrale de cette étude est de comparer les modes de financements des entreprises en Europe selon leur taille et leur nationalité d’origine. Le problème théorique de fond est que dans un système de marchés financiers très développés les structures de bilan n’ont peut-être aucune influence sur les décisions des entreprises. En d’autres termes, par le développement des marchés financiers les entreprises pourraient trouver des modes de financement alternatifs, qui seraient des substituts presque parfaits lorsqu’elles sont contraintes sur un marché particulier. Dans ce cas, le coût du capital serait indépendant de la structure financière.
Sur cette base théorique, la deuxième partie visait à étudier les comportements d’endettement des entreprises par des équations de type :
X sont les variables exogènes,αi est une constante caractéristique de la structure d’endettement et de la forme d’endettement et ε est un aléa corrélé entre i les différentes formes de financement. La variable endogène est la quantité d’endettement Di correspondant à la forme de financement (i). Dj sont les autres formes d’endettement tandis que β i j, représente les effets de report d’une forme de financement à l’autre.
Les résultats auxquels on s’attendait étaient les suivants :
  • si les β sont positifs et grands, les formes i j, d’endettement sont complémentaires. Une contrainte financière ne peut être tournée par une autre forme d’endettement,
  • si les β sont négatifs (ou positifs et petits), les i j, formes de financement sont substituables (ou indépendantes). Il est donc possible aux entreprises de tourner une contrainte financière sur un marché en faisant appel aux autres marchés.
L’analyse économétrique menée en étudiant principalement l’effet de taille comme variable explicative des dettes bancaires et commerciales présente l’inconvénient majeur de montrer une tendance générale positive, tant pour l’endettement bancaire que pour l’endettement commercial. Nous proposons donc dans ce qui va suivre de tester véritablement la neutralité des structures de bilan, c’est-à-dire la substituabilité des différentes formes de financement.
Le modèle retenu sera alors :
Dans ce modèle, Dj est l’endettement dans la forme financière j tandis que A est la totalité du bilan. Le rapport
représente donc la structure du bilan. La variable en taux a pour objectif une correction d’hétéroscédascité. La variable t représente le temps tandis que la variable ∆ρ est le différentiel de coût ij entre les différentes formes d’endettement D et D. ij Dans ce modèle, β est l’effet de complémentarité i j, ou de substituabilité entre les différentes formes d’endettement, considéré comme une variable endogène du modèle. L’accent est donc mis sur la structure de financement de l’entreprise en fonction des outils dont elle dispose : taille, structure bancaire, coût du financement.
Résultats et interprétation
Comme pour le travail précédent, la base de données utilisée est BACH. Toutefois la prise en compte d’un différentiel de coût entre les différentes formes d’endettement ne me permet de distinguer que l’endettement bancaire des autres formes d’endettement. Compte tenu de ces contraintes, six pays ont été retenus : la Belgique, l’Espagne, la Finlande, la France, l’Allemagne et l’Italie.
Les régressions ont été évaluées hors considération de taille (taille 0) puis en fonction des différentes tailles fournies par la base de données (taille 1,2 et 3). L’objectif est de voir dans quelle mesure les facteurs de complémentarité ou de substituabilité des sources de financement sont fonction de la grandeur de l’entreprise. Les résultats sont présentés dans le tableau ci dessous.
Différents commentaires peuvent être donnés sur ces résultats.
À partir de la taille 2, les coefficients relatifs aux autres dettes et au différentiel de coût sont très proches de ceux obtenus sans critère de taille. Tout ce passe comme si au-delà d’un certain seuil le critère de taille n’était plus déterminant (dans tous les cas le coefficient de la taille 3 est négatif).

Tableau 3
effets de substituabilité ou de complémentarité des sources de financement en fonction de la taille de l’entreprise
IMGIMGTableau 3 : effets de substituabilit...IMGIMF
Tableau 3 : effets de substituabilité ou de complémentarité des sources de financement en fonction de la taille de l’entreprise Belgique Espagne Finlande France Allemagne Italie Autres dettes 0,127-0,012-0,065 0,444-0,285-0,137 (0,032) (0,026) (0,039) (0,031) (0,041) (0,040) Dif. 0,059 1,139 0,261-0,162 2,155 2,920 (0,067) (0,102) (0,190) (0,091) (0,553) (0,134) Taille 0 1,679 1,641 1,609 0,543-7,525 0,281 (0,573) (0,505) (0,944) (0,468) (1,021) (0,554) R2 0,037 0,242 0,204 0,385 0,467 0,497 Autres dettes 0,134-0,011-0,032 0,455-0,285-0,139 (0,034) (0,025) (0,037) (0,031) (0,041) (0,040) Dif. 0,062 1,149 0,323-0,131 0,748 2,947 (0,067) (0,102) (0,186) (0,091) (0,394) (0,144) Taille 1 1,938 1,315 2,571 1,548 1,303 0,303 (0,567) (0,502) (1,106) (0,472) (0,864) (0,616) R2 0,054 0,251 0,210 0,391 0,573 0,497 Autres dettes 0,124-0,013-0,053 0,448-0,619-0,119 (0,032) (0,025) (0,037) (0,032) (0,042) (0,043) Dif. 0,061 1,203 0,265-0,151 0,065 2,931 (0,067) (0,102) (0,188) (0,092) (0,460) (0,132) Taille 2 1,208 2,413-2,371-0,797 3,584 0,260 (0,560) (0,516) (1,097) (0,468) (0,929) (0,559) R2 0,044 0,268 0,208 0,386 0,435 0,506 Autres dettes 0,130 0,014-0,054 0,449-0,501-0,117 (0,031) (0,024) (0,037) (0,030) (0,040) (0039) Dif. 0,069 1,276 0,291-0,158-1,282 2,800 (0,066) (0,099) (0,187) (0,091) (0,434) (0,135) Taille 3 - 3,243-3,976-2,327-1,264-7,224-2,350 (0,561) (0,510) (1,094) (0,469) (0,788) (0,576) R2 0,083 0,310 0,208 0,389 0,489 0,507
financement en fonction de la taille

Les différents pays peuvent être classés en deux blocs :
  • ceux dont le coefficient relatif aux autres dettes est négatif : l’Espagne, la Finlande, l’Allemagne et l’Italie ;
  • ceux dont le coefficient relatif aux autres dettes est positif : la France et la Belgique.
Pour ce dernier sous-ensemble, il est à noter que l’amplitude du paramètre est moins forte pour la Belgique que pour la France.
Le signe de ces paramètres nous permet de tirer les conclusions suivantes. Pour le premier sous-ensemble, les différentes sources de financement sont substituables, tandis que pour le second elles sont complémentaires.
L’observation du signe du différentiel de coût nous permet d’affiner cette analyse. Pour la Belgique, l’Espagne, la Finlande et l’Italie ce paramètre est positif tandis que pour la France il est négatif. Le cas allemand est le plus intéressant car le signe de cette variable est fonction de la taille. Il est d’abord fortement positif (taille 1) puis il devient faiblement positif (taille 2) et enfin négatif (taille 3). Une des explications plausible est le contrôle des firmes basé sur des relations de propriété Banque-Industrie.
Cette dernière analyse nuance l’importance du critère de taille pour les entreprises. Les grandes entreprises peuvent faire jouer la concurrence sur une vaste gamme de prêteurs, des marchés organisés à un grand nombre de banques, en passant par les intermédiaires non bancaires. Les PME ont des degrés de liberté beaucoup plus réduits. Toutefois, au-delà d’un certain seuil de taille, ce facteur n’est plus déterminant comme le montrent nos résultats.
Ainsi, les effets de substitution entre les différentes formes de financement peuvent s’expliquer en partie par les relations privilégiées existant entre les banques et les industries. Dans des pays comme l’Allemagne ou l’Italie, le jeu de l’intermédiation bancaire et financière permet le contrôle et la protection de structures capitalistes. De plus, le caractère universel de ces institutions permet aux banques de combiner les métiers de la banque commerciale et de la banque d’affaires. Elles englobent donc le crédit intermédié et le courtage des valeurs mobilières. En outre, la structure industrielle allemande comporte de nombreuses entreprises moyennes indépendantes des groupes à dominante bancaire. Il s’ensuit que l’Allemagne a des entreprises qu i ont en moy enn e un taux d’au tofin ancement élevé qui renforce l’argumentation en termes de substituabilité des paramètres. Des conclusions analogues peuvent être tirées pour l’ensemble des pays appartenant à notre premier bloc. Le cas français est plus nuancé. Il existe un degré de flexibilité inférieur en matière d’endettement de l’entreprise, marqué par les facteurs de complémentarité dans les tests économétriques. La Belgique, bien que dans une moindre proportion, s’inscrit dans ce même cadre conceptuel.
Le financement externe des entreprises n’est donc pas aussi neutre qu’on a bien voulu le prétendre. Celui-ci trouve sa source principale au sein du système bancaire et financier, dont il n’est plus à démontrer les luttes et les coopérations qui le traversent, surtout lorsque le système productif connaît comme ce fut le cas au cours de la dernière décennie un mouvement de restructuration important.
 
Conclusion et extensions
 
 
La dérégulation financière a permis une plus grande flexibilité des entreprises quant à leur source de financement. La substituabilité des différentes formes d’endettement réduit l’effet taille des choix en matière de financement pour l’entreprise. Cette première approche en termes d’analyse statistique nous a permis d’opérer des regroupements par pays (pays du Nord, pays du Sud). Ces blocs ne sont pas sans connexion avec les structures financières existant dans ces pays. Les résultats font donc émerger des faits stylisés pouvant servir de base à une étude topologique pour ces pays.
Ces phénomènes de substituabilité entre modes de financement conduisent à s’interroger sur l’évolution de la fonction bancaire. La liquidité des marchés repose sur l’intermédiation des banques dans ces marchés. De plus, les banques qui seront désormais dans l’obligation d’exercer des fonctions de marché devront également s’engager dans la voie d’une restructuration majeure de leur bilan. Toutefois, si la liquidité des marchés permet une plus grande flexibilité dans le financement des actifs, cela ne signifie pas l’équivalence parfaite pour le financement de l’économie. En particulier, la concurrence accrue des banques pourrait être un frein au financement des investissements d’innovation. Donc la combinaison des marchés financiers et des banques dans ce domaine particulier demeure un problème non résolu.
Enfin, on peut se demander si la dérégulation qui a amené une orientation vers une place plus importante des marchés financiers doit signifier une convergence uniforme en faveur d’un système particulier (qui pourrait être le système allemand dans le cadre européen). Les grands systèmes financiers ne convergent donc pas vers un modèle unique, surtout pas vers un modèle de marché pur.
 
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NOTES
 
[(*)]Professeur d’Economie Finance, ESCEM, Campus de Poitiers Email : eepaulet@ escem. fr Économie et Prévision n°157 2003-1
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statistiques descriptives de l’endettement
Graphiques 2 : part de marchés des trois secteurs bancaires en pourcentage de l’actif total
analyse comparée du financement des entreprises par tailles