2003
Économie et Prévision
L’individualisation de l’impôt sur le revenu : équitable ou pas ?
Damien Échevin
[(*)]
À partir d’un modèle de micro-simulation, on évalue à près de 46 % la proportion de couples mariés en France bénéficiant
d’un gain fiscal moyen annuel au mariage de +1080 et à 22% la proportion de couples mariés pénalisés par le mariage
pour un montant de-185 e moyenne par ménage (du fait de l’existence de la décote, du minimum de perception,
d’abattements spécifiques...). L’individualisation de l’impôt sur le revenu (IR) annule les gains et les pertes au mariage
pour un coût global pour les ménages de l’ordre de 3,7 Md , soit 7% de l’IR (loi de finances pour 2002). La taxe sur
l’activité est réduite de 286 en moyenne pour les femmes. Une analyse des effets redistributifs de la réforme prenant en
compte les effets potentiels sur la participation féminine au marché du travail montre que la redistribution augmente
globalement suite à la réforme, du fait d’un renforcement de l’équité verticale et sans modification de l’inéquité
horizontale. L’effet propre à l’offre de travail des femmes réduit légèrement mais significativement les effets redistributifs
de la réforme. Mots-clés :
redistribution, fiscalité, mariage, offre de travail .
An estimate using a microsimulation model suggests that approximately 46% of married couples in France benefit from a tax gain
as a result of marriage and 22% suffer a tax penalty. Influenced by factors such as tax allowances, minimum thresholds and specific
deductions, the annual average tax gain per household is 1080, and the penalty is 185. Tax individualisation cancels gains and
losses resulting from marriage at a total cost to households of approx. 3.7 billion, or 7% of income tax revenue (2002 Finance Act).
The tax on earned income is reduced by 286 on average for women. A study of the redistributive effects of the reform, taking into
account the potential effects of female participation in the labour market, shows that redistribution increases overall after the
reform. Vertical fairness increases, while horizontal unfairness remains unchanged. The specific effect on the female labour supply
slightly but significantly reduces the redistributive effects of the reform. Keywords :
redistribution, taxation, marriage, labour market .
Je tiens à remercier Jean-Michel Hourriez et deux rapporteurs anonymes pour leurs remarques sur la première version de ce texte. Je
suis par ailleurs particulièrement reconnaissant à Dominique Briaire, Maryse Fesseau et Gaël Bescond pour leur travail de
préparation des données.
À partir d’un modèle de micro-simulation, on évalue à près de 46% la proportion de couples mariés en
France bénéficiant d’un gain fiscal moyen annuel au mariage de +1080 euros et à 22% la proportion
de couples mariés pénalisés par le mariage pour un montant de-185 euros en moyenne par ménage (du
fait de l’existence de la décote, du minimum de perception, d’abattements spécifiques…).
L’individualisation de l’impôt sur le revenu (IR) annule les gains et les pertes au mariage pour un coût
global pour les ménages de l’ordre de 3,7 MdE, soit 7% de l’IR (loi de finances pour 2002). La taxe sur
l’activité est réduite de 286 euros en moyenne pour les femmes. Une analyse des effets redistributifs de
la réforme prenant en compte les effets potentiels sur la participation féminine au marché du travail
montre que la redistribution augmente globalement suite à la réforme, du fait d’un renforcement de
l’équité verticale et sans modification de l’inéquité horizontale. L’effet propre à l’offre de travail des
femmes réduit légèrement mais significativement les effets redistributifs de la réforme.
Les formes familiales en France ne cessent de se
modifier : le nombre de mariages par an a baissé de
près de 25% en l’espace de trois décennies et le
nombre d’enfants conçus hors mariage augmente
rapidement depuis le début des années 1970 pour
atteindre plus de 40% à la fin du siècle dernier
[1].
Parallèlement, depuis 1945, le système d’imposition
sur le revenu avantage toujours les familles avec
enfants et les couples mariés.
En 2002, sur 32 millions de foyers fiscaux, 20
millions sont des célibataires et 12 millions sont des
couples mariés
[2]. Parmi les foyers non mariés, un
tiers sont en fait des concubins, vivant avec une
personne déclarant ses revenus séparément
[3], qui ne
bénéficient pas du même avantage fiscal, lié à
l’existence du quotient conjugal, que les couples
mariés.
En effet, en France, comme dans certains pays
européens (Portugal et Luxembourg), l’impôt d’un
couple marié est calculé à partir du revenu global du
foyer. Dans d’autres pays, chaque personne est
imposée séparément
[4]. Lorsque l’impôt est
“familialisé” et progressif, le mariage a pour effet de
réduire l’impôt sur le revenu si, toutefois, les revenus
des personnes composant le foyer diffèrent
suffisamment. C’est par exemple le cas aux
États-Unis où le système fédéral d’imposition sur le
revenu est progressif et varie selon le statut
matrimonial. Bien entendu, l’écart de revenus entre
les individus composant le foyer détermine
l’ampleur des pénalités ou des subventions au
mariage, ce qui peut donner lieu à une large
dispersion des gains. Dans le cas des États-Unis, les
pénalités et gains au mariage rapportés au revenu
disponible sont compris entre–4% pour un couple
monoactif et +3% pour un couple bi-actif occupé (cf.
Alm
et alii, 1999). En France, les pénalités au
mariage demeuren t th éoriquemen t qu asiinexistantes
[5].
Le système d’imposition familialisé a pour but
d’assurer une plus grande équité fiscale entre foyers
de taille ou de composition différentes. Or il est
accusé d’introduire une discrimination entre les
couples mariés et les couples concubins, de
désinciter les femmes mariées à travailleret de ne pas
être compatible avec la mise en place d’une retenue à
la source de l’impôt. Il serait donc un frein à
l’efficacité économique et à la simplification de
l’impôt.
L’impact d es taux d’impositio n sur les
comportements individuels est un thème classique,
largement abordé dans la littérature économique. Le
quotient conjugal égalise les taux d’imposition
appliqués aux deux revenus d’un couple et, à ce titre,
est une incitation financière au mariage chez les
couples présentant des revenus inégaux. Mais il a
également un impact sur l’offre de travail :
l’imposition commune modifie les taux marginaux
d’imposition des revenus, à la baisse pour
l’apporteur de ressources le plus important du couple
et à la hausse pour l’autre. En encourageant le
mariage, le quotient conjugal favorise donc de fait
une certaine forme de répartition du travail
[6].
Les distorsions engendrées par le quotient conjugal
en faveur du mariage et de la mono-activité des
couples mariés ne répondent à aucun principe
d’équivalence fiscale (cf. Monnier, 2000). En effet,
aucune échelle d’équivalence existante ne justifie
que l’on accorde un avantage fiscal différent selon
que le couple est marié ou formé de deux
concubins
[7]. De ce point de vue, la logique fiscale
–fondée sur le calcul des capacités contributives et
sur les contraintes liées à ce calcul (
i.e. le recueil et la
vérification d’informations déclaratives)– et la
logique des niveaux de vie, fondée sur le calcul
d’échelles d’équivalence, apparaissent bien
distinctes, voire contradictoires.
Cependant, rien ne permet d’affirmer a priori qu’un
système d’imposition séparé est plus équitable que le
système actuel. En effet, l’individualisation de
l’impôt sur le revenu a pour effet d’engendrer un
accroissement de l’impôt payé par les couples
monoactifs (ceux qui bénéficient le plus du quotient
conjugal) par rapport aux couples où les deux
membres travaillent, ce qui pourrait induire des
effets anti-redistributifs importants, compte tenu des
écarts de n iveaux de vie entre ces deu x
sous-populations. À l’inverse, l’impôt moyen des
couples monoactifs augmentant, la redistribution au
sein de cette sous-population pourrait donc
s’accroître.
Un calcul théorique permet certes d’évaluer les
pertes et les gains de revenus engendrés par la
réforme pour quelques configurations familiales,
mais ne permet évidemment pas de juger de ses effets
redistributifs globaux. Aussi, seule une évaluation
empirique sur données individuelles des effets
redistributifs de l’individualisation de l’IR
permettrait d’éclairer le débat.
Pour ce faire, sur un plan méthodologique, nous
distinguons deux dimensions de la redistribution :
l’équité verticale (il semble équitable d’imposer plus
fortement les ménages les plus « riches » que les
ménages les plus « pauvres ») et l’inéquité
ho rizontale (il est inéquitable d’impo ser
différemment deux ménages ayant des niveaux de
vie avant impôt identiques). En caricaturant un peu,
la première dimension est souvent mise en avant par
les opposants au système de quotient familial/
conjugal
[8], alors que la seconde est retenue par ses
défenseurs
[9]. Or la décomposition des indices
d’inégalité et de redistribution, plutôt que d’opposer
les deux concepts, démontre leur complémentarité.
L’analyse empirique des effets redistributifs de
l’individualisation de l’IR que nous proposons se
fonde donc sur une telle décomposition.
L’article est organisé comme suit. Dans une première
partie, nous présentons les données utilisées pour les
simulations. Dans une deuxième partie, nous
présentons la modélisation fondée sur des
hypothèses d’optimisation fiscale, puis nous
proposons de modéliser les effets induits par la
réforme en termes d’offre de travail. La troisième
partie présente les résultats des estimations et la
dernière partie conclut. Les deux encadrés décrivent
le modèle de micro-simulation et les équations
économétriques, l’annexe présente les différents
indices synthétiques d’inégalité et de redistribution
et leur décomposition.
Données et modèle de micro-simulation
L’originalité du modèle développé ici repose, d’une
part, sur la description fine de la fiscalité et, d’autre
part, sur l’utilisation d’échantillons représentatifs de
déclarations annuelles de revenus de 500 000 foyers
fiscaux (cf. encadré 1). Ces données nous permettent
non seulement de calculer le coût budgétaire de la
mesure (l’enq uête Revenus fiscau x n’est
représentative que des ménages), mais aussi
d’actualiser les revenus de manière fine
[10].
Le passage de la dimension foyer fiscal à la
dimension ménage (il est courant de rencontrer
plusieurs déclarations fiscales dans un même
ménage) se fait dans un second temps à l’aide des
enquêtes Revenus fiscaux de 1999, qui permettent
de recomposer les ménages à partir de plusieurs
foyers fiscaux. Cette recomposition n’est pas
anodine puisque la présentation des résultats des
simulations, selon que l’on utilise la source DGI
(Direction générale des Impôts ; échantillon de
déclarations fiscales, DF) ou Insee-DGI (enquête
Revenus fiscaux, ERF), peut donner une image
différente d’une même réforme.
Par exemple, dans le cas de l’individualisation de
l’IR (Impôt sur le revenu), la répartition du coût
fiscal dans la population, présentée par décile de
revenu avant impôt rapporté aux unités de
consommation, est différente selon que l’on utilise le
concept de revenu issue des DF (revenu déclaré
rapporté aux unités de consommation calculées à
partir de la taille et de la composition du foyer fiscal)
ou le concept de revenu disponible avant impôt issue
de l’ERF (revenu déclaré plus les prestations
sociales rapporté aux unités de consommation
calculées à partir de la taille et de la composition du
ménage) (cf. tableau 1).
Encadré 1 : le modèle de micro-simulation
La Direction de la Prévision et de l’Analyse Économique
dispose de deux outils principaux pour analyser les
politiques fiscales et sociales :
- un modèle de simulation de l’impôt sur le revenu et de
certaines cotisations sociales sur un échantillon de 500 000
déclarations de revenus. L’analyse des réformes fiscales
réalisée à partir de ce modèle repose ainsi principalement sur
l’évaluation des enjeux budgétaires et du nombre de foyers
fiscaux gagnants ou perdants. À cet égard, cet outil permet
d’ores et déjà de mesurer l’impact des réformes fiscales sur
le revenu après impôt des foyers fiscaux, mais pas sur les
niveaux de vie des ménages;
- un modèle de cas types (cf. Eyssartier et Paillaud, 1998)
simulant l’ensemble des transferts fiscaux et sociaux permet
de compléter utilement l’analyse des réformes fiscales et
sociales. Il est par exemple possible d’évaluer la variation de
revenu disponible liée à la réforme envisagée, pour un
ménage type.
Le modèle de micro-simulation présenté dans le présent
article permet d’analyser l’impact des réformes fiscales et
soci ales sur le niveau de vie d’une populat ion
représentative de ménages (cf. Bescond, Briaire, Échevin et
Fesseau, 2004, pour une description plus détaillée du
modèle). Ainsi, peuvent être évalués le coût global et le
nombre de ménages gagnants ou perdants d’une réforme
donnée de la fiscalité ou du système de transferts sociaux.
Ce modèle est construit à partir des enquêtes Revenus
fiscaux qui sont au préalable actualisées par un calage et
une projection des revenus à l’aide des échantillons
représentatifs de déclarations de revenus fournis chaque
année par la DGI (Direction générale des Impôts). Une fois
cette projection des revenus effectuée, les modules d’impôt
sur le revenu et des prestations sociales permettent
d’approcher la distribution du revenu disponible des
ménages et d’étudier sa déformation en fonction de
différents scénarii de réformes fiscales et sociales.
Plus précisément, les dernières données disponibles sont
celles de l’ERF (Enquête Revenus Fiscaux) de 1999
(l’échantillon sélectionné est composé de 68 000 ménages).
L’objectif étant d’étudier un échantillon représentatif de
ménages relatif à l’année 2002, la structure de la population
est calée sur l’enquête Emploi de mars 2002, selon
différents critères socio- démographiques et économiques,
et les revenus sont actualisés de manière à reproduire les
taux de croissance des revenus par catégorie de foyers entre
1999 et 2001–pour le calcul de l’impôt sur le revenu en
2002– puis de 2001 à 2002. Les prestations sociales et les
prélèvements sont calculés sur barème en appliquant la
l égi sla ti on de 20 02. Co mpt e t en u d u manq ue
d’informations fiscales dans l’ERF de 1999, nous ne
prenons pas en compte la prime pour l’emploi dans cette
version du modèle. Étant donné le caractère individualisé
de ce crédit d’impôt, cette omission pourrait avoir peu
d’impact sur l’évaluation de la réforme envisagée. En
revanche, le revenu disponible des ménages pourrait se
trouver modifié. Il semble également souhaitable de
calculer la taxe d’habitation par ménage, mais ce travail a
été repoussé à des développements ultérieurs du modèle.
Tableau 1
répartition du coût de la réforme
par décile de revenu
Tabl eau 1 : répartition du coût de la réforme
par décile de revenu
D
écile de revenu avant impôtpar unité de consommation DF* ERF**
1 0% 0%
2 0% 1%
3 1% 3%
4 5% 5%
5 9% 6%
6 10% 7%
7 12% 7%
8 13% 10%
9 22% 16%
10 28% 45%
Ensemble 100% 100%
* échantillon de 500 000 déclarations de revenu relatives à l’année
2001; résultats pondérés.
** enquête Revenus fiscaux 1999, actualisée en 2002 ; résultats
pondérés.
Champ : ensemble de la population (32,1 millions de foyers fiscaux,
23,7 millions de ménages, en 2002).
Si l’on décompose la population grossièrement entre
les foyers/ménages situés en dessous du revenu
médian et ceux situés au-dessus, le coût apparaît
réparti de manière similaire (15% en dessous et 85%
au-dessus de la médiane). En revanche, lorsqu’on
cherche à décrire plus finement la concentration du
coût selon le revenu disponible avant impôt, des
différences importantes apparaissent : le dernier
décile supporte 28% du coût de laréforme du point de
vue de la DF contre 45% du point de vue de l’ERF. Le
coût est beaucoup plus concentré dans ce dernier cas
et la réforme apparaît donc potentiellement plus
redistributive.
Ainsi, il semble important, pour l’analyse des effets
redistributifs d’une réforme fiscale, d’aller plus loin
qu’une simple simulation à partir des déclarations
fiscales. Nous raisonnerons donc par la suite en
termes de niveaux de vie qui incluent prestations
reçues et impôts prélevés.
Modélisation des comportements
induits par la réforme fiscale
Nos simulations conduisent à évaluer un coût global
de la réforme pour les ménages de l’ordre de 3,7 MdE
(coût pour les ménages du passage du système joint
au système séparé, estimé à partir de l’échantillon de
déclarations de revenus 2000 de la DGI, loi de
finances pour 2002), ce qui pourrait être compensé
globalement par une baisse d’environ 7% del’IR
[11].
Le gain lié au mariage représenterait ainsi près de
0,5% du revenu total déclaré par l’ensemble de la
population. On peut néanmoins observer une forte
hétérogénéité des situations selon la configuration
familiale et le niveau de revenu. Il y a naturellement
des perdants à l’individualisation de l’IR, mais aussi
des gagnants. L’un des apports de la
micro-simulation est de révéler que le nombre de
gagnants–ceux qui paient une taxe au mariage– n’est
pas négligeable (près d’un cinquième de l’ensemble
des couples mariés) et que ces derniers sont des
ménages relativement pauvres (i.e. concernés par la
décote, le seuil minimum d’imposition et
l’abattement spécifique pour personnes âgées ou
invalides).
Optimisation fiscale
Pour aboutir aux résultats précédents, nous avons
fait plusieurs hyp othèses co ncernan t les
comportements d’optimisation fiscale des individus.
De ces hypothèses nous déduisons l’impôt payé par
le ménage, dans le cas de l’imposition courante et
dans le cas d’une imposition séparée, selon quatre
configurations possibles : (i) la personne de
référence du couple déclare ses propres revenus, ses
personnes à charge et leurs revenus (et bénéficie
ainsi des demi-parts supplémentaires de quotient
familial) (PR + QF), le conjoint déclare ses propres
revenus et les revenus non individualisables du
ménage (revenus du patrimoine…) (CJ + RNI); (ii)
la personne de référence du couple déclare ses
propres revenus uniquement (PR), le conjoint
déclare ses propres revenus, ses personnes à charge
et leurs revenus ainsi que les revenus non
individualisables du ménage (CJ + QF + RNI); (iii)
la personne de référence du couple déclare ses
propres revenus et les revenus non individualisables
(PR + RNI), le conjoint déclare ses propres revenus
ses personnes à charge et leurs revenus (CJ + QF);
enfin (iv) la personne de référence du couple déclare
ses propres revenus, ses personnes à charge et leurs
revenus ainsi que les revenus non individualisables
du ménage (PR + QF + RNI), le conjoint déclare ses
propres revenus uniquement (CJ).
La complexité du calcul de l’impôt nous amène en
outre à adopter une convention concernant
l’affectation de certaines déductions et réductions
d’impôt qui ont été réparties pour moitié entre les
époux.
Nous sommes ainsi en mesure de déterminer la
stratégie dominante de répartition des ressources
selon le niveau de vie et la situation dans l’emploi des
ménages (tableaux 2 et 3). Ces stratégies
correspondent à la fréquence relative à laquelle l’une
ou l’autre des configurations permet d’aboutir à une
minimisation de l’impôt.
Les deux stratégies dominantes sont, d’une part,
l’affectation des personnes à charge à la personne de
référence
[12] (PR + QF) et l’affectation des
ressources non individualisables au conjoint (CJ +
RNI) et, d’autre part, l’affectation des personnes à
charge et des ressources à la personne de référence
(PR + QF + RNI) et son seul revenu individuel au
conjoint (CJ) : ainsi, dans 73% des cas pour la
première configuration, et dans 74% des cas pour la
seconde, ce sont les stratégies qui permettent de
minimiser l’impôt (tableau 2).
Tableau 2
fréquence relative à laquelle différentes configurations d’affectation des personnes à charge et des
revenus non individualisables amènent à une minimisation de l’IR (selon le décile de niveau de vie)
Tableau 2 : fréquence relative à laquelle différentes configurations d’affectation des personnes à charge et des
revenus non individualisables amènent à une minimisation de l’IR (selon le décile de niveau de vie)
PR + QF PR PR + RNI PR + QF + RNI
Décile de niveau de vie
CJ + RNI CJ + QF + RNI CJ + QF CJ
1 96% 81% 79% 96%
2 94% 71% 70% 93%
3 89% 58% 57% 87%
4 83% 50% 48% 83%
5 77% 49% 48% 77%
6 68% 46% 48% 72%
7 63% 44% 46% 68%
8 61% 46% 47% 66%
9 61% 44% 46% 67%
10 59% 46% 38% 56%
Ensemble 73% 52% 51% 74%
Note : enquête Revenus fiscaux 1999, actualisée en 2002; résultats pondérés.
Champ : couples mariés (12,1 millions de couples en 2002).
Lecture : PR est le revenu individuel de la personne de référence du ménage, CJ celui de son conjoint, QF représentent les personnes à charges, RNI
sont les ressources non individualisables; l’individualisation de l’impôt sur le revenu pourrait induire un choix optimal d’allocation des ressources
au sein du couple permettant de minimiser l’IR, certaines configurations donnant le même résultat; par exemple, au sein du premier décile de niveau
de vie, 96% des couples mariés minimiseraient leur impôt si la personne de référence du ménage déclarait ses propres revenus ainsi que les personnes
à charge et leurs revenus (et bénéficierait ainsi des demi-parts supplémentaires de quotient familial), le conjoint déclarant alors ses propres revenus et
les revenus non individualisables du ménage (revenus du patrimoine…); parmi ces mêmes ménages, 81% minimiseraient leur impôt si ils affectaient
l’ensemble des personnes à charge et les ressources non individualisables au conjoint et que la personne de référence ne déclarait que ses propres
revenus; un certain nombre de ménages sont donc indifférents vis-à-vis des deux configurations précédentes; notons par exemple que les ménages
non redevables de l’IR sont évidemment indifférents vis-à-vis des quatre configurations possibles.
Tableau 3
fréquence relative à laquelle différentes configurations d’affectation des personnes à charge et des
revenus non individualisables amènent à une minimisation de l’IR (selon la situation dans l’emploi)
Tableau 3 : fréquence relative à laquelle différentes configurations d’affectation des personnes à charge et des
revenus non individualisables amènent à une minimisation de l’IR (selon la situation dans l’emploi)
Situation dans l’emploi PR + QF PR PR + RNI PR + QF + RNI
(homme,femme) CJ + RNI CJ + QF + RNI CJ + QF CJ
(0,0) 75% 68% 66% 74%
(1,0) 80% 33% 35% 86%
(0,1) 59% 65% 63% 59%
(1,1) 68% 39% 39% 72%
Note : enquête Revenus fiscaux 1999, actualisée en 2002; résultats pondérés.
Champ : couples mariés de moins de 65 ans, hors indépendants, étudiants et retraités (7,7 millions de couples en 2002); les couples (0,0) sont des
couples dans lesquels les deux conjoints sont sans emploi; dans les couples mariés (1,0) l’homme travaille et la femme est sans emploi; dans les
couples (0,1) l’homme est sans emploi et la femme travaille; dans les couples (1,1) les deux conjoints travaillent.
Lecture : PR est le revenu individuel de la personne de référence du ménage, CJ celui de son conjoint, QF représente les personnes à charges, RNI
sont les ressources non individualisables ; lorsque la femme ne travaille pas et l’homme travaille, le fait d’affecter les personnes à charge et les
ressources non individualisables à l’homme permet de minimiser l’impôt du ménage dans 86% des cas.
Mais les configurations peuvent évoluer selon le
décile de niveau de vie : en dessous du niveau de vie
médian, les ménages choisiront plus probablement
d’affecter les personnes à charge à la personne de
référence du ménage et les ressources non
individualisables au conjoint ; au-dessus de la
médiane, les ressources non individualisables
reviendront plus fréquemment à la personne de
référence. L’indifférence vis-à-vis des différentes
configurations possibles est aussi plus grande parmi
les ménages appartenant aux premiers déciles de
niveau de vie, compte tenu du fait que ces ménages
peuvent ne pas être redevables de l’impôt sur le
revenu, et ce quelle que soit la stratégie d’affectation
des ressources et des personnes à charge adoptée.
Les stratégies d’affectation peuvent également
varier selon la situation dans l’emploi des couples
(tableau 3). Ainsi, dans le cas où la femme est sans
emploi, la stratégie dominante consiste à affecter le
q uotient familial et les ress ources n on
individualisables à son conjoint. Lorsque les deux
sont sans emploi, la même stratégie peut être
adoptée. Lorsque l’homme ne travaille pas, c’est
l’inverse que l’on observe. Enfin, lorsque les deux
travaillent, la stratégie dominante reste l’affectation
du quotient familial à l’homme.
Gain au mariage
En théorie, avec un système d’imposition familialisé
l’impôt d’un couple non marié sans enfant est
toujours plus élevé que celui d’un couple marié sans
enfant
[13]. En notant
t( )• le taux d’imposition moyen
du revenu,
Y le revenu de la femme et
Y le revenu
fh de l’homme, lorsque l’impôt est progressif, et quels
que soient les revenus de l’homme et de la femme, on
obtient :
où le membre de gauche représente l’impôt du
couple dans un système d’imposition séparé et le
membre de droite est l’impôt du couple dans un
système d’imposition familialisé. Le gain au
mariage est égal à la différence entre le membre de
droite et le membre de gauche.
Compte tenu de la progressivité du barème de
l’impôt, le gain au mariage apparaît logiquement
plus élevé parmi les déciles de niveau de vie les plus
élevés et s’élève en moyenne à 433 euros pour les
couples mariés (tableau 4).
Tableau 4
répartition du gain au mariage par décile
de niveau de vie (couples mariés uniquement)
T ableau 4 : répartition du gain au mariage par décile
de niveau de vie (couples mariés uniquement)
Décile de niveau de vie Gain au mariage (en euros)
1 27
2 62
3 142
4 208
5 258
6 278
7 289
8 351
9 577
10 1577
Ensemble 433
Note : enquête Revenus fiscaux 1999, actualisée en 2002 ; résultats
pondérés.
Champ : couples mariés (12,1 millions de ménages en 2002).
Graphique 1
gain au mariage selon l’âge des deux
époux
Le gain au mariage évolue logiquement selon l’âge
(graphique 1), du fait notamment de l’accroissement
des revenus avec l’âge. Au cours du cycle de vie, le
gain augmente jusqu’à 55 ans puis diminue par la
suite, du fait du retrait de l’activité des deux
conjoints. La réforme aurait donc un impact plus
important sur les « actifs » parmi lesquels nous
incluons les 55-65 ans (qui sont toutefois en partie
concernés par des situations de préretraite). Les plus
de 65 ans représentent 20% de la population totale
des couples mariés et seraient concernés par 17% du
coût global pour les ménages d’une réforme de
l’impôt sur le revenu par individualisation.
Au sein de la population des « actifs », le gain au
mariage est plus important pour les configurations
(0,0) dans l’emploi (i.e. l’homme et la femme ne
travaillent pas) (cf. tableau 5). Ce résultat s’explique
par le fait que cette configuration inclut des ménages
de chômeurs ou de préretraités (ayant moins de 65
ans) dont le revenu peut être élevé. Il s’explique
également par le fait que nous retenons une
hypothèse simplificatrice qui consiste à affecter à un
seul des deux conjoints l’ensemble des ressources
non individualisables du ménage (revenus du
patrimoine… ), ce qui peut augmenter
substantiellement l’impôt ; en effet, ce type de
revenu pourrait être réparti entre les deux conjoints
de manière à minimiser l’impôt.
D’une manière générale, le gain au mariage
augmente lorsque la femme est sans emploi
(configurations (0,0) ou (1,0) dans l’emploi). Or ces
couples sont plus concentrés en bas de la distribution
des niveaux de vie : 63,8% des couples mariés où les
deux conjoints sont sans emploi et 58,9% des couples
monoactifs où la femme ne travaille pas se situent en
dessous du niveau de vie médian, contre 26,1%
seulement pour les couples biactifs occupés.
Tableau 5
répartition du gain au mariage selon la
situation dans l’emploi (couples mariés “ actifs ”
uniquement)
Tableau 5 : répartition du gain au mariage selon la
situation dans l’emploi (couples mariés “ actifs ”
uniquement)
Situation dans l’emploi Proportion de Gain au mariage
(homme,femme) ménages (en euros)
(0,0) 15% 891
(1,0) 25% 754
(0,1) 10% 514
(1,1) 50% 190
Note : enquête Revenus fiscaux 1999, actualisée en 2002 ; résultats
pondérés.
Champ : couples mariés de moins de 65 ans, hors indépendants,
étudiants et retraités (7,7 millions de couples en 2002) ; les couples
(0,0) sont des couples dans lesquels les deux conjoints sont sans
emploi (y compris chômeurs et préretraités); dans les couples mariés
(1,0) l’homme travaille et la femme est sans emploi; dans les couples
(0,1) l’homme est sans emploi et la femme travaille; dans les couples
(1,1) les deux conjoints travaillent.
En outre, le gain au mariage varie selon l’écart entre
les revenus individuels des membres du couple. Nos
simulations montrent que l’observation est à cet
égard assez éloignée d’un cas théorique épuré des
autres modalités du calcul de l’impôt (décote,
abattements spécifiques … ) et ne s’appliquant
qu’aux seuls revenus individualisables (cf. tableaux
6 et 7). L’écart entre nos simulations et le cas
théorique pourrait également s’expliquer par les
règles d’affectation des enfants à charge
[14].
Ainsi, l’omission de certaines complexités semble
pouvoir aboutir à une surestimation des gains au
mariage et donc des pertes liées à l’individualisation.
Notamment, compte tenu de la convention
consistant à affecter tous les enfants à charge au
même conjoint, on est logiquement amené à
sous-estimer les possibilités d’optimisation (et ainsi
à surestimer le coût pour les ménages d’une
individualisation de l’impôt sur le revenu).
D’autres facteurs contribuent à diminuer les gains au
mariage par rapport à un cas théorique simplifié.
C’est le cas par exemple de la décote, dont l’impact
apparaît non négligeable. Ainsi, le gain au mariage
serait diminué de 27 euros en moyenne pour les
couples mariés (324 ME pour l’ensemble).
L’existence de la décote réduit de près de 6% la
variation d’impôt (hors décote) résultant de
l’individualisation de l’IR pour l’ensemble des
couples mariés, de 24% pour les seuls couples mariés
biactifs occupés. Ainsi, pour près de 21% des
couples mariés, l’existence de la décote annule le
gain lié au mariage et le mariage devient même
fiscalement désavantageux pour 6% d’entre eux du
fait de la décote.
Au total, on évalue à près de 46% la proportion de
couples mariés bénéficiant d’un gain moyen annuel
au mariage de +1080 euros et à 22% la proportion de
couples mariés pénalisés par le mariage pour un
montant de–185 euros en moyenne par ménage (du
fait non seulement de l’existence de la décote, mais
aussi en raison du minimum de perception,
d’abattements spécifiques…)
[15]. Parmi les 22% de
couples mariés gagnants à l’individualisation, un
peu plus d’un quart (6% de couples mariés) gagnent à
l’individualisation de l’impôt sur le revenu du fait de
la décote et près des trois quarts (16% des couples
mariés) pour d’autres raisons. Mais ces résultats
pourraient être modifiés si les taux d’emploi
devaient être augmentés suite à la réforme fiscale (cf.
infra, troisième partie).
Taxe sur l’activité féminine
Afin de rendre compte des effets de la réforme sur
l’activité féminine, on peut décrire, dans un premier
temps, son impact sur la taxation de l’activité. En
utilisant les notations précédentes, on écrit :
où le membre de gauche représente la taxe sur
l’activité féminine dans un système d’imposition
séparé et le membre de droite est la taxe dans un
système d’imposition joint. Lorsque la femme ne
travaille pas, le salaire est estimé selon la méthode
décrite dans l’encadré 2, sinon on retient le salaire
déclaré. La différence entre le membre de droite et le
membrede gauche n’est pas nécessairement toujours
positive ni toujours négative mais dépend de l’écart
de revenus entre l’homme et la femme. D’une
manière générale, lorsque l’homme travaille et a un
revenu plus élevé ou égal à celui de la femme, la taxe
sur l’activité féminine est plus importante dans un
système d’imposition joint. À l’inverse, lorsque
l’homme ne travaille pas, la taxe sur l’activité sera
plus élevée dans un système d’imposition séparé (cf.
au tableau 11 l’accroissement de la taxe sur l’activité
due au passage à l’individualisation dans le cas où
l’homme ne travaille pas). Par conséquent, si l’offre
de travail est suffisamment élastique au revenu, alors
l’individualisation de l’impôt sur le revenu devrait
impliquer une concentration des emplois dans les
configurations (0,0) ou (1,1)
[16]. Les effets potentiels
vont donc dans le sens d’un accroissement des
inégalités de revenus entre ménages.
Tableau 6
gain au mariage rapporté au revenu disponible selon les salaires annuels des deux conjoints
T ableau 6 : gain au mariage rapporté au revenu disponible selon les salaires annuels des deux conjoints
Salaire homme
Salaire femme 0 0 - 20 000 20 000 - 40 000 40 000 - 60 000 +60 000
0 2,9% 0,9% 2,0% 3,0% 4,1%
0 - 20 000 1,3% 2,0% -0,1% 1,2% 2,8%
20 000 - 40 000 1,3% 0,4% 4,1% 0,3% 1,3%
40 000 - 60 000 1,1% 0,4% 2,8% 0,4% 0,2%
+60 000 2,0% 0,1% 1,3% -0,1% 0,0%
Note : enquête Revenus fiscaux 1999, actualisée en 2002; résultats pondérés.
Tableau 7
gain théorique au mariage rapporté au revenu selon les salaires annuels des deux conjoints
Tableau 7 : gain théorique au mariage rapporté au revenu selon les salaires annuels des deux conjoints
Salaire homme
Salaire femme 0 20 000 40 000 60 000 80 000
0 - 7,5% 8,0% 8,0% 8,2%
20 000 0,0% 0,8% 1,4% 2,5%
40 000 0,0% 0,3% 0,9%
60 000 0,0% 0,2%
80 000 0,0%
Note : calculs théoriques effectués à partir du barème de l’IR de 2002 pour un couple marié sans enfant.
En moyenne, l’individualisation, à offre de travail
inchangé, aurait pour effet de réduire de 286 euros la
taxe sur l’activité féminine (cf. tableau 8). L’écart est
néanmoins important entre les premiers déciles de
niveau de vie et le décile supérieur (de l’ordre de
1000 euros). De plus, comme le prévoit un calcul
théorique, l’imposition séparée avantage plus les
couples mariés biactifs occupés puisque leur taxe sur
l’activité diminue de près de 528 euros (tableau 9).
Comme pour le gain au mariage, l’écart entre le
calcul théorique et nos simulations apparaît
substantiel (cf. tableaux 10 et 11). Notamment,
même si la taxe sur l’activité féminine lorsque
l’homme ne travaille pas reste faible, elle n’est (en
moyenne) jamais positive. Comme pour le cas
théorique, elle est particulièrement élevée lorsque le
revenu de l’homme et le revenu de la femme sont
élevés.
Tableau 8
taxe sur l’activité des femmes mariées par
décile de niveau de vie
Tableau 8 : taxe sur l’activité des femmes mariées par
décile de niveau de vie
Décile de Taxe système Taxe système Variation
niveau de vie joint (1) séparé (2) (2) – (1)
1 32 36 +4
2 48 24-23
3 80 40-40
4 118 45-73
5 200 89-112
6 305 155-150
7 530 318-212
8 838 544-293
9 1336 845-490
10 2779 1742-1038
Ensemble 743 457-286
Note : enquête Revenus fiscaux 1999, actualisée en 2002 ; résultats
pondérés.
Champ : couples mariés (12,1 millions de ménages en 2002).
Dans la partie suivante, nous étudions les effets
redistributifs globaux de la réforme, avec ou sans
prise en compte des effets induits sur l’offre de
travail féminine.
Tableau 9
taxe sur l’activité des femmes mariées
selon la situation dans l’emploi (couples mariés
“ actifs ” uniquement)
Tableau 9 : taxe sur l’activité des femmes mariées
selon la situation dans l’emploi (couples mariés
“ actifs ” uniquement)
Sit
uation dans Taxe système Taxe système Variation
l’emploi(homme,femme) joint (1) séparé (2) (2) – (1)
(0,0) 718 401-318
(1,0) 642 185-457
(0,1) 1501 1256-245
(1,1) 1490 963-528
Note : enquête Revenus fiscaux 1999, actualisée en 2002 ; résultats
pondérés.
Champ : couples mariés de moins de 65 ans, hors indépendants,
étudiants et retraités (7,7 millions de couples en 2002) ; les couples
(0,0) sont des couples dans lesquels les deux conjoints sont sans
emploi (y compris chômeurs et préretraités); dans les couples mariés
(1,0) l’homme travaille et la femme est sans emploi; dans les couples
(0,1) l’homme est sans emploi et la femme travaille; dans les couples
(1,1) les deux conjoints travaillent.
Tableau 10
variation moyenne de la taxe sur l’activité féminine suite au passage du système joint au système
séparé (rapportée au revenu disponible) selon les TS (traitements et salaires) des deux conjoints
Tableau 10 : variation moyenne de la taxe sur l’activité féminine suite au passage du système joint au système
séparé (rapportée au revenu disponible) selon les TS (traitements et salaires) des deux conjoints
Salaire homme
Salaire femme 0 0-20 000 20 000 - 40 000 40 000 - 60 000 +60 000
0-1,0% -0,6% -1,4% -1,9% -1,8%
0 - 20 000-0,6% -1,4% -1,9% -2,1% -2,0%
20 000 - 40 000-0,6% -1,4% -1,8% -2,8% -3,6%
40 000 - 60 000-1,5% -1,3% -2,0% -1,9% -2,1%
+60 000-0,8% -1,2% -3,6% -1,9% -4,1%
Note : enquête Revenus fiscaux 1999, actualisée en 2002; résultats pondérés.
Champ : couples mariés de moins de 65 ans, hors indépendants, étudiants et retraités (7,7 millions de couples en 2002).
Tableau 11
variation théorique de la taxe sur l’activité féminine suite au passage du système joint au système
séparé (rapportée au revenu avant impôt)
Tableau 11 : variation théorique de la taxe sur l’activité féminine suite au passage du système joint au système
séparé (rapportée au revenu avant impôt)
Salaire homme
Salaire femme 0 20 000 40 000 60 000 80 000
0 - 0,0% 0,0% 0,0% 0,0%
20 000 +7,5% -3,8% -4,5% -4,6% -4,0%
40 000 +8,0% -1,7% -4,0% -4,6% -4,5%
60 000 +8,0% -0,5% -2,9% -4,0% -4,5%
80 000 +8,2% 1,0% -1,7% -3,3% -4,1%
Note : calculs théoriques effectués à partir du barème de l’IR de 2002 pour un couple marié sans enfant.
Effets redistributifs globaux
Aoffre de travail inchangée, sur près de 12,1 millions
de couples mariés, le nombre de perdants suite à la
réforme serait de l’ordre de 5,5 millions de ménages,
contre 2,7 millions de gagnants. Près de 3,9 millions
de couple mariés verraient leur situation inchangée
(tableau 12).
L’individualisation de l’impôt sur le revenu aurait
potentiellement ( i.e. sous les hypothèses
d’optimisation fiscale discutées précédemment)
pour effet de réduire de près de 225 euros le revenu
disponible moyen des ménages. Compte tenu de la
baisse induite des taux marginaux d’imposition au
sein du couple, cette réforme augmenterait de 0,6
point le taux de participation féminine (cf. encadré 2)
et se solderait donc au maximum (i.e. sans
contraintes sur la demande de travail, le modèle ne
permettant évidemment pas de raisonner en
équilibre général) par près de 80 000 emplois
supplémentaires (tableau 13). Le dernier décile de
niveau de vie concentrerait 21% des créations
potentielles d’emploi (le taux de participation de ce
décile augmenterait de 1,4 point).
Ainsi, la baisse moyenne de revenu disponible de
225 euros suite à la réforme se solderait finalement à
192 euros une fois pris en compte des effets d’offre
de travail : près de 15% de la perte serait compensée
par des effets sur l’offre de travail (tableau 14).
Tableau 12
gagnants et perdants suite à la réforme
selon le décile de niveau de vie
T ableau 12 : gagnants et perdants suite à la réforme
selon le décile de niveau de vie
e
Décile deniveau de vie % de perdants Nombre deperdants Nombre dgagnants
1 7,1% 59 555 2 926
2 17,4% 177 916 10 387
3 30,3% 303 202 29 209
4 40,0% 438 379 127 853
5 47,1% 550 022 261 300
6 50,4% 640 612 410 637
7 48,3% 645 432 532 925
8 48,7% 679 698 551 876
9 64,2% 934 556 398 402
10 71,5% 1 100 990 329 463
Ensemble 45,6% 5 530 362 2 654 979
Note : enquête Revenus fiscaux 1999, actualisée en 2002 ; résultats
pondérés.
Champ : couples mariés (12,1 millions de ménages en 2002).
Tableau 13
taux d’activité des femmes mariées estimé avant et après la réforme
Tableau 13 : taux d’activité des femmes mariées estimé avant et après la réforme
Décile de niveau de vie Taux d’activité estiméavant la réforme Taux d’activité estiméaprès la réforme Variation du taux d’activitéavant et après réforme Augmentation de laparticipation féminine
1 41,4% 41,4% +0,0% +234
2 47,3% 47,5% +0,1% +1 630
3 55,7% 56,1% +0,4% +4 538
4 64,3% 65,0% +0,7% +7 334
5 72,1% 72,7% +0,5% +6 144
6 79,3% 80,1% +0,8% +9 896
7 83,7% 84,3% +0,7% +8 502
8 85,5% 86,3% +0,9% +11 231
9 88,7% 89,7% +1,0% +12 731
10 85,6% 87,0% +1,4% +16 762
Ensemble 70,4% 71,0% +0,6% +79 003
Note : enquête Revenus fiscaux 1999, actualisée en 2002; résultats pondérés.
Champ : couples mariés (12,1 millions de ménages en 2002).
Tableau 14
perte/gain moyen de revenu disponible lié à la réforme (ensemble de la population)
Tableau 14 : perte/gain moyen de revenu disponible lié à la réforme (ensemble de la population)
Décile de niveau de vie
(après impôt) Perte de revenu disponible lié au passage àl’imposition séparée Gain de revenu disponible lié àl’augmentation de la participation féminine Perte nette
1-10 +1-9
2-27 +4-23
3-60 +15-45
4-97 +20-77
5-128 +16-111
6-150 +34-116
7-165 +26-139
8-210 +44-166
9-358 +61-297
10-1044 +110-934
Ensemble-225 +33-192
Note : enquête Revenus fiscaux 1999, actualisée en 2002; résultats pondérés.
Champ : ensemble de la population (23,7 millions de ménages en 2002).
Encadré 2 : équation de salaire et équation de participation
Afin d’analyser le comportement d’offre de travail des
femmes, nous avons intégré au modèle de micro-simulation
une équation de salaire et une équation de participation
pour l’ensemble des femmes en âge de travailler (moins de
65ans), hors professions indépendantes, retraitées ou
étudiantes. Les résultats sont présentés dans les tableaux
2.1,2.2 et 2.3.
Les estimations s’effectuent en trois étapes. Nous estimons
tout d’abord un modèle de gains afin de prédire le salaire de
marché pour toutes les femmes de l’échantillon (tableau
2.1); puis nous utilisons les salaires prédits par ce modèle
pour évaluer le revenu d’activité pour chacune d’entre
elles. Ensuite, nous calculons le revenu disponible du
ménage, d’une part, dans le cas où la femme ne travaille pas
et, d’autre part, dans le cas où elle trouverait un emploi.
Dans ce dernier cas, nous évaluons le gain tiré d’un emploi
par le niveau de salaire estimé en première étape.
Finalement, nous calculons la différence entre les deux
revenus disponibles estimés. Nous obtenons ainsi le gain de
revenu disponible lié au retour à l’emploi par différence
avec le revenu disponible lorsque la femme est sans emploi.
Nous nous intéressons par la suite à la participation
féminine au marché du travail (tableau 2.2). Pour ce faire,
nous intégrons comme variable indépendante le revenu
disponible estimé du ménage en logarithme lorsque la
femme travaille et lorsqu’elle ne travaille pas, ceci afin de
mesurer l’élasticité de l’offre de travail des femmes. Les
résultats sont assez proches de ce qui existe par ailleurs
dans la littérature (cf. par exemple Hagneré et alii, 2004);
ils montrent que l’élasticité du revenu disponible hors
travail est plus faible en valeur absolue que l’élasticité du
revenu disponible mesuré lorsque la femme travaille. La
qualité des ajustements est présentée dans le tableau 2.3.
Tableau 2.1
résultats de l’équation de salaire
(en log) pour les femmes
Tableau 2.1 : résultats de l’équation de salaire
(en log) pour les femmes
Coefficient Ecart type
Niveau d’études
Aucun ou CEP -
CAP, BEP et BEPC 0,2049** 0,0094
Baccalauréat ou brevet professionnel 0,3875** 0,0120
ou autre diplôme de ce niveau
Baccalauréat + 2 ans 0,5862** 0,0132
Diplôme supérieur 0,7676** 0,0158
Âge 0,0241** 0,0035
âge² -0,0004** 0,00004
Âge de fin d’études 0,0140** 0,0034
(Âge de fin d’études)² -0,0002** 0,00002
Âge x Âge de fin d’études 0,0003** 0,00006
Ancienneté dans l’entreprise (années) 0,0396** 0,0035
(Ancienneté dans l’entreprise)² -0,0005** 0,00005
Ancienneté x Âge 0,0001 0,00007
Ancienneté x Âge de fin d’études-0,0002** 0,00009
Constante 5,5835** 0,0856
Nombre d’observations 29394
R² 0,3627
**significatif à 5%.
Note : modèle linéaire estimé sur l’enquête Revenus fiscaux 1999,
actualisée en 2002, avec les pondérations individuelles de l’enquête
Emploi 2000 (ERF 1999).
Champ : femmes en âge de travailler (moins de 65 ans), hors
indépendantes, étudiantes et retraitées.
Lecture : toutes les variables proviennent de l’enquête Emploi 2000
et correspondent au mois de mars 2000 ; la spécification de
l’équation de salaire s’inspire directement des travaux de Gurgand
et Margolis (2001).
Tableau 2.2
résultats de l’équation de participation
pour les femmes
Tableau 2.2 : résultats de l’équation de participation
pour les femmes
Coefficient Ecart type
Niveau d’études
Aucun ou CEP - -
CAP, BEP et BEPC 0,2001** 0,0198
Baccalauréat ou brevet professionnel 0,2677** 0,0287
ou autre diplôme de ce niveau
Baccalauréat + 2 ans 0,4951** 0,0359
Diplôme supérieur 0,3137** 0,0413
Âge 0,0005** 0,0090
âge² -0,0012** 0,0001
Âge de fin d’études 0,0741** 0,0108
(Âge de fin d’études)² -0,0003** 0,0001
Âge x âge de fin d’études-0,0013** 0,0002
Nombre d’enfants de moins de 3 ans-0,6538** 0,0269
Nombre d’enfants entre 3 et 6 ans-0,4472** 0,0216
Nombre d’enfants entre 6 et 18 ans-0,1808** 0,0108
Nombre d’enfants de plus de 18 ans-0,0579** 0,0126
Célibataire 0,217** 0,0269
Log R(0) -1,8822** 0,0341
Log R(w) 2,1237** 0,0377
Constante-6,1475** 0,3215
Nombre d’observations 35008
Pseudo R² 0,2314
**significatif à 5%.
Note : modèle logistique estimé sur l’enquête Revenus fiscaux 1999,
actualisée en 2002, avec les pondérations individuelles de l’enquête
Emploi 2000 (ERF 1999).
Champ : femmes en âge de travailler (moins de 65 ans), hors
indépendantes, étudiantes et retraitées.
Lecture : toutes les variables proviennent de l’enquête Emploi 2000
et correspondent au mois de mars 2000; Log R(0) et le logarithme du
revenu disponible du ménage lorsque la femme ne travaille pas; Log
R(w) et le logarithme du revenu disponible du ménage lorsque la
femme travaille.
Tableau 2.3
qualité de l’ajustement
Probabilité d’emploi pour les femmes en âge de travailler selon le type de ménage
Tableau 2.3 : qualité de l’ajustement
Probabilité d’emploi pour les femmes en âge de travailler selon le type de ménage
Couples mariés Couples mariés Couples mariés Couples mariés
Tous (0,0) (1,0) (0,1) (1,1)
Observé 0,6478 0 0 1 1
Valeur estimée avant réforme 0,7114 0,3307 0,5048 0,7546 0,8687
Valeur estimée après réforme 0,7180 0,3390 0,5223 0,7626 0,8759
Note : enquête Revenus fiscaux 1999, actualisée en 2002; résultats non pondérés.
Champ : les couples mariés (0,0) sont des couples mariés de moins de 65 ans, hors indépendants, étudiants et retraités, dans lesquels les deux
conjoints sont sans emploi; dans les couples mariés (1,0) l’homme travaille et la femme est sans emploi; dans les couples mariés (0,1) l’homme
est sans emploi et la femme travaille; dans les couples mariés (1,1) les deux conjoints travaillent.
Revenu disponible annuel
Revenu disponible annuel
Couples mariés Couples mariés Couples mariés Couples mariés
En euros Tous
(0,0) (1,0) (0,1) (1,1)
Avant réforme
Observé 27 548 29 943 35 139 38 927 41 294
Estimé 27 827 31 877 37 451 38 278 41 137
Après réforme
Observé 27 323 29 052 34 385 38 413 41 103
Estimé sans effets sur l’offre de travail 27 619 31 071 36 903 37 723 40 932
Estimé avec effets sur l’offre de travail 27 652 31 151 37 058 37 849 41 006
Note : enquête Revenus fiscaux 1999, actualisée en 2002; résultats non pondérés.
Champ : les couples mariés (0,0) sont des couples mariés de moins de 65 ans, hors indépendants, étudiants et retraités, dans lesquels les deux
conjoints sont sans emploi; dans les couples mariés (1,0) l’homme travaille et la femme est sans emploi; dans les couples mariés (0,1) l’homme
est sans emploi et la femme travaille; dans les couples mariés (1,1) les deux conjoints travaillent.
Lecture : la simulation des effets de la réforme fiscale sur l’offre de travail engendre plusieurs concepts de revenu disponible : le revenu observé,
mesuré à partir des déclarations fiscales des ménages, l’impôt et les prestations simulées (Y Y T P= − + ); le revenu estimé, mesuré en pondérant
d par l’estimé p de la variable d’emploi–qui vaut 1 si la femme est employée et 0 sinon– c’est-à-dire le revenu disponible du ménage selon que la
femme travaille ou pas ( ( )Y pY p Y d de dne = + −1 ).
Les effets redistributifs globaux sont estimés à l’aide
d’indices synthétiques (cf. annexe). L’indice de
redistribution de Musgrave est décomposé en un
indice d’équité verticale–résumant l’intensité des
transferts entre les ménages à haut niveau de vie et
ceux à niveau de vie plus modeste– et un autre
d’inéquité horizontale–mesurant l’écart avec la
situation où l’impôt serait parfaitement corrélé avec
les niveaux de vie (à même niveau de vie, même
impôt). Les écarts types des indices sont estimés en
utilisant la méthode proposée par Duclos (1997) et
Davidson et Duclos (2000)
[17].
Comme nous l’indiquons en annexe à l’aide de
courbes de concentration (voir aussi le tableau 15
présentant la répartition de l’impôt avant et après
réforme), la progressivité de l’impôt sur le revenu a
été réduite pour les couples suite à la réforme (cf.
tableau A1 en annexe). Néanmoins, la réforme
n’apparaît pas rég ressive et accroît
significativement la redistribution : la variation de
l’indice de redistribution avant et après réforme est
positive et significative, avec ou sans prise en
compte des effets sur l’offre de travail féminine, ce
qui permet de conclure à une diminution des
inégalités de niveau de vie (tableaux A2 et A3).
Ce résultat central peut sembler paradoxal pour
plusieurs raisons : d’une part, la progressivité a
diminué suite à la réforme et, d’autre part, les couples
monoactifs, dont le niveau de vie est plus faible que
les couples biactifs, sont les principaux perdants de
la réforme.
Néanmoins, le poids de l’impôt augmente pour
l’ensemble des couples mariés et la redistribution se
fait donc au sein des groupes constitués selon la
situation dans l’emploi des conjoints. Notamment,
l’accroissement de la redistribution apparaît plus
important parmi les couples mariés monoactifs et
n’est pas contrebalancée par une diminution de la
progressivité de l’impôt (cf. graphique A2).
Au total, la dimension verticale de la redistribution
(le fait que les riches sont davantage imposés que les
pauvres) contribue à la redistribution d’ensemble, et
la dimen sion horizo ntale ne varie pas
significativement pour l’ensemble des ménages,
bien que légèrement parmi les couples mariés (cf.
tableau A4 comparativement au tableau A3).
Lorsqu’on introduit les comportements d’offre de
travail féminine dans le modèle les résultats sont
légèrement modifiés : la redistribution induite par la
réforme, mesurée par la variation de l’indice de
Musgrave, est réduite d’environ 6%. L’effet propre à
l’offre de travail sur les inégalités de niveau de vie
apparaît donc négligeable pour l’ensemble des
ménages (cf. tableau A3). En effet, en présence
d’effets sur l’offre de travail, la redistribution serait
certes légèrement réduite (du fait de la concentration
des couples dans les configurations (0,0) et (1,1)
dans l’emploi), mais l’importance croissante des
couples placés en situation identique face à l’emploi
aurait également pour effet de réduire l’inéquité
horizontale du système d’imposition
[18].
Dans cet article, la réforme de l’impôt sur le revenu
par individualisation a été simulée sans supprimer la
logique du quotient familial. Seul le quotient
con jugal est supprimé. L’intérêt de la
micro-simulation est de révéler des effets non
évidents a priori. Alors qu’en théorie la réforme
devrait avoir un impact négatif ou nul sur le revenu
disponible de chaque couple, la micro-simulation
révèle qu’une minorité de couples sortent gagnants
de la réforme grâce à certains dispositifs fiscaux
(décote, minimum de perception de l’impôt,
abattement spécifiques… ). Par ailleurs, si les
couples sont libres d’optimiser en affectant les
enfants à charge au conjoint de leur choix, et s’il en va
de même pour les ressources non individualisables,
alors beaucoup de couples limitent la hausse de
l’impôt.
Au total, on montre que la perte pour les ménages,
bien que substantielle (près de 3,7 MdE), n’entraîne
pas, globalement, d’effets anti-redistributifs. Au
contraire, la redistributivité de l’impôt devrait
s’accroître du fait de l’augmentation du poids de
l’impôt parmi les ménages au niveau de vie le plus
élevé et donc par un renforcement de l’équité
verticale. En outre, si en principe l’inéquité
horizontale devrait s’accroître pour l’ensemble de la
population, les effets sur l’offre de travail que
pourrait entraîner l’individualisation de l’IR rendent
peu voire non significative cette variation.
Les résultats semblent donc inviter le législateur à
mener une réforme positive à la fois en termes
d’incitation au travail et en termes de redistribution.
Néanmoins, ces conclusions doivent être nuancées.
En effet, c’est avant tout la hausse du taux moyen
d’imposition qui explique le renforcement de la
redistribution verticale : puisque l’impôt sur le
revenu est un impôt fortement progressif, une hausse
de cet impôt induit presque mécaniquement une
baiss e des inégalités de niveau de vie.
L’individualisation de l’impôt pourrait toutefois
s’accompagner d’allègements du barème. En
première approximation, ces derniers annuleraient la
hausse du taux moyen et la baisse des inégalités qui
en résulte ; par ailleurs, ils renforceraient encore
l’offre de travail.
Plusieurs pistes d’approfondissement du modèle
pourraient être envisagées. Tout d’abord, il apparaît
nécessaire de prendre en compte les diverses
contraintes liées à l’affectation des personnes à
charge ou des ressources non individualisables dans
les choix d’optimisation fiscale. Ensuite, les
comportements d’offre de travail pourraient être
modélisés collectivement, afin notamment de rendre
compte de l’impact de la réforme sur l’offre de travail
masculine. Enfin, compte tenu du nombre de
perdants de la réforme envisagée (5,5 millions de
ménages), ce travail devrait être complété par une
réflexion sur les mesures d’accompagnement
permettant de compenser les ménages
[19].
Annexe : décomposition des indices
d’inégalité et de redistribution
On note X le revenu avant impôt et T (X) le montant d’impôt
payé. Le revenu après impôt s’écrit N (X) = X - T (X). La
courbe de Lorenz L p X ( ) pour une fonction de répartition
F t X ( ) du revenu avant impôt est définie par :
où µX est la moyenne du revenu avant impôt. La courbe de
Lorenz L p N ( ) du revenu après impôt peut s’exprimer de la
même manière en utilisant la fonction de répartition F t N ( ).
La courbe de concentration de l’impôt peut être définie
comme suit :
où µT est l’impôt moyen. La courbe de concentration du
revenu après impôt C p N ( ) peut être définie de la même
manière en remplaçant T (t) par N (t).
Le graphique ci-dessous illustre le tracé de ces deux courbes
pour les couples mariés monoactifs (la femme ne déclare pas
de revenu d’activité). On montre de la sorte que la réforme
diminue la concentration de l’impôt pour toutes les valeurs
de p et diminue par conséquent la progressivité de l’impôt.
Graphique A1
courbe de Lorenz du revenu
disponible avant impôt par unités de consommation et
courbes de concentration de l’impôt avant et après
réforme
L’indice usuel de progressivité de Kakwani s’écrit en
intégrant les écarts entre la courbe de Lorenz du revenu
avant impôt et la courbe de concentration de l’impôt pour
toutes les valeurs de p :
Les effets de la réforme sur la redistribution du revenu se
mesurent en considérant l’écart entre la courbe de Lorenz du
revenu avant impôt et la courbe de Lorenz du revenu après
impôt. L’intégrale des écarts entre la courbe de Lorenz du
revenu après impôt et la courbe de Lorenz avant impôt pour
toutes les valeurs de p donne l’indice de redistribution de
Musgrave :
Cet indice rend compte de l’évolution de l’indice de Gini
calculé sur les revenus avant et après impôt, ce dernier indice
s’exprimant par l’intégrale de l’écart entre la bissectrice et la
courbe de Lorenz du revenu. Ainsi, plus l’impôt est
redistributif, plus l’indice de Gini diminue (plus l’inégalité
diminue du fait de l’impôt), et plus l’indice de Musgrave est
élevé
[20]. On écrit :
Par ailleurs, on peut rendre compte des deux dimensions
–verticale et horizontale– de la redistribution en proposant
une autre décomposition de l’indice de Musgrave. L’indice
d’équité verticale de Reynolds-Slomensky s’écrit comme
l’intégrale des écarts entre la courbe de concentration du
revenu après impôt et la courbe de Lorenz du revenu avant
impôt :
On montre par ailleurs, en notant T (X) = tX où t est le taux
d’i mp osi ti on m oyen de l a po pul ati on, qu e
V T t t P t( ) / ( ) ( )= −1, donc, pour t petit (de l’ordre de 6% en
France en 2002), V T tP T( ) ( )≈. Ainsi, une réforme qui
augmente le taux moyen d’imposition t (l’individualisation
de l’IR l’augmenterait de +7%) mais diminue la
progressivité de l’impôt P(T) peut être redistributive.
L’évolution de l’indice d’équité se décompose en écrivant
par exemple V T V T t P T P T P T t t( ) ( ) [ ( ) ( )] ( )[ ] 1 0 0 1 0 1 1 0 − ≈ − + −,
ce qui permet d’estimer la contribution de chacune des deux
composantes.
L’indice d’inéquité horizontale d’Atkinson-Plotnick s’écrit
comme l’intégrale des écarts entre la courbe de
concentration du revenu après impôt et la courbe de Lorenz
du revenu après impôt :
Graphique A2
écart de redistribution avant et après
impôt ( ( ) ( ))R T R T− en fonction de p : la réforme
1 0 renforce la redistribution et réduit les inégalités de
niveaux de vie parmi les couples monoactifs
D’où la dé comp osi ti on sui van te de l’i ndi ce de
redistribution :
La réforme fiscale transforme l’impôt initial (noté T0 ) en un
impôt final (noté T1 ). Il découle donc de l’expression
précédente une décomposition de l’effet de la réforme
fiscale sur la redistribution :
où le premier membre de droite représente la contribution de
l’évolution de l’indice d’équité verticale et le second
membre de droite est la contribution de l’évolution de
l’indice d’inéquité horizontale à l’évolution de l’indice de
redistribution.
Notons que cette différence peut aussi s’écrire :
c’est-à-dire comme l’écart des indices de Gini calculés sur
les revenus nets avant et après la réforme.
Tableau A1
évolution de l’indice de progressivité
Tableau A1 : évolution de l’indice de progressivité
Scénario P T( ) 0 P T( ) 1 P T( ) 1 - P T( ) 0
Sans variation de l’offre de travail (observé) 0,7826 0,7559-0,0267
(0,0059) (0,0058) (0,0007)
Sans variation de l’offre de travail (estimé) 0,7798 0,7555-0,0242
(0,0058) (0,0058) (0,0007)
Avec variation de l’offre de travail 0,7798 0,7562-0,0236
(0,0058) (0,0058) (0,0007)
Note : enquête Revenus fiscaux 1999, actualisée en 2002; résultats non pondérés; écarts types entre parenthèses, non corrigés du fait que l’emploi
est estimé dans une première étape.
Champ : ensemble des ménages.
Tableau A2
indice d’inégalité avant et après réforme
Tableau A2 : indice d’inégalité avant et après réforme
Concept de revenu utilisé Tous les ménages Couples mariés
Avant réforme
Observé 0,2980 0,2995
(0,0020) (0,0030)
Estimé 0,2960 0,2964
(0,0020) (0,0030)
Après réforme
Observé 0,2961 0,2972
(0,0020) (0,0030)
Estimé sans effets sur l’offre de travail 0,2942 0,2944
(0,0020) (0,0030)
Estimé avec effets sur l’offre de travail 0,2944 0,2944
(0,0020) (0,0030)
Note : enquête Revenus fiscaux 1999, actualisée en 2002; résultats non pondérés; écart types entre parenthèses, non corrigés du fait que l’emploi est
estimé dans une première étape; la taille de l’échantillon est de 68 000 ménages, ce qui explique une forte significativité des indices.
Champ : les couples mariés représentent l’ensemble des couples mariés de la population sans restriction de champ.
Lecture : les différents concepts de revenu disponible sont décrits dans le tableau 2.3.2 de l’encadré 2.
Tableau A3
décomposition de l’indice de redistribution : ensemble des ménages
Tableau A3 : décomposition de l’indice de redistribution : ensemble des ménages
Scénario R T R T( ) ( ) 1 0 − V T V T( ) ( ) 1 0 − H T H T( ) ( ) 1 0 −
Sans variation de l’offre de travail (observé) 0,0019 0,0021 0,0002
(0,0001) (0,0001) (0,0001)
Sans variation de l’offre de travail (estimé) 0,0017 0,0019 0,0002
(0,0001) (0,0001) (0,0001)
Avec variation de l’offre de travail 0,0016 0,0018 0,0001
(0,0001) (0,0001) (0,0001)
Effet propre à la variation de l’offre de travail-0,0001-0,0001 0,0000
(0,0000) (0,0000) (0,0000)
Note : enquête Revenus fiscaux 1999, actualisée en 2002; résultats non pondérés; écarts types entre parenthèses, non corrigés du fait que l’emploi est
estimé dans une première étape.
Champ : ensemble des ménages.
Lecture : l’indice de redistribution (R), sans prise en compte des effets induits sur l’offre de travail, est décomposable en un indice d’équité verticale
(V) et un indice d’inéquité horizontale (H) : l’indice d’équité verticale évolue en fonction de l’indice de progressivité, qui diminue et contribue à
-0,002 de l’évolution de l’indice V, et du taux moyen d’imposition, proche de 6%, qui augmente de +7% après réforme et contribue ainsi à +0,004 de
l’évolution de l’indice V ; au total, l’indice d’équité verticale augmente du fait de la réforme de +0,002 ; par conséquent, à budget constant
(c’est-à-dire sans hausse du taux moyen d’imposition) l’indice d’équité verticale diminuerait de-0,002 : ainsi, sans modification de la variation de
l’indice d’inéquité horizontale, une réforme à budget constant impliquerait une baisse de-0,002 de l’indice de redistribution. La prise en compte des
effets potentiels sur l’offre ne modifie que très marginalement ces résultats.
Tableau A4
décomposition de l’indice de redistribution : couples mariés
Tableau A4 : décomposition de l’indice de redistribution : couples mariés
Scénario R T R T( ) ( ) 1 0 − V T V T( ) ( ) 1 0 − H T H T( ) ( ) 1 0 −
Sans variation de l’offre de travail (observé) 0,0023 0,0027 0,0003
(0,0001) (0,0001) (0,0001)
Sans variation de l’offre de travail (estimé) 0,0021 0,0024 0,0003
(0,0001) (0,0001) (0,0001)
Avec variation de l’offre de travail 0,0020 0,0023 0,0003
(0,0001) (0,0001) (0,0001)
Effet propre à la variation de l’offre de travail-0,0001-0,0001 0,0000
(0,0001) (0,0001) (0,0001)
Note : enquête Revenus fiscaux 1999, actualisée en 2002; résultats non pondérés; écarts types entre parenthèses, non corrigés du fait que l’emploi est
estimé dans une première étape.
Champ : couples mariés sans restriction de champ.
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[(*)]
Direction de la Prévision et de l’Analyse Economique.
E-mail : d
damien. echevin@ dp. finances. gouv. fr
[(2)]
Calculs réalisés à partir d’un échantillon représentatif de
500 000 déclarations de revenus relatifs à l’année 2002, source
Direction Générale des Impôts (DGI).
[(3)]
Quant au nombre de “pacsés”, il ne dépasserait pas 0,1%
des foyers fiscaux.
[(4)]
Dans un certain nombre de pays, la taxation des revenus
professionnels est individualisée alors que les revenus non
professionnels sont taxés de manière familiale, soit au nom du
conjoint qui dispose du plus gros revenu (Pays-Bas, Belgique),
soit en les répartissant à part égale entre les deux conjoints. Par
ailleurs, au Royaume-Uni, où le système est individualisé, le
crédit d’impôt est calculé sur les revenus cumulés du ménage,
ce qui peut créer, à l’instar de l’EITC américain, une taxe au
mariage importante pour les ménages à bas revenus. Ainsi,
dans plusieurs pays, comme par exemple la Belgique, l’Italie,
le Danemark et les Pays-Bas, le système n’est pas totalement
individualisé puisque certains allègements et déductions
d’impôts sont calculés au niveau du couple.
[(5)]
Sauf toutefois pour certains foyers bénéficiant de la décote,
du seuil minimum de perception ou d’autres abattements (tels
que ceux dédiés aux personnes âgées).
[(6)]
Cf. par exemple Buffeteau et Echevin, 2003, qui exploitent
la réforme du quotient familial de 1995 afin d’identifier les
effets de la fiscalité sur le mariage et l’offre de travail.
[(7)]
Selon l’échelle de l’Insee (1 pour le premier adulte, 0,5 par
adulte supplémentaire et 0,3 par enfant), si un couple marié
bénéficie de 2 parts de quotient familial, un célibataire devrait
bénéficier de 1,3 part (contre une seule actuellement) et, à
taille du ménage et à revenu identique, un couple de concubins
devrait bénéficier du même avantage fiscal – variant selon
l’écart des revenus individuels – qu’un couple marié.
[(8)]
Cf. récemment le rapport d’Albouy et Roth (2003) : les
allègements d’impôt liés à la présence d’enfants dans le
ménage sont certes plus concentrés que le niveau de vie avant
impôts et prestations, ce qui contribue à réduire l’équité
verticale, mais cela contribue aussi à réduire l’inéquité
horizontale (à même niveau de vie, même impôt) ; aussi les
effets comparés de chacune de ces deux composantes sur la
redistribution mériteraient-ils sans doute d’être éclairés pour
le cas français. En première approximation, la méthode de
décomposition utilisée dans le présent article (cf. annexe)
montre que le système de prestations sociales engendre une
inéquité horizontale qui conduit à la réduction d’environ 10%
de l’indice de redistribution de Musgrave, alors que l’impôt
sur le revenu n’en engendre pratiquement pas (1% seulement
soit un rapport de 1 à 10 concernant l’impact respectif de la
fiscalité et des aides publiques sur l’inéquité horizontale). De
ce point de vue–et de ce point de vue seulement– le système de
transferts sociaux serait donc plus inéquitable que le système
d’imposition sur le revenu.
[(9)]
Sur un plan plus juridique, Monnier (2000) oppose la
vision “ égalitariste ” à la vision “ paritariste ” : l’une se
concentre sur le niveau de vie (après impôt) et l’autre sur la
capacité contributive (qui se mesure avant impôt et qui répond
au principe d’égalité face à l’impôt). Les deux points de vue
sont aussi exprimés par Glaude (1991) et Sterdyniak (1992) au
sujet du quotient familial, et par Hugounenq, Périvier et
Sterdyniak (2002) sur le thème de l’individualisation de l’IR.
[(10)]
Ces données fiscales n’ont, à notre connaissance, jamais
été utilisées pour la projection des revenus dans un modèle de
microsimulation.
[(11)]
L’analyse des mesures d’accompagnement permettant
d’opérer une réforme à budget constant n’a pas été effectuée
pour deux raisons principales : d’une part, l’analyse des
compensations visant à minimiser le nombre de perdants de la
réforme apparaît complexe, compte tenu de l’existence d’un
grand nombre de dépenses fiscales spécifiques (cf. Bretin,
2003) et devrait donc faire l’objet de travaux approfondis ;
d’autre part, l’enquête Revenus fiscaux de l’Insee n’est pas
représentative de l’ensemble des foyers fiscaux (certaines
déclarations fiscales manquantes donnent lieu à un calcul
simplifié de l’impôt…) et donc de l’impôt sur le revenu total.
Le coût budgétaire de 3,7 MdE est donc estimé directement à
partir de l’échantillon de déclarations de revenus DGI.
[(12)]
Dans le cas d’un couple, la personne de référence du
ménage est systématiquement l’homme.
[(13)]
Notons que le calcul est modifié en présence d’enfants
puisque, alors, il peut y avoir un avantage à se marier même si
les salaires des deux conjoints sont égaux.
[(14)]
Notons que la formule théorique ne s’applique qu’en
l’absence d’enfants et montre qu’un couple gagne fiscalement
au mariage sauf si les revenus individuels sont proches. En
présence d’enfants, il n’est plus vrai que le système
d’imposition joint défavorise la parité des ressources
homme-femme : par exemple, les couples avec un enfant qui
ne gagnent rien au mariage sont les couples où le salaire d’un
des deux conjoints est 1,5 fois supérieur à celui de l’autre
conjoint, alors que les couples avec enfants où les revenus
individuels sont égaux gagnent au mariage. Ce raisonnement
permet d’expliquer que la diagonale du tableau 6 correspond à
des gains relativement élevés (4,1% du revenu du couple en
moyenne lorsque les deux salaires sont compris entre 20 000 et
40 000 euros par an).
[(15)]
Notons que ces résultats peuvent être comparés aux
estimations obtenues pour les États-Unis, d’une part, par
Rosen (1987) qui évalue les conséquence du
Tax Reform Act
de 1986; cette réforme a fortement réduit le poids de l’impôt
sur le revenu mais a également eu pour effet d’accroître la taxe
au mariage. D’autre part, Feenberg et Rosen (1994) simulent
des mesures fiscales prises par le gouvernement Clinton en
matière de hausse des taux supérieurs de l’impôt et
d’augmentation du crédit d’impôt (EITC). Sur la base d’un
modèle de microsimulation, Rosen (1987) estime qu’en 1988,
40% des couples paient une taxe au mariage d’environ 1 100 $
et 53% ont un gain moyen au mariage de 600 $. Feenberg et
Rosen (1994) estiment qu’en 1994,52% des couples
américains paient une taxe au mariage qui s’élève en moyenne
à 1 244 $; 38% ont un gain moyen au mariage de 1 399 $. Ces
ordres de grandeur démontrent la faiblesse de la taxe au
mariage en France (la taxe au mariage est en valeur absolue six
fois plus faible que le gain moyen au mariage en France, alors
qu’aux États-Unis, à la fin des années 1980, la taxe au mariage
est près de deux fois plus élevée en valeur absolue que le gain
au mariage puis devient du même ordre de grandeur dans les
années 1990). La proportion de couples qui perdent au mariage
est aussi deux fois plus élevée aux États-Unis qu’en France.
Bien entendu, ces résultats pourraient être modifiés si nous
avions simulé la taxe et le gain au mariage pour l’ensemble des
couples et non pas uniquement pour les couples mariés (ce que
font les auteurs américains). Ainsi, dans la mesure où les
couples non mariés gagnent fiscalement moins au mariage que
les couples mariés (du fait notamment d’un écart plus faible
entre les revenus individuels des deux conjoints), alors on se
rapprocherait du cas américain.
[(16)]
Notons toutefois que nous ne prenons pas ici en compte le
comportement d’offre de travail des hommes que nous
supposons inélastique, ni
a fortiori les comportements
simultanés des deux conjoints. Une extension possible du
modèle serait donc de pousser plus avant l’analyse des
comportements collectifs d’offre de travail au sein du couple.
[(17)]
Pratiquement, nous utilisons le logiciel DAD (Duclos
et
alii, 2003).
[(18)]
Notons qu’il existe une tendance profonde dans la société
à la polarisation des emplois dont les effets en termes de
polarisation des revenus sont analysés par exemple dans
Échevin et Parent (2002).
[(19)]
À l’instar des travaux d’Atkinson, Bourguignon et
Chiappori (1988) qui introduisent, dans le système français,
des éléments du système britannique, comme le remplacement
du quotient familial par des déductions forfaitaires.
[(20)]
Cette approche peut être étendue en utilisant par exemple
la généralisation de l’indice de Gini proposée par Donaldson
et Weymark (1980) et Yitzhaki (1983).