2003
Économie et Prévision
Modélisation de la marge d’intermédiation des banques
Thierry Michel
[(*)]
Christophe Morel
[(**)]
Rozenn Pérès
[(***)]
Guillaume Sarfati
[(****)]
La marge d’intermédiation bancaire, c’est-à-dire le résultat des banques sur leur activité de prêt, a rarement fait l’objet de
travaux économétriques. Cet article en propose une modélisation reposant sur une approche actif-passif et s’inscrivant en
outre dans la filiation théorique de la banque monopolistique. En pratique, notre travail affiche deux objectifs : d’une part,
analyser la sensibilité de la marge d’intermédiation des banques commerciales à des chocs d’activité et de taux d’intérêt;
d’autre part, prévoir son évolution. La cohérence des résultats et la capacité prédictive de cette maquette lui confèrent un
caractère opérationnel à la fois pour les pouvoirs publics et pour les banques elles-mêmes.Mots-clés :
banque, marge, modélisation.
The intermediation margin of banks, i.e. their net lending income, has rarely been subjected to econometric analysis. This
article proposes a model based on a asset-liability approach in the tradition of monopolistic banking theory. In practice,
our work seeks to achieve two objectives. The first is to analyse the sensitivity of the intermediation margin of
commercial banks to sudden changes in business volume and interest rates. The second is to project the trend of this
margin. The consistency of results and the prediction capacity of this model make it an operational tool for the authorities
as well as the banks themselves.Keywords :
bank, margin, modelling.
Les auteurs remercient les deux rapporteurs anonymes pour la pertinence de leurs commentaires. Les auteurs, qui travaillaient à la
Direction de la prévision lors de la rédaction de cet article, restent seuls responsables des erreurs et insuffisances qui pourraient
subsister dans le texte. Ce document ne reflète pas la position du Ministère de l’Économie, des Finances et de l’Industrie.
La marge d’intermédiation bancaire, c’est-à-dire le résultat des banques sur leur activité de prêt, a
rarement fait l’objet de travaux économétriques. Cet article en propose une modélisation reposant sur
une approche actif-passif et s’inscrivant en outre dans la filiation théorique de la banque
monopolistique. En pratique, notre travail affiche deux objectifs : d’une part, analyser la sensibilité de
la marge d’intermédiation des banques commerciales à des chocs d’activité et de taux d’intérêt,
d’autre part, prévoir son évolution. La cohérence des résultats et la capacité prédictive de cette
maquette lui confèrent un caractère opérationnel à la fois pour les pouvoirs publics et pour les banques
elles-mêmes.
La modélisation de la marge d’intermédiation
bancaire, c’est-à-dire du résultat des banques sur leur
activité de prêt, présente un intérêt à la fois pour les
banques elles-mêmes et pour les autorités de
régulation. D’une part, il est indispensable pour un
établissement de crédit de d éterminer sa
vulnérabilité à la conjoncture et aux mouvements de
taux. D’autre part, les autorités publiques doivent
pouvoir aussi évaluer à tout moment les risques qui
pèsent sur le systèmebancaire dans sa globalité parce
qu’ils sont susceptibles d’affecter l’ensemble de
l’économie.
Pourtant, la marge d’intermédiation bancaire a très
peu fait l’objet de travaux économétriques. La
modélisation de Théoret (1991) su r les
établissements québécois a confirmé la très grande
sensibilité des résultats des banques aux évolutions
de taux d’intérêt. Plus récemment, la Caisse des
dépôts et consignations (1997) a repris une structure
assez identique pour les institutions françaises en
intégrant les résultats liés aux activités de marché.
Cependant, aucune de ces études les plus récentes ne
contient de véritables fondements théoriques et ne
cherche à reproduire des comportements d’offre de
dépôt et de demande de crédit. Seul le travail de
Adam, Thys-Clement et Van Regermorter (1984) sur
les institutions belges définit explicitement un
comportement d’offre de crédit.
Dans la littérature, la modélisation du profit bancaire
ne repose pas sur un cadre théorique unique. En effet,
il existe, pour l’essentiel, deux approches assez
distinctes de la firme bancaire :
- une première approche consiste à répliquer les
concepts d’économie industrielle à la firme
bancaire. La banque est traitée comme une entreprise
qui détermine ses choix à partir de critères de
maximisation du profit ou de minimisation des coûts
(Pesek, 1970; Sealey et Lindley, 1977). La méthode
DEA (Data Envelopment Analysis) récemment
appliquée aux banques (Pastor, Perez et Quesada,
1997) s’inscrit aussi dans cette perspective.
L’inconvénient majeur de cette approche est de nier
toute spécificité de la banque par rapport aux autres
entreprises. En outre, elle suppose de choisir entre
l’approche de production (à savoir que la banque est
une firme qui “produit” ou “fournit” de la liquidité)
et celle d’intermédiation (l’institution de crédit
“transforme” des ressources de court terme, les
dépôts, en actifs de long terme, les crédits). Ce choix
paraît réducteur si on veut bien reconnaître qu’il y a
le plus souvent production jointe de liquidités et de
crédits ;
- une seconde approche s’appuie sur la théorie de
l’intermédiation financière (Gurley et Shaw, 1960)
et décrit le comportement des banques en termes de
gestion de bilan. Dans cette optique, la banque n’est
pas une industrie comme les autres et présente des
caractéristiques de bilan spécifiques. La banque a
une gestion actif-passif qui lui est propre. Cette
approche a ensuite été enrichie des travaux sur les
asymétries d’information (Stiglitz et Weiss, 1981) et
la théorie des contrats (Freixas et Rochet, 1998).
Notre modélisation bancaire relève de cette seconde
approche actif-passif des banques et s’inscrit en
outre dans la filiation théorique du modèle de la
banque monopolistique (Klein, 1971). En effet,
s’agissant du secteur bancaire, l’hypothèse de
concurrence (Parkin, 1970) n’est pas la plus
appropriée sachant qu’il existe d’importants coûts
fixes, surtout pour la banque de réseau. C’est
pourquoi, l’hypothèse d’un marché oligopolistique
semble plus adaptée. Ces hypothèses ont d’ailleurs
été retenues dans les maquettes bancaires élaborées
par le Trésor britannique (Mowl et Spencer, 1978), la
Banque d’Angleterre (Moore et Threadgold, 1980)
ou encore la Banque d’Italie(Banca d’Italia, 1986).
S’agissant de notre étude, nous nous sommes donnés
deux objectifs : analyser la sensibilité des banques
françaises à un choc d’activité et/ou de taux; ensuite,
prévoir l’évolution de la marge d’intermédiation
agrégée. Nous exposerons dans un premier temps
notre modélisation de la marge d’intermédiation
(première partie) et présenterons, dans un deuxième
temps, les résultats des estimations économétriques
(seconde partie).
Modélisation de la marge
d’intermédiation
Ainsi, l’objet de ce travail est de modéliser la marge
d’intermédiation bancaire. Celle-ci correspond au
profit des banques sur leur activité de prêt. Plus
précisément, elle se définit comme la différence
entre les intérêts reçus de la distribution de crédits et
les intérêts versés (i.e. le coût de leurs ressources). Il
convient auparavant de formuler certaines
hypothèses sur le comportement bancaire (première
section). Ensuite, nous présenterons notre
modélisation de la marge agrégée (deuxième
section).
Les hypothèses
L’hypothèse principale de notre modèle est que les
banques ont un comportement monopolistique/
oligopolistique sur le marché du crédit (Klein, 1971),
et que l’activité bancaire est ensuite, pour une bonne
part, la contrepartie des choix des agents non
financiers (ménages, entreprises). Le comportement
des banques peut en fait se décrire selon un “arbre de
décision” à trois niveaux :
- on suppose que les banques sont en situation
oligopolistique. En effet, l’existence de barrières à
l’entrée dans le secteur bancaire conduit assez
logiquement à cette situation de marché. Ainsi, les
banques déterminent elles-mêmes le prix du crédit
- elles sont price-makers sur le marché du crédit). Ce
faisant, elles appliquent un spread par rapport au prix
des ressources, ce dernier correspondant au “loyer de
l’argent” sur le marché monétaire (en fait, selon la
durée du crédit, les taux monétaires et obligataires,
considérés comme des données exogènes, servent de
référence aux banques pour fixer le taux débiteur
[1].
Ce spread rémunère la banque pour son risque
d’intermédiation, lequel est évalué à partir d’une
analyse de solvabilité des emprunteurs ;
- à partir des taux créditeurs (déterminés à partir des
évolutions sur les marchés monétaires) et des taux
débiteurs (c’est le coût du crédit déterminé par les
banques) se forment les offres de dépôts et demandes
de crédit. On suppose que les banques acceptent
toutes les offres de dépôts et demandes de crédits.
Ainsi, les établissements bancaires seraient
quantity-takers sur leurs ressources et emplois ;
- les dépôts sont enfin confrontés aux nouveaux
crédits à financer. Si les ressources s’avèrent
insuffisantes face aux demandes de crédit, les
banques émettent de nouveaux titres (certificats de
dépôt, obligations,...) ou se financent sur le marché
interbancaire.
En supposant que les établissements de crédit qui ont
un besoin de liquidités (c’est-à-dire ne disposant pas
de suffisamment de dépôts pour faire face à la
demande de crédits qui leur est adressée) trouvent
leur contrepartie sur le marché interbancaire
national, il n’est alors pas nécessaire de modéliser
l’offre et la demande agrégées de cette troisième
phase de la gestion actif-passif. En effet, dans ce cas,
les créances interbancaires sont compensées par les
engagements interbancaires, si bien que les
opérations interbancaires sont supposées avoir une
contribution négligeable sur le résultat des banques;
en d’autres termes, d’un po int de vue
macroéconomique, les intérêts reçus sur les
opérations interbancaires sont égaux par définition
aux intérêts versés, ce qui justifie – toujours au
niveau agrégé – que cette troisième étape ne soit pas
modélisée.
Le modèle
En cohérence avec les hypothèses précédentes sur le
comportement des banques, nous avons donc
formalisé différemment l’actif et le passif, nous
permettant in fine de déterminer la marge
d’intermédiation.
A l’actif des banques
S’agissant de l’actif, notre modèle reprend les étapes
successives du comportement des banques décrites
dans la première section de la première partie et
s’articule ainsi autour de deux axes principaux :
d’abord la modélisation des taux des nouveaux
crédits à partir des taux de marché (a) puis celle des
encours (b).
Modélisation des taux des nouveaux crédits
Compte tenu de l’hypothèse (1) selon laquelle les
banques sont price-makers pour les taux débiteurs,
on suppose donc qu’elles déterminent dans un
premier temps le taux des crédits et ce en fonction des
taux de marché. L’hypothèse sous-jacente est que les
banques se procurent des ressources qu’elles
rémunèrent – lorsqu’elles les rémunèrent – au taux
du marché monétaire ou obligataire selon la
duration, puis qu’elles « transforment » en emplois, à
savoir des crédits. Le taux de ces crédits dépend donc
directement des taux de marché auquel les
établissements bancaires ajoutent une prime de
risque qui rémunère le risque d’intermédiation. En
supposant constante l’aversion pour le risque des
banques – ce qui n’est vrai que sur longue période – le
taux des crédits bancaires varie uniquement en
fonction des taux en vigueur sur les marchés
monétaires et obligataires. Ainsi,
( ) Taux nouveau crédit f Taux marché t t =
Donc, le taux du nouveau crédit àla date t est fonction
d’un taux de marché de duration comparable à cette
même date t. Concrètement, les taux des crédits à
l’habitat et à l’investissement seront fonction des
taux de duration proche (i.e. les taux longs), tandis
que les taux des crédits trésorerie seront reliés aux
taux courts.
Modélisation des encours
Selon l’hypothèse (2), les demandes de crédit se
forment notamment à partir des conditions courantes
de crédit. La spécification des demandes de crédit
exploitera la théorie du consommateur selon laquelle
la demande d’un bien est fonction du prix de celui-ci,
du prix du bien substituable et du revenu. De la même
manière, nous supposons que la demande d’un crédit
est fonction de son coût (le taux du nouveau crédit),
du prix du financement alternatif (via le marché)
c’est-à-dire le taux de marché correspondant à la
durée du prêt, et d’un indicateur d’activité
(concrètement, le PIB). Soit,
Demande nouveaux créditst =
g Taux nouveaux crédits Taux marché Activité t t t ( ; ; )
S’agissant du cas particulier de la demande de crédit
émanant des ménages, ces derniers n’ont
évidemment pas accès au financement de marché et
ne peuvent donc pas arbitrer entre le taux bancaire et
le taux de marché. Pourtant, nous intégrerons dans la
demande de crédits des ménages un taux de marché
en admettant qu’ils peuvent juger du prix du crédit
par rapport aux conditions de marché : si le taux qui
leur est proposé ne leur semble pas avantageux, ils
peuvent décider de retarder leur décision ; en
revanche, si le taux bancaire leur paraît intéressant
par rapport au taux de marché en vigueur, cela peut
accélérer leur décision d’endettement. Nous faisons
ainsi l’hypothèse que les ménages – au moins, un
certain nombre – sont relativement bien informés des
évolutions financières.
En pratique, en France, il n’existe aujourd’hui
aucune information d’ensemble sur la production,
c’est-à-dire les flux de nouveaux crédits. Seules les
données de stock de crédits sont disponibles. Dès
lors, il s’agit d’inférer la production de nouveaux
crédits (le flux) à partir de l’encours total de crédits
(le stock). Nous allons montrer que cela est possible
si l’on connaît la durée moyenne du crédit. Par
définition, le stock de crédits à la date t correspond à
celui de la date précédente, majoré de la production
de crédits entre t −1et t auquel on soustrait les crédits
remboursés sur cette même période :
avec Nt le stock de crédits à la date t, N celui à la
t−1 date précédente, nt la production de nouveaux
crédits entre les dates t −1 et t, et 1−λ le taux de
remboursement des crédits « anciens » entre t −1 et t
( λ s’interprète alors comme la probabilité que le
crédit ne soit pas remboursé). En manipulant (1), il
vient que :
Ainsi, si on connaît la valeur du paramètre λ pour
chaque catégorie de crédit, on peut en déduire le flux
de nouveaux crédits à chaque date. Nous allons
montrer qu’il est possible de relier ce paramètre λ à
la durée moyenne du crédit. En d’autres termes, dès
lors que l’on connaît la durée moyenne du crédit, on
peut en inférer le flux de crédits. Soient 1−λ la
probabilité qu’un crédit soit remboursé entre t −1 et
t, et λ la probabilité qu’il ne le soit pas. Sur plusieurs
périodes, on obtient l’arbre probabiliste suivant pour
un crédit accordé à la date t =0 :
Par exemple, la probabilité qu’un crédit accordé à la
période t =0 soit remboursé entre les périodes t =2 et
t =3 est de ( ) λ λ1 −. Par itération, la probabilité pk
2
p qu’un crédit accordé k −1 périodes avant soit
k remboursé entre les périodes t −1 et t est :
Sachant que la durée moyenne du crédit s’écrit
il est alors possible de montrer
[2] qu’elle vaut aussi
Soit encore,
Dès lors, les équations (2) et (3) permettent de
déterminer pour chaque date t le flux de crédits
nouveaux et d’estimer la demande de crédits en
fonction des trois paramètres retenus (le coût des
nouveaux crédits, le taux de marché et la
conjoncture).
Au passif des banques
Les ressources des établissements de crédit sont
composées en grande partie de dépôts. Ainsi que le
suggère l’hypothèse (2), cet encours de dépôts au
passif des banques résulte d’une offre de liquiditédes
agents (essentiellement des ménages) ayant une
capacité de financement. En théorie, l’offre de
liquidités dépend de sa rémunération et, a priori,
également du cycle conjoncturel. Ainsi,
( ) Offre dépot h rémunération dépot activité t t t $ $;=
Calcul de la marge d’intermédiation
La marge d’intermédiation correspond à la
différence entre les intérêts reçus (à l’actif) et les
intérêts versés (au passif). On la définit
formellement de la façon suivante :
Marge d’intermédiation =
Flux d’intérêts reçus - Flux d’intérêts versés
où MIt est la marge d’intermédiation à la date t, Xi ,
est le stock de crédit de type i (habitat, trésorerie, …),
p est le prix « moyen » correspondant à l’encours
xi t, du crédit i, Y est le stock de la ressource de type j
j t, (ressources non rémunérées telles que les dépôts à
vue, ressources rémunérées telles que les livrets
réglementés ), p est le prix “ moyen”
yj t, correspondant à la ressource j, px t, est le taux
apparent pour l’ensemble de l’actif, py t, celui pour
les dépôts, Xt est l’encours total de crédits, Yt
correspond à l’ensemble des dépôts.
Qu’il s’agisse des crédits ou des ressources, les prix
moyens ou taux moyens sont encore qualifiés de taux
apparents. Cependant, la notion de taux apparent n’a
en fait réellement un sens que lorsque l’encours
contient des taux fixes, ce qui est le cas à l’actif des
banques, mais pas à leur passif (à l’exception
toutefois du PEL). Par exemple, la ligne « crédits à
l’habitat » contient des crédits avec différents taux
fixes – parce qu’ils ont été accordés à des dates
différentes – que l’on peut vouloir « résumer » en un
taux unique, le taux apparent. Le passif bancaire
comprend en revanche essentiellement des
ressources qui, lorsqu’elles sont rémunérées (ce
n’est pas le cas des dépôts à vue), le sont le plus
souvent à des taux variables (Livret A par exemple).
Dans ce cas, le taux apparent est tout simplement le
taux de rémunération en vigueur. Dit autrement, à
une date donnée, le taux de rémunération du Livret A
est le même pour tous les livrets A si bien que le taux
apparent (i.e. le taux moyen) du Livret A correspond
au taux courant de rémunération ; en revanche, à
cette même date, la ligne « crédits à l’habitat »
comprend essentiellement des crédits à taux fixes
accordés à différents moments et à des conditions
d’intérêt différentes, si bien que le taux apparent des
crédits à l’habitat est une moyenne pondérée de
l’historiquedes taux de crédit et encours nouveaux.
S’agissant du calcul des flux d’intérêts versés
[3], il
est assez immédiat puisque les ressources ont
essentiellement une rémunération variable. Dès lors,
on détermine les intérêts versés par les banques en
multipliant la rémunération courante de la ressource
avec l’encours correspondant. Par souci de
simplification, nous avons considéré qu’il n’existait
que deux grandes catégories de ressources (
J = 2), à
savoir celles qui n’étaient pas rémunérées et celles
qui l’étaient. Le taux apparent des ressources non
rémunérées est évidemment nul, et celui des
ressources rémunérées correspond au taux
monétaire du moment. Par conséquent, le taux
apparent pour l’ensemble du passif des banques est
tout simplement le taux monétaire pondéré par la part
des ressources rémunérées dans le total des dettes au
bilan des banques. Soit :
Le calcul des flux d’intérêt reçus est plus complexe
parce que l’actif contient, pour chaque catégorie de
crédit, des encours auxquels on associe des taux
différents selon la date à laquelle ils ont été accordés.
On peut pressentir intuitivement que le taux moyen
d’un crédit est fonction de l’historique des nouveaux
crédits, du taux appliqué à ces nouveaux crédits et de
la chronique de remboursement. On peut déduire
aisément que le taux apparent du crédit de type i à la
date t s’écrit comme une moyenne des taux des
nouveaux crédits pondérée par leur part dans
l’encours total :
avec Pxi t, le taux apparent, λik la probabilité qu’un
crédit ne soit pas remboursé au bout de k-1 périodes,
r le taux des nouveaux crédits accordés à la date
i t k,− t k−, x le flux de nouveaux crédits à la date t k−
i t k,− et Xi t, le stock à la date t.
Ce calcul de marge d’intermédiation ne constitue
toutefois qu’une approximation et notre indicateur
ne peut pas être exactement comparé à celui
exhaustif publié ex post par la Commission Bancaire
(CB). En effet, nous ne modélisons pas tous les
postes de l’actif et du passif, et il n’est donc pas
possible de comparer les niveaux de ces deux
indicateurs. En revanche, on peut comparer leurs
évolutions respectives qui sont supposées assez
similaires. Notre proxy est censé toutefois décrire
l’évolution constatée de la marge d’intermédiation
des banques et surtout de faire des prévisions.
De façon canonique, nous développons cette partie
consacrée à l’étude empirique en présentant d’abord
les données, ensuite la méthode d’estimation, et
enfin les résultats statistiques.
Les données
Pour que les estimations économétriques soient
robustes, il est préférable de travailler sur un
échantillon homogène. C’est pour cela que l’étude
n’a porté que sur un sous-ensemble d’établissements
de crédit, à savoir les banques commerciales (dites
banques AFB ou adhérant à l’Association Française
des Banques). Si l’application a porté sur un
ensemble d’établissements, elle pourrait être
aisément adaptée à une seule banque ce qui confère à
ce travail un intérêt immédiat auprès des
professionnels du secteur bancaire.
Dans la mesure où l’on cherche à ne modéliser que
l’activité d’intermédiation, nous n’avons travaillé
que sur les postes qui retracent cette même activité
c’est-à-dire à l’actif, les « crédits à la clientèle », et au
passif, les « ressources émanant de la clientèle ».
L’annexe A présente à titre d’illustration la
composition du bilan agrégé des banques AFB en
1999. Plus précisément, nous avons modélisé à
l’actif les demandes de crédits “trésorerie des
entreprises”, “trésorerie des particuliers”,
“investissements à moyen et long terme” et
“ habitat”. Au passif, nous avons en fait retenu ce qui
correspond aux « dépôts bancaires liquides »
[4]. Au
total, nous avons donc travaillé sur 21% de l’actif
total des banques AFB et 15% de l’ensemble du
passif, ce qui représente tout de même ¾ de l’activité
d’intermédiation « classique ».
La robustesse des estimations exige par ailleurs un
historique de données suffisamment long. Les
statistiques de la Banque de France répondent à ce
critère puisqu’elles permettent de disposer de séries
d’encours d’actif et de passif depuis 1970 avec une
périodicité trimestrielle. Toutefois, suite à la mise en
place des nouvelles directives de la Banque centrale
européenne, les séries de la Banque de France ont été
modifiées avec des changements d’intitulé et de
définition de certains postes du bilan. En pratique, on
dispose de séries en francs sur la période 1970-1998
et de séries en euros sur la période 1993-2000. Nous
avons alors construit des séries en euros couvrant la
période 1970-2000, en extrapolant les taux de
croissance de séries en francs à celles en euros. Il
nous est apparu plus judicieux d’extrapoler en amont
plutôt qu’en aval parce que l’on souhaite des
prolongements futurs pour cette maquette bancaire
avec un caractère opérationnel.
S’agissant des crédits, nous modélisons dans un
premier temps le coût de celui-ci comme une
fonction de réaction des taux de marché de même
duration (hypothèse 1). Dans un deuxième temps,
nous modélisons la demande réelle de crédit (i.e.
déflatée des prix). Conformément à nos hypothèses
théoriques, nous avons introduit, dans chaque
équation de demande de crédit, le coût du crédit (les
séries proviennent de la base de données de la
Banque de France), un taux de marché de duration
comparable à celle du crédit (le taux trois mois pour
les crédits de trésorerie et le taux dix ans pour les
crédits équipement et habitat), une variable
d’activité (en l’occurrence, le produit intérieur brut),
ainsi que des variables indicatrices pour tenir compte
d’éventuelles saisonnalités. S’agissant de l’offre de
crédit, elle est fonction concrètement de la
rémunération globale des dépôts et de la variable
d’activité.
Ainsi qu’il a déjà été mentionné dans la deuxième
section de la première partie, la tâche a été
compliquée par le fait qu’on ne dispose en France
que des séries d’encours et aucune statistique de flux.
Cette difficulté a cependant été contournée par une
estimation de la production de nouveaux crédits.
Nous avons montré qu’il était possible d’estimer les
flux de nouveaux crédits à partir de la probabilité
qu’un crédit accordé ne soit pas remboursé à la
période courante (paramètre 8), laquelle suppose la
connaissance de la durée moyenne de ce crédit. Pour
cela, nous avons exploité les résultats de Baumel
(1996) qui obtient des estimations de durées
moyennes de crédits pour les banques AFB entre
1978-1992, ceci pour plusieurs catégories de crédits
(cf. annexe B). Partant du constat que les durées
moyennes sont stables sur la période étudiée et qu’il
n’y a pas eu de changements brutaux dans les séries,
nous faisons l’hypothèse que ces durées sont
également stables depuis 1992. Il est tout à fait
raisonnable de soupçonner que la variation du coût
du crédit peut avoir une influence sur sa durée de
détention (par exemple, une baisse des taux d’intérêt
constitue une incitation à réduire la durée de son
crédit). Sous l’hypothèse – théorique – que le coût du
crédit est stationnaire dans le temps (i.e. qu’il varie
au cours du temps autour d’une moyenne en fonction
du cycle conjoncturel), on peut dès lors accepter que
la durée moyenne de détention est stable dans le
temps. Le graphique 1 illustre la dynamique de
remboursement des crédits accordés : plus la durée
moyenne du crédit est courte, plus la rotation dans le
stock de crédits est forte.
Graphique 1
évolution des nouveaux crédits dans
l’encours total. Application aux crédits de trésorerie
des entreprises
Méthode d’estimation
Nous avons retenu comme méthode d’estimation la
cointégration multivariée (Johansen et Juselius,
1990). Cette méthode présente essentiellement trois
avantages : d’abord, elle permet de distinguer les
effets de court terme de ceux de long terme; ensuite,
la modélisation simultanée d’un ensemble de
variables permet d’accroître l’information ; enfin,
cette méthode permet de tenir compte de l’existence
de plusieurs relations de cointégration entre les
variables (cf. annexe C). Dans la plupart des cas,
nous avons identifié deux relations de cointégration
et avons estimé par conséquent deux modèles à
correction d’erreur simultanément, l’un sur le coût
du crédit, l’autre sur l’encours. Ainsi, les équations
de coût du crédit ont été estimées simultanément
avec les encours lorsqu’ils étaient cointégrés.
Lorsque cela n’était pas le cas (les équations de coût
du crédit faisaient intervenir uniquement les taux de
marché), l’estimateur était celui des moindres carrés
ordinaires.
Résultats
Résultats des estimations
Nous avons pu vérifier à chaque fois (cf. tableau 1)
que les signes des coefficients étaient cohérents avec
ceux attendus ex ante. Le coût du crédit est bien une
fonction positive du taux de marché ; les demandes
de crédit dépendent bien négativement du coût du
crédit, mais positivement des taux du marché
confirmant ainsi le comportement d’arbitrage. En
revanche, le sens de la relation entre les demandes de
crédit et l’activité conjoncturelle est a priori
incertain : l’analyse économique peut autant justifier
un impact négatif que positif du revenu sur les
encours. En effet, en cas de hausse de l’activité, la
demande des ménages comme celle des entreprises
repart à la hausse. Dans le même temps, la capacité
d’épargne des ménages, ainsi que l’aptitude à
dégager des cash-flows pour les entreprises,
augmentent. Au total, la demande de crédit dépend
de ces financing gap (écart entre l’investissement et
la capacité de financement) qui peut tout aussi bien
au gmen ter ou diminu er avec l’activ ité
conjoncturelle. Nos estimations concluent dans
l’ensemble à une relation négative entre les
demandes de crédits et le cycle d’activité, à
l’exception du crédit de trésorerie des particuliers.
En d’autres termes, en cas de choc négatif sur
l’activité, les ménages auraient tendance à réduire
leur train de vie et leur demande de crédits de
consommation ou trésorerie, tandis que les
entreprises seraient davantage enclines à se
retourner vers leurs établissements de crédit pour
faire face à leur besoin de financement.
Tableau 1
résultats des estimations
Tableau 1 : résultats des estimations
Actif
Crédits « trésorerie des entreprises »
Coût du crédit ∆ TMM t−1 3 1
:( ) ( ) ∆ ∆ RCTRE TMM t t = +0 375 3 0 21 4 8 2 9, ,, ,
Demande de crédit : ∆Log 12 3 TMM t −
)( ) ( CTR E Log t t =+ − − − 0 959 0 062 0 005 203 6 3 2 1 4, , ,, ( , ) ( ( )( ), ),, 5 1 3 7 0 01Log PIB t − +
) CTRE
0 1S
) ( ) ( ) − + + − − 013 0 103 3 0 039 3 0 07 3 6 1 2 1 1 3 4, , , ,, , , RCTRE TMM S t t ∆( ) 8 6 9,
Crédits « trésorerie des particuliers »
Coût du crédit TMM t −15 3
:( ) ( ) ∆RCTP RCTP Log CT t t =− − − − 8 598 0 155 0 489 191 9 14 3 3 8, , ,, ( , ), ( )( ) ( )( ) P Log PIB t t− − + + 1 2 7 1 5 7 1110 0 09, ,, ,
0 1S
) ( ) ( )( ) − − − − 243 2 081 0 166 2 8 1 2 3 1 1 7, , ,, , , ∆RCTP Log CTP t t
Demande de crédit : ∆Log t TMM −11 3
)( ) ( ) CTP Log CTP RCTP t t =− − − − 0 921 0 051 0 006 207 2 15 7, , ,, ( , ) ( ) ( ) ( )( ) t t Log PIB − − + + 13 9 4 4 1 2 0 0 113 0 00,, ,, ,
0 2
) ( )( ) ( ) − + + − − 189 0 037 0 051 1 0 2 1 1 4 3 1 5 2, , , ,, , , ∆ ∆Log CTP RCTP S t t ( ) 04 4 2 S,
Crédits « investissement à moyen et long terme »
Coût du crédit t ROBPP −17
:( ) ( ) ( ) ( ) ∆ ∆RCMLT RCMLT Log CMLT t t = − − − 1 999 0 073 0 186 4 2 2 5 1 2 8, , ,, , , ( ) ( )( ) t t Log PIB − − − + 1 2 5 1 2 5 0 135 0 05, ,, ,
+04, ∆ ROBPPt−1
) ( ) ( )( ) + − − 338 17 995 0 18 3 1 1 3 1 1 1 9 , ,, , , ∆ ∆ RCMLT Log PIB t t
Demande de crédit : ( ∆ 2 Log ROBPP t −13
)( ) ( ) ( )( ) ∆ 78 8 4 3 1 1 7 0 205 0 518 0 013 CMLT Log CMLT L t t = − − −, , ,, , , ( )( ) og PIB t − + 1 1 9 0 00,,
0,1S
) ( ) ( )( ) − + + − − 004 0 308 0 013 3 1 6 1 4 3 2 1 1 9 , ,, , , RCMLT Log CMLT S t t ∆( ) ( ) 0 02 2 0 038 3 8 6 9, ,, , S +
Crédits « habitat »
Coût du crédit ∆ ROBPP t−5 1
:( ) ( ) ( ) ∆ ∆ RHAB ROBPP t t =− + +0 048 0 253 0 29 1 5 3 6 2 2, , ,, , ,
Demande de crédit : ( ∆ 2 Log ( ) Log PIB t −13
)( ) ( ) ( )( ) ∆ 773 8 4 8 1 2 5 1 092 0 374 0 002 HAB Log HAB RO t t = − + −, , ,, , , ( ) BPP t − − 1 3 9 0 07,,
( ) − − 0 005 0 255 1, ,RHAB Log HAB t ∆
2
) ( ) −3 2 1 3 3, ,t
Passif
Dépôts bancaires liquides
Offre de liquidités : ∆Log S 1
)( ) ( ) M PIB RM t t 4 0 965 0 468 0 002 4 318 2 5 1 1 5 6 = + − −, , log ,, ( , ), ( ) ( ) ( ) t S S − + + + 1 3 9 2 7 7 2 0 049 3 0 024 2 0 074, , ,, , ,
Note : entre parenthèses figuent les T-stats.
RCTRE : taux des crédits pour la trésorerie des entreprises; TMM3 : taux d’intérêt du marché monétaire à trois mois; CTRE : encours réel de crédits
pour la trésorerie des entreprises ; PIB : produit intérieur brut sur les biens et services; S : variable indicatrice prenant en compte la saisonnalité de la
i série et valant 1 pour le trimestre i, 0 sinon ; RCTP : taux des crédits pour la trésorerie des particuliers ; CTP : encours réels de crédits pour la
trésorerie des particuliers ; CMLT : encours des crédits pour les investissements à moyen et long terme ; RCMLT : taux des crédits pour les
investissements à moyen et long terme; ROBPP : taux de rendement des obligations du secteur public; HAB : encours réel de crédits à l’habitat ;
RHAB : taux des crédits à l’habitat ; M 4: encours réel de dépôts bancaires liquides ; RM 4: taux de rémunération des dépôts bancaires liquides.
∆ est l’opérateur de différenciation (ainsi ∆X X X t t t = −−1 ) ; ∆2 correspond à la différence seconde (∆ ∆ ∆ 1 X X X t t t = −− ) ; Log est le logarithme
2
népérien.
Du côté de l’offre de dépôts, seuls les coefficients
associés aux indicatrices et la variable d’activité sont
significatifs. Le coefficient associé au taux de
rémunération des dépôts est a priori ambigu. En
effet, le signe devait être positif : plus la
rémunération proposée sur les dépôts rémunérés est
forte, plus les agents sont incités à accroître leurs
dépôts. Cependant, un comportement d’arbitrage
peut également intervenir et rendre le signe associé
au coefficient négatif : si les taux courts augmentent,
les rendements sur les produits monétaires
s’accroissent d’autant et surtout s’ajustent plus
rapidement ; les agents peuvent alors retirer leurs
dépôts pour acquérir des parts d’OPCVM. C’est
apparemment l’effet d’arbitrage qui prédomine
puisque le signe du coefficient est négatif.
Capacité prédictive
La principale fonction de la maquette est la prévision
de l’évolution de la marge d’intermédiation. La
pratique diffère selon que les flux de crédit sont
co-intégrés ou pas avec le coût du crédit. S’ils le sont,
on prévoit simultanément la dynamique des flux et le
coût à partir des exogènes (taux de marché, PIB et
inflation puisque les encours modélisés l’ont été en
termes réels). S’ils ne le sont pas, on procède en deux
temps : dans un premier temps, nous effectuons les
prévisions des taux des nouveaux crédits à partir de
prévisions exogènes des taux de marché ; dans un
deuxième temps, ces prévisions sur les taux nous
permettent, avec la variable d’activité, elle aussi
exogène, de prévoir les encours de crédits. Dans les
deux cas, les taux apparents sont calculés à partir de
la prévision des encours et des taux des nouveaux
crédits, et la proxy de la marge d’intermédiation est
déduite de la différence entre les intérêt reçus à l’actif
et les intérêts versés au passif.
Pour tester le pouvoir prédictif de cette maquette,
nous avons estimé les équations sur la période
1970-1997, puis nous avons effectué les prévisions
dynamiques des encours pour l’année 1998 et les
deux premiers trimestres de 1999. Pour les réaliser, il
nous fallait les prévisions pour 1998 et 1999 des
variables exogènes (PIB, indice des prix à la
consommation, taux court et long sur le marché
français). Nous les avons extraites de la revue
Consensus Forecasts à fin 1997. Ensuite, pour tester
la capacité prédictive, nous avons calculé le
coefficient U de Theil
[5] sur des prévisions statiques à
un trimestre sur six périodes comparées à des
prévisions naïves (on suppose dans ce cas que
l’encours de crédit à la date
t est identique à celui à la
date
t -1, à une variable aléatoire près).
Graphique 2
prévisions des encours de crédits
à la clientèle
Graphique 3
prévisions des encours de liquidités
à la clientèle
Graphique 4
estimations et prévisions des taux
apparents des crédits à la clientèle
Graphique 5
estimation et prévision du taux
apparent des liquidités à la clientèle
Selon notre modèle, les encours de crédits auraient
augmenté sensiblement entre début 1998 et juin
1999 (pratiquement de 12% pour les crédits à
l’habitat et de plus de 20% pour les crédits de
trésorerie et d’investissement des entreprises – cf.
tableau 1). Ce fut effectivement le cas, certes un peu
moins pour les crédits investissements. Cette forte
hausse provient de l’accroissement de l’activité à
laquelle les demandes de crédits sont sensibles, pas
tellement parce que l’activité impacte directement la
demande de crédits mais surtout parce que
l’amélioration conjoncturelle contribue à réduire les
primes de risque (concrètement, le coût du crédit).
Les dépôts quant à eux augmenteraient moins
fortement (+5,9%) sur la période de prévision.
L’effet “PIB” semble donc plus marqué à l’actif
qu’au passif.
Les effets “prix” dépendent des hypothèses de taux
d’intérêt court et long pour 1998 et 1999. Nous avons
utilisé un scénario de taux long à 6,0% en 1998 et
1999, alors qu’ils étaient à 5,5% fin 1997. Les taux
courts trois mois passeraient selon Consensus
Forecasts, de 3,7% fin 1997 à 3,8% fin 1998 et à
4,0% mi-1999. Les taux longs ont régulièrement
baissé depuis 1995, si bien que la chronique des taux
apparents à l’actif continuerait de baisser en raison
du poids du passé, mais sans doute moins
sensiblement qu’ils ne l’auraient fait si les taux de
marché avaient continué de diminuer. La tendance à
la hausse des taux longs s’étant confirmée par la
suite, les taux apparents de l’actif ont fini par se
stabiliser, et même par augmenter en fin de période.
Si on fait le bilan de nos prévisions de taux apparents,
trois des cinq taux apparents prévus ont été très
proches des taux réellement observés (il s’agit des
taux apparents des crédits à l’habitat, de ceux pour la
trésorerie des particuliers et à l’investissement).
Concernant le taux des crédits pour la trésorerie des
entreprises, notre maquette prévoit une légère
baisse, mais celle-ci s’est avérée, en réalité, plus
forte. De leur côté, les taux apparents du passif
réagissent plus rapidement que ceux de l’actif si bien
que nous prévoyons une légère hausse du taux
apparent du passif en 1998 et 1999 cohérente avec
l’augmentation attendue des taux à trois mois. Si le
taux apparent des dépôts bancaires liquides suit très
correctement le taux réalisé sur cinq des six périodes,
il ne prévoit pas en revanche la baisse brutale du taux
au second trimestre de l’année 1999.
Au total, la marge d’intermédiation des banques
AFB devrait baisser sur la période considérée. En
fait, à l’actif, la baisse des taux apparents de l’actif,
c’est-à-dire l’effet “prix”, serait supérieur à l’effet
“volume”, à savoir la hausse des encours, si bien que
les intérêts reçus par les établissements de crédit sont
en baisse. Au passif, le taux apparent et les dépôts
progressent, conduisant à une hausse des intérêts
versés. Avec des intérêts reçus en augmentation et
des intérêts versés qui diminuent, la marge
d’intermédiation ne peut que se contracter. Le taux
de marge de la Commission Bancaire confirme
ex
post la tend ance baissière de la marge
d’intermédiation pour 1998 avec une différence
d’ordre de grandeur, expliquée par la différence du
champ d’application
[7] (cf.
supra).
Graphique 6
taux de marge d’intermédiation
Tableau 2
prévisions sur les encours et liquidités entre 1998 et 1999
[6]
Tableau 2 : prévisions sur les encours et liquidités entre 1998 et 1999
Encours Taux apparents
Taux de croissance Taux de croissance Taux apparents Taux apparents
réalisé prévu estimés(6) en 1999 prévus pour 1999
Crédits « Trésorerie pour les entreprises » 1,6% 1,4% 5,2% 6,2%
Crédits « Trésorerie pour les particuliers » 20,5% 22,4% 13,3% 13,5%
Crédits « Investissements à moyen et long terme » 11,5% 24,7% 6,9% 7,2%
Crédits « Habitat » 10,2% 11,8% 7,6% 7,8%
Dépôts bancaires liquides 8,9% 5,9% 1,2% 1,6 %
Notre modèle simplifié de la marge bancaire permet
d’an alyser la sen sibilité de l’activité
d’intermédiation des établissements de crédit à
différents scénarios macroéconomiques (chocs sur
les taux d’intérêt et/ou sur l’activité). À ce titre, il
présente un intérêt à la fois pour les pouvoirs publics
et les praticiens de la banque. Les résultats des
estimations sont conformes aux a priori théoriques
et les prévisions correspondent aux tendances
réalisées. Toutefois, il ne constitue qu’un premier
outil, et en tout état de cause, il ne modélise pas les
autres activités bancaires. En particulier, pour
compléter l’analyse de sensibilité des banques au
choc exogène, il convient de tenir compte des
activités de courtage et de gestion d’actifs. Celles-ci
sont très probablement dépendantes, non seulement
des bourses et de l’évolution des cours obligataires,
mais aussi de la volatilité qui peut, selon son niveau,
générer du chiffre d’affaires ou au contraire de
l’aversion.
L’amélioration de la profitabilité des banques AFB
ces dernières années est due à des activités volatiles
(activités de marché et d’investissement ainsi que les
opérations internationales). La situation paraît plus
problématique pour les opérations d’intermédiation
dont la rentabilité semble toujours orientée à la
baisse. En conclusion, le diagnostic semble mitigé :
les bons résultats enregistrés depuis 1997 masquent
les faiblesses structurelles qui continuent d’affecter
le secteur bancaire français. À moyen terme, le
redressement des marges d’intermédiation passera
probablement par des réformes structurelles (la fin
du ni-ni
[8], la restructuration) et par une réduction des
surcapacités au sein du système bancaire français.
Annexe A : composition du bilan agrégé des banques AFB en 1999 (ensemble de l’activité)
Actif Passif
Caisse, banques centrales et office des chèques postaux 1% Banques centrales et office des chèques postaux 0,1%
Crédits à la clientèle 27,7% Ressources émanant de la clientèle 20,2%
Dont : - Crédits à la clientèle financière et non financière : 24% Dont : - Comptes ordinaires créditeurs 7%
Dont : - Crédits à l’exportation 0,2% - Compte d’épargne à régime spécial : 5,8%
- Crédits de trésorerie 10% Dont : - Livrets soumis à l’impôt 1,1%
- Crédits à l’équipement 4,9% - Livrets Jeunes 0,04%
- Crédits à l’habitat 5,9% - Livrets d’épargne populaire 0,2%
- Autres crédits 2% - CODEVI 0,7%
- Créances douteuses 1% - Compte épargne logement 0,4%
- Comptes ordinaires débiteurs 2,5% - Plan d’épargne logement 2,72%
- Plans d’épargne populaire 0,7%
Prêts aux établissements de crédit 23,3% - Comptes créditeurs à terme 5,8%
Dont : - Comptes ordinaires débiteurs 3% - Bons de caisse et d’épargne 0,1%
- Comptes et prêts 19%
- Valeurs reçues en pension 0,8% Emprunts auprès des E. C. 29,4%
Dont : - Comptes ordinaires créditeurs 2,9%
Opérations sur titres 37,4% - Comptes et emprunts 24,9%
Dont : - Titres reçus en pension livrée 10,1% - Valeurs données en pension 1%
- Titres de transaction 10,7%
- Titres de placement 3,6% Opérations sur titres 38,1%
- Titres d’investissement 5,8% Dont : - Titres de créances négociables 10,6%
- Titres donnés en pension 12,2%
Valeurs immobilisées 5,1% - Obligations 2,8%
Dont : - Prêts subordonnés 0,4%
- Parts dans les entreprises liées 4% Provisions, capitaux et assimilés 7,1%
- Immobilisations 0,4%
- Crédit-bail et location simple 0,3% Report à nouveau 0,1%
Divers 5,5% Divers 5%
Total 100% Total 100%
Source : Commision Bancaire.
Note : soulignés, figurent les postes qui ont fait l’objet d’une modélisation.
Commision Bancaire.
=Annexe B : estimation des durées moyennes de crédit
78 – 92 78 - 82 83 - 87 88 - 92
Court terme 7 mois 7 mois 7 mois 8 mois
Moyen terme 3 ans 9 mois 3 ans 9 mois 3 ans 8 mois 3 ans 8 mois
Long terme 9 ans 3 mois 9 ans 3 mois 9 ans 3 mois 9 ans 3 mois
Trésorerie des sociétés 9 mois 8 mois 8 mois 9 mois
Exportation 2 ans 2 mois 2 ans 1 an 11 mois 2 ans 6 mois
Équipement 4 ans 11 mois 4 ans 7 mois 4 ans 10 mois 5 ans 3 mois
Trésorerie des particuliers 2 ans 5 mois 2 ans 1 mois 2 ans 4 mois 2 ans 10 mois
Habitat 8 ans 3 mois 8 ans 3 mois 8 ans 1 mois 8 ans 3 mois
Entreprises 1 an 8 mois 1 an 8 mois 1 an 6 mois 1 an 9 mois
Ménages 5 ans 10 mois 5 ans 10 mois 5 ans 10 mois 5 ans 9 mois
Ensemble 2 ans 2 mois 2 ans 2 mois 2 ans 1 mois 2 ans 4 mois
Source : Baumel (1996).
Baumel (1996).
Annexe C : la cointégration multivariée
Les modèles VECM (Vector Error Correction Model) sont
des extensions multivariées des modèles à correction
d’erreur (MCE) permettant ainsi de tenir compte de
l’existence de plusieurs relations de cointégration.
On considère l’écriture traditionnelle d’un modèle VAR(k).
Soit Zt, un vecteur de dimension (p,1) ; ce vecteur suit un
processus autorégressif d’ordre k (i.e. Z VAR k t ≈ ( )) qui
s’écrit de la façon suivante :
où µ est la constante et D une matrice de dummy
saisonnières. Nous supposons que Zt est au moins intégré
d’ordre 1 (I(1)). Cependant, toutes les variables incluses
dans Z ne sont pas nécessairement intégrées d’ordre 1. Pour
avoir cointégration entre les variables non stationnaires, il
suffit qu’une combinaison linéaire de deux de ces variables
soit stationnaire.
L’objectif est de distinguer la stationnarité obtenue par
combinaison linéaire de celle obtenue par différenciation.
Pour cela, le modèle peut être reformulé selon une forme à
correction d’erreur :
avec
∆ : opérateur de différence première
Zt : processus stochastique, vecteur (p,1)
Dt : matrice de dummy (variables muettes) saisonnières
µ: vecteur déterministe de dimension p
ξ 1,...,T : vecteur de bruits blancs de dimension (p,1)
( ) Ι Î Î i d i i k=− − − − = − 1 1 1... , ,..., avec
Ιd la matrice identité
( ) ΠΙ Î Î Î = − − − d K1 2...
La matrice Î décrit les effets de long terme. Elle peut être
réécrite comme :
Π= αβ,
Avec α et β des matrices de dimension ( ) p r, où r est le rang
de la matrice Π. α est une matrice qui contient la vitesse
d’ajustement des paramètres alors que β contient les
vecteurs de cointégration. L’intuition sous-jacente à cette
décomposition est que le système Zt possède p vecteurs
cointégrants et p - r racines unitaires. Selon la valeur prise
par r (le rang de la matrice Î ), on peut distinguer trois cas
(Johansen et Juselius, 1990) :
-
cas 1 : r = p. Dans ce cas, la matrice Î est de plein rang et
Zt est stationnaire. Par conséquent, on retombe dans le cas
d’un VAR en niveau qu’on peut estimer directement
pui sque t ou tes le s va ri abl es comp osan t Zt sont
stationnaires ;
-
cas 2 : r =0. Dans ce cas, la matrice Î a un rang nul. Alors,
il n’y a que des variables I(1) dans Zt et aucune relation de
cointégration entre les variables. On est dans le cas d’un
VAR en différence de dimension k-1 ;
-
cas 3 : 0< <r p. On se situe dans le cas de la cointégration.
Alors, les données doivent être décrites par un VECM :
où α βY Z t t− − = 1 1 'est interprété comme le vecteur (de
dimension r) des termes de correction d’erreur (qui
représentent des variables stationnaires).
·
Adam M.C., Thys-Clement F., Van Regemorter D. (1984).
« La modélisation des intermédiaires financiers non
monétaires en Belgique : méthodologie et premiers résultats »,
Cahiers économiques de Bruxelles, n°102,2ème trimestre.
·
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dell’Economia », Temi di Discussione del Servicio Studi, n°80.
·
Baumel L. (1996). « Les crédits nouveaux mis en place par les
banques AFB de 1978 à 1992. Une évaluation des montants et
des durées initiales », Notes d’études et de recherche, n° 40,
novembre, Banque de France.
·
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estimation et prévision de la rentabilité bancaire », Flash,
n°01-1997, juillet, Service des études économiques et
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·
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bénéficiaires des caisses populaires Desjardins du Québec et
des banques à charte canadiennes », L’Actualité économique,
vol. 67, n°1, pp. 58-79.
[(*)]
Commission des Opérations de Bourse
[(**)]
CDC Ixis Asset Management et Université de Paris-Dauphine (CEREG).
E-mail : c
c. morel@ cdcixis-am. com
[(1)]
En pratique, la situation des banques françaises est atypique
du côté de leur passif puisqu’une partie de leurs ressources est
« gratuite » (il s’agit des dépôts à vue que les banques ne
rémunèrent pas), une autre partie a un prix fixé par la
réglementation (Livret A, Codevi, PEL, LEP ou CEP dont le
taux de rémunération est déterminé par les pouvoirs publics en
fonction des taux de marché). Le restant des ressources est bien
rémunéré aux conditions de marché.
[(3)]
En théorie, le passif (les ressources) d’une entreprise est
constituée de fonds propres et de dettes. La notion d’intérêts
versés ne concerne bien évidemment que la dette puisque les
fonds propres font l’objet d’une distribution de dividendes aux
actionnaires. Il convient de garder à l’esprit que la dette d’une
banque est un peu particulière puisqu’elle est constituée pour
une bonne part de dépôts.
[(4)]
Concrètement, cela comprend les dépôts à vue, les livrets
soumis à l’impôt, les LEP, les Codevi, les CEL, les comptes
créditeurs à terme et les bons de caisse et d’épargne.
[(5)]
Le coefficient de Theil compare l’erreur de prévision
réalisée par le modèle estimé à celle d’une marche aléatoire
(prévisions naïves). Il s’écrit

où le
numérateur est l’erreur de prévision moyenne obtenue avec
nos modèles économétriques, et le dénominateur correspond à
l’erreur de prévision moyenne d’un modèle dit naïf (la
prévision pour la période
t est la valeur à la date
t+1).
[(6)]
Bien évidemment, le taux apparent que l’on calcule
ex post,
ne peut être qu’une estimation puisqu’il s’agit d’une donnée
non observable.
[(7)]
La marge d’intermédiation au sens de la Commission
bancaire concerne tous les postes de l’actif et du passif
d’intermédiation, et ne constitue qu’une mesure
ex post,
publiée bien après les échéances comptables.
[(8)]
La libre rémunération des dépôts et la fin de la gratuité des
chèques sont à la fois deux réformes dissociables et favorables
pour la collectivité. En effet, la situation actuelle induit une
double inefficacité :
– d’une part, la non-rémunération des dépôts a conduit à un
certain nombre de péréquations. Elle procure en effet aux
banques des ressources à un prix inférieur au prix de marché.
Les banques sont dès lors incitées à attirer de nouveaux dépôts.
Elles ont été conduites ainsi à développer fortement leur réseau
pour faciliter la collecte des dépôts gratuits, ce qui a engendré
des coûts fixes difficiles à résorber. Ces conséquences sont
structurelles et pénalisent
in fine le consommateur;
– d’autre part, la gratuité des formules de chèque a découragé
l’utilisation de supports électroniques plus modernes dont les
frais de traitement sont nettement moins élevés. On estime
ainsi entre 20% et 30% la sur-utilisation du chèque par les
ménages français par rapport aux pratiques observées dans les
principaux pays de l’Union européenne. Les frais de traitement
des chèques pèsent sur la rentabilité des activités bancaires, qui
est déjà relativement faible en France. Ils sont aussi en partie
répercutés sur le consommateur
via la sur-tarification d’autres
services dont les prix sont peu ou pas réglementés (carte
bancaire, virements, agios sur découverts,...).