2003
Économie et Prévision
Évaluation et mise en perspective des effets incitatifs et redistributifs de la Prime pour l’Emploi
Olivier Bargain
[(*)]
Isabelle Terraz
[(**)]
Au-delà des simples études de cas types, nous proposons une analyse “grandeur nature” de la Prime pour l’Emploi à partir
du logiciel de microsimulation SYSIFF98. Il s’agit d’abord d’une mise en perspective de la PPE par rapport aux autres
mesures suggérées (Allocation Compensatrice de Revenu et ristourne de CSG), à coût budgétaire comparable.
L’évaluation des taux marginaux effectifs de prélèvement et des gains financiers à la reprise d’emploi confirment ensuite
que la PPE n’atteint que modestement ses objectifs incitatifs. La version 2003 (avec majoration pour les salariés à temps
partiel) reste trop modeste pour rendre vraiment intéressante une reprise d’activité à mi-temps. Nous caractérisons
finalement les effets individuels de la mesure et les possibles effets de seuil qu’implique le plafond d’éligibilité au niveau
du ménage. Mots-clés :
trappes d’inactivité, réforme fiscale, microsimulation.
Going beyond mere case studies, this paper proposes a “life-size” analysis of the prime pour l’emploi (earned income tax credit)
using the SYSIFF98 microsimulation model. The first step is to set the PPE in perspective in relation to other suggested measures
(allocation compensatrice de revenu – income support - and rebate on the CSG levy) at comparable budgetary cost. Subsequent
evaluations of real marginal tax rates and the financial benefits of a return to work confirm that the incentive effects of the PPE are
relatively weak. The 2003 version (with an added incentive for part-time workers) is too mild to make a return to part-time
employment truly attractive. In conclusion, we describe the individual effects of the PPE and the possible threshold effects implied
by the eligibility ceiling for households. Keywords :
unemployment trap, tax reform, microsimulation.
Nous remercions Fr. Bourguignon, J. Pisani-Ferry ainsi qu’un rapporteur anonyme pour leurs nombreuses suggestions. Toute erreur
ou omission relève de notre entière responsabilité.
Au-delà des simples études de cas types, nous proposons une analyse “grandeur nature” de la Prime
pour l’Emploi à partir du logiciel de microsimulation SYSIFF98. Il s’agit d’abord d’une mise en
perspective de la PPE par rapport aux autres mesures suggérées (Allocation Compensatrice de
Revenu et ristourne de CSG), à coût budgétaire comparable. L’évaluation des taux marginaux effectifs
de prélèvement et des gains financiers à la reprise d’emploi confirment ensuite que la PPE n’atteint
que modestement ses objectifs incitatifs. La version 2003 (avec majoration pour les salariés à temps
partiel) reste trop modeste pour rendre vraiment intéressante une reprise d’activité à mi-temps. Nous
caractérisons finalement les effets individuels de la mesure et les possibles effets de seuil qu’implique
le plafond d’éligibilité au niveau du ménage.
De nombreuses études défendent l’idée que le
système fiscal et redistributif français génère de
sérieuses désincitations au travail (CSERC, 1997 ;
Pisani-Ferry, 2000 ; Belorgey, 2001). L’analyse des
“trappes d’inactivité” repose en premier lieu sur
l’a r g u m e n t d e t a u x m a r g i n a u x e f f e c t i f s
confisc atoires dans le ba s de la distribution
(Bourguignon, 1997 ; Bourguignon et Chiappori,
1998 ; Bourguignon et Bureau, 1999 ; Laroque et
Salanié, 1999 ; Fleurbaey
et alii, 1999b). La nature
différentielle des minima sociaux est le principal
responsable, qu’il s’agisse du Revenu Minimum
d’Insertion (RMI), de l’Allocation Parent Isolé
(API) ou de l’Allocation de Solidarité Spécifique
(ASS). Mais d’autres éléments viennent aggraver le
problème, notamment la perte des droits connexes en
fin de statut RMIste. Parmi ces gains, certains sont
difficilem ent mesurables (aides au transport,
réduction de frais de cantine scolaire, crèches
subventionnées, Couverture Maladie Universelle,
etc.) tandis que d’autres sont mieux identifiés.
Citons l’exonération de la taxe d’habitation pour les
allocataires du RMI et le mode de calcul des
Allocations de Logement qui décroît avec les
revenus d’activité mais pas avec les revenus de l’aide
sociale
[1].
Les mesures récentes vont dans le bon sens.
L’exonération de la taxe d’habitation est, depuis
2000, maintenue en cas de retour à l’emploi pendant
la période de cumul d’un RMI et d’un revenu
d’a c t i v i t é a i n s i q u e l’a n n é e s u i v a n t e. L e s
Allocations de Logement (AL) ont également été
réformées dans ce sens en 2001 pour mettre fin à
l’asymétrie de traitement entre revenus d’activité et
transferts sociaux
[2]. C’est probablement la réforme
la plus importante mais elle n’est pas suffisante. Les
désincitations créées par les m inima sociaux
demeurent ; les mesures d’intéresse ment, en
permettant un cumul temporaire du RMI et de
revenus d’activité, n’ont corrigé que partiellement le
problème
[3].
On se demande donc dans quelle mesure la création
de la Prime pour l’Emploi (PPE), en février 2001, a
permis de lutter plus avant contre le phénomène de
trappe à pauvreté/inactivité. Cette prime a été
présentée par le précédent gouvernement comme un
instrument devant répondre au double objectif
d’aide au retour à l’emploi et de soutien aux bas
revenus. Rappelons cependant que l’ambition
première de la mesure était un geste en faveur des bas
revenus concomitante à une baisse de l’Impôt sur le
Revenu en faveur des ménages plus aisés
[4].
Le document du CERC (2001) présente une première
analyse de la PPE et de certaines propositions
alternatives comme l’Allocation Compensatrice de
Revenu (ACR). Hagneré et Trannoy (2001) étudient
également les gains financiers résultant des diverses
réformes sur des cas types. Enfin, des évaluations de
la mesure ont été menées à l’aide des logiciels de
microsimulation Ines (Lhommeau et Murat, 2001) et
Myriade (Legendre, Lorgnet et Thibault, 2001,
2002). Elles mettent notamment l’accent sur le
chiffrage et les impacts redistributifs de la réforme.
La première compare la PPE aux autres volets de la
réforme 2000 (réduction d’impôt sur trois ans et
réforme des AL dans le secteur locatif) et détaille de
façon instructive la répartition de la PPE à travers les
niveaux de revenus et les types d’emploi. En
simulant des variantes de la PPE, la seconde étude
suggè re qu’il est difficile de ré orienter plus
spécifiquement le bénéfice de la PPE vers les faibles
revenus.
Nous proposons ici un bilan d’ensemble en deux
étapes. Dans un premier temps, nous mettons en
perspective la PPE par rapport aux propositions
alternatives - ristourne de CSG/CRDS et ACR -, les
trois types de réformes ayant des objectifs proches
mais des modalités et des philosophies différentes.
Nous présentons les différents scénarios - construits
à coût budgétaire comparable - et leur impact
redistributif (première partie). Nous analysons
ensuite les impacts incitatifs potentiels des trois
mesures, à savoir leurs effets sur les taux marginaux
effectifs de prélèvement et sur les gains financiers à
la reprise d’emploi à temps plein ou temps partiel
(deuxième partie). Dans un second temps, nous
étudions la mesure finalement retenue par le
gouvernement actuel pour 2003. L’analyse porte sur
les effets incitatifs de la Prime pour l’Emploi
(troisièm e partie) et détaille les mécanismes
incitatifs au niveau individuel et les possibles effets
de seuil (quatrième partie).
Simulation des réformes, chiffrage et
effets redistributifs
La PPE est versée en 2003 pour la troisième année
consécutive. Prévue à l’origine pour atteindre un
taux de 6,6% cette année, elle a finalement été
modifiée par le gouvernement “Raffarin”: le taux est
plus bas que prévu (4.4%) mais la nouvelle mesure
offre une majoration pour les temps partiels. Dans
cette section et la suivante, nous comparons la PPE
“plein régime” (6,6%) aux réformes alternatives
proposées depuis 1999.
Il y a plusieurs motivations au fait de présenter les
alternatives à la PPE. Premièrement, si l’on en croit
le rapport du CERC (2001), la PPE n’est qu’une
première étape dans le développement d’instruments
de soutien aux bas revenus conciliant à la fois des
o b j e c t i f s r e d i s t r i b u t i f s e t i n c i t a t i f s
[5].
Deuxièmement, le débat sur l’individualisation des
i ns t r u m e n t s f i s c a u x e t s o c i a ux n e f a i t q u e
commencer en France ; la proposition de ristourne
sur la CSG (Contribution Sociale Généralisée),
mesure entièrement individuelle, en constitue un
premier signal. La PPE s’en inspire fortement et se
distingue d’une mesure purement familiale comme
l’ACR. Ce chapitre consiste donc moins à décrire les
alternatives proprement dites qu’à présenter la PPE à
la lumière des autres mesures, en ressemblance ou en
opposition.
Microsimulation
Cette étude est réalisée à partir du logiciel SYSIFF98
connecté à l’enquête Budget des Familles Insee. Les
techniques de microsimulation statique permettent
d’appréhender les effets d’une réforme du système
f is c a lo - so c ia l a u n iv e a u d e c ha q u e m é na g e
représentatif et, par agrégation, au niveau de la
population. Au-delà des études de cas types, une
a naly se d’ens em ble du pote ntiel inc ita tif e t
redistributif du système fiscal existant - ou d’une
réforme en cours - est donc possible. Le modèle
SYSIFF98, à distinguer du premier programme
SYSIFF présenté dans Bourguignon, Chiappori et
Sastre (1988), est décrit en détail dans Bargain,
Bourguignon et Terraz (2002)
[6]. Bargain et Terraz
(2001) présentent son extension dans le projet
européen EUROMOD. Nous ne prenons pas en
compte la possible m odification des revenus
primaires au travers de réactions d’offre de travail.
Pour étudier le potentiel redistributif et incitatif de la
PPE et de ses alternatives, nous partons d’une
situation initiale (“
statu quo” dans la suite) où les
autres efforts de soutien aux bas salaires ont déjà été
pr is e n c om p te. C ’es t nota m m e nt le c a s de
l’intr oduc tion d’un a ba tte m ent da ns la ba se
ressource des allocations de logement, mettant fin à
la discontinuité en sortie de statut RMIste. En
revanche, on ne s’intéresse pas en détail, comme
Legendre
et alii (2001), aux modifications du
barème de l’impôt sur le revenu puisqu’il concerne
peu les ménages ciblés dans notre étude
[7]. L’horizon
de simulation retenu est supérieur à un an
[8]. Notons
enfin que le logiciel SYSIFF98 simule la législation
de 1998 qui diffère “structurellement” peu de la
législation 2001 (année d’introduction de la PPE)
[9];
les barèmes sont actualisés en conséquence. Notre
scénario de référence correspond donc bien à une
situation “
ex-ante” par rapport aux réformes que l’on
souhaite simuler.
Hypothèses de simulation des réformes et chiffrage
N o us pr é s e n to ns ic i le s tr o i s r é f o r m e s, le s
hypothèses de simulation et un chiffrage rapide
(nombre de bénéficiaires, montant moyen, coût total
de la réforme). Il est à noter que les définitions
présentées ci-après relèvent d’un arbitrage entre le
souhait de rester fidèle à l’esprit des mesures
originelles et la nécessité de construire des scénarios
de réforme à coût budgétaire comparable. Nous
optons donc ici pour le scénario de PPE prévu à
l’origine pour 2003 (taux d’entrée de 6,6%).
Prime pour l’emploi (PPE)
Le PPE fonctionne comme un crédit d’impôt sur le
revenu et l’unité de calcul est donc le foyer fiscal. Il
existe une condition de ressource au niveau du foyer
et une au niveau individuel, de sorte qu’une personne
avec de faibles revenus mais vivant dans un foyer
aisé ne perçoive pas la prime. Le revenu imposable
du foyer fiscal doit être inférieur à 11586 euros pour
un célibataire ou concubin, ce qui correspond
environ à 1,55 SMIC transposé en revenu brut. Ce
plafond est doublé pour un couple marié sans enfant,
soit un revenu total des époux de l’ordre de 3,1 SMIC
brut, majoré de 3201 euros par demi-part de quotient
familial pour un couple avec enfants.
Passons au calcul de la prime. Le revenu individuel
d’activité
Y est exprimé ici en termes de revenu
fiscal, c’est-à-dire net de cotisations et de CSG
déductible. Chaque membre peut ouvrir droit à un
montant de PPE individuel s’il est “actif” au sens de
la PPE, c’est-à-dire si
Y est supérieur à 0,3 fois le
SMIC fiscal annuel qu’on note
Sfisc
[10]. Dans la
section de la déclaration fiscale concernant la PPE, le
nombre d’heures travaillées dans l’année - noté
H -
doit être renseigné de façon à ce que l’administration
fiscale calcule un coefficient multiplicateur qui
pe r m et de t ra n sf o r m e r le r e ve n u a n nu e l e n
équivalent temps plein et année pleine :
avec 1820 correspondant au nombre d’heures
maximal (temps plein sur l’année). Le montant
individuel de prime se calcule comme suit :
Notons Sbrut le montant annuel de SMIC brut, G le
revenu brut annuel et f le taux de conversion du
revenu brut en revenu fiscal de sorte que f = Sfisc /
Sbrut = 82% et Y = fG. On obtient alors :
La PPE du foyer est la somme des PPE individuelles,
auxquelles ouvrent droit les membres exerçant une
activité professionnelle, et d’une majoration
familiale
[11].
Ristourne de CSG/CRDS
Le premier scénario de réforme, imaginé par le
précédent gouvernement, était un dispositif de
ristourne de la CSG et de la CRDS (Contribution au
Remboursement de la Dette Sociale) sur les revenus
salariaux individuels. Ce système aurait à terme
conduit à une ristourne totale au niveau d’une
rémunération au SMIC et dégressive jusqu’à 1,4
SMIC. Cette mesure a été jugée anticonstitutionnelle
en tant que modification d’un impôt direct (la CSG)
ne tenant pas compte des capacités contributives des
individus (cf. Dupont et alii, 2000, Dupont et
Sterdyniak, 2001). Cette mesure aurait cependant pu
voir le jour si elle avait plutôt été présentée comme
une subvention aux bas salaires.
On reproche généralement à cette réforme de
compliquer inutilement un impôt simple comme la
CSG et de lui faire perdre sa proportionnalité pour
une progressivité ne prenant pas en compte la
situation familiale et les autres revenus.
Le graphique 1 montre bien que la PPE répond aux
mêmes aspirations que ce projet initial, les courbes
étant de même forme et centrées sur un SMIC temps
plein. Pour la PPE, la troncature à 0,3 SMIC renforce
l’idée qu’il ne s’agit pas de soutenir le travail
précaire mais au contraire un travail à temps plein. La
ristourne de CSG/CRDS correspond à un taux un peu
supérieur, à savoir 7,6% (7,5% pour la CSG et 0,5%
pour la CRDS, s’appliquant à 95% du revenu brut).
Les maxima de la PPE et de la ristourne s’écrivent
respectivement:
soit 687 et 968 euros respectivement (chiffres de
2001). En réalité, le gain individuel net de la
ristourne de CSG est moindre puisque le montant
d’IR (Impôt sur le Revenu) payé augmente et les
aides fam iliales sous condition de ressourc e
diminuent. En effet, le revenu imposable n’est plus
diminué de la CSG déductible et les CSG/CRDS ne
sont plus retranchées de la base ressource des aides,
notamment de l’allocation logement (ce n’est pas le
cas du RMI et de l’API qui considèrent le revenu net
avant CSG et CRDS). Cette interférence avec les
autres instruments fait que le gain réel procuré par la
réforme se rapproche de façon surprenante du gain
de PPE (cf. graphique 1).
Graphique 1
PPE et ristourne de CSG
(cas type : personne seule)
La véritable différence entre les deux réformes
repose donc avant tout sur le plafonnement des
ressources du ménage dans la PPE
[12]. La ristourne de
C S G / C R D S e s t u n e p r e m i è r e t e n t a t i v e
d’individualisation du système fiscal français
[13]. La
PPE a été construite dans le même esprit et le plafond
d’éligibilité familial ne constitue qu’une correction
destinée à rendre la mesure acceptable après le refus
de la ristourne.
Allocation Compensatrice de Revenu (ACR)
L’ACR a été proposée par Godino (1999)
[14]. Il s’agit
d’une mesure destinée à soutenir le niveau de vie des
ménages pauvres, non d’une politique de soutien aux
bas salaires.
L’ACR assure une continuité entre les revenus de
transfert (RMI, API, ASS, allocation de logement) et
le revenu salarial. Dans le cas d’une personne seule,
l’allocation remplace le RMI/API en cas d’inactivité
et se prolonge linéairement jusqu’à s’éteindre à un
niveau d’activité au SMIC plein-temps. C’est donc
un montant forfaitaire dont sont déduits les revenus
d’activité mais à un taux marginal moins élevé que
dans le cas du RMI (42% au lieu de 100%, hors
intéressement) ; les revenus autres que ceux
d’activité sont taxés à 100%. On peut voir cette
mesure comme une pérennisation du mécanisme
d’intéressement ou encore comme une extension du
RMI, ce qui en fait véritablement un système “basic
income – flat tax” (cf. Atkinson, 1995). Elle se
calcule comme suit :
avec B le montant de base du RMI (366 euros en
1998) et Ï„ le taux marginal de taxation des revenus
d’activité nets de cotisations (notés R). Si l’ACR
s’annule au niveau du SMIC plein (on note Snet le
SMIC mensuel net de cotisations salariales, soit 881
euros en 1998), on a bienτ = B/Snet soit environ 42%.
Pour étendre la mesure à d’autres types de ménages,
on retient le même taux Ï„ = 42% de sorte que, en
notant B(n) le montant de RMI de base pour un
ménage de configuration n, PF(n) le total des
prestations familiales et du forfait logement entrant
habituellement dans le calcul du RMI et K les autres
revenus du ménage (notamment les revenus du
capital), on obtient :
Supposons que le ménage ne reçoive que des revenus
d’activité. Si on note
e (
n) l’échelle d’équivalence du
RMI de sorte que
B(
n) =
e(
n)
B, l’aide s’éteint alors
p o u r u n n i v e a u d e r e v e n u f a m i l i a l
R e n B PF n e n PF n B Snet* [ ( ) ( )] / [ ( ) ( ) / ]= − = −
Ï„,
c’est-à-dire un “SMIC (net) équivalent” selon une
échelle d’équivalence mixte entre l’échelle officielle
du RMI et l’échelle moyenne des prestations
familiales. Il s’agit bien de l’échelle d’équivalence
implicite du RMI
[15]. Le montant de base et l’échelle
d’équivalence (implicite) sont ceux de l’API dans le
cas d’un parent isolé répondant aux mêmes critères
d’éligibilité que ceux définis pour l’API.
C o n s i d é r o n s m a i n t e n a n t l’A C R c o m m e u n
complément du RMI existant. L’aide a alors une
forme en triangle, centrée sur un revenu équivalent à
la sortie du RMI, soit environ 36,5% du SMIC brut.
Le montant maximal d’ACR pour un célibataire sans
enfant et ne touchant pas d’allocation logement
serait donc (en rappelant que Ï„ = B Snet/ ) :
soit 2590 euros annuels (chiffre 2001) et quasiment
quatre fois plus que le maximum de PPE.
Chiffrage des réformes
Le tableau 1 présente un chiffrage des mesures telles
que définies ci-dessus. On distingue notamment la
PPE appliquée en 2001 (PPE22 au taux de 2,2%) et la
PPE initialement prévue pour 2003 (PPE66 au taux
de 6,6%).
Par rapport aux autres modèles de microsimulation,
nous sous-évaluons très légèrement le nombre de
personnes touchées par la PPE : d’après SYSIFF98,
6,9 millions de ménages sont concernés par la
mesure contre 7,4 millions d’après la simulation de
Lhommeau et Murat (2001) à partir du logiciel
Ines
[16]. L’explication principale est que SYSIFF98,
contrairement aux autres modèles, s’appuie sur
l’enquête Budget des Familles.
L’absence de plafonnement au niveau du foyer
explique que la ristourne de CSG/CRDS touche plus
de ménages que la PPE (11,5 millions). Bien que le
montant moyen soit plus faible, la mesure est donc
légèrement plus onéreuse (3 milliards d’euros contre
2,4 milliards pour la PPE). Malgré ce surcoût, nous
avons choisi de conserver la mesure telle qu’elle a été
proposée en 2000
[17].
L’ACR est chiffrée à 2,5 milliards d’euros. Elle est
beaucoup plus ciblée que les autres m esures
puisqu’elle ne concerne que 1,8 million de ménages à
b a s r e v e n u s d o n t 1,4 2 m i l l i o n e n s u s d e s
bénéficiaires du RMI. Gravel
et alii (2001) chiffrent
la mesure à près de 2 milliards d’euros pour environ
1,38 million de ménages en sus des RMIstes
[18]. Le
coût semble assez bas par rapport aux 3,63 milliards
d’euros annoncés par D. Spector dans la note de
Godino
et alii (1999). En fait, tout comme Gravel
et
alii (2000), notre estimation tient compte des
récentes réformes des allocations de logement. De
plus, dans le calcul de Spector, tous les revenus
présents dans la base ressource des minima sociaux
ne sont pas inclus dans celle de l’ACR, ce qui
augmente significativement l’aide versée.
Tableau 1
chiffrage des réformes
Tableau 1 : chiffrage des réformes
Source PPE22 PPE66 rist CSG ACR
Coût apparent en milliards d’euros (de F) SYSIFF98 1,04 (6,83) 2,40 (15,74) 3,40 (22,28) 2,49 (16,33)
Coût réel en milliards d’euros (de F) SYSIFF98 1,04 (6,82) 2,39 (15,71) 3,02 (19,80) 2,49 (16,33)
INES 1,20 2,8 - -
Myriade 1,14 - - -
Nombre de ménages bénéficiaires (en millions) SYSIFF98 6,9 6,9 11,5 1,8
INES 7,4 7,4 - -
Nombre de bénéficiaires en % de la pop. active SYSIFF98 29,2% 29,3% 48,7% 7,5%
INES 31,2% 31,2% - -
Montant moyen par bénéficiaire (en euros) SYSIFF98* 150 346 299 1406
SYSIFF98** 150 345 265 1405
INES 162 383 - -
DGI 144 - - -
Myriade 152 - - -
Source : INES : Lhommeau et Murat (2001), DGI et Myriade : Legendre et alii (2002).
Note : * montant apparent ** montant réel.
INES : Lhommeau et Murat (2001), DGI et Myriade : Legendre et alii (2002).
Impact redistributif
Dans cette section, nous présentons l’impact
redistributif des réformes dans la mesure où l’un des
objectifs officiels de la PPE est de subventionner les
travailleurs pauvres. Le rapport Pisani-Ferry (2000)
insiste sur le fait que la motivation d’un complément
financier aux bas salaires n’est pas qu’incitative
m a i s se j us ti f ie é ga l e m e n t p a r u n e vo lo nt é
redistributive.
Tableau 2
impact redistributif des réformes
Tableau 2 : impact redistributif des réformes
statu quo PPE66 rist CSG ACR
D9/D1 3,96 3,92 3,91 3,79
D9/D5 1,85 1,84 1,84 1,85
D5/D1 2,14 2,14 2,13 2,05
Rapport interdécile
variation D9/D1 (pts) - -0,03-0,05-0,17
variation D9/D5 (pts) - -0,01-0,01 0,00
variation D5/D1 (pts) - -0,01-0,01-0,09
seuil à 40% du revenu médian 2,89 2,80 2,79 2,32
variations (pts) - -0,09-0,09-0,56
seuil à 50% du revenu médian 6,49 6,50 6,56 5,40
Taux de pauvreté
variations (pts) - 0,01 0,07-1,09
seuil à 60% du revenu médian 13,08 12,87 12,98 11,82
variations (pts) - -0,21-0,10-1,26
On ne cherchera pas à comparer directement les
résultats à ceux des études de Lhommeau et Murat
(2001) ou Legendre
et alii (2001). S’appuyant sur
l’enquête “Revenus fiscaux” de la DGI, la première
étude propose un classement par déciles de revenus
fiscaux par unité de consommation. Les auteurs
regardent l’impact de la réforme complète, à savoir
PPE, baisse des taux de l’impôt sur le revenu et
réforme des allocations de logement. Nous ne
comparons donc pas exactement la même chose et
l’utilisation de bases différentes influence les
résultats. En outre, nous classons systématiquement
les ménages en fonction de leur revenu disponible
par u.c.(unité de consommation) et en utilisant
l’échelle OCDE modifiée
[19]. Il apparaît d’ailleurs
que les taux de pauvreté sont extrêmement sensibles
à l’échelle retenue
[20]. Le taux de pauvreté (au seuil
de 50% de la médiane) de notre scénario “
statu quo”
(une fois intégrée la réforme des allocations de
logement) est de 6,49%.
Sans détailler la répartition des bénéficiaires déjà
p r é se nt e da ns pl u si e u r s é t ud e s ( no t a m m e nt
Lhommeau et Murat, 2001), nous soulignons
simplement que l’effet redistributif de la PPE est très
faible. Comme le montre le tableau IIb, la ristourne
de CSG est encore moins performante tandis que
l’ACR réduit substantiellement le taux de pauvreté.
Les inactifs et chômeurs n’entrant pas dans le champ
de la mesure, il convient de restreindre l’analyse aux
ménages “ potentiellement actifs” (personne de
référence non étudiante et de moins de 60 ans),
comme le font Atkinson et alii (2001), ou encore aux
ménages comportant au moins un actif occupé
(Legendre et alii, 2001,2002). On trouve alors un
caractère redistributif à la PPE dans la mesure où le
dispositif profite plus aux premiers déciles de cette
sous-population. Les déciles deux à cinq sont
majoritairement bénéficiaires mais les déciles
supérieurs reçoivent également une partie de l’aide.
Même dans cette sous-population, le premier décile
tire peu de bénéfice de la mesure. En effet, la PPE est
peu ciblée sur les revenus d’activité les plus
modestes, ces derniers étant caractérisés moins par le
fait d’être payés au salaire minimum que de ne pas
trouver d’emploi à temps plein sur l’année ou d’être
le seul actif occupé dans un ménage de plusieurs
membres. En cela, la mesure s’apparente donc à un
relèvement du SMIC et les effets distributifs restent
malgré tout dilués sur l’ensemble des niveaux de vie.
Legendre et alii (2002) montrent que le soutien aux
familles à faibles revenus annuels ne pourrait être
obtenu qu’en altérant profondément la PPE. Ils
considèrent le revenu annuel d’activité et non son
équivalent année pleine, tout en conservant le
conditionnement à un salaire horaire faible, et
abaissent par ailleurs le seuil d’extinction de la
mesure (ils centrent leur variante à 0,6 SMIC et
l’annulent à 1,2). Même avec une telle variante, les
quatre premiers déciles ne reçoivent que 58% de la
PPE totale contre 47% dans la version originale.
Cibler les familles à faibles revenus annuels n’est
donc pas facilement réalisable avec un instrument
portant sur les revenus d’activité individuels. De
plus, le plafond d’éligibilité de la PPE au niveau du
foyer fiscal est relativement élevé et ne permet pas de
concentrer l’aide sur les faibles revenus.
La ristourne de CSG est encore moins ciblée que la
P P E de p a r l’a bs e nc e d e pl a f on ne m e nt d e s
ressources du ménage. En effet, elle bénéficie avant
tout aux ménages biactifs au SMIC et peut profiter à
des ménages riches dont un des conjoints a un faible
salaire. L’absence de seuil d’entrée joue peu puisque
très peu de ménages ont des revenus inférieurs à 0,3
SMIC annuel.
PPE et ristourne de CSG profitent donc massivement
aux ménages qui ne sont pas en situation de pauvreté
(84,5% pour la PPE et 80% pour la ristourne de
CSG)
[21]. Lorsque c’est le cas, elles touchent plus
souvent et plus fortement les ménages proches de
60% du revenu disponible médian par équivalent
adulte que les ménages autour de 50%
[22]. Nos
conclusions ne s’écartent pas pour autant de celles,
plus optimistes, qui annoncent une baisse de la
pauvreté (0,2 point au seuil de 50%) due à l’ensemble
des mesures (PPE, baisse des taux de l’impôt sur le
revenu et réforme des allocations de logement)
[23].
Mais il nous semble que le mérite en revient avant
tout à la modification du calcul des allocations de
logement alors que les baisses de taux de l’impôt sont
clairement régressives.
Enfin, plus de la moitié des personnes ciblées par
l’ACR se trouvent en dessous du seuil de 60% et les
montants distribués sont de plus grande ampleur
qu’avec les autres mesures. En se concentrant sur les
familles à bas revenus, cette réforme permet donc de
ré duire la pauvreté m onéta ir e de faç on plus
substantielle.
Effets incitatifs des réformes
En quoi les réformes suggérées peuvent-elles
favoriser l’emploi ? La question est de savoir si les
gains à la reprise d’un emploi augmentent de façon
significative avec les mesures proposées sans pour
autant désinciter ceux qui travaillent, c’est-à-dire
augmenter le urs ta ux ma rginaux effectifs de
prélèvement
[24]. Nous évaluons donc le potentiel
i n c it a t i f d e c h a q u e m e s u r e e n s u i v a n t u n e
méthodologie désormais classique (Bourguignon,
1998 ; Laroque et Salanié, 1999). L’exercice se
déroule en deux temps. D’une part, nous examinons
la variation de s taux marginaux eff ectifs de
prélèvement induite par les réformes ainsi que la
modification de leur distribution dans la population.
On se concentre pour cela sur les ménages
actifs et
potentiellement actifs. D’autre part, nous regardons
les incitations financières à reprendre un emploi à
plein-temps ou à mi-temps (payé au SMIC horaire)
avant et après réforme. On se concentre alors sur les
ménages inactifs.
Incitations potentielles sur les heures travaillées
Taux marginaux effectifs de prélèvement
Les taux marginaux effectifs de prélèvement (TMEP
dans la suite) mesurent l’importance des distorsions
engendrées par le système fiscal et redistributif, à
savoir la fraction de revenu amputée sur un revenu
additionnel. Ce dernier peut correspondre à un effort
supplémentaire au travail récompensé par une
hausse de la rémunération horaire ou à une hausse du
temps de travail. Les TMEP sont
effectifs (ou
implicites) dans le sens où ils intègrent l’effet total du
système, à savoir le supplément de taxes payé, mais
égalem ent la per te é ve ntuelle de pr estations
familiales et d’aides sociales. Si l’on note
G le revenu
brut et
D le revenu disponible associé, la pente de la
contrainte de budget s’écrit ∆ ∆
D G/ et la formule de
calcul du TMEP est simplement
[25] :
L’impact d’une aide M sur le TMEP dépend de la
variation de M avec l’incrément de revenu brut. Si
l’indice 1 correspond aux montants avant incrément
e t 2 a p r è s i n c r é m e n t, d e s o r t e q u e
TMEP D D G= − −1 2 1( ) / ∆, l e T M E P a p r è s
introduction de l’aide M s’écrit simplement :
Si le montant d’aide augmente avec l’incrément de
revenu, le TMEP diminue.
Impact des réformes sur les TMEP : cas type
Les trois réformes prennent une forme en triangle,
exception faite du démarrage à 0,3 SMIC de la PPE.
Leurs impacts respectifs sur les taux marginaux et les
contraintes budgétaires s’analysent donc de façon
pr o ch e. No us c o m m e n ço ns pa r un e a n a lys e
desc riptive du cas d’un tr availleur se ul (cf.
graphique 2).
Graphique 2
montant de prestations distribuées
pour un célibataire sans enfant
Le calcul de la PPE est centrée sur un SMIC plein et
considère le revenu fiscal en équivalent temps-plein
et année pleine (Ye). Cette proratisation de la prime
complique l’analyse et nécessite de distinguer selon
les temps de travail.
Pour tout salarié dont le revenu annuel total est
inférieur au SMIC annuel, l’introduction de la PPE
conduit à une baisse de 5,5 points de pourcentage du
TMEP. En effet, en différenciant l’équation (1’), on
voit immédiatement qu’une hausse de revenu brut
∆ G correspond à une augmentation de la prime de
∆ M = 5,5% ∆ G et donc à une baisse du TMEP de 5,5
points (cf. équation 6). Ceci reste vrai quelle que soit
la définition de l’incrément ∆ G (qu’il s’agisse d’une
hausse du temps de travail H ou du salaire horaire).
Pour les salariés dont le revenu annuel total est
compris entre une fois et 1,4 fois le SMIC annuel, il
convient de distinguer selon le temps de travail. Pour
un salarié à plein temps annuel (pour lequel e =1),
l’introduction de la PPE conduit à une hausse de 13,5
points de pourcentage du TMEP quel que soit le type
d’incrément. Le raisonnement est le même que
ci-dessus en utilisant l’équation (2’). En revanche,
pour un salarié employé à temps partiel (pour lequel
e = 1820/H>1), une hausse de la rémunération
horaire conduit à une augmentation du revenu
équivalent temps plein et donc à une baisse du
montant de PPE / hausse du TMEP. En revanche, une
augmentation marginale du temps de travail H
conduit à une hausse du montant de prime perçue –
d’autant plus importante que le salaire horaire est
faible – donc à une baisse du TMEP. L’impact de
l’introduction de la PPE dépend donc ici de la
définition du TMEP retenue.
L’analyse est ide ntique pour la r istourne de
CSG/CRDS mais avec des variations (apparentes) de
TMEP plus élevées : - 7,6 points pour la zone
d’entrée et +19 pour la zone de sortie de la mesure.
Cette analyse est schématique : comme on l’a vu, la
ristourne modifie d’autres instruments (impôt,
prestations sous condition de ressource) de sorte que
l’effet se rapproche de celui de la PPE.
Pour l’ACR, l’analyse est centrée autour de 0.4
Sbrut. Avec une telle mesure, un individu travaillant
pour un très faible revenu (entre 0 et 0,4
Sbrut)
verrait son TMEP diminuer de 63,5 points de
pourcentage
[26]. En revanche, pour une activité
comprise entre 0,4
Sbrut et un temps plein payé au
SMIC horaire, son TMEP augmenterait de 36,5
points.
Distribution des TMEP de la population active et
potentiellement active
Passons à une analyse quantitative de l’impact des
mesures sur les TMEP. L’analyse de sensibilité
établie par Bargain, Bourguignon et Terraz (2002)
montre que la définition du concept de TMEP
conditionne dans une certaine mesure les résultats
obtenus. Plusieurs critères entrent en jeu : la
personne dont on incrémente le revenu, le concept de
revenu incrémenté (brut, net, fiscal, etc.) ainsi que le
t yp e d’i n c r é m e n t ( r e la ti f o u a bs o l u). N ou s
choisissons ici un incrément absolu de 1524 euros, ce
qui correspond à 5 heures de travail supplémentaire
par semaine pour un travailleur payé au SMIC
horaire. Ce pas de calcul est donc assez important et
les taux dépassent probablement ce que l’on entend
par “marginal”. Ce choix permet cependant d’éviter
les discontinuités de la contrainte de budget et
correspond à un effort additionnel plus réaliste qu’un
euro supplémentaire de revenu.
La pratique courante consiste à incrémenter le
revenu brut. Ce choix peut avoir des conséquences
dans la mesure où il existe des asymétries de
traitement fiscal entre les conjoints, les plus
importantes provenant du calcul des cotisations
salariales qui diffère selon le régime (cadre ou non,
indépendant ou salarié, privé ou fonction publique,
etc.). Nous ignorons ces différences et supposons
que le revenu additionnel vient en supplément de la
source principale de revenu du ménage (i.e. le
conjoint le plus riche). Nous supposons également
qu’il s’agit d’une augmentation marginale du temps
de travail, que le salarié soit déjà à plein temps – il
s’agit alors d’heures supplémentaires – ou non. Dans
une certaine mesure, ce choix peut conditionner les
résultats, comme l’a montrée l’analyse théorique
précédente.
Nous ciblons ici une population en activité ou
susceptible de travailler (”ménages éligibles”). Pour
cela, nous n’incrémentons que les revenus de
personnes non étudiantes, ayant moins de 65 ans et
ne p er ce va nt pa s de r e ven us de pen sion ou
d’invalidité. On évalue alors la variation moyenne
des TMEP de cette population après réformes, au
total et au sein de chaque décile (tableau 3) et vingtile
(graphique 3) de niveau de vie, ces quantiles étant
définis sur l’ensemble de la population.
La graphique 3 rappelle que le système fiscalo-social
français génère des TMEP élevés aux deux extrêmes
de la distribution (cf. Laroque et Salanié, 1999a,
Bourguignon, 1998). Dans la partie supérieure de la
d i s t r i b u t i o n, c e s t a u x s ’e x p l i q u e n t p a r l a
progressivité du système d’imposition alors qu’ils
sont imputables aux aides sous condition de
r e s s o u r c e s d a n s l a p a r t i e i n f é r i e u r e. D e s
n o n - l i n é a r i t é s a p p a r a i s s e n t é g a l e m e n t,
essentiellement dues aux seuils des prestations sous
condition de ressources, au phénomène de décote et
aux changements de taux marginaux de l’impôt sur le
revenu.
Les réformes ont des effets assez variés. Avec la
Prime pour l’Emploi, la moyenne des TMEP ne
dim i nue pa s d an s la pa r tie inf é r ie ur e d e l a
distribution. Elle baisse légèrement pour les deux
premiers vingtiles après introduction de la ristourne
de CSG. Seule l’ACR conduit à une diminution
conséquente des taux dans le bas de la distribution.
Dans la partie supérieure, les courbes de taux
marginaux ont tendance à se confondre.
Graphique 3
distribution des TMEP moyens des
ménages éligibles dans la population
Tableau 3
impact de la PPE sur les TMEP dans chaque décile de niveau de vie
Tableau 3 : impact de la PPE sur les TMEP dans chaque décile de niveau de vie
Décomposition
Décil
es de niveaude vie Variation de tauxmarginal Hausse des taux Baisse des taux
% de personnes concernées Hausse moyenne % de personnes concernées Baisse moyenne
1 0 10,9% 12 22,5% 7
2 2 17,7% 10 16,5% 5
3 2 16,5% 9 9,7% 4
4 2 17,1% 10 6,2% 4
5 3 19,7% 9 4,2% 4
6 1 9,1% 8 3,1% 4
7 1 5,8% 8 2,1% 3
8 0 4,0% 10 1,1% 3
9 0 1,4% 9 0,6% 5
10 0 0,5% 11 0,3% 3
Ensemble 1 10,3% 9,5 6,6% 5,0
Note : la variation des taux marginaux est calculée pour les ménages éligibles, le pourcentage des ménages concernés par des hausses ou des baisses
par rapport à l’ensemble du décile.
Étudions en détail l’impact de chaque mesure.
Notons au préalable que nous nous intéressons à des
ménages classés selon leur revenu disponible par
équivalent adulte, de sorte que des personnes
concernées par les réformes peuvent se trouver à
différents niveaux de la distribution ; les moyennes
obse r vée s pe uven t dissim uler de s situation s
individuelles très différentes au sein des déciles.
En moyenne, les taux marginaux augmentent d’un
point avec la PPE. Au total, la hausse des taux touche
plus de personnes (10,3% des ménages éligibles) que
la baisse (6,6%) et pour des montants supérieurs : la
hausse moyenne est de 9,5 points contre une baisse
de 5 points. Dans le premier décile, la baisse des taux
domine mais pour des montant inférieurs.
Dans la sélection considérée, les personnes situées
d a n s l a z o n e d e s o r t i e d e l a P r i m e s o n t
proportionnellement plus nombreuses que celles
d o n t l e r e v e n u é q u i v a l e n t t e m p s - p l e i n ( e t
année-pleine) est inférieur au SMIC. La mesure
conduit donc mécaniquement à une diminution de
taux (5,5 points dans le cas-type précédent) de
moindre ampleur que la hausse (13,5 points).
L’analyse nécessite cependant d’être prolongée au
niveau individuel puisque de gros écarts existent
entre les types d’emplois occupés par les hommes et
par les femmes, notamment dans la population
concernée par la PPE (cf. quatrième partie).
L’impact de la PPE est différent selon que les
individus ont exercé une activité à temps plein durant
l’année (72%) ou à temps partiel (28%). La hausse
des taux touche surtout les personnes qui travaillent à
temps plein sur l’année alors que les temps partiels
voient globalement les taux marginaux baisser avec
la mesure. Cette baisse ne concerne cependant qu’un
peu plus d’un tiers des personnes dans cette situation
et les variations sont probablement insuffisantes
pour initier un changement d’activité.
Avec la ristourne de CSG, la baisse des taux
marginaux concerne deux fois plus de ménages, en
moyenne et dans le premier décile. Les hausses sont
de même ordre que pour la PPE. Les taux moyens
diminuent donc pour le premier décile. L’explication
essentielle est qu’il n’y a pas de seuil à 0,3 SMIC
comme dans la PPE. La ristourne diminue donc les
TMEP au premier euro gagné et touche les ménages
où la personne de référence est inactive.
La distinction temps plein / temps partiel donne des
résultats proches de ceux obtenus pour la PPE. La
ristourne de CSG/CRDS étant également modulée
selon le temps de travail annuel, les taux marginaux
des personnes travaillant à temps plein augmentent
tandis qu’un accroissement marginal d’activité
devient plus intéressant pour des personnes à temps
partiel sur l’année. Les proportions de personnes
c o n c e r n é e s e t l e s m o n t a n t s e n j e u r e s t e n t
relativement faibles.
Tableau 4
impact de la PPE sur les TMEP selon la durée du travail
Tableau 4 : impact de la PPE sur les TMEP selon la durée du travail
Hausse (% de personnes) Hausse moyenne Baisse (% de personnes) Baisse moyenne
Actifs 1,0 16,7% 9,5 10,8% 5,0
Temps plein 2,1 21,3% 9,8 0,8% 5,7
Temps partiel-1,6 4,9% 5,5 36,5% 5,0
Tableau 5
impact de la ristourne de CSG sur les TMEP dans chaque décile de niveau de vie
Tableau 5 : impact de la ristourne de CSG sur les TMEP dans chaque décile de niveau de vie
Décomposition
Déciles de niveau de vie Variation de taux marginal Hausse des taux Baisse des taux
(en nombre de points) %
de personnesconcernées Hausse moyenne % de personnesconcernées Baisse moyenne
1-2 13,1% 13 46,6% 7
2 1 17,9% 13 27,5% 6
3 1 17,0% 11 21,3% 5
4 2 17,8% 11 16,8% 5
5 2 21,5% 10 12,1% 5
6 1 10,4% 9 8,0% 6
7 0 5,2% 8 7,6% 6
8 0 3,2% 10 4,3% 7
9 0 2,3% 8 3,9% 6
10 0 1,2% 9 3,8% 6
Ensemble 0,5 11,0% 11 15,2% 6
Tableau 6
impact de la ristourne de CSG sur les TMEP selon la durée du travail
Tableau 6 : impact de la ristourne de CSG sur les TMEP selon la durée du travail
Hausse : % de personnes Hausse moyenne Baisse :% de personnes Baisse moyenne
Actifs 1,2 17,3% 10,9 13,7% 5,0
Temps plein 2,3 21,0% 11,7 4,7% 4,1
Temps partiel-1,6 7,7% 5,3 37,0% 5,3
Tableau 7
impact de l’ACR sur les TMEP dans chaque décile de niveau de vie
Tableau 7 : impact de l’ACR sur les TMEP dans chaque décile de niveau de vie
Décomposition
Déciles de niveau de Variation de taux Hausse des taux Baisse des taux
vie marginal (en nombrede points) %
de personnesconcernées Hausse moyenne % de personnesconcernées Baisse moyenne
1-7 23,7% 28 23,3% 50
2 5 19,2% 27 4,4% 52
3 3 8,9% 26 0,8% 52
4 1 4,4% 21 0,6% 54
5 0 1,1% 19 0,2% 55
6 0 0,9% 28 0,3% 56
7 0 0,5% 14 - -
8 0 0,4% 27 0,1% 40
9 0 0,2% 32 0,2% 55
10 0 - - - -
Ensemble 0,1 5,9% 27 3,0% 51
Note : à partir du 7ème décile, les baisses ne concernent que quelques ménages.
L’ACR apparaît comme une mesure beaucoup plus
ciblée vers le bas de la distribution, les trois premiers
déciles concentrant l’essentiel des personnes
touchées par la mesure. Conformément à l’analyse
th éo ri que pr é c éd e nte, la va r iat ion d e s ta ux
marginaux est de plus grande ampleur, notamment
dans le premier décile. Dans ce décile, les TMEP
diminuent pour un quart des ménages et augmentent
pour un autre quart mais les baisses sont plus fortes.
Les réformes discutées font en moyenne augmenter
les taux marginaux effectifs de prélèvement car la
zone de sortie de ces réformes en “ triangle”
concerne proportionnellement plus de personnes
que la zone d’entrée. Pour les travailleurs au SMIC
annuel et au-delà, l’augmentation des TMEP due à
l’i n t r o d u c t i o n d e l a P P E p e u t l e s i n c i t e r
théoriquement à réduire leur effort productif
(phénomène de “trappe à bas salaires”). Cet effet a
été largement analysé après l’introduction d’autres
crédits d’impôts, notamment l’
Earned Income Tax
Credit (EITC) américain et le
Working Family Tax
Credit (WFTC) britannique
[27]. Dans le cas de la PPE
et de la C SG cependant, les va riations sont
probablement loin d’être suffisantes pour initier des
changements de comportement.
Impact des réformes sur la répartition des TMEP
Dans le tableau 8, nous comparons la distribution des
TMEP avant et après réforme. Les taux sont proches
d’un niveau confiscatoire (supérieurs à 0,8) pour
près de 5% des ménages éligibles. Il s’agit des TMEP
subis par les RMIstes reprenant un emploi à temps
très partiel. Ces taux élevés ont été invoqués pour
justifier la mise en œuvre de la Prime pour l’emploi.
Cependant, ni la PPE, ni la ristourne de CSG ne
diminuent la part des personnes concernées tandis
que l’ACR les réduit de près des deux tiers (leur part
passe de 5,18% à 1,68% de la population). En effet,
ces personnes dépendent en majorité du système
d’aide sociale et ne reçoivent donc pas les aides liées
à l’emploi comme la PPE
[28].
Cette analyse des TMEP est importante pour
caractériser le potentiel (dés)incitatif des réformes le
lo ng de la d ist ri bu tio n. B ie n e nte n du, sa ns
introduction d’un modèle comportemental, elle ne
permet pas de conclure sur les réactions en termes
d’heures travaillées. Par construction, les TMEP ne
peuvent pas non plus nous renseigner sur les
comportements de participation au marché du
travail. L’incrément de 1524 euros a peu de
signification pour un inactif puisque trop faible pour
représenter une réelle reprise d’emploi. Il faut donc
étudier les gains financiers d’un inactif reprenant un
travail.
Incitations potentielles sur la participation
Afin d’évaluer les gains monétaires à la reprise d’un
emploi, Gurgand et Margolis (2001) estiment des
salaires potentiels pour les bénéficiaires du RMI
[29].
Laroque et Salanié modélisent les comportements
d’offre de travail en fonction du gain financier à la
reprise d’emploi. La démarche économétrique est
fondamentale mais reste sujette à caution
[30].
Nous renonçons à la modélisation au profit d’une
approche plus descriptive mais néanmoins parlante.
Elle consiste à calculer le gain monétaire à la reprise
d’un emploi à plein-temps ou à mi-temps payé au
SMIC horaire. Nous regardons ensuite comment la
P P E et se s a lter na tive s m odifie nt c es g ains
financiers. La question est de savoir dans quelle
mesure chacune de ces réformes remplit l’objectif
d’incitation financière au retour à l’emploi.
Notre analyse se concentre donc sur les
inactifs
[31].
Nous constituons des sous-échantillons selon le type
de ménage (personne seule, famille monoparentale,
couple monoactif et couple inactif)
[32]. Dans chaque
catégorie, un adulte du ménage peut potentiellement
reprendre un emploi (”personne de référence”). Il
s’agit du célibataire inactif ou du parent isolé inactif
p o u r l e s p e r s o n n e s s e u l e s o u l e s f a m i l l e s
monoparentales, du conjoint inactif dans le couple
monoactif et du chef de famille dans le cas de couples
d’inactifs. Les groupes retenus pour chaque type de
m éna ge ne r epr é sente nt qu’une p ar tie de la
population de cette catégorie. Néanmoins, il s’agit de
sous-population à risque ou pour laquelle la reprise
d’une activité par la personne de référence a une
signific ation. Nous obtenons une population
d’inactifs composée de 186 000 monoparentaux,
151 000 personnes seules et 102 000 couples
doublement inactifs.
Les couples monoactifs forment une catégorie plus
disparate en termes de niveau de revenu. Nous
sélectionnons donc uniquement les ménages où le
conjoint actif perçoit moins de 46 000 euros par an
(environ le plafond d’éligiblité de la PPE pour un
ménage avec deux enfants) et où l’épouse est
inactive. Nous obtenons une sélection de 2,2
millions de ménages pour lesquels nous étudions la
perte éventuelle de prime due à la reprise d’activité
de l’épouse et un éventuel biais de genre
[33].
Reprise d’une activité à plein temps
Les inactifs ont un avantage financier à reprendre
une activité à temps plein payée au SMIC horaire. Le
gain moyen est de l’ordre de 5000 euros par an
(couple inactifs : 5128, personne seule : 4036,
famille monoparentale : 4779). S’il est difficile de
juger de l’importance de ce montant, on peut
remarquer que le système fiscalo-social ampute une
grande partie du salaire brut annuel de la personne.
C e p r é l è v e m e n t e s t c o n s t i t u é d e s t a x e s
supplém e ntair es pay ée s p ar le mé na ge m ais
également des allocations perdues si le ménage
franchit le plafond de ressources.
Le gain net associé à la reprise d’emploi doit être
relativisé par rapport au niveau de vie de départ du
bénéficiaire (cf. annexe 1). Les trois réformes ont un
impact comparable, à savoir qu’elles augmentent le
gain relatif moyen d’une reprise d’emploi de 6 à 9
points pour les familles monoparentales (la hausse
de revenu disponible en cas de reprise d’emploi
passe en moyenne de 37% à 43% avec la PPE) et de 7
à 12 points pour les couples inactifs. PPE et ristourne
de CSG/CRDS sont centrées sur un SMIC temps
plein mais, on l’a vu, les montants sont faibles.
L’ACR est centrée sur un mi-temps mais s’éteint
au-delà du SMIC temps plein pour un ménage avec
des enfants, ce qui explique qu’une petite part
d’ACR est encore versée pour une reprise à temps
plein. En revanche, les personnes seules ne profitent
pa s de l’AC R ta ndis la P P E e t la r istour ne
augmentent leur gain relatif d’environ 10 points.
Tableau 8
répartition des TMPE
Tableau 8 : répartition des TMPE
Inférieur à 0,2 0,2 - 0,4 0,4 - 0,6 0,6 - 0,8 Supérieur à 0,8 Total
Statu-quo 3,25% 68,39% 21,50% 1,68% 5,18% 100%
PPE66 4,72% 62,94% 23,27% 3,98% 5,10% 100%
rist CSG 8,10% 59,76% 22,71% 4,33% 5,11% 100%
ACR 3,28% 62,42% 26,99% 5,62% 1,69% 100%
Les réformes améliorent donc en moyenne les
incitations. Cependant, elles ne changent rien au sort
des ménages en situation de “trappe” ou pour
lesquels la reprise n’est guère avantageuse (i.e.
conduisant à une hausse du revenu entre 0 et 20%), à
savoir près d’un couple d’inactif sur cinq, une
personne seule sur cinq et une famille monoparentale
sur dix.
Reprise d’une activité à mi-temps
Les gains moyens associés à la reprise d’un emploi à
temps partiel ne sont que de 1180 euros pour une
personne seule, 1052 euros pour une famille
monoparentale et 1400 euros pour un couple
d’inactifs. À travers ces gains, on retrouve la
générosité des aides sociales (RMI, API, allocation
logement essentiellement) et le problème lié à leurs
c o n d i t i o n s d e r e s s o u r c e s. L e s f a m i l l e s
monoparentales sont celles qui gagnent le moins à
reprendre une activité à mi-temps (comme à plein
te m ps ) c a r le s a id es sont re la tiv em e nt plus
généreuses pour cette catégorie (entre autres, le
montant de base de l’API est plus élevé que celui du
RMI). Egalement, les couples inactifs profitent
d’aides élevées du fait des majorations dues à la taille
familiale. Avec la perte de ces aides, 35% des
familles monoparentales et 51% des couples inactifs
voient leur revenu disponible diminuer en cas de
reprise d’activité.
En terme relatif, les gains associés à la reprise d’une
activité à mi-temps sont faibles : 18% pour les
personnes seules, 11% pour les couples inactifs et
seulement 5% pour les monoparentaux. La PPE et la
ristourne diminuent la part de personnes concernées
par des pertes mais ne suppriment pas le phénomène.
L a P P E l a i s s e t o u j o u r s 2 8 % d e s f a m i l l e s
monoparentales et 46% des couples inactifs perdants
suite à la reprise d’un emploi à mi-temps. En
moyenne, PPE et ristourne n’augmentent le gain
relatif que de 4 points pour les trois catégories de
ménage. L’ACR se révèle beaucoup plus efficace et
permet aux couples inactifs et aux monoparentaux de
passer d’une perte nette à une hausse de revenu
disponible comprise entre 20 et 40%.
Le bilan de l’analyse appelle plus que jamais à
s’interroger sur la nature des emplois disponibles
pour les inactifs désireux de reprendre une activité.
Si les possibilités de retour à l’emploi des personnes
inactives correspondent de façon transitoire ou
permanente à du temps partiel, on peut légitimement
se demander si les phénomènes supposés de trappe à
inactivité ne vont pas perdurer. L’ACR est la seule
mesure qui ne découragerait pas financièrement une
reprise à temps partiel. La question est de savoir si ce
type d’activité est une réserve potentielle d’emploi
et si l’on souhaite y avoir recours. Le choix du
gouvernement actuel en matière d’allègement de
charges tend à prouver que non.
Gains financiers, équité et coûts fixes au travail
Pour certains, le souhait de rendre le travail peu
qualifié plus rémunérateur que le RMI ne répond pas
seulement à une logique incitative mais également à
une logique d’équité. Il peut sembler normal de
récompenser les individus ayant fait l’effort de
recherche et l’effort de reprendre un travail, parfois
pénible, en faisant en sorte que le travail paye.
Cependant, le gain financier est faible pour des
reprises d’emploi à temps partiel. L’argument
d’équité n’est donc pas compatible avec le choix de
la PPE puisqu’elle favorise en premier lieu les temps
pleins
[34].
De plus, vouloir faire justice aux bas salaires par
rapport aux RMIstes est matière à débat puisque le
non-emploi est souvent subi et l’on peut arguer que
les bas salaires sont ceux (des RMIstes) qui ont eu la
“chance” de trouver un travail. En outre, ils ne
subissent plus le “stigmate” du RMI et peuvent
profiter de gains financiers plus importants dans la
durée, financer une retraite, etc.
Sans trancher sur cette question difficile, on peut
souhaiter soutenir les bas revenus de sorte que leur
g a i n e f f e c t i f n e s o i t p a s n é g a t i f. C ’e s t
malheureusement le cas pour un grand nombre
d’inactifs. À la perte des aides sous condition de
ressources s’ajoute la perte des droits connexes ou
des revenus non déclarés (économie souterraine ou
simplement production domestique) ainsi que le
nécessaire financement de coûts fixes liés au travail
(transport, garde d’enfant, etc.).
Ménages monoactifs et biais de genre
Le cas des ménages monoactifs est traité à part. Pour
ces ménages, le gain d’une reprise d’activité de
l’épouse est important (7751 euros pour un temps
plein et 3773 euros pour un temps partiel) dans la
mesure ou ils ne sont pas éligibles à la plupart des
aides sous conditions de ressources et n’en subissent
donc pas la perte.
PPE et ristourne de CSG/CRDS n’améliorent que de
3 points (resp. 2 points) le gain relatif d’une reprise à
temps plein (resp. temps partiel). Dans le cas de la
PPE, seuls 8% environ des ménages sont concernés
par une amélioration du gain relatif, ceci à cause de
l’existence de la condition de ressource au niveau du
ménage. Les montants en jeu sont cependant trop
faibles pour que la PPE améliore significativement
les gains financiers. Le problème se pose avec
l’ACR : le gain financier de la reprise d’activité de
l’épouse est amputé de la perte partielle ou totale de
l’ACR. Les montants sont élevés et les gains relatifs
baissent nettement (de 4 points pour le temps plein et
2 points pour le temps partiel). Avec une reprise à
temps partiel, le revenu du ménage n’augmente que
de 17% en moyenne. Il y a donc un véritable biais de
genre puisqu’une mesure familiarisée comme
l’ACR peut décourager potentiellement les femmes
dont le conjoint travaille à reprendre une activité.
C’est l’effet pervers mis en évidence par Blundell et
alii (2001) dans le cas du WFTC britannique.
Effets incitatifs de la PPE actuelle
Le scénario de PPE à 6,6% utilisé précédemment a
permis une comparaison théorique de différents
instruments en faveur des salariés à bas revenus.
Dans la suite de cet article, nous évaluons la mesure
v é r i t a b l e m e n t a p p l i q u é e e n 2 0 0 3 p a r l e
gouvernement. Il s’agit comme en 2002 d’une PPE à
4,4% à laquelle s’ajoute une majoration pour les
temps partiels.
Nature et chiffrage de la variante
La réforme 2003 consiste en une majoration pour les
travailleurs employés à temps partiel ou sur une
partie de l’année seulement, majoration de 50% en
cas d’activité exercée entre 30 et 50% d’un temps
plein annuel et qui décroît ensuite pour s’annuler
lorsque la personne travaille à temps plein. Le
graphique 4 compare la PPE à 6,6% (initialement
prévue pour 2003) avec la PPE 2003 pour un salarié
payé au SMIC horaire.
Graphique 4
PPE2003 avec extension vers les temps
partiels et scénario à 6,6%
Hors majoration, la prime est calculée à partir des
équations (1) et (2) mais en remplaçant les taux 6,6 et
16,5% par 4,4 et 11% respectivement. D’après la
définition ci-dessus, la m ajoration pe ut ê tr e
s i m p l e m e n t v u e c o m m e u n c o e f f i c i e n t
multiplicateur de 1,5 si 1/
e est compris entre 0,3 et
0,5 et de (2-1/
e) si 1/e est compris entre 0,5 et 1. Pour
les salariés exerçant entre 30 et 50% d’un temps plein
annuel, on retrouve donc exactement les taux 6,6 et
16,5% et les équations (1) et (2) ou (1’) et (2’). En
distinguant selon les temps de travail, on obtient
donc
[35] :
Si 0,3 < 1/e < 0,5 :
Si 0,5 < 1/e :
Le coût de la PPE avec majoration (mesure PPE44+
dans le tableau 9) est de 1,97 milliards d’euros, soit
un surcoût d’environ 200 millions d’euros par
rapport à la mesure appliquée en 2002 (PPE44). Le
montant de PPE perçue augmente pour environ 3
millions de ménages.
Tableau 9
chiffrage des mesures 2002 et 2003
Tableau 9 : chiffrage des mesures 2002 et 2003
PPE44 PPE44+
Coût apparent en milliards d’euros (de F) 1,72 1,91
Coût réel en milliards d’euros (de F) 1,78 1,97
Nb ménages bénéficiaires (en millions) 6,9 6,9
Nb bénéficiaire en % de la pop. active 29,3% 29,3%
Montant moyen par bénéficiaire (en euros)* 248 276
Montant moyen par bénéficiaire (en euros)** 257 285
Note : * montant apparent ** montant réel.
En comparaison avec la mesure 2002, l’impact
redistributif de la “PPE Raffarin” est extrêmement
faible malgré l’extension aux temps partiels : le taux
de pauvreté passe de 6,51% (resp. 12,97%) à 6,47%
(resp. 12,94%) pour un seuil à 50% de la médiane
( r e s p. 6 0 % ). L a m a j o r a t io n n e p e r m e t p a s
d’améliorer le potentiel redistributif de la mesure ce
qui vient confirmer les conclusions de Legendre et
alii (2002) sur la difficulté d’obtenir une réforme
redistributive avec une mesure ciblée sur les revenus
d’activité.
Incitations potentielles sur les heures travaillées
Pour les salariés exerçant entre 30 et 50% d’un temps
plein annuel, les conclusions sont identiques à celles
de la deuxième partie. Ceci est illustré, dans le cas
d’u n sa la r ié pa y é a u S M I C h o r a ir e, p a r l a
superposition des deux courbes du graphique 4.
Pour les salariés à temps plein annuel, l’analyse
schématique des TMEP est identique à l’analyse de
la deuxième partie, à la différence près que les
variations sont légèrement plus faibles du fait de taux
plus bas. Pour un travailleur seul, l’introduction de la
PPE conduit donc à une baisse de f 4,4 = 3,6 points de
pourcentage si son revenu annuel total est inférieur à
Sfisc et à une hausse de f11 = 9 points de si son revenu
est compris entre une fois et 1,4 fois ce montant.
Enfin, pour les salariés exerçant entre 50 et 100%
d’un temps plein annuel, l’analyse reste également
inchangée avec des variations de TMEP plus faibles
si l’on considère que l’incrément provient d’une
hausse de la productivité. En revanche, s’il s’agit
d’une hausse du temps de travail, le coefficient de
majoration diminue et atténue les baisses de TMEP
envisagées en deuxième partie.
Au total, les TMEP augmentent d’1.4 point pour les
salariés à temps plein annuel et diminuent d’un point
pour les sa la rié s à tem ps partie l. Malgré la
majoration pour les temps partiels, les variations
moyennes sont plus faibles que dans le scénario
envisagé initialement. Notre interrogation sur
l’impact de la mesure s’en trouve encore renforcé. La
question est maintenant de savoir si la majoration sur
les temps partiels rend suffisamment attractifs les
gains financiers d’une reprise d’emploi à mi-temps
(payé au SMIC horaire)
[36].
Incitations potentielles sur la participation
Nous appliquons exactement la même méthodologie
qu’en deuxième section de la deuxième partie mais
en nous concentrant sur les personnes seules et les
familles monoparentales. Nous comparons les
mesures 2002 et 2003 afin d’évaluer l’impact
spécifique de la majoration.
Les tableaux 11 montre que l’extension de la PPE aux
te mps par tiels n’am éliore que pe u les gains
financiers à la reprise d’un mi-temps. Les gains
relatifs passent de 11% du revenu disponible à 13%
avec la PPE 2002 et 14% avec la PPE 2003.
Tableau 10
impact de la PPE actuelle sur les TMEP
Tableau 10 : impact de la PPE actuelle sur les TMEP
Hausse : % de personnes Hausse moyenne Baisse : % de personnes Baisse moyenne
Ensemble 0,7 10,3% 6,6 6,5% 3,5
Actifs 0,7 16,8% 6,6 10,6% 3,5
Temps plein 1,4 21,3% 6,8 0,8% 4,2
Temps partiel-1,0 5,2% 4,3 36,1% 3,5
Tableaux 11
impact des PPE 2002 et 2003 sur les gains financiers d’un emploi à temps partiel
Tableaux 11 : impact des PPE 2002 et 2003 sur les gains financiers d’un emploi à temps partiel
Célibataires inactifs Gain relatif (post-réforme) Gain moyen
réforme : PPE44 < = 0 0 - 20% 20% - 40% 40% - 60% 60% - 80% 80% - 1 >1 0.13
Gain relatif(pre-réforme) < = 0 18,5% 3,3% 22%
0 - 20% 61,9% 1,3% 63%
20% - 40% 7,9% 0,7% 9%
40% - 60% 3,9% 4%
60% - 80% 0,7% 1%
80% - 1 0%
>1 1,8% 2%
Gain moyen 0,11 19% 65% 9% 5% 1% 0% 2% 337 454
Célibataires inactifs Gain relatif (post-réforme) Gain moyen
réforme : nouvelle PPE < = 0 0 - 20% 20% - 40% 40% - 60% 60% - 80% 80% - 1 >1 0,14
Gain relatif(pre-réforme) < = 0 16,9% 4,9% 22%
0 - 20% 61,9% 1,3% 63%
20% - 40% 7,9% 0,7% 9%
40% - 60% 3,9% 4%
60% - 80% 0,7% 1%
80% - 1 0%
>1 1,8% 2%
Gain moyen 0,11 17% 67% 9% 5% 1% 0% 2% 337 454
L’extension de PPE ne permet pas de rendre
financièrement intéressant le retour à l’emploi pour
ceux concernés jusqu’alors par des pertes ou par des
gains financiers de moins de 20% du revenu
disponible : leur proportion reste très importante
(respectivement 17% et 62% des célibataires
inactifs).
La réforme va cependant dans la bonne direction.
Nous pourrions envisager d’aller plus loin et de
donner un montant de prime comparable que l’on soit
à un demi SMIC ou à un SMIC plein. Ce dispositif
“en trapèze” serait proche par sa forme du WFTC
britannique. Il permettrait d’augmenter les gains
financiers d’une reprise à mi-temps sans modifier les
taux marginaux effectifs des individus déjà en
emploi dans cette plage de revenus. Ces propositions
sont l’objet de recherches futures.
Effets incitatifs individuels et effets de
seuil de la PPE actuelle
La PPE est une mesure partiellement individualisée
et l’analyse des TMEP peut donc être prolongée au
niveau des incitants individuels. Deux aspects
particuliers sont étudiés. D’une part, la nature
individuelle du calcul de la PPE introduit une
asymétrie dans le traitement des revenus d’activité
des deux conjoints. En effet, lorsque le revenu du
tra vail augm ente da ns le mé nage, le r eve nu
disponible total varie de façon différente selon qu’il
s’agit d’une hausse d’activité de l’un ou de l’autre
conjoint. Il y aura donc asymétrie entre les TMEP
associés à chaque époux. D’autre part, la condition
de ressource au niveau du foyer génère des effets de
seuil qui peuvent expliquer les hausses les plus
importantes de TMEP après la réforme.
Impact de la prime sur la taxation des conjoints
En premier lieu, nous considérons les ménages avec
un couple marié, en emploi (doublement actifs) et
recevant la PPE, soit environ 1,8 million de
ménages
[37]. On retient le même concept de TMEP
que précédemment tout en distinguant le conjoint
supposé augmenter son temps de travail. Le revenu
inc r ém e nté é tan t le r e ve nu br ut, de lé gè re s
asymétries peuvent provenir de la situation avant
réforme
[38]. On raisonne donc essentiellement en
termes de variation de TMEP avant et après
introduction de la PPE.
Dans le tableau 12, on décompose les ménages
sélectionnés selon le niveau d’activité des conjoints
(par rapport à un temps plein sur l’année). Il apparaît
tout d’abord que les TMEP individuels augmentent
en moyenne, ce qui renforce l’analyse précédente.
Avec la PPE 2003, le montant maximal de PPE est de
440 euros ce qui conduit en cas de perte complète de
la prime à une hausse du TMEP de 440/1524= 28,9
p o i n t s. E n r é a l i t é, l e s h a u s s e s s o n t m o i n s
importantes (15 points au maximum) du fait que les
ménages ne perdent qu’une partie de la prime pour
l’incrément retenu. Notons également que la borne
supérieure d’éligibilité individuelle est supérieure à
1,4 SMIC pour certaines configurations familiales
de sorte que le ménage garde le bénéfice des forfaits
familiaux.
Tableau 12
impact de la PPE sur les TMEP individuels
Tableau 12 : impact de la PPE sur les TMEP individuels
Homme
Temps partiel
Temps plein
Ye < SMIC Ye > SMIC Total f
Ye < SMIC-15,4-6,4-3,5-0,2-2,1 3,1-2,4 2,4
8,7% 17,8% 28,1% 31,1% 32,2% 38,1% 31,3% 36,7%
Temps 0,1% 1,8% 8,8% 11%
partiel Ye > SMIC-0,5-1,9-1,1-0,4-1,0 3,1-1,0 2,2
Femme 34,9% 34,9% 32,3% 33,0% 32,3% 36,7% 32,3% 35,8%
1,0% 11,1% 36% 48%
5,9-4,1 5,2-0,7 5,2 2,6 5,2 1,8
Temps plein 36,4% 28,2% 39,7% 34,5% 37,7% 35,9% 38,1% 35,5%
0,7% 9% 31% 41%
Total h 1,1-3,0 1,3-0,5 1,4 2,9 1,4 2,0
34,0% 31,4% 34,9% 33,5% 34,5% 36,5% 34,6% 35,8%
2% 22% 76% 1 837 221
variation variation
moyenne des moyenne des
TMEP f TMEP h
TMEP f TMEP h
moyen moyen
% de ménages
Note de lecture : les couples mariés pour lesquels le mari est à plein temps et l’épouse à temps partiel avec un revenu équivlent temps plein Ye
supérieur au SMIC représentent 36% des ménages considérés; la variation moyenne du TMP est de-1 points pour les femmes et 3,1 pour les époux;
dans cette catégorie, le TMEP moyen sur les revenus des femmes (resp. hommes) est de 32,3% (resp. 36,7%).
Dans une majorité des ménages sélectionnés (59%),
les femmes sont à temps partiel et profitent donc
d’une baisse du TMEP sur leur revenu d’activité. En
revanche, la hausse de TMEP pour les salariées à
temps plein est plus élevée en valeur absolue. En
moyenne, donc, les TMEP sur les revenus des
femmes augmentent. Qualitativement, les résultats
sont similaires pour les hommes, à la différence près
qu’une majorité d’entre eux (76%) sont à temps
plein. En moyenne, l’augmentation des TMEP sur
les revenus des hommes est donc légèrement plus
élevée.
Ces résultats restent modestes du fait des faibles
montants distribués. Cependant, ils renseignent de
façon intéressante sur le signe des effets d’une
mesure partiellement individualisée comme la PPE.
On peut imaginer qu’avec des montants plus élevés,
la PPE pourrait inciter les femmes à temps partiel à
augmenter leur offre de travail, dans la mesure où ce
type d’emploi résulte d’un choix de leur part.
Impact de la prime sur la participation : effets de
seuil
Une augm entation de l’effort d’un des de ux
conjoints peut conduire le foyer fiscal à dépasser le
plafond d’éligibilité, d’où une perte intégrale de la
PPE. Bien entendu, tout dépend encore du pas retenu
pour le calcul du TMEP : si un incrément de 1 euro est
suffisant pour franchir le plafond d’éligibilité et que
le montant de PPE de base est maximal pour l’un des
conjoints (440 euros), alors le TMEP augmente de
440 points ! Un incrément de 1 euro ne paraît pas
réaliste mais le cas de figure l’est.
Il est cependant difficile de rendre compte de
l’ampleur maximale des effets de seuil ainsi que du
nombre de ménages touchés lorsqu’on caractérise
cet effet par les TMEP. Avec le pas retenu dans notre
étude (1524 euros annuels), 50 000 ménages environ
sont concernés par l’effet de seuil. La perte maximale
de PPE est de 431 euros par an. La perte moyenne est
de 181 euros et l’augmentation moyenne du TMEP
due à l’e ff et de se uil est de 11,9 points de
pourcentage.
Contrairement à une mesure purement individuelle
comme la ristourne de CSG/CRDS, la solution
retenue pour “familialiser” la PPE génère donc des
effets de seuil non négligeables, même s’ils ne
concernent qu’un petit nombre de ménages.
On considère ici le total des ressources de sorte que le
dépassement peut venir indifféremment du mari ou
de l’épouse
[39]. Dans la pratique, il est cependant
possible que ces effets de seuil défavorisent en
premier lieu l’activité féminine.
La P rime P our l’Emploi ne joue pas le rôle
d’instrument incitatif que l’on attendait. La mesure a
été présentée comme telle mais son aspiration
première était différente : il s’agissait de compléter la
baisse des taux de l’impôt sur le revenu par une
mesure qui profite également aux salariés non
imposables. La question est aujourd’hui de savoir si
la PPE est un bon instrument mal calibré ou si, au
contraire, il faut mettre en place un dispositif
radicalement différent. Tout dépend évidemment des
objectifs que l’on se fixe.
Notre analyse s’est attachée à fournir des éléments de
réponse en analysant la PPE 2003 et en comparant la
PPE de base à deux autres mesures souvent
évoquées, la ristourne de CSG/CRDS et l’Allocation
C o m p e n s a t r i c e d e R e v e n u. C e t t e m i s e e n
perspective montre que la PPE tente de concilier
plusieurs objectifs parfois contradictoires. Les
résultats doivent cependant être nuancés.
La PPE ne redistribue que peu vers les bas revenus.
Ciblée sur les SMIC temps plein, elle profite
essentiellement aux ménages qui ne sont pas en
situation de pauvreté. Le plafond de ressources au
niveau du foyer est absent de la ristourne de
C S G / C R D S c e q u i l a r e n d e n c o r e m o i n s
r e d is tr i b ut iv e. L’A C R e s t, e n r e va nc h e, u n
instrument ciblé qui diminuerait significativement la
pauvreté.
PPE et ristourne augmentent en moyenne les taux
marginaux effectifs des salariés à plein temps et
gagnant entre 1 et 1,4 SMIC ; les montants sont
c e p e n da n t t r o p f a i b l e s p o ur q ue c e s e f f e t s
désincitatifs réduisent l’effort productif des salariés
concernés. L’ACR a des effets très contrastés sur les
taux marginaux et de bien plus grande ampleur, ce
qui peut conduire à des baisses d’activité pour les
individus à temps plein. Cette mesure est cependant
la seule à réduire le nombre de ménages subissant des
taux marginaux confiscatoires.
La PPE améliore le gain de la reprise d’un emploi à
temps plein mais ne change que très peu le gain à la
reprise d’un emploi à temps partiel. La réforme de
2003 va dans le bon sens en offrant une majoration
pour les temps partiels mais les montants en jeu, une
fois encore, sont de trop faible ampleur pour initier
des c ha nge m ents r ad ic a ux. L’AC R am é lior e
nettement les gains à la reprise d’une activité à
mi-temps, notamment pour les ménages en situation
de trappes d’inactivité.
La PPE tend à favoriser l’emploi féminin dans la
mesure où elle diminue les taux marginaux des
individus à temps partiel, en majorité les femmes.
L’existence d’un plafond familial génère cependant
des effets de seuil qui peuvent défavoriser l’offre
d’heures de travail des conjoints et notamment des
épouses. Notons toutefois que les montants par foyer
sont trop faibles pour que la mesure induise un biais
sur la participation féminine. En effet, les gains à la
reprise d’activité (notamment à mi-temps) des
femmes mariées inactives ne diminue pas après
introduction de la PPE. En revanche, les gains
diminuent massivement avec l’ACR. Tout comme le
WFTC britannique, cette mesure est donc fortement
désincitative pour les femmes dont le mari travaille.
Rappelons enfin que le très faible impact incitatif de
la PPE ne tient pas seulement à la petitesse de la
mesure mais également à son mode d’administration.
La PPE est un crédit d’impôt sur le revenu. De fait,
elle est calculée sur les revenus d’une année et versée
l’année suivante, jusqu’à 18 mois plus tard. Ce
dé c al age te m por e l ré du it oblig ato ire m e nt la
visibilité de la mesure.
Annexe 1 : gains financiers à la reprise d’un plein-temps
Lecture des tableaux : en ligne sont représentées les tranches de gain financier à la reprise d’une activité à temps plein (payé au
SMIC horaire), le gain étant relatif (i.e. % d’augmentation du revenu disponible après la reprise d’emploi) ; en colonne, les
mêmes tranches sont représentés après réforme. Chaque cellule donne donc le pourcentage de ménages dans la catégorie
considéré pour une situation avant et après réforme : les ménages sur la diagonale ne changent pas de tranche, les autres voient
leur gain baisser ou augmenter. La dernière cellule en bas à gauche (resp. en haut à droite) donne le gain moyen avant réforme
(resp. après réforme) et la dernière cellule en bas à droite donne le nombre de ménages sélectionnés pour la catégorie
représentée.
Personnes seules :
Personne seule Gain relatif (post-réforme) Gain moyen
réforme : PPE66 < = 0 0 - 20% 20% - 40% 40% - 60% 60% - 80% 80% - 1 >1 0,71
< = 0 1,5% 2%
0 - 20% 19,4% 19%
20% - 40% 6,0% 1,4% 7%
Gain relatif(pré-réforme) 40% - 60% 13,3% 7,4% 21%
60% - 80% 34,4% 1,4% 36%
80% - 1 3,2% 3%
>1 11,8% 12%
Gain moyen 0,62 0% 21% 6% 15% 42% 5% 12% 151 064
Personne seule Gain relatif (post-réforme) Gain moyen
réforme : CSG < = 0 0 - 20% 20% - 40% 40% - 60% 60% - 80% 80% - 1 >1 0,72
< = 0 1,5% 2%
0 - 20% 19,4% 19%
20% - 40% 6,0% 1,4% 7%
Gain relatif(pré-réforme) 40% - 60% 11,8% 9,0% 21%
60% - 80% 33,0% 2,9% 36%
80% - 1 3,2% 3%
>1 11,8% 12%
Gain moyen 0,62 0% 21% 6% 13% 42% 6% 12% 151 064
Personne seule Gain relatif (post-réforme) Gain moyen
réforme : ACR < = 0 0 - 20% 20% - 40% 40% - 60% 60% - 80% 80% - 1 >1 0,63
< = 0 1,5% 2%
0 - 20% 19,4% 19%
20% - 40% 7,5% 7%
Gain relatif(pré-réforme) 40% - 60% 19,1% 1,6% 21%
60% - 80% 1,6% 34,3% 36%
80% - 1 3,2% 3%
>1 11,8% 12%
Gain moyen 0,62 2% 19% 7% 21% 36% 3% 12% 151 064
Familles monoparentales :
Monoparental Gain relatif (post-réforme) Gain moyen
réforme : PPE66 < = 0 0 - 20% 20% - 40% 40% - 60% 60% - 80% 80% - 1 >1 0,43
< = 0 1% 1%
0 - 20% 8% 2% 10%
20% - 40% 14% 24% 38%
Gain relatif(pré-réforme) 40% - 60% 43% 3% 46%
60% - 80% 3% 1% 4%
80% - 1 1% 1%
>1 0%
Gain moyen 0,37 0% 9% 16% 67% 6% 1% 1% 186 390
Monoparental Gain relatif (post-réforme) Gain moyen
réforme : CSG < = 0 0 - 20% 20% - 40% 40% - 60% 60% - 80% 80% - 1 >1 0,44
< = 0 1% 1%
0 - 20% 7% 3% 10%
20% - 40% 13% 26% 38%
Gain relatif(pré-réforme) 40% - 60% 43% 3% 46%
60% - 80% 3% 1% 4%
80% - 1 1% 1%
>1 0%
Gain moyen 0,37 0% 8% 16% 68% 6% 1% 1% 186 390
Monoparental Gain Relatif (post-réforme) Gain moyen
réforme : ACR < = 0 0 - 20% 20% - 40% 40% - 60% 60% - 80% 80% - 1 >1