2003
Économie et Prévision
Le paradoxe de la productivité en France et aux États-Unis : une réévaluation
Fabrice Gilles
[(*)]
Yannick L’Horty
[(**)]
AuxÉtats-Unis,l’activités’estaccéléréedansladeuxièmepartieducycle,après1995,dansuncontextederalentissement
del’inflation. En France, l’évolution a été qualitativement lamême depuis 1997, évoquant là aussiles effets d’un choc
d’offre positif. La diffusion des nouvelles technologies de l’information et des communications (NTIC) explique en
partie seulement ces singularités. D’un côté, un calcul des contributions à la croissance suggère qu’elle expliquerait
environ la moitié de l’augmentation de l’activité aux États-Unis et un cinquième en France. D’un autre côté, une
décomposition tendance-cyclerévèlequel’augmentationtendancielledelacroissanceauxÉtats-Unis esttrèslocalisée
danslessecteursproducteursdesNTICetiln’yaguèrederupturetendancielledesgainsdeproductivité. EnFrance,où
lesécartssectorielssontmoinsnets,ladiffusiondesNTICs’estaccompagnéed’unralentissementdesgainstendanciels
deproductivité.Danslesdeuxcas,ilrestepeudeplaceauxeffetsdediffusionduprogrèstechniqueassociéauxNTIC.Mots-clés :
nouvelle économie, croissance, paradoxe de la productivité, décomposition tendance, cycle.
In the United States, activity accelerated in the second part of the cycle from 1995 on, against a background of slower
inflation. The evolution in France was qualitatively the same after 1997, indicating here too the impact of a positive
supply-sideshock. Thediffusionofnewinformationandcommunicationtechnology(NICT)explainsonlypartofthese
singularities. Ontheonehand,acalculationofcontributionstogrowthsuggeststhatitexplainsroughlyhalftheincrease
inactivityin theUnited States andonefifth in France. Ontheother,atrend-cycledecomposition reveals that thetrend
increase in growth in the United States is highly localised in the NICT producer sectors and that there was hardly any
trend-break in productivity gains. In France, where sectoral differences are less distinct, the diffusion of NICT was
accompanied by a slowdown in trend productivity gains. In both cases, this leaves little room for the effects of the
diffusion of technical progress associated with NICT.Keywords :
new economy, growth, productivity paradox, trend, cycle decomposition.
Les auteurs remercient M.-Th. Cazanave et St. Vigneau pour leur aide à l’accès aux Comptes de la Nation (Insee). En outre, cette
étude a bénéficié des remarques de St. Adjemian, G. Cette, F. Mihoubi, D. E. Sichel et d’un rapporteur anonyme ; de celles des
participants au colloque “ Nouvelle-Economie : théories et évidences ” à l’Université de Paris XI (Sceaux - mai 2001), à celui T2M de
Nice Sophia-Antipolis (juin 2001) et au Congrès de l’AFSE (septembre 2001) où des versions préliminaires ont été présentées; enfin
de celles des membres de l’EPEE (lors d’un séminaire interne). Les points de vue exprimés ne reflètent que ceux des auteurs.
Aux États-Unis, l’activité s’est accélérée dans la deuxième partie du cycle, après 1995, dans un
contextederalentissementdel’inflation. EnFrance, l’évolutionaétéqualitativementlamêmedepuis
1997, évoquantlàaussileseffets d’unchocd’offrepositif. Ladiffusiondesnouvellestechnologiesde
l’informationetdescommunications(NTIC)expliqueenpartieseulementcessingularités. D’uncôté,
un calcul des contributions à la croissance suggère qu’elle expliquerait environ la moitié de
l’augmentation de l’activité aux États-Unis et un cinquième en France. D’un autre côté, une
décomposition tendance–cycle révèle que l’augmentation tendancielle de la croissance aux
États-Unis est très localisée dans les secteurs producteurs des NTIC et il n’y a guère de rupture
tendancielledesgainsdeproductivité. EnFrance, oùlesécartssectorielssontmoinsnets, ladiffusion
desNTICs’estaccompagnéed’unralentissementdesgainstendancielsdeproductivité. Danslesdeux
cas, il reste peu de place aux effets de diffusion du progrès technique associé aux NTIC.
Les débats sur la nouvelle économie ont eu pour
origine une singularité conjoncturelle : depuis la
récession de 1991, la croissance américaine aurait eu
un profil exceptionnel et seul un choc d’offre tel que
la diffusion des nouvelles technologies de
l’information et des communications serait en
mesure d’en rendre compte. Mais si l’on y regarde de
plus près, le dernier cycle américain n’est ni
vraiment plus long ni franchement plus ample que le
précédent. Sa singularité réside dans deux autres
caractéristiques : i) l’activité s’est accélérée dans la
deuxième moitié du cycle, après 1995, et il en va de
même de la productivité et du recul du chômage; ii)
dans le même temps, l’inflation a ralenti (graphiques
1 et 3). La combinaison d’une croissance plus forte et
d’une inflation plus faible signale effectivement la
présence d’un choc d’offre positif. Ce dernier serait
intervenu au milieu du dernier cycle américain et
aurait été suffisamment prononcé pour diminuer le
niveau du chômage structurel d’environ un point de
pourcentage.
Graphique 1
niveau du PIB après les deux derniers
creux de cycles (1982T3 et 1991T1)
Pour ce qui est de la France, des anomalies
conjoncturelles analogues peuvent être relevées.
Dans la première moitié du cycle faisant suite à la
réces sion de 19 93, la croissance a été
particulièrement faible mais elle s’est brutalement
accélérée à partir de la fin de l’année 1997
(graphique 2). On a donc constaté : i) une
accélération de l’activité dans la deuxième moitié du
cycle, accompagnée d’un recul du chômage très
prononcé (de 12,6% fin 1996 à 8,5 % à la mi-2001);
ii) dans le même temps, un ralentissement de
l’inflation (graphiques 4). Ces évolutions inverses
de l’inflation et de la croissance signalent là aussi la
présence d’un choc d’offre positif qui aurait fait
reculer le niveau du chômage structurel. La
différence avec les États-Unis est que l’on ne relève
pas d’accroissement des gains de productivité.
Graphique 2
niveau du PIB français après les deux
creux d’activité de 1984 et 1993
La diffusion des nouvelles technologies de
l’information et des communications (comprenant
les “matériels informatiques / computer and
peripheral equipment”, “logiciels/software” et
“matériels de communication / communication
equipment”) n’est qu’un facteur parmi d’autres
permettant de rendre compte de ces singularités
conjoncturelles. Il est donc indispensable d’en
administrer la preuve en reliant les inflexions de la
croissance à la diffusion des NTIC. Dans cette étude,
nous utilisons deux techniques comptables et
statistiques pour valider cette relation. On a recours
tout d’abord à une démarche inspirée de S. D. Oliner
et D. E. Sichel (Oliner et Sichel, 2000) pour mesurer
la contribution des NTIC à la croissance, puis à une
approche inspirée de R. Gordon (Gordon, 1999)
permettant d’évaluer la composante structurelle des
inflexions de la productivité. Ces deux approches
sont appliquées de façon harmonisée sur des données
françaises et américaines.
Les résultats nous conduisent à un constat mitigé sur
l’impact macroéconomique des NTIC sur la
croissance. Avec des hypothèses raisonnables,
l’investissement dans les NTIC permet d’expliquer
directement la moitié du surcroît de la croissance
américaine entre la première et la deuxième partie du
dernier cycle et un cinquième en France. Mais on
relève une baisse des gains tendanciels de
productivité en France et une faible hausse aux
États-Unis, ce qui met en doute l’ampleur des effets
de diffusion du progrès technique incorporé à ces
équipements. Du point de vue macroéconomique qui
est le nôtre, le paradoxe de la productivité formulé en
1987 par R. Solow
[1] reste entier.
L’apport des NTIC à la croissance
La méthode
Dans les théories néoclassiques de la croissance, la
contribution d’un facteur est égale à son taux de
croissance multiplié par sa rémunération.
Considérons par exemple le cas de deux facteurs
travail ( )L et capital (K). Soit r le taux de rendement
réel brut du capital ; celui-ci s’écrit :
d (respectivement P ) représentant le taux de
k dépréciation (respectivement le prix) du capital (en
t),
étant alors le taux d’inflation sur ce même bien
et i le taux de rendement nominal net du capital.
Puisque les rémunérations des facteurs de
production sont données par les productivités
marginales, le taux de croissance de l’activité
est
ainsi décomposé en concurrence pure et parfaite :
où
est la partie de la
croissance de la production non expliquée
individuellement par le capital ou le travail : le
progrès technique - supposé neutre au sens de Hicks -
assimilé au taux de croissance de la productivité
globale des facteurs (en t);
(respectivement
) désigne la part de revenu
générée par le capital (respectivement le travail).
Pour notre propos, il importe de distinguer le capital
informatique des autres types de capitaux, qui ne
connaissent pas nécessairement des évolutions de
prix similaires et des taux de dépréciation identiques
(les NTIC deviennent obsolètes plus rapidement que
les autres types d’équipement). De plus, les prix de
ces nouvelles technologies ont eu tendance à baisser
lors des années 1980 et 1990 (aux États-Unis comme
en France), contrairement aux prix des autres biens
capitaux ; de même, pour le travail, les salariés du
secteur des services informatiques touchent des
salaires plus élevés que dans les autres secteurs
(presque le double aux États-Unis selon le
Bureauof
LaborStatistics). On distingue donc les matériels de
traitement de l’information
[2] (notés
Kc ) des autres
équipements (
K ), et l’emploi dans les services
0 informatiques (
Lc ) du reste de l’emploi (
L0 ). En
temps discret, une expression plus générale des
contributions à lacroissance est alors la suivante
[3].
avec : ∆Y Y Y et j c o t t t = − ≡ −1, .
Pour les États-Unis, les données proviennent du
Bureau of Economic Analysis (BEA), des comptes
nationaux américains (National Income and
Products Accounts - NIPAs) et du Bureau of Labor
Statistics(BLS). Pour la France, elles sont issues des
Comptes Nationaux Trimestriels et Annuels de
l’Insee. On se limite au secteur privé non agricole,
sur les deux derniers cycles d’expansion (en
l’occurrence : 1984-2001, pour la France ;
1982-1999, pour les États-Unis).
Résultats
Les résultats obtenus pour les États-Unis figurent
dans le tableau 1. L’apport des NTIC à la croissance
n’y apparaît globalement pas négligeable, avec une
contribution moyenne de l’ordre de 0,74 point de
pourcentage depuis le début des années quatre-vingt.
Surtout, cette contribution augmente régulièrement
au cours du temps. Pour les matériels de traitement
de l’information, la hausse est de 0,35 point entre les
deux cycles et de 0,81 point au cours du dernier
cycle. La contribution totale des NTIC (y compris les
services du travail informatiques) a été multipliée
par plus de 2,5 entre 1991-1995 et 1996-1999 (de
0,61 à 1,54 point de pourcentage). Cette
augmentation est liée à l’accroissement des taux de
croissance des stocks de capitaux correspondants
(pour les ordinateurs : + 41,45% par an entre 1996 et
1999 contre +17% par an entre 1991 et 1995) ; en
revanche, la part de revenu générée par ce type
d’équipement reste faible : 1,63% sur la période la
plus récente (1996-1999) contre 1,38% sur
1991-1995 pour les ordinateurs et périphériques.
Pour l’ensemble des NTIC, elle ne dépasse pas 7 %
sur 1996-1999. Au total, la croissance de l’activité
dans les secteurs privés a augmenté de 1,92 point
entre 1991-1995 et 1996-1999. Les NTIC
expliqueraient directement près de la moitié de cette
évolution.
En France, le taux de croissance de l’activité a lui
aussi augmenté dans la deuxième partie du cycle
(entre 1993-1997 et 1998-2001), de 2,6 points. Cette
accélération n’est expliquée qu’à hauteur de 20% par
la hausse de la contribution des NTIC (qui passe de
0,24 à 0,72 point entre 1993-1997 et 1998-2001 -
tableau 2)
[4] en outre, si la part occupée par les NTIC
dans la croissance augmente entre 1984-1992 et
1993-2001
[5], elle diminue au sein du dernier cycle
d’expansion.
Tableau 1
contributions à la croissance du produit privé non agricole aux États-Unis
Tableau 1 : contributions à la croissance du produit privé non agricole aux États-Unis
Période 1982-1990 1991-1995 1996-1999 1991-1999
Croissance du PIB privé non agricole(a) 3,46 2,68 4,6 3,53
Contributions de(b) :
Matériel de traitement de l’information 0,56 0,54 1,35 0,91
Ordinateurs et périphériques 0,29 0,25 0,73 0,47
Logiciels 0,13 0,20 0,40 0,29
Équipements decommunication 0,14 0,09 0,22 0,15
Travail affecté aux services informatiques 0,05 0,06 0,19 0,12
Total traitement de l’information 0,61 0,61 1,54 1,03
Autres capitaux 1,03 0,66 0,97 0,8
Autre travail 1,16 0,75 1,33 1,01
Taux de croissancede la PGF 0,68 0,66 0,76 0,70
Parts de revenu(c): 4,62 6,12 6,99 6,50
Ordinateurs et périphériques 1,24 1,38 1,63 1,49
Logiciels 0,91 1,65 2,20 1,89
Equipements de communication 1,94 2,23 1,84 2,06
Travail informatique 0,53 0,86 1,31 1,06
Taux de croissance des facteurs(a) :
Ordinateurs et périphériques 22,66 17,01 41,45 26,90
Logiciels 13,84 11,16 15,72 13,16
Équipements de communication 6,69 3,89 9,00 6,13
Travail informatique 9,66 7,14 14,53 10,37
Notes : (a) taux de croissance moyen par an; (b) points de pourcentage par an; (c ) pourcentage (du produit privé non agricole).
Sources : calculs des auteurs basés sur les données du BEA et du BLS.
calculs des auteurs basés sur les données du BEA et du BLS.
Tableau 2
contributions à la croissance du produit privé non agricole en France
Tableau 2 : contributions à la croissance du produit privé non agricole en France
Période 1984-1992 1993-1997 1998-2001 1993-2001
Croissancedu PIB privé non agricole(a) 2,54 0,91 3,52 2,06
Contributions de(b) :
Matériel de traitement de l’information 0,23 0,20 0,55 0,35
Matériels informatiques 0,13 0,10 0,25 0,16
Logiciels 0,06 0,06 0,20 0,12
Matériels de communication 0,04 0,04 0,10 0,07
Travail affecté aux services informatiques(c) 0,00 0,04 0,17 0,1
Total traitement de l’information 0,23 0,24 0,72 0,46
Autres capitaux 1,07 0,74 0,76 0,75
Autre travail 0,07-0,08 0,97 0,38
Taux de croissancede la PGF 1,17 0,01 1,08 0,49
Parts de revenu(d) : 1,78 3,03 4,23 3,56
Ordinateurs et périphériques 0,48 0,48 0,69 0,57
Logiciels 0,55 0,71 1,15 0,91
Équipements de communication 0,75 0,90 0,91 0,91
Travail informatique(c) 0,00 0,94 1,47 1,17
Taux de croissance des facteurs(a) :
Ordinateurs et périphériques 26,03 18,64 36,37 26,22
Logiciels 10,50 7,77 17,12 11,83
Équipements de communication 5,51 4,68 10,70 7,31
Travail informatique(c) 0,00 2,82 12,00 6,80
Notes : (a) taux de croissance moyen par an; (b) points de pourcentage par an; (c) non disponible avant 1992; (d) pourcentage (du produit privé non
agricole).
Sources : Insee et calculs des auteurs.
Insee et calculs des auteurs.
Soulignons cependant que la contribution des NTIC
calculée ici transite uniquement par celle des
quantités de facteurs (et/ ou de leurs rémunérations)
et non par des modifications de leur efficacité. Dans
les deux pays, il se trouve que la contribution de la
PGF a augmenté entre les deux moitiés du dernier
cycle. Le taux de croissance de la PGF a augmenté de
0,1 point aux États-Unis (de 0,66 à 0,76) et de 1,07
point en France (de 0,01 à 1,08 en France). Cette
accélération de l’efficacité globale des facteurs
explique 5 % de celle de la croissance aux États-Unis
et plus de 40 % en France
[6]. Mais ces évolutions de la
PGF ne peuvent être imputées d’office à des
externalités positives liées aux NTIC. Elles reflètent
les effets joints de beaucoup d’autres facteurs
(économies d’échelle, nouvelle structure des
qualifications, changements divers d ans
l’organisation de la production).
Ces résultats sont qualitativement très proches de
ceux d’autres études (cf. Oliner et Sichel, 2000 ;
Jorgenson et Stiroh, 2000 ; Whelan, 2000), malgré
des méthodologies un peu différentes (cf. le tableau 3
pour la contribution des ordinateurs).
Tableau 3
contribution des ordinateurs et
équipements périphériques à la croissance aux
États-U nis
Tableau 3 : contribution des ordinateurs et
équipements périphériques à la croissance aux
États-U nis
Étude 1991-1995 1996-1999
Cette étude 0,25(a) 0,73
Jorgenson-Stiroh (2000) 0,19 0,49
Oliner-Sichel (2000) 0,25 0,63
Whelan (2000) 0,33(b) 0,82
Notes : (a) points de pourcentage du produit privé non agricole;
(b) la première période correspond aux années 1990-1995 dans
l’étude de Whelan (2000).
Pour la France, Cette, Mairesse et Kocoglu (2000b)
trouvent dans leur approche centrale une
contribution de l’ordre de 0,26 point de pourcentage
sur la période 1995-1999 contre 0,39 point dans
notre cas sur la même période
[7];
du supplément de
croissance entre 1993-1997 et 1998-2001 serait ainsi
expliqué par les NTIC, soit encore un rapport de 1 à
2,5 par rapport à l’évaluation américaine (hors taux
de croissance de la PGF).
Si l’on remettait en cause l’hypothèse d’un
rendement net de l’informatique égal au rendement
concurrentiel
[8], les conclusions demeureraient
globalement les mêmes. Ainsi, pour un rendement
net des NTIC égal à 2,5 fois celui des autres capitaux,
la contribution à l’accélération de l’activité entre les
deux demi-cycles aux États-Unis passe de 0,81
(=1,35-0,54) à 1,13 (=1,94-0,81) (cf. tableau 4)
[9]. Il
faudrait supposer que la totalité de ce surcroît de
rendement n’ait eu lieu qu’à partir de 1996, pour
parvenir à expliquer 80% de l’accélération de
l’activité aux États-Unis (en tenant compte du travail
affecté aux services informatiques, soit 0,8 = [(1,94 -
0,54) + 0,13] / 1,92.
Les mêmes calculs menés sur les données françaises
conduisent à des résultats encore moins probants.
Avec un rendement net des NTIC égal à 2,5 fois celui
des autres capitaux, la contribution à l’accélération
de l’activité entre les deux demi-cycles passe de 0,35
(=0,55-0,2) à 0,45 (=0,70-0,25) (cf. tableau 5). En
supposant que ce rendement “super normal” soit
apparu soudainement en 1997, on parvient à
expliquer près d’un quart de l’accélération de
l’activité par la contribution totale des NTIC. En
étendant la période d’étude jusqu’à l’année 2001
pour les États-Unis (fin de cycle) et à 2002 (pour la
France) ces contributions diminuent dans les deux
cas (1,35 point dans le cas américain).
Tableau 4
contribution de l’informatique
à la croissance aux États-Unis : simulation d’un taux
de rendement “super normal” pour le matériel
de traitement de l’information
Tableau 4 : contribution de l’informatique
à la croissance aux États-Unis : simulation d’un taux
de rendement “super normal” pour le matériel
de traitement de l’information
Rendement relatif 1982-1990 1991-1995 1996-1999 1991-1999
1(a) 0,56(b,c) 0,54 1,35 0,91
1,25(d) 0,63 0,59 1,46 0,98
1,5 0,69 0,64 1,56 1,05
1,75 0,75 0,69 1,66 1,12
2 0,81 0,73 1,75 1,18
2,5 0,93 0,81 1,94 1,31
3 1,03 0,89 2,11 1,43
Notes : (a) cas initial;
(b) points de pourcentage (en moyenne annuelle);
(c) hors travail affecté aux “ activités informatiques”; (d) en moyenne
sur la période 1982-1999.
Sources : BEA, BLS et calculs des auteurs.
BEA, BLS et calculs des auteurs.
Au total, on peut retenir que la moitié du surcroît de
croissance aux États-Unis et un cinquième en
Franceestdirectementimputableàl’investissement
en NTIC et au travail affecté aux services
informatiques.
Tableau 5
contribution de l’informatique à la
croissance en France : simulation d’un taux
de rendement “super normal” pour le matériel
de traitement de l’information
Tableau 5 : contribution de l’informatique à la
croissance en France : simulation d’un taux
de rendement “super normal” pour le matériel
de traitement de l’information
Rendement relatif 1984-92 93-97 98-01 1993-01
1(a) 0,23(b,c) 0,20 0,55 0,35
1,25(d) 0,24 0,21 0,57 0,37
1,5 0,25 0,22 0,6 0,39
1,75 0,27 0,23 0,62 0,40
2 0,28 0,24 0,65 0,42
2,5 0,30 0,25 0,70 0,45
3 0,32 0,27 0,75 0,48
Notes : (a) cas initial;
(b) points de pourcentage (en moyenne annuelle);
(c) hors travail affecté aux services informatiques ;
(d) en moyenne sur la période 1984-2001.
Sources : Insee et calculs des auteurs.
Insee et calculs des auteurs.
Les enseignements d’une
décomposition tendance-cycle
appliquée à des données sectorielles
Méthode
Une approche complémentaire fondée sur la
structure plutôt que sur la comptabilité de la
croissance consiste à extraire la part conjoncturelle
des mouvements de l’activité et à évaluer ainsi la part
structurelle qu’est
susceptible d’expliquer la
diffusion des NTIC. On souhaite savoir si les
changements observés sont durables ou non et s’ils
sont communs à l’ensemble des secteurs ou non. Si la
croissance est véritablement entraînée par les NTIC,
on s’attend à des changements structurels, communs
à l’ensemble des secteurs et affectant à la fois la
croissance et la productivité, signalant des effets de
diffusion des secteurs producteurs des NTIC aux
secteurs qui les utilisent. Telle est la démarche suivie
par Gordon (1999)
[10] qui utilise une succession de
trendslog-linéaires dont il détermine les ruptures sur
la base d’indicateurs conjoncturels (taux de
chômage et taux d’utilisation des capacités de
production notamment). Cette approche ne peut être
utilisée en comparaison internationale et nous avons
retenu une démarche plus traditionnelle où la
décomposition est obtenue avec un filtre de Hodrick
et Prescott (1981). Si
xt est la série temporelle
étudiée, elle est décomposée :
oùµt ≡ tendance de xt et ct ≡ cycle de xt t.µ est ainsi
déterminée :
Par conséquent, ce filtre consiste en la minimisation
de la somme de deux objectifs d’adéquation de la
tendance à la série observée
xt (le premier terme) et
de degré de la variabilité de la tendance (somme des
carrés des variations du taux de croissance de la
tendance – deuxième terme). Le paramètre qui donne
le poids accordé aux deux objectifs est fixé ici à sa
valeur usuelle pourdes séries annuelles( )
λ =100
[11].
Le filtre a été appliqué aux séries de production et de
productivité sur des données agrégées puis
sectorielles : industrie manufacturière, services,
biens durables. Pour la France, la catégorie “biens
d’équipements” remplace celle des “biens durables”.
Les données couvrent la période 1978-2001 pour la
France et 1964-2001 pour les États-Unis. Pour
mesurer la composante structurelle de la série sur
chaque sous-période de cycle d’expansion
comparable (1991-1995 et 1996-1999 pour les
États-Unis, 1993-1997 et 1998-2001 pour la France),
nous avons calculé une moyenne géométrique des
taux de croissance des trends préalablement évalués
à toute date ; nous en avons déduit un taux de
croissance du cycle“ moyen ” dans chacun des cas.
Résultats
L’augmentation de la croissance tendancielle serait
de l’ordre de 0,32 point de pourcentage entre les deux
sous-périodes considérées (tableau 6). Cependant,
cette hausse tendancielle de l’activité est beaucoup
plus forte dans les industries productrices des NTIC :
le secteur des biens durables (qui inclut les
entreprises productrices de matériels informatiques
et autres équipements de communication) ne
représente que 22,37% de la production (tableau 7) et
serait responsable de 37,75% de l’accélération de la
croissance
Si l’on applique la décomposition au produit par tête,
il apparaît que l’accroissement de la tendance est de
l’ordre de 0,23 point de pourcentage pour l’ensemble
du secteur privé non agricole, mais il est plus
particulièrement lié au secteur des biens non
durables et des services (0,15 point - tableau 8).
Tableau 6
décomposition de la croissance de la production par secteur : comparaison (1991-1995)/(1996-1999)
aux États-Unis
Tableau 6 : décomposition de la croissance de la production par secteur : comparaison (1991-1995)/(1996-1999)
aux États-Unis
Secteur Privé non agricole Manufacturier Durables Non durables et services
Croissanceactuelle(a) : 4,60 5,68 8,21 3,60
Contributions de(b) :
Cycle 0,91 1,18 1,83 0,65
Tendance 3,69 4,51 6,37 2,94
Croissanceprécédente(c) : 2,68 3,20 4,45 2,24
Contributions de(b) :
Cycle-0,68-0,89-1,38-0,52
Tendance 3,37 4,09 5,83 2,76
Accélération du trend(b,d) : 0,32 0,42 0,54 0,18
Notes : (a) pourcentage (moyenne annuelle) sur 1996-1999 ; (b) points de pourcentage ; (c) période (1991-1995) ; (d) contribution du trend de
1991-1995 ôtée de celle du trend actuel.
Sources : BEA et calculs des auteurs (‘H.P.’sur données annuelles (λ = 100), sans tenir compte de l’année 2001 pour effectuer la décomposition).
BEA et calculs des auteurs (‘H.P.’sur données annuelles (λ = 100), sans tenir compte de l’année 2001 pour effectuer la décomposition).
Tableau 7
évolution de la part de la production des
principaux secteurs dans la production privée non
agricole brute (1991-99) aux États-Unis
Tableau 7 : évolution de la part de la production des
principaux secteurs dans la production privée non
agricole brute (1991-99) aux États-Unis
SecteurPériode 1991-1995 1996-1999
Total privé non agricole 100 100
Manufacturier 44,53(a) 46,54
Biens durables 19,00 22,37
Biens non durables 25,53 24,16
Non manufacturier 55,46 53,46
Non durables, manufacturier ou non 80,99 77,62
Note : (a) pourcentage du produit brut privé non agricole réel.
Sources : BEA et calculs des auteurs.
BEA et calculs des auteurs.
Si l’on observe la productivité horaire plutôt que le
produit par tête
[12], l’accélération de la tendance est
moins élevée (0,1 point pour l’ensemble de
l’économie privée non agricole – tableau 12) et on ne
retrouve guère de gains sectoriels : 0,23 point pour le
secteur des biens manufacturés mais 0,02 point pour
le secteur des biens durables et-0,03 pour les
non-durables et services (tableau 12). En outre, une
part de ces gains est due à la non-rétropolation des
changements de mesure du prix des services de santé
selon Gordon (1999) : entre 0,1 et 0,15 point de
pourcentage de l’accélération de la tendance ne
serait que statistique et ceci pour tous les secteurs.
D’après notre évaluation, il n’y aurait par
conséquent aucun changement structurel. Si l’on
considère l’économie américaine hors biens
durables, on aurait même une baisse du taux de
croissance dela productivité horairetendancielle
[13].
Une extension de la période de comparaison de
1991-1995 à 1972-1995, c’est-à-dire à la période des
20-25 années durant lesquelles les gains de
productivité horaire du travail n’ont cessé de
diminuer, n’affecte guère les résultats (pour la
production privée non agricole, +0,42 point de
pourcentage d’accélération contre +0,32 et 0,04
contre 0,11 pour la productivité horaire).
En France, les différences de croissance entre les
secteurs sont moins nettes, suggérant des effets de
diffusion plus importants. Entre 1993-1997 et
1998-2001, l’accélération du trend de croissance est
de 0,33 point de pourcentage dans l’ensemble des
secteurs, mais de 0,53 dans les biens d’équipements
(qui inclut les entreprises productrices de matériels
informatiques), contre 0,31 pour les autres biens et
services (tableau 9). Les biens d’équipement
représentent 5,6% de la production privée non
agricole et expliquent donc 4,7% de son accélération
tendancielle dans les années quatre-vingt-dix.
Tableau 8
décomposition de la croissance du produit par tête : une étude sectorielle
(comparaison (1991-1995)/(1996-1999) aux États-Unis)
Tableau 8 : décomposition de la croissance du produit par tête : une étude sectorielle
(comparaison (1991-1995)/(1996-1999) aux États-Unis)
Secteur Privé non agricole Manufacturier Durables Non durables et services
Croissanceactuelle(a) : 1,43 4,51 5,59 0,39
Contributions de(b) :
Cycle-0,11 0,20-0,09-0,21
Tendance 1,54 4,31 5,68 0,61
Croissanceprécédente(c) : 1,66 4,58 6,59 0,89
Contributions de(b) :
Cycle 0,35 0,21 0,50 0,43
Tendance 1,31 4,37 6,09 0,46
Accélération du trend(b,d) : 0,23-0,06-0,41 0,15
Notes : Même lecture que pour le tableau 6.
Sources : BEA, BLS et calculs des auteurs (‘H.P.’ sur données annuelles (λ =100) sans tenir compte de l’année 2001 pour effectuer la
décomposition).
BEA, BLS et calculs des auteurs (‘H.P.’ sur données annuelles (λ =100) sans tenir compte de l’année 2001 pour effectuer la
Tableau 9
décomposition de la croissance par secteur : comparaison (1993-97)/(1998-01) en France
Tableau 9 : décomposition de la croissance par secteur : comparaison (1993-97)/(1998-01) en France
Secteur Privé non agricole Manufacturier Biens d’équipement Autres biens et services
Croissance actuelle(a) : 3,53 3,48 5,91 3,40
Contributions de(b) :
Cycle 1,23 0,81 1,55 1,21
Tendance 2,30 2,67 4,36 2,19
Croissance précédente(c) : 0,91 1,63 3,02 0,81
Contributions de(b) :
Cycle-1,06-0,65-0,80-1,07
Tendance 1,97 2,29 3,83 1,88
Accélération du trend(b,d) : 0,33 0,38 0,53 0,31
Notes : (a) pourcentage (moyenne annuelle) sur 1998-2001 ; (b) points de pourcentage ; (c) période (1993-1997) ; (d) contribution du trend de
1993-1997 ôtée de celle du trend actuel.
Sources : Insee et calculs des auteurs (‘H.P.’sur données annuelles (λ =100) ).
Insee et calculs des auteurs (‘H.P.’sur données annuelles (λ =100) ).
Tableau 10
évolution de la part de la production des
principaux secteurs dans la production privée non
agricole brute en France (1993-2001)
Tableau 10 : évolution de la part de la production des
principaux secteurs dans la production privée non
agricole brute en France (1993-2001)
SecteurPériode 1993-1997 1998-2001
Total privé non agricole 100 100
Manufacturier 28,44 29,13
Biens d’équipement 4,75 5,59
Autres biens 23,69 23,74
Non manufacturier 71,55 70,87
Non équipement, manufacturier ou non 95,25 94,41
Note : (a) pourcentage du produit brut marchand non agricole réel.
Sources : Insee et calculs des auteurs.
Insee et calculs des auteurs.
Cependant, il n’y a pas en France d’accroissement
des gains structurels de productivité horaire. Il y a au
contraire un ralentissement de la productivité
tendancielle, que l’on observe le produit par tête
(-0,15 point) ou par heure (-0,17 point) entre les deux
sous-périodes considérées (tableau 11 et tableau 13).
Il convient néanmoins de nuancer ces résultats pour
plusieurs raisons. La première tient au fait que le
filtre de Hodrick-Prescott – comme toute méthode de
décomposition tendance-cycle – est soumis aux
effets de bords. En particulier, le fait d’inclure
l’année 2001 (point de retournement de l’économie
américaine) dans le calcul du
trend tout en
conservant les périodes de comparaison affaiblit les
gains tendanciels
[14], ce qui laisse entendre que nous
avions surestimé l’accélération. La deuxième vient
de notre recherche de rupture de tendance à
l’intérieur même du dernier cycle d’expansion. Pour
pallier ce problème, nous avons comparé les
trends
de taux de croissance de la productivité horaire sur
les deux derniers cycles. Il en ressort que le surcroît
de tendance de la valeur ajoutée n’est plus que de
0,28 point et celui de la productivité horaire de 0,04
point
[15] dans le cas américain; pour ce qui est de la
France, on aboutit à 0,09 point de décélération pour
la valeur ajoutée et aucun changement appréciable
pour la productivité horaire (figure 4). La troisième
limite réside dans les difficultés rencontrées pour
évaluer l’accélération de la productivité dans les
services (finance notamment) et de la construction :
l’absence d’accroissement du taux de croissance
dans ces secteurs provient en partie d’erreurs de
mesure.
La “nouvelle économie” est née d’une singularité
conjoncturelle américaine. L’activité s’est accélérée
dans la deuxième partie du cycle, après 1995, dans un
contexte de ralentissement de l’inflation. En France,
l’évolution est qualitativement la même depuis la fin
de l’année 1997 suggérant là aussi les effets d’un
choc d’offre positif. La diffusion des NTIC explique
en partie seulement ces singularités. Un calcul des
contributions à la croissance suggère qu’elle
expliquerait la moitié de l’accélération de l’activité
aux États-Unis et environ un cinquième en France.
En outre, si l’activité tendancielle s’est accélérée en
France comme aux États-Unis, c’est surtout le cas
dans les secteurs producteurs des NTIC. En
revanche, on ne relève pas de rupture tendancielle
des gains de productivité horaire dans les deux pays,
ce qui laisse peu de place aux effets de diffusion des
nouvelles technologies de l’information et des
communications.
Les hypothèses de la première décomposition sont
cependant fortes : biens homogènes, absence
d’externalité, rendement concurrentiel des facteurs,
rendements d’échelle constants, atomicité des
entreprises... En relâchant certaines de ces
hypothèses, comme un rendement du capital
informatique “ s upra-con currentiel” et en
considérant des hypothèses extrêmes, on parvient à
expliquer une part plus importante de la croissance.
Par ailleurs, la prise en compte des NTIC dans les
comptabilités nationales américaine et française, les
multiples méthodes pour effectuer le partage
volume-prix pour ce type de bien (Cette, Mairesse et
Kocoglu, 2000a), ainsi que des problèmes
traditionnels de construction des stocks de capitaux
font que cette approche est soumise à des risques
d’erreurs de mesure importants. Ensuite, la
généralisation des indices de prix hédoniques aux
États-Unis (en particulier aux équipements de
communication dont les baisses de prix se sont
accélérées depuis le début des années 1990) pourrait
permettre d’accentuer la rupture de tendance de la
productivité américaine et d’augmenter la
croissance de la contribution des NTIC à la
croissance. En outre, en ne se basant que sur les
ordinateurs, logiciels et autres équipements de
communication pour évaluer l’ampleur de la
nouvelle économie, on omet l’influence des biens
intermédiaires dans la construction de ces
technologies (semi-conducteurs...), ainsi que celle
des biens moins “high-tech”. La deuxième
décomposition a elle aussi des limites qu’il faut
souligner : la valeur du paramètre de lissage reste
quelque peu arbitraire, la méthode pose un problème
d’effets de bords. De plus, les inflexions du trend
entre les deux sous-périodes peuvent avoir d’autres
origines.
Tableau 11
décomposition de la croissance de la productivité par secteur :
comparaison (1993-1997)/(1998-2001) en France
Tableau 11 : décomposition de la croissance de la productivité par secteur :
comparaison (1993-1997)/(1998-2001) en France
Secteur Privé non agricole Manufacturier Biens d’équipement Autres biens et services
Croissance actuelle(a) : 1,14 3,37 4,84 0,94
Contributions de(b) :
Cycle 0,05-0,08 0,19 0,06
Tendance 1,09 3,44 4,65 0,88
Croissance précédente(c) : 0,88 3,85 5,52 0,63
Contributions de(b) :
Cycle-0,36 1,63 0,51-0,41
Tendance 1,24 3,68 5,01 1,03
Accélération du trend(b,d) : -0,15-0,24-0,36-0,15
Notes : (a) pourcentage (moyenne annuelle) sur 1998-2001 ; (b) points de pourcentage ; (c) période (1993-97) ; (d) contribution du trend de
1993-1997 ôtée de celle du trend actuel.
Sources : Insee et calculs des auteurs (‘H.P.’sur données annuelles (λ =100)).
Insee et calculs des auteurs (‘H.P.’sur données annuelles (λ =100)).
Malgré tou tes ces réserves, si les effets
macroéconomiques des NTIC sur la croissance sont
bien réels et en progression constante, les surcroîts
tendanciels de productivité qui peuvent leur être
imputés hors des secteurs produisant les NTIC
semblent pour l’instant modestes aux États-Unis et
plus encore en France.
Annexe méthodologique : origines des données et construction des principaux indicateurs.
Pour l’évaluation de l’équation (3) de contribution des
facteurs de production à la croissance, nous avons tiré nos
données des Comptes Trimestriels et Annuels de la Nation
(Insee, base 1995) (respectivement du Bureau of Economic
Analysis (BEA – National Income and Personal Accounts)
et du Bureau of Labor Statistics (BLS)) pour la France
(respectivement les États-Unis).
La valeur ajoutée en termes nominaux ( )
PY t t et en volume
( )
Yt est constituée des séries de valeur ajoutée brute du
secteur privé non agricole, provenant du BEA (1947-2001,
tables 1.4b, c) (respectivement Insee (1978-2001), Comptes
Nationaux Annuels) pour les États-Unis (respectivement
pour la France). Il est à noter que les données américaines
tiennent compte des corrections apportées à l’estimation de
l’indice de prix à la consommation
[16].
Le taux de croissance des capitaux
Concernant les États-Unis, ces calculs ont été effectués de
manière traditionnelle pour le secteur informatique, à partir
d’indices quantités dans la base 1996 (ordinateurs, logiciels
et équipements de communication – BEA : “Net Stock
EstimatesofFixedAssetsandConsumerDurableGoods”);
pour les autres capitaux (other non residential equipment
and structures), nous avons dû construire les stocks réels en
déflatant les stocks nominaux correspondant par des indices
de prix calculés dans la base 1996 de façon standard. Pour la
France, nous avons de même utilisé les stocks de capital fixe
nets réels.
Le taux de dépréciation (
d i c o i t k, ,, − = ) : dans le cas des
Etats-Unis, nous avons obtenus ces taux en utilisant la
méthode d’inventaire perpétuel
[17] :
avec : Kit, ≡ stock de capital fixe réel net “matériel
traitement de l’information” ou “autre”. Dans le cas
français, disposant des stocks de capitaux fixes et des
consommations de capital fixes réelles ( ), CCFit, nous avons
ainsi reconstitué les taux de déclassement :
L’inflation sur les stocks de capitaux
est
déduite de manière traditionnelle à partir de déflateurs
construits grâce aux séries de capitaux en valeur et en
volume.
Le facteur travail, croissance des effectifs
et
coût du travail ( , ), , ,
w L j c o j t j t = : pour les États-Unis (BLS),
comme pour la France (Insee), ce sont les séries de travail en
effectifs et non en heures qui ont été retenues. Les effets du
développement récent en France du travail à temps partiel
sur la productivité ne sont donc pas pris en compte dans
cette partie. Par ailleurs, nous avons distingué entre “ travail
associé aux services informatiques ” (
computer and data
processing services pour les États-Unis
[18], “Activités
informatiques ” pour la France) et les autres types
[19]. Pour
ce qui est du coût du travail, ce dernier provient de la table
6.2b, c (compensation of employees by industry / coût du
travail par industrie) des NIPAs aux États-Unis, des
Comptes Nationaux (Insee) en France. Pour les employés du
secteur des services informatiques aux États-Unis, ne
disposant que des salaires bruts (average hourly earnings,
BLS), nous avons supposé un même taux de cotisations
sociales patronales pour l’ensemble des secteurs : après
avoir calculé le rapport (coût du travail (tous secteurs)/gains
des salariés (tous secteurs)), nous avons appliqué ce
coefficient aux gains annuels totaux bruts des salariés du
secteur “ services informatiques ”.
Le taux de rendement net ( )it et le taux de croissance de la
productivité totale des facteurs
: dans leurs
travaux, Oliner et Sichel (Oliner et Sichel 1994 ; 2000)
déterminent ( )it (le même pour tout type de capital) en
utilisant la somme des parts de revenus générées par
l’ensemble des capitaux, série publiée par le BLS et ici
notée ( ) ses t, :
Étant donné que nous n’avons pu obtenir cette information,
nous avons évalué ( )it en imposant des rendements
d’échelle constants à la fonction de production. ( )it se déduit
de :
vient alors de manière résiduelle. Pour la France,
nous avons procédé de la même manière. Néanmoins, on
aurait pu d’abord calculer directement le taux de la PGF en
utilisant un indicateur de Tornqvist (ceci en accord avec la
méthodologie utilisée par le BLS – cf. BLS, 1997):
avec :
où :
ujt, ≡ poids du coût nominal du facteur j dans le coût total
nominal des facteurs ;
Xjt, ≡ quantité du facteur j en t;
Pjt, ≡ prix unitaire du facteur j en t.
En menant l’étude de cette façon, on obtient des résultats
similaires.
Graphiques 3
comparaison des reprises de 1982 et 1991 (aux États-Unis)
BEA, BLS (2002) et calculs des auteurs.
Graphiques 4
comparaison des reprises de 1984 et 1993 (en France)
Insee (Comptes de la Nation dans la base 1995) et calculs des auteurs.
Graphiques 5
évolutions comparées de la tendance de la valeur ajoutée sur les deux derniers cycles d’expansion
grâce à une décomposition par le filtre de Hodrick-Prescott (1981)
BEA (National Income and Personal Accounts), Insee (Comptes de la Nation dans la base 1995, Séries Annuelles) et calculs des auteurs.
Graphiques 6
évolutions comparées de la tendance de la productivité horaire lors des deux derniers cycles
d’expansion grâce à une décomposition par le filtre de Hodrick-Prescott (1981)
BEA (National Income and Personal Accounts), Insee (Comptes Trimestriels de la Nation dans la base 1995) et calculs des auteurs.
Tableau 12
aux États-Unis (comparaison 1991-95 versus 1996-1999
Tableaux : décomposition tendance - cycle du taux de croissance de la productivité horaire en France et aux
États-Unis par le filtre de Hodrick-Prescott
Tableau 12 : aux États-Unis (comparaison 1991-95 versus 1996-1999
Secteur Privé non agricole Manufacturier Durables Non durables et services
Croissance actuelle(a) : 1,85 5,42 6,96 0,66
Contributions de(b) :
Cycle 0,43 1,06 1,27 0,24
Tendance 1,42 4,35 5,69 0,42
Croissance précédente(c) : 1,21 3,51 4,84 0,52
Contributions de(b) :
Cycle-0,1-0,61-0,84 0,07
Tendance 1,31 4,13 5,67 0,45
Accélération du trend(b,d) : 0,11 0,22 0,02-0,03
Notes : même lecture que pour le tableau 6.
Sources : BEA, BLS et calculs des auteurs (‘H.P.’sur données annuelles (λ = 100) en tenant compte de l’année 2000 pour effectuer la décomposition).
BEA, BLS et calculs des auteurs (‘H.P.’sur données annuelles (λ = 100) en tenant compte de l’année 2000 pour effectuer la décomposition).
Tableau 13
en France (comparaison 1993-1997 versus 1998-2001)
Tableau 13 : en France (comparaison 1993-1997 versus 1998-2001)
Secteur Privé non agricole Manufacturier Biens d’équipement Autres biens et services
Croissance actuelle(a) : 1,68 3,97 5,08 1,48
Contributions de(b) :
Cycle-0,08 0,16 0,21 0,08
Tendance 1,75 3,81 4,87 1,56
Croissance précédente(c) : 1,87 4,15 5,90 1,65
Contributions de(b) :
Cycle-0,04 0,13 0,60-0,08
Tendance 1,92 4,02 5,31 1,72
Accélération du trend(b,d) : -0,17-0,21-0,44-0,15
Notes : même lecture que pour le tableau 9.
Sources : Insee et calculs des auteurs (‘H.P.’sur données annuelles (λ = 100)).
Insee et calculs des auteurs (‘H.P.’sur données annuelles (λ = 100)).
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EPEE et Université d’Evry.
E-mail : f
fabrice. gilles@ eco. univ-evry. fr
[(**)]
EPEE et Université d’Evry.
E-mail : y
yannick. lhorty@ eco. univ-evry. fr
<http :// www. univ-evry. fr/ EPEE>
[(1)]
“ On peut voir les ordinateurs partout, sauf dans les données
de productivité ” (R. Solow, “ We’d Better Watch Out ”, New
York Times Review, 12 juillet 1987).
[(2)]
Pour notre propos, on ne considère ici que les catégories
“ matériels informatiques / ordinateurs et équipements
périphériques”, “logiciels” et “matériels / équipements de
communication”.
[(3)]
Pour des raisons de disponibilité de données, nous
laisserons de côté l’aspect taxation et nous travaillerons sur des
données “avant imposition”. Ceci ne doit néanmoins pas
changer notre discours.
[(4)]
Notons là encore que le taux de croissance de la PGF est en
forte augmentation sur la même période.
[(5)]
Ce résultat est pour partie expliqué par l’absence de
données sur le travail des “activités informatiques” avant
1992.
[(6)]
Ces mesures du taux de croissance et les résultats présentés
dans les tableaux 1 et suivants sont obtenues en imposant
directement les rendements d’échelle constants, la PGF se
déduisant résiduellement. Alternativement, nous avons
envisagé de calculer le taux de croissance de la PGF à l’aide
d’un indice de Tornqvist et en déterminant le taux de
rendement nominal net de façon résiduelle (cf. l’annexe
méthodologique). Nos résultats ne s’en trouvent pas modifiés
qualitativement : la contribution directe des NTIC baisse
légèrement, celle de la PGF augmente en contrepartie de
manière plus importante.
[(7)]
Hors travail affecté aux “activités informatiques ”. Notons
qu’à la différence de ce que nous avons fait (voir l’annexe
méthodologique), ces auteurs ont utilisé une approche au “coût
d’usage du capital” où, entre autres,
it est un taux d’intérêt
nominal et
it et
dt sont constants dans le temps.
[(8)]
On conserve toutefois l’hypothèse de rendements d’échelle
constants. Ce rendement “super normal ” est
où
gt et
gt'vérifient :
[(9)]
Hors travail affecté aux services informatiques.
[(10)]
Dans le cas des États-Unis.
[(11)]
Cette valeur a été déterminée par Hodrick et Prescott
(1981) pour des séries américaines ; il se peut donc que la
valeur en question diffère pour le cas français; c’est pourquoi,
nous la ferons varier pour voir comment nos résultats évoluent.
Néanmoins, avec une telle valeur, les conclusions auxquelles
Allard (1994) est arrivé pour le PIB français sont très proches
de celles obtenues par d’autres méthodes comme le filtre de
Harvey (Harvey, 1989; Harvey et Jaeger, 1993).
[(12)]
Nous avons d’abord considéré le produit par tête. Puis,
pour tenir compte de l’évolution du travail à temps partiel et de
l’emploi plus généralement, nous avons pris les effectifs en
équivalent temps plein (tables 6.5b, c des NIPA, pour les
États-Unis ; emploi salarié en équivalent temps plein pour la
France) pour reconstituer les productivités horaires. Les
heures travaillées sont issues des tables 6.9b, c des NIPA
(“ Hours worked by full time and part time employees by
industry group ”) pour les États-Unis, table 2.210 (“ Durée
annuelle du travail des salariés par branche ”).
[(13)]
Notons que la valeur de
λ pourrait être une cause d’une
telle conclusion. Mais, même baisser
λ (pour accroître
l’amplitude de la rupture de tendance entre 1991-1995 et
1996-1999) à 50 (soit la moitié de sa valeur initiale) ne change
pas ou presque le discours de : 0 18 0 10 0 08, , ,− = à 0 03, point
d’accélération réelle pour l’ensemble du secteur privé et
environ 0,38 point pour les biens manufacturés.
[(14)]
Surcroît de
trend de croissance de la production
(respectivement de la productivité horaire) : 0,27
(respectivement 0,13). Le secteur des biens manufacturés (et
plus encore celui des biens durables) constitue en outre le
secteur pour lequel le ralentissement est le plus important.
Intégrer l’année 2002 pour la France aurait la même
conséquence.
[(15)]
Voire de 0,23 point (respectivement de 0,06 point) si l’on
tient compte de l’année 2001 dans nos calculs.
[(16)]
Celui-ci surestimait auparavant l’inflation d’environ 1,1%
par an (depuis 1996) et de 1,3% par an pour la période
antérieure (1991-1995), principalement du fait de l’apparition
de nouveaux produits (nouveaux sur le marché, ou déjà vendus
ailleurs mais apparaissant dans un nouveau point de vente, en
remplacement ou pas d’un produit ancien (Lequiller, 1997).
[(17)]
Soulignons que cette méthode n’est pas la seule possible :
en particulier, ce n’est pas celle retenue par le BEA pour
évaluer
dc t k,− pour les stocks de capitaux plus agrégés
(Fraumeni, 1997).
[(18)]
À l’instar de ce qu’ont fait Oliner et Sichel (1994).
[(19)]
Dans le cas américain, ces séries correspondent à peu de
chose près à celles des “
FullTimeandPartTimeemployees”
(tables 6.4 des NIPA). Nous avons préféré utiliser les données
du BLS, les données concernant le travail des services
informatiques n’étant pas disponibles au BEA.