Economie & prévision 2006/1
Economie & prévision
2006/1 (no 172)
162 pages
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Vous consultezStructure et comportement des entreprises exportatrices françaises [1] [1] Cet article est reproduit du DPAE n° 102 – mars...
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AuteursNila Ceci du même auteur

Bruno Valersteinas du même auteur


1 En 2004,108 000 entreprises exportatrices ont été recensées en France. Les PME françaises indépendantes constituent le principal contingent (79% des entreprises), mais leur contribution au chiffre d’affaires total est faible : 15% de nos exportations. A contrario, les entreprises étrangères (9% des exportateurs) et les groupes français (6%) assurent l’essentiel des ventes : 45% et 39% en 2004.

2 Le nombre global d’entreprises exportatrices ne doit pas occulter un taux de rotation important des firmes chaque année : entre 1995 et 2002, plus de 450 000 entreprises différentes ont exporté, mais seulement 40 000 ont opéré chaque année. Il reste que les opérateurs « réguliers » réalisent l’essentiel de notre commerce extérieur (97% en 2004).

3 108 000 entreprises exportatrices en 2004 : ce nombre représente 4% des entreprises implantées en France (2,5 millions). Cette faible proportion masque des situations différenciées : plus les firmes sont de taille importante, plus la probabilité qu’elles exportent est forte. Ainsi, près de 70% des entreprises de plus de 250 salariés sont exportatrices (96% dans le seul secteur industriel), contre 22% des PME comptant de 10 à 249 salariés, et 2% des micro-entreprises.

4 La proportion d’exportateurs au sein des PME est du même ordre de grandeur qu’en Italie ou aux États-Unis (4%), mais plus faible qu’en Allemagne (11%). Ces écarts sont largement dus aux différences de structure des tissus micro-économiques : la part des PME de plus de 10 employés dans le total des PME est près de deux fois inférieure en France qu’en Allemagne.

5 La taille contraint en particulier la conquête des marchés lointains, surtout quand ils sont en développement. En 2003, les PME exportant vers les marchés émergents proches (47 000 en 2003) étaient deux fois plus nombreuses que vers les pays développés lointains, et près de trois fois supérieures aux entités opérant dans les marchés en développement lointains.

6 L’enjeu pour la politique économique est triple : favoriser la croissance des entreprises, ou à tout le moins la mutualisation de leur moyens; encourager les petites entreprises à gagner une expérience à l’exportation, sur les marchés de proximité; soutenir les entreprises de taille « intermédiaire », déjà actives à l’export, à conquérir les marchés lointains à potentiel..

1. Les PME exportatrices contribuent faiblement aux exportations françaises

1.1 Un appareil exportateur concentré

7 108 000 opérateurs basés enFrance ontexporté en 2004[2] [2] La présente étude s’appuie sur des données des Douanes...
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. L’appareil exportateur français est toute-fois concentré sur un nombre restreint d’entités :en 2004, les 8 premières entreprises à l’exportation ont assuré 13% des ventes françaises de marchandises – 10%des exportateurs réalisant 95% des ventes.

8 Une telle concentration n’est pas une anomalie. L’appareil exportateur français est en particulier moins concentré que son équivalent américain : alors que le nombre d’exportateurs aux États-Unis est environ deux fois plus élevé qu’en France, les 8 premiers exportateurs ont réalisé 14½% des ventes américaines en 2001, les 100 premiers 41% (36% en France).

1.2 Les PME françaises indépendantes, dominantes par le nombre, assurent seulement 15% des exportations de la France

9 Les PME françaises et indépendantes constituent le principal contingent d’exportateurs représentant près de 80% des entreprises opérant depuis la France, mais leur part dans les exportations françaises reste modeste en valeur : 15% en 2004. A contrario, les entreprises étrangères (9% des exportateurs) et les groupes français (6%) assurent l’essentiel des exportations : 45% et 39% respectivement en 2004. L’ensemble des statistiques est rassemblé dans le tableau 1.

1.3 L’appareil exportateur : un ensemble instable, avec un turnover élevé

10 Chaque année, des entreprises nouvelles sont actives à l’international, d’autres cessent de l’être : le taux de rotation est important au sein des exportateurs. En 2004, seules 73% des entreprises exportatrices avaient exporté en 2003. De fait, depuis 2000, le turnover au sein de la population exportatrice a varié entre 27 et 30%.

11 Une telle instabilité s’explique pour partie par les fluctuations de la demande et par la vulnérabilité des opérateurs aux aléas de la conjoncture. Mais elle reflèt e également l a divers ité des « formes d’exportation » : opérations ponctuelles, accompag nement de clients (gran des entreprises notamment), jusqu’au courant d’échanges régulier.

12 Corollaire, le nombre d’entreprises ayant une expérience à l’exportation est nettement supérieur aux 110 000 entités recensées en 2004 : entre 1995 et 2002, plus de 430 000 entreprises ont exporté au moins une fois. Mais à l’autre limite du spectre, les entreprises ayant une activité régulière à l’international constituent un champ limité : environ 40 000 entités ont exporté chaque année entre 1995 et 2002[3] [3] Sous réserve des changements de numéro SIREN intervenus...
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.

...
structure de l’appareil exportateur français vs américain (en % des exportations totales)

structure de l’appareil exportateur français vs américain (en % des exportations totales)

Tableau 1  - répartition des exportations selon le type d’entreprises en 2004 (données provisoires )

Tableau 1 : répartition des exportations selon le type d’entreprises en 2004 (données provisoires ) Nombre CA export % Mds euros % Entreprises étrangèresa 10 155 9,4 149,6 45,0 Grandes entreprises françaisesb 6 223 5,8 128,2 38,6 PME françaises indépendantesc 85 107 79,0 50,6 15,2 Non renseigné 6 254 5,8 4,0 1,2 ENSEMBLE 107 739 100,0 332,4 100,0 a. Y compris les entreprises françaises contrôlées par des groupes étrangers (critère de contrôle majoritaire). b. Entreprises françaises de plus de 250 salariés, y compris les groupes publics et privés français et leurs filiales de toutes tailles (critère de contrôle majoritaire par un seul groupe). c. Les PME organisées en micro-groupes (ie. groupes totalisant moins de 500 salariés) sont ici assimilées à des PME indépendantes. Source : Douanes, INSEE LIFI-Diane, calculs DGTPE.

13 Il reste que les opérateurs « réguliers » réalisent l’essentiel de notre commerce extérieur (en 2004 97% des exportations étaient le fait d’entreprises exportatrices en 2003) : les opérateurs irréguliers sont en moyenne de petits exportateurs, dont la contribution au commerce extérieur de la France est marginale.

2. La capacité des entreprises françaises à exporter est limitée par leur faible taille moyenne

2.1 L’extraversion des entreprises françaises est plus faible qu’en Allemagne …

14 Le faible nombre d’entreprises exportatrices est parfois évoqué pour expliquer les pertes de parts de marché de la France à l’exportation : insuffisamment développé, l’appareil exportateur ne permettrait pas au commerce extérieur français de tirer parti des accélérations de la demande mondiale.

15 De fait, les exportateurs recensés en France représentent à peine plus de 4% du total des entreprises. Un tel ratio est-il faible ? Il est en fait du même ordre de grandeur en Italie, aux États-Unis, en Nouvelle-Zélande. En revanche, il est sensiblement plus élevé en Allemagne (11% en 1999 d’après le Institut für Mittelstandforschung).

2.2 … en lien avec la faible proportion des entreprises de taille moyenne dans le tissu micro-économique français

16 Cet écart est largement le reflet des différences destructure des tissus micro-économiques : en France, les PME qui ont une taille critique pour exporter représentent une part plus faible des PME qu’ne Allemagn. Ainsi, les PME d’effectifs compris entre 10 et 249 employés représentent à peine 7% des PME, contre près de 12% en Allemagne (données 2003). Ces écarts sont plus marqués dans la seule industrie manufacturière : 16% en France contre 34% en Allemagne, en 2003, d’après Eurostat.

17 Or, plus les firmes sont de taille importante, plus la probabilité qu’elles exportent est élevée[4] [4] Cfr. Wagner, Joachim (1995) : «Exports, Firm Size,...
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 : en France, près de 70% des entreprises de plus de 250 salariés ont été exportatrices en 2003 (96% dans le seul secteur industriel), contre 22% des PME comptant de 10 à 249 salariés et 2% des micro-entreprises (moins de 10 salariés). C’est que la taille confère des avantages, bien identifiés par la littérature économique : effectifs, surface financière, organisation, accès à l’information, conditions de financement, économies d’échelle, respect des certifications mondiales[5] [5] J. D. , G. N. Harben & W. A. Ward. (2003) : «How...
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18 Une telle propriété n’est pas spécifique à la France : dans l’Union Européenne à 15, en 2000, 19% des PME européennes d’effectifs inférieurs à 10 salariés étaient exportatrices, contre 46% des PME d’effectifs supérieurs à 50 salariés (63% dans la seule industrie manufacturière)[6] [6] Les données ne sont pas stricto sensu comparables, la présente...
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. Au Canada, en 2002, 1,4% des petites entreprises (c’est-à-dire de moins de 100 salariés) étaient exportatrices, 27% des entreprises moyennes (effectifs compris entre 100 et 499 salariés) et 38% des grandes entreprises (plus de 500 salariés).

Tableau 2  - proportion d’entreprises exportatrices de biens au sein des PME européennes (en 2000, en %)

Tableau 2 : proportion d’entreprises exportatrices de biens au sein des PME européennes (en 2000, en %) Effectifs % des PME du secteurmanufacturier % du totaldes PME % desexportations 0 - 9 19 19 26 10 - 49 43 32 24 50 - 249 63 46 32

Tableau 3  - proportion d’entreprises exportatrices de biens au sein des entreprises implantées sur le territoire français (en %)a

Tableau 3 : proportion d’entreprises exportatrices de biens au sein des entreprises implantées sur le territoire français (en %)a Secteur d’activité principale Grandes entreprises :250 salariés et plus PME : 0 à 249salariés dont PME d’aumoins 10 salariés dont micro-entreprises(moins de 10 salariés) Ensemble Industries Agro-alimentaires 88,6 4,5 27,7 1,5 5,1 Industries hors IAA 95,5 16,2 50,0 7,4 17,1 Construction 41,2 0,6 3,7 0,3 0,6 Commerce 75,4 7,2 31,5 5,3 7,4 Transports 41,4 2,8 13,5 1,3 3,0 Activités Immobilières 18,8 1,2 2,0 1,2 1,2 Services aux entreprises 31,8 2,0 10,0 1,4 2,1 Services aux particuliers 29,9 0,4 2,0 0,4 0,5 Education, santé, action sociale 68,6 0,2 3,5 0,1 0,2 Ensemble 68,2 3,7 22,5 2,3 3,9 a. Ce tableau se limite au champ des entreprises non agricoles et non financières, ce qui exclut quelque 8 200 entreprises exportatrices. Par ailleurs, près de 4 500 entreprises exportatrices sont exclues, leur activité étant inconnue.

2.3 Pour autant, la taille ne constitue pas un obstacle rédhibitoire à l’exportation

19 Le comportement à l’exportation dépend également de multiples facteurs autres que la taille,telles que les spécificités du secteur d’activité, de la firme (âge, qualité de la main-d’œuvre, etc.) et du management (expérience et appétence pour l’international, connaissance des langues, etc.).

20 Ainsi, la proportion d’entreprises exportatrices est variable selon les secteurs : d’après une étude sur données françaises, 55% des entreprises dans l’industrie de lachimie étaientexportatrices en1986, 30% dans le secteur des équipements électriques et électroniques, mais 17% dans l’industrie des produits métalliques et 12% dans le secteur de l’édition et imprimés[7] [7] J. Eaton, S. Kortum, F. Kramarz (2004) : « Dissecting...
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.

21 Enfin, si la probabilité d’exporter croît avec la taille, les études qui ont analysé le rôle de la taille dans le succès à l’exportation ont donné des résultats contradictoires[8] [8] Mittelstaedt JD, Ward WA (2003) : « Location, Firm...
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; en particulier, le lien entre « degré d’ouverture » des firmes (part des exportations dans le chiffre d’affaires) et taille reste incertain[9] [9] Selon une étude portant sur les exportateurs réguliers...
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, variable notamment selon les secteurs[10] [10] Voir « Les PME en Europe en 2003 », Observatoire des...
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.

3. Les entreprises de petite taille et peu expérimentées à l’international sont moins enclines à se projeter sur les marchés lointains

22 Sans préjuger du succès des firmes à l’exportation, une taille importante accroît leur probabilité d’export er. Cette co nd iti on est d’autant plu s déterminante que l’activité d’exportation comporte des coûts fixes, et pas seulement variables (barrières non tarifaires versus barrières tarifaires par exemple).

23 Dans ce cadre théorique, les économies étrangères ne constituent pas un tout homogène : l’enjeu est différencié selon le degré d’accessibilité des marchés. Aussi est-il pertinent de se demander dans quelle mesure l’orientation géographique des exportations est liée à la taille des firmes.

24 En effet, l’accès aux marchés est d’autant plus difficile que la distance (géographique, mais aussi culturelle, historique, linguistique) est élevée, l’environnement des affaires moins sécurisé et le cadre macro-économique plus risqué. Ces conditions invitent à considérer l’économie mondiale comme un ensemble composé de marchés différents, classés ici selon deux critères : développés ou en développement, proches ou lointains.

25 La pertinence de cette catégorisation est doublement confirmée :

  • par la structure du commerce extérieur de la France. On sait que les exportations françaises s’étagent sur trois cercles, le premier constitué du marché européen, le second des marchés de proximité (Afrique, PMO et PECO) - deux cercles sur lesquels la présence française est forte en termes relatifs - et le troisième des marchés lointains (Asie, Amérique du Nord et du Sud) - sur lesquels la présence de la France est faible.
  • par la concentration géographique des exportations mondiales. La taille conditionne le nombre de marchés vers lesquels l’entreprise exporte[11] [11] Cf. « The impact of size on internationalization »,...
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    . Aux États-Unis, 62% des PME (effectifs inférieurs à 500 salariés) exportaient vers un seul pays en 2002 - en majorité le Canada - 5% seulement vers plus de 10 pays; a contrario, 52% des grandes entreprises exportatrices (effectifs supérieurs à 500 salariés) opéraient sur plus de 5 marchés[12] [12] Cf. « Small & Medium-sized exporting companies :...
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    .

26 L’enjeu est d’autant plus important pour la France[13] [13] Cf. Valersteinas, B. (2005) « Performances de la France...
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que les pays en développement et lointains
- vers lesquels ses exportations sont faibles en termes relatifs - ont enregistré les taux de croissance les plus dynamiques au cours des deux dernières décennies.

3.1 Plus que les grandes entreprises françaises, la structure géographique des exportations des PME indépendantes est dominée par les marchés de proximité et les pays développés

27 Le tropisme régional des exportations (les échanges sont d’autant plus intenses que les partenaires sont proches) est plus accusé pour les PME que pour les grandes entreprises françaises[14] [14] Le champ d’étude exclut ici les entreprises étrangères,...
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 : ainsi, l’Europe occidentale et l’Afrique drainent ensemble 76% des ventes des PME indépendantes (respectivement 66 et 10%), alors que ces zones absorbent 68% des exportations des grandes entreprises françaises. A contrario, la part des exportations des PME destinées aux pays lointains (Asie, Amérique du Nord et du Sud - soit 15%) est inférieure à celle des grandes entreprises françaises (20%).

28 Autrement dit, la part des PME indépendantes dans les exportations des entreprises françaisesest d’autant plus élevée que les marchés clients sont proches de la France (en termes géographiques, culturels et historiques) ou de niveau de développement équivalent :

  • les PME réalisent 33% des exportations vers les pays développés proches (hors UE[15] [15] Les comparaisons qui suivent excluent l’Union européenne...
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     ), 28% vers les pays en développement proches, 22% vers les pays développés lointains et 19% vers les pays en développement lointains;
  • les PME actives vers les marchés en développe ment proches (47 000 en 2003) sont deux fois plus nombreuses que les PME qui exportent vers dans les pays développés lointains (23 000) et près de trois fois plus que les PME exportant vers les marchés en développement lointains (17 000)

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part des PME indépendantes dans les exportations des entreprises françaises selon la zone

part des PME indépendantes dans les exportations des entreprises françaises selon la zone

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répartition géographique des exportations des PME françaises indépendantes

répartition géographique des exportations des PME françaises indépendantes

Tableau 5  - part des exportations françaises réalisée

Tableau 5 : part des exportations françaises réalisée par les PME en 2003, selon le type de marché destinataire, hors UE à 15 Pays proches Pays lointains Pays développés 33% 22% Pays en développement 28% 19% Lecture : Les PME réalisent 33% du chiffre d’affaires des firmes françaises dans les pays développés proches,et 22% du chiffre d’affaires des firmes françaises dans les pays développés lointains.

3.2 Exporter vers les marchés lointains, apanage des entreprises de taille suffisante et expérimentées à l’international

29 Une taille critique (mesurée par l’effectif) peutêtre dégagée, au-delà de laquelle la part des firmes[16] [16] Une firme s’entend ici comme le regroupement des entreprises...
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dans le commerce extérieur de la France vers les pays lointains, est proche ou supérieure à leur part dans les exportations vers les marchés proches. Cette taille, établie empiriquement, est de 20 salariés pour les firmes exportant vers les pays développés lointains, et de 100 salariés pour les entités opérant dans les pays en développement lointains.

Tableau 4  - nombre et chiffre d’affaires des firmes exportatrices françaises par zone d’exportation hors UE15 en 2003

Tableau 4 : nombre et chiffre d’affaires des firmes exportatrices françaises par zone d’exportation hors UE15 en 2003 Nombre de firmes françaises CA exports dans la zone CA moyen par firme française Zone d’exportation Mds euros Milliers d’euros Pays en développement proches 46 505 27,8 878 Pays développés lointains 23 451 18,1 1 197 Pays en développement lointains 16 879 16,0 1 383 Source : Douanes, INSEE LIFI-Diane, calculs DGTPE-pôle AESI.

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écarts à la moyenne du chiffre d’affaires des firmes françaises selon le type de marché et la taille des exportateurs

écarts à la moyenne du chiffre d’affaires des firmes françaises selon le type de marché et la taille des exportateurs

30 De même, le comportement à l’exportation des firmes est lié à leur expérience à l’international. Cette évaluation demande toutefois des précautions méthodologiques.

31 Le nombre de pays d’exportation est en effet un indicateur potentiellement pertinent de la maturité à l’international des firmes. Mais il est biaisé par la taille des zones d’exportation : plus le marché client est important, plus le nombre d’exportateurs sera, toutes choses égales d’ailleurs, élevé - et plus la proportion de petits exportateurs présents dans peu de pays est forte.

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nombre de pays d’exportation des firmes françaises exportant en dehors de l’UE à 15 en 2003

nombre de pays d’exportation des firmes françaises exportant en dehors de l’UE à 15 en 2003

32 Un indicateur de maturité à l’international qui corrige cet effet de taille a donc été construit. Cet indicateur est calculé comme la moyenne du nombre de pays d’exportation des firmes exportatrices vers un type de pays donné, pondérée par le chiffre d’affaires à l’exportation de chaque firme vers ces pays. Le résultat obtenu sur le monde hors UE à 15 est alors la moyenne des résultats obtenus sur chacun des quatre type de pays, pondérée par le chiffre d’affaires des entités françaises vers ces pays. L’indicateur est ensuite normé pour avoir un ordre de grandeur comparable à la moyenne non pondérée du nombre de pays d’exportation.

33 L’analyse montre alors que les firmes actives dans les pays en développement lointains sont les plus expérimentées à l’exportation, devant les firmes opérant dans les pays développés lointains, les pays en développement proches et enfin les pays développés proches.

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indicateur de maturité à l’international des firmes françaises exportant en dehors de l’UE à 15 en 2003 (corrigé de la taille des marchés)

indicateur de maturité à l’international des firmes françaises exportant en dehors de l’UE à 15 en 2003 (corrigé de la taille des marchés)

Conclusion

34 108 000 exportateurs ont été recensés en 2004, mais cet ensemble constitue une population hétérogène. Ainsi, un tiers des exportateurs sont irréguliers - n’exportant pas deux années de suite, pour des montants faibles en termes relatifs : de fait, l’appareil exportateur français est concentré sur un nombre restreint d’opérateurs réguliers. Surtout, selon leur taille, le comportement des firmes à l’exportation est différencié : en deçà de seuils critiques de taille et d’expérience à l’international, elles privilégient les marchés de proximité, les zones éloignées restant dans l’ensemble l’apanage des grandes entreprises, déjà développées à l’international.

35 Ces constats sont porteurs d’enjeux pour le commerce extérieur de la France dont on sait qu’il pâtit, par comparaison avec l’Allemagne, d’un nombre insuffisantd’opérateurs et d’uneprésence faible sur les marchés lointains en forte croissance. En amont, ils renvoient à la structure du tissu micro-économique français : alors que la probabilité d’exporter croît avec la taille, l’appareil économique français reste atomisé, dominé par les micro-entreprises. Sans préjuger des spécificités des secteurs et des firmes, l’enjeu de politique économique est triple : favoriser la croissance des entreprises, ou à tout le moins la mutualisation de leur moyens; encourager les petites entreprises à gagner une expérience à l’exportation, sur les marchés de proximité; soutenir les entreprises de taille « intermédiaire », déjà actives à l’export, à conquérir les marchés lointains à potentiel.

 

Notes

[ 1] Cet article est reproduit du DPAE n° 102 – mars 2006.Retour

[ 2] La présente étude s’appuie sur des données des Douanes françaises pour l’année 2004, croisées avec des statistiques de l’INSEE recensant les liaisons financières entre entreprises (LIFI). Les données ici commentées diffèrent des chiffres publiés par les Douanes, à double titre : Pour des raisons statistiques : d’une part, un seuil d’exportations de 1 000 euros par entreprise, pays destinataire et produit, est ici imposé à la fois pour le commerce intracommunautaire et pour le commerce extracommunautaire (seuil de l’année 2003, réévalué chaque année pour tenir compte de l’évolution des prix); d’autre part, les statistiques des Douanes excluent le commerce intracommunautaire tombant sous le seuil des 100 000 euros (déclaration facultative). La base LIFI / Douanes permet d’isoler les PME indépendantes des PME filiales de grandes entreprises (ici intégrées dans la catégorie des « grandes entreprises françaises »). Cette distinction est importante car l’appartenance à un groupe confère des moyens et soutiens à l’exportation que n’ont pas les entreprises indépendantes de même taille. Toutefois, pour des raisons techniques, seules les entreprises détenues à plus de 50% par un groupe ont pu être isolées. Retour

[ 3] Sous réserve des changements de numéro SIREN intervenus au cours de la période. Retour

[ 4] Cfr. Wagner, Joachim (1995) : «Exports, Firm Size, and Firm Dynamics», Small Business Economics, 7(1), 29-40, et (2001) : «A Note on the Firm Size-Export Relationship», Small Business Economics, 17(4), 229-237. Retour

[ 5] J. D., G. N. Harben & W. A. Ward. (2003) : «How Big is Big Enough? Firm Size as a Barrier to Exporting», Journal of Small Business Management, 41(1). Dans cette étude, les auteurs, s’appuyant sur des données d’entreprises basées en Caroline du Sud, concluent qu’en deçà de 20 employés, l’entreprise est trop petite pour exporter.Retour

[ 6] Les données ne sont pas stricto sensu comparables, la présente étude retenant, pour les PME, un critère d’indépendance, et non seulement un critère de taille.Retour

[ 7] J. Eaton, S. Kortum, F. Kramarz (2004) : « Dissecting Trade : Firms, Industries, and Export Destinations », American Economic Review, Papers and Proceedings, 93. Ces ratios reflètent toutefois en partie les écarts de concentration entre les secteurs.Retour

[ 8] Mittelstaedt JD, Ward WA (2003) : « Location, Firm Size and International Trade : Simultaneous Measurement of the Effects of Internal and External Scale Economies on Exporting », Clemson University Center for International Trade, Working Paper 0030115.Retour

[ 9] Selon une étude portant sur les exportateurs réguliers en Australie (actifs à l’international de 1994/95 à 1997/98), la corrélation entre ventes sur le marché domestique et ventes à l’exportation n’est pas significative et, surtout, la corrélation entre ventes sur le marché domestique et la part des exportations dans le chiffre d’affaires est négative, voir Gabbitas, O. and Gretton, P. (2003) : « Firm Size and Export Performance : Some Empirical Evidence », Productivity Commission Staff Research Paper, Canberra.Retour

[ 10] Voir « Les PME en Europe en 2003 », Observatoire des PME européennes, Commission européenne, n°7.Retour

[ 11] Cf. « The impact of size on internationalization », Journal of Small Business Management, Oct, 1993.Retour

[ 12] Cf. « Small & Medium-sized exporting companies : a statistical handbook », International Trade Administration, Manufacturing and Services, Office of Trade and Industry Information, June 2005Retour

[ 13] Cf. Valersteinas, B. (2005) « Performances de la France à l’international : état des lieux et enjeux à moyen terme », DPAE n°79.Retour

[ 14] Le champ d’étude exclut ici les entreprises étrangères, la répartition de leurs exportations étant influencée par leur pays de contrôle Retour

[ 15] Les comparaisons qui suivent excluent l’Union européenne à 15. Les méthodologies d’enregistrement des flux commerciaux par les Douanes, conformément à la réglementation européenne, diffèrent en effet selon que les échanges sont réalisés au sein de l’UE ou en dehors. Restreindre l’analyse aux seuls échanges extra-européens vise ainsi à raisonner sur un champ statistiquement homogène. Retour

[ 16] Une firme s’entend ici comme le regroupement des entreprises d’un même groupe. Toute firme est donc par définition indépendante et son effectif est la somme des effectifs de ses entreprises.Retour

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POUR CITER CET ARTICLE

Nila Ceci et Bruno Valersteinas « Structure et comportement des entreprises exportatrices françaises », Economie & prévision 1/2006 (no 172), p. 141-147.
URL :
www.cairn.info/revue-economie-et-prevision-2006-1-page-141.htm.