2003
Économie et Prévision
Les aides aux jeunes adultes : réflexions sur les concepts et éléments de chiffrage
Valérie Albouy
[(*)]
Fabrice Murat
[(*)]
Nicole Roth
[(*)]
Les études sur la redistribution sont habituellement faites sous l’angle du ménage, c’est-à-dire l’ensemble des individus
partageant un même logement. Cette unité d’analyse ne paraît pas la plus pertinente pour étudier la redistribution en
direction des jeunes adultes et de leurs familles. Nous proposons une approche alternative consistant à élargir le cercle
familial habituellement circonscrit au ménage. L’objet est de mieux prendre en compte le poids financier que les jeunes
adultes décohabitant représentent pour leurs parents et de faire masse de l’ensemble des transferts qui les concernent.
Nous effectuons sur la base de cette méthodologie une analyse des aides en direction des jeunes et de leurs familles et
comparons les résultats avec ceux que donnerait une analyse plus classique effectuée en termes de ménages. Mots-clés :
redistribution, jeunes adultes, familles.
Studies of redistribution are generally conducted from the standpoint of the household, ie, the set of individuals sharing
the same dwelling. This unit of analysis is not perhaps the most appropriate for studying redistribution in favour of young
adults and their families. We propose an alternative approach which enlarges the family circle, usually restricted to the
household. The aim is to better evaluate the financial burden on parents of young adults who no longer live at home and to
aggregate all the transfers from which they benefit. Using this approach, we analyse assistance to young adults and their
families and compare the results with those that a conventional, household-based study would produce. Keywords :
redistribution, young adults, families.
Les études sur la redistribution sont habituellement faites sous l’angle du ménage, c’est-à-dire l’ensemble
des individus partageant un même logement. Cette unité d’analyse ne paraît pas la plus pertinente pour
étudier la redistribution en direction des jeunes adultes et de leurs familles. Nous proposons une approche
alternative consistant à élargir le cercle familial habituellement circonscrit au ménage. L’objet est de
mieux prendre en compte le poids financier que les jeunes adultes décohabitant représentent pour leurs
parents et de faire masse de l’ensemble des transferts qui les concernent. Nous effectuons sur la base de
cette méthodologie une analyse des aides en direction des jeunes et de leur famille et comparons les
résultats avec ceux que donnerait une analyse plus classique effectuée en termes de ménages.
La situation des jeunes adultes et de leurs familles
pose des problèmes particuliers pour l’évaluation
de s re ve nus d ont ils dis pose nt e t d e l’eff et
redistributif des transferts qui les concernent. Les
jeunes adultes restent plus longtemps qu’auparavant
à la charge de leurs parents. Le fait qu’ils poursuivent
des études plus fréquemment que dans le passé (dans
l’enseignem ent professionnel ou supérieur) a
notablement repoussé leur âge d’entrée sur le marché
du travail. À cet allongement de la durée d’études
s’ajoute une insertion parfois difficile dans le monde
professionnel : à leurs débuts sur le marché du
travail, nombreux sont ceux qui alternent des
périodes d’emploi et de chômage. Pour prendre en
compte cet “ étirement de la jeunesse ”, la loi Famille
de 1994 a prévu un relèvement progressif des limites
d’âge ouvrant droit aux prestations familiales ; les
limites d’âge ont également été repoussées pour les
aides au logement. Parallèlement, les aides versées
directement aux jeunes ont été accrues, que ce soit
p a r l e s r e v a l o r i s a t i o n s d e s b o u r s e s d e
l’enseignement supérieur dans le cadre du plan
social étudiant ou dans le domaine du logement par
l’extension aux étudiants du droit à l’allocation
logement à caractère social.
L’étude des transferts publics en direction des jeunes
adultes et de leurs familles est plus complexe que
dans les cas usuels et se heurte notamment à deux
difficultés. La première tient au caractère ambigu
q u e r e v ê t p o u r l e s j e u n e s l e u r a u t o n o m i e
résidentielle. En particulier pour les étudiants, mais
aussi dans une moindre mesure pour les jeunes actifs,
le début de l’autonomie résidentielle ne coïncide pas
avec leur indépendance financière, ce qui signifie à
la fois que leur propre revenu disponible, mais aussi
celui de leur famille d’origine peuvent être mesurés
de façon biaisée si on se limite à la sphère des
personnes cohabitant au sein d’un même logement.
Si on ne tient pas compte de l’aide financière de leurs
parents, on sous-estime le niveau de vie des jeunes
adultes et on surestime le niveau de vie des parents.
La connaissance de la situation des familles est ainsi
affectée, celle des jeunes également, ainsi que les
comparaisons entre les différentes catégories de
ménages. D’autre part, les aides publiques en
direction des jeunes adultes prennent deux formes :
les transferts versés aux familles afin de les aider à
prendre en charge leurs enfants, y compris lorsqu’il
s’agit de jeunes adultes, et les transferts versés
directement aux jeunes; parmi ces derniers, certains
sont calculés sur une base “familialisée”, d’autres
sur une base individuelle. Si l’on veut étudier
l’articulation de ces différents types de transferts, il
convient de les considérer globalement, même
lorsqu’ils sont versés à des ménages différents (celui
des parents et celui du jeune adulte).
Dans les analyses classiques, on contourne souvent
ces difficultés en supprimant du champ la population
des jeunes étudiants, qui est celle qui pose le plus de
questions. Cette solution ne peut à l’évidence être
adoptée pour les études se focalisant sur la situation
des jeunes adultes et des familles concernées. Ainsi,
dans les travaux menés pour la Commission
na t ion a le su r l’a ut on om i e de s j e un e s, d e ux
approches ont été alternativement retenues : décrire
les jeunes selon leur origine sociale ou économique
(le niveau de vie des parents) ou rattacher les jeunes
adultes à leurs parents dès lors que ces jeunes sont
rattachés fiscalement au foyer fiscal de leurs parents
( R a p p o r t d e l a C o m m i ss io n n a ti o na le p o u r
l’autonomie des jeunes, 2002).
Nous proposons ici une approche plus globale,
consistant à rapprocher tous les jeunes de leur
famille d’origine (voir encadré sur la construction
des familles “ dynastiques ”), ceci quel que soit le
statut des jeunes adultes de 18 à 24 ans. L’approche
proposée ici passe par la définition d’un cercle
familial élargi, qui se substitue à la notion classique
de ménage. Cette dernière notion, qui regroupe tous
les individus vivant sous le même toit, perd en effet
de sa pertinence pour les familles qui ont des jeunes
adultes à charge. Nous discutons cette construction
de familles dites “ dynastiques ” dans une première
partie. Dans une seconde partie, nous étudions
l’impact des transferts sur ces familles dynastiques,
en les distinguant notamment selon le mode de vie et
le statut des jeunes adultes. Enfin, dans une dernière
partie, nous comparons les résultats obtenus avec
ce tte nouvelle appr oche, c ompa ra tive me nt à
l’approche plus classique reposant sur les ménages
usuels.
Les familles “ comportant ” de jeunes
adultes
L’implication financière forte des familles
Lorsque les jeunes adultes occupent un logement
indépendant, leur fam ille continue souvent à
subvenir financièrement à une partie de leurs
besoins. Cette aide privée familiale peut prendre
différentes formes. Il peut s’agir d’une aide
monétaire telle que la prise en charge de certains
frais, comme le loyer ou l’assurance automobile, de
sommes versées régulièrement ou de cadeaux plus
occasionnels. Ce peut être aussi une aide en nature :
elle peut alors prendre la forme de provisions
alimentaires fournies au jeune adulte lors de ses
retours au foyer parental le week-end, de la mise à
disposition gratuite d’un logement appartenant à la
famille, du don d’un bien durable.
Cette aide privée familiale est très hétérogène selon
la situation du jeune adulte. Ce sont les étudiants qui
bénéficient des aides familiales les plus importantes.
En effet, lorsque le jeune adulte est étudiant, sa
famille assume financièrement l’essentiel de ses
dépenses. Selon une étude de Herpin et Verger
(Herpin et Verger 1997), le budget annuel d’un
étudiant ne vivant pas en couple oscille en moyenne
autour de 13700 euros
[1]. L’aide privée familiale
représente 74 % de ce budget lorsque celui-ci dispose
de revenus du travail, 87 % en l’absence de tels
revenus.
Lorsque le jeune adulte n’est plus étudiant, l’aide
familiale est plus faible. En effet, la même étude
estime que le montant de l’aide familiale se situe
entre 1 800 et 2 300 euros en moyenne par an, selon
que le jeune adulte a eu des revenus du travail ou
pas
[2], alors qu’elle est en moyenne de 10 000 à
12 000 euros en moyenne par an pour un étudiant.
Cette aide représente néanmoins une part non
né glige ab le du b udge t du je une a dulte, que
Robert-Bobée (Robert-Bobée, 2002) estime de 14 %
à 20% en moyenne
[3].
En intégrant cet effort financier des parents, le
niveau de vie du jeune adulte apparaît bien supérieur
à ce que laisse penser la seule prise en compte de ses
ressources propres. C’est particulièrement vrai pour
les étudiants. Ainsi, le taux de pauvreté des ménages
é t u d i a n ts
[4] p a s s e, s e l o n u ne e s ti m a t io n d e
Robert-Bobée, de 90% à environ 15% lorsque l’on
prend en compte l’aide familiale globale, monétaire
ou non. Mais cette implication financière des parents
au budget de leurs enfants vient aussi grever le
budget de la famille : ne pas prendre en compte l’aide
familiale pour apprécier le niveau de vie des parents
conduit alors à surestimer leur niveau de vie.
La construction de familles étendues dites
“ familles dynastiques ”
Le choix entre individualisation ou élargissement du
cercle familial
Il ressort donc que, tant qu’on raisonne en termes de
ménages, il est indispensable de prendre en compte
l’aide privée familiale pour apprécier le niveau de
vie du jeune adulte et de ses parents. L’une des
options méthodologiques envisageables consiste à
individualiser les modes de vie du ménage des
parents et de celui du jeune qui a pris son autonomie
r é s i d e n t i e l l e. C e l a i m p l i q u e d e c o n s i d é r e r
séparément les budgets respectifs des parents et des
jeunes adultes qui ne résident plus avec leurs parents.
Mais devant l’implication financière forte des
parents dans le budget de leur enfant, il faut alors
estimer les montants des transferts intra-familiaux
entre les deux ménages pour corriger le niveau de vie
des deux ménages tel qu’il est calculé usuellement.
L a d i f f i c u l t é d e c e t t e p r e m i è r e o p t i o n
m é t h o d o l o g i q u e r é s i d e d a n s l e m a n q u e
d’information nécessaire pour la mettre en œuvre et
dans la fragilité des estimations qui en découlent. En
effet, l’aide familiale en direction des enfants est mal
connue. Une partie de cette aide familiale peut certes
être déclarée par les parents sous forme de pensions
alimentaires. Celles-ci ouvrent alors droit à des
déductions fiscales. Mais ces déclarations ne
r e f l è t e n t q u ’i m p a r f a i t e m e n t l e s t r a n s f e r t s
monétaires réels vers les jeunes adultes. L’existence
de règles fiscales (comme le plafond des pensions
alimentaires déclarées) éloigne la distribution des
aides déclarées de celles des aides effectivement
apportées aux jeunes adultes. De plus, pour les
ménages non imposables, les aides monétaires
accordées à leurs enfants sont très largement
informelles. De leur côté, les jeunes adultes ne
déclarent pas toujours les pensions alimentaires que
leurs parents déclarent leur verser. Dès lors, la prise
en compte des seules ressources déclarées par les
jeunes adultes décohabitant pour apprécier leur
nive au de r ev enu con duir ait à sen siblem e nt
sous-évaluer celui-ci.
Hormis ces déclarations d’origine fiscale, aucune
information directe sur l’aide intra-familiale n’est
disponible dans l’Enquête Emploi, à laquelle est
adossé le modèle de microsimulation Ines. Il pourrait
toutefois être envisageable de procéder à une
i m p u t a t i o n é c o n o m é t r i q u e d e s t r a n s f e r t s
intra-familiaux. En effet, les estimations de ces
transferts sont possibles, à partir d’enquêtes
comportant un volet de questions spécifiques visant
à les estimer. C’est le cas de l’Enquête Jeunes et
Carrière, qui a permis la plupart des évaluations de
Herpin-Verger et de Robert-Bobée ou de l’Enquête
Budget de Familles pour estimer l’aide alimentaire.
On pourrait à partir de ces estimations attribuer
économétriquement aux familles présentes dans Ines
les transferts familiaux observés pour des familles
comparables dans d’autres enquêtes.
De fait, nous n’avons pas adopté ici cette logique
d’individualisation des budgets, car si cette question
se pose particulièrement pour les jeunes adultes et
leur famille d’origine, en toute rigueur, il faudrait
aussi traiter le cas des jeunes adultes résidant encore
chez leurs parents. Dès lors que des personnes
habitent un même logement, l’hypothèse est souvent
faite que ces personnes mutualisent leurs ressources
et leurs consommations. Si cette hypothèse semble
assez naturelle lorsque les adultes composant le
ménage forment un couple ou en présence d’enfants
non majeurs, elle peut sembler moins évidente dès
lors que le ménage contient également d’autres
personnes, notamment des jeunes adultes. En
premier lieu, le jeune adulte, même s’il déclare vivre
au domicile de ses parents, peut adopter un mode de
vie plus indépendant de ses parents. Les économies
d’é c h e l l e q u i r e p o s e n t s u r l’h y p o t h è s e d e
consommations collectives seront alors moindres.
De plus, il n’y a probablement pas de mutualisation
totale des ressources au sein de familles comportant
de je une s adulte s
[5]. Da ns ce tte logiqu e qui
consisterait à imputer les transferts intra-familiaux
entre les jeunes et leurs familles, se limiter aux seuls
jeunes adultes qui ne résident pas avec leur parents
apparaît donc à la fois impraticable et insuffisant,
compte tenu de l’absence de données individuelles
sur la consommation et l’usage des revenus au sein
des ménages.
Pour toutes ces raisons, nous avons écarté cette
première option méthodologique. Nous en avons
retenu une deuxième qui consiste à redéfinir l’unité
qui sert de base au calcul du niveau de vie. Le
principe est a priori simple : sachant qu’on ne sait pas
établir le partage des ressources entre le ménages des
parents et celui des jeunes adultes, on va considérer
globalement les deux ménages et caractériser cet
ensemble par une approximation de son niveau de
vie global. Plus précisément, nous allons faire masse
des ressources des jeunes adultes et de leurs parents
et diviser l’ensemble de ces ressources par un
nombre d’équivalent adultes représentant la taille du
cercle familial ainsi défini.
Ce traitement, qui revient à mutualiser l’ensemble
des ressources entre jeunes adultes et parents, est
c rit iqua ble, pr éc isé m e nt pa r ce qu ’il g om m e
l’hétérogénéité de l’usage des ressources au sein de
ce cercle familial redéfini. Même si l’on sait que, en
moyenne, les parents participent à hauteur de leurs
possibilités au budget de leurs enfants (voir tableau
1), rien n’assure en effet que le partage des
ressources entre les deux foyers, celui des parents et
celui des jeunes adultes, est homogène. Cependant,
en procédant à cette construction de familles élargies
supposées rassemblées au sein d’un même budget,
nous proposons une mesure normative du niveau de
vie moyen de la famille élargie : le niveau de vie
moyen de chaque personne de la famille élargie ne
représente ainsi pas forcément sa part réelle, mais il
peut s’interpréter comme le niveau de vie potentiel
auquel a accès chaque personne. L’hypothèse est
ainsi un peu plus forte que celle qui est faite
habituellement dans le cadre plus restreint du
ménage, mais elle est de même nature.
La mise en œuvre des “ familles dynastiques ”
Une fois posé ce principe de cercle familial étendu, il
reste à le rendre opérationnel. Différentes questions
se posent à ce stade pour la mise en œuvre de ce
concept. En premier, quelle limite retenir pour
procéder à cet élargissement : jusqu’à quel âge faut-il
retenir les jeunes adultes, décohabitant ou non,
faut-il tenir compte de leur statut d’activité ou
d’études, de leur niveau de revenus propres ou de
l’existence d’un lien fiscal avec les parents ? En
second, plus techniquement, quelles unités de
consommation retenir pour les jeunes lorsque
ceux-ci ne résident pas avec leurs parents ?
Quel critère retenir pour le rattachement des jeunes
adultes ?
L’importance des aides familiales décroît au cours du
processus d’émancipation des jeunes adultes. Il
convient ici de fixer jusqu’à quand le jeune adulte est
intégré à la famille dynastique. Cette limite peut
s’exprimer en termes d’âge, de statut ou de niveau de
ressources propres. Nous retiendrons ici un premier
seuil d’âge, limitant les jeunes adultes aux jeunes de
18 à 24 ans, de façon assez usuelle dans les études
statistiques et présentant une certaine adéquation
avec la législation sociale (âge limite ouvrant le droit
au RMI).
Outre les limites d’âge, on peut penser à un seuil de
ressources propres. Cependant, d’après l’étude de
Herpin et Verger, le seuil à retenir n’est pas
forcément monétaire. Leurs estimations soulignent
que ce ne sont pas forcément les jeunes adultes ayant
les ressources propres les plus faibles qui sont les
plus aidés par leur famille. Lorsque le jeune adulte
n’est plus étudiant, cette aide est en moyenne
sensiblement identique, que celui-ci ait des revenus
propres ou non.
En revanche, cette aide familiale est de l’ordre de 4 à
5 fois inférieure à celle dont bénéficie en moyenne un
étudiant de la part de sa famille
[6]. L’étude de
Robert-Bobée souligne que cette aide est non
seulement plus faible en moyenne mais également
plus rare : les jeunes qui ont fini leurs études ne sont
aidés que dans un tiers des cas environ (alors que
l’aide financière concerne plus de 9 étudiants sur 10).
Le statut du jeune adulte semble donc déterminant
dans l’intensité de l’effort financier consenti par les familles.
Si l’on doit retenir un critère pour que le
jeune adulte en logement indépendant constitue une
unité de budget à part entière, il nous semble que le
seuil doit plutôt dépendre du statut du jeune adulte
plutôt qu’être un seuil monétaire.
Cependant, d’autres arguments remettent en cause la
pertinence d’une condition sur le statut d’activité.
L’âge de décohabitation des jeunes adultes dépend
en grande partie de la poursuite ou non d’études
supérieures et est de ce fait relié au milieu social des
jeunes adultes. Si l’on fixe un critère fondé
uniquement sur le statut d’activité, les enfants de
familles aisées seront plus longtemps (donc plus
souvent dans une enquête en coupe transversale)
rattachés à leur famille d’origine que les enfants
issus de milieux défavorisés, qui entrent plus tôt sur
le marché du travail. Fixer un critère en fonction du
statut conduirait donc de fait à une différenciation
implicite de la prise en compte des situations
familiales, conduisant plus souvent à “omettre”
l’existence de jeunes adultes pour les familles dont
les jeunes sont actifs relativement aux autres dont les
enfants poursuivent des études plus longues.
Tableau 1
montants de l’aide privée familiale en fonction de l’origine sociale
Tableau 1 : montants de l’aide privée familiale en fonction de l’origine sociale
Ouvrier ou employé Profession intermédiaireou indépendant Cadre
Équivalent monétaire de l’aideprivée familiale* Profession du père 7 437 9 156 13 504
Pour mémoire, revenu disponiblepar uc** Profession du chef de ménage 12 457 15 138 23 646
* montants annuels moyens convertis en euros de 2001
Source : Enquête Jeunes et Carrières 1997, calculs faits par Herpin et Verger.
** valeur médiane, en euros par an et par unité de consommation.
Source : Insee-DGI, enquête Revenus fiscaux 1997 (actualisée 2001), modèle Ines, calculs Insee.
Enquête Jeunes et Carrières 1997, calculs faits par Herpin et Verger.
Insee-DGI, enquête Revenus fiscaux 1997 (actualisée 2001), modèle Ines, calculs Insee.
Pour ne pas introduire de biais lié à ces situations de
décohabitation différentielle, nous avons donc
choisi de ne prendre en considération pour le
rattachement des jeunes à leur famille d’origine que
le seul critère d’âge, soit moins de 25 ans. Cette
option peut être critiquée, car on peut lui reprocher de
se traduire par un transfert implicite
[7] des parents
vers les jeunes adultes dépassant ce qu’on pourrait
observer en réalité. Toutefois, comme l’ont souligné
les études précédentes (Herpin et Verger, 1997 ;
Robert-Bobée, 2002), les sources qui permettent de
mesurer de tels transferts intra-familiaux concluent
bien à l’existence de ceux-ci, même lorsque les
enfants sont actifs et acquièrent une certaine
autonomie financière. De fait, lorsque l’on procède
au rattachement des jeunes adultes non étudiants à
leur famille d’origine, on constate que ce transfert
implicite des parents vers les jeunes non étudiants
porte sur des montants bien inférieurs à ce que l’on
obtient dans le cas des étudiants :
ex-post, cette
méthode, appliquée à l’ensemble des jeunes de
moins de 25 ans, conduit de fait à un transfert
implicite moyen des parents vers les jeunes adultes
qui est de l’ordre de 5 fois plus élevé pour les
étudiants que pour les non-étudiants : ce résultat
apparaît concordant avec le résultat observé par
Robert-Bobée sur données réelles. Par construction,
le transfert implicite ainsi calculé dépend de l’écart
de niveau de vie entre le ménage de parents et celui de
l’enfant décohabitant : il sera donc plus élevé quand
le jeune décohabitant aura une situation financière
‘fragile’ (cas des chômeurs ou des jeunes n’ayant
travaillé qu’une partie de l’année)
[8]. Dans notre
simulation, rattacher un jeune adulte en situation de
chômage conduit à un transfert implicite environ 3
fois plus élevé que lorsque le jeune adulte a un
emploi.
Pour cet ensemble de raisons, à la fois théoriques et
empiriques, nous avons opté pour un rattachement de
l’ensemble des jeunes de moins de 25 ans à leur foyer
d’origine. Ce choix nous permet ainsi d’avoir une
approche hom ogè ne pour toutes les fam illes
concernées par de jeunes adultes. Qu’ils soient ou
non physiquement présents au foyer de leurs parents
et quel que soit leur statut d’activité, les jeunes
adultes sont considérés globalement avec leurs
parents. Les aides qui les concernent, qu’elles soient
versées aux parents ou aux enfants et qu’elles soient
calculées en fonction des ressources propres des
jeunes ou en fonction des revenus des parents, sont
considérées dans leur ensemble. L’ensemble des
ressources ainsi reconstituées au niveau du cercle
familial permet ensuite de calculer ce qui par la suite
sera qualifié un peu abusivement de niveau de vie,
alors qu’il s’agit en fait d’un niveau de vie potentiel
ou normatif.
Quel choix pour les unités de consommation des
familles étendues ?
Il reste à fixer quelle pondération accorder à chaque
jeune adulte ainsi rattaché à ses parents. Pour
c o m p a r e r l e n i v e a u d e v i e d e m é n a g e s d e
composition différente, on recourt habituellement à
u n e é c h e l l e d’é q u i v a l e n c e. C e t t e d e r n i è r e
appréhende les économies d’échelle que réalisent
plusieurs personnes lorsqu’elles habitent sous le
même toit et mutualisent certaines dépenses. En
d’autres termes, l’échelle d’équivalence permet de
déterminer quel est le revenu supplémentaire
nécessaire au maintien d’un niveau de vie identique
lorsque l’on rajoute une personne dans le panier
collectif de consommation.
Recalculée en 1997 par Hourriez et Olier (Houriez et
Olier, 1997), l’échelle préconise de compter le
premier individu d’un ménage pour une unité de
consommation, chaque adulte supplémentaire pour
0,5 et chaque enfant de moins de 14 ans pour 0,3.
M a i s c e t t e é c h e l l e c o n c e r n e l e s m é n a g e s,
c’est-à-dire les personnes vivant sous un même toit.
Plusieurs canaux leur permettent d’économiser sur
certains postes de dépenses. Tout d’abord, les
personnes d’un même ménage partagent un certain
nombre de biens, appelés biens collectifs. C’est le
cas du logement, de la plupart des équipements du
foyer (sanitaires, télévision, réfrigérateur). Certes, la
taille du logement et le nombre de téléviseurs ne sont
pas indépendants du nombre de personnes présentes
dans le ménage. Mais les estimations de Hourriez et
Olier concluent qu’à niveau de vie égal, un ménage
composé de 4 personnes ne dépense que 1,7 fois plus
pour l’occupation et le chauffage de son logement
qu’u ne pe rsonne seule. Le loge me nt re ssort
d’ailleurs comme la fonction qui permet le plus
d’économies d’échelle. Vient ensuite la fonction
“transport-télécommunications”, constituée pour
l’essentiel de l’automobile. Un ménage de 4
personnes ne consomme pour cette fonction que 2,3
fois plus qu’une personne seule. L’équipement du
logement constitue enfin un dernier poste sur lequel
un mé nage nom breux ré alise des éc onom ies
d’échelle importantes.
Si l’on retient ces trois postes de consommation
com me source principale des économ ies que
réalisent plusieurs personnes en vivant ensemble,
ces économies sont précisément possibles parce que
les personnes vivent sous le même toit. Le jeune
adulte en logement indépendant va payer le loyer
correspondant à la taille de son logement, ne
bénéficiera probablement pas de la voiture de ses
parents pour ses déplacements, et devra équiper son
logement. Il semble dès lors logique de le rattacher à
ses parents en le comptabilisant pour une unité de
consommation entière. Cette règle sera donc adoptée
ici, de façon empirique et sans refaire d’estimation
économétrique.
La seule exception concerne les jeunes adultes
décohabitant mais ne vivant pas seuls : les économies
d’échelle que peut réaliser le jeune adulte en
n’habitant pas seul (sur les dépenses de logement et
d’entretien et d’équipement de ce logement) sont
alors bien réelles. Celles-ci ont été prises en compte,
de façon empirique également : prenons l’exemple
d’un jeune adulte cohabitant avec un autre adulte; le
ménage comporte 1,5 unité de consommation (1
pour le premier adulte, 0,5 pour le suivant). En
conséquence, lorsqu’un jeune adulte vit lui-même en
couple, il est alors rattaché au ménage de ses parents
e n c o m p t a n t s o n p o i d s p o u r 0,7 5 u n i té d e
consommation (1,5/2). On prend ainsi en compte le
fait qu’il dépense moins qu’une personne habitant
seule pour s’assurer un confort équivalent. Dans les
cas où il n’y a pas de jeune adulte à rattacher au
ménage, on conserve l’échelle d’équivalence
classique de l’Insee.
Dans la suite de l’article, on appellera “famille
dynastique ” le cercle familial étendu ainsi construit,
après rattachement des jeunes adultes de 18 à 24 ans à
leur foyer d’origine, quel que soit leur statut, et
m oy en na nt c e tte nor m a lisa tion de s é ch ell es
d’équivalence.
Les conséquences sur le niveau de vie du
rattachement des jeunes adultes à leur famille
d’origine
La construction des “ familles dynastiques ” vise à
corriger le niveau de vie apparent des jeunes adultes,
qui est sous-estimé si on ne prend en compte que
leurs ressources propres. Elle rectifie aussi l’image
que l’on peut avoir du niveau de vie de leurs parents,
qui, participant à l’entretien de leurs enfants
décohabitant, peuvent avoir des charges familiales
supérieures à celles liées aux seuls enfants présents
a u foye r. Le gr a phique 1 com pa re les d eux
distributions de niveaux de vie de ces parents selon
que l’on se place dans l’optique classique du ménage
ou dans celle de la “ famille dynastique ”, c’est-à-dire
avant ou après rattachement des jeunes adultes.
Le rattachement des jeunes adultes au ménage des
parents resserre la distribution des niveaux de vie. En
effet, la courbe représentant les niveaux de vie après
rattachement est plus ramassée autour de sa tendance
centrale. Comme on pouvait s’y attendre, le
rattachement du jeune adulte renvoie une image plus
p a u v r e d e s p a r e n t s : l a d i s t r i b u t i o n a p r è s
rattachement est déplacée vers la gauche par rapport
à l a c o u r b e a v a n t r a t t a c h e m e n t. C e t
“appauvrissement” est notamment visible si l’on
compare les deux médianes des distributions,
po rt é e s su r l e g r a phi qu e 1. En e ffe t, av a nt
rattachement des jeunes adultes, la médiane des
niveaux de vie est de 16 600 euros par an et par unité
de consommation. Pour les “ familles dynastiques ”
comportant des jeunes adultes rattachés, la médiane
est plus faible (13 700 euros par an et par unité de
consommation).
Graphique 1
incidence du rattachement des jeunes
adultes décohabitant sur le niveau de vie des parents
Insee-DGI, enquête Revenus fiscaux 1997 (actualisée 2001),
modèle Ines, calculs Insee.
L’impact du rattachement est surtout manifeste pour
les niveaux de vie élevés avant rattachement. En
effet, si le premier quartile avant et après redéfinition
des contours des familles a des valeurs relativement
proches (resp. 11 500 et 9 900 euros par an et par unité
de consommation), l’écart entre les distributions est
plus important au niveau du troisième quartile : après
rattachement des jeunes adultes, 25% des ménages
ont un revenu disponible par an et par unité de
consommation supérieur à 18 075 euros contre 24
250 euros avant rattachement.
In fine, la distribution
des niveaux de vie mesurée sur les “ familles
dynastiques” pour lesquelles on rattache un jeune
adulte décohabitant se rapproche de la distribution
des niveaux de vie observée sur l’ensemble des
ménages
[9]. Le graphique 2 souligne cette proximité.
Cela signifie que les parents de jeunes adultes ayant
décohabité, qui apparaissaient, avec une approche
classique en termes de ménages, plus riches que
l’ensemble des ménages, se retrouvent, avec le
concept de “ fam ille dynastique”, proches de
l’ensemble de la population. Cette proximité
apparaît si l’on répartit les ménages ou les “ familles
dynastiques” par quintile de niveau de vie. Alors
qu’avec une approche classique en termes de
ménages, les ménages ayant des jeunes adultes
décohabitant sont sur-représentées dans le quintile
de niveau de vie le plus élevé (33%), leur distribution
m e s u r é e à p a r t i r d u c o n c e p t d e “ f a m i l l e s
dynastiques ” est répartie de façon plus équilibrée –
elles sont pratiquement également représentées dans
chaque quintile – (voir tableau 2,3ème et 4ème
colonnes).
Graphique 2
distribution des niveaux de vie des
familles dynastiques comportant de jeunes adultes
décohabitant (après rattachement), comparativement
à l’ensemble des ménages
Insee-DGI, enquête Revenus fiscaux 1997 (actualisée 2001),
modèle Ines, calculs Insee.
Le tableau 2 souligne aussi à quel point l’image du
niveau de vie des jeunes adultes est bouleversée par
cette approche en termes de “ familles dynastiques ”.
Lorsqu’ils habitent seuls ou avec d’autres jeunes
adultes (tableau 2,1ère colonne) et si l’on ne tient
compte que de leurs revenus propres, 68% des jeunes
adultes appartiennent à la tranche des 20% de
ménages les plus pauvres. Une fois qu’on les a
rattachés à leur famille dynastique, ils ne sont que
23% à appartenir au premier quintile (le résultat est
analogue mais l’écart est plus faible pour les jeunes
adultes décohabitant d’avec leurs parents, mais
résidant avec un autre adulte âgé de 25 ans ou plus
(cf. tableau 2, colonne 2).
Les aides aux familles comportant de
jeunes adultes : une évaluation dans le
cadre des “ familles dynastiques ”
Dans cette seconde partie, nous cherchons à
identifier l’effet des transferts sur le revenu
disponible en nous focalisant sur la situation des
familles comportant au moins un jeune adulte.
Compte tenu des limites exposées précédemment,
nous nous appuierons pour le faire sur la notion de
“ fam illes dynastiques” définie dans la partie
précédente.
L’accent sera mis sur les écarts entre familles
comportant de jeunes adultes et non pas sur une
comparaison de cette population avec d’autres
catégories de familles, comportant des enfants plus
jeunes ou sans enfant. L’objectif ici consiste
essentiellement à analyser les transferts en direction
des fa milles c om portant un jeune adulte, en
distinguant différentes situations d’activité ou de
mode de vie des jeunes adultes. Il s’agit de chiffrer
l’importance des transferts et de comparer entre
elles différents types de “ familles dynastiques ”,
selon le statut d’activité et résidentiel des jeunes
adultes. Nous nous plaçons dans une optique de
redistribution horizontale, l’objectif étant de
comparer, dans différentes situations, le supplément
de revenus sociaux lié à l’existence d’un jeune adulte
dans la famille.
Une description des transferts retenus
Avant de passer à la description de l’impact des
transferts, il est nécessaire de poser les conventions
retenues. Nous retiendrons dans cette étude une
conception extensive des aides monétaires, qu’elles
prennent la forme de prestations ou d’allégements
d’impôts et qu’elles soient versées directement au
jeune adulte ou à sa famille. Par contre, nous ne
retenons pas parmi les transferts tous ceux qui sont
de nature assurancielle (par exemple les indemnités
de chômage des jeunes ou de leurs parents), ni les
aides publiques dans le cadre de l’inse rtion
professionnelle. Les stages de formation ou les
emplois sur contrats aidés constituent, on le sait, un
volet extrêmement important de la politique en
faveur des jeunes adultes : en 2000, l’ensemble des
dépenses d’insertion professionnelle en direction
des jeunes de 16 à 25 ans a ainsi atteint près de 8
milliards d’euros, soit un montant du même ordre
que celui des aides versées aux familles comportant
de jeunes adultes (ou à ces derniers directement)
( R a pp o r t de l a C om m i ss i on n a t io n a l e po u r
l’autonomie des jeunes, 2002). Néanmoins, malgré
leur importance quantitative, nous ne retiendrons
pas ici ce type de transferts, considérant qu’ils sont
de nature différente : en effet, les indemnités liées
aux mesures de la politique de l’emploi représentent
certes un revenu pour le jeune adulte et sa famille,
mais ce revenu est de fait la contrepartie d’une
activité professionnelle et ne correspond pas à un
transfert m onétaire destiné en tant que tel à
compenser une charge. Nous ne retiendrons pas non
plus l’ensemble des dépenses publiques en direction
des jeunes adultes et de leur famille, dont la plus
grande partie trouve son origine dans les services
d’éducation financés essentiellement par l’État, qui
représente une dépense de l’ordre de 15 milliards
d’euros pour les 18 ans et plus (CERC, 2003).
Tableau 2
distribution des ménages de jeunes adultes et de parents par quintile de niveau de vie
Tableau 2 : distribution des ménages de jeunes adultes et de parents par quintile de niveau de vie
Ménages ne Autres ménages comportant des Ménages de Familles dynastiques
comportant que jeunes adultes ne cohabitant pas parents d’un jeune regroupant les parents et les
des jeunes adultes avec leurs parents adulte décohabitant jeunes adultes décohabitant
1er quintile 68 32 16 23
2e quintile 20 27 16 20
3e quintile 8 23 15 20
4e quintile 3 13 19 19
5e quintile 1 6 33 18
Lecture : pour les trois premières colonnes (ménages), les quintiles de niveau de vie ont été calculés sur l’ensemble des ménages (hors ménages aux revenus
initiaux strictement négatifs). Chaque catégorie de ménages a été classée selon les bornes de ces quintiles en population générale. Pour les familles
dynastiques, les quintiles sont recalculés sur l’ensemble de la population, en prenant comme unité d’analyse la famille dynastique (que celle-ci diffère ou non
de la notion de ménage).
Champ : ensemble des ménages hors ménages aux revenus initiaux strictement négatifs.
Source : Insee-DGI, enquête Revenus fiscaux 1997 (actualisée 2001), modèle Ines, calculs Insee.
Insee-DGI, enquête Revenus fiscaux 1997 (actualisée 2001), modèle Ines, calculs Insee.
Parmi les transferts monétaires, on peut distinguer
deux ensembles d’aides. Un premier ensemble prend
la forme d’un soutien financier à la famille. Il s’agit
d’aider les parents à faire face aux charges liées à
l’entretien et à l’éducation de leurs enfants. Depuis la
Loi Famille de 1994, ces aides familiales ont été
progressivement prolongées. Le versement des
allocations familiales jusqu’aux 20 ans des enfants
(21 ans pour le complément familial), la prise en
compte des enfants à charge jusqu’à leur 21
ème
anniversaire pour les allocations de logement sont
des exemples de cette première forme de soutien. Ces
aides aux familles peuvent aussi prendre la forme
d’allégements d’impôt liés à l’application du
quotient familial
[10] : les parents peuvent garder leurs
enfants dans leur foyer fiscal jusqu’à leur 21 ans (25
ans s’ils sont étudiants). Des réductions d’impôts
sont également accordées lorsque les enfants
rattachés fiscalement sont en études ou dans le cas où
leurs parents leur versent une pension alimentaire,
ceci sans limite d’âge.
Un second ensemble d’aides est constitué des
prestations qui s’adressent plus directement aux
jeunes adultes afin de leur permettre la poursuite de
leurs études ou d’occuper un logement autonome :
les bourses scolaires et universitaires (à partir de 18
ans) et l’allocation de logement versée aux jeunes qui
occupent un logement indépendant de leurs parents
relèvent de ce deuxième ensemble. Dans le système
français, ces deux aides diffèrent fortement quant à
leur m ode d’attribution. Les pr em ièr es sont
attribuées selon une logique “ familialisée ”, tenant
compte des ressources des parents, que les jeunes
habitent ou non avec eux. Les bourses sur critères
sociaux de l’enseignement supérieur sont ainsi
d e s ti n é e s à p e r m e tt r e à le u r s b é né f i c i a i r e s
d’entreprendre des études supérieures auxquelles,
sans cette aide, ils auraient pu être contraints de
renoncer en raison de leur situation sociale. Bien que
versées directement aux étudiants, leur octroi
dé p e nd do n c d e s r e s so ur c e s e t de s c ha rg e s
familiales. A contrario, l’aide au logement qui est
versée au jeune adulte qui occupe un logement
autonome n’a pas cette logique “ familialisée ” mais a
une logique individuelle : cette aide est accordée à
toute personne acquittant une dépense de logement,
q u e l s q u e s o i e n t s o n â g e e t s a s i t u a t i o n
professionnelle ou familiale, si elle dispose de
ressources propres n’excédant pas un certain
plafond. Les ressources prises en compte sont celles
des personnes habitant sous le même toit : un jeune
habitant un logement autonome peut donc percevoir
une allocation de logement, indépendamment des
ressources de sa famille ou de son rattachement fiscal
au foyer de ses parents (la perception directe d’une
aide au logement entraîne cependant pour le jeune
l’impossibilité d’être considéré comme “enfant à
charge” au sens des prestations familiales).
La première partie de cette étude a montré l’intérêt de
rattacher le jeune adulte à sa famille d’origine, afin
d’éviter un biais dans l’appréhension de la situation
financière des uns et des autres. Leur regroupement
au sein des “familles dynastiques” permet également
de considérer globalement les aides en direction des
jeunes adultes, que celles-ci soient versées à leurs
parents ou qu’elles soient versées directement au
jeune.
S’agissant des aides versées directement aux jeunes
adultes, leur contour est aisé en raison de leur nature
“ individualisée ” : il s’agit des bourses d’études (leur
montant est individualisé, même si leur mode de
calcul est familialisé) et de l’allocation de logement
qu’ils peuvent toucher s’ils habitent en logement
autonome. Par contre, le soutien aux familles de ces
jeunes adultes est plus difficile à isoler, en particulier
parce que les aides correspondantes prennent en
compte le nombre d’enfants de la famille de façon
non linéaire. En effet, les enfants comptent à charge
pour les prestations familiales jusqu’à leur 20
ème ou
21
ème anniver saire, les prestations familiales
participent donc à la redistribution envers les jeunes
adultes et leur famille. Il en va de même pour les aides
au logement versées aux familles. Pour autant,
s’appliquant à l’ensemble des enfants des familles, il
se r a it a bu si f d e c o ns idé r e r la glo ba li té de s
allocations perçues comme une aide en direction des
jeunes adultes et de leur famille. Nous avons donc
calculé
le supplément de prestations généré par le(s)
jeune(s) adulte(s) entre 18 et 24 ans. De la même
manière, nous avons déjà souligné que les familles
comportant un jeune adulte bénéficiaient de règles
fiscales leur permettant de payer moins d’impôt. Le
fait de payer moins d’impôt, à revenu initial égal,
qu’une famille sans jeune adulte, peut aussi être
considéré comme une forme d’aide publique en
direction des familles. Nous avons défini cet
avantage fiscal lié au jeune adulte comme
la
diminution d’impôt générée par le fait d’avoir un (ou
plusieurs) enfant(s) entre 18 et 24 ans. D’un point de
vue technique, nous avons recalculé l’ensemble des
prestations et impôts que les parents auraient perçus
ou payés s’ils n’avaient pas eu d’enfant de 18 à 24
ans. La différence entre cette simulation et les
montants effectivement perçus ou payés constitue
l’aide familialisée en direction des familles de jeunes
adultes
[11].
P r e n on s l’e x e m p le d’u ne f a m i ll e é l ig ib le à
l’allocation de logement ayant à charge un enfant de
20 ans (sans ressources propres). Si cet enfant vit au
domicile parental, le montant de l’allocation de
logement versé à ses parents va être plus élevé que
celui qu’ils auraient perçu s’ils n’avaient pas eu cet
enfant à charge. Un couple qui vit avec un SMIC
mensuel et un loyer de 300 euros dans une ville
moyenne, perçoit environ 180 euros d’allocation de
logement s’il a un enfant (de moins de 21 ans) à
charge et moins de 100 euros s’il n’a pas d’enfant à
charge. C’est ce supplément (de 80 euros dans
l’exemple) au titre du jeune adulte que nous allons
définir comme l’aide en direction du jeune adulte et
de sa famille. Dans le cas où le jeune adulte a un
domicile autonome, il va pouvoir prétendre à
l’allocation de logement mais n’occasionnera plus
de surcroît d’allocation de logement pour ses
parents. Dans ce cas, l’aide en direction du jeune
adulte et de sa famille va être constituée par
l’allocation de logement perçue par le jeune adulte.
Dans les deux cas, le jeune adulte et sa famille
c onsidé ré s glob ale m ent pe r çoiv ent un e a ide
m on éta ir e q ui vie nt s’a joute r à le ur re ve nu
disponible.
Selon cette définition de la redistribution envers les
jeunes et leurs familles, en moyenne, 70% du surcroît
de revenu disponible apporté par un jeune adulte est
une aide en direction des parents de ce jeune. La
moitié transite par des économies d’impôt, l’autre
moitié par des surcroîts de prestations. L’aide versée
directement au jeune représente en moyenne 30% de
l’ensemble des aides, un peu plus de la moitié
correspondant aux bourses d’études, le reste
transitant essentiellement par l’allocation de
logement.
Quelle est l’ampleur de l’aide publique en
direction des familles dynastiques ?
70% ont un transfert net positif au titre d’un jeune
adulte
S’agissant des seules prestations, qu’elles soient
versées à la famille ou au jeune adulte, la moitié des
familles dynastiques ne bénéficient d’aucune
prestation supplémentaire perçue au titre d’un jeune
de 18-24 ans. À l’opposé, un quart d’entre elles
bénéficient uniquement de prestations au titre d’un
ou de plusieurs jeunes adultes. Pour le quart restant,
le supplément de prestations perçu au titre des jeunes
adultes représente un peu moins de la moitié du
montant total de l’ensemble des prestations perçues
(au titre d’autres enfants ou non liées aux enfants).
Dans notre conception extensive, l’aide en direction
des jeunes adultes et de leur famille transite aussi par
des économies d’impôt. Deux tiers des familles
dynastiques payent l’impôt sur le revenu et presque
la moitié d’entre elles payent moins d’impôt grâce au
rattachement de jeunes adultes (quotient familial,
versement d’une pension alimentaire ou réductions
d’impôts liées aux études). Au total, si on cumule les
aides transitant par des prestations et celles transitant
par des économies d’impôt, 70% des familles
dynastiques comprenant un jeune adulte bénéficient
d’un surcroît de revenu disponible lié au jeune
adulte. En moyenne, l’aide générée par le ou les
jeunes adultes représente entre 5 et 6% du revenu
disponible global des familles dynastiques (soit un
peu moins de 1 800 euros par an). Si l’on se restreint
aux fam illes qui effectivement perçoivent un
supplément de transfert lié au(x) jeune(s) adulte(s),
ce supplément représente 8% en moyenne de leur
revenu disponible global (soit environ 2 500 euros
par an).
Ce surcroît de revenu disponible peut être versé au
titre de plusieurs jeunes adultes. Pour neutraliser cet
effet de taille, nous avons normé le surcroît de revenu
en le divisant par le nombre de jeunes adultes
présents au sein d’une famille dynastique. En
moyenne par jeune adulte, le surcroît de revenu
disponible généré par ce jeune dans la famille
dynastique est de 1300 euros par an, ou 1850 euros
par an si l’on se restreint aux seules familles pour
lesquelles le jeune adulte génère un supplément de
revenus sociaux ou un allégement d’impôt. Le
montant de ce surcroît de revenu est relativement
hétérogène selon les familles (voir graphique 3). On
retrouve le fait que 30% des familles ne perçoivent
aucune aide liée au jeune adulte, un peu moins de
25% perçoivent moins de 1000 euros par an et par
jeune adulte, mais 10% d’entre elles perçoivent plus
de 3500 euros par an et par jeune adulte.
Graphique 3
distribution du surcroît de revenu
disponible apporté par un jeune adulte (en euros par
an et par jeune adulte)
Insee-DGI, enquête Revenus fiscaux 1997 (actualisée
2001), modèle Ines, calculs Insee.
Comparaison avec des familles ayant des enfants plus
jeunes
On peut rapprocher ce constat du résultat obtenu à
partir du modèle Ines pour les enfants plus jeunes, en
l’occurrence ceux de moins de 21 ans (Albouy et alii,
2003) : de la même façon, on peut calculer le
supplément de revenu disponible des familles généré
par la présence d’enfant(s) de moins de 21 ans. En
normant ce montant par le nombre d’enfants, on
obtient le surcroît de revenu disponible qu’apporte
un enfant de moins de 21 ans. En moyenne, un enfant
de moins de 21 ans “ rapporte ” un surcroît de revenu
de l’ordre de 2300 euros par an à sa famille. Parmi ces
familles, celles qui comprennent des jeunes enfants
sont plus aidées que les autres. Du fait de besoins
spécifiques, notamment liés à la garde de ces jeunes
enfants, le surcroît de revenu apporté par un enfant
est sensiblement plus important dans ces familles. Si
l’on se restreint aux familles sans jeune enfant, le
surcroît de revenu disponible apporté par un enfant
de 3 à 20 ans est de l’ordre de 1850 euros par an. En
comparaison, rappelons que le surcroît de revenu
disponible apporté par un enfant de 18 à 24 ans est de
1300 euros par an. En moyenne, les familles avec
jeune adulte sont donc moins aidées que les familles
avec des enfants plus jeunes.
Cependant, on vient de voir que 30% des familles
avec jeune adulte ne bénéficient d’aucun transfert
monétaire spécifique à cet (ces) enfant(s), qu’il
s’agisse d’une prestation supplémentaire ou d’un
allégement d’impôt. Si l’on restreint la comparaison
aux seules familles pour lesquelles le jeune adulte
génère un supplément de transferts strictement
positif, le montant moyen de ce surcroît de revenu est
équivalent à celui qu’apporte un enfant de 3 à 21 ans
(1850 euros par an dans les deux cas). La différence
de situation ne se situe pas dans l’ampleur des
transferts liés aux enfants mais dans l’hétérogénéité
entre les familles. Alors que pratiquement toutes les
familles ayant des enfants de 3 à 21 ans accroissent
leur revenu disponible du fait de la présence de
leur(s) enfant(s), seules 70% des familles avec
jeune(s) adulte(s) accroissent le leur du fait de
l’existence de ce(s) dernier(s). Pour ces familles,
l’aide moyenne par enfant est de la même ampleur
que l’aide moyenne pour un enfant plus jeune.
Les transferts liés aux jeunes adultes variables selon
les niveaux de vie initiaux des familles
Si l’on classe les familles dynastiques selon leur
revenu initial par unité de consommation (qualifié
dans la suite de niveau de vie initial), le surcroît de
revenu généré par un jeune adulte présente un profil
légèrement en forme de U, décroissant puis croissant
avec le niveau de vie initial (voir graphique 4). Ce
sont les familles aux niveaux de vie initiaux
intermédiaires qui bénéficient du surcroît de revenu
par jeune adulte le plus faible. Le résultat est
inchangé si l’on se restreint aux seules familles qui
augmentent effectivement leur revenu du fait d’un
jeune adulte. En effet, quel que soit le niveau de vie
de la famille dynastique, la proportion de familles ne
bénéficiant d’aucun surcroît de revenu lié au jeune
adulte est à peu près constante (autour de 30%).
Une différenciation selon le mode de vie et le statut
des jeunes adultes
Pour aller plus loin et expliquer ce profil, il convient
de mieux expliciter par quels mécanismes les
familles dynastiques peuvent accroître leur revenu
disponible grâce aux transferts générés par un jeune
adulte.
Deux dimensions semblent importantes si
l’on détaille ces mécanismes : le fait que le jeune
adulte soit en études ou non et le fait qu’il cohabite ou
non avec ses parents. Le fait d’occuper un logement
autonome pour le jeune adulte constitue évidemment
une dimension importante (car le jeune adulte peut
alors percevoir l’allocation de logement, celle-ci
prenant en charge une part de son loyer). Par ailleurs,
on l’a déjà vu, une partie des aides monétaires en
direction des jeunes adultes et de leur famille tient à
l a p o u r s u i t e d’é t u d e s ( b o u r s e s, r é d u c t i o n
d’impôts
[12] ). Les enfants étudiants ou au lycée
bénéficient de certaines aides liées aux études. Ces
aides ayant des montants financiers différents selon
l e n i v e a u d e s c o l a r i t é ( e n s e i g n e m e n t
s e c o n d a i r e / e n s e i g n e m e n t s u p é r i e u r ), n o u s
distinguerons parmi les familles comprenant un
jeune adulte en cours d’études celles dont au moins
un jeune adulte est étudiant (de l’enseignement
supérieur) de celles où les jeunes sont scolarisés dans
l’e ns ei gne m e n t se c on da ir e. E nf in, c e r ta in es
prestations ou économies d’impôt ne sont pas
spécifiquement ciblées sur les jeunes en études mais
elles vont de facto leur être accordées plus souvent
ou pour des montants plus élevés. Prenons l’exemple
du supplément de prestations familiales lié au fait
que l’enfant compte dans le barème jusqu’à son 20
ème
ou 21
ème anniversaire. L’enfant ne va être compté à
charge que s’il gagne moins de 55% du Smic. Dans la
réalité, cette condition va être remplie plus souvent
par les jeunes en études que par les jeunes actifs. De
même, bien qu’explicitement aucun critère d’études
ne rentre en compte dans l’attribution de l’allocation
de logement, un étudiant en logement autonome va
relativement plus souvent remplir les conditions de
ressources pour bénéficier de cette allocation qu’un
jeune ayant un emploi ; bénéficiant de ressources
propres souvent très faibles, les étudiants seront
également relativement plus nombreux à toucher
l’aide au logement au taux maximum.
Graphique 4
distribution du surcroît de revenu
disponible apporté par un jeune adulte en fonction
du niveau de vie avant redistribution de la famille
dynastique (en euros par an)
Insee-DGI, enquête Revenus fiscaux 1997 (actualisée 2001),
modèle Ines, calculs Insee.
Nous avons ainsi établi une classification des
familles dynastiques comportant au moins un jeune
adulte en croisant ces deux dimensions (voir
graphique 5). Si la majorité de ces familles peuvent
être considérées comme des “ ménages classiques ”
(au sens où tous les jeunes adultes résident avec leurs
parents), 29 % des familles dynastiques comptent au
moins un jeune adulte autonome résidentiellement.
Parmi ces dernières, la moitié comprend un jeune
adulte dans l’enseignement supérieur (même si avec
le classement adopté, ce n’est pas forcément le jeune
étudiant qui a son propre logement).
Ces différents types de familles avec jeunes adultes
sont loin d’être homogènes. Ils se distinguent
d’abord par les revenus initiaux dont ils disposent (il
s’agit des revenus d’activité, incluant les revenus de
rem plac eme nt, notamm ent les indem nités de
chômage). Les familles comprenant au moins un
jeune adulte étudiant ont les revenus initiaux les plus
élevés (tableau 3 : voir par exemple la médiane). Ce
sont aussi celles qui ont les revenus les plus
dispersés. La distance interquartile, qui représente
l’écart de revenu entre le premier et le troisième
quartile, est plus élevée pour ces deux types de
familles. C’est particulièrement marqué pour les
familles dont l’un des jeunes adultes est étudiant et
dont l’un réside en logement indépendant (38 727
euros).
À l’opposé, les familles où tous les jeunes adultes
sont encore au domicile parental et où aucun d’entre
eux n’est étudiant, ont des revenus d’activité
globaux nettement moins élevés que les autres. La
moitié des familles où aucun jeune adulte ne poursuit
d’études a un revenu d’activité annuel inférieur à
30 085 euros par an.
Lorsque que l’on passe des revenus primaires aux
niveaux de vie initiaux, en divisant les revenus par le
nombre d’unités de consommation, on obtient la
même conclusion, ceci bien que les différents types
de familles dynastiques soient de taille différente.
R a p p e l o n s i c i q u e l e n o m b r e d’u n i t é s d e
consommation a été aménagé par rapport aux
conventions classiques, afin de tenir compte des
charges supplémentaires induites par les jeunes
adultes qui résident en logement autonome (au
classique 0,5 on substitue un poids de 1 en cas de
décohabitation lorsque le jeune vit de façon isolée ou
de 0,75 lorsqu’il vit avec une autre personne). Selon
cette échelle d’équivalence aménagée, les familles
où l’un des jeunes adultes habite en logement
i n d é p e n d a n t o n t u n n o m b r e d’u n i t é s d e
consommation en moyenne plus élevé que les
familles où tout le monde vit sous le même toit
(colonne 2 du tableau 4) alors qu’elles sont en
moyenne de plus petite taille (colonne 1).
Graphique 5
typologie des
familles dynastiques avec
jeune(s) adulte(s)
Tableau 3
quartiles de revenu initial pour les familles avec jeune(s) adulte(s)
Tableau 3 : quartiles de revenu initial pour les familles avec jeune(s) adulte(s)
1er quartiler 3ème quartile Distance Intervalletile
quartile Q1 médiane Q3 interquartileQ3 - Q1 interquarrelatif
Famille avec au...et au moins un étudiant dans la famille 25 847 43 565 64 574 38 727 89%
moins un jeune...pas d’étudiant mais au moins un lycéen 21 563 32 710 48 465 26 902 82%
adulte autonome
résidentiellement… …et aucun jeune en études 23 831 34 350 49 182 25 351 74%
Famille avec tous les...et au moins un étudiant dans la famille 24 315 39 022 58 609 34 294 88%
jeunes adultes au...pas d’étudiant mais au moins un lycéen 19 046 30 017 44 370 25 324 84%
domicile parental… …et aucun jeune en études 18 244 30 085 42 380 24 136 80%
Ensemble des familles avec jeune(s) adulte(s) 21 350 34 038 50 289 28 939 85%
Lecture : parmi les familles dynastiques dont au moins un jeune adulte habite en logement indépendant et comprenant au moins un étudiant, 25% des
familles ont des revenus d’activité globaux inférieurs à 25 847 euros par an. 25% d’entre elles ont des revenus d’activité globaux supérieurs à
64 574 l’écart entre les 25% de familles ayant les revenus d’activité les plus faibles, et les 25% ayant les revenus les plus élevés est de 38 727 euros
par an (en 2001).
champ : ensemble des familles dynastiques comprenant un jeune adulte de 18-24 ans. Ont été exclues les familles aux revenus initiaux strictement négatifs et
les familles dont le chef de famille est retraité.
Tableau 4
nombre de personnes et nombre d’unités de consommation moyens des familles dynastiques
avec jeunes adultes
Tableau 4 : nombre de personnes et nombre d’unités de consommation moyens des familles dynastiques
avec jeunes adultes
Nombre moyen de Nombre moyen d’unités
personnes de consommation
Famille avec au moins un...et au moins un étudiant dans la famille 4,3 2,8
jeune adulte autonome...pas d’étudiant mais au moins un lycéen 5,6 3,0
résidentiellement… …et aucun jeune en études 4,1 2,6
Famille avec tous les jeunes...et au moins un étudiant dans la famille 5,3 2,4
adultes au domicile...pas d’étudiant mais au moins un lycéen 5,5 2,5
parental… …et aucun jeune en études 4,9 2,3
Ensemble des familles avec jeune(s) adulte(s) 5,0 2,5
Lecture : les familles dynastiques dont au moins un jeune adulte habite en logement indépendant et comprenant au moins un étudiant comprennent en
moyenne 4,3 personnes, qui représentent 2,8 unités de consommation.
Champ : ensemble des familles dynastiques comprenant un jeune adulte de 18-24 ans. Ont été exclues les familles aux revenus initiaux strictement
négatifs et les familles dont le chef de famille est retraité.
Source : Insee-DGI, enquête Revenus fiscaux 1997 (actualisée 2001), modèle Ines, calculs Insee.
Insee-DGI, enquête Revenus fiscaux 1997 (actualisée 2001), modèle Ines, calculs Insee.
Le tableau 5 présente les écarts de niveaux de vie
selon le type de famille dynastique, moyennant cette
normalisation des échelles d’équivalence. Les
familles ne comportant pas de jeune adulte en études
et où tous résident encore au domicile parental sont
sur-représentées parmi les bas niveaux de vie
initiaux : bien que les enfants ont achevé leurs études,
leurs revenus et ceux de leur famille sont en moyenne
inférieurs à ceux des familles comportant des jeunes
adultes poursuivant des études supérieures. Ces
fam ille s sont sur-représenté es dans le s deux
p r e m i e r s q u i n t i l e s d e n i v e a u d e v i e, p l u s
particulièrement dans le premier (colonne 7 du
tableau 5) : le fait que ces jeunes continuent de
résider avec leurs parents traduit probablement une
insuffisance de ressources propres pour pouvoir
décohabiter. Les familles où tous les jeunes ont
achevé leurs études, mais où au moins l’un d’entre
eux habite en logement indépendant, se caractérisent
quant à elles par des revenus plus concentrés dans le
milieu de la distribution que les autres familles. Elles
sont par contre sous-représentées dans les quintiles
extrêmes de la distribution des niveaux de vie
(colonne 4 du tableau 5).
Les familles dynastiques comportant des jeunes
adultes en études, hors enseignement supérieur, ont
également une répartition de leurs niveaux de vie
initiaux moins favorable que la moyenne. Elles sont
particulièrement concentrées dans les deux premiers
quintiles et peu nombreuses dans le dernier quintile
de la distribution. Enfin, les plus favorisées en
termes de niveaux de vie initiaux sont les familles
comportant des jeunes étudiants (de l’enseignement
supérieur) : ceci se vérifie particulièrement pour les
familles où tous les jeunes adultes résident au
domicile parental ; en cas de décohabitation, le
niveau de vie initial de ces familles avec étudiant(s)
apparaît légèrement plus faible du fait des charges
supplémentaires liées à la décohabitation.
Tableau 5
répartition des familles dynastiques avec jeunes adultes selon les types et les quintiles de niveau de vie
Tableau 5 : répartition des familles dynastiques avec jeunes adultes selon les types et les quintiles de niveau de vie
Familles avec au moins un jeune adulte autonome Familles avec tous les jeune(s) adulte(s) au domicile
Quintiles de résidentiellement… parental… Ensemble desec
niveau de familles avjeunes(s)...et au moins...pas d’étudiant mais …et aucun...et au moins...pas d’étudiant mais …et aucun
vie initial
adulte(s)un étudiantdans la famille au moins un lycéendans la famille jeune enétudes un étudiantdans la famille au moins un lycéendans la famille jeune enétudes
1 15,7 26,8 15,1 15,4 25,1 24,3 20
2 17,9 23,7 22,6 14,5 22,6 21,4 20
3 19,9 20,1 25,1 17,7 19,3 20,2 20
4 20,8 16,1 22,3 21,7 17,7 19,5 20
5 25,7 13,3 15,0 30,7 15,3 14,6 20
Ensemble 100 100 100 100 100 100 100
Lecture : le niveau de vie initial correspond aux revenus d’activité et de remplacement divisés par le nombre d’unités de consommation, en prenant
en compte l’ensemble des revenus d’activité des parents ou des jeunes. Les familles dynastiques ont été triées selon leur niveau de vie initial. Le
premier quintile regroupe les 20% de celles qui ont les niveaux de vie les plus faibles. 15% des familles dynastiques dont au moins un jeune adulte
habite en logement indépendant et comprenant au moins un étudiant appartiennent au premier quintile de niveau de vie initial.
Champ : ensemble des familles dynastiques comprenant un jeune adulte de 18 à 24 ans. Ont été exclues les familles aux revenus initiaux strictement
négatifs et les familles dont le chef de famille est retraité.
Source : Insee-DGI, enquête Revenus fiscaux 1997 (actualisée 2001), modèle Ines, calculs Insee.
Insee-DGI, enquête Revenus fiscaux 1997 (actualisée 2001), modèle Ines, calculs Insee.
Surcroît de revenu disponible par jeune adulte selon
la configuration et la situation familiale
Les transferts supplémentaires liés aux jeunes
adultes dépendent, en fréquence et en niveau, du type
de famille considéré. En termes de fréquence, c’est
d’abord le statut d’activité qui semble le plus
discriminant : les familles où un des jeunes adultes
est étudiant bénéficient plus souvent d’un surcroît de
revenu disponible lié à ce jeune adulte. Ainsi, 95%
des familles dont l’un des jeunes adultes est étudiant
accroissent globalement leur revenu du fait de son
(leur) existence. Le fait d’avoir un des jeunes adultes
en logement autonom e est le second fac teur
d’hétérogénéité. Parmi les familles où tous les jeunes
résident avec leurs parents, nombreuses sont celles
qui ne bénéficient pas de transferts liés aux jeunes
adultes : c’est le cas pour près de la moitié des
familles qui ne comptent que des jeunes adultes en
études secondaires ou des jeunes ayant arrêté leurs
études (48 % dans les deux cas). Lorsque les familles
comptent au moins un jeune adulte décohabitant, la
perception de transferts liés aux jeunes adultes est
plus fréquente : 84 % lorsque au moins un jeune
poursuit des études secondaires (mais aucun en
études supérieures) et 74 % lorsque les jeunes sont
tous actifs.
Au-delà de la fréquence de perception, les aides
monétaires ont des niveaux différents selon les
situations familiales. Les familles comportant un
étudiant ont plus souvent un surcroît de revenu lié
au(x) jeunes(s) adulte(s) et, parmi les familles
aidées, les montants moyens générés par jeune adulte
sont également plus élevés. Ainsi, au sein de ces
familles, un jeune adulte “ rapporte ” en moyenne un
surcroît de revenu de 2800 euros par an si l’un des
jeunes adultes décohabite et de 1950 euros si tous les
jeunes adultes résident avec leurs parents. Les
bourses d’études supérieures constituent un apport
financier substantiel pour les familles modestes. Les
familles plus aisées bénéficient quant à elles
d’économies d’impôt plus importantes que les autres
familles : le fait de pouvoir compter leur enfant à
charge jusqu’à 25 ans s’il est étudiant leur permet de
réduire sensiblement le montant d’impôt à acquitter.
Les parents de jeunes adultes ayant fini leurs études
peuvent certes leur verser des pensions alimentaires
et réduire ainsi leur montant d’impôt à acquitter,
mais, lorsque ces jeunes adultes travaillent, ce
versement n’est pas forcément optimal car il
au gme nte ra l’im pôt que les e nfa nts dev ront
acquitter.
S’il n’y a pas d’enfant en études supérieures, les
familles dynastiques bénéficient moins souvent de
transferts liés aux jeunes adultes. Lorsqu’elles
bénéficient d’une aide, le surcroît de revenu
disponible varie en moyenne de 1000 à 1600 euros
par an selon que l’un des jeunes adultes a son
logement ou non. Les familles où tous les enfants
sont au domicile parental et où tous ont fini leurs
études sont en principe les moins aidées : elles ne
peuvent bénéficier ni des bourses ni d’allocation de
logement versées aux jeunes en logement autonome.
Cependant, si ces familles sont certes moins souvent
aidées, lorsqu’elles le sont, le montant moyen de
surcroît de revenu apporté par un jeune adulte est
substantiel (1500 euros par an). Le supplément de
prestations généré par un jeune adulte est plus
important que pour les autres familles, notamment
parce que ces familles, plutôt modestes, bénéficient
plus souvent de prestations sous condition de
ressources.
Le contraste entre les situations familiales est encore
plus marqué si l’on raisonne à niveau de vie initial fixé
(graphique 6). Les transferts médians par jeune
adulte sont inférieurs à 1 000 euros par jeune pour les
familles ne comportant pas d’étudiant (sauf pour le
dernier quintile des familles comportant au moins un
jeune en études secondaires et où un des jeunes est en
logement autonome, mais cette catégorie est peu
significative compte tenu des effectifs). Par contre,
dans le cas des familles comptant au moins un jeune
en études supérieures (et toujours dans le cas où un
jeune décohabite), le transfert médian dépasse 2 000
euros par jeune adulte, quel que soit le niveau de vie
initial de la famille dynastique.
Enfin, pour la plupart des types de familles étudiés,
on retrouve un profil légèrement en “ U” du
supplément de revenu disponible généré par jeune
adulte, e n fonction du niv eau de vie initia l
(graphique 6). Ce profil est relativement usuel dès
lors que l’on appréhende la redistribution en
direction des ménages avec enfants à partir de
l’ensemble des composantes du système socio-fiscal
(Legendre et alii, 2001 ; Albouy et alii, 2003). La
redistribution vers les familles transite plutôt par les
prestations pour les ménages les plus modestes, puis
plutôt par les mécanismes fiscaux pour les plus aisés.
À la croisée de ces deux instruments, les ménages
aux niveaux de vie médians bénéficient d’un plus
faible surcroît de revenu disponible lié à l’enfant. Le
résultat était moins attendu ici concernant les
familles dynastiques, avec notamment l’intégration
de l’allocation de logement perçue par les jeunes :
attribuée sous condition de ressources du seul jeune
adulte, elle devrait être relativement déconnectée du
niveau de vie global de la famille dynastique et aurait
pu changer le profil global de la redistribution en
direction des familles.
Quelle implication du raisonnement en
famille dynastique sur l’analyse ?
Nous avons déjà souligné qu’il nous paraissait
difficile d’étudier la redistribution liée aux jeunes
adultes en prenant comme unité d’analyse le
ménage. La difficulté réside dans l’appréciation des
niveaux de vie du jeune et de sa famille quand on
raisonne au niveau du ménage. Mais elle réside aussi
dans le fait que la redistribution liée aux jeunes
adultes passe à la fois par une redistribution en
direction de leurs familles et par une redistribution
en direction des jeunes adultes eux-mêmes. Il nous
semble que ces deux formes de redistribution
doivent être étudiées conjointement pour pouvoir
analyser leur complémentarité.
Dans cette dernière partie, nous cherchons à
comparer les résultats des deux approches, celle en
ménages usuels et celle en familles dynastiques.
Pour ce faire, nous retenons l’ensemble des familles
dynastiques avec jeunes adultes. Pour 71 % d’entre
elles, la notion de famille coïncide avec celle de
ménage usuel. Pour les 29 % d’autres familles, nous
les scindons en ménages, obtenant (en général) deux
ménages, celui des jeunes adultes ayant décohabité
(il peut y en avoir plusieurs) et celui des parents
d’origine (et de leurs enfants cohabitant). Pour ces
ménages issus du fractionnement des familles
dynastiques, dans les comparaisons effectuées dans
la suite, nous retenons d’une part ces ménages de
jeunes adultes et d’autre part les ménages de parents,
mais seulement dans le cas où ceux-ci comportent
encore en leur sein un jeune adulte cohabitant :
l’objectif est en effet de comparer notre approche
avec une méthode usuelle fondée sur les ménages, où
on ne sait pas “ reconnaître ” les parents n’ayant que
des jeunes adultes ayant décohabité.
Graphique 6
distribution du surcroît de revenu disponible apporté par un jeune adulte en fonction du niveau
de vie avant redistribution de la famille dynastique et selon la situation familiale (en euros par an)
Insee-DGI, enquête Revenus fiscaux 1997 (actualisée 2001), modèle Ines, calcul Insee.
Il nous reste à évaluer en quoi l’analyse de la
redistribution envers les jeunes adultes et leurs
familles, menée au niveau de la famille dynastique,
modifie les résultats obtenus avec l’approche plus
classique, menée au niveau des ménages. Tout
d’abord, la proportion d’unités – ménages ou
familles dynastiques – percevant un supplément de
transferts lié à l’existence de jeunes adultes varie
légèrement selon l’optique adoptée : la proportion de
ménages comportant un jeune adulte et bénéficiant
d’un surcroît de revenu disponible généré par ce
jeune adulte (66 %) apparaît un peu plus faible que
lorsqu’on raisonne sur des familles dynastiques
(70%). En effet, en famille dynastique, dès que la
famille d’origine ou le jeune adulte décohabitant
sont aidés, le solde au niveau de la famille dynastique
est positif. En ménage, ce transfert positif au niveau
de la famille dynastique peut n’être pris en compte
que pour l’une des parties, le ménage du jeune ou
celui de ses parents, ce qui réduit mécaniquement la
proportion de bénéficiaires. Par ailleurs, en niveau,
le supplément de transferts liés au jeune apparaît plus
faible quand on le rapporte aux ménages, plus
nombreux que les familles dynastiques (la même
masse de transferts est ainsi fragmentée sur un
nombre plus important d’unités).
Au-delà de ces indicateurs moyens, il est intéressant
de comparer la distribution des surcroîts de revenu
disponible liés à un jeune adulte, par ménage ou par
famille dynastique. Pour ce faire, nous avons classé
les ménages par décile de niveau de vie et retenu les
mêmes bornes de niveau de vie pour répartir les
familles dynastiques
[13]. Le graphique 7 représente la
distribution du supplément de revenu disponible liés
aux jeunes adultes selon les deux concepts (ménages
e t f a m ille s d yn as tiqu e s), en dis ting ua nt l e s
prestations d’une part et les allégements d’impôts
d’a utr e pa r t. S i l’o n c on sidè r e g lob al em e n t
l’ensemble des transferts liés aux jeunes adultes,
q u ’il s ’a g is s e d’é c o n o m i e s d’im p ôt s ou d e
prestations supplémentaires, le surcroît de revenu
disponible procuré par un jeune adulte a un profil en
“ U ” assez accusé lorsque l’on raisonne en termes de
ménages classiques : en termes absolus, les ménages
modestes ou aisés bénéficient d’un supplément de
revenu disponible procuré par le jeune adulte
beaucoup plus élevé que les ménages de niveau de
vie médian. En revanche, en raisonnant en termes de
f a m i ll e s d yn a st iq u e s, l e su r c r oî t d e r e ve nu
disponible procuré par les jeunes adultes est plus
homogène selon l’échelle des niveaux de vie des
familles, il croît toutefois pour les déciles de niveau
de vie les plus élevés.
Graphique 7
surcroîts de revenu disponible liés à un
jeune adulte dans une approche ménage et dans une
approche famille dynastique
Insee-DGI, enquête Revenus fiscaux 1997 (actualisée 2001),
modèle Ines, calculs Insee.
Plus précisément, c’est le profil redistributif
[14] de
l’aide transitant par les prestations qui est le plus
a f f e c t é p a r l a m é t h o d o l o g i e r e t e n u e. L a
redistribution
via les prestations envers les jeunes
adultes et leurs familles, vue par le prisme du
ménage, apparaît plus redistributive que vue par le
prisme des familles dynastiques. Plusieurs effets
jouent de manière opposée. Tout d’abord, en termes
de ménages, les jeunes étudiants, sans revenu
d’activité ou presque, appartiennent en effet aux
déciles les plus modestes de la population. Dès lors,
leur verser une bourse d’étude ou une allocation de
logement apparaît fortement redistributif. En
revanche, sous l’angle des familles dynastiques, ces
jeunes, souvent de milieux aisés, sont caractérisés
par le niveau de vie global de la famille dynastique et
sont plus uniformément répartis dans la distribution
des niveaux de vie initiaux. Leur verser des bourses
ou des allocations de logement n’apparaît plus aussi
redistributif, puisque cela concerne alors les familles
dynastiques moyennes ou aisées. D’un autre côté,
sous l’angle des familles dynastiques, les parents des
jeunes décohabitant, notamment étudiants, ont des
niveaux de vie plus faibles que sous l’angle ménage,
où la charge financière du jeune adulte décohabitant
n’est pas prise en compte. Dès lors, pour eux, le
surcroît de prestations procuré par ce jeune adulte
se r a p lus r e distr ibu tif en ter m e s de f am i lle
dynastique qu’en termes de ménages.
Pour la même raison, le fait de raisonner en familles
dynastiques plutôt qu’en ménages fait apparaître les
allégements d’impôts générés par les jeunes adultes
légèrement plus redistributifs qu’en termes de
m é n a g e s, c e r t a i n e s f a m i l l e s d y n a s t i q u e s
apparaissant en effet plus pauvres que les ménages
d’origine après le rattachement des jeunes adultes
décohabitant.
Dans un second temps, au lieu d’étudier globalement
l’ensemble de la population des familles dynastiques
comprenant des jeunes adultes, on peut se concentrer
sur les 29 % de celles qui diffèrent effectivement des
ménages (celles ayant au moins un jeune adulte
décohabitant). Sur ce champ, l’écart entre une
analyse en ménage et une analyse en famille
dynastique est logiquement beaucoup plus important
(graphique 8).
Graphique 8
surcroîts de revenu disponible liés à un
jeune adulte dans une approche ménage et dans une
approche famille dynastique pour les familles
dynastiques où au moins l’un des jeunes adultes
habite en logement autonome
Insee-DGI, enquête Revenus fiscaux 1997 (actualisée 2001),
modèle Ines, calculs Insee.
Le profil en “U ” du supplément de revenu disponible
lié aux jeunes adultes est très accentué lorsque l’on
raisonne en termes de ménages. Les premiers déciles
de ménages, essentiellement composés de ménages
de jeunes adultes décohabitant, perçoivent très
souvent l’allocation de logement. En revanche, les
m é n a g e s d e s de r n ie r s d é c i l e s so n t p r e s q u e
ex cl usive m e nt d es m é na ge s d e pa r en ts ( qui
paraissent d’autant plus aisés qu’on ne compte pas la
c h a r g e f i n a n c i è r e q u e r e p r é s e n t e l e j e u n e
décohabitant). Les allégements d’impôt semblent
donc très polarisés sur ces ménages (de parents) les
plus aisés (9ème et surtout 10ème décile).
S o u s l’a n gl e d e s f a m i l le s d y n a s t iq u e s, c e s
allégements bénéficient toujours aux familles aux
niveaux de vie aisés (puisqu’il faut par définition être
imposable) mais ces familles sont moins concentrées
dans le dernier décile de niveau de vie. En effet, les
allégements d’impôts sont plus importants pour les
parents d’étudiants (ceux-ci peuvent être plus
longtemps à charge fiscale de leurs parents ou
percevoir plus souvent des pensions alimentaires).
Or, c’est précisément pour ces parents d’étudiants
que la correction du niveau de vie en famille
dynastique est la plus forte.
Cette différence entre les profils redistributifs vient
pour une grande partie de l’allocation de logement
perçue par les jeunes décohabitant (graphique 9).
Ceux-ci, souvent étudiants, ont des niveaux de vie
“apparents
[15] ”, sous l’angle ménage, très faibles. Le
surcroît de revenu qu’apporte l’allocation de
logement dont ils peuvent bénéficier apparaît donc
très redistributif. En revanche, sous l’angle des
familles dynastiques, ils sont plus uniformément
répartis selon l’échelle des niveaux de vie initiaux.
Le surcroît de r evenu disponible qu’a pporte
l’allocation de logement est donc beaucoup plus
homogène dans l’échelle des niveaux de vie.
Graphique 9
allocation de logement versée par jeune
adulte dans une approche ménage et dans une
approche famille dynastique
Insee-DGI, enquête Revenus fiscaux 1997 (actualisée 2001),
modèle Ines, calculs Insee.
On peut, en dernier lieu, comparer le supplément de
revenu disponible lié aux jeunes adultes, dans le cas
où tous cohabitent avec leurs parents et dans le cas où
certains sont autonomes résidentiellement et, dans
ce dernier cas, on peut utiliser, soit l’approche
ménages, soit l’approche familles dynastiques. Le
graphique 10 retrace la distribution de ces transferts
par unité, en fonction du niveau de vie initial. Pour
les ménages où tous les jeunes résident avec leurs
parents, la distribution du supplément de revenu lié
aux jeunes adultes est assez étale (il s’agit de la
courbe intermédiaire sur le graphique). Par contre,
comme on l’a déjà vu précédemment, le profil de ce
supplément de revenu présente une forme en “ U ”
pour les familles dont un enfant décohabite, avec une
forme plus accusée si l’on raisonne en termes de
ménages qu’en termes de familles dynastiques. Le
fait notable ici réside dans la comparaison des
niveaux relatifs de ces courbes : ainsi, en termes de
ménages, les familles avec enfants décohabitant
apparaissent moins aidées que celles où tous les
enfants résident au domicile de leurs parents ; on
conclut de façon inverse si l’on raisonne en termes de
familles dynastiques. Le choix de l’angle d’analyse
change donc sensiblement les conclusions quant aux
e ffe ts r e dist rib utif s du sys tèm e so c io- fis ca l
concernant les jeunes adultes et leurs familles.
Graphique 10
surcroîts de revenu disponible liés à
un jeune adulte dans une approche ménage et dans
une approche famille dynastique selon que tous les
jeunes adultes habitent avec leurs parents ou non
Insee-DGI, enquête Revenus fiscaux 1997 (actualisée 2001),
modèle Ines, calculs Insee.
La logique de cet article était de proposer une
méthode permettant de fonder une analyse des
transferts pour les familles comportant de jeunes
adultes, à un moment complexe de leur histoire, celui
où les jeunes adultes prennent progressivement leur
autonomie. La complexité et la diversité de ces
parcours d’autonomie pour les différents types de
familles nous a conduit à proposer une méthode
visant à pallier les défauts habituellement soulignés
quant à l’impossibilité d’analyser la situation des
jeunes adultes dont on ne sait pas évaluer le niveau de
vie réel et à la difficulté d’apprécier pour les familles
les charges occasionnées par l’existence de jeunes
adultes.
La méthode proposée consiste à créer un cercle
familial élargi, plus large que le ménage usuel, en
mobilisant l’ensemble des éléments disponibles
dans les enquêtes Revenus fiscaux.
Cette approche peut être considérée comme trop
norm ative : tous les membres de la “ famille
dynastique ” sont caractérisés par le même niveau de
vie, celui qu’aurait chaque membre de la famille s’il
y avait mutualisation des ressources de chacun. Ne
sachant pas situer le jeune dans son processus
d’autonomie financière vis-à-vis de ses parents, on le
caractérise ici dans la situation où ses parents
subviendraient à ses besoins dans la mesure de ses
besoins et de leurs moyens. Si cette méthode
présente l’avantage de ne plus ignorer la charge
financière que les jeunes représentent pour leurs
parents, elle est insuffisante pour caractériser les
niveaux de vie réels respectifs des différents
ménages (celui des parents et celui du jeune). Dans la
réalité, il peut y avoir de fortes disparités entre le
niveau de vie des jeunes adultes et celui de leurs
parents (mais ceci est aussi probablement aussi vrai
pour les jeunes adultes habitant encore chez leurs
parents).
Par ailleurs, au-delà de la réalité de l’aide financière
que les parents apportent à leurs enfants devenus
adultes, l’approche retenue considère implicitement
que toutes les formes de transferts sont équivalentes
du point de vue de leur usage, celles qui sont versées
aux parents ou aux jeunes directement. Or il est
probable que les différents types de transferts ne
soient pas mobilisés de la même manière. La
modélisation proposée ici ne permet pas de prendre
en compte ce type de considération.
Enfin, l’approche retenue peut également être
critiquée d’un point de vue technique, compte tenu
de l’insuffisance des données dont on dispose dans
le s e n qu ê te s R e v e nu s f i sc a u x po ur r é a l is e r
“exactement” les appariements entre les jeunes
adultes ayant décohabité et leurs familles d’origine.
Disposer de variables plus directes permettant de
cerner les uns et les autres aurait certainement permis
de réduire la marge d’incertitude autour de cette
construction.
N é a n m o in s, m a l gr é c e tt e do u bl e d iff i c u lt é,
l’approche proposée a le mérite de questionner les
méthodes usuelles qui considèrent le ménage comme
une unité naturelle pour l’étude des budgets, ceci
dans un contexte où le lien peut apparaître de plus en
plus distendu entre le fait d’occuper un même
logement et le budget auquel on émarge. On a des
di ffi cu lté s d an s le c as de s je u ne s e n ph a se
d’autonomisation. On pourrait questionner la
pertinence de l’approche “ménages” dans d’autres
situations comme celle des jeunes enfants qui
peuvent alternativement habiter avec l’un ou l’autre
de leurs parents ou celle de conjoints qui gèrent
séparément leur budget.
Encadré 1 : le modèle de microsimulation Ines
L e m o d è l e d e m i c r o s i m u l a t i o n I n e s, d é v e l o p p é
conjo intem ent par l a Drees et l’In see, ap pli que la
législation socio-fiscale à un échantillon de ménages
représentatif de la population française. Cet échantillon est
issu de l’enquête Revenus Fiscaux qui combine les
informations socio-démographiques de l’enquête sur
l’Emploi au détail des revenus déclarés à l’administration
fiscale pour le calcul de l’impôt sur le revenu. Cette
enquête présente l’avantage de fournir une information
d é t a i l l é e s u r l’e n v i r o n n e m e n t f a m i l i a l e t s o c i o -
économique des individus. De plus, la disponibilité de
déclarations fiscales donne une mesure robuste du revenu
annuel des individus.
Les données utilisées pour cet article sont celles de
l’enquête Revenus Fiscaux de 1997. L’échantillon est
consti tué d’envi ron 1 00 000 i ndi vidu s hab itan t en
logement ordinaire. Les revenus primaires et la structure
de la population ont fait l’objet d’une actualisation pour
être représentatifs de ceux de l’année 2001 : la structure de