2003
Économie et Prévision
Déterminants du taux de chômage d’équilibre et ajustements sur le marché du travail : une analyse sur données françaises
Laura Gérard-Prenveille
[(*)]
Cetarticleproposed’élargirles déterminants dutauxdechômaged’équilibreenintégrantlatechnologieetlecapital. À
l’aide d’une maquette du marché du travail, nous montrons que le chômage d’équilibre peut dépendre des chocs de
productivité sous des hypothèses peu restrictives. Au niveau empirique, l’estimation d’un modèle VAR structurel sur
donnéestrimestrielles françaises indiquequeles chocs salariauxcontribuentàlapersistancedu chômageuniquement à
courtterme.Apluslongterme,l’innovationtechnologiqueconduitàunaccroissementduchômagecombinéàunebaisse
de la part salariale, ce qui est conforme aux faits stylisés récents. Ce choc pourrait alors se réinterpréter comme une
substitution excessive du capital au travail provenant d’une aversion des entreprises au facteur travail.Mots-clés :
chômage d’équilibre, élasticité de substitution capital, travail, VAR structurel.
This article proposes an extension of the determinants of the equilibrium unemployment rate by incorporating
technologyandcapital. Withthehelpofamodelofthelabourmarket,weshowthattheequilibriumunemploymentrate
candependonproductivityshocksusingassumptionsthatarerelativelyunrestrictive. Atempiricallevel,theestimation
of a structural VAR model using French quarterly data indicates that wage shocks contribute to the persistence of
unemployment uniquely in the short term. In the longer term, technological innovation leads to an increase in
unemployment combined with a decline in the share of wages, which is in conformity with recent stylised facts. This
shockcouldthenbereinterpretedasanexcessivesubstitutionofcapitalforlabourstemmingfromanaversiononthepart
of firms to the labour factor.Keywords :
equilibrium unemployment, elasticity of substitution of capital for labour, structural VAR.
Je tiens à remercier Ch. Tavéra ainsi que les deux rapporteurs anonymes de la revue pour leurs remarques sur cet article.
Cetarticleproposed’élargirlesdéterminantsdutauxdechômaged’équilibreenintégrantlatechnologieet
le capital. À l’aide d’une maquette du marché du travail, nousmontrons que le chômage d’équilibre peut
dépendredeschocsdeproductivitésousdeshypothèsespeurestrictives. Auniveauempirique, l’estimation
d’un modèle VAR structurel sur données trimestrielles françaises indique que les chocs salariaux
contribuent à la persistance du chômage uniquement à court terme. À plus long terme, l’innovation
technologiqueconduitàunaccroissementduchômagecombinéàunebaissedelapartsalariale, cequiest
conforme aux faits stylisés récents. Ce choc pourrait alors se réinterpréter comme une substitution
excessive du capital au travail provenant d’une aversion des entreprises au facteur travail.
Les facteurs les plus souvent incriminés dans la
persistance du chômage européen sont des chocs
négatifs du côté de l’offre globale (chocs pétroliers,
ralentissement des gains de productivité) combinés à
certaines rigidités institutionnelles (pouvoir
syndical, système d’indemnisation du chômage,
etc). De nombreux travaux (Layard et alii, 1991 ;
Lindbeck, 1993 ; Nickell, 1997) s’inscrivent dans
cette lignée et offrent une présentation renouvelée du
marché du travail dans un cadre de concurrence
imparfaite : ils dérivent un taux de chômage
structurel dit “ d’équilibre ” qui rend compatibles les
aspirations salariales des travailleurs et les
contraintes de coûts subies par les entreprises. Les
implications de ces modèles Wage-Setting
Price-Setting (WS-PS) en termes de politique
économique sont claires : il faut encourager la
création d’emplois via une flexibilité accrue du
marché du travail.
Concernant la France, un certain nombre de
contributions (Bonnet et Mahfouz, 1996 ; Cotis et
alii, 1996 ; L’Horty et Sobczak, 1997 ; L’Horty et
Rault, 1998) se sont intéressées à l’évolution du taux
de chômage d’équilibre en utilisant les fondements
théoriques ainsi que la stratégie d’estimation
sous-jacents aux modèles WS-PS. Les déterminants
du taux de chômage d’équilibre les plus robustes
empiriquement sont le coin fiscal, les termes de
l’échange, la montée des taux d’intérêt et dans une
moindre mesure, le salaire minimum et les revenus
de remplacement. Néanmoins, les faits stylisés
récents et en particulier l’affaiblissement de la part
des salaires dans la valeur ajoutée depuis le début des
années quatre-vingt (cf. graphique 1) ne sont pas
directement compatibles avec les prédictions de ces
modèles qui se focalisent sur les variables exerçant
une pression à la hausse sur les salaires.
Graphique 1
évolutions en % de la part salariale
et du taux de chômage en France
Perspectives Économiques de l’OCDE.
D’autres auteurs ont alors tenté d’expliquer les
évolutions apriori contradictoires du chômage et de
la part salariale en intégrant explicitement la
technologie et le capital. Ainsi, Blanchard (1997,
1998) rend compte de la montée du chômage
européen par un choc négatif sur la demande de
travail provenant, soit d’une modification dans la
répartition des rentes entre travailleurs et firmes, soit
d’un biais dans le progrès technique en défaveur du
travail. L’affaiblissement des syndicats combiné à
une gestion plus stricte dans les entreprises aurait
conduit ces dernières à licencier massivement durant
la décennie quatre-vingt tout en privilégiant le
facteur capital. Selon Caballero et Hammour (1998,
1999), l’évolution contrastée de la part salariale
pourrait s’expliquer par la réponse retardée de la
substitution capital-travail aux chocs salariaux
antérieurs. Dans le court terme, un choc salarial
accroît la part du travail en raison de la lenteur de
l’ajustement de la demande de travail, lenteur que
l’on peut attribuer à certaines rigidités. À plus long
terme et à mesure que les entreprises substituent du
capital au travail, les chocs salariaux exerceraient
une pression à la baisse sur la part salariale.
Les deux principaux objectifs de cet article sont,
d’une part, d’élargir les déterminants potentiels du
taux de chômage d’équilibre en intégrant la
technologie et le capital et, d’autre part, d’évaluer la
réponse du chômage aux différents chocs
susceptibles d’influencer le marché du travail. Nous
envisageons alors une approche globale et
dynamique de type VAR structurel, technique
permettant d’identifier les impulsions responsables
de la dynamique étudiée mais aussi d’évaluer le
mode d’ajustement des variables aux innovations
structurelles.
Cette modélisation s’appuie également sur une
maquette simplifiée du marché du travail, ce qui
autorise une interprétation théoriquement fondée
des simulations obtenues. Plus précisément, la
stratégie retenue consiste à modéliser les salaires,
l’emploi, la productivité du travail et le chômage
dans un modèle VAR, avec des relations de
cointégration, dans lequel toutes les variables
d’intérêt sont endogénéisées. Un tel modèle VAR
contraint par des relations de long terme est désigné
sous le nom de modèle à “tendances stochastiques
communes ” initialement proposé par King, Plosser,
Stock et Watson (1991) et Warne (1993)
[1].
Bien que la stratégie retenue dans cet article présente
certains points communs avec les modèles WS–PS
(mêmes fondements micro-économiques pour la
formation des salaires, jeu de variables endogènes
proche, recours à une méthode multivariée), elle
s’oppose à ces modèles sur trois points principaux :
- l’analyse à tendances communes s’effectue en
termes de chocs structurels alors que tous les
modèles WS-PS expliquent l’évolution du chômage
d’équilibre par des variables supposées exogènes qui
pèsent sur la formation des salaires (coin
fiscalo-social, termes de l’échange, revenus de
remplacement, taux d’intérêt réels, etc.).
Néanmoins, l’exclusion de ces variables implique
une perte d’information, ce qui appauvrit
l’interprétation des innovations sous-jacentes et en
particulier celle des chocs salariaux ;
- alors que les modèles WS-PS se préoccupent
presque exclusivement des facteurs du côté de la
formation des salaires, notre analyse est élargie à
d’autres déterminants du chômage et en particulier,
aux chocs de productivité (i.e. sur le progrès
technique et l’intensité capitalistique). Ces derniers
sont souvent exclus des modèles WS-PS en raison de
l’hypothèse d’une élasticité de substitution unitaire
entre les facteurs capital et travail ;
- nous proposons ici une articulation entre le court
terme et le long terme en étudiant l’ajustement des
variables aux chocs structurels ainsi qu’en simulant
l’impact de ces chocs à différents horizons
temporels. En revanche, les modèles WS-PS ne
s’intéressent pas à la dynamique mais uniquement au
long terme via l’estimation de deux relations de
cointégration (WS) et (PS) qui sont ensuite
combinées de façon à déterminer le niveau du
chômage d’équilibre.
La première partie de l’article consiste à formuler un
modèle simplifié du marché du travail testable au
niveau empirique : il s’agit d’un modèle stochastique
autorisant l’identification des chocs structurels
sous-jacents. Dans une seconde partie, un modèle à
tendances communes est estimé sur données
trimestrielles françaises (1975-1997) afin de simuler
l’impact des innovations structurelles sur la
dynamique du marché du travail.
Présentation du modèle macro-économique sous-jacent au VAR
Afin de décrire le comportement du chômage à long
terme, nous formulons un modèle macro-économique d’inspiration néoclassique tout en y
introduisant des éléments de négociation salariale.
En effet, conformément aux pratiques observées
dans les pays de l’OCDE, les salaires et l’emploi sont
déterminés en deux temps : dans un premier temps,
l’entreprise négocie les salaires avec le syndicat qui
tiendra compte de l’impact qu’aura le salaire négocié
sur le niveau d’emploi choisi par la firme. La courbe
de formation des salaires (Wage-Setting) correspond
au résultat de cette négociation. Dans un second
temps, l’entreprise maximise son profit en fonction
du salaire issu de la négociation, ce qui permet de
déterminer conjointement les prix et l’emploi. Cette
relation peut alors s’interpréter comme une demande
de travail ou une courbe de formation des prix
(Price-Setting).
Les équations du modèle
Rappelons tout d’abord que les déterminants du taux
de chômage d’équilibre diffèrent selon l’horizon
temporel retenu. À long terme, les demandes de
facteurs capital et travail sont ajustées à leur niveau
optimal et, par conséquent, l’intensité capitalistique
est entièrement déterminée par le coût relatif des
facteurs. Ainsi à long terme, la demande de travail est
remplacée par la Frontière des Prix des Facteurs
(FPF) qui impose un lien entre le coût du travail et
celui du capital. Dès lors, le taux de chômage
d’équilibre ne peut dépendre que du coût du capital,
du progrès technique et d’un choc salarial
[2]. Le long
terme n’est donc pas l’horizon temporel le plus
pertinent pour étudier l’impact du capital sur le
chômage.
Encadré 1 : le modèle macro-économique sous jacent au VAR
L’offre de travail : l w p t t t L t = − +µ θ( ), (E1)
La relation (WS) :
(E2)
u t La technologie : y n a t t t k t − = +θ, (E3)
La demande de travail : n y w p a t t t t t n t = − − − − +σ σ) θ( ) (, 1 (E4)
) ( ) 1 02 − =L avec iid L t L t L t θ ε ε σ, , , ,, une innovation dans l’offre de travail (E5)
( ) ( , ), , , 1 02 − =ρ θ ε ε σ w w t w t w t L avec iid, une innovation dans les salaires (E6)
) ( ) 1 02 − =L avec iid k t k t k t θ ε ε σ, , , ,, une innovation dans l’intensité capitalistique (E7)
( ) ( ) ,, , , 1 02 − =ρ θ ε ε σ n n t n t n t L avec iid, une innovation de demande de travail (E8)
Les paramètres ρw et ρn mesurent le degré de persistance des chocs sur θw t, et θn t,. Si [ ρ< 1], les chocsεw t, et εn t, ont des effets
transitoires. En revanche, si [ρ = 1], les processus stochastiques θw t, et θn t, suivent des marches au hasard et les chocs salariaux
et de demande de travail auront des effets permanents.
Pour ces raisons, nous retenons un cadre d’analyse
de moyen terme où le stock de capital n’est pas ajusté
à son niveau optimal de long terme en raison de
divers coûts d’ajustement. Cette rigidité du capital
permettra non seulement de réhabiliter le rôle des
chocs d’intensité capitalistique sur le chômage
d’équilibre mais aussi de dissocier le choc de progrès
technique du choc sur l’intensité capitalistique. La
maquette du marché du travail exposée dans
l’encadré 1 est composée d’une fonction d’offre de
travail (E1), d’une équation de formation des salaires
(E2), d’une fonction de production (E3) et d’une
équation de demande de travail (E4). En outre,
l’intérêt d’un tel modèle est de permettre une
interprétation théorique des tendances communes
ainsi que des relations de long terme.
L’offre de travail (E1) notée lt dépend du salaire réel
(w – p)t et du processus stochastique d’offre de
travail noté θ. Ce dernier représente des facteurs
L t, institutionnels et/ou démographiques susceptibles
d’avoir des effets persistants sur l’offre de travail et
dans ce cas, le processus θL t, suivra une marche au
hasard (E5).
Dans la lignée des modèles de négociation salariale,
la fixation des salaires résulte d’un processus de
négociation collective entre synd icats et
employeurs. De façon traditionnelle, l’équation de
formation des salaires (WS) relie négativement le
salaire réel au taux de chômage noté ut, elle revêt
donc une forme du type :
où zt représente les aspirations de pouvoir d’achat
des salariés, encore appelé “salaire de réservation ”.
De plus, les aspirations des salariés doivent croître en
ligne avec la tendance de la productivité dans le long
terme même si elles peuvent s’en écarter de façon
ponctuelle.
Soit z y n t t = −γ ( ), il est alors possible de réécrire
1 (WS) sous la forme :
Le processus stochastique associé à (WS) noté θw ,
capture l’ensemble des déterminants pesant sur la
formation des salaires tels que le pouvoir de
négociation du syndicat ou le coin fiscal. Le
processus gouvernant l’évolution des salaires peut
être modélisé par (E6) et le paramètre ρw permet de
mesurer la persistance des chocs εw t, sur θw t, si
[ ]ρw <1, les chocs salariaux temporaires, par exemple
une hausse ponctuelle du pouvoir de négociation des
syndicats, auront des effets seulement transitoires.
En revanche, si [ ]ρw =1, le processus stochastique
suivra une marche au hasard et les chocs salariaux
auront des effets permanents.
Les équations de demande de travail (E4) et de
technologie (E3) sont dérivées d’une fonction de
production de type CES à rendements d’échelle
constants, soit :
où − < <∞1 ρ et 0 1< <α
où At désigne le progrès technique qui accroît
l’efficience du travail et ρ, le paramètrereprésentatif
de la valeur de l’élasticité de substitution entre les
facteurs égale à
Cette fonction de production (2) peut se réécrire sous
la forme :
où − < < ∞1 ρ
soit sous forme log-linéaire :
L’expression logarithmique entre crochets dans (3’)
ne dépend que du ratio d’intensité capitalistique
exprimé en unités de travail efficace et des
paramètres de la fonction de production α et ρ. Le
processus gouvernant le ratio d’intensité
capitalistique en unités efficaces est noté θ. Si
k t, l’on raisonne avec une fonction de production de
type Cobb-Douglas [ ρ= 0], ce processus prend une
forme simplifiée égale à :
À ce stade, il faut souligner que le processus θ
k t, dépend non seulement du stock de capital (exogène à
moyen terme) mais aussi de l’emploi et du progrès
technique : dès lors, l’hypothèse d’une intensité
capitalistique exogène est une simplification
permettant de faciliter la résolution du modèle.
D’une manière générale, la spécification retenue
pour la productivité du travail s’écrit :
D’après (E3), cette spécification permet de dissocier
les deux composantes de la productivité, d’une part
le progrès technique qui accroît l’efficience du
travail et, d’autre part, le ratio d’intensité
capitalistique exprimé en unités de travail efficace.
Le progrès technique neutre au sens de Harrod est
noté
at sous forme logarithmique. Il est supposé
suivre une marche au hasard conformément à
l’hypothèse retenue par King, Plosser, Stock et
Watson (1991) dans un modèle de croissance à la
Solow
[3]. On note :
La demande de travail (E4) est issue de la condition
de premier ordre du producteur qui maximise son
profit sous les contraintes de la technologie et de la
demande adressée à la firme. Elle s’écrit sous la
forme logarithmique suivante :
Le processus stochastique associé à l’emploi est
modélisé par (E8). Lorsque le paramètre ρn
s’approche de zéro, les chocs de demande ont un effet
dynamique de plus en plus faible sur la demande de
travail. En revanche, plus ρn se rapproche de l’unité
et plus les innovations du côté de la demande auront
un impact persistant sur l’emploi. Dans le cas
particulier d’une élasticité de substitution unitaire,
l’équation d’emploi peut se réécrire sous la forme
d’une part salariale et peut alors se réinterpréter
comme une relation de formation des prix (PS).
La résolution du modèle
Il s’agit de résoudre un modèle composé de quatre
équations, l’offre de travail, la relation de fixation
des salaires, la demande de travail et la technologie, à
quatre inconnues, l’emploi, la productivité du
travail, le salaire réel et le taux de chômage. Ce
modèle a une solution d’équilibre unique qui s’écrit
pour le salaire, la part salariale et le chômage de la
façon suivante
[4] :
L’un des intérêts de cette modélisation est qu’elle
permet de dissocier les effets du progrès technique
pur (at ) des effets de l’intensité capitalistique (θ ).
k t, Notons que l’influence du progrès technique sur le
chômage est indépendante de l’élasticité de
substitution des facteurs et que la part salariale
d’équilibre ne dépend pas du progrès technique pur.
La dynamique des quatre variables endogènes du
modèle est déterminée par cinq chocs distincts : les
marches aléatoires dans le progrès technique (at ),
dans l’intensité capitalistique (θ ) et dans l’offre de
k t, travail (θ ) ainsi que les composantes de la fixation
L t, des salaires (θw t, ) et de la demande de travail (θn t, ).
Si les deux composantes θw t, et θn t, sont
stationnaires [ρw < 1et ρn <1], le modèle est conduit
par deux tendances stochastiques communes, les
marches au hasard dans l’offre de travail et la
technologie. En revanche, si la composante θw t, est
non stationnaire [ρw =1], il existe une troisième
tendance stochastique commune, celle des salaires.
Afin de mieux appréhender les effets des différents
chocs sur le taux de chômage d’équilibre, les
solutions du modèle sont présentées dans les trois cas
particuliers suivants : le cas d’une indexation
unitaire des salaires sur la productivité[ ]γ 1=, celui
1 d’une élasticité de substitution unitaire [ ]σ =1 et,
enfin, le modèle de Layard, Nickell et Jackman qui
combine ces deux restrictions [ ]σ γ= = 1 1.
Le cas d’une parfaite indexation des salaires sur laproductivité[ ]γ1 1=
En cas d’indexation parfaite, le chômage d’équilibre
devient indépendant du progrès technique mais pas
des chocs sur l’intensité capitalistique exprimée en
unités efficaces :
La réponse du chômage aux chocs sur l’intensité
capitalistique dépend de la valeur de l’élasticité de
substitution des facteurs. Les deux cas suivants sont
envisageables :
- lorsque les facteurs de production sont peu
substituables [σ < 1], le chômage d’équilibre
diminue en réponse à un choc positif sur le stock de
capital. Même si l’accroissement de la productivité
élève les salaires réels, cette hausse aura une faible
répercussion sur le niveau d’emploi étant donné que
l’élasticité de la demande de travail au coût du travail
est faible. La part des salaires dans la valeur ajoutée
s’accroît puisque l’effet de revenu l’emporte sur
l’effet de substitution ;
- si la substituabilité technologique du capital au
travail s’accroît [σ > 1], la demande de travail
devient plus sensible au salaire réel. Ainsi, la hausse
des revendications salariales sera sanctionnée par
une baisse de l’emploi plus forte et l’effet de
substitution l’emportant sur l’effet de revenu, la part
salariale diminuera.
Le cas d’une élasticité de substitution unitaire[ ]σ =1
Dans le cas où les salaires réels s’ajustent mal à la
croiss ance de l’efficience d u travail, un
ralentissement durable du progrès technique ou
encore une baisse du stock de capital conduisent à
une hausse du chômage d’équilibre. Cet effet sera
d’autant plus prononcé que les salaires répondent
lentement au déséquilibre du marché du travail.
Le cas particulier du modèle de Layard, Nickell et
Jackman[ ]σ γ= = 1 1
Layard, Nickell et Jackman imposent des restrictions
inter-équations afin d’assurer la neutralité des chocs
de productivité (progrès technique et capital) sur le
chômage d’équilibre. Plus précisément, ils
retiennent l’hypothèse d’une élasticité unitaire de la
demande de travail par rapport au salaire réel (i.e.
l’hypoth èse d’une tech nologie d e t ype
Cobb-Douglas) ainsi qu’une élasticité unitaire du
salaire réel par rapport à la productivité. Le taux de
chômage et lapart salariale à l’équilibre s’écrivent :
Ainsi, le taux de chômage d’équilibre devient
indépendant des chocs de productivité et d’offre de
travail. Seuls les chocs salariaux et de demande de
travail peuvent avoir une influence à long terme sur
le chômage, soit [ρ ρ w n = =1]. Puisque les chocs du
côté de la demande sont supposés avoir des effets
temporaires, seule la tendance conduisant les
salaires est susceptible d’avoir une influence
significative sur le chômage d’équilibre, soit [ρw =1
et ρn <1]. Le taux de chômage d’équilibre dépendra
alors uniquement des conditions de la négociation
salariale, ce qui semble relativement restrictif.
Les mécanismes d’ajustement sous-jacents à ce
résultat de neutralité sont les suivants : un choc de
productivité positif conduit à la création d’emplois
nouveaux mais aussi à des revendications salariales
qui vont négativement se répercuter sur l’emploi. Or,
les hypothèses restrictives du modèle assurent que
l’impact négatif de la hausse du salaire compense
intégralement et exactement la création d’emplois
initiale. Un tel résultat est néanmoins fondé sur les
deux hypothèses restrictives mentionnées ci-dessus.
En définitive, cette maquette simplifiée du marché
du travail nous a permis de montrer que seuls certains
chocs, sans a priori sur leur origine, peuvent avoir
des effets persistants sur le chômage. L’estimation
d’un modèle à tendances communes permettra de
détecter l’existence et l’origine de ces chocs. Ainsi,
la tendance stochastique sous-jacente à la série du
taux de chômage peut être une combinaison du trend
technologique, du trendd’offre de travail et du trend
salarial. En outre, la réponse du chômage à des chocs
sur ces tendances stochastiques n’est pas univoque
mais dépend largement des paramètres du modèle
sous-jacent, en particulier de la valeur de l’élasticité
de substitution du capital au travail.
L’estimation du modèle à tendances
communes
Nous privilégions une modélisation globale et
dynamique de type VAR structurel combinée au
modèle néoclassique développé dans la première
partie. L’intérêt de cette technique est de prendre en
compte un ensemble de mécanismes d’ajustement
souvent complexes tout en autorisant une
interprétation des résultats obtenus. L’objectif est
d’identifier différents chocs structurels puis de
simuler l’impact de ces chocs sur les variables
d’intérêt à l’aide des outils traditionnels du VAR. Les
simulations réalisées permettront notamment
d’évaluer le sens et l’ampleur des chocs de
productivité sur le taux de chômage à long terme.
Dans un premier temps, nous estimons les relations
de long terme par la méthode de Johansen (1991) ;
dans un second temps, il s’agit d’estimer un modèle à
tendances stochastiques communes et enfin, la
dynamique du modèle sera évaluée à l’aide des
fonctions de réponse et de la décomposition de la
variance de l’erreur de prévision.
Les données retenues pour la France
Les données retenues sont issues des Comptes
Nationaux Trimestriels pour le secteur marchand
non financier non agricole, secteur qui se rapproche
le plus des concepts de production et de productivité.
Conformément au modèle théorique, il s’agit de la
productivité du travail, du niveau d’emploi, du taux
de chômage et du salaire réel. Nous rapportons ici les
résultats obtenus à partir de variables spécifiées en
heures travaillées, les résultats obtenus avec des
données “en effectifs” étant relativement proches.
Les données sont trimestrielles et couvrent lapériode
[1975 :1 - 1997 :4]
[5].
Nous construisons donc un modèle Vectoriel
Auto-Régresssif (VAR) pour le vecteur de
dimension 4 suivant :
avec :
( ) lny n t t − = (valeur ajoutée du secteur / emploi en
heures travaillées) + 1
nt =ln (emploi en heures travaillées)
où chot est le taux de
chômage en % au sens du B.I.T.
( ) ln
w p t t − = (salaire horaire du secteur
/ déflateur
de la valeur ajoutée)
[6].
Après avoir vérifié que chacune des séries était bien
intégrée d’ordre 1 (se reporter au tableau 2), nous
passons à l’estimation du Vector Error Correction
Model(VECM) parla méthode deJohansen (1991).
La spécification du VAR et la recherche des
relations de long terme
La 1ère étape de la procédure de Johansen consiste à
déterminer le nombre de retards du système. Nous
choisissons un nombre de retards égal à 3 de façon à
satisfaire le double critère de normalité et d’absence
d’auto-corrélation des résidus. Nous avons
également introduit des variables indicatrices dans
les relations de court terme : D82 [t = 1982 :02] rend
compte du blocage des salaires en 1982, D84
[t = 1984 :02] et D9193 = [1991 :01< t < 1993 :04] sont
deux dummies nécessaires pour assurer la normalité
des résidus.
La 2
ème étape consiste à déterminer les composantes
déterministes dans les relations de long terme à
l’aide des fonctions “
dettrend = cimean, cidrift”
dans CATS : nous n’avons inclus ni une tendance
linéaire, ni un terme constant dans les relations de
long terme conformément aux résultats des tests
d’exclusion effectués
[7] (cf. tableau 2). La
modélisation retenue autorise néanmoins une
tendance dans les données matérialisée par une
constante dans l’écriture VECM puisque les séries
de salaire réel et de productivité sont intégrées
d’ordre 1 autour d’un
trend. Comme le notent
Jacobson, Vredin et Warne (1998), cette dérive dans
les séries de productivité et de salaire réel peut être
attribuée à une dérive positive dans la tendance
technologique (cf.
infra). Dans nos estimations,
l’évolution tendancielle du taux de chômage sera
donc prise en compte par les tendances communes du
modèle.
Estimation du nombre de relations de cointégration
Une fois le VAR bien spécifié, nous testons le
nombre de relations de cointégration à l’aide des
tests proposés par Johansen et Juselius (1990). Les
résultats sont reportés dans le tableau 1. Les tests de
Trace et de Valeur Propre Maximale (λmax )
coïncident pour valider l’hypothèse de deux
relations de cointégration au seuil de 5%.
Les résultats des tests de cointégration pouvant être
influencés par la présence de variables indicatrices,
il convient de confirmer ce choix par l’étude des
valeurs propres de la “matrice compagnon”. Il est
possible de mettre en évidence deux valeurs propres
proches de l’unité, soit [0,9928 et 0,9830], ce qui
suggère à nouveau l’existence de deux tendances
stochastiques communes. L’hypothèse de deux
relations de cointégration est également retenue en
raison du fort a priori théorique sous-jacent.
Afin d’étudier précisément la spécification des
relations de cointégration, nous procédons aux tests
d’exclusion, de stationnarité et d’exogénéité faible
des quatre variables considérées grâce à l’option
“Batch tests of the time series properties of the
individual series” dans CATS. Tous ces tests sont
reportés dans le tableau 2. Les tests d’exclusion
semblent montrer que seul l’emploi est exclu des
relations de cointégration au seuil de 5%. Les tests de
stationnarité confirment la non-stationnarité des
variables en jeu. Quant aux tests de faible
exogénéité, ils indiquent que la productivité et le
chômage sont faiblement exogènes et, par
conséquent, nous n’étudierons que l’ajustement de
court terme de l’emploi et du salaire réel.
L’identification des relations de long terme.
Ces deux vecteurs cointégrants n’étant pas
directement interprétables économiquement, il
convient d’effectuer des tests successifs sur la
structure de l’espace cointégrant. Avec deux
relations de cointégration, le problème de
l’identification est patent et nous proposons de le
résoudre en excluant le chômage de la 1ère relation de
long terme et en supposant une indexation unitaire
des salaires réels sur la productivité du travail dans la
2ème relation. Il s’agit ici d’imposer de simples
contraintes identifiantes qui ne peuvent pas être
testées. Une fois le modèle bien identifié, différentes
restrictions vont être testées sur les vecteurs beta.
Dans le tableau 3, nous montrons que l’exclusion de
l’emploi dans les deux relations n’est pas rejetée
avec une p-valeur égale à 0,14.
Tableau 1
estimation du nombre de vecteurs cointégrants (3 retards)
Tableau 1 : estimation du nombre de vecteurs cointégrants (3 retards)
Test du λ max Test de la Trace
Valeurs propres H0 Statistique Valeurs critiques* Statistique Valeurs critiques**
10% 5% 10% 5%
0,4071 r = 0 46,52 17,14 33,46 93,31 43,95 47,21
0,3087 r≤ 1 32,86 13,39 27,07 46,79 26,79 29,68
0,1218 r≤ 2 11,56 10,60 20,97 13,93 13,33 15,41
0,0262 r≤ 3 2,37 2,71 14,07 2,37 2,64 3,76
Les nombres en gras signifient que la statistique est significative au seuil de 5%.
* Valeurs critiques fournies par le logiciel CATS (table B3).
** Valeurs critiques de Osterwald-Lenum (1992, Table 1).
Tableau 2
tests d’exclusion, de stationnarité et d’exogénéité faible (3 retards, 2 relations de cointégration)
Tableau 2 : tests d’exclusion, de stationnarité et d’exogénéité faible (3 retards, 2 relations de cointégration)
Valeur critique à 5% ∆ ( )y n− ∆n ∆u ∆ ( )w p− Trend Constante
H0 Exclusion 5,99 25,49 5,92* 8,48 33,17 1,06* 5,33*
H0 Stationnarité 5,99 27,88 11,05 24,64 27,63 - -
H0 Exogénéité faible 5,99 1,99* 33,01 0,01* 20,78 - -
* signifie que l’hypothèse nulle n’est pas rejetée au seuil de 5%.
Tableau 3
tests de restrictions sur les vecteurs beta
Tableau 3 : tests de restrictions sur les vecteurs beta
(3 retards, 2 relations de cointégration)
( )y nt − nt ut ( )w pt − LR test
1er vecteur : β1 χ2 2 4( )=
-0,593(0,017) 0 0 1
2nd vecteur : β2
-1 0 2,724(0,198) 1 pv = 0,14
En définitive, la normalisation des vecteurs fournit
deux restrictions, l’identification ajoute deux autres
restrictions et nous posons deux restrictions
supplémentaires qui ne sont pas rejetées au seuil de
5% (p-valeur = 0,14). Les deux paramètres libres
estimés correspondent à l’élasticité des salaires réels
à la productivité et à l’impact du chômage sur la part
salariale. Nous obtenons alors les deux relations de
long terme contraintes q ui s’écriv ent
respectivement :
La 1ère relation de long terme fait apparaître une
relation positive entre la productivité et le salaire
réel. Réécrite sous la forme d’une équation d’emploi,
il vient :
Le coefficient associé à la production est unitaire, ce
qui traduit la constance des rendements d’échelle, et
l’élasticité de la demande de travail au salaire réel est
bien négative et supérieure à l’unité, ce qui atteste
d’importantes possibilités de substitution entre le
capital et le travail dans le long terme.
La 2ème relation de long terme fait référence à une
équation de formation des salaires qui relie
négativement la part salariale au taux de chômage.
Cette relation peut s’interpréter de la façon suivante :
les salariés exigent que la totalité de leurs gains de
productivité soit répercutée dans l’évolution de leurs
salaires réels et le taux de chômage exerce une
pression à la baisse sur la part des salaires.
Notons que ces estimations divergent des modèles
WS-PS standards pour plusieurs raisons : alors que
les modèles WS-PS retiennent la productivité de
plein emploi (production / population active), nous
analysons ici la productivité apparente du travail.
D’autre part, dans ces modèles, la contrainte souvent
retenue pour identifier la courbe (WS) est
l’exclusion de la productivité de plein emploi alors
qu’ici, nous avons retenu une indexation unitaire des
salaires sur la productivité. Enfin, une tendance est
souvent incluse dans les relations WS-PS afin de
capter la productivité tendancielle.
Nous parvenons à extraire deux relations de long
terme, dont l’une correspond à une part salariale
reliée au chômage et l’autre à une relation de
demande de travail. Ainsi, les résidus associés
correspondent respectivement à un choc temporaire
sur la demande de travail (εn t, ) et à un autre choc
transitoire sur la formation des salaires (εw t, ).
Les tests de faible exogénéité (cf. tableau 2)
indiquent que la productivité et le taux de chômage
sont faiblement exogènes au seuil de 5%. Les erreurs
d’équilibre des équations d’emploi et de salaire réel
notées respectivement ECMn et ECMw sont
reportées dans le tableau 4. Étant donné que les
termes diagonaux correcteurs d’erreur interviennent
négativement, un déséquilibre sur l’emploi tend à se
résorber dans le temps et un déséquilibre sur les
salaires également.
La dernière étape de la stratégie proposée par
Johansen consiste à analyser les résidus du système
VAR contraint. Les deux tests multivariés du
multiplicateur de Lagrange [LM(1) et LM(4)]
permettent de ne pas rejeter l’hypothèse d’absence
de corrélation temporelle des résidus. Le test du
Ljung-Box multivarié [LB] permet également
d’accepter l’hypothèse H selon laquelle les résidus
0 ne sont pas autocorrélés dans le temps. Le test
multivarié de Shenton-Bowman permet aussi de ne
pas rejeter l’hypothèse de normalité du vecteur des
résidus.
Tableau 4
poids des erreurs d’équilibre dans les
équations d’emploi et de salaire réel
Tableau 4 : poids des erreurs d’équilibre dans les
équations d’emploi et de salaire réel
ECMn ECMw
Equations Coefficient tstudent Coefficient tstudent
∆n-0,067* -4,9 0,007 0,75
∆ (w – p) 0,039 0,76-0,095* -2,88
* le coefficient est significatif au seuil de 5%.
Tests de corrélation temporelle des résidus :
Test de normalité : χ2 (8) = 6,14 [pv = 0,63]
Après avoir correctement spécifié le VECM, il reste
à estimer le modèle à tendances communes.
Rappelons que l’estimation d’un VAR structurel
présente un intérêt double par rapport aux modèles
cointégrés standards du type WS-PS : d’une part, elle
permet de détecter et d’identifier les chocs qui ont
des effets permanents sur le chômage et, d’autre part,
elle autorise l’étude de la dynamique du modèle en
simulant l’impact de ces chocs sur les variables
d’intérêt.
L’estimation du modèle à tendances communes
Rappelons que la représentation à tendances
communes permet d’opérer une distinction entre
chocs permanents et transitoires. Les chocs
permanents sont associés à des multiplicateurs de
long terme différents de zéro et les tendances
communes du système sont alors spécifiées comme
des combinaisons linéaires des marches aléatoires
défin ies à partir des seu les innovations
permanentes. Les chocs transitoires correspondent
quant à eux aux résidus des relations de cointégration
préalablement identifiées.
Nous avons interprété les deux relations de
cointégration respectivement comme une équation
de demande de travail et une équation de formation
des salaires. L’existence de deux relations de long
terme dans un VAR à quatre variables implique deux
tendances stochastiques communes. Soit le vecteur
de dimension
n{ }
Xt conduit par [
k= 2] tendances
stochastiques communes
[8]. Le modèle à
tendances communes peut alors s’écrire sous la
forme suivante :
La procédure d’identification des chocs
Afin de rendre le modèle VAR interprétable en
termes économiques, il est nécessaire d’effectuerdes
hypothèses d’identification. Il convient de souligner
ici une limite attachée à la procédure d’identification
retenue. En effet, le choix d’un VAR à quatre
variables ne permet pas d’identifier les cinq chocs
présents dans le modèle théorique. Afin de passer de
la modélisation théorique à l’estimation, nous
supposerons que le choc de productivité permanent
(noté
θ ) combine le choc de progrès technique
P t, (
at ) et celui d’intensité capitalistique (
θk t, )
[9].
L’objectif consiste alors à identifier, parmi les quatre
chocs du système, les deux innovations conduites par
les tendances stochastiques communes, innovations
qui auront des effets à court comme à long terme mais
aussi, les deux autres chocs dont les effets sont
seulement transitoires. Dans la lignée de Blanchard
et Quah (1989), la technologie et l’offre de travail
sont à l’origine des chocs sur les tendances
stochastiques alors que les chocs sur la formation des
salaires et la demande de travail sont associées aux
innovations transitoires.
Warne (1993) propose une méthode d’identification
des nk éléments de la matrice A. Il réécrit cette
matrice sous la forme suivante :
où A0 est une matrice (n k⋅ ) de rang k supposée
connue et Π est une matrice (k k⋅ ) dont les
éléments sont d éterminés à partir d’u ne
décomposition de Choleski.
La propriété de cointégration de Xt impliqueβ'A =0,
donc β'A0 0= : les r relations de co-intégration
imposent donc rk restrictions sur la matrice A0.
L’identification exacte de A nécessite d’imposer
restrictions additionnelles sur la matrice A,
restrictions de nature théorique.
Ainsi, avec r = 2 et k = 2, rk = 4 restrictions sont
imposées par les propriétés de cointégration. Une
restriction théorique supplémentaire sur les
coefficients de la matrice A est alors nécessaire à
l’identification complète du système. Dans la
littérature, le nombre de restrictions théoriques est
généralement limité et les contraintes les plus
répandues sont les suivantes :
- Bean (1992) et Gali (1999) posent l’hypothèse de
rendements d’échelle constants. Cette restriction
implique que la productivité est uniquement
déterminée par la tendance technologique dans le
long terme (a12 = 0) ;
- Gamber et Joutz (1993) supposent que seul le choc
technologique est susceptible d’avoir un effet
permanent sur les salaires réels (a42 = 0) ;
- Jacobson, Vredin et Warne (1998) font l’hypothèse
d’une offre de travail exogène, ce qui implique que la
force de travail est uniquement conduite par la
tendance d’offre de travail à long terme, soit (a31
-a21 ).
Notre modèle théorique étant compatible avec
l’hypothèse de rendements d’échelle constants, nous
identifions les deux chocs permanents en supposant
que le choc sur l’offre de travail n’a pas d’effet à long
terme sur la productivité du travail (a12 = 0).
À ce stade, il reste à identifier les deux chocs
temporaires correspondant aux résidus des relations
de cointégration. Ces chocs transitoires vont induire
des déviations par rapport aux relations de long
terme. Nous parvenons à identifier un choc sur les
salaires et un autre sur la demande de travail des
firmes en supposant que seul le choc salarial a un
impact contemporain (à l’horizon du 1er trimestre)
sur le salaire réel. Par conséquent, un choc positif sur
la demande de travail induira une hausse de l’emploi
et une baisse du chômage sans effet contemporain sur
le salaire réel (cf. graphiques 5).
L’estimation du long terme
Le modèle à tendances communes est estimé à partir
de la procédure proposée par Hansen et Warne
(1995). Dans chacune des colonnes de la matrice
A
sont présentées les réponses de long terme par
rapport aux chocs permanents
[10]. Notez que
l’estimation du modèle requiert deux types de
restrictions identifiantes afin de calculer les
coefficients de la matrice
A, d’une part, les
restrictions du VAR cointégré données par les
équations (9) et, d’autre part, les hypothèses
d’identification issues de la théorie. Le nombre de
paramètres libres à estimer étant restreints à cinq, il
s’ensuit que certains coefficients de la matrice
Asont
nuls
[11].
Le choc de productivité permanent noté θ
P t, conduisant à un accroissement simultané de la
productivité du travail (+0,82%) et du salaire réel
dans une proportion moindre (+0,48%), il s’ensuit
une baisse significative de la part salariale (-0,34%)
dans le long terme. Une innovation d’un point
d’écart type sur la productivité se traduit par une
hausse significative du chômage à long terme
(+0,1 2%). Conformément à l’hyp othèse
d’identification adoptée, le choc sur l’offre de travail
n’a aucun effet à long terme sur la productivité du
travail (a12 = 0). En raison des restrictions attachées
aux vecteurs cointégrants, ce choc n’a aucun impact
dans le long terme, ni sur le salaire, ni sur le chômage,
il se traduit uniquement par une hausse significative
de l’emploi (+0,55%).
La matrice A estimée permet de tester la condition
sous-jacente au modèle de Layard Nickell et
Jackman selon laquelle le chômage serait
indépendant des chocs technologiques et des chocs
d’offre de travail dans le long terme. Dans le cadre de
ce modèle, cette condition revient à tester la
restriction selon laquelle [a31 = 0], à l’aide d’un
simple test de Wald. La valeur de la statistique de
Wald (11.13) est supérieure au quantile à 95% de la
distribution du χ2 (1) = 3,87, ce qui atteste de la
significativité du choc de productivité sur le
chômage à long terme. La réponse positive du
chômage à long terme (+0,12%) s’explique par la
valeur des élasticités du salaire réel à la productivité
dans les deux relations de cointégration : en effet,
l’élasticité de la demande de travail au salaire réel
n’étant pas unitaire, le postulat de neutralité des
chocs de productivité n’est plus vérifié.
La dynamique du modèle
De façon traditionnelle, nous présentons les
fonctions de réponse aux chocs structurels afin
d’étudier la propagation des chocs à travers le
système ainsi que la décomposition de la variance de
l’erreur de prévision du chômage pour mesurer
l’importance relative des chocs permanents et
transitoires à différents horizons de prévision.
Les fonctions de réponse aux chocs
Il s’agit ici d’étudier le profil de réponse des quatre
variables aux différents chocs que l’on a
préalablement identifié. Ces fonctions de réponse
indiquent non seulement le mode d’ajustement des
variables mais aussi l’ampleur de ces ajustements.
Par exemple, le choc sur la productivité étant conduit
par une tendance stochastique, il déplace le système
vers un nouvel état stationnaire, ce qui produit alors
des réponses de long terme équilibrées. Nous
reportons ici les fonctions de réponse du niveau des
variables à un choc d’un point d’écart type avec un
intervalle de confiance à 95%
[12].
Les effets dynamiques du choc de productivité (cf.
graphiques 2) sont complexes et dépendent de
l’horizon temporel retenu. À l’horizon du 2ème
trimestre, le taux de chômage diminue puis s’accroît
jusqu’au 30ème trimestre environ. Il baisse ensuite
graduellement pour atteindre son niveau d’équilibre
(+0,12%) aux environs du 50ème trimestre. L’impact
de ce choc sur le chômage devient significatif à long
terme, l’intervalle de confiance étant assez étroit
pour ne pas inclure l’origine. Face à la hausse de la
productivité, le salaire réel s’accroît sans toutefois
rejoindre le niveau de la productivité à long terme. Il
s’ensuit alors une baisse de la part salariale (-0,34%).
Ce résultat va dans le sens d’une élasticité de
substitution supérieure à l’unité, le réajustement de
la quantité de travail à la baisse l’emportant sur la
hausse du salaire réel et la réponse du chômage étant
positive dans le long terme.
Pour que l’effet de substitution l’emporte sur l’effet
de revenu à long terme, la valeur de l’élasticité de
substitution doit s’accroître dans le temps, ce qui est
probablement le cas : à court terme, les possibilités
de substitution sont sans doute très limitées puisque
la technologie est fixée. En revanche, à moyen terme,
sous l’hypothèse d’une technologie Putty-Clay, le
capital en place va être progressivement remplacé
par de nouveaux investissements, de nouvelles
technologies vont alors être sélectionnées et, par
conséquent, les possibilités de substitution du capital
au travail seront plus fortes à long terme. Ces
résultats sont compatibles avec les estimations de
Caballero et Hammour (1999) : à court terme et à
partir d’une fonction de production CES, ils estiment
une élasticité de substitution basique inférieure à
l’unité alors qu’à long terme, leurs estimations du
paramètre sigma sont comprises entre 2,38 et 6,54 !
Un choc permanent sur l’offre de travail (cf.
graphiques 3), une hausse du taux de participation
par exemple, n’a pas d’effet contemporain sur
l’emploi et induit une hausse du taux de chômage à
court terme (+0,10%). Etant donné que le salaire
s’ajuste graduellement à la baisse et diminue de
0,20% dans le court terme, cela induit des créations
d’emplois qui vont progressivement absorber les
nouveaux arrivants et, par conséquent, le taux de
chômage retourne à son niveau d’équilibre initial. En
définitive, le choc positif sur l’offre de travail
conduit à une hausse progressive et durable du
niveau d’emploi qui atteint son équilibre de long
terme (+0,55%) à l’horizon du 40ème trimestre
environ. En d’autres termes, l’emploi augmente
suffisamment pour absorber le choc positif sur
l’offre de travail.
Graphiques 2
les réponses au choc permanent sur la technologie
Graphiques 3
les réponses au choc permanent sur
l’offre de travail
Graphiques 4
les réponses au choc temporaire sur
les salaires
Le choc salarial positif peut résulter de l’évolution de
certaines variables institutionnelles (salaire
minimum, coin fiscal, etc.) qui exerceraient une
pression à la hausse sur les salaires. Par hypothèse,
cette innovation a des effets temporaires mais il
convient d’évaluer le degré de persistance de ce choc
à un horizon de moyen terme (cf. graphiques 4). Un
choc d’un point d’écart type sur le salaire conduit à
une hausse des salaires réels de 0,20% à l’horizon
d’un trimestre et à un accroissement instantané du
chômage de 0,10%. Les effets de ce choc sur le taux
de chômage persistent jusqu’au 20
ème trimestre
environ. De façon symétrique, il se traduit par une
réduction significative du niveau d’emploi (-0,32%
à l’ho rizon de 10 trimestres) qui rejoin t
progressivement son niveau d’origine
[13].
Quant au choc temporaire positif sur la demande de
travail, il n’a pas d’impact contemporain sur le
salaire réel, conformément à la restriction
d’identification retenue (cf. graphiques 5). À court
terme, il se traduit par une hausse de l’emploi
(+0,10%) et une baisse du chômage (-0,05%). Les
effets de cette innovation sont assez persistants dans
le temps : à l’horizon du 6ème trimestre, la hausse de
l’emploi atteint 0,35% et la baisse du chômage
0,15%. Comme l’a justement souligné l’un des
rapporteurs, ce choc temporaire pourrait capturer
non seulement l’impact de la législation du marché
du travail sur l’emploi mais surtout l’effet persistant
des chocs de demande globale, cette persistance
pouvant résulter de certaines rigidités nominales sur
le marché du travail.
La décomposition de la variance de l’erreur de
prévision du chômage
La décomposition de la variance permet de mieux
comprendre la source des mouvements non
prévisibles dans chacune des variables. L’accent est
mis ici sur la variable d’intérêt du modèle, le taux de
chômage. Ainsi, dans le tableau 5, la variance du
chômage peut être décomposée en quatre éléments
distincts : le choc permanent sur la technologie, celui
sur l’offre de travail, l’innovation temporaire sur les
salaires et celle sur la demande de travail.
Cette décomposition laisse apparaître qu’à court
terme, les fluctuations du chômage sont presque
exclusivement expliquées par les chocs salariaux
(42% de la variation du chômage au 1er trimestre) et
les chocs d’offre de travail (48% environ). Cette
prédominance des chocs sur la formation des salaires
et l’offre de travail est en partie compatible avec les
résultats des modèles WS-PS où l’accent est
principalement mis sur les rigidités salariales.
À moyen terme, la contribution du choc salarial
s’accroît jusqu’à atteindre 33% de la variance du
chômage à l’horizon de 10 trimestres alors que la
contribution du choc sur l’offre de travail diminue
jusqu’à 17% environ. Quant à l’innovation
temporaire sur la demande de travail, elle rend
compte jusqu’à 43% de la variance du chômage.
Ainsi, à court et moyen terme, une forte proportion
du chômage en France serait imputable à des
rigidités non seulement dans la formation des
salaires mais aussi dans la demande de travail. Ce
résultat atteste de la présence de coûts d’ajustement
du côté de la demande de travail (coûts pouvant
résulter de la législation en vigueur sur la protection
de l’emploi) mais aussi de la persistance des chocs
macroéconomiques du côté de la demande globale.
Les estimations réalisées restent néanmoins trop
agrégées pour identifier les facteurs responsables de
ces rigidités. Il s’avère notamment difficile
d’interpréter le contenu exact des chocs sur les
salaires et la demande. À ce titre, il est utile de
rappeler que les estimations issues de modèles
WS-PS mettent en évidence un certain nombre de
facteurs pesant sur la formation des salaires comme
le coin fiscalo-social (L’Horty et Sobczak, 1997 ;
Cotis et alii, 1996 ; L’Horty et Rault, 1998), les
termes de l’échange (Bonnet et Mahfouz, 1996 ;
L’Horty et Rault, 1998), le chômage d’inadéquation
(L’Horty et Rault, 1998) et les revenus de
remplacement (L’Horty et Sobczak, 1997) mais
aussi des facteurs plus exogènes comme la hausse du
taux d’intérêt réel (Bonnet et Mahfouz, 1996; Cotis
et alii,1996). Cependant, ces estimations ne rendent
compte ni des rigidités du côté de la demande de
travail (par exemple la législation sur les embauches
et les licenciements qui induit certains coûts
d’ajustement du travail), ni des chocs d’origine
conjoncturelle.
Graphiques 5
les réponses au choc temporaire
sur la demande de travail
Tableau 5
décomposition de la variance de l’erreur de prévision du taux de chômage
Tableau 5 : décomposition de la variance de l’erreur de prévision du taux de chômage
Horizon de prévision Choc permanentsur la technologie Choc permanent sur l’offrede travail Choc temporairesur les salaires Choc temporairesur la demande
Trimestre 1 0,002 0,479 0,418 0,101
Trimestre 4 0,078 0,251 0,327 0,344
Trimestre 10 0,054 0,172 0,338 0,436
Trimestre 20 0,291 0,242 0,231 0,236
Trimestre 40 0,608 0,141 0,119 0,132
Trimestre 60 0,669 0,122 0,099 0,110
En gras, sont indiquées les contributions maximales de chacun des chocs à la variance du chômage.
À plus long terme, les fluctuations du chômage
résultent principalement des innovations du côté de
la technologie qui contribuent pour 60% de la
variance du chômage à l’horizon du 40ème trimestre.
Il convient alors de s’interroger sur la nature de ce
choc technologique qui combine l’évolution du
progrès technique des changements dans l’intensité
capitalistique. En France, les restructurations
industrielles ayant eu lieu dans les années
quatre-vingt ont conduit à des destructions massives
d’emplois, ce qui a certainement dégradé
l’employabilité des chômeurs et accru le chômage de
longue durée. Quant aux nouvelles technologies
introduites dans les années quatre-vingt-dix, elles
n’ont pas eu l’effet escompté sur le chômage,
probablement en raison de problèmes d’appariement
de la main-d’œuvre. Ainsi, les évolutions du progrès
technique et de l’intensité capitalistique semblent
s’être traduites par une recomposition de l’appareil
productif français en défaveur du travail. À long
terme, la qualitéde la technologie évoluant, lecapital
devient plus malléable et les entrepreneurs ont le
choix entre diverses combinaisons productives
faisant appel à différents niveaux de capital par tête.
Nos résultats semblent montrer que les entreprises
françaises ont adopté des techniques de production
plus intensives en capital et cela au détriment du
travail.
En définitive, le choc permanent sur la productivité
pourrait se réinterpréter comme une substitution
excessive du capital au travail provenant d’une
aversion des entreprises au facteur travail. Sous
l’hypothèse de longs délais d’ajustement et de fortes
possibilités de substitution dans le long terme, cette
préférence pour le capital résulterait de changements
institutionnels plus anciens, par exemple d’un
mouvement vers une régulation croissante du
march é du trav ail. N ous retrou vons ici
l’interprétation proposée par Caballero et Hammour
(1999) selon laquelle la baisse de la part salariale
observée actuellement n’est pas une bonne nouvelle
mais reflète plutôt la réponse des entreprises aux
excès passés, i.e. à la régulation trop stricte du
marché du travail qui s’est progressivement mis en
place depuis le début des années soixante-dix.
Il n’apparaît pas de véritable consensus quant aux
chocs responsables des évolutions contrastées du
chômage et de la part salariale en Europe
continentale et plus particulièrement en France.
Aussi, afin d’évaluer l’impact de ces différents
chocs, nous avons favorisé une modélisation globale
et dynamique de type VAR structurel permettant de
prendre en compte un ensemble de mécanismes
d’ajustement complexes tout en autorisant une
interprétation théoriquement fondée des simulations
obtenues. L’estimation d’un modèle à tendances
communes sur données trimestrielles françaises sur
la période 1975-1997 conduit aux principaux
résultats suivants.
Durant la courte période, les fluctuations du
chômage en France semblent être en partie
compatibles avec une représentation du type WS-PS.
Les chocs sur la formation des salaires restent
néanmoins insuffisants pour expliquer l’évolution
du chômage d’équilibre qui dépend aussi des
innovations sur l’offre de travail. Dans le moyen
terme, nous avons mis en évidence l’importance des
chocs du côté de la demande de travail, ce qui tend à
prouver l’existence de rigidités dans la demande de
travail des entreprises et /ou l’impact persistant des
chocs du côté de la demande globale, mais notre
analyse reste trop agrégée pour interpréter le contenu
exact de ces chocs.
Contrairement aux arguments avancés par Layard
Nickell et Jackman, nos résultats semblent
également indiquer que les changements dans la
technologie ne sont pas neutres sur le chômage à long
terme. En outre, le choc permanent sur la
productivité conduirait à un accroissement du
chômage, ce qui est cohérent avec une forte élasticité
de substitution entre le capital et le travail dans le
long terme. Néanmoins, comme nous l’avons
sou ligné à plus ieurs reprises, ce choc
“technologique” combine des innovations sur le
progrès technique et sur l’investissement,
innovations qu’il n’est pas possible de dissocier dans
la présente étude. Il serait alors intéressant
d’envisager une modélisation empirique alternative
permettant d’isoler les chocs sur le capital et ceux sur
le progrès technique et, le cas échéant, de voir s’ils
ont un impact différencié sur l’évolution du taux de
chômage.
D’après nos simulations, la persistance du chômage
en France ne résulterait pas d’un seul choc bien
identifié mais plutôt d’une succession de chocs dont
les effets évoluent dans le temps. En effet, tout se
passe comme si l’innovation permanente sur la
productivité prenait le relais des innovations
transitoires sur les salaires et la demande de travail.
Nos résultats empiriques, bien que très agrégés,
semblent aller dans le sens de l’interprétation donnée
par Caballero et Hammour (1999) qui peut être
formulée de la façon suivante : une régulation plus
stricte du marché du travail a non seulement des
effets pervers sur le fonctionnement du marché du
travail à court et moyen terme mais aussi des
implications à plus long terme quant au choix de la
combinaison productive optimale. À court terme, les
régulations du marché du travail renforcent
“l’appropriation des rentes” par les travailleurs, ce
qui accroît la part salariale. À plus long terme, les
possibilités de substitution s’accroissent et les
entreprises vont alors choisir des techniques de
production qui favorisent le capital. Ainsi, à mesure
que les firmes substituent du capital au travail,
l’innovation sur la technologie fait pression à la
baisse sur la part salariale et il s’ensuit une montée
substantielle du chômage : de telles évolutions sont
conformes aux faits stylisés en France sur la période
1975-1997.
Annexe A1 : les séries du VAR, les composantes permanentes et transitoires des séries
et les tendances communes du modèle estimé
Les données
Les séries sont issues des comptes nationaux trimestriels de
l’Insee :
Les séries calculées pour le secteur marchand non financier,
non agricole, sont les suivantes :
Graphiques A1
données du secteur marchand non
agricole, non financier – France
Graphiques A2
les composantes permanentes
des séries
Graphiques A3
es composantes transitoires
des séries
Les tendances communes du modèle estimé : la
tendance technologique et la tendance sur l’offre de
travail
Graphiques A4
Annexe A2 : présentation d’un modèle
à tendances communes
La représentation à tendances communes permet d’opérer
une distinction a priori entre des chocs dits persistants et
transitoires. Les chocs permanents sont associés à des
multiplicateurs dynamiques de long terme qui ne sont pas
tous égaux à zéro. Ils contribuent aux tendances communes
du système, ces dernières étant spécifiées comme des
combinaisons linéaires des marches aléatoires définies à
partir des seuls chocs permanents. Les chocs transitoires
complètent l’ensemble des chocs pour constituer une base
de n chocs dans un système de dimension n. Dans un
premier temps, nous explicitons le passage de la
représentation de Wold à la représentation dite “à tendances
communes” (1). Dans un second temps, il s’agira de
préciser l’identification de la matrice A des réponses de
long terme aux chocs permanents (2).
Le passage de la représentation de Wold à la
représentation à tendances communes
King, Plosser, Stock et Watson (1991) démontrent
l’existence de la représentation à tendances communes
(C.T.) pour un processus Xt intégré d’ordre 1 et cointégré
d’ordre (1,1), qui admet la représentation de Wold. Un
vecteur Xt intégré d’ordre 1 et cointégré d’ordre (1,1) avec
β, une matrice (n⋅r) de rang r telle que β'Xt soit
stationnaire admet la représentation “moyenne mobile” suivante :
où C(L)
est une matrice de polynômes de dimension (n n)
telle que ( ) C L I C L n j j = +=∞ Σ1
j
En appliquant la décomposition cycle-tendance selon les
principes de Beveridge et Nelson (1981) au cas multivarié,
on obtient :
En réarrangeant les termes, il vient :
où
est une matrice de polynômes finie
pour tout ||L||<1.
La composante permanente peut se réécrire :
avec C(1) le multiplicateur de long terme d’un choc observé
en t. Le niveau de Xt résulte d’une composante tendancielle
qui dépend de la somme de tous les aléas depuis la date
initiale (1) et d’une composante transitoire donnée par (2).
La propriété de co-intégration [ ' ( )]β X I t 0 implique que
C(1) est de rang n r k− = et que ( ) β'C 1 0=
Soit β⊥ de dimension (n ⋅ k) une base de k vecteurs
orthogonaux à β telle que β β⊥ = '0
La prop ri ét é de coi nt égrat io n i mp li que qu e :
β(β β) β' ' ( ) − = 1 1 0C, on peut donc réécrire l’équation (A1)
sous la forme :
En notant ( ) A =⊥ ⊥ ⊥− β β β ', une matrice de dimension (n ⋅k)
1
et A+⊥ =β ', une matrice de dimension (k ⋅ n) où A+ est la
“pseudo” inverse de A, il est possible de réécrire :
KPSW (1991) proposent alors la représentation à tendances
communes de Xt suivante :
Avec
A A La composante transitoire de Xt est toujours donnée par (2)
qui est stationnaire au sens large. La composante
tendancielle de Xt est décrite par At τ où la matrice des
tendances communes notée A de dimension (n ⋅ k) est de
rang k et où τt est un vecteur de k marches aléatoires de
dérive µ et d’innovation ϕ, définies à partir des seuls chocs
permanents.
Les tendances communes aux différentes séries s’expriment
donc comme des combinaisons linéaires de ces k marches
aléatoires. τt est un vecteur de chocs structurels
indépendants dont les effets sont permanents. Nous
supposons que les chocs associés à ces k marches aléatoires
ont une moyenne nulle et sont indépendants, c’est-à-dire
qu’ils ont une matrice de variance – covariance notée ϕ
diagonale. Cette contrainte va déterminer le choix de β⊥ et
donc de la matrice A.
L’identification de la représentation à tendances
communes
L’objectif consiste à identifier les nk éléments de la matrice
A(n ⋅ k). Warne (1993) réécrit cette matrice A sous la
forme : A A=0 Π
A0 est une matrice (n ⋅k) de rang k de coefficients supposés
connus, telle que β'A0 0=.
Les coefficients libres sont regroupés dans la matrice Π de
dimension (k ⋅k).
ϕ étant supposée diagonale, on pose : Π Πϕ * =12 D’après
l’expression de la matrice ϕ donnée par (A7), on obtient :
Le membre de droite correspond à une matrice (k ⋅ k)
symétrique, définie positive et connue : dès lors, la matrice
Π Π* *'est également connue. Néanmoins, seuls
éléments de la matriceΠ * sont déterminés de façon unique.
En posant l’hypothèse ϕ = Ik et en choisissant une
décomposition de Choleski de la matrice Π Π* *', Π est
parfaitement identifiée. Π prend alors une structure
triangulaire inférieure, ce qui correspond à une simple
normalisation des chocs structurels.
La connaissance de la matrice Π permet donc de déterminer
de façon unique
éléments de A. La propriété de
cointégration de Xt implique β'A =0, d’où β'A0 0= : les r
relations de cointégration imposent donc rk restrictions sur
la matrice A0.
L’identification exacte de la matrice A nécessite d’imposer
restrictions additionnelles sur la
matrice A0. Ces contraintes supplémentaires seront de
nature théorique puisqu’elles ne peuvent pas être testées.
Afin d’identifier les chocs permanents du système, des
restrictions théoriques doivent être imposées sur les impacts
de long terme des chocs, i.e. sur la matrice A0. Ces
restrictions théoriques doivent être cohérentes avec les
propriétés de cointégration et elles doivent être le moins
arbitraire possible puisque l’estimation du modèle leur est
conditionnelle.
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[(*)]
Université Catholique de l’Ouest et CREREG (Centre de Recherche Rennais en Économie et Gestion).
E.mail : l
lprenveille@ aol. com
[(1)]
Parmi les estimations de modèles à tendances communes
appliquées au marché du travail, Hansen et Warne (1995) ont
étudié les fluctuations du chômage danois sur la période
1901-1992, Jacobson, Vredin et Warne se sont intéressés à
trois pays scandinaves, Danemark, Norvège et Suède
(Jacobson
et alii, 1997) puis aux seules données su&