2004
Économie et Prévision
Les déterminants du taux débiteur exigé par le crédit-bailleur : une étude empirique sur le marché français
Marie-Christine Filareto
[(*)]
Dans le cadre d’un financement par crédit-bail, la politique d’offre du crédit-bailleur repose sur une analyse conjointe du
risque de signature du crédit-preneur et du risque associé au matériel financé. L’absence de « risque matériel » peut alors
tempérer une moins bonne solidité financière du débiteur et permet le financement d’entreprises écartées du crédit
bancaire traditionnel. Si les déterminants de la politique d’octroi du crédit-bail sont bien identifiés, leur influence dans la
compositiondutauxdébiteurestpeuétudiée.Notrerechercheévalue,danslecadred’uneétudeempiriqueconduitesurun
échantillon de 70 contrats de crédit-bail, l’influence sur l’ampleur du taux débiteur exigé par le crédit-bailleur des deux
dimensions risque « matériel » et risque de signature du crédit-preneur.Mots-clés :
crédit bail, taux débiteur, rationnement du crédit.
In leasing, the lessor’s lending policyis based ona combinedanalysis of the lesseecreditriskand the risk associated with
the financed equipment. The absence of equipment risk may allow a lender to offer financing to a borrower whose
financial situation is less solid, thus providing a solution for firms without access to traditional bank loans. Although the
factorsdetermining lessors’decisions to lendhavebeenidentified, their influenceon lendingrateshas notbeen studiedto
thesameextent. Our research, based on an empirical study of 70 leasingagreements, assessesthe influenceof equipment
risk and lessee credit risk on the lessor’s lending rate.Keywords :
leasing, interest rate, credit rationing.
L’auteur remercie les rapporteurs anonymes de la revue, ainsi que les rapporteurs de l’article aux Journées Internationales de l’AFFI
(Strasbourg, 2002) et au Colloque du GDR Economie Monétaire et Financière (Lyon, 2002), pour leurs commentaires constructifs
ayant permis une amélioration significative de l’étude. Les erreurs et omissions ne sont imputables qu’à l’auteur.
Dans le cadre d’un financement par crédit-bail, la politique d’offre du crédit-bailleur repose sur une
analyse conjointe du risque de signature du crédit-preneur et du risque associé au matériel financé.
L’absence de “risque matériel” peut alors tempérer une moins bonne solidité financière du débiteur et
permet le financement d’entreprises écartées du crédit bancaire traditionnel. Si les déterminants de la
politique d’octroi du crédit-bail sont bien identifiés, leur influence dans la composition du taux
débiteur est peu étudiée. Notre recherche évalue, dans le cadre d’une étude empirique conduite sur un
échantillon de 70 contrats de crédit-bail, l’influence sur l’ampleur du taux débiteur exigé par le
crédit-bailleur des deux dimensions risque “matériel” et risque de signature du crédit-preneur.
Arrivé en France en 1962, pendant une période de
croissance économique et de fort investissement, le
crédit-bail a bénéficié d’une rapide implantation en
offrant à certaines entreprises une possibilité
quasi-immédiate d’investir, par le financement
intégral de leurs équipements. Considéré de fait
comme un outil de promotion de l’investissement, il
concourt annuellement au financement de près d’un
tiers des firmes. Initiés par des sociétés spécialisées
ou des filiales de banques, les financements par
crédit-bail n’entrent cependant pas en concurrence
directe avec les crédits bancaires à moyen et long
terme proposés par les banques. Le crédit-bail
apparaît davantage comme un complément à
l’emprunt bancaire, qui permet à la firme de pouvoir
opter pour le meilleur financement lorsqu’elle veut
s’équiper d’un nouveau matériel. L’essence même
du contrat en fonde ses particularités : c’est un
instrument de financement qui offre des avantages,
qu’ils soient fiscaux, comptables ou financiers, et
qui peuvent conduire la firme à le préférer à
l’emprunt bancaire, indépendamment d’un
argument lié à sa plus grande disponibilité (Krishnan
et Moyer, 1994).
Si la décision d’octroi du crédit-bail est avant tout,
pour le crédit-bailleur, une décision de crédit, il
bénéficie, en tant que propriétaire du bien, d’une
sûreté réelle qui minimise les coûts imposés par la
faillite du locataire; le droit d’exclusivité sur l’actif
et la possibilité quasi immédiate de revente ou de
relocation du bien favorisent, en cas de défaut du
crédit-preneur, une bonne couverture du risque de
l’opération. La garantie qu’offre la propriété de
l’actif n’est efficace qu’à condition que le risque
“ matériel ” soit inexistant, ce qui est le cas lorsque la
valeur vénale du bien sur le marché secondaire
demeure conséquente. De fait, la décision d’octroi
du financement par le crédit-bailleur reposera sur
une analyse conjointe du risque de crédit et du risque
“ matériel ”, qui s’inscrit, pour ce dernier, dans une
stratégie de gestion globale du risque. La
particularité du crédit-bail justifie alors la sensibilité
du taux débiteur exigé par le crédit-bailleur à la
double dimension risque “matériel” - risque
“utilisateur”. Cette problématique est au cœur de
notre présente recherche. Elle nous conduit par
ailleurs à nous interroger sur la notion de “ risque
matériel” etsamesure, etàrecenserd’autres facteurs
qui peuvent influencer le taux du crédit-bail, tels le
pouvoir de monopole du bailleur sur les entreprises
écartées du créditbancaire traditionnel ou ladurée de
la relation de clientèle développée avec le
crédit-preneur.
L’article est organisé de la façon suivante. Dans une
première partie, nous justifions la sensibilité du taux
exigé par le crédit-bailleur aux deux dimensions
risque “ matériel ”– risque “utilisateur”, en nous
appuyant sur une analyse des travaux théoriques et
des propos recueillis auprès de crédit-bailleurs.
Nous isolons par ailleurs les effets induits par la
structure du marché, le pouvoir de monopole du
bailleur ou la relation de clientèle bailleur-preneur
sur la tarification du crédit-bail. De cette analyse,
émergentdifférenteshypothèsesqui donneront lieuà
une vérification empirique sur 70 contrats de
crédit-bail. La seconde partie de notre article
présenteral’échantillon d’entreprises etjustifiera les
différentes mesures des variables entrant dans le
modèle de tarification du crédit-bail. Les résultats de
l’étude empirique sont exposés dans une troisième
partie. Dans une dernière partie, nous concluons et
discutons des prolongements possibles de notre
présente étude.
L’analyse des déterminants du taux
débiteur exigé par le crédit-bailleur
Dans cette partie, nous identifions et justifions, au
regard des travaux théoriques et d’une analyse
menée auprès des crédit-bailleurs, de la sensibilité
du taux débiteur exigé par le crédit-bailleur aux
risques intrinsèques aux opérations de crédit-bail.
Sources de risque et tarification du crédit-bail : les
fondements théoriques
Le modèle précurseur de Miller et Upton (1976)
introduit le risque devaleur résiduelle comme source
unique de risque pour le crédit-bailleur. Pour ces
auteurs, le risque de valeur résiduelle provient des
“ fluctuations de la valeur résiduelle du bien sur le
marché en raison d’une usure physique ou d’une
obsolescence imprévue ou de variations non
anticipées des taux d’intérêt et du niveau général des
prix qui fait que le flux de service de l’actif est
stochastique”. Du fait d’un risque
d’amoindrissement de la valeur marchande du bien
durant la période contractuelle, le crédit-bailleur
appliquera une majoration du taux de crédit-bail. Le
modèle à facteur unique de Miller et Upton (1976)
implique alors que pour un type de matériel donné, le
loyer d’équilibre du crédit-bail est identique quel
que soit le risque de crédit du locataire.
S’il est vrai que le crédit-bailleur est mieux protégé
que les autres créanciers en cas de défaillance de la
firme au regard de son statut de propriétaire
juridique
[1], la repossession de l’actif en cas de
défaillance du locataire n’est pas toujours
immédiate, ce qui occasionne pour le crédit-bailleur
un coût d’opportunité; de même, la récupération des
loyers restant dus à la date du défaut est
généralement problématique
[2]. De fait, le bailleur se
retrouve exposé au risque de signature du preneur, ce
qui justifie l’existence d’une prime de risque
additionnelle. Pour Grenadier (1996), la prime de
risque de crédit sera fonction de la durée du contrat et
de la perte anticipée par le crédit-bailleur, en cas de
défaillance du preneur.
L a décision d’octroi d’un financement par
crédit-bail reposerapar conséquent sur un examen de
deux déterminants indissociables : le risque de
signature du crédit-preneur et l’ampleur du “ risque
matériel ”.
Une analyse enrichie par le point de vue des
spécialistes
Malgré le développement des techniques
statistiques, le chercheur en Finance s’oriente de
plus en plus vers une analyse de terrain dont l’un des
objectifs principaux consiste, selon Wacheux
(1996), à comprendre les réalités complexes des
phénomènes étudiés. Adaptés à notre problématique
de recherche, différents entretiens semi-directifs
[3]
conduits auprès de sociétés de crédit-bail françaises
ont permis une meilleure compréhension des
politiques d’offre des crédit-bailleurs.
De ces investigations de terrain, plusieurs éléments
ressortent : l’ensemble des interrogés nous a
confirmé que la décision d’octroi du financement et
l’ampleur du taux débiteur reposaient sur une
analyse conjointe du risque“utilisateur ” et du risque
“ matériel ”. La politique d’octroi des financements
est en fait modulée selon l’importance des risques
encourus. Elle est résumée dans le tableau 1.
S’il apparaît que la décision du crédit-bailleur est
avant tout dérivée d’un examen du risque de crédit
présenté par le crédit-preneur, la nature et la qualité
du matériel financé peuvent intervenir et forcer la
décision de financement. Les propos recueillis
auprès d’un de nos interlocuteurs illustrent cet
argument : “ lorsque la durée de vie économique du
matériel est de 10,15 ou 20 ans, il constitue une
garantie de tout premier ordre et cela peut permettre
de réaliser certains dossiers”. Dans la mesure où
l’actif constitue la garantie intrinsèque de
l’opération, le crédit-bailleur doit s’assurer que la
valeur de revente potentielle du bien couvre le
capital restant dû et ce, sur l’ensemble de la période
contractuelle. Il va par conséquent limiter son offre à
des actifs peu risqués pour les entreprises présentant
un risque de signature plus élevé et peut exiger des
garanties complémentaires lors du financement
d’entreprisesayant unemeilleure solidité financière,
mais optant pour un matériel plus risqué.
Tableau 1
politique d’octroi des financements
par crédit-bail
Tableau 1 : politique d’octroi des financements
par crédit-bail
Risque matériel
Faible Fort
Acceptation qui peut
la
Risque Faible Acceptation s’accompagner deprise de garanties
utilisateur complémentaires
Fort Variable Refus
Cette analyse de terrain a par ailleurs permis
d’identifier quels étaient les facteurs d’appréciation
du risque “ matériel ”, qui apparaît indissociable de
différents attributs relatifs à l’identité du
fournisseur, à la structure du marché secondaire et à
la nature du bien financé. Ces trois déterminants
conditionnent l’ampleur de la valeur de revente
future d’un actif et donne une dimension complexe à
la notion de risque “ matériel ”, dont l’appréciation
relève avant tout de l’expertise du chargé d’affaires.
Le tableau 2 détaille les facteurs d’appréciation du
risque “ matériel ”, relevés dans la littérature (Maheu
et Maige, 1998 ; Philipossian, 1998) et les
investigations de terrain. Sur la base de ces différents
éléments qualitatifs, l’appréciation du risque
“ matériel ” permettra au crédit-bailleur de fonder sa
décision d’attribution du financement et de moduler
le taux débiteur de l’opération en fonction d’un
risque “matériel ” plus ou moins présent.
Aux deux sources de risque préalablement
identifiées, s’ajoutent d’autres facteurs qui peuvent
influencer le taux débiteur exigé par le
crédit-bailleur ; nous les détaillons dans le point
suivant.
Les autres déterminants de l’ampleur du taux
débiteur
Au-delà des risques intrinsèques à chaque opération,
la tarification du crédit-bail peut varier sous
l’influence d’autres facteurs.
En premier lieu, la séparation de la propriété
juridique et économique dans une opération de
crédit-bail fait naître un coût d’agence dont l’origine
est une utilisation intensive du bien ou une absence
de maintenance par le locataire qui contribue à une
diminution de la valeur vénale de l’actif, objet du
contrat. Pour circonscrirecerisque, lecrédit-bailleur
s’appuie sur différents mécanismes susceptibles de
contenir ces comportements déviants. À la signature
du contrat, il peut insérer une clause prévoyant le
paiement d’une indemnité en cas d’usure anormale.
Un autre moyen d’éliminer les coûts d’agence serait,
selon Chemmanur et Yan (2000), la fourniture de
services accompagnant le contrat de financement,
pourdesactifs dont la valeur vénaleestsensibleàune
maintenance régulière ou pour lesquels le
crédit-bailleur peut apporter une maintenance à un
coût plus faible que l’utilisateur. Lamise en place de
compteurs peut également être envisagée comme
mécanisme de réduction du coût d’agence associé à
une utilisation abusive du bien : elle favoriserait une
meilleure évaluation de l’obsolescence inattendue
du matériel et une meilleure couverture de la perte
occasionnée pour le bailleur.
Tableau 2
facteurs d’appréciation du risque
Tableau 2 : facteurs d’appréciation du risque
“ matériel ”
– Taux de panne du matériel
– Qualité des travaux effectués par le matériel
Qualité dufournisseur – Qualité du service après-vente
– Présence du fournisseur sur le marché national
– Solidité financière du fournisseur
– Spécificité du bien
Importance et – Degré d’obsolescence du bien
str
ucture dumarché – Répartition géographique des utilisateurs
secondaire potentiels
– Durée de recommercialisation
Nature du – Évolution du matériel
bien financé – Utilisation intensive ou non du matériel
Bien que les moyens d’actions à la disposition du
crédit-bailleur soient variés, Ezzell et Vora (2001)
montrent que le crédit-bailleur va agir ex-ante en
majorant le taux débiteur lorsque les coûts d’agence
anticipés peuvent être élevés. Ainsi, les auteurs
remarquent que les rendements anormaux
enregistrés lors de l’annonce d’opérations de
crédit-bail sont négatifs lorsque les actifs concernés
peuvent faire l’objet d’une utilisation intensive
(c’est notamment le cas d’une catégorie de matériels
roulants), dans la mesure où ce risque est anticipé par
le crédit-bailleur et est reporté de fait sur le preneur,
via une majoration du taux débiteur.
La durée de la relation de clientèle peut également
influencer l’ampleur du taux débiteur. Deux études
traitent particulièrement de ces aspects dans le cadre
de la relation banque-entreprise. Pour Berger et
Udell (1995), le taux d’intérêt et le montant des
garanties requises tendent à diminuer avec la durée
de la relation bancaire. Petersen et Rajan (1994) ne
trouvent, quant à eux, aucune relation entre le taux
d’intérêt des nouveaux emprunts et la durée de la
relation de clientèle, qui influence principalement la
disponibilité du crédit.
L’hypothèse sous-jacente dans le cadre de ces deux
études est que l’acquisition graduelled’informations
par la banque sur l’entreprise permet une meilleure
discrimination des bons et des mauvais emprunteurs
et une évaluation plus juste du risque des projets
entrepris et des perspectives de développement futur
de la firme. Dans le cadre de la relation particulière
liant le preneur au bailleur, des effets identiques
peuventêtre anticipés sur l’ampleur du tauxdébiteur,
lorsque la relation de long terme contribue à une
diminution des asymétries informationnelles.
Le troisième élément pouvant influencer l’ampleur
du taux débiteur est l’existence d’un pouvoir de
monopole du crédit-bailleur. Pour Krishnan et
Moyer (1994), les coûts engendrés par la défaillance
du locataire seraient plus faibles pour le
crédit-bailleur que pour tout autre créancier : sa
qualité de propriétaire lui confère la possibilité de
reprendre le bien en cas de défaut de la firme lorsque
le contrat n’est pas poursuivi. De fait, il évite les
coûts d’opportunité, associés à la lenteur du
processus de résolution de la faillite et peut réaliser
plus rapidement la revente ou la relocation de
l’actif
[4]. La garantie efficace qu’offre la forme
même du contrat l’amène à élargir davantage son
offre que ne le ferait un créancier bancaire, quand
l’entreprise présente un risque de signature plus
élevé. Son statut de prêteur de dernier recours lui
confère alors un pouvoir de monopole, qu’il va
exercer sur cette catégorie d’entreprises écartées du
crédit bancaire traditionnel
[5], en majorant letaux du
crédit-bail.
L’intensité concurrentielle entre les offreurs de
capitaux est le dernier facteur susceptible
d’influencer le taux débiteur. Longtemps dominé par
les sociétés spécialisées, le marché du crédit-bail est
devenu unmarché bancaire : 75 à 80% des opérations
de crédit-bail sont désormais initiés par les banques,
alors que ce pourcentage n’était que de 25% en 1985
(Maheu et Maige, 1998). Attirées par les taux de
progression et la rentabilité du secteur, les filiales de
banques sont désormais fortement présentes au côté
des sociétés spécialisées et des sociétés captives,
filiales de constructeurs.
Le développement de l’intensité concurrentielle au
sein du secteur a par conséquent favorisé une
diminution des marges enregistrées dans le passé. De
fait et pour reprendre les dires de crédit-bailleurs
interrogés, la conclusion des opérations de
financement passe parfois par une diminution de la
tarification, lorsque les crédit-preneurs mettent
systématiquement en concurrence les
établissements de crédit. La pression concurrentielle
n’est cependant pas identique selon le secteur
géographique ou la nature du bien concerné (il existe
une forte spécialisation de certaines sociétés de
crédit-bail, notammentlesfilialesdeconstructeurs).
Le tableau 3 résume les effets attendus pour les
principaux déterminants du taux débiteur exigé par
le crédit-bailleur.
Tableau 3
ampleur du taux débiteur et facteurs
de sensibilité
Tableau 3 : ampleur du taux débiteur et facteurs
de sensibilité
Facteurs influençant l’ampleur du taux Effet anticipé sur
débiteur exigé par le crédit-bailleur le taux
Le risque de signature du preneur Majoration
L’absence d’un risque “ matériel ” Diminution
L’intensité concurrentielle Diminution
Le risque d’utilisation intensive de l’actif Majoration
Le pouvoir de monopole du crédit-bailleur Majoration
La durée de la relation de clientèle Diminution
Les investigations de terrain et une revue des travaux
existants nous ont permis d’isoler les déterminants
du taux débiteur exigé par le crédit-bailleur et
d’évaluer leur influence respective dans la
composition de ce taux. Nous avons par conséquent
cherché à vérifier empiriquement, sur unéchantillon
de 70 contrats de crédit-bail, les effets anticipés.
Une étude empirique sur le marché
français
L’analyse précédente a permis d’identifier les
facteurs influençant la tarification du crédit-bail.
Pour des raisons de disponibilité des informations,
l’analyse empirique que nous proposons exclura,
parmi les facteurs de sensibilité, la structure du
marché et le risque d’utilisation intensive de l’actif.
Nous présentons dans un premier point notre
échantillon d’entreprises ; le second point sera
consacré à l’exposé de la méthodologie.
Présentation de l’échantillon d’entreprises
Notre étude empirique a été facilitée par l’obtention
auprès d’une société de crédit-bail, d’informations
sur 70 financements, pour la période allant du 1
er
janvier au le 31 mars 2000. Cette dernière réalise
90% de son chiffre d’affaires sur les régions Nord
Pas-de-Calais et Picardie et étend son activité sur
sept autres départements. La clientèle captée par la
société est essentiellement constituée de PME
[6]. Les
contrats de financement que nous avons retenus ont
été sélectionnés de façon aléatoire, ce qui nous a
permis d’obtenir des profils d’entreprises, différant
tant au niveau de leur dimension que de leur activité
ou de leur surface financière.
Deux types d’informations ont été obtenus :
- des données contractuelles pour chaque contrat de
financement : prix d’achat du matériel, durée,
redevances périodiques, nature du matériel, valeur
résiduelle, tauxeffectifglobal mensuel, structuredes
loyers et présence de garanties complémentaires;
- des données comptables et qualitatives sur chaque
firme : bilan, compte de résultats, forme juridique,
activité et effectif salarié.
Le taux débiteur exigé par le crédit-bailleur a été
recalculé pour chaque dossier de financement, en
fonction des différents paramètres contractuels
[7].
Par ailleurs, nous avons pu juger de l’antériorité de la
relation bailleur-preneur, par la présence ou
l’absence d’un historique des informations
comptables et des engagements du crédit-bailleur
auprès de chaque firme. Les caractéristiques des
entreprises de notre échantillon sont présentées en
annexe 1. Nous fournissons également dans le
tableau 4 un descriptif des contrats conclus,
témoignant de l’hétérogénéité des offres et des
demandes, tant au niveau des montants financés que
des durées couvertes ou des matériels concernés :
62,86% des financements portent sur du matériel
roulant, 32,86% sur du matériel de production et
4,29% sur du matériel informatique.
Méthodologie et spécification des tests
économétriques
Le modèle économétrique que nous avons testé sur
l’échantillon d’entreprises reprend les principales
composantes du système de tarification exposé dans
la première partie. Nous présentons tout d’abord les
mesures des variables explicatives (risque de
signature, risque “ matériel ” et relation de clientèle),
puis le modèle et la méthode d’estimation.
La mesure des variables pertinentes
Les risques associés aux financements alloués par le
crédit-bailleur peuvent s’apprécier au travers de
différents facteurs dont nous détaillons la mesure.
Le risque de signature du crédit-preneur
Pour apprécier la solidité financière du locataire,
nous retenons cinq variables : le levier
d’endettement, la capacité de remboursement, la
trésorerie, la taille et la couverture des frais
financiers par l’excédent brut d’exploitation. Nous
en présentons les mesures.
Le levier d’endettement (LEVIER) est mesuré en
rapportant les dettes à plus d’un an (y compris les
dettesde crédit-bail) au montant des fonds propres
[8].
Toutes choses égales par ailleurs, un endettement
élevé est associé à un risque de défaut croissant. On
s’attend par conséquent à observer une relation
positive entre le levier d’endettement et le taux
débiteur exigé par le crédit-bailleur.
La capacité de remboursement (CREMB) est
calculée par le rapport de la capacité
d’autofinancement au montant des dettes à long
terme (dettes bancaires et crédit-bail). Dans la
mesure où ce ratio exprime l’aptitude de la firme à
honorer le paiement de ses dettes et conditionne de
fait sa capacité d’endettement auprès du
crédit-bailleur, on s’attend à observer une relation
négative entre la capacité de remboursement de la
firme et le taux débiteur.
La couverture du besoin en fonds de roulement
(BFR) par le fonds de roulement (FDR), qui doit
conditionner l’ampleur de la trésorerie nette
(TRESO), est calculée en rapportant la trésorerie
nette au fonds de roulement de l’entreprise
[9] et
permet de mesurer la couverture du BFR par le FDR,
sicelui-ciestpositif. Lorsquele BFR est négatif, cela
permet d’apprécier l’excédent de financement
d’exploitation. Ce ratio exprime la capacité de la
firme à financer son cycle d’exploitation.
Tableau 4
nature des contrats de crédit-bail
Tableau 4 : nature des contrats de crédit-bail
Prix en euros Durée TEGM TA Valeur résiduelle
Moyenne 68 181 49 mois 6,783 % 7,002 % 1.95%
Médiane 51 603 18 mois 6,373 % 6,432 % 1 %
Minimum 5616 12 mois 4,149 % 4,228 % 0.1 %
Maximum 292 067 81 mois 17,492 % 18,965 % 15 %
(*) TEGM désigne le taux effectif global mensuel et TA le taux équivalent annuel.
Une trésorerie nette négative, résultant d’une
mauvaise couverture du BFR par le FDR, peut
s’expliquer par la présence de stocks trop
importants, une augmentation des créances
d’exploitation ou une diminution des dettes
fournisseurs. Elle pourra témoigner de difficultés de
l’entreprise, liées au ralentissement de ses ventes (on
a un gonflement des stocks) ou aux retards de
paiements des clients, dus à des difficultés qui
peuvent se reporter sur l’entreprise en cas de
défaillance de ceux-ci. On s’attend alors à ce que le
taux débiteur soit négativement lié à l’ampleur de la
trésorerie.
Le degré de couverture des frais financiers par
l’EBE (FF/EBE) est calculé en rapportant les
charges financières à l’excédent brut d’exploitation.
Plus la couverture des frais financiers par l’EBE est
élevée et plus l’entreprise possède une marge de
sécurité importante qui la protège contre une baisse
de son résultat, une augmentation de l’endettement
ou du taux débiteur. C’est un élément qui permet au
crédit-bailleur de pouvoir apprécier le risque
financier et la capacité de la firme à pouvoir
supporter un paiement fixe supplémentaire. Le taux
débiteur doit par conséquent être positivement lié au
ratio FF/EBE, dont l’ampleur atteste de frais
financiers importants comparativement au surplus
économique dégagé par l’activité de l’entreprise.
La taille de l’entreprise (TAILLE) est mesurée en
prenant le logarithme du total de l’effectif salarié.
Dans la mesure où les entreprises de plus grande
dimension présentent un risque de défaillance
[10]
plus faible que les entreprises de taille plus modeste
(Diamond, 1984), le taux débiteur exigé par le
crédit-bailleur doit être négativement associé à la
taille de l’entreprise. Sur la base d’une étude de la
Banque de France, Nakamura (2000) met en
évidence, pour les prêts bancaires, une
discrimination de taux assez forte selon les montants
empruntés (un facteur corrélé à la taille de
l’entreprise), ce taux diminuant avec l’augmentation
de la dimension dela firme. On peut s’attendrealors à
observer une tendance similaire pour le taux débiteur
dans le cadre d’une opération de crédit-bail.
Le risque “ matériel ” et la durée de la relation de
clientèle
Pour mesurer les risques relatifs au matériel dont
l’évaluation repose essentiellement sur des éléments
qualitatifs, nous retenons deux indicateurs : le
caractère standard ou spécifique de l’actif et sa
vitesse d’obsolescence
[11].
La vitesse d’obsolescence du bien (OBS) est mesurée
par une variable indicatrice égale à 1, si la
dépréciation du bien est lente et 0 dans le cas
contraire. La rapidité d’obsolescence s’apprécie par
la durée de vie du bien et conditionne l’existence
d’un marché secondaire actif. La typologie proposée
par Maheu et Maige (1998), reprise dans le tableau 5,
met en relation la vitesse d’obsolescence du matériel
et sa valeur de revente sur le marché secondaire. En
nous basant sur ces données, nous apprécions, pour
chaque contrat de crédit-bail, l’existence ou non
d’une garantie “matériel” pour le crédit-bailleur, en
fonction de l’ampleur de la valeur vénale espérée de
l’actif : nous opposons les matériels de transport
industriel, les autocars, le matériel d’imprimerie...,
etc., à des matériels à obsolescence plus rapide :
informatique, bureautique…, etc.
La spécificité du matériel (SPE) est également
mesurée par une variable indicatrice. Elle est égale à
1 si l’actif est spécifique et à 0 dans le cas contraire.
La difficulté tient alors à l’appréciation du degré de
spécificité, qui est fonction du caractère “sur
mesure” de l’actif, adapté à l’utilisation que le
preneur en fait. Selon Bultel (1994) et Worthington
(1995), la spécificité d’un actif s’évalue en fonction
de l’étroitesse de son marché secondaire, ce qu’il est
difficile de rendre compte dans notre étude, en
l’absence d’informations pertinentes. Nous avons
par conséquent évalué le caractère spécifique d’un
actif parle nombre d’utilisateurs potentiels du bien,
qui se limitent soit au secteur d’activité (cas d’un
degré de spécificité élevé) ou qui peuvent appartenir
à d’autres secteurs d’activités (cas d’un degré de
spécificité faible). Nous aboutissons à la typologie
suivante qui reprend quelques types de matériel :
- matériels spécifiques : matériel d’imprimerie,
autocars, machines-outils…;
- matériels non spécifiques : matériel industriel
roulant (sauf autocar), benne, chariot élévateur,
pelle, matériel informatique…
Tableau 5
typologie des matériels et des équipements
Tableau 5 : typologie des matériels et des équipements
Matériels à forte valeur de revente Matériels à faible valeur de revente
Véhicules industriels Porteurs
Tracteurs routiers
Autocars Appareils médicaux
Semi-remorques…
Utilitaires
Matériel de productique
Machines-outils
Matériel d’imprimerie Matériel informatique
Engins de travaux publics Matériel de bureautique (photocopieur…)
Matériels agricoles
Engins de levage et de manutention Grues automotrices
Chariots élévateurs
T ableau 6 : variables explicatives du taux débiteur exigé par le crédit-bailleur
Variablesutilisées Mesure Signesattendus
TAILLE Taille de l’entreprise Logarithme du total des effectifs -
CREMB Capacité de remboursement CAF sur endettement financier -
LEVIER Levier d’endettement Dettes financières sur fonds propres +
TRESO Couverture du BFR par le FDR Rapportentre la trésorerie nette et le FDR -
FF/EBE Degré de couverture des frais financiers par l’EBE Rapportentre le total des charges financières et l’EBE +
OBS Degré d’obsolescence du bien
Variabledichotomique égale à 1 si l’obsolescence dubien est lente et 0 autrement -
SPE Spécificité du bien
Variabledichotomique égale à 1 si le bien présente undegré de spécificité élevé et 0 autrement +
LOYM Présence d’un premier loyer majoré
Variabledichotomique égale à 1 s’il existe un premierloyer majoré et 0 autrement -
RCLIENT Existence d’une relation de clientèle
Variable dichotomique égale à 1 s’il existe un historiqued’informations et 0 autrement -
La troisième variable considérée dans l’étude
empirique est la nature de la relation de clientèle
bailleur-preneur. Pour en apprécier l’existence et
l’intensité, nous considérons l’antériorité des
informations comptables et financières dont dispose
le crédit-bailleur sur les firmes ayant conclu un
contrat de crédit-bail, durant la période considérée.
Nous utilisons une variable binaire RCLIENT, qui
prendra la valeur 1 si les documents internes du
crédit-bailleur font apparaître un historique
d’informations sur la firme et qui sera égale à 0 dans
le cas contraire.
Remarquons enfin que le financement intégral de
l’investissement est moins vrai depuis quelques
années, comme le souligne Mordaunt-Crook
(1996); les défaillances en chaîne des années 90 ont
conduit les crédit-bailleurs à resserrer leurs critères
d’acceptation et à couvrir davantage le risque des
opérations. Aussi, les contrats s’accompagnent plus
souvent d’un premier loyer majoré. Dans notre
échantillon, 16 entreprises ont du satisfaire le
paiement d’une première redevance majorée et 7
entreprises bénéficient de redevances
dégressives
[12] : une telle structure des loyers
favorise une récupération plus rapide du montant
financé par le crédit-bailleur et réduit le risque de
l’opération. Nous proposons alors d’intégrer une
variable de contrôle,
LOYM, égale à 1 si la firme
verse des redevances majorées ou dégressives et
égale à 0 dans le cas contraire. On s’attend à ce que la
relation entre la variable
LOYM et le taux débiteur
exigé soit négative : dans la mesure où le capital
financé est plus rapidement recouvert par le
crédit-bailleur en présence de loyers dégressifs et
majorés, toutes choses égales par ailleurs, le taux
débiteur sera plus faible. De même, l’entreprise doit
disposer d’une trésorerie suffisante pour satisfaire le
paiement d’un loyer majoré et, en étant capable de le
verser, elle sesignale auprès ducrédit-bailleur
[13]. Ce
mécanisme permettrait alors de discriminer les bons
risques des mauvais risques et devrait avoir une
influence dépressive sur le taux débiteur
[14].
Les mesures des variables utilisées dans l’étude
empirique sont reprises dans le tableau 6.
Pour la mise en place des tests économétriques, les
données comptables ont fait l’objet d’une analyse
préliminaire qui a consisté à mettre en évidence les
problèmes de mesure des variables (fonds propres et
EBE négatifs) et les points extrêmes. L’échantillon
initial comportait trois entreprises présentant des
fonds propres négatifs et neuf entreprises ayant un
EBE négatif. Pour minimiser le risque de biais des
résultats par les valeurs extrêmes et aberrantes, nous
avons choisi d’éliminer les 3 entreprises présentant
des fonds propres négatifs. Pour les variables “ levier
d’endettement”, “capacité de remboursement”,
“frais financiers sur EBE” et “ampleur de la
trésorerie ”, les distributions ont été bornées afin que
les valeurs extrêmes n’influencent pas les résultats
obtenus. La plage de valeurs maximales est limitée
par un seuil, déterminé de façon empirique en
fonction du faible nombre d’observations dépassant
ce seuil. Nous présentons les statistiques
descriptives pour l’échantillon retenu dans le
tableau 7.
L a lecture des statistiques descriptives fait
apparaître des disparités entre les entreprises
concernant l’ampleur du levier d’endettement, le
ratio de couverture des frais financiers et de fait leur
capacité d’endettement
[15]. Par ailleurs, l’examen
des coefficients d’asymétrie et d’aplatissement nous
renseigne sur les caractéristiques des distributions
des différentes variables, qui sont fortement
asymétriques (comme la variable CREMB, LEVIER
et FF/E B E ), platicurtiques ( coefficient
d’aplatissement inférieur à 3) et leptocurtiques
(coefficient d’aplatissement supérieur à 3). La
normalité des variables est donc à exclure. Il en estde
même pour les tests d’hypothèse qui sont basés sur
cette hypothèse de normalité. Nous exposons dans le
pointsuivant laméthodologied’estimationutilisée.
Présentation du modèle économétrique et de la
méthode d’estimation
Nous proposons de tester empiriquement sur notre
échantillon d’entreprises un modèle économétrique
retraçant l’ensemble des facteurs explicatifs de
l’ampleur du taux débiteur exigé par le
crédit-bailleur.
Le test, qui met en relation l’ampleur du taux de
crédit-bail et les différents déterminants
l’influençant – le risque “matériel”, le risque de
crédit du preneur et la nature de la relation bailleur
/preneur – est repris ci-dessous et sera effectué sur
l’échantillon de 70 contrats :
i représente chaque individu de la population
On s’attend à ce que le taux débiteur soit d’autant
plus important que la vitesse d’obsolescence de
l’actif est rapide et qu’il est spécifique, et ce pour
rémunération d’un risque “matériel” plus
conséquent. Au contraire, on anticipe une
minoration du taux débiteur lorsque le risque de
signature du locataire est faible ou inexistant ; dans
le modèle, il s’apprécie au travers de différentes
variables (la capacité de remboursement, la
trésorerie, le niveau d’endettement, la capacité à
supporter des paiements fixes et la taille). La
présence d’un premier loyer majoré ou de loyers
dégressifs doit avoir quant à elle une influence
dépressive sur le taux débiteur. Enfin, la durée de la
relation de clientèle s’inscrit dans une perspective de
réduction de l’asymétrie d’information sur le
crédit-preneur et doit s’accompagner d’une
diminution du taux débiteur exigé.
L’estimation du modèle s’est faite par les moindres
carrés ordinaires. É tant données la forme
particulière des distributions des résidus qui sont
non-gaussiens et la taille de l’échantillon, les tests
d’hypothèse ont été effectués par une procédure de
type “bootstrap ”
[16]. Elle permet dans notre cas
d’améliorer la qualité de l’inférence statistique dans
le modèle de régression. Dans la présentation des
résultats, nous ferons figurer les probabilités
critiques obtenues par procédure “bootstrap”
lorsqu’elles font apparaître des différences
significatives de celles obtenues dans la régression
de base.
Tableau 7
statistiques descriptives
Tableau 7 : statistiques descriptives
Moyenne Médiane Écart type Asymétrie Aplatissement
OBS* 40 - - - -
SPE* 32 - - - -
LOYM* 26 - - - -
RCLIENT* 58 - - - -
FF/EBE 0,303 0,119 0,431 1,619 1,044
LEVIER 0,982 0,432 1,274 1,561 1,195
TRESO 0,247 0,165 1,890 0,764 4,446
CREMB 3,125 1,178 3,507 0,920-0,984
TAILLE 2,238 2,197 1,267-0,206-1,042
* Pour les variables binaires, nous faisons figurer le nombre d’entreprises pour lesquelles la variable considérée prend la valeur 1.
Centiles
Minimum Maximum
25 50 75
OBS* 0 1 0 1 1
SPE* 0 1 0 0 1
LOYM* 0 1 0 0 1
RCLIENT* 0 1 1 1 1
FF/EBE 0 1,27 0,021 0,119 0,266
LEVIER 0 4 0,095 0,432 1,412
TRESO-4,2 7,5-0,230 0,163 0,668
CREMB 0 9 0,573 1,178 7,183
TAILLE 0,1 4,654 0,997 2,197 3,285
Les déterminants du taux débiteur : les
résultats empiriques
Pour la mise en place des tests empiriques, nous
avons procédé en deux étapes : nous avons tout
d’abord considéré uniquement les variables – qualité
du matériel, risque de signature du crédit-preneur et
durée de la relation de clientèle –. L’influence du
pouvoir de monopole du crédit-bailleur a ensuite été
étudiée pour un sous-échantillon d’entreprises dont
nous expliciterons les caractéristiques et la méthode
de sélection.
Les déterminants du coût du crédit-bail
Préalablement à l’estimation du modèle, nous avons
établi un diagnostic de la colinéarité. Pour ce faire,
nous avons utilisé l’index de conditionnement de
Besley, Kuh et Welsch (1980)
[17]. Nous obtenons un
index de conditionnement de 10,624 ; bien qu’il
indique une multicolinéarité modérée, nous
choisissons de supprimer la variable TAILLE qui est
la plus colinéaire avec les autres variables du
modèle. Sa suppression ramène l’index de
conditionnement à un niveau inférieur (9,176). Les
résultats obtenus sont résumés dans la première
colonne du tableau 8.
Les résultats du modèle de régression confirment la
sensibilité du taux débiteur aux deux déterminants
que sont la qualité du matériel et le risque de
signature du preneur. Celui-ci sera d’autant plus
faible que la vitesse d’obsolescence du matériel est
lente et que l’actif est transposable à d’autres
utilisateurs (le coefficient de la variable SPE est de
signe conforme à celui attendu mais n’est pas
significatif); lapropriété du bien confère dans ce cas
une sûreté réelle au crédit-bailleur s’il y a résiliation
du contrat avant son terme. Si le risque “ matériel ”
influence en partie la formation du taux débiteur,
l’appréciation du crédit-bailleur portera également
sur le risque de crédit du preneur. Bien que seule la
variable “trésorerie” soit significative dans le
modèle, le signe des coefficients observés pour les
autres variables est conforme à celui attendu.
Tableau 8
les déterminants du taux débiteur exigé par le crédit-bailleur
Tableau 8 : les déterminants du taux débiteur exigé par le crédit-bailleur
Les modèles sont les suivants :
Test I : TA OBS SPE LOYM i t i t i t it, , , = + + +α β β β 1 2 3 + +β β 4 5 RCLIENT LEVIER i t i t, ,
+ + + +β β β ε 6 7 8 TRESO CREMB FF EBE i t i t i t i t, , , , /
Test II : TA G OBS GOBS SPE GSPE i t i t i t i t i t, , , , , = + + + + +α β α β α β 0 0 1 1 2 2 +α3 LEVIERi,
+ + +α β α 4 4 5 TRESO GTRESO FF EBE i t i t i t, , , / + +δ εRMILLSi,
i rep résente chaque observation
Test I Test II
Signes attendusVariable dépendante TA
Variables indépendantes Variable dépendante TA
Tarification plus faible G = 0 Tarification élevée G = 1
9,016*** 6,912*** 1,534
C
(11,156) (15,792) (0,721)
-0,934* -0,521-2,667***
OBS -
(-1,672) (-1,103) (-2,882)
SPE 0,227-0,497 2,934*** +
(0,437) (-1,036) (3,024)
LOYM-0,270 - - -
(-0,500)
RCLIENT-1,615** - - -
(-2,091)
LEVIER 0,092 0,304 - +
(0,406) (1,500)
TRESO-0,280***(-2,052) 0,076(0,547) -1,030***(-3,614) -
CREMB-0,057(-0,716) - - -
FF/EBE 0,074(0,127) -0,781(-0,749) - +
0,177
Régresseur de sélection - (0,161)
R² 0,285 0,505
Nousrégressons le tauxdébiteur exigé parlecrédit-bailleursurles variablesexplicatives (qualitédumatériel,risquedecréditetrelation de clientèle).
L’estimation est effectuée par les moindres carrés ordinaires et les tests d’hypothèse par procédure “ bootstrap ”. Les “ t ” de Student figurent entre
parenthèses. La signification des coefficients est symbolisée par des étoiles : *** indique une signification du coefficient au seuil de 1%, ** une
signification au seuil de 5% et * au seuil de 10%.
Ainsi, plus la capacité de remboursement de la firme,
sa trésorerie et la couverture des frais financiers par
les surplus d’exploitation sont importants et plus le
taux débiteur diminue en raison d’un risque de
signature réduit. Notons cependant que le levier
d’endettement n’influence pas significativement
l’ampleur du taux débiteur. Le crédit-bailleur paraît
par conséquent peu sensible au niveau
d’endettement delafirmeà ladifférenceducréancier
bancaire. Il s’attacherait davantage à l’analyse du
compte de résultat qu’à une structure déséquilibrée
du bilan ou à une insuffisance des fonds propres,
sans doute parce qu’il bénéficie d’une sûreté réelle
en cas de défaut du locataire.
L’antériorité dela relationcommercialeaquant à elle
un effet dépressif sur le taux débiteur, conformément
aux résultats de Berger et Udell (1995); il en est de
même pour les redevances dégressives ou les
premières redevances majorées (le coefficient n’est
cependant pas significatif au seuil de 10%).
Considérés comme des apports fournis par la firme,
les loyers majorés permettent au crédit-bailleur de
recouvrer plus rapidement sa créance et pourraient
favoriser la discrimination des bons et des mauvais
risques.
Indépendamment d’un argument de cherté, la
décision crédit-bail /emprunt bancaire pour la firme
peut se fonder sur les gains financiers associés au
crédit-bail (financement intégral, modulation des
loyers, préfinancement de la TVA) ou sur
l’indisponibilité ducrédit bancaire. Si tel est lecas, le
preneur, rationné en crédit bancaire, va solliciter le
crédit-bailleur qui constitue le prêteur de dernier
recours, en raison de la particularité de l’opération
qui lui fournit une garantie efficace et un droit
d’exclusivité (Krishnan et Moyer, 1994). Si
l’élargissement de son offre peut être bénéfique aux
entrepriseslesplusrationnéesen crédit bancaire, elle
lui confère un pouvoir de marché : la firme devient
captive du crédit-bailleur et le pouvoir de monopole
dont il dispose alors l’autorise à prélever une part
plus importante de la rente dégagée par la firme en
pratiquant un taux débiteur plus élevé. Pour rendre
compte empiriquement de l’influence du pouvoir de
monopole du crédit-bailleur sur l’ampleur du coût du
crédit-bail, nous avons développé une deuxième
série de tests que nous détaillons dans le point
suivant.
Rationnement du crédit et pouvoir de monopole du
crédit-bailleur
Pour mettre en évidence le lien entre le pouvoir de
marché du crédit-bailleur et la majoration du taux
débiteur, nous proposons pour les tarifications les
plus élevées d’en identifier les causes et d’évaluer si
elles sont dérivées ou non d’un rationnement en
crédit bancaire. L’étape préalable à la mise en place
des tests empiriques est la constitution des groupes
d’entreprises au sein de l’échantillon initial.
La constitution des groupes d’entreprises
Pour attester d’une tarification du crédit-bailleur
différente, la sélection des groupes peut s’opérer de
deux façons. La première privilégie une agrégation
des individus qui s’effectue selon les
caractéristiques communes qu’ils présentent
(solidité financière versus fragilité financière) ; la
deuxième possibilité consiste à partitionner
l’échantillon selon l’ampleur du taux d’intérêt. Dans
ce cas, le seuil à considérer pour isoler les groupes
d’entreprises est difficile à identifier et à justifier, ce
qui n’est pas le cas lorsque les groupes ont été
constitués après partionnement de la population
globale selon des caractéristiques discriminantes.
Nous privilégions dans l’analyse la première
approche et nous faisons figurer en annexe 2 les
résultats obtenus lorsque les groupes sont constitués
selon une valeur seuil du taux débiteur.
Le partionnement de l’échantillon initial repose sur
la formation de groupements, qui est une approche
aidant à repérer d’éventuelles structures
d’association entre les variables explicatives ou les
individus, dans un échantillon : les partitions
produites à l’issue des regroupements permettent
alors d’orienter l’exploitation et de dégager une
première tendance. Dans notre cas, son utilisation
favorise une sélection des individus ayant des
caractéristiques communes, justifiant une
tarification spécifique du crédit-bailleur.
S’agissant des méthodes de classification, les
groupements peuvent se faire par recherche directe
d’une partition ou paragglomération progressive des
éléments deux à deux. Pour effectuer notre
classification, nous utilisons une variante de la
technique des nuées dynamiques : la méthode des
“
k-means ” introduite par Mac Queen (1967)
[18].
Cette méthode de partitionnement de la population
exige une définition préalable du nombre de classes.
Nous en définissons 6. Ce choix n’est pas arbitraire
mais il est guidé par la volonté de ne pas multiplier
leur nombre, ce qui rendrait difficile une
interprétation des résultats, bien que les différences
observées puissent être riches de renseignements
[19].
Remarquons enfin que l’utilisation des méthodes de
partitionnement nécessite au préalable de
standardiser les variables
[20] lorsque les données
sont mesurées sur des échelles de nature différente.
La standardisation permet d’attribuer un même
poids aux variables intégrées dans l’analyse.
Sur la base des caractéristiques des entreprises
auxquelles nous associons le taux débiteur exigé par
le crédit-bailleur, nous identifions 6 classes
distinctes dont le nombre d’observations par classe
est repris en annexe 3. Pour déterminer les variables
explicatives du classement obtenu, nous utilisons
l’analyse de la variance inter et intraclasse pour les
cinq variables, caractérisant le risque de crédit de
chaque firme (le levier d’endettement, la part des
frais financiers dans l’EBE, la trésorerie, la taille, la
capacité de remboursement) et le taux débiteur.
Toutes les variables retenues permettent une
discrimination significative des sous-groupes
d’entreprises comme en témoignent les résultats
repris en annexe 4
[21]. Au sein de cette population
d’entreprises, nous identifions deux profils types qui
correspondent à une tarification particulière du
crédit : les entreprises de la classe 2 et 3 subissent les
taux les plus bas, à la différence des classes restantes
(classe 1,4,5 et 6)
[22].
En agrégeant les individus pour chacune des
sous-classes identifiées, nous produisons une
analyse de leur profil à partir de la valeur moyenne
des variables de contrôle, calculée sur la base du
nombre d’individus constituant chaque groupe.
Nous y avons inclus la valeur moyenne du taux
débiteur, variable discriminant les deux groupes
d’entreprises. Les résultats obtenus pour les deux
groupes d’entreprises (17 entreprises subissant des
taux élevés et 53 entreprises pour lesquelles la
tarification estplusfaible) sontrepris enannexe 5.
Le test de Wilcoxon – Mann Whitney
[23] permet de
conclure à des différences significatives entre les
deux groupes d’entreprises, pour toutes les variables
à l’exception de la taille, attestant d’une tarification
basée sur l’examen de la solidité financière de la
firme et de sa capacité à honorer ses décaissements
contractuels. À partir de ces observations, nous
avons cherché à recenser les variables explicatives
d’une tarification plus forte du crédit-bailleur.
L’existence d’un pouvoir de monopole du
crédit-bailleur
Pour mettre en évidence l’origine d’une tarification
différente du crédit-bailleur, nous avons développé
un modèle logistique où la variable dépendante est la
probabilité que la firme appartient au groupe
d’entreprises pour lequel le taux débiteur exigé par le
crédit-bailleur est plus élevé (TDE). Les variables
explicatives considérées concernent l’évaluation du
risque matériel (obsolescence et spécificité) et du
risque utilisateur (levier d’endettement, frais
financiers sur EBE, ampleur de la trésorerie)
[24],
ainsi que la structure des loyers et l’antériorité de la
relation crédit-bailleur - entreprise. Les résultats
sont repris dans le tableau 9. Nous remarquons que
seuls l’ampleur de la trésorerie et le ratio frais
financiers sur EBE ont un impact significatif sur la
probabilité que la firme supporte un taux débiteur
élevé : elle est croissante avec la fragilité financière
de la firme (mauvaise couverture des charges
financières et structure déséquilibrée de la
trésorerie). Par ailleurs, un levier d’endettement
important va influencer positivement le taux du
crédit-bail ; le coefficient est néanmoins non
significatif (
p-value = 0,155). L es autres
coefficients, bien que non significatifs, ont un signe
conforme à celui attendu
[25].
L’accroissement du taux débiteur pour ces
entreprises se justifiepar la majorationde la primede
risque de signature du preneur. Elle pourrait
également trouver son origine dans la rente de
monopoledu bailleur, lorsque l’excès d’endettement
ou une plus grande probabilité de défaillance
écartent ces entreprises d’un crédit bancaire
traditionnel et fait du crédit-bail la solution de
financement de dernier recours. Si cette hypothèse a
souvent été avancée dans la littérature (Sharpe et
Nguyen, 1995) et confortée par une analyse des
politiques de demande, la difficulté dans le cadre de
notre étude repose sur l’isolement des deux effets à
l’origine de la majoration du taux débiteur.
T ableau 9
rationnement de crédit et majoration
du taux débiteur
T ableau 9 : rationnement de crédit et majoration
du taux débiteur
Le modèle est le suivant :
P robabilité que la firme appartienne au groupe
d’entreprises subissant une tarification élevée du
crédit-bail :
P TDE F OBS SPE LOYM it it it ( ) (= = + + +11 1 2 3 α β β β
+ +β β 4 5 RCLIENT LEVIER i t it
+ + +β β ε 6 7 FF EBE TRESO it it it / )
Variables indépendantes TDE
-1,734
C
(-1,517)
0,047
OBS
(0,052)
0,571
SPE
(0,727)
-1,222
LOYM
(-1,345)
RCLIENT-1,236(-1,159)
LEVIER 0,409(1,422)
*
FF/EBE 3,093**(3,466)
-0,347*
TRESO (-1,669)
Ratio de vraisemblance-24,906
Pourcentage de bon classement 0,8571
Dans le cadre du modèle logistique, le test de Wald permet de tester la
signification des coefficients. La statistique de Wald est égale à :
W = β β 'où β représente les coefficients estimés et V , la
V− 1
est estest matrice de variance-covariance des coefficients estimés. Ce test est
une approximation asymptotique du test traditionnel de Student. W
représente en fait le carré du “ t” de Student. L’inférence dans la
régression logistique reposera alors sur le test classique de Student.
Les “ t ” de Student figurent entre parenthèses. La signification des
coefficients est symbolisée par des étoiles : *** indique une
significationauseuil de 1%,** une significationauseuil de 5% et * au
seuil de 10%.
Pour apporter une analyse complémentaire, une
réestimation du modèle initial, dont les résultats
figurent à la seconde colonne du tableau 8, a été
effectuée selon la méthode en deux étapes de
Heckman (1979). La pertinence de son utilisation
repose sur le traitement de la sélection de
l’échantillon. En effet, l’ampleur du taux débiteur
qui est la variable dépendante du modèle permet de
discriminer les groupes d’entreprises décrits
précédemment ; de fait, pour reéstimer le modèle
initial en corrigeant le problème d’endogénéité de la
variable permettant de constituer les groupes
d’entreprises (l’ampleur du taux débiteur), nous
nous sommes référés à l’analyse de Heckman
(1979). Dans une première étape et à l’aide d’un
modèle
probit ordinaire, nous avons estimé la
probabilité de subir un taux élevé, en fonction des
variables explicatives considérées précédemment.
Ensuite, le régresseur de sélection qui se calcule en
prenant l’inverse du ratio de Mills a été intégré dans
l’équation de détermination de l’ampleur du taux
débiteur et l’équation globale a été estimée par les
moindres carrés ordinaires en différenciant les deux
groupes d’entreprises
[26] (les coefficients des
variables sont présentés dans deux colonnes
identifiant les groupes d’entreprises). Nous avons
par ailleurs affiné le test initial en excluant les
variables dichotomiques RCLIENT et LOYM,
variables colinéaires avec la variable OBS, lorsque
l’échantillon initial est scindé en groupes distincts
d’entreprises
[27].
Nous avons également suppriméla variable CREMB
(la capacité de remboursement) dont le calcul peut
être redondant avec les autres variables permettant
d’attester de la solidité financière de la firme. De
même, les variables ne présentant pas de coefficients
différentiels significatifs n’ont pas été distinguées
selon le groupe d’appartenance de l’entreprise (taux
faible versus taux élevé), puisque leur intégration
n’apportait pas d’information complémentaire. Les
résultats fournis par le test 2, présentés dans le
tableau 8, affinent l’analyse de la politique de
tarification du crédit bailleur : la prime de risque
différentielle est évaluée pour les entreprises
subissant des taux d’intérêt plus élevés à 1,53% et
son ampleur est croissante avec le risque matériel (la
spécificité de l’actif accroît la prime de risque exigée
par le crédit-bailleur, alors qu’une vitesse
d’obsolescence lente réduit cette dernière) et
décroissante avec l’ampleur de la trésorerie de
l’entreprise. Les effets observés confirment la
sensibilité du taux débiteur aux deux dimensions
“ risque matériel-risque utilisateur ”, tendance plus
marquée pour les entreprises présentant une moins
bonne solidité financière.
Cette recherche apporte un éclairage nouveau à
l’analyse des déterminants du tauxdébiteur exigé par
le crédit-bailleur. Appuyé par une vérification
empirique sur des données contractuelles, notre
travail a permis de confirmer l’influence sur le taux
débiteur exigé par le crédit-bailleur des deux
composantes risque “matériel”- risque
“ utilisateur ”. La qualité du matériel, appréciée par
sa vitesse d’obsolescence et sa spécificité, exerce
une influence dépressive sur le taux de rentabilité
exigé par le crédit-bailleur. Celui-ci sera d’autant
plus faible que le risque de signature du créditpreneur est réduit et que la relation de clientèle
bailleur-preneur s’inscrit dans la durée. La rente de
monopole du crédit-bailleur sur les firmes privées de
financements par emprunt bancaire peut par ailleurs
expliquer une majoration du taux débiteur.
Si l’intérêt de cette étude réside dans l’approche plus
pragmatique des politiques d’offre de crédit-bail,
elle pourrait être prolongée et prendre appui sur des
mesures fines du rationnement de crédit : l’analyse
des déterminants du taux débiteur exigé par le
crédit-bailleur introduit l’existence d’une rente de
monopole du bailleur, sans pour autant l’isoler
complètement. Elle aurait pour origine le
rationnement en crédit bancaire, une situation
principalement identifiée dans notre étude par un
excès d’endettement et une probabilité de
défaillance plus importante. Une façon plus
immédiate de mesurer l’intensité du rationnement de
crédit serait de procéder par questionnaires ou
entretiens auprès des preneurs, d’évaluer si
l’indisponibilité du crédit bancaire est à l’origine de
leur choix de financement et de voir dans quelle
mesure le rationnement du crédit affecte le coût de la
source de financement alternative.
Annexe 1 : caractéristiques des entreprises présentes dans l’échantillon
Répartition sectorielle des entreprises Forme juridique Effectif salarié
Industries manufacturières 12 Société de Personnes 4 Entre 0 et 10 37
Entreprises de location 6
Transports 16 Société Anonyme 30 Entre 11 et 50 28
Bâtiment et travaux publics 12
Entreprises de services 14 Société à Responsabilité limitée 36 Entre 51 et 100 4
Entreprises du secteur agricole 4
Concessionnaires automobiles 4 Supérieur à 100 1
Commerce de détail 2
Annexe 2 : sélection des groupes d’entreprises
Nous fournissons des tests complémentaires basés sur un
découpage de la population globale selon l’ampleur du taux
débiteur, en considérant pour cette variable, d’une part le
dernier quartile, qui constitue le groupe d’entreprises
subissant les taux débiteurs les plus élevés et, d’autre part,
les trois premiers quartiles regroupant les firmes ayant des
taux plus bas. Nous faisons figurer ci-dessous pour ces deux
groupes d’entreprises, les valeurs moyennes des différentes
variables.
Statistiques descriptives
Le test de Wilcoxon – Mann Whitney permet de conclure à
des différences significatives entre les deux groupes
d’entreprises, pour toutes les variables considérées à
l’exception du ratio de couverture des frais financiers par
l’EBE et de l’ampleur de la trésorerie, attestant d’une
tarification basée sur l’examen de l’équilibre financier de la
firme (ampleur du levier d’endettement) et de sa capacité à
honorer ses décaissements contractuels.
Groupe 1 : 18 entreprises subissant les taux les plus élevés (dernier quartile)
Moyenne Médiane Écarttype Asymétrie Aplatissement Minimum Maximum
TA 9,533 8,543 9,533 2,623 6,371 7,763 18,965
FF/EBE 0,374 0,156 0,374 1,314-0,076 0,000 1,270
LEVIER 1,522 0,634 1,522 0,836-1,163 0,000 4,000
TRESO-0,137 0,036 0,137 1,363 5,348-4,200 7,500
CREMB 2,295 0,584 2,295 1,559 0,866 0,000 9,000
TAILLE 1,562 1,609 1,562 0,412-0,411 0,100 3,989
Groupe 2 : 52 entreprises subissant les taux les plus bas (3 premiers quartiles)
Moyenne Médiane Écarttype Asymétrie Aplatissement Minimum Maximum
TA 6,126 6,115 0,879-0,071-0,562 4,229 7,763
FF/EBE 0,279 0,115 0,406 1,789 1,797 0,000 1,270
LEVIER 0,797 0,365 1,075 1,908 3,071 0,000 4,000
TRESO 0,380 0,222 1,653 0,454 4,103-4,200 6,111
CREMB 3,413 1,235 3,564 0,779-1,268 0,000 9,000
TAILLE 2,473 2,639 1,242-0,470-0,778 0,100 4,654
Régression logistique
Les résultats du modèle logistique sont identiques au test
portant sur les groupes identifiés après partitionnement de la
population, puisque nous observons à nouveau que le levier
d’endettement constitue un facteur explicatif d’une
tarification élevée ; le coefficient de la variable “ frais
financiers sur EBE ” a le signe attendu mais n’est plus
significatif. De même, la probabilité de tarification élevée
décroît lorsque la vitesse d’obsolescence du bien est lente.
Rationnement de crédit et majoration du taux débiteur
Les “ t” de Student figurent entre parenthèses. La
signification des coefficients est symbolisée par des
étoiles. *** indique une signification au seuil de 1%, **
une signification au seuil de 5% et * au seuil de 10%.
Dans le cas du modèle logistique, le test de Wald permet
de tester la signification des coefficients. La statistique
de Wald est égale à : W V est =− β' 1 où βest représente les
coefficients estimés et V, la matrice de variancecovariance des coefficients estimés. Ce test est une
approximation asymptotique du test traditionnel de
Student. W représente en fait le carré du “ t ” de Student.
L’inférence dans la régression logistique reposera alors
sur le test classique de Student.
Probabilité que la firme appartienne au groupe d’entreprises subissant une tarification élevée du crédit-ba il =
Variables indépendantes TDE
C-0,194(-0,226)
*
OBS-1,301(-1,906)
-0,603
SPE (-0,902)
-1,154
LOYM (-1,480)
-0,254
RCLIENT (-0,311)
0,404*
LEVIER (1,644)
FF/EBE 0,672
(0,928)
TRESO-0,064
(-0,392)
Ratio de vraisemblance-33,892
Pourcentage de bon classement 0,757
Annexe 3 : constitution des groupes d’entreprises
Le partitionnement de la population globale repose sur une définition préalable du nombre de classes que nous avons fixé à 6.
Classe Effectif par classe
1 1
2 17
3 36
4 8
5 1
6 7
Annexe 4 : analyse de la variance inter et intraclasses
L’analyse de la variance inter et intraclasse pour les 5 variables de contrôle et le taux débiteur permet de mettre en évidence les
variables explicatives du regroupement des entreprises par classes distinctes et d’expliquer les différences entre les groupes
d’entreprises.
Moyennedes carrés F Signification
Inter-groupes 10,460 40,092 0,000
TA
Intra-groupes 0,261
Inter-groupes 2,227 69,736 0,000
FF/EBE
Intra-groupes 0,032
Inter-groupes 10,956 49,320 0,000
LEVIER
Intra-groupes 0,222
Inter-groupes 11,707 71,587 0,000
CREMB
Intra-groupes 0,164
Inter-groupes 5,687 8,973 0,000
TRESO
Intra-groupes 0,634
Inter-groupes 1,842 1,972 0,095
TAILLE
Intra-groupes 0,934
Annexe 5 : constitution des groupes d’entreprises
Groupe 1 : 17 entreprises de l’échantillon présentant des taux débiteurs plus élevés
Le groupe 1 est constitué des 17 firmes appartenant aux classes 1,4,5 et 6, identifiées comme subissant les taux débiteurs les
plus élevés, comparativement aux autres firmes constituant l’échantillon.
Moyenne Médiane Écarttype Minimum Maximum
TA 8,779 7,882 3,538 5,693 18,965
FF/EBE 0,821 1,27 0,556 0,01 1,27
LEVIER 1,824 1,199 1,675 0,000 4,000
TRESO-0,555-0,100 2,152-4,200 2,906
CREMB 2,105 0,651 2,859 0,000 9,000
TAILLE 1,926 2,197 1,376 0,693 3,989
Annexe 6 : résultats du test de Wilcoxon – Mann Whitney
Ce test non-paramétrique permet de vérifier l’existence d’une différence significative entre les médianes des deux groupes
d’entreprises pour les différentes variables de contrôle.
ptotique
U de Mann-Whitney Wde Wilcoxom Z Signification asym(bilatérale)
FF/EBE 187 1618-3,621 0,000
LEVIER 181 1612-3,695 0,000
TRESO 310 463-1,924 0,054
CREMB 297 450-2,118 0,034
TAILLE 375 528-1,044 0,297
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[(*)]
LABORES (URA 362) -Université Catholique de Lille.
Email : m
mcfilareto@ aol. com
[(1)]
La propriété du bien joue dans ce cadre un rôle actif, en
garantissant au crédit-bailleur un droit d’exclusivité sur le
matériel financé.
[(2)]
Comme le souligne Bruneau (2000), pour les créances
antérieures au jugement d’ouverture, le crédit-bailleur ne
récupère qu’un faible montant. Il trouve cependant la garantie,
dans sa qualité de propriétaire du bien loué qui lui permet de
revendiquer le bien, d’éviter la lenteur du processus de
défaillance et de recouvrer en partie sa créance.
[(3)]
Cinq entretiens ont été réalisés auprès de filiales de
crédit-bail durant la période de mars à juin 2000.
[(4)]
Lease
et alii (1990) montrent dans le cadre du marché
américain que la valeur de revente du bien en cas de défaut du
preneur réprésente en moyenne 37,8% du prix d’achat du bien.
Ramenée au montant des loyers restant dus (estimé à 59% de la
valeur d’achat du bien), la part recouverte par le crédit-bailleur
représente 64% du montant accordé. Pour comparaison,
Malécot (1992) sur le marché français estime que le taux de
recouvrement des créances bancaires est de l’ordre de 38%.
Lease
et alii (1990) montrent par ailleurs que 12 mois
s’écoulent entre la défaillance de la firme et le moment où le
crédit-bailleur recouvre sa créance par la revente de l’actif.
[(5)]
Sharpe (1990) a mis en évidence un phénomène de
« hold-up » dont l’origine est la rente informationnelle de la
banque principale qui interdit alors à une entreprise de se
dégager de la relation de clientèle sous peine de se voir refuser
un accord de crédit par les autres banques sollicitées. Ces
dernières interpréteront la rupture de la relation comme un
signal émis par la banque principale pour un mauvais risque.
[(6)]
Teurlai (2000) montre que le taux d’utilisation du
crédit-bail est d’autant plus important que l’entreprise est
petite.
[(7)]
Le taux appliqué à chaque opération de crédit-bail a été
recalculé en fonction des différents paramètres qui sont la
valeur initiale du bien, les redevances mensuelles, la durée
contractuelle et la valeur résiduelle, selon la formule suivante :
M représente la valeur initiale du bien,
VR la valeur résiduelle
négociée,
m la durée contractuelle exprimée en nombre de
mois et
Rt, les redevances mensuelles dont le montant peut
varier en fonction de la structure des redevances (dégressives
ou progressives). La variable
r constitue le taux de rentabilité
du crédit-bailleur, qui tel qu’il est calculé, fournit le taux
effectif global mensuel, à partir duquel nous avons recalculé le
taux équivalent annuel. Pour certains contrats, il existe des
premiers loyers majorés qui sont versés à terme à échoir et qui
viennent par conséquent minorer le montant du financement
alloué.
[(8)]
L’échantillon initial comportait trois entreprises présentant
des fonds propres négatifs et neuf entreprises ayant un EBE
négatif. Pour minimiser le risque de biais des résultats par les
valeurs extrêmes et aberrantes, nous avons choisi d’éliminer
les 3 entreprises présentant des fonds propres négatifs. De
même, nous avons privilégié cette mesure du levier
d’endettement plutôt que la mesure concurrente qui consiste à
rapporter les dettes au total passif. Si cette dernière permet de
borner le ratio entre 0 et 1, en l’absence de fonds propres
négatifs, elle présente l’inconvénient d’intégrer l’ensemble
des dettes d’exploitation et hors exploitation. De fait, elle ne
fournit pas une mesure directe de l’indépendance financière de
la firme vis-à-vis des institutions financières.
[(9)]
Nous avons vérifié au préalable que les entreprises retenues
dans l’échantillon présentaient toutes un fonds de roulement
positif pour mettre en place cette mesure.
[(10)]
Nous retenons la définition proposée par Gilson (1989) de
la défaillance qui se caractérise par une situation où
l’entreprise tombe sous le coup d’un redressement judiciaire
ou d’une liquidation ; la défaillance se distingue de la
difficulté financière qui concerne l’incapacité pour une
entreprise de faire face au paiement de ses dettes.
[(11)]
Bien que nous disposons de la marque de chaque matériel,
il est difficile d’intégrer cette dimension dans l’analyse, en
l’absence d’expertise dans la construction d’une échelle. Dans
l’étude économétrique, nous nous sommes limités dans
l’appréciation de la qualité du matériel aux deux facteurs cités
précédemment.
[(12)]
Les redevances dégressives concernent principalement
les opérations impliquant des montants importants.
[(13)]
Si l’entreprise bénéficie d’une reprise de son ancien
matériel par son fournisseur, elle peut verser le montant de la
reprise comme premier loyer majoré.
[(14)]
Un dernier élément va influencer le taux débiteur :
l’ampleur de la valeur résiduelle, qui représente la valeur du
capital non amorti par le paiement des loyers. En fait, plus la
valeur résiduelle sera importante et plus les redevances
diminueront, pour un taux débiteur inchangé. Cependant, plus
elle sera élevée et plus le risque à la sortie de l’opération sera
fort pour le bailleur; ce dernier peut alors majorer le taux, s’il
prend un risque de valeur résiduelle. En fait, la valeur
résiduelle consentie au locataire va dépendre à la fois de la
qualité du bien (déterminée par sa vitesse d’obsolescence et sa
spécificité) et de son risque de signature. Pour éviter de capter
d’éventuelles relations de colinéarité dans le modèle
économétrique, la valeur résiduelle ne sera pas intégrée parmi
les déterminants du taux débiteur exigé par le crédit-bailleur.
[(15)]
Ce constat repose sur un examen des coefficients
d’asymétrie.
[(16)]
Les tests d’inférence classiques (test de Fisher, Student..)
réalisés dans le modèle de régression reposent sur l’hypothèse
de normali té des er reurs. Cett e hypothèse n’est pas
indispensable afin d’obtenir des estimateurs sans biais mais
elle permet de mettre en place les tests statistiques. En
l’absence de normalité des résidus, il est alors délicat de
construire les tests d’hypothèse, comme celui du test de
Student qui repose sur cette hypothèse de normalité des
erreurs. Ces derniers ont par conséquent été réalisés par une
approche de type « bootstrap ». Flachaire (1999) en propose
une définition : «
Dans les modèles de régression, le principe
du bootstrap consiste à spécifier un processus générateur de
données en remplaçant les paramètres et distributions de
probabilités inconnus dans le modèle par des estimations
empiriques de ces derniers. La distribution de probabilité de la
statistique de test sous ce processus générateur de données est
appelée « loi bootstrap ». On calcule un test bootstrap ou une
probabilité en utilisant la loi bootstrap pour loi nominale. ».
[(17)]
L’index de conditionnement de Besley, Kuh et Welsch
(1980) est construit à partir de la matrice des produits croisés
des variables explicatives (
X’X). Il se définit comme la racine
carrée du rapport entre la plus grande valeur propre et la plus
petite valeur propre de la matrice (
X’X). Selon les propositions
de Besley, Kuh et Welsch (1980), lorsque l’index de
conditionnement est compris entre 10 et 30, il y a une
multicolinéarité modérée ; lorsque cet index dépasse 30, la
multicolinéarité est forte et peut biaiser alors les estimations
fournies par le modèle. Lorsqu’elle est importante, les
variables à l’origine du phénomène de colinéarité et les moins
explicatives du phénomène étudié doivent être supprimées
(Greene, 1997).
[(18)]
Le principe des méthodes de partitionnement est présenté
dans l’ouvr age de Thiétart R.A et collègues ( 1998),
« Méthodes de recherche en management », éditions Dunod,
535 pages.
[(19)]
Quel que soit le nombre prédéterminé de classes, nous
remarquons que les variables explicatives des différences
d’appartenance restent identiques.
[(20)]
La standardisation consiste à centrer et à réduire les
variables. Les nouvelles variables ainsi obtenues ont une
moyenne nulle et un écart type égal à l’unité.
[(21)]
Une variable est explicative de la différence existante
entre les entreprises de la classe considérée et les entreprises
appartenant aux autres classes si la statistique de Fisher est
élevée.
[(22)]
L’analyse de la variance inter et intraclasse pour la
variable TA (le taux débiteur) fait apparaître une différence
significative pour l’ensemble des 6 classes. La valeur de la
statistique de Fisher est reprise en annexe 4.
[(23)]
Les résultats du test sont repris en annexe 6. Ce test non
paramétrique permet de vérifier l’existence d’une différence
significative entre les médianes de deux échantillons
indépendants.
[(24)]
Nous avons supprimé la variable CREMB (capacité de
remboursement) dont le calcul peut être redondant avec les
autres variables permettant d’attester de la solidité financière
de la firme.
[(25)]
Nous avons également effectué ce test en découpant la
population globale selon l’ampleur du taux débiteur et nous
faisons figurer en annexe 2 les résultats obtenus. Ces tests
complémentaires portent sur les groupes de firmes constitués,
en considérant d’une part le dernier quartile, qui constitue le
groupe d’entreprises subissant les taux débiteurs les plus
élevés et les 3 premiers quartiles regroupant les firmes ayant
des taux plus bas. Les résultats fournis demeurent identiques au
test précédent ; les différences observées dans la politique de
tarification du crédit-bailleur reposent sur l’examen de la
solidité financière de l’entreprise : nous observons, pour le
modèle logistique, que le levier d’endettement constitue un
facteur explicatif d’une tarification élevée; le coefficient de la
variable « frais financiers sur EBE » a le signe attendu mais
n’est plus significatif. De même, la probabilité de subir des
taux élevés décroît lorsque la vitesse d’obsolescence du bien
est lente.
[(26)]
Pour Davidson et MacKinnon (1993), cette régression
fournit à la fois un test de sélection de l’échantillon et une
technique d’estimation : la significativité du coefficient du
régresseur de sélection va être estimée classiquement par un
test de Student. Selon ces auteurs, même lorsque la nullité du
coefficient du régresseur de sélection ne peut être acceptée,
l’utilisation des moindres carrés fournit des estimations
convergentes.
[(27)]
L’examen des coefficients de corrélations partielles
calculés en différenciant les deux groupes d’entreprises faisait
apparaître une corrélation significative entre les variables OBS
et RCLIENT (coefficient égal à 0,4081) et les variables OBS et
LOYM (coefficient égal à 0,2672). Par contre, les variables
OBS et SPE ne présentaient aucune corrélation significative
(coefficient égal à 0,0125), ce qui nous a conduit à les
conserver dans la régression et à exclure les variables
RCLIENT et LOYM.