2003
Économie et Prévision
Accompagner une réforme fiscale : avec une Prime pour l’emploi ou avec une hausse des Allocations familiales ?
Frédéric Berger
[(*)]
Bruno Jeandidier
[(**)]
La France et le Luxembourg ont récemment mis en œuvre une réforme fiscale assez similaire. Ces deux réformes se
distinguent cependant par le type de mesure d’accompagnement choisi : la Prime pour l’emploi en France, une majoration
exceptionnelle des Allocations familiales au Luxembourg. Les deux réformes ont fait l’objet d’évaluations ex ante en
recourant à des simulations dont les résultats sont retracés dans cet article. L’évaluation est menée, d’une part, du point de
vue de la redistribution verticale et, d’autre part, du point de vue de la redistribution horizontale selon la structure
familiale. L’accent est plus particulièrement mis sur l’analyse comparative de l’impact des deux mesures
d’accompagnement, notamment par une simulation à budget donné. Mots-clés :
réformes fiscales, impacts redistributifs, simulations, France/Luxembourg.
France and Luxembourg have recently introduced relatively similar tax reforms. In France, the reform has been accompanied by
the prime pour l’emploi, an earned income tax credit, and in Luxembourg by a one-off increase in family allowances. The two
reforms have been evaluated ex ante using models. The evaluation has been carried out from a dual standpoint of vertical
redistribution and horizontal redistribution according to the family structure. A comparative analysis of the impact of the two
support measures is made by means of a simulation with a given budget. Keywords :
tax reform, redistributive effects, models, France, Luxembourg .
Les auteurs remercient, d’une part, l’équipe Myriade de la Cnaf (Caisse nationale des allocations familiales) pour les simulations
complémentaires qu’elle a accepté de réaliser, sur le cas de la France, pour cet article et d’autre part, J.-M. Hourriez (Insee) qui a
rapporté sur une version préliminaire de cet article lors de la Journée “ Micro-simulation ” organisée par la Cnaf en octobre 2002 et,
enfin, les deux rapporteurs anonymes d’Économie et Prévision.
La France et le Luxembourg ont récemment mis en œuvre une réforme fiscale assez similaire. Ces deux
réformes se distinguent cependant par le type de mesure d’accompagnement choisi : la Prime pour
l’emploi en France, une majoration exceptionnelle des Allocations familiales au Luxembourg. Les
deux réformes ont fait l’objet d’évaluations ex ante en recourant à des simulations dont les résultats
sont retracés dans cet article. L’évaluation est menée, d’une part, du point de vue de la redistribution
verticale et, d’autre part, du point de vue de la redistribution horizontale selon la structure familiale.
L’accent est plus particulièrement mis sur l’analyse comparative de l’impact des deux mesures
d’accompagnement, notamment par une simulation à budget donné.
En 2001-2002, l’impôt sur le revenu des personnes
physiques a été réformé au Luxembourg et en
France. À bien des égards, ces deux réformes sont
d’inspiration assez proche. Au Luxembourg comme
en France, les taux marginaux ont été baissés. Au
Luxembourg, le seuil d’imposition a été relevé et en
France les plafonds de l’avantage lié au quotient
familial des parents non isolés et de la décote ont été
rehaussés.
Dans les deux pays, ces réformes fiscales, dont
l’objectif était de réduire le taux de prélèvements
obligatoires
[1], ont été complétées par des mesures
connexes qui avaient pour finalité, selon un principe
d’équité, de faire bénéficier indirectement de ce
“ cadeau fiscal ” les citoyens non imposables. La
France a choisi la Prime pour l’emploi, associant
ainsi à l’objectif d’équité une timide volonté
d’incitation au travail
[2]. Cette prime ne profite
cependant pas à tous les foyers non imposables,
puisqu’une des conditions est qu’au moins une
personne du foyer travaille suffisamment (ce qui
exclut notamment les ménages sans emploi ou en
emploi très réduit) ; elle est par ailleurs versée à
c e r t a i n s f o y e r s f a i b l e m e n t i m p o s é s. A u
Luxembourg, c’est une toute autre voie qui a été
suivie. La réforme fiscale s’est accompagnée d’une
revalorisation importante et exceptionnelle des
Allocations familiales
[3] (pour une présentation plus
détaillée de la réforme luxembourgeoise, cf. annexe
1). Là encore, nonobstant l’objectif général d’équité,
cette mesure d’accompagnement ne profitera pas à
tous les foyers non imposables, puisque les ménages
sans enfant à charge n’en bénéficieront pas et, encore
plus systématiquement que dans le cas de la Prime
pour l’emploi, ces allocations seront octroyées à
nombre de foyers imposables. Si ces deux mesures
complémentaires sont donc assez différentes, il n’en
demeure pas moins qu’elles ont en commun une prise
en compte explicite de la structure familiale puisque
la Prime pour l’emploi comporte une majoration
pour enfant(s) et/ou pour mono-activité (au titre de
l’exercice 2001, selon Aubert
et alii (2002, p. 217),
cette majoration aurait coûté 0,8 milliard d’euros sur
un total de 2,5 milliards).
Ces deux réformes fiscales ont donné lieu à des
évaluations prospectives. En France, l’équipe
Myriade de la Cnaf (Caisse nationale des allocations
familiales), notamment
[4], a réalisé en 2001, à l’aide
de son tout nouveau modèle de micro-simulation,
une première évaluation de la Prime pour l’emploi et
de la réforme fiscale (Legendre
et alii, 2001a). Au
L u x e m b o u r g, l e D é p a r t e m e n t “ P o p u l a t i o n -
Ménages” du Ceps/Instead a été mobilisé par le
Ministère de la Famille luxembourgeois pour mener
une évaluation
ex ante de la réforme et c’est à cette
occasion qu’un premier embryon de modèle de
micro-simulation a été développé dans ce pays
(Berger
et alii, 2001). Ces deux évaluations ont bien
évidemment été menées indépendamment. Pourtant
leurs objectifs analytiques (l’impact redistributif de
la réforme) et leurs champs d’application (une
réforme fiscale pour partie similaire) sont très
proches. D’où l’idée de tenter un rapprochement de
leurs principaux résultats de manière à comparer ces
d e u x m i c r o - s i m u l a t i o n s d e r é f o r m e s
fiscalo-sociales.
L’exercice auquel nous nous sommes livrés a donc
consisté principalement, à des fins de comparaison, à
tenter de répliquer sur le Luxembourg l’analyse que
Legendre et alii (2001a) avaient menée pour la
France. Pour des raisons techniques, que nous
soulignerons dans une première partie, cette
r é pl ic a ti on n ’a p u ê t r e m e n é e to ta le m e nt à
l’identique. Cependant, nous pensons que les
différences méthodologiques assez mineures ne
gênent pas fondamentalement la comparaison.
Aussi, dans une deuxième partie nous présenterons
quelque s a spe cts relatifs aux deux systèm es
fiscalo-sociaux pris globalement. Puis, la troisième
partie sera consacrée plus particulièrement à la
com pa raison des effets spécifiques des deux
réformes. Enfin, la dernière partie sera consacrée à
l’impact des deux réformes du point de vue de leur
caractère de redistribution horizontale.
Les principales similitudes et
différences méthodologiques des deux
exercices de simulation
À la différence de la simulation française effectuée
a v e c l e m o d è l e M y r i a d e, n o t r e s i m u l a t i o n
luxembourgeoise
[5] s’appuie sur un échantillon
pondéré et non un échantillon calibré par clonage
[6].
Dans le cas luxembourgeois, les données d’enquête
n’ont été “ vieillies ” que du point de vue des revenus
(et non du point de vue des éventuelles modifications
de structures d’âge et d’emploi entre 1999 – date de
l’enquête – et 2002, année de référence pour la
simulation). Quant aux simulations des transferts,
e f f e c t u é e s s u r b a r è m e s, e l l e s r e l è v e n t
approximativement des mêmes logiques pour les
deux pays : dans les deux cas, les auteurs tentent de
reproduire au mieux la réglementation à partir de la
source de données disponible, sachant qu’un tel
exercice nécessite naturellement des simplifications
faute d’information suffisamment précise dans la
source.
Du point de vue du champ de la redistribution pris en
compte dans l’analyse, nous avons essayé de suivre
au plus près les choix initiaux de Legendre
et alii
(2001a). Pour les cotisations sociales, sont donc
exclues celles relevant plutôt d’une logique de
revenus différés (retraite et chômage), ces deux types
de transferts étant parallèlement exclus de la
redistribution
[7]. Pour les cotisations sociales
incluses dans le champ de la redistribution, la part
“ salarié ” et la part “ employeur ” sont simulées. En
ce qui concerne les impôts directs, seul l’impôt sur le
revenu des personnes physiques est simulé pour le
Luxembourg : il n’existe en effet pas de Cotisation
Sociale Généralisée (CSG) au Luxembourg et la taxe
d’habitation est relativement négligeable dans le
système fiscal luxembourgeois (d’où sa non prise en
compte, à la différence de ce qui est fait dans
Myriade). Faute de données de consommation, la
TVA est exclue de l’analyse dans les deux pays.
Enfin, du point de vue des transferts positifs, le
champ est assez identique pour les deux pays
pu isqu ’il c ou vr e l’e nse m ble de s pr e sta tions
familiales et les minima sociaux (notons qu’il
n ’e x i s t e p a s d e p r e s t a t i o n s l o g e m e n t a u
Luxembourg)
[8]. Enfin, comme dans Myriade,
c erta ines con tr epa rties individualisa bles des
prélèvements obligatoires luxembourgeois ne sont
pas intégrées (remboursements de l’assurance santé,
dépenses d’éducation…).
On s’aperçoit au tableau 1 que, du point de vue des
prélèvements, la structure globale des flux de la
redistribution simulés est assez différente d’un pays
à l’autre, le poids des cotisations sociales étant deux
fois plus élevé en France et celui de l’impôt (CSG
incluse) étant un peu supérieur à celui simulé au
Luxembourg. En revanche, côté transferts, les deux
pays se ressemblent si l’on cumule la part des
prestations fam iliales à celle des prestations
logement. Mais on peut noter dès à présent que les
deux transferts nouveaux (la Prime pour l’emploi et
l a h a us s e d e s A l lo c a ti o ns f a m il ia le s ) s on t,
relativement au revenu brut, dans un rapport de un à
deux entre les deux pays
[9].
Les résultats qui vont suivre sont présentés, sauf
indication contraire, avec l’individu comme unité
d’analyse. Chaque individu est en particulier
caractérisé par un niveau de vie (revenu disponible
par unité de consommation). Pour les deux pays,
c’est l’échelle d’équivalence dite “de l’Insee ” qui est
utilisée pour déterminer le nombre d’unités de
consommation, mais “ l’unité de mutualisation des
ressources et des charges ” sur laquelle est calculé ce
nombre d’unités de consommation est un peu
différente selon le pays
[10]. En France, il s’agit de “ la
famille, définie de manière relativement large”
(Legendre
et alii, 2001a, p. 17), alors qu’au
Luxembourg nous avons dû retenir le ménage. La
différence entre ces deux regroupements d’individus
porte, d’une part, sur les ménages claniques (trois
générations ou plus) qui selon Myriade sont donc
constitués de plusieurs familles (un seul ménage au
Luxembourg), d’autre part, sur les enfants résidant
chez leurs parents, âgés de moins de 26 ans et
autonomes financièrement ou âgés de plus de 25 ans
(ils forment une famille séparée dans Myriade alors
qu’au Luxembourg ils sont membres du ménage de
leurs parents) et, enfin, sur les enfants dépendant
fiscalement de leurs parents bien que ne cohabitant
p a s a v e c e u x ( s e l o n M y r i a d e i l s s o n t
systématiquement réintégrés dans la famille de leurs
parents ; au Luxembourg ils sont ignorés, sauf s’ils
apparaissent dans l’échantillon en tant que ménage
autonome et, dans ce cas, il est très peu probable que
le ménage de leurs parents fasse également partie de
l’échantillon)
[11].
Tableau 1
le champ de la redistribution couvert dans le cadre de cet exercice de simulation : structure relative des
masses budgétaires simulées et extrapolées au niveau national
Tableau 1 : le champ de la redistribution couvert dans le cadre de cet exercice de simulation : structure relative des
masses budgétaires simulées et extrapolées au niveau national
Luxembourg France
Types de prélèvements / transferts En % du revenu brut(1) En % du revenu brut(1)
Cotisations sociales 7,40% 14,60%
Impôt sur le revenu des personnes physiques 9,40% 5,60%
Taxe d’habitation n.d. 1,20%
Contribution sociale généralisée - 6,40%
Total des prélèvements 16,80% 27,80%
Hausse des allocations familiales 0,40% -
Prime pour l’emploi - 0,20%
Prestations familiales 4,30% 2,40%
Minima sociaux(2) 0,90% 1,10%
Prestations logement - 1,50%
Total des transferts 5,70% 5,10%
Source pour la France : Modèle Myriade (Cnaf), revenus de 2000, législation de 2001.
Source pour le Luxembourg : PSELL2 (Ceps/Instead), revenus de 2002, législation de 2002.
(1) : hors cotisations sociales retraite et chômage.
(2) : + rente d’accident permanente au Luxembourg.
n.d. : donnée non disponible.
Source pour la France : Modèle Myriade (Cnaf), revenus de 2000, législation de 2001.
Source pour le Luxembourg : PSELL2 (Ceps/Instead), revenus de 2002, législation de 2002.
Des caractéristiques nationales qui
peuvent justifier le choix d’une Prime
pour l’emploi ou d’une hausse des
Allocations familiales
Au Luxembourg, le revenu brut par unité de
consommation moyen, calculé au niveau individuel,
est environ une fois et demi plus élevé que celui
observé en France (30 600 euros versus 19 870 euros,
en valeurs 2002 après correctif par les parités de
pouvoir d’achat). Après prise en compte de la
redistribution, ce rapport croît même légèrement
(26 310 euros versus 15 270 euros). Mais si les
inégalités avant redistribution sont supérieures en
France (indices de Gini, respectivement pour le
Luxembourg et la France : 35,6% et 37,4%), du fait
d’un système fiscalo-social plus redistributif en
France, les inégalités de niveau de vie individuel
après prise en compte de la redistribution sont plus
faibles en France (indices de Gini : 27,3% versus
26,4%).
Pour affiner ce bilan redistributif global, nous
proposons tout d’abord le calcul, “pour chaque
i n d i v i d u d u m o d è l e, d’u n t a u x m o y e n d e
prélèvements nets qui rapporte ses charges nettes
(prélèvements moins transferts) à son revenu
disponible”
[12].
Pour apprécier la redistribution verticale du circuit
fiscalo-social, nous comparons dans le tableau 2 cet
indicateur selon le niveau de vie des individus (qui
sont classés par quintiles de niveau de vie) en France
et au Luxembourg. Lorsque l’on examine la médiane
d u t a u x d e p r é lè ve m e n ts n e t s, o n r e t r o u v e
naturellement dans les deux pays le caractère
progressif de la redistribution, cette médiane
croissant à m esure que l’on s’é lè ve dans la
dis tri but ion d e s niv ea u x de vi e. Ma is ce tte
progressivité est plus marquée en France, puisque
pour les Français du cinquième quintile de niveau de
vie les prélèvements nets représentent 44% de leurs
revenus disponibles, contre seulement 23% au
Luxembourg, alors qu’en bas de la distribution des
n i v e a u x d e v i e, l e s F r a n ç a i s c o m m e l e s
Luxem bourge ois ont e n mo yenne un reve nu
disponible constitué de pré lè vem e nts ne ts à
c o n c u r r e n c e d’u n p e u m o i n s d’u n d ix i è m e
(respectivement 9% et 8%).
Dans leur analyse, Legendre et alii (2001a) pointent
un autre trait saillant de la redistribution française : le
fait que certains individus de classes moyennes sont
assez lourdement taxés par le système socio-fiscal.
Ce constat s’appuie sur le fait que, pour les quintiles
de niveau de vie 2,3 et 4, le quartile supérieur de taux
de prélèvements nets est plus grand que la médiane
observée pour le quintile de niveau de vie juste
supérieur (cf. tableau 2). Si l’on suit le même
raisonnement pour le Luxembourg, ce serait plutôt
les individus du premier quintile de niveau de vie qui
seraient dans cette situation. En effet, pour ce
q u i n t i l e, l e q u a r t i l e s u p é r i e u r d e t a u x d e
prélèvements nets est égal à 6% alors que dans le
quintile 2 de niveau de vie la médiane du taux de
prélèvements nets est égal à seulement 1% (un
constat similaire, mais moins marqué, peut être fait
pour le quintile 2 de niveau de vie).
Tableau 2
distribution du taux moyen de prélèvements nets par quintiles de niveau de vie
Tableau 2 : distribution du taux moyen de prélèvements nets par quintiles de niveau de vie
Quintiles de niveau de vie Premier quartile Médiane Dernier quartile
Luxembourg France Luxembourg France Luxembourg France
Premier quintile-29,90% -43,00% -8,30% -9,20% 6,10% 11,90%
Deuxième quintile-6,10% -5,60% 0,80% 5,10% 7,50% 29,10%
Troisième quintile-3,70% 4,70% 6,10% 17,80% 10,60% 38,90%
Quatrième quintile 4,90% 15,80% 11,40% 32,00% 17,20% 50,80%
Cinquième quintile 15,80% 25,00% 23,10% 43,80% 30,80% 62,10%
Source pour la France : Modèle Myriade (Cnaf), revenus de 2000, législation de 2001 (Legendre et alii, 2001a, tab. 3, p. 9, version révisée).
Source pour le Luxembourg : PSELL2 (Ceps/Instead), revenus de 2002, législation de 2002.
Guide de lecture : le premier quartile du taux moyen de prélèvements nets des individus qui appartiennent au premier quintile d e niveau de vie au
Luxembourg est égal à -29,9%.
Source pour la France : Modèle Myriade (Cnaf), revenus de 2000, législation de 2001 (Legendre et alii, 2001a, tab. 3, p. 9, version révisée).
Source pour le Luxembourg : PSELL2 (Ceps/Instead), revenus de 2002, législation de 2002.
Tableau 3
composition du groupe “classes moyennes/inférieures lourdement taxées” en %
Tableau 3 : composition du groupe “classes moyennes/inférieures lourdement taxées” en %
Groupe d’intérêt(1) Reste de la population
Total
Luxembourg France Luxembourg France
Effectifs 10% 15% 90% 85% 100%
Statut d’occupation :
Actifs occupés 10% 24% 90% 76% 100%
Chômeurs 14% 8% 86% 92% 100%
Inactifs (y compris les enfants) 10% 9% 90% 91% 100%
* Inactifs (enfants exclus) 17% n. d. 83% n. d. 100%
* Inactifs (uniquement les enfants) 1% n. d. 99% n. d. 100%
Source pour la France : Modèle Myriade (Cnaf), revenus de 2000, législation de 2001 (Legendre et alii, 2001a, tab. 6, p. 11, version révisée).
Source pour le Luxembourg : PSELL2 (Ceps/Instead), revenus de 2002, législation de 2002.
(1) : groupe d’intérêt en France : les individus appartenant aux quintiles de niveau de vie 2,3 et 4 et au quartile supérieur de taux de prélèvements nets.
(1) : groupe d’intérêt au Luxembourg : individus appartenant aux quintiles de niveau de vie 1 et 2 et au quartile supérieur de taux de prélèvements nets.
Guide de lecture : les “ classes moyennes lourdement taxées” rassemblent 15% des individus (par définition) et 24% des actifs occupés en France.
Les “ classes inférieures lourdement taxées” rassemblent 10% des individus (par définition) et 14% des chômeurs au Luxembourg.
Source pour la France : Modèle Myriade (Cnaf), revenus de 2000, législation de 2001 (Legendre et alii, 2001a, tab. 6, p. 11, version révisée).
Source pour le Luxembourg : PSELL2 (Ceps/Instead), revenus de 2002, législation de 2002.
Dans le cas de la France, ces individus de classes
moyennes lourdement taxées ont pour particularité
d’être proportionnellement plus souvent des actifs
occupés (cf. tableau 3), dans un cas sur quatre (24%),
alors que ce groupe ne représente que 15% de la
population. C’est, selon Legendre et alii (2001a),
l’un des arguments qui justifie la mise en œuvre
d’une Prime pour l’emploi dans la mesure où elle
s’adresse aux actifs occupés appartenant à la
première moitié de la distribution des niveaux de vie,
c’est-à-dire des actifs occupés non imposables ou
assez “injustement” taxés. Au Luxembourg, les
individus de classes inférieures relativement plus
taxées ont en revanche la particularité d’être
proportionnellement plus souvent des inactifs (hors
enfants) puisque 17% d’entre eux sont dans ce
groupe d’individus, alors que ce dernier représente
seulement 10% de la population.
D u p o i n t d e v u e d e l a c o m p o s i t i o n d é m o -
économique des quintiles de niveau de vie, on
observe tout d’abord des tendances communes aux
deux pays : surreprésentation des actifs occupés dans
le s q uin tile s s upé r ie ur s ( da ns le de rn ie r au
Luxembourg ; dans les deux derniers en France),
surreprésentation des chômeurs dans les quintiles
inférieurs, surreprésentation des individus vivant en
couple sans enfants dans le quintile supérieur. En
revanche, au Luxembourg les individus de ménages
d’isolés se répartissent équitablement dans les
différents quintiles, alors qu’en France on observe
une surreprésentation dans le quintile inférieur
[13].
Ensuite, ce qui semble distinguer plus nettement les
deux pays, c’est la répartition des individus vivant
dans des familles/ménages avec enfant(s). En effet,
au Luxembourg et à la différence de la France, ces
individus sont nettement surreprésentés dans le
quintile inférieur. Cette différence est intéressante
dans la mesure où, comme les individus du quintile
inférieur sont probablement non imposables, si l’on
veut par mesure d’équité leur faire bénéficier
indirectement de la baisse de la pression fiscale, il
apparaît alors assez justifié de mettre en œuvre un
mécanisme complémentaire qui soit ciblé sur les
i n di v id u s su r r e pr é se nt é s d a n s c e b a s d e l a
distribution des niveaux de vie. Or, de fait, c’est bien
cette option qui a été choisie au Luxembourg,
puisque la mesure d’accompagnement à la baisse des
taux ma rgina ux d’im position est une ha usse
importante des Allocations familiales. A contrario,
selon cette même logique, on pourrait s’étonner du
choix effectué en France, puisque la Prime pour
l’emploi concerne les individus actifs occupés,
individus qui sont sous-représentés dans le bas de la
d i s t r i b u t i o n d e s n i v e a u x d e v i e. M a i s c e
raisonnement n’est que très partiellement pertinent
dans la mesure où il faudrait pouvoir distinguer,
parmi ces actifs occupés, ceux au statut d’emploi
précaire qui sont probablement surreprésentés dans
le premier quintile.
Les effets redistributifs des réformes
fiscales française et luxembourgeoise
Si l’on s’intéresse aux deux réformes dans leur
ensemble, c’est-à-dire à la fois à la modification du
barème de l’impôt sur les revenus des personnes
p h y s i q u e s
[14] e t a u x d e u x m e s u r e s
d’accompagnement (Prime pour l’emploi et hausse
des Allocations familiales), en première analyse on
ne peut qu’être très frappé par la grande similitude
des résultats issus des simulations pour les deux pays
(cf. tableau 4).
Tout d’abord, on peut observer que la répartition de
la charge de l’impôt total par déciles de niveau de vie
est identique dans les deux pays. Ensuite, on peut
remarquer que la répartition, selon ces mêmes
déciles, de la baisse de l’impôt est également assez
proche d’un pays à l’autre. Dans les deux pays, un
tiers de l’économie d’impôt profite au décile
supérieur (36% dans le cas de la France) et les trois
premiers déciles n’en profitent pratiquement pas,
mais il est vrai qu’ils ne sont pratiquement jamais
imposables. Que les individus des familles/ménages
l e s p l u s a i sé ( e ) s p r o f i t e n t m a s s i v e m e n t d e
l’économie d’impôt (en termes absolus) n’est pas,
comme le soulignent Legendre et alii (2001a, p. 14),
surprenant dans la mesure où, soumis aux tranches
d’im position les plus é levé es, c es individus
cumulent les baisses de taux relatives aux tranches
inférieures. En revanche, que la répartition par
déciles soit presque identique dans les deux pays est
tout de même assez curieux dans la mesure où, même
si les deux réformes fiscales sont proches dans leurs
modalités (baisse des taux pour l’essentiel), les deux
systèmes fiscaux n’en demeurent pas moins assez
différents : absence de système de quotient familial
au Luxembourg, proportion de ménages exonérés
approchant la moitié en France, contre seulement un
tiers au Luxembourg, etc. L’explication tient sans
doute au fait que les deux impôts, nonobstant ces
différences, ont des degrés de progressivité assez
proches (cf. infra tableau 6).
Enfin, le cumul de la baisse d’impôt avec la Prime
pour l’emploi (PPE) ou la hausse des Allocations
familiales (AF) produit un effet global assez
similaire dans les deux pays. Jusqu’au sixième décile
de niveau de vie dans les deux pays, la PPE (ou la
hausse des AF) accroît la part de l’avantage global
perçu par les individus de ces déciles et inversement
au-delà du sixième décile. Les deux dispositifs
d’accompagnement de la réforme fiscale produisent
donc l’e ffe t atte ndu, à sa voir une me ille ure
répartition de cet avantage global. Il n’en demeure
pas moins que la part de cet avantage, en termes
absolus, croît avec le niveau de vie. Mais si l’on
reprend l’argumentation de Legendre et alii (2001a,
p. 14), au total, la combinaison de deux dispositifs
(baisses de l’impôt et primes ou allocations)
contribue à accroître la progressivité du dispositif
d’ensemble puisque, d’un côté, dans chacun des
premiers déciles de niveau de vie, la part de
l’avantage global octroyé par la réforme est
supérieure à la contribution relative à l’impôt sur le
revenu, et, de l’autre côté, pour le dernier décile de
niveau de vie en France et pour les deux derniers au
Luxembourg, c’est l’inverse qui se produit (avantage
relatif inférieur à contribution relative). Cependant,
lorsque l’on compare la première colonne du tableau
4 à la dernière, on s’aperçoit que la part de l’avantage
total dans les déciles inférieurs est inférieure à la part
du revenu disponible dans ces mêmes déciles ; cela
indique donc que la réforme globale aurait un impact
allant plutôt dans le sens d’une hausse des inégalités
(ce que l’analyse des coefficients de Gini, proposée
infra, confirme), le phénomène étant plus affirmé au
Luxembourg puisque ce n’est qu’à partir du sixième
décile que la part de l’avantage rejoint celle du
revenu disponible, alors qu’en France c’est à partir
du quatrième décile. Pour autant, la similitude entre
les deux pays est un peu moins forte lorsque l’on
analyse la structure relative des avantages dus à la
réforme dans son ensemble que lorsque l’on ne tient
pas compte des deux mesures d’accompagnement.
D’où l’intérêt d’analyser plus spécifiquement ces
deux mesures.
Tableau 4
répartition des masses budgétaires par déciles de niveau de vie
Tableau 4 : répartition des masses budgétaires par déciles de niveau de vie
e des
Déciles de niveau de vie Revenu Impôt sur Baisse de l’impôt sur le Baisse de l’impôt + Hauss
disponible le revenu revenu Allocations familiales(Prime pour l’emploi)
Luxembourg France Luxembourg France Luxembourg France Luxembourg France
Décile 1 4% 4% 0% 0% 0% 0% 1% 3%
Décile 2 5% 5% 0% 0% 1% 1% 2% 4%
Décile 3 6% 6% 0% 0% 2% 2% 3% 5%
Décile 4 7% 7% 1% 1% 4% 6% 5% 7%
Décile 5 8% 8% 1% 2% 6% 8% 7% 9%
Décile 6 9% 9% 3% 3% 9% 10% 9% 10%
Décile 7 11% 10% 6% 6% 11% 11% 11% 10%
Décile 8 12% 12% 11% 10% 14% 12% 14% 11%
Décile 9 14% 14% 19% 18% 18% 17% 17% 14%
Décile 10 24% 23% 59% 59% 36% 33% 31% 27%
Source pour la France : Modèle Myriade (Cnaf), revenus de 2000, législation de 2001 (Legendre et alii, 2001a, tab. 9, p. 14, version révisée et
complétée).
Source pour le Luxembourg : PSELL2 (Ceps/Instead), revenus de 2002, législation de 2002.
Guide de lecture : les individus qui appartiennent, au Luxembourg, au cinquième décile de niveau de vie bénéficient de 8% du total des revenus
disponibles et supportent 1% du total de l’impôt sur le revenu des personnes physiques; ils bénéficient de 6% du total de la baisse de l’impôt et de 7%
de l’avantage total (baisse d’impôt + hausse des A. F.) procuré par la réforme.
Source pour la France : Modèle Myriade (Cnaf), revenus de 2000, législation de 2001 (Legendre et alii, 2001a, tab. 9, p. 14, version révisée et
complétée).
Source pour le Luxembourg : PSELL2 (Ceps/Instead), revenus de 2002, législation de 2002.
Le graphique 1 représente la répartition, par déciles
de niveau de vie, de la masse budgétaire distribuée
dans le cadre des deux dispositifs complémentaires
(PPE ou AF). On constate que ces deux mesures
touchent des individus appartenant à tous les déciles.
Ce constat n’a rien d’étonnant dans le cas du
Luxembourg puisqu’il est tout à faire normal de
trouver des enfants ouvrant droit à des Allocations
familiales dans tous les déciles. En revanche, dans le
cas de la France, le constat est plus curieux dans la
mesure où la Prime pour l’emploi a été conçue pour
les tra va ille urs à fa ibles re ve nus d’a ctivité.
Cependant, le fait que la prime soit individuelle,
alors que le niveau de vie est calculé à l’échelon
f a m i l i a l, e x p l i q u e l’e x i s t e n c e d e q u e l q u e s
bénéficiaires dans le haut de la distribution des
niveaux de vie (et ce, malgré les plafonds – assez
élevés – de revenu fiscal intégrés dans les modalités
d’octroi de la prime
[15] ).
Graphique 1
répartition en % de la Prime pour
l’emploi/hausse des Allocations familiales par déciles
de niveau de vie
Source pour la France : Modèle Myriade (Cnaf), revenus de 2000,
législation de 2001 (Legendre et alii, 2001a, graph. 4, p. 11).
Source pour le Luxembourg : PSELL2 (Ceps/Instead), revenus de
2002, législation de 2002.
Graphique 2
répartition en % de la Prime pour
l’emploi (la hausse des Allocations familiales) par
déciles de niveau de vie pour les seuls individus
membres d’une famille comprenant au moins un actif
occupé (au moins un enfant à charge)
Source pour la France : Modèle Myriade (Cnaf), revenus de 2000,
législation de 2001 (Legendre et alii, 2001a, graph. 5, p. 12).
Source pour le Luxembourg : PSELL2 (Ceps/Instead), revenus de
2002, législation de 2002.
Par ailleurs, la distribution présentée au graphique 1
porte sur l’ensemble des individus et non sur les seuls
actifs occupés et donc, comm e le montre le
graphique 2, la présence d’inactifs et de chômeurs
dans les déciles inférieurs fausse l’appréciation que
l’on peut porter quant à la position des bénéficiaires
de la prime au sein de la seule population active
occupée. En effet, comme le soulignent Legendre et
alii (2001a, p. 12), lorsque l’on restreint l’analyse
aux seuls individus vivant da ns une fam ille
comprenant au moins un actif occupé, “ à l’exception
du premier décile, la part répartie est une fonction
décroissante du niveau de vie : la Prime pour
l’emploi s’adresse principalement aux déciles deux à
cinq de niveau de vie, n’exclut pas les “travailleurs
pauvres” et, sous ces deux aspects, est donc bien
redistributive ”.
Si l’on effectue le même type de restriction de champ
dans le cas du Luxembourg, mais cette fois-ci en ne
sélectionnant que les individus vivant dans un
ménage comprenant au moins un enfant à charge,
puisque telle est la population ciblée par la hausse
des Allocations familiales, on obtient une répartition
également un peu différente à celle observée pour
l’ensemble de la population luxembourgeoise. Mais
cette analyse est assez largement sans intérêt : en
restreignant le champ aux seuls ménages avec
enfants à charge, puisque tous sont bénéficiaires de
la hausse des Allocations familiales, il est logique
que la masse budgétaire se répartisse égalitairement
(10%) entre les dix déciles. On observe simplement
de petites différences dues à de légères variations de
composition des différents déciles du point de vue du
nombre d’enfants par ménage.
C’est donc, dans le cas du Luxembourg, le graphique
1 qu’il convient de commenter. Si la hausse des
A l l o c a t i o n s f a m i l i a l e s a é t é p r o p o s é e a u
Luxembourg pour faire bénéficier indirectement les
ménages non imposables de la baisse de la pression
fiscale, on peut dire que l’objectif est atteint d’une
certaine manière dans la mesure où l’on peut
observer, d’une part, que les deux déciles inférieurs
de niveau de vie (20% de la population) bénéficient
de 26% de la masse budgétaire et que, d’autre part, la
hausse d’Allocations familiales est une fonction
légèrement décroissante du niveau de vie à partir du
quatrième décile. Ces deux particularités accroissent
la dégressivité déjà provoquée par le caractère
uniform e de cette mesure d’accom pagnement
fiscale, mais comparativement à la Prime pour
l’emploi en France cet impact apparaît beaucoup
moins marqué (notamment parce que, par exemple,
les deux derniers déciles de niveau de vie bénéficient
de 16% de la hausse d’Allocations familiales, alors
que dans le cas de la Prime pour l’emploi française,
ce taux n’est que d’environ 3%).
La sec onde m anière pour me ttre en lumièr e
d’éventuelles différences entre les deux pays
consiste à mesurer l’impact de la PPE ou de la hausse
des AF sur le taux de prélèvements nets, ou plus
exactement sur les quartiles de ce taux (cf. tableau 5).
Dans le cas de la France, on peut observer que la
Prime pour l’emploi réduit principalement le taux de
prélèvements nets des individus les plus démunis (le
quartile inférieur, la médiane et le quartile supérieur
dans le quintile 1 de niveau de vie baissent
respectivement de 0,7,0,7 et 1,2 point) et des classes
moyennes fortement taxées (baisse de 0,8 et 0,6 point
des quartiles supérieurs dans, respectivement, les
quintiles de niveau de vie 2 et 3).
Tableau 5
distribution de la baisse du taux moyen de prélèvements nets occasionnée par la Prime pour l’emploi
(la hausse des Allocations familiales) en points de pourcentage par quintiles de niveau de vie
Tableau 5 : distribution de la baisse du taux moyen de prélèvements nets occasionnée par la Prime pour l’emploi
(la hausse des Allocations familiales) en points de pourcentage par quintiles de niveau de vie
Quintiles de niveau de vie Premier quartile Médiane Dernier quartile
Luxembourg France Luxembourg France Luxembourg France
Quintile 1 3,9 0,7 2,4 0,7 1 1,2
Quintile 2 1,7 0,5 1,4 0,4 0,9 0,8
Quintile 3 1,2 0,1 0,8 0,4 0,5 0,6
Quintile 4 0,7 0 0,5 0,2 0,3 0,1
Quintile 5 0,5 0 0,6 0 0 0
Source pour la France : Modèle Myriade (Cnaf), revenus de 2000, législation de 2001 (Legendre et alii, 2001a, tab. 7, p. 13, version révisée).
Source pour le Luxembourg : PSELL2 (Ceps/Instead), revenus de 2002, législation de 2002.
Source pour la France : Modèle Myriade (Cnaf), revenus de 2000, législation de 2001 (Legendre et alii, 2001a, tab. 7, p. 13, version révisée).
Source pour le Luxembourg : PSELL2 (Ceps/Instead), revenus de 2002, législation de 2002.
A u L ux e m b o u rg, l’im p a c t e s t t o u t d’a bo r d
relativement plus important qu’en France et ce,
notamment parce que les sommes en jeu sont plus
importantes (le montant annuel moyen de hausse des
Allocations familiales par ménage bénéficiaire est
estimé à 537 euros, contre un montant moyen de
Prime pour l’emploi, estimé dans Myriade à 152
euros). Ensuite, on observe que l’impact de la hausse
d e s A l l o c a t i o n s f a m i l i a l e s s u r l e t a u x d e
prélèvements nets n’est pas comme en France ciblé
s u r c e r t a i n s q u a r t i l e s p a r ti c ul i e r s m a is e st
simplement décroissant selon le niveau de vie, ce qui
n’est pas vraiment étonnant dans la mesure où la
hausse des Allocations familiales est forfaitaire et
que le taux de prélèvements nets croît avec le niveau
de vie. Au total donc, au Luxembourg ce sont bien les
m é n a g e s l e s p l u s d é m u n i s q u i p r o f i t e n t
propor tionne llem ent le plus de c ette m esure
d’accompagnement de la réforme du barème fiscal.
D’a ille ur s, le c oe ff ic ient de Gini du r evenu
disponible par UC, pour la population des individus,
se réduit de 0,2 point (de 28,50% à 28,29%) du fait de
cette hausse d’Allocations familiales. En France,
l’impact de la PPE, mesuré de la même manière, est
de seulement 0,1 point (coefficient de Gini passant
de 27,96% à 27,84%).
Cependant, pour pouvoir réellement apprécier
l’efficacité comparée de ces deux mesures, il
convient de raisonner à budget donné. C’est ce que
nous avons simulé en calant le montant de la hausse
des Allocations familiales luxembourgeoises de
manière à ce que le coût global engendré soit égal au
coût estimé de la Prime pour l’emploi
[16] (à taille de
population identique et après prise en compte des
parités de pouvoir d’achat
[17] ). Raisonner ainsi à
b u d g e t i d e n t i q u e r e v i e n d r a i t à d i m i n u e r
s e n s i b l e m e n t l a h a u s s e e x c e p t i o n n e l l e d e s
Allocations familiales luxembourgeoises (de 24,76
euros par mois et par enfant à 6,21 euros); l’impact
redistributif de la mesure serait alors naturellement
plus faible : le coefficient de Gini ne baisserait que de
0,05 point. Si l’on tient compte du différentiel de
richesse (PIB) entre les deux pays et donc si l’on ne
raisonne non pas simplement à budget identique
mais à effort de la collectivité identique, l’impact en
termes de réduction du coefficient de Gini serait,
pour le Luxembourg, de 0,1 point, soit un impact
comparable à ce que Myriade simule pour la Prime
pour l’emploi (législation 2001 avant doublement du
montant).
Mais si la hausse des Allocations familia les
l u x e m b o u r g e o i s e s a p p a r a î t l é g è r e m e n t
redistributive, en revanche, globalement, la réforme
fiscale du Luxembourg génère une dispersion plus
importante des niveaux de vie. En effet, sans la
réforme, nous avons calculé que le coefficient de
Gini, relatif à la distribution des niveaux de vie des
individus, serait égal à 27,29%, contre 28,29% avec
la réforme. En France, la réforme prise dans son
ensemble apparaît moins anti-redistributive, voire
neutre du point de vue des inégalités individuelles de
niveau de vie, puisque le coefficient de Gini passe de
27,82% à 27,84%
[18]. En guise de synthèse, nous
proposons au tableau 6 une approche en termes de
d é c o m p o s i t i o n d e c o e f f i c i e n t s d e G i n i e n
pseudo-indices, inspirée d’une publication récente
de l’Insee (2002)
[19]. Cette approche est menée au
niveau des foyers fiscaux au Luxembourg (des
familles en France) et non plus au niveau individuel
comme dans les analyses précédentes.
Tableau 6
contributions des différents transferts à la réduction des inégalités de niveau de vie des foyers fiscaux
luxembourgeois et des familles françaises
Tableau 6 : contributions des différents transferts à la réduction des inégalités de niveau de vie des foyers fiscaux
luxembourgeois et des familles françaises
Masses rapportées au Pseudo-Gini par rapport Indice de Effets sur les Contribution (en%) à la
revenu disponible(1) au revenu brut (2) progressivité (3) inégalités (4) réduction des inégalités(5)
Luxembourg Avant Après Avant Après Avant Après Avant Après Avant Après
réforme réforme réforme réforme réforme réforme réforme réforme réforme réforme
Revenu brut par UC 121,8 116,2 0,376 0,376
Impôt sur le revenu par UC-16,6-11,6 0,721 0,773 0,345 0,396-0,057-0,046 74,9 70,2
Hausse des A.F. par UC - 0,3 - -0,146 - -0,523 - -0,001 - 2,2
Autres prestations par UC 4 3,8-0,27-0,27-0,646-0,647-0,026-0,024 33,5 37,4
Autres prélèvements par UC-9,1-8,7 0,305 0,304-0,071-0,072 0,006 0,006-8,5-9,6
Revenu disponible par UC 100 100 0,299 0,311-0,077-0,065
Masses rapportées au Pseudo-Gini par rapport Indice de Effets sur les Contribution (en%) à la
revenu disponible (1) au revenu brut (2) progressivité (3) inégalités (4) réduction des inégalités(5)
France Avant Après Avant Après Avant Après Avant Après Avant Après
réforme réforme réforme réforme réforme réforme réforme réforme réforme réforme
Revenu brut par UC 129,4 128,4 0,378 0,378
Impôt sur le revenu par UC-8,1-7,4 0,741 0,757 0,363 0,379-0,029-0,028 25,7 25,2
Prime pour l’emploi par UC - 0,2 - -0,159 - -0,537 - -0,001 - 1
Autres prestations par UC 5,8 5,8-0,553-0,553-0,931-0,931-0,054-0,054 47,8 48,6
Autres prélèvements par UC-27,1-27 0,485 0,485 0,107 0,107-0,03-0,028 26,5 25,2
Revenu disponible / UC 100 100 0,265 0,267-0,113-0,111
Source pour la France : Modèle Myriade (Cnaf), revenus de 2000, législation de 2001.
Source pour le Luxembourg : PSELL2 (Ceps/Instead), revenus de 2002, législation de 2002.
N.B. : Les cotisations sociales retraite et chômage sont totalement exclues de l’analyse.
La colonne (2) présente le pseudo-Gini de chacun des flux – revenus ou prélèvements – c’est-à-dire l’indice de concentration du flux en question
lorsque la population est classée selon le revenu brut. Cette valeur est soustraite du coefficient de Gini relatif au revenu brut pour obtenir l’indice de
progressivité (colonne 3) : pour un prélèvement, la progressivité est d’autant plus forte que le coefficient est positif; pour une prestation, plus elle est
ciblée sur les bas niveaux de vie, plus le coefficient est négatif.
La colonne (4) donne l’effet de chaque flux sur les inégalités : par exemple, la baisse du pseudo-Gini entre revenu brut et revenu disponible avant
réforme au Luxembourg est égale à 0,077 (0,376 - 0,299), dont 0,057 (colonne 3 * colonne 1) du fait de l’impôt sur le revenu.
La colonne (5) indique les contributions relatives : avant la réforme luxembourgeoise, l’impôt sur le revenu contribuait à raison de 74,9% à la
réduction des inégalités. Par contre, les autres prélèvements contribuaient à l’augmentation des inégalités (dans une proportion de 8,5%).
Source pour la France : Modèle Myriade (Cnaf), revenus de 2000, législation de 2001.
Source pour le Luxembourg : PSELL2 (Ceps/Instead), revenus de 2002, législation de 2002.
D’un point de vue très général, deux différences
importantes entre les deux pays méritent d’être
soulignées. Premièrement, le système socio-fiscal
luxembourgeois est moins redistributif que le
système français : en termes de revenu brut par UC, le
degré d’inégalité est équivalent dans les deux pays
(cf. pseudo-Gini de revenu brut), mais en termes de
revenu disponible par UC, la France apparaît plus
égalitaire (pseudo-Gini de revenu disponible égal à
0,265 en France, contre 0,299 au Luxembourg).
Deuxièmement, on s’aperçoit que la redistribution
verticale luxembourgeoise est due très massivement
à l’impôt (les trois quarts de la baisse des inégalités
de niveau de vie sont attribuables à l’impôt, cf.
colonne 5), alors que le rôle de l’impôt français est
plus modéré (un quart de l’effet redistributif).
Plus spécifiquement, en ce qui concerne la réforme
fiscale, dans les deux pays, la baisse des taux
marginaux d’imposition entraîne un accroissement
de la progressivité (cf. colonne 3), mais l’effet
redistributif que l’on pourrait en attendre est
contrecarré par la baisse du taux de pression fiscale
(cf. colonne 1), ce qui explique qu’au total la réforme
fiscale apparaisse anti-redistributive (l’impact de
l’impôt sur la baisse des inégalités de niveau de vie se
réduit, cf. colonne 4). Quant aux deux mesures
d’accompagnement (AF et PPE), elles contribuent
d a n s u n e m ê m e p r o p o r t i o n ( 0,1 p o i n t d e
pourcentage) à la réduction des inégalités (leur degré
de ciblage sur les bas niveaux de vie est d’ailleurs très
proche, cf. colonne 3). En France, l’effet redistributif
de la Prime pour l’emploi compense grosso modo
l’effet anti-redistributif de la réforme fiscale
[20], ce
qui n’est pas le cas pour la hausse des Allocations
familiales au Luxembourg car dans ce dernier pays
l’effet anti-redistributif de la réforme fiscale est
nettement plus prononcé qu’en France (1 point de
pourcentage au Luxembourg, contre 0,1 point en
France, cf. colonne 4). Pour autant, il pourrait ne pas
être impartial de limiter la comparaison à cette seule
dimension verticale de la distribution, car la réforme
l ux e m b o urg e o is e e st é ga l e m e n t i n sp ir é e d e
considérations de politique familiale qui relèvent
plus d’une logique de redistribution horizontale.
Deux logiques de redistribution
horizontale : corriger en faveur des
enfants ou renforcer en faveur des actifs
employés
La réforme fiscale luxembourgeoise a provoqué, en
moyenne, un accroissement de 4,7% du niveau de vie
des foyers fiscaux (et 5,0% si l’on ajoute la hausse
des Allocations familiales). Mais elle a bénéficié un
peu plus aux foyers fiscaux sans enfant (+5,1%)
qu’aux foyers fiscaux avec enfants (+3,5% suite à la
modification fiscale et +4,5% si l’on ajoute la hausse
des Allocations familiales). En France, c’est au
contraire les familles avec enfant(s) qui ont un peu
plus bénéficié de la réforme. Si la réforme de la
fiscalité a provoqué un effet identique pour les deux
types de familles (+0,6% du niveau de vie), en
revanche la Prime pour l’emploi a contribué à
accroître relativement un peu plus le niveau de vie
des familles avec enfant(s) que celui des familles
sans enfant (+0,3% versus +0,2%).
A u L u x e m b o u r g ( g r a p h i q u e 3 ), e n t e r m e s
d’évolution relative du niveau de vie due à la seule
baisse des taux d’imposition, seuls des foyers
fiscaux sans enfant voient leur niveau de vie
progresser plus fortement qu’en moyenne (> à
4,7%). En effet, pour les couples avec enfants, la
hausse moyenne de leur niveau de vie est inférieure à
celle estimée pour l’ensemble des foyers fiscaux et,
par ailleurs, décroît avec le nombre d’enfants (4,1%,
3,5% et 2,9% pour, respectivement, 1,2 et 3 enfants
ou plus). Pour les familles monoparentales, la hausse
moyenne se situe à 2,3%. Ces différences de
variation du niveau de vie dépendent pour partie de la
proportion, au sein des différents types de foyers
fiscaux, de foyers fiscaux non-imposables avant la
réforme, sachant que ces derniers ne profitent pas de
la baisse des taux. Comme le montre en effet le
graphique 3, les foyers fiscaux qui se situent en bas
de l’échelle des niveaux de vie (les familles
monoparentales, les isolés de moins de 65 ans sans
emploi et non retraités, les couples ayant au moins
trois enfants et où un seul parent travaille), lesquels
sont aussi les plus fréquemment non imposables,
connaissent une progression de niveau de vie
beaucoup moins rapide que les foyers fiscaux se
situant en haut de l’échelle des niveaux de vie
(couples actifs sans enfant)
[21].
Si l’on tient compte maintenant de la hausse des
A l l o c a t i o n s f a m i l i a l e s, o n n o t e q u e, b i e n
évidemment, les différences de taux de croissance du
niveau de vie entre foyers fiscaux avec enfant(s) et
foyers fiscaux sans enfant se réduisent. En effet,
certains foyers fiscaux avec enfant(s), les couples
monoactifs avec un ou deux enfant(s) et les couples
biactifs avec au moins trois enfants, connaissent en
moyenne une hausse de leur niveau de vie au moins
aussi importante que celle de l’ensemble des foyers
fiscaux (respectivement 5,0%, 5,3% et 5,0%, contre
5,0% pour l’ensemble des foyers fiscaux).
Graphique 3
variation (en %) du niveau de vie des foyers fiscaux, suite à la réforme fiscale luxembourgeoise,
selon le niveau de vie initial (avant la réforme)
PSELL2 (Ceps/ Instead), revenus de 2002, législation de 2002. AF : Allocations Familiales.
Graphique 4
variation (en%) du niveau de vie des familles, suite à la réforme fiscale française, selon le niveau
de vie initial (avant la réforme)
Modèle Myriade (Cnaf), revenus de 2000, législation de 2001. PPE : Prime pour l’emploi.
Quant aux autres foyers fiscaux avec enfant(s), à
l’exception de deux types de foyers monoparentaux
(inactifs; actifs avec un seul enfant), ils connaissent
une hausse de niveau de vie assez proche de la
moyenne (de 4,0% à 4,4%, contre 5,0% pour
l’ensemble des foyers fiscaux). À l’inverse, les
foyers fiscaux sans enfant, notamment ceux qui
étaient les plus grands bénéficiaires de la baisse des
taux, sont totalement exclus de la hausse de niveau de
vie due à la mesure d’accompagnement. Cette
dernière relève donc bien d’une logique d’équité
horizontale au sens où elle permet aux familles avec
enfant(s) de profiter de la réforme dans des
proportions presque équivalentes à celles des foyers
fiscaux sans enfant (graphiquement les carrés blancs
sont moins dispersés sur l’axe vertical que ne le sont
les losanges noirs). Il convient cependant de noter
que les familles monoparentales inactives et les
familles monoparentales actives avec un seul enfant
apparaissent un peu comme les perdantes de la
réforme (avec les isolés inactifs non retraités), ce qui
n’est pas totalement surprenant lorsque l’on sait
qu’au Luxembourg il n’existe aucune prestation
familiale spécifique à la monoparentalité, signe d’un
intérêt modéré pour la solidarité envers ce type de
familles.
On ne retrouve naturellement pas la même logique
dans le cas de la France (graphique 4). Certes la
Prime pour l’emploi profite à la quasi-totalité des
t y p e s d e f a m il l e s a v e c e n f a n t ( s ), s e u l s l e s
monoparentaux inactifs en étant exclus, mais comme
les familles sans enfant en profitent tout autant, on ne
peut pas dire que la mesure d’accompagnement
resserre la dispersion – entre famille avec et sans
enfant – des avantages relatifs apportés par la
réforme. En revanche, on observe que les laisser pour
compte de la réforme sont les familles sans emploi
qui, d’une part, bénéficient d’un gain de niveau de
vie, dû à la baisse des taux, plus faible qu’en
moyenne (< à 0,6%) et, d’autre part, sont exclus de la
Prime pour l’emploi
[22]. C’est particulièrement le cas
des monoparentaux et des jeunes isolés sans emploi,
mais c’est aussi le cas des retraités (en couple ou
isolés), pour l’essentiel donc des familles sans
enfant. Mais à l’autre bout du spectre des gains
relatifs de niveau de vie se trouvent également des
familles sans enfant : les isolés en emploi et les
couples biactifs qui connaissent, en moyenne, les
plus forts taux de croissance de niveau de vie. La
mesure d’accompagnement de la réforme française
suivrait donc une logique de renforcement de l’aide
octroyée aux actifs employés, alors que celle relative
à la réforme luxembourgeoise relèverait au contraire
d’une logique corrective en faveur des enfants.
En conclusion, nous rappellerons tout d’abord que le
Luxembourg est à l’aube du développement des
modèles de micro-simulation socio-fiscaux et que ce
développement est fortement tributaire des encore
trop rares sources statistiques externes permettant de
valider complètement le calibrage des modèles. En
c o n s é q u e n c e, a v a n t d e s ’e n g a g e r d a n s l e
dé ve lopp em e nt d e m od èle s plu s co m ple xe s,
comportementaux ou dynamiques, à l’exemple du
projet Myriade, le Luxembourg doit avant tout
développer son modèle statique; néanmoins, l’outil
développé jusqu’à présent a permis d’évaluer, pour
le compte du Ministère de la Famille, les effets
redistributifs de la réforme fiscale 2001-2002 et, en
ce sens, il a pu montrer aux décideurs publics
luxembourgeois tout l’intérêt de développer de tels
modèles de micro-simulation des politiques sociales
et fiscales ; en outre, il a permis de répliquer, à des
fins comparatives, l’étude des effets redistributifs de
la réforme fiscale française élaborée à l’aide du
modèle Myriade de la Cnaf.
Nous avons ainsi pu monter que les deux réformes
récentes, d’inspiration proche, semblaient avoir de
g r a n d e s s i m i l a r i t é s d u p o i n t d e v u e d e l a
r e d i st r i bu t io n v e r t ic a le l o r s qu ’e ll e s é ta ie n t
analysées globalement. Mais nous avons également
souligné qu’en termes relatifs les deux mesures
d’accompagnement, à savoir la Prime pour l’emploi
en France et la hausse des Allocations familiales au
L u x e m b o u r g, “ c o r r i g e a i e n t ” l’i m p a c t a n t i -
distributif de la baisse des taux d’imposition de
manière plus différenciée (la Prime pour l’emploi
jouant plus massivement sur les déciles du milieu de
la distribution, alors que la hausse des Allocations
familiales étaient plus répartie sur l’ensemble de la
distribution). En France, parce que l’impact de la
baisse des taux est assez modéré, la Prime pour
l’emploi (dans sa version 2001 avant doublement de
la prime) compense presque l’effet anti-redistributif
et confère donc à la réforme une certaine neutralité
du point de vue de la redistribution verticale. Au
Luxembourg, l’impact anti-redistributif plus massif
de la réforme fiscale est loin d’être compensé par la
hausse exceptionnelle des Allocations familiales.
Mais si l’on se place sous un angle de redistribution
horizontale, on devine un peu la logique de la
politique luxembourgeoise qui a consisté à limiter
les écarts de gains relatifs entre foyers fiscaux avec et
sans enfant dans un contexte d’accroissement des
inégalités dû à une forte baisse de la pression fiscale
de l’impôt sur le revenu des personnes physiques.
Quant à la réforme française, elle apparaît moins
surprenante dans la mesure où la Prime pour
l’emploi, d’une part, compense correctement le
risque d’accroissement des inégalités et, d’autre
part, est potentiellement favorable à l’emploi, ce qui
est naturellement louable dans le contexte français,
mais qui le serait beaucoup moins dans un pays où le
taux de chômage est assez bas, comme c’est le cas au
Luxembourg. Si l’évaluation comparative des deux
réformes porte uniquement sur la finalité consistant à
vouloir réduire le taux de prélèvements obligatoires
sans accroître les inégalités (et donc en omettant les
objectifs en termes d’incitation à l’emploi dans le cas
de la France et en termes d’aide aux familles dans le
cas du Luxembourg), la Prime pour l’emploi
française apparaît clairement comme une mesure
d’accompagnement plus efficace que la hausse
e x c e p t i o n n e l l e d e s A l l o c a t i o n s f a m i l i a l e s
luxembourgeoises.
Annexe 1 : les grandes lignes de la réforme
fiscale luxembourgeoise
Cette annexe ne vise pas à présenter en détail l’architecture
des transferts au Luxembourg mais seulement à présenter
les deux dispositifs qui ont fai t l’obj et de r éfor mes
importantes entre 2000 et 2002, à savoir l’impôt sur le
r e ven u d es p er s on ne s ph ys iq u es et l es Al l o cat i on s
familiales. Pour une connaissance plus approfondie du
système socio-fiscal luxembourgeois et des dispositifs qui
f o n t l’o b j e t d’u n e s i m u l a t i o n d a n s l e m o d è l e
lu xembourgeoi s, l e l ect eur se r eport er a à Berger et
Jeandidier (2003) ou aux rapports annuels du Ministère des
Finances du Grand-Duché du Luxembourg (1999,2000,
2001) et du Ministère de la Sécurité sociale du Grand-Duché
du Luxembourg (1998,1999).
L’impôt sur le revenu des personnes physiques
Le calcul de l’impôt sur le revenu des personnes physiques
s’effectue en plusieurs étapes. T out d’abord, il faut
déterminer le revenu imposable ajusté, puis lui appliquer le
barème d’impôt, éventuellement la modération d’impôt
pour enfant et, enfin, majorer l’impôt ainsi obtenu de la
contribution au Fonds de l’emploi, contribution qui sert à
financer les indemnités de chômage. Le revenu imposable
est celui qui est acquis par l’ensemble des membres d’un
même foyer fiscal. En principe, l’impôt est recouvré par
voie d’assiette, mais certains revenus (salaires, pensions,
certains revenus mobiliers) sont soumis à la retenue à la
source. Dans certains cas, les retenues à la source sont
libératoires et entraînent, pour le contribuable, une dispense
d’établir une déclaration annuelle de revenus.
La logique qui sous-tend la détermination du revenu
imposable ajusté, ou revenu à imposer, dans le modèle de
micro-simulation est quelque peu différente, parce que
m oi ns pr éci se, de cel l e qui est p r at iq uée av ec un e
d é c l a r a t i o n d e r e v e n u s. E n e f f e t, l e m o d è l e d e
m i c r o - s i m u l a t i o n n e c o u v r e p a s l’e n s e m b l e d e s
informations qu’un contribuable fournit avec précision à
l’Administration des Contributions Directes ; le modèle ne
prétend donc pas remplacer totalement une déclaration
fiscale. Néanmoins, ce modèle cerne un très grand nombre
d’items présents dans la déclaration fiscale. Les revenus
bruts sont le point de départ du calcul du revenu imposable
ajusté. De ces revenus bruts sont déduits une série de frais
d’o b t e n t i o n, d’e x e m p t i o n s, d e d é p e n s e s s p é c i a l e s
(cotisations sociales), d’abattements et d’autres déductions.
Pour autant, certaines déductions n’ont pas pu être prises en
compte et, parmi celles qui ont été retenues, certaines ont
fait l’objet d’une approximation.
L’impôt suivant le barème est fonction, d’une part, de la
classe d’impôt (cf. tableau a.1) et, d’autre part, du barème
fiscal (cf. tableau a.2). Chaque unité fiscale est rangée, selon
la terminologie luxembourgeoise, dans une classe d’impôt
suivant la situation au regard de l’état civil, du fait d’avoir
ou non des enfants et de l’âge.
Pour la classe d’impôt 1, l’impôt à la charge du contribuable
est déterminé par application directe du barème au revenu
imposable ajusté. Pour la classe d’impôt 1a, l’impôt à la
charge du contribuable est déterminé par application du
barème au revenu imposable ajusté réduit du quart de son
complément à 40,158 euros, sous réserve que le taux
d’imposition marginal ne dépasse pas 46% (en 2000,
c’est-à-dire avant la réforme). Après la réforme, le barème
est appliqué au revenu imposable ajusté, réduit de la moitié
de son complément à 39000 euros, sous réserve que le taux
d’imposition marginal ne dépasse pas 38%. Pour la classe
d’impôt 2, l’impôt à la charge du contribuable correspond au
double du montant calculé par application du barème à la
moitié du revenu imposable ajusté. De plus, en 2000 (avant
réforme), pour la classe d’impôt 1, l’impôt n’est pas
recouvrable lorsque le revenu imposable est inférieur ou
égal à 8 924 euros et, pour les revenus dépassant 8 924 euros,
l’impôt est réduit (par un calcul de lissage pour éviter un
effet de seuil) si le montant résultant de la différence entre le
revenu imposable ajusté et l’impôt calculé est inférieur à
8 924 euros. Pour les classes d’impôts 1a et 2, les mêmes
correctifs sont appliqués pour les revenus imposables
inférieurs ou juste supérieurs à 15 865 euros. L’impôt à la
charge des contribuables des classes 1a et 2 ayant un ou
plusieurs enfants à charge (moins de 21 ans, ou plus de 20
ans et poursuivant des études à plein temps ou bénéficiant
des Allocations familiales) est diminué d’une modération
d’impôt de 892 euros par enfant en 2000 et de 900 euros en
2002. Enfin, l’impôt calculé selon les barèmes et après
modération d’impôt pour enfant à charge est majoré de
2,5%. Cette majoration est appelée à financer les prestations
de chômage.
Tableau a1
définition des classes d’impôts
Tableau a1 : définition des classes d’impôts
er
État civil Sans enfant vivant aufoyer Avec enfant(s) appartenant aufoyer Agés de plus de 64 ans au 1janvier de l’année d’imposition
Célibataires 1 1a(1) 1a
Marié(e)s 2 2(1) 2
Séparé(e)s(2) 1 1a(1) 1a
Divorcé(e)s(2) 1 1a(1) 1a
Veufs/veuves(3) 1a 1a(1) 1a
(1) Avec modération d’impôt pour enfant(s).
(2) La classe 2 est accordée aux personnes visées pendant les trois années suivant la séparation.
(3) La classe 2 est accordée aux personnes visées pendant les trois années suivant le décès du conjoint.
La réforme fiscale 2001-2002 s’est déroulée en deux étapes.
Une première baisse des tarifs fiscaux a eu lieu le 1er janvier
2001. La seconde baisse des tarifs fiscaux, aménagée d’une
petite adaptation (favorable au contribuable) du fait de
l’arrivée de l’euro, a au lieu le 1er janvier 2002 et s’est
accompagnée d’une hausse des Allocations familiales. Les
grandes lignes de la réforme se présentent ainsi par rapport à
la situation de 2000 :
- augmentation du seuil d’imposition de 6 693 à 9 750 euros
pour la classe d’impôt 1 et de 13 386 à 19 500 euros pour les
classes d’impôt 2 et 1a ;
- fixation du taux d’imposition de la première tranche à 8%
en 2002 pour un revenu imposable compris entre 9 750 et
11 400 euros, contre 6% en 2000 pour un revenu imposable
compris entre 6 693 et 8 775 euros ;
- fixation du taux d’imposition de la dernière tranche à 38%
en 2002 pour un revenu imposable supérieur à 34 500 euros,
contre 46% en 2000 pour un revenu imposable supérieur à
65 433 euros ;
- baisse de 8 à 10 points du taux d’imposition pour toutes les
autres tranches de revenu ;
- uniformisation de l’amplitude des tranches (15 tranches,
hors première et dernière tranches, de 1 650 euros en 2002,
contre 16 tranches, hors première et dernière tranches, dont
deux d’amplitudes différentes en 2000).
Tableau a2
barèmes fiscaux applicables aux revenus des personnes physiques
Tableau a2 : barèmes fiscaux applicables aux revenus des personnes physiques
2000 2002
Tran
ches de revenu(en euros) Amplitudede tranche Taux marginal Tranches de revenu(en euros) Amplitudede tranche Taux marginal
0-6693 0% 0 – 9750 0%
6693-8775 2082 6% 9750-11400 1 650 8%
8775-10486 1710 16% 11400-13050 1 650 10%
10486-12196 1710 18% 13050-14700 1 650 12%
12196-13907 1710 20% 14700-16350 1 650 14%
13907-15617 1710 22% 16350-18000 1 650 16%
15617-17328 1710 24% 18000-19650 1 650 18%
17328-19038 1710 26% 19650-21300 1 650 20%
19038-20749 1710 28% 21300-22950 1 650 22%
20749-22459 1710 30% 22950-24600 1 650 24%
22459-24170 1710 32% 24600-26250 1 650 26%
24170-25880 1710 34% 26250-27900 1 650 28%
25880-27591 1710 36% 27900-29550 1 650 30%
27591-29301 1710 38% 29550-31200 1 650 32%
29301-31011 1710 40% 31200-32850 1 650 34%
31011-32722 1710 42% 32850-34500 1 650 36%
32722-65444 32722 44% >34500 - 38%
>65444 - 46%
Les Allocations familiales
Les allocations familiales sont déterminées en fonction du
groupe familial auquel appartient l’enfant bénéficiaire et de
l’âge de ce dernier (tableau a.3). Elles sont dues à partir du
mois de naissance jusqu’à l’âge de 18 ans. Elles sont
maintenues jusqu’à 27 ans pour les enfants poursuivant une
formation. Au 1er janvier 2002, en accompagnement de la
réforme fiscale, une hausse substantielle des Allocations
familiales est intervenue. Les montants de base ont été
relevés de 24,76 euros.
Tableau a3
montants des Allocations familiales
par enfant et par mois
Tableau a3 : montants des Allocations familiales
par enfant et par mois
2000 2002
Groupe de un enfant 139,89 euros 168,15 euros
Groupe de deux enfants 170,60 euros 199,62 euros
Groupe de trois enfants 213,32 euros 242,42 euros
Groupe de quatre 213,32 euros pour 242,42 euros pour
enfants ou plus les trois premiers et les trois premiers et
295,61 euros pour 327,79 euros pour
chaque enfant à chaque enfant à
partir du 4e partir du 4e
Majorations d’âge
6-11 ans 14,28 euros 14,63 euros
12 ans et plus 42,86 euros 43,93 euros
Annexe 2 : le modèle de micro-simulation
luxembourgeois
Depuis peu, le Luxembourg tente de développer un outil de
micr o- simulation des politiques socio-fiscales. Deux
évènements ont concouru à ce développement :
- la participation du Ceps/Instead au projet Euromod, projet
européen de micro-simulation des politiques socio-fiscales
qui réunit les quinze États-membres et qui est coordonné par
l’Unité de Micro-simulation de l’Université de Cambridge
cf. Sutherland et alii (1999)] ;
- l a d e m a n d e r é c e n t e d u M i n i s t è r e d e l a f a m i l l e
luxembourgeois d’une évaluation ex ante des effets de la
réforme fiscale 2001-2002.
Les travaux préparatoires entrepris dans le cadre du projet
Euromod ont servi de base à cet outil. Mais cet outil
répond-il aux critères qui définissent généralement un
modèle de micro-simulation ? Si nous nous attachons aux
t r o i s é l é m e n t s s u r l e s q u e l s r e p o s e u n m o d è l e d e
micro-simulation tel que le définissent Legendre et alii
( 2002b), à savoi r, premi èr emen t un ob jet d’analyse
spécifique, deuxièmement un échantillon représentatif des
unités microéconomiques dont on veut reproduire les
c o m p o r t e m e n t s e t, t r o i s i è m e m e n t, u n s y s t è m e
d’inf ormation (ordinateurs et logiciels) pour réaliser
effectivement la micro-simulation (système d’information
q ui ap p or t e e n p ar t i cu l i er l es t r o is f o n ct i on n al i té s
suivantes : un accès simple et efficace aux caractéristiques
des in div idu s, u ne pr ogr ammat ion d ans u n lang age
i n f or m at i q ue su f f i sam m en t e xp r es si f, d es r é su l t at s
enregistrés pour une exploitation ultérieure), nous pouvons
conclure que l’outil développé répond effectivement aux
d e ux p r em i e r s é l ém en t s m a i s q u’i l n e r ép o n d q u e
partiellement au troisième élément. Présentons ces trois
éléments.
a) L’outil développé vise uniquement à évaluer les effets, en
termes de gagnants et de perdants, et en termes de
redistribution, d’un changement de législation fiscale et
sociale. Il ne simule ni les changements de comportements
induits par une modification de la législation (offre de
travail, par exemple), ni les événements démographiques
(naissances, décès, unions…). En ce sens, c’est un outil de
modélisation statique qui s’apparente, selon la terminologie
de Legendre et alii (2002b), aux “ modèles fiscaux ”.
b) L’échant illon dont nous disposons est issu de la
cinquième vague du Panel Socio-Économique Liewen zu
Lëtzebuerg (PSELL2) qui a été réalisée en 1999. Cet
échantillon est représentatif de la population qui réside sur
le territoire luxembourgeois et qui est affiliée au système de
Sécurité sociale luxembourgeois. Signalons que 35% des
s alariés qui travaillent au Luxembourg sont des frontaliers
qui résident soit en France, soit en Belgique, soit en
Allemagne. Les revenus qu’ils perçoivent sur le territoire
luxembourgeois sont soumis à l’impôt sur le revenu des
personnes physiques luxembourgeois et aux cotisations
sociales luxembourgeoises. Ces travailleurs frontaliers
b é n é f i c i e n t p ar ai l l e u r s d e s p r es t a t i o n s f a m i l i a l e s
luxembourgeoises dans la mesure où ces dernières sont plus
favorables que celles qui sont en vigueur dans leur pays de
résidence. Mais du fait de leur résidence à l’étranger, ces
salariés (et leurs ménages) sont exclus de l’enquête et donc
de la simulation. Sont également exclus de l’échantillon les
fonctionnaires internationaux (ils ne relèvent pas de la
Sécurité sociale luxembourgeoise) qui représentent un peu
moins de 5% de la population résidente. L’échantillon des
répondants à l’enquête compte 6 566 individus répartis dans
2 539 ménages. L’enquête PSELL2 constitue la partie
luxembourgeoise du Panel Communautaire des Ménages
(PCM). À côté des informations socio-démographiques et
socio-économiques que collecte l’enquête (âge, sexe,
ét at-civil, liens f ami liaux, statut économi que, statut
professionnel, affiliation aux caisses de maladie, statut
d’o c c u p a t i o n d u l o g e m e n t … ) – l e s q u e l l e s s o n t
indispensables, d’une part, pour simuler les prestations
sociales et familiales, les cotisations sociales et, d’autre
part, pour reconstituer les foyers fiscaux –, un volet
important est consacré aux revenus. Plus de trente sources
différentes de revenus sont collectées au niveau individuel
et douze sources au niveau du ménage. Toutefois, les
revenus collectés sont nets d’impôts sur le revenu des
personnes physiques et nets de cotisations sociales. Un
traitement préalable des revenus nets a donc dû être effectué
pour passer des revenus nets aux revenus bruts. Cette
enquête ne collecte pas les dépenses effectuées par les
ménages. Par conséquent, il n’est pas possible de simuler la
taxe sur la valeur ajoutée, ni les accises sur les produits
pétroliers, sur l’alcool et sur le tabac.
c) L’outil est uniquement développé à l’aide du système
SPSS (logiciel qui permet la gestion de données d’enquêtes
et leur exploitation statistique). Les données d’entrée sont
stockées dans le tableur de SPSS et les paramètres sociaux
et fiscaux sont programmés en syntaxe SPSS. Les données
de sortie sont présentes dans le tableur SPSS sous forme de
nouvelles variables. Le traitement des données s’effectue à
l’aide du programme SPSS.
Si l’on se réfère aux propos de Legendre et alii (2002b), au
vu des éléments qui composent le modèle, l’outil que nous
avons développé peut donc être assimilé à la première
génération des modèles de micro-simulation.
La validation du modèle de micro-simulation a été effectuée
à l’aide de données macro-économiques externes et à l’aide
de cas types. Les différents agrégats produits par le modèle
(montants et nombre de bénéficiaires) sont relativement
proches des sources externes disponibles (cf. Berger et
Jeandidier, 2003). L’utilisation de cas types a, quant à elle,
perm is de vali der l a p rog ramm at io n d es con dit ions
d’éligibilité et les montants des barèmes des différents
prélèvements et transferts simulés.
·
Aubert J.-M., Echevin D. et Lefebvre E. (2002). “ La prime
pour l’emploi ”, in L’économie française. Édition 2002-2003,
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·
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Luxembourg, octobre, Ceps/Instead Luxembourg, 90 p.
·
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France à l’aide d’un modèle de microsimulation ”, Document
de recherche, n° 2003-10, Ceps/Instead Luxembourg, 36 p.
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États-Unis. Un crédit d’impôt ciblé sur les foyers de salariés
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Legendre F., Lorgnet J.-P. et Thibault F. (2001b). “ Prime
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séminaire du CERC “ Modèles de micro-simulation et
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·
Legendre F., Lorgnet J.-P. et Thibault F. (2002a). “ Une
première évaluation de la Prime pour l’emploi à l’aide du
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·
Legendre F., Lorgnet J.-P. et Thibault F. (2002b). “ Les
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Legendre F., Lorgnet J.-P. et Thibault F. (2002c). “ Myriade : le modèle de micro-simulation de la
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Ministère des finances du Grand-Duché du Luxembourg (1999). Rapport d’activité 1998, Luxembourg,
163 p.
·
Ministère des finances du Grand-Duché du Luxembourg (2000). Rapport d’activité 1999, Luxembourg,
175 p.
·
Ministère des finances du Grand-Duché du Luxembourg (2001). Rapport d’activité 2000, Luxembourg,
197 p.
·
Ministère de la Sécurité sociale du Grand-Duché du Luxembourg – Inspection Générale de la Sécurité Sociale
(1998). Rapport général de la Sécurité sociale, Luxembourg,
399 p.
·
Ministère de la Sécurité sociale du Grand-Duché du Luxembourg – Inspection Générale de la Sécurité Sociale
(1999). Rapport général de la Sécurité sociale, Luxembourg,
398 p.
·
Saunier J.-M. et Montigny P. (1999). “ L’impact des
prestations familiales sur les niveaux de vie des familles avec
enfant(s) dans l’Union européenne ”, Synthèses, n° 21, Insee,
pp. 137-160.
·
Sutherland H., Immervoll H. et O’Donoghue C. (1999).
“ An introduction to Euromod ”, Euromod Working Paper,
n° EM0/99, Microsimulation Unit, Department of Applied
Economics, University of Cambridge, 21 p.
[(*)]
CEPS/INSTEAD, Differdange, Luxembourg.
E-mail : Frederic. B
Berger@ ceps. lu
[(**)]
EPS-ADEPS (FRE 2684), Université Nancy 2 et CNRS.
E-mail : Bruno. J
Jeandidier@ univ-nancy2. fr
[(1)]
Selon le Ministère de l’Économie et des Finances (2000, p.
131), les réformes engagées en France entre 2000 et 2002
devaient permettre de réduire le taux de prélèvements
obligatoires de 0,7 point de PIB.
[(2)]
Timide au regard de la faiblesse du montant maximal de la
prime, notamment comparativement, par exemple, au montant
de l’
Earned Income Tax Credit américain (cf. Bontout, 2000).
Timide également si l’on se fie à l’effet incitatif qui, selon
l’estimation de Hagneré
et alii (2002, p. 7), serait très limité :
“ Il est à noter que sur les 11 708 repreneurs d’emploi, seuls 600
peuvent prétendre à la PPE. La majorité des reprises d’emploi
est donc imputable à la réforme des aides au logement et à la
diminution de l’IR ” (les auteurs précisent cependant que leur
échantillon souffre d’une sous-représentation des travailleurs
pauvres). De même, Laroque et Salanié (2002, p. 1144) tirent
de leur modélisation la conclusion suivante : “ (…) la prime
pour l’emploi induit des transitions très faibles qui concernent
surtout des mouvements entre non-emploi et temps plein (…)
la prime pour l’emploi doit sans doute être considérée plus
comme une mesure redistributive que comme une mesure
d’incitation au travail ”.
[(3)]
Déjà avant cette réforme, le Luxembourg se distinguait des
autres pays européens par une politique de prestations
familiales très généreuse (des montants de prestations assez
élevés en moyenne et croissant nettement avec le nombre
d’enfants), cf. Saunier et Montigny (1999).
[(4)]
Voir également Lhommeau et Murat (2001a, 2001b).
[(5)]
Le lecteur trouvera en annexe 2 une présentation
synthétique du modèle de micro-simulation luxembourgeois.
Pour une présentation de Myriade, voir le numéro spécial de la
revue de la Cnaf “Recherche et Prévisions”, n° 66 (en
particulier Legendre
et alii, 2002c).
[(6)]
La taille des échantillons est par ailleurs très différente :
220 000 individus pour la France (clones inclus) et 6 500
individus pour le Luxembourg. De plus, dans le cas de la
France, la source est fiscale (enquête Revenus Fiscaux
Insee-DGI 1997), alors que pour le Luxembourg, il s’agit
d’une enquête classique auprès des ménages ordinaires
résidents (PSELL2 : Panel Socio-Économique
Liewen zu
Lëtzebuerg, 1999).
[(7)]
Au Luxembourg, l’assurance chômage est totalement
financée par l’impôt (pas de cotisations sociales). Il s’agit d’un
prélèvement systématique de 2,5% qui s’ajoute au barème de
l’impôt. De ce fait, il serait légitime d’inclure les transferts
(positifs et négatifs) relatifs au chômage dans le champ de la
redistribution, puisque avec un tel mode de financement on ne
se trouve pas vraiment dans le cadre d’un revenu différé. Pour
autant, de manière à rapprocher au plus près les champs
d’analyse des deux pays, nous avons préféré ne pas tenir
compte des 2,5% de l’impôt sur les revenus des personnes
physiques destinés au Fonds pour l’emploi. Par ailleurs, au
Luxembourg, à la différence de la France, une cotisation
sociale “ dépendance ” est intégrée au circuit redistributif (le
transfert positif en contrepartie étant la prestation de
l’Assurance dépendance qui a été créée au Luxembourg en
1999).
[(8)]
Dans le cas du Luxembourg, les prestations familiales
suivantes ont été simulées : Allocations familiales, Allocation
de rentrée scolaire, Allocation d’éducation, Allocations de
naissance, Allocation de maternité. Quant aux minima
sociaux, ils n’ont pas été simulés mais nous avons retenu les
montants déclarés dans l’enquête (Revenu Minimum Garanti,
Allocation de soins, Allocation pour personnes gravement
handicapées, aides du Fonds national de solidarité). Pour les
transferts français, cf. Legendre
et alii (2002c).
[(9)]
Myriade simule la Prime pour l’emploi selon la législation
initiale de 2001, c’est-à-dire avant le doublement de son
montant décidé en cours d’année et versé en janvier 2002 au
titre de 2001.
[(10)]
En revanche, les simulations retiennent le regroupement
adéquat à chacun des transferts ou prélèvements : individu,
foyer allocataire, foyer fiscal, ménage…
[(11)]
En conséquence de cette différence de délimitation, la
notion d’enfant n’est pas exactement la même dans les deux
pays. Pour minimiser cette différence, lorsque nous présentons
des résultats différenciant les familles/ménages avec
versus
sans enfant(s), nous retenons, pour le Luxembourg, une
définition de l’enfant plus restrictive que celle implicitement
contenue dans la notion de ménage : ne sont en effet alors
considérés comme des enfants que les individus à charge de
leurs parents du point de vue des Allocations familiales
(c’est-à-dire les individus âgés de moins de 18 ans, ou âgés de
moins de 27 ans sous réserve d’être en formation).
[(12)]
Legendre
et alii (2001a, p. 8). “ (…) si ce taux s’établit à
-50%, cela veut dire que la moitié du revenu disponible de
l’individu est constitué de transferts nets de prélèvements ; à
33,3%, que les prélèvements nets représentent un montant qui
correspond au tiers du revenu disponible ” (
ibidem, p. 8).
[(13)]
Cette différence peut provenir cependant de la différence
méthodologique entre ménage et famille, certains jeunes
adultes étant considérés comme des familles d’isolés en
France, alors qu’ils seraient membres d’un ménage avec
enfants au Luxembourg.
[(14)]
Baisse de 1,25 point pour les taux des quatre premières
tranches d’imposition et de 0,75 point pour les deux dernières,
augmentation du plafond de l’avantage de quotient familial
pour les parents non isolés et augmentation du plafond de la
décote en France. Réduction de 8 à 10 points des taux
marginaux d’imposition, passage de 18 à 17 tranches
d’imposition et rehaussement du minimum imposable pour la
réforme du barème luxembourgeois (pour plus de détail
concernant le Luxembourg, cf. annexe 1).
[(15)]
Pour une analyse plus approfondie de cet aspect, cf.
notamment Legendre
et alii (2001a, p. 12). La distribution par
déciles, relative à la France et présentée au graphique 1, est
relativement identique à celle calculée par l’Insee (2002, tab. 3,
p. 83), les petites différences entre les deux sources étant
probablement dues à la différence d’unité d’analyse (l’individu
dans notre cas, le ménage dans le cas des travaux de l’Insee).
[(16)]
1,14 milliard d’euros selon la simulation de Myriade
(Legendre
et alii, 2001a, p. 8), ce qui constitue une estimation
un peu basse comparativement à celles proposées par
Lhommeau et Murat (2001a, p. 78) selon une simulation d’Ines
(1,19 milliard) ou par le Ministère de l’Économie et des
Finances (2001, p. 136) : 1,3 milliard.
[(17)]
Source : Magnien
et alii (2002, p. 74).
[(18)]
Lhommeau et Murat (2001a, p. 81) estiment, avec le
modèle de microsimulation Ines, que la réforme a très
légèrement diminué les inégalités de niveau de vie (-0,12 point
de coefficient de Gini) en menant l’analyse au niveau ménages
et en tronquant les deux déciles extrêmes.
[(19)]
Dans cette publication, le lecteur pourra trouver une
présentation très pédagogique du mode de construction et
d’interprétation des indicateurs en question.
[(20)]
On retrouve ici la conclusion de Aubert
et alii (2002, p.
218) : “ (…) la PPE augmente le caractère redistributif de
l’impôt sur le revenu, dans des proportions qui restent toutefois
modérées ”. Ces auteurs indiquent par ailleurs que l’indice de
redistributivité de Musgrave passe de 1,050 avant réforme, à
1,047 après réforme sans PPE et à 1,051 une fois pris en
compte la PPE (selon la législation de 2001 avec prise en
compte du doublement de la prime). Pour la comparaison,
rappelons que Myriade simule la PPE sans prise en compte de
son doublement.
[(21)]
Dans une moindre mesure, le même raisonnement peut
être retenu pour les autres types de foyers avec enfant(s); pour
plus de détail à ce sujet, cf. Berger
et alii (2001).
[(22)]
Au total et en moyenne, la variation de leur niveau de vie
est donc nettement inférieure à la moyenne calculée pour
l’ensemble des familles, moyenne qui est estimée à 0,8% par
Myriade, comme par Ines (cf. Lhommeau et Murat, 2001a, p.
81).