Economie & prévision
La Doc. française

I.S.B.N.sans
250 pages

p. 215 à 230
doi: en cours

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n° 160-161 2003/4

2003 Économie et Prévision

Un modèle de microsimulation pour la projection des retraites du régime général

Thierry Debrand  [(*)] Sophie Pennec  [(**)] Anne-Gisèle Privat  [(***)]
L’article présente le modèle de microsimulation de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie (CNAV). Ce modèle en cours de construction a deux objectifs : fournir une évaluation des droits à la retraite futurs des salariés du secteur privé à l’horizon 2030, aussi bien en termes de masses que de dispersions, et mesurer les économies ou au contraire les coûts engendrés par de nouvelles mesures. Dans cet article, une attention particulière est accordée à la modélisation des salaires dont le rôle est prépondérant pour la simulation des retraites françaises. La démarche retenue prend en compte simultanément les éléments micro et macro-économiques dans l’estimation économétrique des équations de salaires. Mots-clés : microsimulation, retraite, équations de salaire . The paper describes the CNAV microsimulation model. Currently under construction, it has two aims: to evaluate the future pension rights of private sector employees to 2030, in terms of both mass and scatter, and to measure the savings or costs generated by new measures. Particular attention is paid to the modelling of wages, which play a preponderant role in French pension simulations. The method introduces both microeconomic and macroeconomic factors in the econometric estimation of wage equations. Keywords : microsimulation, pensions, wage equations .
Les idées et opinions exprimées dans cet article sont de la responsabilité des auteurs et n’engagent pas leurs institutions. Nous remercions D. Blanchet, A. Koubi, R. Mahieu ainsi que les rapporteurs pour leurs remarques précises et constructives. Nous tenons également à remercier P. Sevestre et Y. Guillotin pour leurs programmes d’estimation.
L’article présente le modèle de microsimulation de la Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse (CNAV). Ce modèle en cours de construction a deux objectifs : fournir une évaluation des droits à la retraite futurs des salariés du secteur privé à l’horizon 2030, aussi bien en termes de masses que de dispersions, et mesurer les économies ou au contraire les coûts engendrés par de nouvelles mesures. Dans cet article, une attention particulière est accordée à la modélisation des salaires dont le rôle est prépondérant pour la simulation des retraites françaises. La démarche retenue prend en compte simultanément les éléments micro et macro-économiques dans l’estimation économétrique des équations de salaires.
Les mutations présentes et à venir du marché du travail (montée de l’activité féminine, instabilité des carrières, rétrécissement de la vie active), avec le vieillissement démographique, représentent des défis majeurs pour les régimes de retraite. La retraite étant étroitement liée à la carrière, elles auront des conséquences importantes à la fois sur le montant et sur la durée de versement des pensions.
Cette étude vise à développer une analyse plus fine des liens entre retraite et mutations du marché du travail à l’aide d’un modèle de microsimulation. Les modèles de microsimulation créés en réponse aux besoins croissants d’évaluation des politiques sociales (afin d’en identifier les bénéfices, ou de mieux évaluer leur coût ou leurs conséquences économiques) représentent un atout important pour l’étude des retraites sur le long terme. Ils procurent une analyse plus explicite des droits à la retraite que les études traditionnelles en terme d’agrégats ou de paramètres moyens, car ils permettent de tenir compte de la diversité des situations individuelles et pas se ulem ent de s é volutions moye nnes. La microsimulation permet de prévoir, outre les effets de phénomènes structurels marquants comme l’augmentation de l’espérance de vie, la croissance de l’activité féminine, la réduction de la période de vie active (allongement de la durée des études et cessation anticipée d’activité), l’effet d’une réforme des règles des régimes de retraite, tant au niveau des individus qu’au niveau du système de retraite.
Notre analyse est fondée sur l’utilisation de données administratives. En effet, les études sur l’évolution des retraites sont pour la plupart réalisées à partir de données d’enquêtes. Or ces données présentent certaines limites liées notamment à la mémoire des personnes interrogées et au fait qu’elles distinguent mal les années travaillées des années validées pour la retraite. La simulation repose sur le fichier des assurés au régime général d’assurance vieillesse de la Sécurité sociale géré par la Caisse nationale d’assurance vieillesse (CNAV). Ce régime couvre les salariés du secteur privé, soit près des deux tiers de la population active française.
Le modèle est conçu pour répondre à deux objectifs. Le premier consiste en l’évaluation de l’impact macroéconomique de mesures complexes. Il s’agit de fournir un chiffrage des droits à la retraite versés par la CNAV à législation constante ou d’évaluer les d é p e n s e s ( o u é c o n o m i e s ) s u p p l é m e n t a i r e s occasionnées par des mesures nouvelles. Le second est de donner une évaluation en termes de dispersion des retraites individuelles et donc d’étudier les inégalités. Pour atteindre ces objectifs, il faut intégrer les mutations du modèle salarial dans les projections. Les développements les plus importants sont ainsi axés sur la modélisation de l’activité (profils de salaires, scénarios d’évolution de l’activité,…).
Notre article se compose de deux parties. La première présente succinctement l’architecture globale du modèle de microsimulation. La seconde porte plus particulièrement sur la modélisation économétrique des salaires, car celle-ci est au cœur de tout modèle de microsimulation sur les retraites. Nous montrons que la détermination des salaires individuels se fait à la fois sur les marchés internes et externes du travail.
 
Le modèle de microsimulation
 
 
P a r m i l e s d i f f é r e n t s t y p e s d e m o d è l e d e microsimulation, statique, dynamique longitudinal ou dynamique transversal, nous avons choisi un m odè le dyna m iq ue tr a nsve r sa l. Tr a nsve r sal, puisqu’il s’agit de déterminer année par année, sur de longues périodes, l’effectif total des populations de retraités et de cotisants ainsi que les montants de retraites à verser [1]. Dynamique, car pour simuler de manière assez précise les évolutions futures de ces populations, il faut être à même d’introduire des hypothèses d’évolution tant dé mogra phiques qu’économiques assez fines, ce qui ne peut être fait avec la souplesse souhaitée en utilisant un modèle statique.
Le modèle a pour principal objectif la projection du devenir des individus présents dans le fichier des assurés (cotisants et retraités) de la CNAV et plus particulièrement, en ce qui concerne les cotisants, de suivre au cours du temps les caractéristiques qui conditionnent leurs droits à pension. La population initiale est issue d’un échantillon au 1/20ème du fichier de gestion de la CNAV [2]. Il s’agit d’une base de données historique qui conce rne tous les individus des générations 1935 à 1985 ayant cotisé au régime général de la Sécurité sociale sur la période 1947-2001. Elle rassemble l’ensemble des inf orm ations sur la car rière profe ssionne lle, nécessaires au calcul des droits à la retraite de chaque cotisant. Tout d’abord, elle contient le salaire annuel brut limité au plafond de la Sécurité sociale qui sert à déterminer les années validées par salaire [3]. Et parallèlement aux années de validation par salaire, elle contient aussi des périodes assimilées, qui sont des périodes d’interruption de travail assimilées à des périodes de cotisation (arrêt maladie, congé maternité, arrêt pour cause d’accident du travail, invalidité, chômage et service militaire). Celles-ci donnent une information supplémentaire importante sur le déroulement de la carrière des individus, nota m me nt e n ce qui c onc er ne le s pé riod es d’invalidité, de chômage indemnisé et de cotisation à l’assurance vieillesse des parents au foyer (AVPF) [4] (voir encadré 1, pour une description détaillée).
Encadré 1 : la construction de l’échantillon de base de la simulation
La base de la simulation est issue d’un échantillon au 1-20ème du fichier administratif de gestion de la CNAV qui contient la plupart des caractéristiques individuelles servant à déterminer les droits à la retraite. Les informations recueillies concernent plus particulièrement les individus des générations 1935 à 1985 observés sur tout ou partie de la période 1947-2001.
Les indications fournies dans les comptes “retraite” ont év ol ué a u g r é des d i f f ér en te s lo i s qu i o nt ma rq u é l’assurance vieillesse avec :
  1. Le compte Rentes Ouvrières et Paysannes (R.O. P.) loi du 5 avril 1910 à 1930, puis
  2. Le compte individuel avant 1947, et enfin,
  3. Le compte individuel depuis le 1er janvier 1947.
Ainsi, actuellement, chaque compte est composé de trois grands éléments :
  1. L’identification de l’assuré avec l’utilisation de son “Numéro d’identification au Répertoire des personnes physiques” ou “NIR”.
  2. Les périodes d’assurance du 1er juillet 1930 à nos jours et les informations qui s’y rapportent. Celles-ci regroupent : les périodes d’emploi (au régime général ou dans un autre régime de base), les périodes assimilées qui sont des périodes d’interruption de travail assimilées à des périodes de cot isation ( int er ru ption de tr avail pour maladie, maternité ou accident du travail, invalidité, chômage indemnisé – et non indemnisé avant 1980 –, périodes militaires – service militaire et guerre–, et les périodes de cotisation à l’Assurance Vieillesse des Parents au Foyer (AVPF).
  3. La situation de l’assuré au regard de l’assurance vieillesse et veuvage (les informations sur la catégorie et la date d’entrée en jouissance des pensions de vieillesse du régime général et des allocations de veuvage du titulaire du compte sont enregistrées depuis 1975).
Les comptes individuels sont alimentés par plusieurs sources :
  • les déclarations annuelles de données sociales (DADS) fournies par les employeurs pour les périodes de travail (salaires) ;
  • les informations sur les périodes assimilées transmises par les caisses primaires d’assurance maladie (invalidité, maladie, accidents du travail) et par les Assedic (chômage);
  • les informations des caisses d’allocations familiales qui versent certaines prestations familiales (AVPF) pour lesquelles des cotisations sont versées sur la base d’un salaire forfaitaire (Smic) ;
  • les informations transmises par les régimes de retraite ayant passé un accord avec la CNAV, qui concernent les assurés qui appartiennent ou ont appartenu au régime général et à ces régimes : régime des salariés agricoles et de la SNCF (depuis 1983), EDF-GDF (à partir de 1984), collectivités locales (CNRACL, depuis 1986), artisans (Cancava, depuis 1987), exploitants agricoles, (depuis 1995), Organic, Mines, CGE, Agents de change, CFF.
De par sa nature de fichier de gestion, certains éléments du fichier initial sont mal renseignés. Les renseignements sur les caractéristiques démographiques sont incomplets. Les informations sur les décès des affiliés sont limités, car la gestion et l’actualisation des éléments d’état civil ne s’e f f e c t u e n t p a s e n c o n t i n u. L e f i c h i e r n e d o n n e d’indication directe ni sur le statut matrimonial ni sur la fécondité. Tous ces éléments ne sont connus avec certitude qu’au moment de la demande de retraite. Or, pour les assurés décédés, la présence d’un conjoint et son âge sont indispensables pour déterminer des droits de réversion au profit du conjoint survivant. D’autre part, la connaissance de la descendance finale est nécessaire pour déterminer le droit aux deux principaux avantages familiaux que sont la majoration de durée d’assurance de 2 ans par enfant pour les femmes et la bonification de la pension de 10 % pour les personnes ayant élevé trois enfants ou plus.
En ce qui concerne la partie économique, la situation d’activité n’est pas clairement définie, car l’information sur les éventuelles périodes d’activité dans un autre régime n’est pas forcément retranscrite. Or connaître la durée d’activité totale ou tous régimes est particulièrement importante pour la simulation. En effet, elle est nécessaire pour déterminer le niveau de la retraite (départ à taux plein ou à taux réduit), ou la distribution de l’âge au départ si l’on choisit une hypothèse de départ à taux plein pour tous. Des estimations sont faites à partir de différents fichiers CNAV (notamment le fichier flux avec carrière) et de l’enquête Emploi de l’Insee.
Il faut donc faire appel à des sources de données externes pour pallier à ces lacunes. Le nombre d’assurés survivants au point de départ de la projection est ainsi estimé à partir de probabilités de survie calculées par la CNAV sur la base de l’information disponible dans le fichier et par recoupement avec la mortalité générale de l’Insee. La modélisation des caractéristiques familiales (nuptialité, fécondité) en vue de l’e s t i m a t i o n d e s p r i n c i p a u x a v a n t a g e s f a m i l i a u x (majoration de durée d’assurance et bonification de 10 % pour enfants) est effectuée par imputation à partir des c a r a c t é r i s t i q u e s i n d i v i d u e l l e s e t d e s d o n n é e s d é m o g r a p h i q u e s d i s p o n i b l e s p a r a i l l e u r s ( é t a t civil, enquêtes, par exemple).
Des développements importants sont également nécessaires en ce qui concerne l’activité. Il a fallu faire des estimations de taux d’activité propres au régime général et déterminer les parts respectives de l’activité dans ce régime et dans les autres régimes de base.
Le modèle se compose de trois modules principaux consacrés : (1) aux aspects démographiques, (2) aux aspects économiques et (3) à la détermination de la pension de retraite (voir figure 1). Le point de départ de la simulation est l’année 1995 ; cette date est choisie de manière à disposer d’une période de s i m u l a t i o n r é t r o s p e c t i v e q u i p e r m e t t e d e s comparaisons avec les statistiques observées.
P l us i e ur s é v é n e m e n ts d é m o gr a ph iq u e s s o nt nécessaires à la détermination des retraites. Ainsi la m or ta lité et la nup tia lité i nte rvi en nen t plus spécifiquement dans l’attribution et le montant de la pension de réversion (montant proratisé selon le nombre d’années de mariage en cas de remariage, etc.). La fécondité a une influence double : d’une part sur le nombre d’années de cotisations pour les femmes (2 années par enfant) et, d’autre part, sur le niveau de la pension de retraite (+10% pour les parents de 3 enfants et plus).
La partie économique concerne à la fois le type d’a c t i v i t é e t l e s r é m u n é r a t i o n s d’a c t i v i t é, c ’e s t - à - d ir e l e s sa l a i r e s p u is q ue n o u s n o us intéressons plus particulièrement au régime général des salariés du secteur privé. Pour les entrées-sorties d’activité, une grande partie du travail consiste à estimer des probabilités de transition d’activité propres au secteur privé à partir de l’enquête Emploi. On distingue ainsi quatre situations vis-à-vis du marché du travail : actif occupé au régime général, actif hors régime général, chômeur et inactif. La progression des salaires est intégrée dans le modèle par une équation de salaire directement estimée sur les données de l’échantillon.
Les phénomènes démographiques et l’activité sont simulés de manière stochastique, en utilisant les probabilités d’occurrence des événements. Par contre, la détermination des salaires s’effectue à partir d’équations dont nous allons dé ta iller l’estimation dans ce qui suit.
Le dernier module intègre les règles comptables de détermination du montant de la pension de retraite des nouveaux retraités ainsi que la revalorisation fa ite tou s le s a ns du m o nta nt d es r e tr aite s, revalorisation basée sur l’évolution des prix.
Figure 1
schéma du modèle de microsimulation
IMGIMGschéma du modèle de microsimulationIMGIMF
 
La modélisation de l’évolution des salaires
 
 
La modélisation des salaires s’effectue en mesurant à la fois l’influence des caractéristiques individuelles d e s s a l a r i é s e t l’i n f l u e n c e d e s é v o l u t i o n s macroéconomiques sur les salaires au cours des cinquante dernières années. La fonction de gains ainsi établie en conciliant les approches micro et macroéconomiques, est ensuite intégrée dans le modèle de microsimulation (Debrand et Privat, 2004).
Le premier temps de l’analyse est consacré à l’ajustement de fonctions de gains sur données individuelles. Cette analyse prend généralement en c om pte de s f ac te ur s te ls que l’éd uc atio n e t l’expérience professionnelle, censés décrire le “ capital humain ” de l’individu. Le capital humain se comprend comme le stock de capacités productives accumulées par l’individu au cours de la scolarité, mais aussi, par le fait même de travailler ou grâce à la formation continue. Il est indissociable de la personne qui l’a acquis (Becker, 1962; 1975). Issues de cette théorie, les fonctions de gain du type de celles proposées par Mincer (1974) constituent un outil standard des études économétriques du marché du travail.
La plupart des travaux qui tentent de mesurer la rentabilité du diplôme ou de l’expérience fondent leurs e stim ations sur des e nquêtes en c oupe transversale (voir par exemple Jarousse et Mingat, 1986). Les différences de salaire selon l’expérience ne sont pas calculées sur les mêmes individus observés à des âges différents; il ne s’agit donc pas de véritables profils de carrière. L’utilisation de telles données pour tester les fonctions de gains soulève un certain nombre de critiques. Pour mettre en évidence de façon satisfaisante le lien entre e xp ér ie nc e pr of e ssi onn e lle et sa la ire, il e st préférable de suivre les salaires individuels au cours du temps et donc de disposer de données de panel (Baudelot, 1984) [5].
Des travaux sur données longitudinales ont déjà été effectués sur ce thème (Topel, 1991 ; Lollivier et Payen, 1990 ; Goux et Maurin, 1994). L’utilisation de données longitudinales présente l’avantage de permettre de lever l’hypothèse de stabilité de l’environnement utilisée lors des analyses en coupes instantanées (stabilité de la productivité globale – donc du niveau général des salaires–, stabilité du taux de croissance de la population associé à une structure par âge stable et à une structure stable en qualité, c’est-à-dire en capital humain). Dans le cas présent, notre étude s’effectue sur cinquante années d’obse rva tions con ce rna nt un gra nd nom br e d’individus.
Le second temps de l’analyse consiste à introduire, en plus des caractéristiques individuelles, l’impact des variables macroéconomiques sur le niveau des salaires. L’étude économétrique de la relation entre le niveau des salaires et le chômage est une préoccupation de longue date des économistes. De nombreuses études s’intéressent à l’évolution des salaires réels dans le cadre du cycle économique. Keynes, dès 1936, dans la Théorie Générale, précise que : “ en général une croissance de l’emploi ne peut s’accompagner que par une diminution des salaires réels ”. Mais a contrario, plusieurs études ont conclu depuis à une relation négative entre le chômage et le niveau des salaires. Par exemple, Bils (1985), dans un e é tud e m e né e s ur do nn é e s in di vi du e lle s américaines, montre qu’une augmentation d’un point du taux de chômage se traduit par une diminution des sala ires r éels de 1,5 à 2 %. L’évolution des salaires serait donc pro-cyclique. Cette conclusion a été validée par des articles plus récents sur données anglo-saxonnes, qui établissent que la cyclicité des salaires est plus forte parmi les travailleurs à bas salaires (Solon et alii, 1994). Ces résultats sont inhérents au cadre institutionnel propre à chaque pays ; il n’est donc pas certain que ces conclusions soient identiques pour d’autres pays. D’autres études s’intéressent surtout à l’effet sur le salaire de l’interaction entre les caractéristiques individuelles de l’employé et l’influence des conditions sur le marché du travail (mesurées via le taux de chômage). Par exemple, Arozamena et Centeno (2001) étudient la manière dont les interactions entre l’ancienneté et les conditions sur le marché du travail agissent dans le processus de d é t e r m in a t i on d e s s a l a ir e s. I l s c he r c h e n t à comprendre le mode de fixation des salaires qui peut être influencé par les conditions externes sur le marché du travail.
À la suite de ces précédentes études, notre travail intègre les variables macroéconomiques dans les fonctions de gains. Outre le taux de chômage, nous introduisons deux autres variables qui influencent la détermination des salaires, à savoir le Smic et la productivité du travail. Notre objectif est d’aboutir à une mesure des liens existant entre variations macroéconomiques et salaires, et par conséquent de fournir une mesure de l’impact des évolutions macroéconomiques sur les retraites, puisque le lien entre parcours professionnel et retraite est très fort. La productivité est une variable communément introduite dans les projections sur les retraites. Le Smic quant à lui, est une variable-clé utilisée dans la plupart des modèles macroéconométriques français, qu i e st a jou té e pou r t en ir co m pt e d u c a dr e institutionnel. Les rapports sur les retraites de ces quinze dernières années ont évalué les ressources et les dépenses futures des régimes de retraite en r e t e n a n t u n c e r t a i n n o m b r e d’h y p o t h è s e s macroéconomiques communes, en particulier en matière de salaire moyen, de productivité, de chômage et de population active. Ainsi, la prise en compte de ces variables permet de faire le lien avec les évolutions m acroéconomiques d’ensemble retenues traditionnellement dans les projections sur les retraites et d’introduire un bouclage macroé c o n o m i q u e p a r t i e l d a n s l e m o d è l e d e microsimulation.
Données et méthodes d’estimation
L’estimation des salaires est réalisée à partir de l’échantillon des cotisants, restreint aux personnes observées sur la période 1947-2000, âgées de 16 à 59 ans, qui ont perçu un salaire suffisant pour valider au moins 5 années au régime général, avec un âge d’entrée au régime général inférieur à 30 ans, et dont toute la carrière ne s’effectue pas au plafond.
Ainsi, au départ, l’échantillon contient 2 765 252 observations et 174 615 individus des générations de 1935 à 1985. Après sélection, nous disposons d’un panel non cylindré de 1 910 442 observations relatives à 110 378 individus des générations de 1935 à 1979 (voir tableau 1). Nous vérifions que pour chaque génération, le salaire moyen de cette sous-population est voisin du salaire d’ensemble [6]. Dans le détail, cet échantillon se compose de 62 831 hom m es e t 47 547 f em m es a vec 1 174 296 observations pour les hommes et 736 146 pour les femmes. 20,2 % des individus ont un salaire supérieur ou égal au plafond, avec des différences selon les sexes : chez les hommes, 25,6 % des observations sont supérieures ou égales au plafond, contre 11,7 % chez les femmes.
L e s d o n n é e s r e p r é s e n t a n t l a c o n j o n c t u r e économique depuis 50 ans, appariées à ces données individuelles, sont construites à partir de deux bases différentes. La base construite par Laroque, Ralle, Salanié et Toujas qui couvre la période allant de début 1946 à fin 1991. Les séries provenant de la deuxième base sont issues d’une base construite par Villa et Salanié à l’Insee et sont rétropolées avec les taux de croissance issus de la première base pour obtenir une base de données couvrant toute la période 1946 à 2000. Toutes les séries monétaires sont exprimées en francs constants (année 2000).
Compte tenu de la nature des données à notre disposition, l’analyse est menée en retenant deux groupes d’observations : d’une part, les observations pour lesquelles les salaires sont inférieurs au plafond et, d’autre part, la totalité des observations (salaires sous ou au niveau du plafond). Pour étudier ce second groupe, nous devons recourir à une méthode économétrique spécifique pour traiter du problème de la troncature au plafond.
L’estimation de fonctions de gains sur données de panel se heurte à deux types de biais. Premièrement, il s’agit des biais liés à l’endogénéité du capital humain, c’est-à-dire à la corrélation entre les effets spécifiques et certaines variables explicatives et, deuxièmement, des biais liés aux effets de sélection ou d’attrition (Guillotin et Sevestre, 1994). La nature particulière des données que nous étudions nous amène aussi à tenir compte d’un troisième type de biais lié à la troncature au plafond de la Sécurité sociale (voir encadré 2 pour une présentation d é t a i l l é e d e c e s b i a i s e t d e s m é t h o d e s d e redressement retenues).
Nous utilisons les méthodes des moindres carrés ordinaires (MCO) et des variables instrumentales (VI). En effet, lorsqu’il est supposé exister une corrélation entre les variables explicatives et l’effet individuel aléatoire, il est souhaitable de ne pas utiliser la méthode des MCO ou celle des Moindres carrés quasi-généralisés (MCQG) : il est plutôt recommandé de recourir à la méthode des variables instrumentales. Le principe général de la méthode est le suivant. Certaines variables explicatives parmi les X sont supposées endogènes et corrélées avec les effets individuels.
Dans ce cas, les estimateurs des MCO sont biaisés et le modèle estimé peut s’écrire:
avec
où les variables Z sont invariantes dans le temps et les X sont les variables qui varient dans le temps et pour chaque individu. On considère k1 variables parmi les X qui sont non corrélées avec l’effet individuel ui (notées X ) ainsi que k variables au sein des Z qui 12i ne sont pas corrélées avec l’effet individuel (notées Z1 ). Les X2 sont les variables de X qui sont corrélées avec l’effet individuel.

Tableau 1
échantillon des salaires
IMGIMGTableau 1 : échantillon des salaires...IMGIMF
Tableau 1 : échantillon des salaires Individus Observations sur les salaires Effectifs % Effectifs % au plafond Hommes 62 831 56,9 % 1 174 296 25,6 % Femmes 47 547 43,1 % 736 146 11,7 % Ensemble 110 378 100,0 % 1 910 442 20,2 % Source : CNAV, Echantillon au 1-20ème des référentiels nationaux, 2002.
CNAV, Echantillon au 1-20ème des référentiels nationaux, 2002.

Encadré 2 : les biais d’estimation
Les biais d’estimation liés à l’endogénéité du capital humain
Une corrélation existe sans doute entre certaines variables explicatives, telles que l’expérience et le niveau de diplôme, et les effets spécifiques individuels qui apparaissent dans les per t ur bat i ons o u car act ér ist iq ues i nd iv id uel le s n on observées (qui comprennent notamment les capacités personnelles des individus). Les effets de la corrélation entre le capital humain initial (l’expérience) et l’effet individuel rep résen tat if des car actér i st iq ues in div idu ell es non observées (capacités personnelles, acquis familiaux), c’est-à-dire la corrélation entre une variable explicative de la fonction de gains et une composante de la perturbation aléatoire, rendent non convergentes les méthodes usuelles d’estimation. Cependant, lorsque le nombre d’individus tend vers l’infini et que le nombre de périodes est grand, ce biais devient moins important. Une solution consisterait à ra ison ner sur une est im ati on int r a- in div id uel le q ui “élimine” l’effet spécifique. Mais cette solution ne convient pas dans la mesure où la transformation intra-individuelle fait disparaître la composante de capital humain initial au même titre que toute variable explicative invariante dans le temps. Il est alors nécessaire de retenir une autre méthode d’e s t i m a t i o n t e l l e q u e l a t e ch n i q u e d es v a r i a b l es instrumentales (VI) par exemple.
Afin d’évaluer les biais liés à l’endogénéité du capital hu m ai n ( f or m a t io n et ex p ér i en c e), de u x m ét h od e s d’estimation seront utilisées : l’estimation des MCO et l’estimation par la méthode des variables instrumentales (VI) à la Hausman-Taylor (Hausman et Taylor, 1981). Dans de nombreuses études traitant des données de panel, la méthode des moments généralisés (GMM) est utilisée. Au vu de la modélisation choisie (statique) et de la spécificité de nos données (panel non cylindré de grande taille aussi bien en effectifs qu’en observations), il ne nous semble pas que cette méthode soit la plus adéquate.
Les biais d’estimation liés aux effets de sélection
Les ef fet s du p rocessus de sélect ion d es i ndiv idu s appartenant à l’échantillon peuvent poser problème y compris dans le cas d’un échantillon non cylindré. Les estimations réalisées par Guillotin et Sevestre (1994) les ont conduit à rejeter l’hypothèse d’absence de processus de sélection. En effet, les individus peuvent être absents de l’échantillon sur une ou plusieurs périodes d’observation, alors la probabilité pour un individu d’appartenir à l’é ch a nt i l l o n p eu t n e p a s êt r e i n d ép e nd a n t e d e l a perturbation du modèle, en particulier des caractéristiques individuelles non observées prises en compte dans l’effet spécifique. En cas d’existence d’un tel problème de sélection, les estimations qui ne prennent pas en compte ce problème sont biaisées.
Si la probabilité d’appartenir à l’échantillon n’est pas indépendante des perturbations du modèle considéré, alors il est possible de recourir à une technique destinée à repérer des biais éventuels. Dans ce cas, la correction de ce biais suppose la prise en compte du processus de sélection dans l’estimation du modèle.
L’une des méthodes consisterait à spécifier une équation explicative du processus de sélection et à introduire le résultat de son estimation dans la régression. Mais comme le soulignent Guillotin et Sevestre (1994), cette procédure dite procédure d’Heckman (1979) se révèle très lourde à mettre en oeuvre lorsqu’on travaille sur des données de panel et que l’on souhaite prendre en compte l’existence de spécificités individuelles non observées.
De plus, l’utilisation de cette méthode nécessite que la sélection des individus appartenant à l’échantillon soit unique. Les raisons des entrées-sorties d’activité sont sans doute très différentes d’un individu à l’autre. Il est donc difficile de formaliser ces processus de sélection de manière suffisamment simple pour permettre l’estimation du modèle. Pour analyser les biais de sélection, nous avons choisi de suivre l’approche retenue par Guillotin et Sevestre qui s’inspirent de Nijman et Verbeek (1992). Cette méthode consiste simplement à approcher la correction mise en jeu d a n s l a m é t h o d e d’H e c k m a n e n a j o u t a n t c o m m e régresseurs supplémentaires au modèle des variables indicatrices de présence ou d’absence dans l’échantillon.
La significativité des coefficients associés à ces variables est alors un indice de l’existence de biais de sélection et leur introduction dans le modèle doit permettre une correction de ce biais. Certes, cette correction est imparfaite mais elle est facile à mettre en œuvre, même en présence de multiples processus de sélection.
Pour ce faire, nous avons choisi les deux variables suivantes :
  • pa est une variable qui indique la présence des individus en t-1 dans l’échantillon : elle vaut 1 pour les individus présents en t -1,0 sinon.
  • dd est une variable indicatrice pour les individus ayant connu une interruption de carrière : elle vaut 1 en cas d’interruption, 0 sinon.
Les biais d’estimation liés à la troncature au plafond
Dans notre panel, le salaire n’est pas une variable continue. En effet, le salaire observé concerne seulement les années où les actifs salariés perçoivent un salaire qui est inférieur au plafond. Pour les autres années, on ne dispose que de la valeur du plafond, puisque le régime général de la sécurité sociale n’a besoin que du salaire plafonné pour calculer la retraite. La relation entre l’âge et le salaire peut être différente de la relation observée si on se limite aux observations pour lesquelles on a toute l’information.
La solution consiste alors à prendre en compte le biais de sélection l ié à la natur e par ticuli èr e de l a vari able dépendante à l’aide d’un modèle Tobit encore appelé “ modèle à variables dépendantes censurées”, estimé par la méthode en deux étapes proposée par Heckman (1979). Les coefficients du modèle Tobit sont d’autant plus proches des coefficients des MCO que le “ degré de censure” est réduit.
La procédure revient à ajouter l’inverse du ratio de Mills associé au processus de sélection comme régresseur supplémentaire du modèle à estimer.
Dans un souci d’efficacité, nous ne prenons pas en considération la structure à erreurs composées du résidu dans la première étape de l’estimation de ce modèle. L’effet individuel est traité dans la deuxième étape en estimant l’é q u a t i o n a v e c l’i n v e r s e d u r a t i o d e M i l l s p a r l’intermédiaire d’une méthode à variables instrumentales.
Le choix de nos instruments se fait selon la méthode proposée par Hausman et Taylor (1981) qui utilisent l e s i n st r u m e n t s s u iv a n t s : le s v a r i a bl e s X 1 transformées par les opérateurs Between et Within, les variables X transformées par l’opérateur 2 Within, et les variables Z non corrélées. L’ensemble 1 de ces instruments peut se noter sous la forme :
Z WX WX BX ZHT =( , , , ) 1 2 1 1, [7], [8].
Puis, le m odèle de dé pa rt est transfor mé en multipliant chacun des termes par la matrice de projection : P Z Z ZZ HT HT HT HT = ( ', et l’on Z ) '1 applique la méthode des MCO à ce modèle. Enfin, on obtient les estimations par la méthode des variables instrumentales (VI).
L’ajustement des fonctions de gains est en premier lieu réalisé sur les caractéristiques individuelles, en vue d’analyser les modifications dans la formation des salaires. Ensuite, nous introduisons des variables macroéconomiques dans les équations afin de savoir comment les caractéristiques individuelles et le cycle économique interagissent sur la détermination des salaires. Enfin, nous présentons la manière dont les fonctions de gains sont introduites dans le modèle de microsimulation.
Les effets des caractéristiques individuelles sur les salaires
Le salaire réel est représenté, à un terme résiduel près, sous forme d’une fonction quadratique de l’âge et d’effets de génération. L’âge est utilisé comme proxy de la notion d’expérience sur le marché du travail, car nous n’avons aucune information sur le diplôme ou la catégorie socioprofessionnelle ou encore l’âge de fin d’études dans le fichier initial. Cette hypothèse s’inspire des nombreuses études existantes qui utilisent l’âge dans les équations de gains (Lollivier et Payen, 1990).
La régression comprend également des indicatrices de sexe, de perception d’indemnités de chômage ou d’invalidité, et enfin de perception de cotisations à l’assurance vieillesse des parents au foyer (AVPF). Il s’agit de variables instantanée s, c’e st-à -dire mesurant l’effet de ces variables à une date donnée. L’AVPF permet aux bénéficiaires de certaines prestations familiales de disposer gratuitement de c o t is a t io n s à l’a s su r a nc e vi e i ll e s se a f in d e compenser leurs interruptions d’activité, aussi bien au niveau de la durée d’assurance que du salaire. Comme nous ne disposons pas de données sur la fécondité dans le fichier de la CNAV, la perception de cotisations au titre de l’AVPF est utilisée comme un indicateur des interruptions de carrière liées à la présence d’enfants dans le foyer [9]. Certaines études montrent que l’existence d’enfants à un effet sur le lien d’interdépendance entre offre de travail, expérience professionnelle et salaire (Heckman, 1974; Mincer et Polachek, 1974). L’hypothèse d’un coût de l’enfant sous la double forme d’une perte immédiate de revenu et d’une dégradation du capital humain liée à la moindre accumulation d’expérience professionnelle qui affecte l’ensemble du cycle de vie se retrouve largement confirmée par les études (Barnet-Verzat, 1996). Par contre, cette variable n’est pas conservée dans l’équation des hommes, car ils sont très peu à percevoir de l’AVPF et les études empiriques qui s’intéressent à la perte de revenu induite par la réduction du temps de travail ne décèlent pas d’effet sensible de la présence d’enfants sur le temps de travail des hommes.
La spécification adoptée pour la fonction de gains est la suivante (Debrand et Privat, 2004) :
avec αi t i i t u v, , = +
p o u r i = 1, …, n; t =1 9 4 7, …, 2 0 0 0 e t g=1935,…,1979.
où wi t, est le salaire de l’individu (i) à une date donnée (t). b et c s’interprètent comme les effets sp é c i f iq ue s d e l’â g e su r le s a l a ir e ( c o m m e l’ancienneté e n première approximation). La variable indicatrice dum_i_cho indique la présence de périodes assimilées “chômage” à la date t; dum_i_inva est une indicatrice de présence d’une période d’invalidité en t; dum_i_avpf est une indicatrice de l’AVPF; dumsex est une indicatrice du sexe qui vaut 1 pour les femmes; pa et dd sont deux variables de pr ise e n c om pte du “ statut” de l’individu : pa indique la présence des individus en t - 1 dans l’échantillon et dd est égale à 1 si l’individu a au moins une interruption dans sa carrière; Gg est une variable indicatrice de la génération g. Les effets de génération mesurés par dg sont relatifs aux effets qui s’exercent sur l’ensemble des individus qui ont connu le même événement au même moment. Les erreurs du modèle sont supposées décrites par un modèle à erreurs composées où u représente l’effet i des caractéristiques individuelles non observées et v est un terme idiosyncratique. Le salaire est donc i t, déterminé par les caractéristiques individuelles du travailleur ( f (.)) et par des effets dus à sa date de naissance ( h (.)).
Les estimations sont menées d’abord uniquement sur les salaires inférieurs au plafond puis sur l’ensemble des salaires (inférieurs ou égaux au plafond). Chaque équation est estimée sur l’ensemble, puis séparément pour les hommes et pour les femmes en raison des fortes disparités de salaire entre hommes et femmes.
Les résultats de l’ajustement par les méthodes des MCO et des VI sur l’ensemble (hommes et femmes regroupés) sont donnés dans le tableau 2. On retrouve une forte dépendance du salaire en fonction de l’âge. Les signes des paramètres sur l’âge et l’âge au carré (noté age2) sont conformes au type d’évolution que l’on s’attendait à trouver (concave), c’est-à-dire que le salaire augmente avec l’âge mais avec une vitesse décroissante. Les résultats de l’estimation par les MCO sont comparables aux études sur données en coupe qui donnent des rendements de l’éducation de l’ordre de 8 à 10 % (Colin, 1999 ; Fournier, 2001) [10]. Les estimations par la méthode des VI, comprises entre 5 et 6 %, sont plus faibles que celles obtenues par les MCO. L’estimation de la constante n’est pas fortement affectée, mais les coefficients des variables age, age2 et sexe se trouvent légèrement affaiblis par la prise en compte de l’endogénéité de la formation et du diplôme.
Les coefficients associés aux variables pa et dd sont non nuls. Les estim ations conduisent à faire apparaître un impact significativement positif du nombre d’années de présence dans l’échantillon. Ce qui peut signifier, comme l’indiquent Guillotin et Sevestre (1994) dans leur étude, que les individus ayant la présence la plus longue sur le marché du travail perçoivent un salaire plus élevé, et peut encore être interprété par le fait que plus les individus sont entrés dans la vie active en début de période, plus ils ont bénéficié d’une conjoncture favorable.
Les indicatrices de génération sont de plus en plus élevées, ce qui signifie qu’en moyenne, les salaires réels ont augmenté d’un groupe de génération au suivant. Par rapport à la génération 1935, prise ici comme référence, l’augmentation est de 16 % pour les générations 1936 à 1944 inclus, de 46,5 % pour les générations 1945 à 1954, de 75,2 % pour les géné rations 1955 à 1964, de 92 % pour les générations 1965 à 1974 et de 98,1 % pour les générations 1975 à 1979. Ces dernières ont donc un salaire de près de deux fois plus élevé que la génération de référence (1935). Les écarts d’une g é n é r a t i o n à l a s u i va n t e d e v i e n n e n t m o in s importants pour les générations 1965 à 1979 [11].
Si l’on considère l’ensemble des salaires (inférieurs ou égaux au plafond), on observe que la troncature concerne 20,2 % des observations totales (voir ta blea u 1). Les signe s des c oeff ic ien ts son t identiques à ceux des deux régressions précédentes (voir tableau 2). Les commentaires précédents sont donc également valables. Toutefois, les coefficients devant l’âge et l’âge au carré sont moindres et la valeur des coefficients associés aux générations diminue fortement. Ceci est dû à l’existence du plafond qui a sans doute un effet de saturation sur les variables associées à l’âge (age et age2). Les estimations incluant le plafond font disparaître l’impact des indicatrices de génération, car le plafond fluctue au cours du temps. L’introduction de l’inverse du ratio de Mills dans la régression, calculé à partir de la probabilité que le salaire soit supérieur, permet de déduire de cette estimation l’effet de saturation sur le salaire pour l’ensemble de la population. On voit que le coefficient de cette variable est positif et significatif. Les facteurs non mesurés qui augmentent la probabilité d’avoir un salaire supérieur au plafond exercent donc un effet positif sur le salaire.
Au vu des résultats obtenus sur la dummy sexe, il semble exister une différence significative entre les hommes et les femmes, cet écart tendant à croître au cours de la carrière salariale (Debrand et Privat, 2002a). Il nous semble donc plus judicieux de modéliser séparément les hommes et les femmes, car les évolutions des rémunérations entre hommes et femmes sont très différentes et ne peuvent être appréhendées uniquement par les dummies sexe et AVPF (voir tableau 2).
Le pouvoir explicatif de l’équation des femmes semble moins bon. Il manque sans doute un plus gr a nd n om br e de va ri ab le s ex plic a tiv es qui expliquent la rémunération des femmes. La forme de la courbe de la rémunération moyenne des femmes est moins concave (le coefficient associé à l’âge est plus élevé pour les hommes et celui associé à l’âge au carré est plus faible en valeur absolue pour les femmes), ce qui indique que le salaire des hommes augmente plus rapidement que celui des femmes. Les formes des courbes peuvent être un indicateur de la politique de rémunération dans les entreprises. Les hommes ont des progressions de carrière plus longues et donc des évolutions de salaires plus marquées.
Au niveau des dernières générations, on retrouve toujours la même progression des salaires chez les hommes et chez les femmes, mais il existe certaines différences. Les indicatrices de génération pour les femmes semblent indiquer que la progression des salaires d’une génération à l’autre a été plus i m p o r t a n t e p o u r l e s f e m m e s, l e n i v e a u d e rémunération d’origine des femmes étant beaucoup plus faible en début de période. Toutefois, la progression plus rapide de leur salaire ne permet pas aux femmes de rattraper le salaire des hommes.
Si l’on considère l’ensem ble des salaires, la troncature est moins importante chez les femmes (voir table au 1). Le gain d’estim ation lié à l’utilisation de cette méthode est donc plus important dans le cas des salaires masculins. Les résultats de l’estimation des salaires à l’aide du modèle Tobit généralisé sont donnés dans le tableau 2.

Tableau 2
équations de salaire sur données individuelles (Variable dépendante : log du salaire annuel réel )
IMGIMGTableau 2 : équations de salaire sur...IMGIMF
Tableau 2 : équations de salaire sur données individuelles (Variable dépendante : log du salaire annuel réel ) Hommes Femmes Ensemble Salaires sous plafond Tous salaires Salaires sous plafond Tous salaires Salaires sous plafond Tous salaires Tobit Tobit Tobit Tobit Tobit Tobit MCO VI + MCO +VI MCO VI +MCO +VI MCO VI +MCO +VI Constante 8,261 8,349 8,682 8,713 8,461 8,522 8,740 8,726 8,417 8,489 8,766 8,775 (0,0054) (0,0069) (0,0044) (0,0048) (0,0068) (0,0086) (0,0062) (0,0073) (0,0042) (0,0055) (0,0036) (0,0041) Age 0,101 0,074 0,073 0,059 0,076 0,049 0,059 0,041 0,090 0,063 0,067 0,052 (0,0003) (0,0002) (0,0003) (0,0002) (0,0004) (0,0002) (0,0004) (0,0002) (0,0002) (0,0002) (0,0002) (0,0001) Age2/100-0,098-0,063-0,065-0,047-0,067-0,031-0,048-0,023-0,086-0,049-0,058-0,038 (0,0004) (0,0003) (0,0004) (0,0002) (0,0006) (0,0004) (0,0005) (0,0003) (0,0003) (0,0002) (0,0003) (0,0002) g1936-g1944 0,133 0,140 0,133 0,134 0,180 0,189 0,170 0,182 0,148 0,160 0,143 0,150 (0,0028) (0,0061) (0,0021) (0,0038) (0,0039) (0,0079) (0,0034) (0,0065) (0,0023) (0,0050) (0,0018) (0,0034) g1945-g1954 0,381 0,413 0,359 0,383 0,486 0,541 0,461 0,517 0,415 0,465 0,389 0,430 (0,0028) (0,0060) (0,0020) (0,0038) (0,0038) (0,0077) (0,0033) (0,0064) (0,0023) (0,0049) (0,0018) (0,0034) g1955-g1964 0,608 0,672 0,585 0,627 0,738 0,864 0,718 0,824 0,654 0,752 0,629 0,700 (0,0028) (0,0061) (0,0021) (0,0038) (0,0039) (0,0078) (0,0034) (0,0064) (0,0023) (0,0049) (0,0018) (0,0034) g1965-g1974 0,756 0,846 0,757 0,806 0,850 1,027 0,842 0,980 0,785 0,920 0,782 0,867 (0,0030) (0,0062) (0,0023) (0,0039) (0,0040) (0,0079) (0,0036) (0,0066) (0,0024) (0,0050) (0,0019) (0,0035) g1975-g1979 0,833 0,916 0,871 0,913 0,878 1,080 0,902 1,048 0,839 0,981 0,872 0,957 (0,0072) (0,0105) (0,0064) (0,0079) (0,0096) (0,0139) (0,0090) (0,0121) (0,0058) (0,0086) (0,0052) (0,0067) Dum_i_cho-0,396-0,627-0,257-0,353-0,316-0,574-0,239-0,431-0,401-0,614-0,246-0,382 (0,0016) (0,0028) (0,0015) (0,0022) (0,0021) (0,0037) (0,0020) (0,0033) (0,0013) (0,0023) (0,0012) (0,0019) Dum_i_inva-0,434-0,770-0,301-0,443-0,372-0,772-0,275-0,548-0,402-0,780-0,284-0,479 (0,0105) (0,0212) (0,0093) (0,0157) (0,0113) (0,0242) (0,0107) (0,0208) (0,0077) (0,0162) (0,0070) (0,0125) Dum_i_avpf-0,386-0,776-0,302-0,601-0,393-0,748-0,294-0,510 (0,0053) (0,0093) (0,0050) (0,0082) (0,0051) (0,0089) (0,0047) (0,0071) Dumsex-0,146-0,149-0,102-0,109 (0,0007) (0,0013) (0,0006) (0,0010) Pa 0,481 0,881 0,438 0,660 0,451 0,831 0,435 0,750 0,469 0,865 0,436 0,690 (0,0018) (0,0032) (0,0017) (0,0025) (0,0023) (0,0039) (0,0022) (0,0034) (0,0014) (0,0025) (0,0013) (0,0020) Dd 0,125 0,078 0,088 0,075 0,210 0,066 0,159 0,072 0,163 0,071 0,117 0,073 (0,0009) (0,0018) (0,0007) (0,0012) (0,0011) (0,0022) (0,0010) (0,0018) (0,0007) (0,0014) (0,0006) (0,0010) Mills 0,466 0,463 0,445 0,373 0,465 0,436 (0,0011) (0,0010) (0,0012) (0,0012) (0,0008) (0,0008) R2 0,525 0,470 0,503 N 62 831 62 831 62 831 62 831 47 547 47 547 47 547 47 547 110 378 110 378 110 378 110 378 Observations 873 428 873 428 1 174 1 174 296 650 296 650 296 736 146 736 146 1 523 724 1 523 724 1 910 442 1 910 442 296 Écart type 0,402 0,373 0,363 0,327 0,433 0,362 0,410 0,347 0,417 0,362 0,383 0,337 Notes : 1. Ecart type entre parenthèses; N est la taille de l’échantillon. 2. Note de lecture colonne 1 : le second groupe de générations g1945-1954, gagne en moyenne 38,1 % de plus que la génération 1935. Source : échantillon des référentiels nationaux 2002, CNAV.
échantillon des référentiels nationaux 2002, CNAV.

Le ratio de Mills, largement significatif aussi bien chez les hommes que chez les femmes, justifie l’utilisation de cette méthode. Les commentaires sont dans l’ensemble les mêmes que les précédents. On retrouve un r approchem ent des ca rrières salariales entre les hommes et les femmes. Les c a r r iè r e s de s f e m m e s so n t d e p l u s e n p l us comparables à celles hommes, mais il subsiste des écarts importants.
Après avoir étudié les caractéristiques individuelles qui déterminent en partie le niveau et l’évolution des salaires, nous allons à présent nous intéresser à l’impact des conditions économiques d’ensemble sur ces salaires.
L’impact des variables macroéconomiques sur la détermination des salaires individuels
L’impact de la conjoncture économique sur les salaires individuels a fait l’objet de nombreuses études. La plupart des études faites aux États-Unis utilisent le taux de chômage global ou l’emploi c o m m e i n d i c a t e u r s c y c l i q u e s ( A b r a h a m e t Haltiwanger, 1995). Notre étude poursuit la même méthodologie, mais nous choisissons aussi d’étudier l’effet de la productivité et d’introduire le salaire minimum (Smic). Ainsi, nous introduisons trois variables macroéconomiques, à savoir le taux de chômage, le Smic et la productivité. L’écart mesuré entre deux générations par les dummies semble s’expliquer par l’évolution macroéconomique d’ensemble, ainsi nous ne conservons pas les dummies de génération dans l’équation.
Dès lors, le salaire d’un individu se décompose en deux éléments :
u est le taux de chômage, ln(smic) est le logarithme du Smic et ln(pte) est le logarithme de la productivité. La fonction f (.) correspond plutôt aux caractéristiques internes du marché du travail (elles dépendent des caractéristiques des entreprises et du salarié), tandis que g (.) décrit les caractéristiques externes du marché du travail, c’est-à-dire l’effet de la conjoncture économique [12].
Plusieurs études se sont déjà attachées à montrer l’i m p a c t d e l a c o n jo n c t u r e s u r le s s a l a i r e s individuels. Par exemple, Beaudry et Dinardo (1991) combinent un modèle de contrat avec des effets cycliques afin d’examiner la relation entre les salaires et le cycle économique d’un point de vue théorique et d’un point de vue empirique. Ils concluent que le taux de chômage courant n’affecte pas les salaires si l’on contrôle les conditions sur le marché du travail, dès lors qu’un travailleur a été embauché dans l’emploi qu’il occupe encore. Cependant, leur modèle ne rend pas compte d’un effet de l’expérience et ne donne aucune prédiction sur la façon dont les rendements de l’expérience et le c y c l e é c o n o m i q u e i n t e r a g i s s e n t d a n s l a détermination du salaire. Ce modèle ne cherche donc pas à savoir comment les fluctuations sur le marché du travail associées aux conditions économiques affe ctent le profil de sa laire en f onc tion de l’ancienneté.
Récemment, Arozamena et Centeno (2001) ont étudié le lien entre ancienneté et taux de chômage. Ils établissent que l’élasticité du salaire au taux de chômage dépend de l’ancienneté dans l’entreprise. Cette élasticité est plus faible pour les actifs qui ont le plus d’a ncie nne té. S e lon ce s a uteu rs, si les entreprises protègent plus les salariés les plus anciens dans l’entreprise des fluctuations du marché du travail, l’effet du cycle économique sur les salaires sera fonction de la composition du personnel en termes d’ancienneté.
L’équation que nous avons estimée précédemment, suite à l’ajout de ces variables, peut se réécrire comme suit :
C o m m e p o u r l’é t u d e s u r l e s c o m p o s a n t e s individuelles, nous utilisons la même démarche d’estimation, c’est-à-dire tout d’abord à partir du sous-échantillon sous plafond puis pour l’ensemble des individus (sous et au plafond). Les résultats figurent dans le tableau 3. Nous nous attachons surtout à interpréter les résultats obtenus par la méthode des VI.
Les résultats sont fort comparables avec ou sans variables macroéconomiques (voir tableaux 2 et 3). Au vu du tableau 3, on retrouve bien un profil concave avec l’âge, un effet négatif du chômage, de l’invalidité et de la présence d’enfants, un écart entre les sexes de 14,2 % en faveur des hommes si l’on ne considère pas le plafond et un écart de 11,4 % avec le plafond. Les coefficients obtenus avec le plafond sont inférieurs à ceux obtenus sans plafond. On retrouve bien l’effet de saturation lié à l’existence du plafond.
Suite à l’ajout de variables macroéconomiques, on observe que les élasticités du salaire par rapport aux conditions m acroéconomiques ont les signes attendus, c’est-à-dire un effet négatif du taux de chômage, un effet positif du salaire minimum et un effet positif de la productivité. Une diminution de 1 % du taux de chômage aura un impact positif de 0,6 % sur les salaires. Cela indique que les tensions sur le m arché du travail influence nt bien la détermination du salaire. Certains auteurs montrent que c’est essentiellement le niveau du salaire à l’e m bau che qui e st in flue ncé. Ce c i p ourr ait expliquer les différences observées lors de l’étude sur les caractéristiques individuelles. Plus la conjoncture est bonne, plus l’écart entre deux générations est grand. Il y a aussi un effet de la productivité sur les salaires. Le coefficient positif de la v ar i a ble smic m on tr e l’im po rt a nc e d e l a détermination du salaire minimum sur le niveau de salaire global des salariés sous plafond. Deux effets coexistent : un effet sur le niveau de salaire des personnes les moins bien rémunérées (au Smic) et un effet d’échelle, car si le Smic augmente, les personnes qui touchent légèrement plus que le Smic voudront voir leur salaire augmenter. Ces trois variables macroéconomiques semblent donc bien mesurer l’impact des marchés externes sur la formation du salaire individuel.
Dans la section précédente, nous avons vu que l’ensemble des coefficients était différent entre les hommes et les femmes. Dans le tableau 2, nous observions que les valeurs des variables indicatrices temporelles n’étaient pas parfaitement identiques. Ces écarts peuvent venir d’une différence de sensibilité aux variables macroéconomiques entre les hommes et les femmes.
L’étude séparée des équations décrivant l’évolution du salaire des hommes et des femmes confirme les différences de sensibilité (tableau 3). Tout d’abord, nous retrouvons les différences de concavité entre les deux sexes. De plus, les coefficients devant les dummies caractérisant le fait d’avoir eu une période de chômage ou d’invalidité sont significatifs et de bon signe. Leurs valeurs sont tout à fait comparables à celles des estimations précédentes.
E n c e q u i c o n c e r n e l e s v a r i a b l e s m a c r o - économiques, il existe de réelles différences entre les hommes et les femmes. Ces estimations confirment l’i m p a c t d u c h ô m a g e s u r l e s s a l a i r e s. L a rémunération des femmes semble légèrement plus influencée par le chômage que celle des hommes. La productivité a un impact plus fort pour les hommes que pour les femmes. L’emploi masculin est en moyenne caractérisé par un niveau de qualification plus élevé et des tâches plus techniques. Dès lors, les a m él ior a tion s te c hniq ue s ou te ch nol ogi que s influencent plus le travail des hommes que celui des femmes, ce qui a une influence directe sur le salaire.
En moyenne, les salaires féminins sont plus faibles que les salaires masculins. En toute logique, il doit y avoir plus de femmes avec une rémunération équivalente ou légèrement supérieure au Smic ; alors, toute augmentation du salaire minimum influencera plus la rémunération moyenne des femmes que celle des hommes. Il est nécessaire de s’interroger sur l’impact de ces différences en projection lors des simulations. Ces écarts entre les hommes et les femmes ne provoqueront-ils pas des divergences structurelles entre les hommes et les f e m m e s ? I l e s t p r ob a b le q u e le s e ff e t s s e c om pense nt. P ar exe m ple, une ha usse d e la productivité aura un effet plus grand sur le salaire des homm es que sur celui des fem mes mais une augmentation du salaire minimum aura un impact plus important sur le niveau des rémunérations féminines. De plus, le Smic sur le long terme est relativement corrélé avec la productivité et l’on r e m a r q u e q u e l a s o m m e d e s c o e f f i c i e n t s correspondant à la productivité et au Smic pour les hommes est proche de celle des femmes.

Tableau 3
équations de salaire sur données micro et macro-économiques (Variable dépendante : log du salaire annuel réel )
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Tableau 3 : équations de salaire sur données micro et macro-économiques (Variable dépendante : log du salaire annuel réel ) Hommes Femmes Ensemble Salaires sous plafond Tous salaires Salaires sousplafond Tous salaires Salaires sous plafond Tous salaires t MCO VI Tobit+MCO Tobit+VI MCO VI Tobit+MCO Tobit+VI MCO VI Tobit+MCO Tobi+VI Constante 0,582 0,555 1,523 1,202-1,282-0,897-0,455-0,319-0,096-0,049 0,847 0,661 (0,0365) (0,0361) (0,0291) (0,0279) (0,0464) (0,0439) (0,0419) (0,0392) (0,0289) (0,0281) (0,0242) (0,0228) Age 0,065 0,082 0,035 0,053 0,032 0,023 0,015 0,010 0,051 0,058 0,027 0,035 (0,0003) (0,0003) (0,0003) (0,0003) (0,0004) (0,0004) (0,0004) (0,0003) (0,0002) (0,0002) (0,0002) (0,0002) Age2/100-0,079-0,105-0,043-0,069-0,040-0,032-0,021-0,016-0,063-0,076-0,034-0,049 (0,0004) (0,0004) (0,0003) (0,0003) (0,0005) (0,0005) (0,0005) (0,0004) (0,0003) (0,0003) (0,0003) (0,0003) Dum_i_cho-0,412-0,590-0,277-0,481-0,344-0,583-0,270-0,562-0,382-0,602-0,271-0,524 (0,0015) (0,0024) (0,0014) (0,0025) (0,0020) (0,0036) (0,0019) (0,0038) (0,0012) (0,0021) (0,0012) (0,0022) Dum_i_inva-0,443-0,718-0,308-0,607-0,382-0,782-0,284-0,723-0,412-0,758-0,293-0,662 (0,0100) (0,0180) (0,0089) (0,0175) (0,0108) (0,0231) (0,0101) (0,0250) (0,0074) (0,0148) (0,0067) (0,0152) Dum_i_avpf-0,384-0,746-0,303-0,748-0,389-0,715-0,294-0,677 (0,0050) (0,0088) (0,0048) (0,0095) (0,0049) (0,0081) (0,0045) (0,0083) Dumsex-0,144-0,142-0,100-0,114 (0,0006) (0,0012) (0,0006) (0,0012) Pa 0,486 0,714 0,445 0,816 0,466 0,852 0,451 0,969 0,477 0,784 0,448 0,866 (0,0018) (0,0028) (0,0016) (0,0027) (0,0022) (0,0038) (0,0020) (0,0040) (0,0014) (0,0023) (0,0013) (0,0024) Dd 0,114 0,104 0,078 0,092 0,202 0,170 0,153 0,151 0,153 0,133 0,109 0,110 (0,0009) (0,0015) (0,0007) (0,0013) (0,0011) (0,0020) (0,0010) (0,0021) (0,0007) (0,0012) (0,0006) (0,0012) U-0,013-0,011-0,008-0,007-0,020-0,01-0,015-0,005-0,016-0,012-0,011-0,006 (0,0003) (0,0003) (0,0002) (0,0002) (0,0004) (0,0004) (0,0003) (0,0003) (0,0007) (0,0002) (0,0002) (0,0002) Ln(pte) 0,430 0,621 0,474 0,633 0,328 0,488 0,378 0,563 0,387 0,582 0,440 0,63 (0,0058) (0,0060) (0,0047) (0,0047) (0,0071) (0,0073) (0,0065) (0,0070) (0,0045) (0,0047) (0,0038) (0,0039) Ln(smic) 0,649 0,528 0,582 0,491 0,906 0,781 0,831 0,707 0,752 0,631 0,674 0,566 (0,0049) (0,0048) (0,0039) (0,0037) (0,0063) (0,0059) (0,0057) (0,0052) (0,0039) (0,0037) (0,0033) (0,0030) Mills 0,464 0,348 0,439 0,319 0,461 0,355 (0,0011) (0,0011) (0,0012) (0,0012) (0,0008) (0,0008) R2 0,561 0,518 0,544 N 62 831 62 831 62 831 62 831 47 547 47 547 47 547 47 547 110 378 110 378 110 378 110 378 Observations 873 428 873 428 1 174 1 174 296 650 296 650 296 736 146 736 146 1 523 724 1 523 724 1 910 442 1 910 442 296 Écart type 0,387 0,346 0,347 0,308 0,413 0,345 0,390 0,323 0,400 0,347 0,366 0,313 Note : Écart type entre parenthèses. N est la taille de l’échantillon. Source : Échantillon des référentiels nationaux 2002, CNAV.
Échantillon des référentiels nationaux 2002, CNAV.

 
Insertion de l’équation dans le modèle de microsimulation
 
 
L a c o m b i n a i s o n d e s é l é m e n t s m i c r o e t macroéconomiques nous permet ainsi de connaître le salaire moyen d’un individu pour une génération donnée et d’observer l’élasticité du niveau des s a l a i r e s p a r r a p p o r t a u x v a r i a b l e s m a c r o - économiques. L’insertion dans le modèle des deux équations, l’une pour les hommes, l’autre pour les femmes, nécessite une modélisation de l’effet individuel.
Un effet individuel fixe z est rajouté au profil de i salaire théorique estimé à partir de l’équation de salaire. Cet effet individuel est supposé représentatif du profil individuel de salaire et prend donc implicitement en compte les interruptions de carrière. Il permet de recouper la courbe théorique avec le revenu d’activité effectivement observé dans le fichier des comptes individuels.
pour i=1,...., n et t =1947,..., 2000
z est une variable caractéristique de l’effet i individuel telle que :
En effet v étant un choc idiosynchratique, son i t, espérance mathématique est nulle, contrairement à celle de zi.
Cette variable mesure l’écart entre la trajectoire individuelle passée et celle prédite par les profils estimés. Pour la projection des salaires, on applique l’équation aux individus en utilisant l’effet fixe individuel estimé pour 2000. D’autres méthodes de modélisation des résidus sont envisageables (Colin, 1999), mais nous choisissons de ne pas les appliquer ici, compte tenu de la nature de nos données.
Finalement, l’équation de salaire introduite dans le modèle de simulation s’écrit comme suit :
Pour effectuer la projection, il faudra se donner des hypothèses sur la tendance générale de croissance de la productivité, sur le taux de chômage et un terme de croissance du niveau général des prix. Par exemple, le rapport du Conseil d’orientation des retraites (2002) prend comme hypothèse, dans le scénario central, un taux de chômage qui varie de 9,7 % en 2001-2005 à 4,5 % en 2005-2040 et une productivité qui varie de 1,8 à 1,6 sur les mêmes intervalles.
Ces salaires serviront ensuite au calcul des droits à la r e t r a i t e s e l o n l e s b a r è m e s e n v i g u e u r, o u prévisionnels.
 
Conclusion
 
 
L’analyse approfondie de l’évolution des carrières salariales, au cours des cinquante dernières années, montre que les changements dans la formation des salaires s’expliquent par les effets conjugués des c a r a c t é r i s t i q u e s i n d i v i d u e l l e s d e s s a l a r i é s ( e xp é r ie nc e p r of e s sio nn e ll e, se x e, p r é se n c e d’enfants) et du cycle économique (productivité, chômage,…). Les estimations nous permettent aussi de mesurer l’évolution des différentiels de salaires entre hommes et femmes. Mais surtout, la fonction de gains obtenue est un moyen d’intégrer à la fois les d i m e n s i o n s m i c r o é c o n o m i q u e s e t m a c r o - économiques intervenant dans la détermination des salaires au sein du modèle de microsimulation.
Le modèle s’applique strictement aux cotisants du régime général et il simule les changements de r é gim e ( r é gim e g é né r a l/a u tr es r ég im e s ) q ui n’avaient pas été jusqu’ici introduits dans les modèles de microsimulation sur les retraites en France. Par exemple, le modèle de microsimulation Destinie de l’Insee retient les conditions d’activité de l’ensemble de la population pour effectuer cette modélisation (Bardaji, Sédillot et Walraet, 2003).
Enfin, le modèle de microsimulation des retraites du régime général est conçu pour être un complément important des projections réalisées actuellement au niveau global par la CNAV. Il constituera dans un avenir proche un outil opérationnel d’évaluation de l’im p a c t de r é fo r m e s ta n t a u ni ve a u g lob a l qu’individuel. Grâce à ce modèle, on pourra simuler les effets des différentes réformes envisagées sur le calcul de la retraite (réforme de 1993 : passage des 10 aux 25 meilleures années pour le salaire de référence, allongem ent progressif à 40 ans de la durée d’assurance nécessaire pour une retraite au taux p l e i n, … ; r é f o r m e d e 2 0 0 3 : p o u r s u i t e d e l’allongement de la durée d’assurance exigée pour le taux plein à 41 ans en 2012, départs anticipés à la retraite dès 40 ans de cotisation,…) mais aussi les conséquences de nouvelles réformes éventuelles sur les modalités d’attribution des avantages familiaux.
 
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NOTES
 
[(*)]Union Sociale pour l’Habitat. Direction des Études Économiques et Financières. E-mail : tthierry. debrand@ union-habitat. org
[(**)] Institut National d’Études Démographiques. E-mail : ppennec@ ined. fr
[(***)] Institut National d’Études Démographiques/CNAV- Direction de l’Actuariat Statistique. E-mail : aanne-gisele. privat@ cnav. fr
[(1)]Le modèle s’appuie sur des données en coupe transversale et suit les individus de diverses cohortes sur une partie de leur cycle de vie, alors qu’un modèle purement longitudinal suit des cohortes d’individus sur l’ensemble de leur cycle de vie.
[(2)]Depuis janvier 1999, le fichier de gestion de la CNAV, appelé fichier des “ référentiels nationaux ”, est composé de trois systèmes nationaux : le SNGI ou système national de gestion de l’identification (NIR et état civil complet des personnes), le SNGC ou système national de gestion des carrières, et le SNGD ou système national de gestion des dossiers (état du traitement des dossiers pour chaque assuré quel que soit leur type : rachat, régularisation, annulation, reversement, liquidation de droit propre, de réversion ou d’un avantage complémentaire).
[(3)]Le plafond de la Sécurité sociale sert de référence au calcul de la pension de retraite. Ce plafond revalorisé chaque année s’élève à 28 224 euros par an en 2002. La règle de validation au régime général impose d’avoir travaillé au moins 200 heures au Smic pour valider un trimestre de cotisation, dans la l i mi te d e qu at r e tr i me str es p ar an. Cet te r èg le e st implicitement fondée sur un emploi à mi-temps (253 heures de Smic par an). En 2002, le montant annuel du salaire minimum pour valider quatre trimestres est de 5 336 euros.
[(4)]L’assurance vieillesse des parents au foyer ” (AVPF) est l’un des principaux avantages familiaux présents dans le système de retraite français. Ce dispositif permet aux bénéficiaires de certaines prestations familiales (telles que l’allocation pour jeune enfant, l’allocation parentale d’éducation, le complément familial… ) de bénéficier gratuitement de cotisations à l’assurance vieillesse afin de compenser leurs réductions d’activité, aussi bien au niveau de la durée d’assurance que du salaire (pour plus de détails, voir Bonnet et Chambaz, 2000).
[(5)]Riboud, dans son ouvrage (1978), précise que “ la fonction de gains est une construction économétrique qui peut être ajustée au profil des salaires d’un individu au cours de son cycle de vie (ou au profil du salaire moyen d’un groupe d’individus) ” (Guillotin et Sevestre, 1994).
[(6)]L’échantillon comporte un petit nombre d’enregistrements dont le salaire est “ aberrant ” ou mal renseigné. Ce filtre permet donc aussi d’éviter que de tels enregistrements perturbent les résultats des ajustements. Les personnes inactives n’ayant jamais travaillé et présentes uniquement parce qu’elles perçoivent de l’AVPF ont également été exclues par ce filtrage.
[(7)]Pour une présentation plus détaillée de la méthode d’Hausman-Taylor, se reporter à Guillotin et Sevestre (1994). Nous avons testé les autres méthodes de VI proposées par ces auteurs ; les résultats obtenus sont similaires.
[(8)]Les variables instrumentales sont définies de la façon suivante : X1 : variables transformées par les between et within : Inpter Insmicr u, , et X2 : variables transformées par les within : age, age2.
[(9)]Certes, cette mesure est imparfaite, car cette variable ne concerne qu’une catégorie bien particulière de ménage, à savoir les ménages à faibles revenus ; mais son introduction dans la régression est surtout destinée à estimer son effet instantané pour les bénéficiaires.
[(10)]À côté de ce modèle principal, nous avons estimé un modèle avec deux variables pour représenter l’expérience (exp) et la durée des études (etud) afin de comparer nos résultats à ceux des études précédentes sur données françaises. Nous avons construit ces variables à partir de l’âge et de la date d’entrée sur le marché du travail, car nous n’avions aucune information sur ces variables dans notre panel, et obtenu des résultats comparables sur celles-ci.
[(11)]Si l’on détaillait les estimations par générations, sans faire de groupes, on observerait un effet de génération plus faible pour les générations de 1975 à 1979 que pour les générations juste avant elles. Cet effet contradictoire s’explique par le fait que les individus de ces générations perçoivent en moyenne des rémunérations plus faibles que les autres, dans la mesure où l’on n’observe que leur début de carrière.
[(12)]Il existe une littérature abondante sur l’introduction des variables macroéconomiques et des problèmes inhérents dans les modèles microéconométriques (voir Imbens et Lancaster, 1994 ou Moulton, 1990).
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[(*)]
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[(***)]
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Le modèle s’appuie sur des données en coupe transversale e...
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Le plafond de la Sécurité sociale sert de référence au calc...
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“L’assurance vieillesse des parents au foyer ” (AVPF) est ...
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