Economie & prévision 2009/1
Economie & prévision
2009/1 (n° 187)
192 pages
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Vous consultezLes apports de la micro-simulation aux modèles d’équilibre général : application au cas de l’Afrique du Sud

AuteurNicolas Hérault[(*] [(*] Melbourne Institute of Applied Economic and Social Research,...
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du même auteur


1 L’évaluation des effets des politiques économiques se heurte à de nombreuses difficultés. En particulier, les politiques économiques, le plus souvent à caractère macroéconomique, affectent les acteurs économiques par différents aspects et à travers divers canaux de transmission. Ces effets ne vont pas toujours dans la même direction, de sorte que l’impact final reste difficile à évaluer. C’est dans ce cadre que l’utilisation des modèles d’équilibre général calculable (MEGC) s’est généralisée depuis les années quatre-vingt-dix. En effet, malgré leurs propres limites, ces derniers restent particulièrement appropriés pour étudier les répercussions des politiques macroéconomiques sur un pays et son économie. En particulier, ces modèles ont été très largement utilisés afin d’étudier l’impact des politiques de libéralisation commerciale dans les pays en voie de développement. Leur principal avantage est de permettre la prise en compte de diverses interactions économiques, et notamment les interactions sectorielles. En cela, ils sont plus satisfaisants que les analyses en équilibre partiel.

2 Cependant, les analyses en équilibre général se réalisent encore au prix d’un certain nombre de simplifications. En particulier, du fait de l’utilisation de ménages représentatifs, l’hétérogénéité des ménages est largement ignorée. Pourtant, la plupart des politiques économiques ont des effets microéconomiques ambigus. Chaque politique produit en général son lot de gagnants et de perdants alors que, dans un même temps, d’autres ménages peuvent ne pas être affectés. Par exemple, la suppression des droits de douane sur le textile peut avoir des effets négatifs sur les travailleurs de ce secteur, tout en générant une augmentation du pouvoir d’achat pour beaucoup de ménages.

3 Les modèles tels que les MEGC sont en général incapables de répondre à ces préoccupations car ils incorporent un nombre nécessairement limité de ménages représentatifs. Cela signifie que des hypothèses fortes doivent être posées à l’égard de la répartition intra-groupe des revenus. Plus précisément, il doit être décidé si cette répartition reste fixe ou évolue de manière exogène. Or il se trouve que la plus forte part de la variance des revenus se trouve généralement au niveau intra-groupe. Cogneau et alii (2003) soulignent le fait que, « quelle que soit la finesse de la typologie de ménages utilisée, l’analyse descriptive des distributions de revenu empiriques montre que l’inégalité intra-groupe représente toujours au moins la moitié de l’inégalité totale observée ». En tout état de cause, l’important niveau d’agrégation des MEGC implique qu’ils ne sont généralement pas capables d’identifier les gagnants et les perdants des réformes au niveau des ménages. Ainsi, Savard (2004) note que, dans le cadre de l’analyse de la pauvreté et des inégalités, « il est vraisemblable que l’utilisation d’un modèle à agent représentatif, incapable de générer la variance intra-groupe [des revenus], mène à des conclusions biaisées. »

4 Une solution envisagée pour remédier à ce problème consiste à faire appel aux techniques de micro-simulation, dont le principal atout réside dans la prise en compte de l’hétérogénéité des ménages et des individus, via l’utilisation de toutes les informations disponibles dans les enquêtes auprès des ménages. Si l’on reprend l’exemple de la suppression des droits de douane sur le textile, un modèle de micro-simulation (MMS) peut être utilisé pour déterminer comment les variations des prix et des salaires affectent chaque ménage. Le problème est que de tels modèles fonctionnent généralement en équilibre partiel. En ce sens, ils ne sont pas capables de déterminer comment la nouvelle politique affectera les prix, l’emploi et les salaires. Un MEGC serait l’outil approprié pour ce type d’analyse.

5 Au vu des limites intrinsèques des approches en équilibre général et des outils de micro-simulation, leur combinaison apparaît comme une solution permettant d’allier leurs avantages, tout en minimisant leurs lacunes respectives. Ainsi, il est possible de proposer un outil autorisant l’étude des effets microéconomiques des politiques économiques. C’est dans ce cadre, et dans la lignée des travaux de Robilliard et alii (2001) et Savard (2004), que cet article se propose d’examiner les apports de la micro-simulation aux analyses en équilibre général. En l’occurrence, il s’agit de montrer comment l’analyse en équilibre général peut être enrichie par l’utilisation d’un modèle de micro-simulation. L’application de ces deux approches, de manière séquentielle, à l’étude des effets de la libéralisation commerciale en Afrique du Sud en fournit une illustration.

6 L’analyse permet de dégager quelques enseignements d’ordre général quant aux divergences entre les résultats du MEGC et ceux du MMS, en ce qui concerne l’impact sur les ménages. Elles ont essentiellement deux sources : les incohérences entre les données microéconomiques et les données macroéconomiques, mais surtout, l’agrégation des ménages et l’adoption d’hypothèses simplificatrices dans le MEGC, en opposition à la prise en compte de l’hétérogénéité des ménages et des individus dans le MMS. Ces divergences peuvent se traduire par d’importantes différences dans les résultats, confirmant l’idée selon laquelle le MEGC est très peu approprié à l’étude des problématiques liées à la distribution des revenus.

7 En ce sens, ces travaux confirment ceux de Robilliard et alii (2001), ainsi que ceux de Agénor et alii (2004), Bussolo et Lay (2003) et Savard (2004), en soulignant les différences potentielles entre les conclusions tirées à partir de modèles basés sur des ménages représentatifs, comme les MEGC, et celles issues de modèles basés sur des enquêtes auprès des ménages, comme les MMS. Les divergences peuvent être substantielles, sans qu’il soit possible, a priori, de connaître leur ampleur ou leur nature.

8 Notons que, dans cette analyse, l’utilisation du MEGC et du MMS se fait de manière séquentielle, l’information transitant du MEGC vers le MMS. Or l’absence de communication du MMS vers le MEGC constitue une limitation évidente, de nature à amplifier les divergences entre les deux modèles.

9 Il reste que, de manière générale, la micro-simulation apparaît clairement comme un outil complémentaire des analyses menées en équilibre général. Elle autorise une analyse beaucoup plus fine des changements dans la distribution des revenus et permet de corriger les biais issus de l’utilisation de ménages représentatifs dans le MEGC. Or étant donné l’importance des questions liées à la pauvreté et aux inégalités dans nombre de PED, il est de première importance d’évaluer, avec le plus de précision possible, les effets des politiques économiques en termes de distribution des revenus. Cela implique notamment la prise en compte explicite des caractéristiques spécifiques des ménages et des individus les plus pauvres.

10 L’utilisation des modèles d’équilibre général calculable (MEGC) s’est généralisée depuis les années quatre-vingt dix. En effet, bien que ces derniers aient leurs propres limites, ils restent particulièrement appropriés pour étudier les répercussions des politiques macroéconomiques sur un pays et son économie. En particulier, ils ont été très largement utilisés afin d’étudier l’impact des politiques de libéralisation commerciale dans les pays en voie de développement (PED). Leur principal avantage est de permettre la prise en compte de diverses interactions économiques et notamment les interactions sectorielles. Ils sont aussi plus satisfaisants que les analyses en équilibre partiel. Ces dernières peuvent conduire à des évaluations quantitatives très différentes, car elles ignorent nombre d’interactions et d’effets de second ordre (ou effets de feedback). Au contraire, les MEGC donnent une vue d’ensemble des canaux par lesquels passe la mise en œuvre d’une politique.

11 Cependant, les analyses en équilibre général se réalisent encore au prix d’un certain nombre de simplifications. En particulier, du fait de l’utilisation de ménages représentatifs, l’hétérogénéité des ménages est largement ignorée. Pourtant, la plupart des politiques économiques ont des effets microéconomiques ambigus. Chaque politique produit en général son lot de gagnants et de perdants alors que, dans un même temps, d’autres ménages peuvent ne pas être affectés. Par exemple, la suppression des droits de douane sur le textile peut avoir des effets négatifs sur les travailleurs de ce secteur, tout en générant une augmentation du pouvoir d’achat pour beaucoup de ménages. Les modèles tels que les MEGC sont, en général, incapables de répondre à ces préoccupations, car ils incorporent un nombre nécessairement limité de ménages représentatifs. Cela signifie que des hypothèses fortes doivent être posées à l’égard de la répartition intra-groupe des revenus. Plus précisément, il doit être décidé si cette répartition reste fixe ou évolue de manière exogène[1] [1] Par exemple, Adelman et Robinson (1978), Dervis et alii...
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. Or il se trouve que la plus forte part de la variance des revenus se trouve généralement au niveau intra-groupe[2] [2] Cela dépend bien sûr du nombre de groupes. Cogneau et...
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. Cogneau et alii (2003) soulignent le fait que, « quelle que soit la finesse de la typologie de ménages utilisée, l’analyse descriptive des distributions de revenu empiriques montre que l’inégalité intra-groupe représente toujours au moins la moitié de l’inégalité totale observée ». En tout état de cause, l’important niveau d’agrégation des MEGC implique qu’ils ne sont généralement pas capables d’identifier les gagnants et les perdants des réformes au niveau des ménages. Ainsi, Savard (2004) note que, dans le cadre de l’analyse de la pauvreté et des inégalités, « il est vraisemblable que l’utilisation d’un modèle à agent représentatif, incapable de générer la variance intra-groupe [des revenus], mène à des conclusions biaisées. » Cogneau et alii (2003) relèvent que : « Les outils qui négligent cette hétérogénéité structurelle des ménages et des individus s’exposent donc à commettre des erreurs importantes sur les conclusions tirées en matière de distribution du revenu ou de pauvreté… » U ne solution envisagée pour remédier à ce problème c onsis te à fa ire a ppel a ux te c hnique s de micro-simulation dont le principal atout réside dans la prise en compte de l’hétérogénéité des ménages et des individus via l’utilisation de toutes les informations disponibles dans les enquêtes auprès des ménages. L’utilisation de la micro-simulation peut se faire de deux manières. Tous les ménages d’une enquête peuvent être intégrés dans le MEGC, et on parle alors de modèle intégré[3] [3] Par exemple, Cororaton et Cockburn (2005) présentent un...
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. Ou bien, ils sont incorporés dans un modèle de micro-simulation (MMS) à part entière. Dans ce dernier cas, une communication est établie avec le MEGC, et une distinction est alors possible selon que cette communication est à double sens ou à sens unique. On pourra qualifier le modèle de séquentiel lorsque la communication se fait du MEGC vers le MMS.

12 Dans la lignée des travaux de Robilliard et alii (2001), Bussolo et Lay (2003), Agénor et alii (2004) et Savard (2004), ce papier se propose d’examiner les apports de la micro-simulation aux analyses en équilibre général. En l’occurrence, il s’agit de montrer comment l’analyse en équilibre général peut être enrichie par l’utilisation d’un MMS. L’application de ces deux approches, de manière séquentielle, à l’étude des effets de la libéralisation commerciale en Afrique du Sud en fournit une illustration.

13 Le document s’organise comme suit. La section suivante présente brièvement le MEGC et le MMS sud-africains, ainsi que leur articulation. Dans une troisième section, les résultats du MEGC, en termes d’impact macroéconomique de la libéralisation commerciale, sont présentés et discutés[4] [4] Une présentation plus approfondie de ces résultats est...
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. La quatrième section compare les résultats des deux modèles pour ce qui est de l’impact sur les ménages, d éga ge an t a u p assa ge le s app orts de la micro-simulation. La conclusion est présentée dans la cinquième et dernière section.

Principale caractéristiques du modèle

14 Le MEGC et le MMS sud-africains sont reliés de manière séquentielle suivant l’approche introduite par Robilliard et alii (2001). Cette approche est quelque peu étendue ici par la prise en compte des changements dans les revenus du capital et les revenus de transfert au niveau des ménages. Le MEGC, qui comporte 14 ménages représentatifs, peut également être employé indépendamment du MMS. Les deux modèles, puis leur articulation, sont présentés tour à tour. Il s’agit d’une présentation succincte. Une description plus complète du MEGC est fournie par Hérault (2004), tandis que Hérault (2006a) présente de manière plus détaillée le MMS et son articulation avec le MEGC.

Le modèle de micro-simulation

15 Le MMS est basé sur deux enquêtes auprès des ménages, réalisées en 2000 : l’Income and Expenditure Survey (IES) 2000 et la Labour Force Survey (LFS) de septembre 2000 (LFS 2000 :2). Il a été possible de fusionner ces deux enquêtes car ce sont les mêmes ménages qui sont interviewés deux fois par an dans le cadre de la LFS et une fois tous les 5 ans pour l’IES. La base de données ainsi obtenue est représentative des 43 millions de Sud-Africains.

16 Il s’agit d’un MMS statique avec comportements endogènes. La qualification de statique tient au fait que la population de référence ne subit aucune évolution[5] [5] Par opposition, les MMS dynamiques modélisent les phénomènes...
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. Le modèle simule les choix des individus quant à leur participation au marché du tra vail, a prè s de s c ha nge men ts d ans le s caractéristiques individuelles telles que les salaires (dus aux ajustements macroéconomiques estimés par le MEGC), ou des changements dans les coefficients du modèle (imposés afin de répercuter les résultats du MEGC). Le MMS repose sur deux composantes. D’une part, un modèle de participation au marché du travail permet de modéliser les choix de chaque individu en âge de travailler par rapport aux cinq catégories (ou alternatives) distinguées dans le modèle : inactif, chômeur, agriculteur de subsistance, travailleur informel ou formel. D’autre part, un modèle de régression linéaire est estimé pour prédire les revenus potentiels associés à chacune de ces cinq alternatives. La dernière étape consiste à utiliser les résultats de ces deux composantes, afin de calculer le revenu net des ménages après le changement de politique.

17 La modélisation de la participation au marché du travail fait appel à un modèle logistique multinomial (Maddala, 1983). Ce dernier est estimé séparément pour les quatre groupes démographiques suivants : femmes seules, femmes en couple, hommes seuls et hommes en couple. Le modèle est basé sur la maximisation de l’utilité. Il permet de déterminer, pour chaque individu, la probabilité de choisir chacune des cinq alternatives mentionnées ci-dessus. L’utilité associée à chaque alternative est un e fo nctio n liné a ire d’un e nse mble de caractéristiques individuelles qui inclut, entre autres, les revenus potentiels, le niveau de qualification, l’âge, le niveau d’éducation, la province de résidence, le groupe ethnique ainsi que le nombre et l’âge des enfants s’il y a lieu. Le modèle de participation au marché du travail tient compte des revenus potentiels associés à chaque alternative. Les coefficients associés à ces revenus diffèrent entre chaque groupe démographique mais restent les mêmes quelle que soit l’alternative considérée. Ainsi, lorsque les individus considèrent chaque choix occupationnel, ils prennent en compte les revenus potentiels de la même manière. Un rand gagné sur le marché informel ne vaut pas plus qu’un rand gagné grâce au travail formel[6] [6] Les coefficients associés aux revenus sont dits génériques,...
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18 L’utilisation des résultats du modèle de participation au marché du travail est faite dans un cadre probabiliste grâce à l’utilisation de termes d’erreur aléatoires. Il s’agit d’une caractéristique importante du MMS, inspirée des travaux de Creedy et alii (2002). Cela signifie que le modèle n’assigne pas chaque individu de l’échantillon à une catégorie spécifique, après le changement de politique. Au contraire, le modèle génère, pour chaque individu, une distribution de probabilités sur les cinq catégories incluses dans le modèle. En pratique, cela est obtenu en tirant au sort, à partir de la distribution de valeurs extrêmes et ce, pour chaque individu, un ensemble de termes d’erreur qui représentent la composante aléatoire de l’utilité. Dans notre cas, 100 vecteurs d’erreurs sont retenus pour chaque individu. Ces termes d’erreur sont tirés au sort de telle manière que seuls sont sélectionnés les vecteurs préservant la catégorie observée comme choix optimal, lorsqu’on ajoute le terme d’erreur à la composante déterministe de l’utilité. Ainsi, le modèle tient explicitement compte du fait que tous les individus ne sont pas dans la catégorie prédite. Le point de départ de la simulation correspond donc à la situation observée et non à celle prédite. Les simulations entraînent uniquement le re-calcul de la composante déterministe de l’utilité. Ensuite, en ajouta nt les ter mes d’err eur tirés au sort précédemment à la composante déterministe, une nouvelle distribution de probabilités est générée pour chaque individu. En combinant cette information avec les poids associés à chaque individu dans l’enquête auprès des ménages, il est possible de générer la nouvelle distribution de la population sud-africaine sur les cinq catégories intégrées dans le modèle.

19 Un modèle de régression linéaire est utilisé afin de prédire les revenus associés à chaque alternative. C e s d er nie rs vont inf lue nce r le s cho ix occupationnels des individus. De plus, ces revenus sont utilisés à la fin du processus de microsimulation lorsque les revenus nets des ménages sont calculés. Comme précédemment, le modèle de régression est également estimé séparément pour les quatre groupes démographiques. Étant donné que les secteurs formel et informel sont les seuls segments du marché du travail entraînant la perception d’un salaire, les résultats du modèle sont utilisés pour assigner les salaires formel et informel prédits à chaque individu en âge de travailler. Cependant, pour ceux qui étaient déjà dans l’un de ces deux secteurs au moment de l’enquête, les salaires observés sont utilisés.

20 La dernière étape consiste à ajouter les revenus du travail aux autres revenus, afin de calculer le revenu total des ménages. Les revenus qui ne sont pas issus du travail sont constitués des revenus du capital ainsi que des transferts financiers en provenance des autres ménages sud-africains, de l’étranger et de l’État. La somme de tous ces revenus constitue le revenu brut des ménages duquel il faut soustraire les impôts sur le revenu ainsi que les impôts locaux. Ensuite, le revenu net du ménage est déflaté en utilisant un indice des prix à la consommation spécifique à chaque ménage. Deux sources de données sont utilisées pour calculer cet indice des prix spécifique : les coefficients budgétaires de chaque ménage h sont observés dans les enquêtes auprès des ménages, alors que les variations de prix par poste de consommation sont estimées par le MEGC. Par conséquent, le revenu net réel de chaque ménage h tient compte de la composition spécifique de son pa nier d e con sommatio n. C ette caractéristique du modèle est d’un intérêt tout particulier lorsque l’analyse porte sur les questions liées à la pauvreté et aux inégalités. En effet, les coefficients budgétaires diffèrent sensiblement entre ménages à bas revenu et ménages à haut revenu. En outre, les variations de prix dérivées du MEGC peuvent être sensiblement différentes d’un bien à l’autre, parmi les 43 biens inclus dans le modèle.

Le modèle d’équilibre général calculable

21 Le modèle présenté ici a été développé par Hérault (2004) sur la base de la matrice de comptabilité sociale (MCS) de l’année 2000. Il s’agit d’un modèle statique similaire par bien des aspects à celui de Thurlow et van Seventer (2002), et qui s’inscrit dans la lignée structuraliste néoclassique de Dervis et alii (1982). La principale innovation introduite par les MEGC réside dans la prise en compte des effets d’équilibre général. Cette caractéristique explique pourquoi les MEGC ont été largement utilisés depuis les années quatre-vingt-dix, notamment pour examiner les politiques commerciales dans les PED. En effet, il s’agit de politiques qui ne peuvent pas être évaluées de manière satisfaisante dans un cadre d’équilibre partiel, puisque la libéralisation du commerce dans un secteur particulier a des répercutions sur les autres secteurs de l’économie.

22 Le MEGC sud-africain partage des caractéristiques communes à la plupart des MEGC : les producteurs maximisent les profits en fonction des contraintes imposées par la disponibilité des facteurs de production et la technologie (l’hypothèse étant que les rendements d’échelle sont constants) et les ménages maximisent leur utilité sous contrainte de revenu. La MCS de l’année 2000 comporte 43 secteurs d’activités (et donc 43 biens) et quatre facteurs de production : le travail très qualifié, le travail qualifié, le travail peu qualifié et le capital. Le modèle comprend 14 ménages représentatifs classés selon le niveau de revenu. Les neuf premiers correspondent aux neuf premiers déciles, les cinq autres sont tous des ménages du dernier décile qui a donc été décomposé. Le marché du travail informel n’y est pas représenté, en raison du manque de données. Le modèle intègre les travaux menés par Armington (1969), afin de permettre la modélisation du commerce intra-branche : les biens produits localement et les biens importés sont considérés comme des substituts imparfaits. L’utilisation des droits de douane effectivement collectés a été préférée à celle des droits de douane officiels en raison des nombreux rabais dont ces derniers font l’objet (Cassim et alii, 2004). Le tarif douanier moyen pondéré ainsi obtenu est de 3,6%. Ces derniers représentent 3,6% des recettes de l’État, ce qui constitue une part relativement faible pour un pays d’Afrique subsaharienne.

23 Les règles de bouclage sont déterminantes dans le fonctionnement du modèle car elles affectent le marché des facteurs de production, l’équilibre entre épargne et investissement, le compte courant et le compte de l’État. Le niveau élevé de chômage parmi les travailleurs peu qualifiés et qualifiés en Afrique du Sud est modélisé par un salaire réel fixe, ce qui permet de prendre en compte un marché en excédent d’offre et présentant un chômage involontaire. L’étude empirique de Muller et Esselaar (2004) confirme la stabilité des salaires réels dans le secteur formel sud-africain. La situation de la main-d’œuvre très qualifiée est différente. Ce marché étant en équilibre, l’offre de travail est supposée être réactive aux évolutions du salaire réel. Pour ce qui est du capital, l’hypothèse retenue est qu’il est employé en totalité mais qu’il n’est pas mobile entre les secteurs car l’horizon temporel du modèle se situe dans le court terme. Les taux d’épargne sont fixes et les prix à la consommation et à la production sont flexibles. Le modèle est statique et ne considère pas les répercutions d’une variation de l’investissement ou des dépenses publiques sur le bien-être futur des ménages. En conséquence, ces effets sont n eutr al isés : les dé pe nse s de l’État e t l’investissement sont fixes en termes réels. Le déficit public est endogène[7] [7] L’objectif poursuivi ici étant de comparer les résultats...
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. Le taux de change nominal est fixe et fait office de numéraire, ce qui signifie que le déficit extérieur est endogène.

Articulation des deux modèles : l’approche séquentielle

24 L’idée est d’utiliser un MEGC et un MMS de manière séquentielle : dans un premier temps, la politique à laquelle on s’intéresse est simulée à l’aide du MEGC puis, dans un second temps, les résultats de cette simulation sont communiqués au MMS, qui va alors en déterminer l’impact directement au niveau des ménages. Ainsi, il est possible de s’affranchir des hypothèses relatives aux ménages représentatifs, adoptées dans les MEGC, sans négliger pour autant les effets macroéconomiques des politiques évaluées. La nature séquentielle de l’approche permet de ne pas avoir à imposer de contrainte quant à la portée de chacun des modèles, puisque ces derniers sont utilisés séparément. L’approche séquentielle a aussi comme avantage de ne pas imposer comme préalable la réconciliation totale et souvent problématique des données micro et macroéconomiques. Par exemple, les données micro et ma cr oé con omique s pré se nten t souve nt d’importantes disparités quant aux revenus des ménages. Les données, sur lesquelles nous reviendrons dans la section 4, montrent que c’est effectivement ce que l’on constate dans le cas de l’Afrique du Sud. Notons cependant qu’une telle réconciliation comptable peut être réalisée (voir notamment Robilliard et Robinson, 2003).

25 La première étape consiste à simuler la suppression des droits de douane à l’aide du MEGC. En retour, celui-ci fournit la structure de l’économie, au niveau macroéconomique, après le choc, en prenant en compte les interactions entre les différents secteurs et agents de l’économie. Dans le cadre de l’approche séquentielle mise en œuvre ici, quatre types de variables sont d’un intérêt tout particulier : les prix, les salaires, le rendement du capital, et l’emploi. Dans une seconde étape, les variations en pourcentage de ces variables sont transmises au MMS. La transmission des variations relatives a été préférée à celle des variations absolues ou des valeurs absolues, car les niveaux initiaux de ces variables peuvent différer entre le MMS et le MEGC. En effet, comme cela a été précisé ci-dessus, les données micro et macroéconomiques sur lesquelles sont basés respectivement le MMS et le MEGC n’ont pas fait l’objet d’une réconciliation totale. Les divergences entre les deux bases de données sont discutées dans la section 4.

26 Dans l’approche séquentielle, les ajustements macroéconomiques observés dans le MEGC sont imposés au MMS. En d’autres termes, certaines variables et coefficients du MMS doivent être ajustés afin qu’une fois agrégés les résultats du MMS concordent avec les grandeurs macroéconomiques déterminées par le MEGC. Tout cela doit être fait en per metta nt a ux ind ividus d’a dap ter leur comportement en fonction des changements dans les revenus potentiels.

27 La mise en cohérence des deux modèles consiste, d’une part, à mettre à jour les prix, les salaires et le rendement du capital dans le MMS, en utilisant les résultats du MEGC et, d’autre part, à imposer au MMS les évolutions de l’emploi constatées dans le MEGC, suite au changement de politique. Pour ce qui est de la transmission des variations des prix (prix à la consommation, rendement du capital et salaires) du MEGC au MMS, la procédure est relativement directe dans la mesure où ces prix constituent des variables exogènes dans le MMS. La procédure est plus complexe en ce qui concerne l’évolution de l’emploi car il s’agit d’une variable endogène dans le MMS. Par conséquent, la mise en cohérence du MEGC et du MMS, en termes d’évolution des niveaux d’emploi, implique d’imposer certaines contraintes au MMS. La suite de cette section discute brièvement la méthodologie employée pour transmettre, du MEGC au MMS, les changements dans les prix, le rendement du capital, les salaires et l’emploi[8] [8] Une présentation non-formalisée est ici privilégiée. ...
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28 En ce qui concerne les prix à la consommation, la procédure est relativement simple. Les 43 variations de prix calculées par le MEGC sont directement communiquées au MMS. Cette information est utilisée dans le MMS pour le calcul des indices de prix spécifiques aux ménages.

29 Les changements dans les revenus du capital sont transmis au MMS au niveau des ménages car c’est à ce niveau que l’information sur ce type de revenu est disponible dans l’IES. La variation moyenne des revenus du capital prédite par le MEGC est appliquée directement au montant des revenus du capital de chaque ménage.

30 Le MEGC fournit le montant total des rémunérations du travail (les salaires) et du capital après le choc. Étant donné que trois types de travail sont incorporés dans le MEGC, cela signifie que ce dernier renvoie les évolutions de trois salaires moyens : ceux des salariés très qualifiés, qualifiés et peu qualifiés. Ces salaires ne concernent que le secteur formel, puisque l’informel est absent du MEGC. Pour les travailleurs très qualifiés, la variation réelle des salaires formels est transmise au MMS en appliquant la variation moyenne obtenue dans le MEGC au salaire formel brut prédit de tous les individus en âge de travailler. Par contre, les salaires des travailleurs qualifiés et peu qualifiés ne sont affectés que par les changement de prix, puisque l’hypothèse est qu’ils sont fixes en termes réels. Étant donné que la structure de la force de travail est similaire dans le MEGC et le MMS, ce dernier est alors capable de reproduire, de manière relativement fidèle, les évolutions observées dans le MEGC au niveau des salaires formels, en dépit des divergences dans les niveaux initiaux.

31 L’évolution des salaires informels est quant à elle supposée dépendre de celle de la masse salariale et de l’emploi formels. L’hypothèse implicite est que les principaux consommateurs de biens et services informels sont les salariés du formel. Par conséquent, lorsque le secteur formel est en expansion, des retombées positives sont attendues dans l’informel en termes de demande alors que, dans le même temps, l’offre de travail informel devrait fléchir suite aux créations d’emplois formels. Ainsi, le niveau des salaires informels devrait dépendre positivement de la masse salariale et du niveau d’emploi formels. De plus, l’élasticité des salaires informels par rapport à la masse salariale formelle est estimée être inférieure à 1, car on peut supposer que des inactifs, des chômeurs et des agriculteurs de subsistance se porteront sur le marché du travail informel dans l’éventualité d’une augmentation de la demande de biens informels. Cette élasticité a été estimée à 0,9 sur la base de résultats préliminaires du MMS. En effet, ces derniers suggèrent une élasticité proche de 0,1 pour l’emploi informel par rapport à la masse salariale formelle. Toutes choses égales par ailleurs, l’augmentation de la masse salariale formelle se traduit par une hausse proportionnelle de la demande de biens informels, mais cette dernière ne se répercute pas intégralement sur les salaires individuels à cause de l’arrivée de nouveaux travailleurs informels. De même, l’élasticité des salaires informels, par rapport au niveau d’emploi formel, est estimée à 0,5, car des résultats préliminaires ont montré qu’à salaires informels inchangés, un emploi sur deux créés dans le formel était pourvu par un travailleur informel. Cette spécification pourrait s’avérer ne pas être la plus appropriée, mais le manque d’études empiriques sur les interactions entre secteurs formel et informel en Afrique du Sud limite sérieusement les alternatives.

32 Les autres composantes du revenu des ménages sont également affectées par les résultats du MEGC. Les transferts financiers en provenance des autres ménages sud-africains sont actualisés en tenant compte de l’évolution des salaires formels et inf ormels, ainsi que du groupe e thnique. L’hypothèse est que ces transferts sont générés par des travailleurs ayant dû quitter leur foyer pour trouver un emploi. L’hypothèse concernant les transferts en provenance de l’étranger est qu’ils sont fixes en devises. Or, étant donné que le taux de change nominal est fixe, le niveau nominal de ces transferts est maintenu constant. Enfin, comme les dépenses de l’État sont fixes en termes réels dans le MEGC, il en est de même dans le MMS : les transferts de l’État sont directement indexés sur l’indice général des prix.

33 Bien que cela n’ai pas été explicitement mentionné précédemment, les revenus de transfert et ceux du capital sont des déterminants de la participation au marché du travail. Les transferts reçus des autres ménages sud-africains, ainsi que de l’étranger, sont inclus dans les revenus prédits, tandis que les revenus du capital et les transferts de l’État constituent des variables indépendantes à part entière dans le modèle de régression. Ainsi, des changements dans les montants des revenus du capital et des transferts financiers, reçus par un ménage, peuvent potentiellement affecter les comportements de ses membres en termes de participation au marché du travail.

34 Même si ces changements dans les revenus du capital et les transferts, ainsi que dans les revenus prédits, impliquent des changements d’occupation, cela n’est pas suffisant pour assurer la cohérence entre le MMS et le MEGC, en ce qui concerne les niveaux d’emploi. Or, l’évolution de l’emploi formel par niveau de qualification dans le MMS doit correspondre à celle prédite par le MEGC. Cela peut être accompli à l’aide d’équations de cohérence micro-macro, permettant d’imposer des contraintes spécifiques sur certains coefficients du MMS. L’objectif de ces contraintes est de permettre au MMS de parvenir aux mêmes effectifs de travailleurs formels très qualifiés, qualifiés et peu qualifiés que ceux obtenus dans le MEGC. En pratique, il s’agit d’ajuster certains coefficients du modèle de participation au marché du travail. Ces coefficients sont ceux définissant l’impact du niveau de qualification sur la probabilité de travailler dans le secteur formel. Au final, c’est le MMS qui va déterminer quels sont les individus qui, parmi la population en âge de travailler, ont le plus de chances d’occuper les nouveaux emplois (pour peu que les estimations du MEGC suggèrent une croissance de l’emploi) en fonction des caractéristiques socio-économiques individuelles. En cela, le MMS va tenir compte du fait que, par exemple, un chômeur noir, illettré, du Limpopo a moins de chances de trouver un emploi qu’un chômeur blanc, diplômé universitaire, du Gauteng.

35 En ce qui concerne le secteur informel, aucune contrainte n’est imposée sur les résultats du MMS, car ce segment du marché du travail n’est pas représenté dans le MEGC. Seuls les résultats macros en termes de travailleurs formels, qui représentent 70% des travailleurs rémunérés, sont donc imposés au MMS. Par conséquent, l’évolution du nombre de personnes dans les quatre autres segments du marché du travail (inactivité, chômage, agriculture de subsistance et secteur informel) est entièrement dé ter min ée p ar le MMS, en f onction de s caractéristiques individuelles, de l’évolution des salaires et autres revenus, et des contraintes imposées sur le niveau d’emploi formel.

L’impact macroéconomique de la libéralisation commerciale

36 La libéralisation commerciale est simulée par une élimination totale des droits de douane. Le premier effet est de rendre les produits importés plus compétitifs, et de conduire ainsi à une augmentation de leur part de marché. La croissance des importations de 2%, comparée à seulement 1% pour les exportations, conduit à une légère détérioration de la balance commerciale, qui se contracte de 0,2 point de PIB. Dans le même temps le PIB enregistre une croissance réelle de 0,4%.

37 Le second effet, induit par la suppression des droits de douane, réside dans la diminution des recettes publiques. Les dépenses publiques étant maintenues constantes en termes réels, il y a un impact dépressif sur l’offre d’épargne via le creusement du déficit public. Cependant, bien que les recettes issues des droits de douane s’élèvent à 8 milliards de rands, la baisse des recettes publiques se limite à 1,5 milliards de rands, en raison de la croissance additionnelle générée par la libéralisation commerciale, synonyme de rentrées fiscales supplémentaires.

38 Les salaires des travailleurs qualifiés et des travailleurs peu qualifiés étant indexés sur les prix, la baisse de leur salaire nominal (-0,6%) renforce leur compétitivité relative, et permet une réduction du chômage. Le PIB est aussi tiré vers le haut par les effets positifs de la diminution du coût des inputs importés. Cette croissance additionnelle est génératrice de nouveaux emplois. Ainsi le niveau de l’emploi augmente de 0,6% pour les travailleurs peu qualifiés, de 0,7% pour les qualifiés et de 0,3% pour les très qualifiés. En outre, les salaires réels des travailleurs très qualifiés progressent de 0,6%, tandis que, dans le même temps, le rendement réel du capital est en hausse de 1,9%.

L’impact sur les ménages : analyse comparative

39 L’objectif est de comparer les résultats du MMS avec ceux du MEGC en ce qui concerne l’impact de la libéralisation commerciale sur les ménages sud-africains. Avant de rentrer dans le détail, il convient de souligner que la principale conclusion de l’analyse conduit à un impact positif de la libéralisation commerciale en termes de réduction de la pauvreté mais également en termes de diminution des inégalités, bien que dans une moindre mesure. Il a été précisé que le MEGC comporte 14 ménages représentatifs. Cela signifie que le MEGC permet de modéliser l’impact de la suppression des droits de douane sur ces 14 groupes de ménages. Cependant, en raison notamment du fort niveau d’agrégation des données sur les ménages, cette analyse se limite essentiellement à celle de la variation du revenu réel moyen. Comme cela a été expliqué précédemment, le MEGC ne permet pas une analyse des effets en termes de pauvreté et d’inégalité, sauf à imposer des hypothèses très restrictives quant à l’évolution de la distribution des revenus.

40 Malgré l’intérêt d’une telle analyse comparative, cet exercice comporte deux limites importantes. Premièrement, il y a des incohérences entre les données microéconomiques (i.e. les enquêtes auprès des ménages, IES et LFS), sur lesquelles est basé le MMS, et les données macroéconomiques (i.e. la MCS), sur lesquelles est basé le MEGC. En particulier, on retrouve ici un phénomène, relativement courant, de sous-estimation des revenus dans les données issues des enquêtes auprès des ménages. Ainsi, les revenus du travail formel ne s’y élèvent qu’à 363 milliards de rands, contre plus de 423 milliards de rands dans la MCS[9] [9] L’inclusion, dans le MMS, des revenus du travail informel...
suite
(tableau 1). L’écart le plus important concerne néanmoins les revenus du capital : 66 milliards de rands dans l’enquête auprès des ménages, contre 204 milliards de rands dans la MCS. Au final, le revenu total des ménages n’est que de 558 milliards de rands dans le MMS, contre 657 milliards dans le MEGC.

Tableau 1  - marché du travail formel et revenu total des ménages (classification selon le décile du revenu par équivalent adulte)

Tableau 1 : marché du travail formel et revenu total des ménages (classification selon le décile du revenu par équivalent adulte) Emploi formel (en milliers) Revenu du Revenu Revenu du Revenu Revenu travail total travail total par tête GiniMMS MMS(a) MMS(b) MEGC(c) MEGC(d) MMS(e) Trèsqualifié Qualifié Peuqualifié Total Ménage 1 (0-10) 1 19 103 123 2 313 6 866 5 090 7 903 953 0,19 Ménage 2 (10-20) 1 38 188 226 3 954 10 941 5 856 11 181 1 777 0,10 Ménage 3 (20-30) 3 71 280 354 6 652 13 956 10 381 15 518 2 654 0,09 Ménage 4 (30-40) 3 122 400 525 10 584 17 922 12 367 20 816 3 689 0,09 Ménage 5 (40-50) 5 150 429 584 13 438 20 097 19 770 27 725 5 142 0,10 Ménage 6 (50-60) 16 226 521 763 20 626 27 381 26 292 36 114 7 159 0,11 Ménage 7 (60-70) 39 364 522 925 30 444 38 139 37 999 51 632 10 451 0,12 Ménage 8 (70-80) 83 497 447 1 027 45 491 55 527 54 457 75 550 16 228 0,13 Ménage 9 (80-90) 174 635 468 1 277 77 108 91 003 89 624 118 889 26 609 0,14 Ménage 10 (90-95) 222 383 132 737 67 453 80 231 70 686 94 744 41 830 0,14 Ménage 11 (95-96,25) 72 93 22 187 23 201 27 835 26 741 31 805 56 748 0,14 Ménage 12 (96,25-97,5) 93 76 22 190 29 826 35 543 24 429 37 128 69 248 0,13 Ménage 13 (97,5-98,75) 111 77 18 206 35 004 43 149 25 127 43 141 91 366 0,12 Ménage 14 (98,75-100) 95 67 21 183 62 295 89 088 14 446 84 606 221 311 0,37 Total 917 2 818 3 571 7 307 428 388 557 678 423 263 656 752 10 874 0,67 Note : (a) Montant brut total des revenus du travail, en millions de rands, y compris revenus du travail informel; (b) Montant total des revenus bruts, en millions de rands; (c) Montant brut total des revenus du travail, en millions de rands; (d) Montant total des revenus bruts, en millions de rands; (e) Revenu moyen disponible par an par habitant en rands.

41 Deuxièmement, les limites d’une telle analyse comparative proviennent des incohérences intrinsèques de la MCS au niveau des données sur les ménages. Bien que les flux retranscrits dans la MCS se rapportent à l’année 2000, la MCS se réfère à certaines donnés datant de 1995 en ce qui concerne les 14 ménages représentatifs. En effet, les enquêtes sur les revenus et les dépenses des ménages (IES) sont réalisées tous les cinq ans en Afrique du Sud. Or les résultats de l’enquête de 2000 n’étaient pas encore disponibles au moment de la construction de la MCS de l’année 2000 et cette dernière n’a pas été mise à jour depuis lors.

42 Toutefois, l’intégration des informations issues de l’IES de 1995 dans la MCS ne concerne pas le montant des revenus ou des dépenses totales des ménages, mais seulement leur structure. Ainsi, le montant total des dépenses des ménages reste celui issu de la comptabilité nationale de l’année 2000 mais l’IES est utilisée pour décrire la répartition des dépenses sur les différents postes de consommation, pour chacun des ménages représentatifs.

43 L’objectif ici est donc de comparer ce qui est comparable entre les résultats du MEGC et ceux du MMS. Il s’agit de confronter l’évolution des revenus des 14 ménages représentatifs dans le MEGC et le MMS. Pour ce faire, les 26 000 ménages du MMS ont dû être regroupés en 14 groupes, de manière à recréer les 14 ménages représentatifs du MEGC. Ce regroupement est effectué selon le même procédé que celui utilisé pour construire les 14 ménages représentatifs de la MCS (Thurlow, 2003 ; Leibbrandt et alii, 1999) : les ménages sont classés en fonction du revenu brut par équivalent adulte. L’échelle d’équivalence est estimée par la formule suivante : (A + (αK))θA désigne le nombre d’adultes et K, le nombre d’enfants de moins de 10 ans. La limite d’âge de 10 ans ainsi que les valeurs des paramètres α et θ sont celles utilisées par Leibbrandt et alii (1999), à savoir : α=0,5 etθ=0,9. Les principales caractéristiques de ces 14 groupes de ménages sont présentées dans le tableau 1, qui donne les valeurs initiales des variables dont les variations sont étudiées dans le tableau 2. Ce dernier donne les résultats de l’analyse comparative. Pour chaque ménage, sont présentées les évolutions de l’emploi formel par niveau de qualification, puis celles des revenus du travail et des revenus totaux estimées par le MMS et le MEGC et enfin celles du revenu par tête et de l’indice de Gini telles qu’estimées par le MMS. L’évolution des niveaux d’emploi évaluée par le MEGC n’est pas donnée ici, car le MEGC adopte des hypothèses très simplificatrices à ce sujet, qui ne permettent pas l’identification du nombre de travailleurs dans chaque groupe de ménages[10] [10] De même, le nombre de personnes représentées par chacun...
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. La règle utilisée, dans le MEGC, consiste à attribuer à chacun des 14 ménages représentatifs, une part fixe des revenus de chaque facteur de production, en fonction des dotations initiales.

44 Par exemple, la part de chacun des 14 ménages représentatifs dans les revenus du travail très qualifié est fixe. Par conséquent, l’évolution du montant des revenus issus du travail très qualifié est la même pour tous les ménages et dépend uniquement des variations du salaire moyen et du niveau d’emploi au plan national (voir section précédente). L’hypothèse implicite adoptée dans le MEGC est donc que les salaires et les niveaux d’emploi augmentent dans les mêmes proportions pour tous les ménages, de sorte que les créations d’emplois sont réparties au travers des ménages au prorata de leur contribution initiale à l’emploi. Ainsi les revenus issus du travail très qualifié progressent de 0,9%, en termes réels, pour tous les ménages du MEGC, sans distinction[11] [11] La progression de 0,9% est obtenue en multipliant la croissance...
suite
.

45 Dans un tel contexte, les créations d’emplois formels bénéficient en priorité aux ménages dans lesquels il y a déjà un nombre élevé de travailleurs formels. Or un premier constat s’impose à ce sujet : la prise en compte explicite, par le MMS, de l’hétérogénéité des ménages conduit à une toute autre conclusion et permet de caractériser des évolutions de l’emploi relativement différenciées dans les 14 groupes de ménages. Alors que dans le MEGC, en raison de l’adoption d’hypothèses simplificatrices, l’emploi formel très qualifié progresse de 0,3% pour tous les ménages[12] [12] L’évolution de l’emploi par niveau de qualification...
suite
, dans le MMS les évolutions sont différentes selon les ménages. Ainsi, la progression est plus forte pour les ménages des premiers déciles que pour les ménages les plus riches, où on observe même une diminution de l’emploi formel très qualifié dans les ménages du treizième groupe. En effet, les ménages les plus pauvres regroupent, à l’origine, très peu de travailleurs formels très qualifiés, ce qui signifie que même une très faible augmentation de leur nombre en valeur absolue, peut représenter une forte augmentation relative. De plus, le chômage et l’inactivité touchent davantage les personnes très qualifiées appartenant à des ménages pauvres que celles vivant dans un ménage riche. Le niveau d’emploi est donc susceptible d’augmenter plus fortement dans les ménages des premiers déciles que dans les ménages les plus riches, où il est déjà relativement élevé. Cet argument est valable pour tous les niveaux de qualification. Il est, a priori, logique de constater que les taux de croissance de l’emploi formel sont systématiquement plus forts dans les ménages des premiers déciles, où les taux de chômage et d’inactivité sont relativement élevés, que dans les ménages des derniers déciles, dans lesquels la part de l’emploi formel est déjà relativement forte et par conséquent les candidats à l’emploi beaucoup moins nombreux. Par exemple, dans les ménages des deux derniers déciles, plus des deux tiers des personnes âgées de 15 à 65 ans occupent déjà un emploi formel, ce qui laisse une marge de manœuvre beaucoup plus faible que dans les ménages des deux premiers déciles, où cette même part est de moins de 10%.

Tableau 2  - impact sur les revenus des ménages dans le MMS et le MEGC (variations en pourcentage)(a)

Tableau 2 : impact sur les revenus des ménages dans le MMS et le MEGC (variations en pourcentage)(a) Emploi formel Revenu du Revenu Revenu Revenu Revenu travail réel total du travail réel total par tête GiniMMS MMS(b) MMS(c) MEGC(d) MEGC(e) MMS(e) Trèsqualifié Qualifié Peuqualifié Total Ménage 1 (0-10) 4,2 6,9 4,0 4,4 3,9 1,6 0,1 0,5 1,6 0,1 Ménage 2 (10-20) 6,7 3,9 1,7 2,1 2,3 1,2 0,1 0,4 1,2 0,8 Ménage 3 (20-30) 3,7 2,6 1,2 1,5 1,7 1,1 0,1 0,6 1,1 1,3 Ménage 4 (30-40) 3,8 1,6 0,9 1,1 1,2 1,0 0,1 0,6 1,0 0,9 Ménage 5 (40-50) 2,6 1,3 0,6 0,8 1,0 0,9 0,1 0,7 0,9 0,5 Ménage 6 (50-60) 1,1 1,0 0,5 0,7 0,8 0,8 0,1 0,8 0,8 0,5 Ménage 7 (60-70) 0,3 0,6 0,3 0,4 0,6 0,7 0,2 0,9 0,8 0,4 Ménage 8 (70-80) 0,5 0,5 0,2 0,4 0,6 0,7 0,2 1,0 0,7 0,4 Ménage 9 (80-90) 0,4 0,4 0,1 0,3 0,4 0,5 0,2 1,0 0,6 0,3 Ménage 10 (90-95) 0,1 0,3 0,1 0,2 0,4 0,5 0,2 1,0 0,6 0,6 Ménage 11 (95-96,25) 0,2 0,3 0,3 0,2 0,4 0,5 0,2 0,9 0,6 1,0 Ménage 12 (96,25-97,5) 0,4 0,2 0,0 0,3 0,5 0,6 0,2 1,0 0,7 0,8 Ménage 13 (97,5-98,75) -0,1 0,9 0,1 0,3 0,6 0,7 0,2 1,1 1,0 1,6 Ménage 14 (98,75-100) 0,1 0,2-0,3 0,1 0,4 0,7 0,2 1,5 0,9 0,4 Total 0,3 0,7 0,6 0,6 0,6 0,7 0,2 1,0 0,8-0,1 Note : (a) Les valeurs initiales sont données dans le tableau 1; (b) Montant total des revenus réels bruts du travail, y compris revenus du travail informel; (c) Montant total des revenus réels bruts; (d) Montant nominal total des revenus bruts du travail; (e) Revenu réel moyen disponible par an par personne en rands.

46 Le tableau 2 donne également l’évolution du montant total des revenus du travail perçus par les 14 groupes de ménages, dans le MMS et le MEGC. Dans ce dernier, les évolutions sont relativement homogènes et dépendent uniquement des parts respectives du travail très qualifié, qualifié et peu qualifié dans les revenus du travail de chaque ménage. En effet, la croissance des revenus de chaque type de travail y est la même pour tous les ménages. En conséquence de quoi, dans le MEGC, le montant total des revenus du travail croît systématiquement de manière plus importante pour les ménages les plus riches. Cela est simplement dû au fait que, dans ces ménages, une part élevée des revenus du travail provient du travail très qualifié. Or, même si le niveau d’emploi de la main-d’œuvre très qualifiée augmente moins que celui de la main-d’œuvre qualifiée ou peu qualifiée, cet écart est plus que compensé par une croissance plus forte des salaires. Au final et en tenant compte à la fois de l’évolution des niveaux d’emploi et de celle des salaires, la croissance des revenus du travail très qualifié est supérieure à celle des revenus du travail qualifié et du travail peu qualifié.

47 Les conclusions tirées du MMS sont, là encore, bien différentes. La prise en compte du secteur informel, ainsi que de l’hétérogénéité des ménages face à la croissance de l’emploi formel, dessine un tout autre bilan dans lequel les évolutions sont plus contrastées[13] [13] Le MMS ne prend pas explicitement en compte l’hétérogénéité...
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. Ainsi, les ménages les plus pauvres sont ceux qui voient les revenus du travail progresser le plus fortement car ils sont les premiers à bénéficier des créations d’emplois formels, ainsi que de la croissance des salaires informels. De plus, ils ne sont guère affectés par la baisse des salaires nominaux des travailleurs formels qualifiés et peu qualifiés, étant donné que les revenus du travail formel représentent une faible part de leur revenu total. Les ménages des déciles supérieurs, dans lesquels les revenus du travail formel, notamment qualifié et peu qualifié, représentent une part plus importante des revenus, bénéficient moins de l’expansion de l’emploi formel et pâtissent de la croissance nulle des salaires réels associés à ce type de travail. De sorte que, au fur et à mesure que l’on progresse dans les déciles, le taux de croissance des revenus du travail diminue[14] [14] On note cependant que cette diminution s’interrompt aux...
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.

48 L’analyse de l’évolution du revenu réel total, obtenue dans le MEGC, renforce les conclusions tirées à partir des variations des revenus du travail. Les mêmes effets inégalitaires se trouvent accentués par la prise en compte de l’augmentation des rendements du capital. La différence essentielle entre les revenus du travail et le revenu total tient à la déduction des impôts et à l’ajout des revenus de transferts ainsi que des revenus du capital. Or il apparaît que la croissance des revenus de transferts versés aux ménages les plus pauvres ne leur permet pas de faire progresser leurs revenus autant que ceux des ménages les plus riches qui, pour leur part, bénéficient à plein de la hausse des revenus du capital, même en tenant compte de la progressivité des taux d’imposition. Les ménages riches et en particulier ceux du dernier décile sont les mieux dotés en capital et donc ceux qui voient leurs revenus progresser le plus fortement. De sorte que le niveau des inégalités inter-groupes semble augmenter. Le même phénomène est à l’œuvre dans le MMS, où la prise en compte des revenus du capital a une tendance inégalitaire qui n’est que partiellement compensée par la prise en compte des transferts et des impôts. Cependant, cela n’est pas suffisant pour inverser la tendance initiée par l’évolution des revenus du travail, même si cela contribue à en réduire significativement l’ampleur. Les ménages des premiers déciles restent ceux qui enregistrent les plus fortes progressions du revenu réel. Le taux de croissance décroît même régulièrement à mesure que l’on progresse dans les déciles de revenu[15] [15] La même remarque que précédemment s’applique cette...
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. La tendance est donc clairement à une diminution des inégalités inter-groupes.

49 Si le MEGC ne permet pas une évaluation précise de l’évolution des inégalités, cette analyse est possible avec le MMS, comme l’illustrent les deux dernières colonnes du tableau 2[16] [16] Hérault (2007) exploite encore davantage le MMS pour analyser...
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. Les résultats du MMS montrent clairement une hausse des inégalités intra-groupes à travers l’augmentation des indices de Gini, dans les 14 groupes de ménages, ce qui vient nuancer la conclusion précédente. La baisse des inégalités globales, impulsée par celle des inégalités entre les groupes se trouve largement diminuée par l’augmentation des inégalités de revenu à l’intérieur de tous les groupes de ménages.

Conclusion

50 Dans ce papier, un MEGC et un MMS sont combinés de manière séquentielle, afin de mettre à jour les apports potentiels de la micro-simulation aux modélisations en équilibre général. Si les MEGC restent des outils appropriés pour évaluer l’impact des politiques sur le plan macroéconomique, leurs analyses peuvent être enrichies par l’utilisation de la micro-simulation lorsque l’intérêt se porte sur la distribution des revenus. L’utilisation d’un MMS autorise une analyse beaucoup plus fine des évolutions de cette dernière et permet de corriger les biais issus de l’utilisation de ménages représentatifs dans le MEGC.

51 Par ailleurs, il semble possible de dégager quelques enseigne me nts d’ordre gé néral quant aux divergences entre les résultats du MEGC et ceux du MMS, en ce qui concerne l’impact sur les ménages. Elles ont essentiellement deux sources : les différences dans les données initiales, mais surtout, l’agrégation des ménages et l’adoption d’hypothèses simplificatrices dans le MEGC, en opposition à la prise en compte de l’hétérogénéité des ménages et des individus dans le MMS. Ces divergences peuvent se traduire par d’importantes différences dans les résultats, confirmant l’idée selon laquelle le MEGC est très peu approprié à l’étude des problématiques liées à la distribution des revenus. En effet, la conclusion générale tirée à partir des résultats du MEGC et du MMS reste la même, à savoir que la libéralisation commerciale bénéficie aux ménages sud-africains. Cependant, l’utilisation de ménages représentatifs dans le MEGC (au détriment de la considération explicite de l’hétérogénéité des ménages) ne permet pas la prise compte de l’augmentation de l’inégalité intragroupe et conduit à une surestimation de l’augmentation des inégalités intergroupes. De plus, alors que les résultats du MEGC pourraient laisser penser à une faible diminution de la pauvreté et une hausse des inégalités globales, les résultats du MMS permettent de mettre en évidence une baisse de la pauvreté accompagnée d’une réduction limitée de l’ampleur des inégalités.

52 En ce sens, nos travaux confirment ceux de Robilliard et alii (2001), ainsi que ceux de Agénor et alii (2004), Bussolo et Lay (2003) et Savard (2004), en soulignant les différences potentielles entre les conclusions tirées à partir de modèles basés sur des ménages représentatifs comme les MEGC et celles issues de modèles basés sur des enquêtes auprès des ménages comme les MMS. Les divergences peuvent être substantielles, sans qu’il soit possible, a priori, de connaître leur ampleur ou leur nature.

53 La microsimulation apparaît clairement comme un outil complémentaire des analyses menées en équilibre général. Elle permet incontestablement d’approfondir l’analyse en ce qui concerne la distribution des revenus. Or, étant donné l’importance des questions liées à la pauvreté et aux inégalités dans nombre de PED, il est de première importance d’évaluer avec le plus de précision possible les effets des politiques économiques en termes de distribution des revenus. Cela implique notamment la prise en compte explicite des caractéristiques spécifiques des ménages et des individus les plus pauvres.

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Robilliard A.-S., Bourguignon F. et Robinson S. (2001). “Crisis and Income Distribution : A Micro-Macro Model for Indonesia”, présenté lors du Séminaire du Centre de Développement de l’OCDE à Paris les 9 et 10 décembre 2002.

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Savard L. (2004). “ Poverty and Inequality Analysis within a CGE Framework : a Comparative Analysis of the Representative Agent and Micro-Simulation Approaches”, Centre interuniversitaire sur le risque, les politiques économiques et l’emploi, Working Paper 04-12.

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Thurlow J. et van Seventer D.E.N. (2002). “A Standard Computable General Equilibrium Model for South Africa, Trade and Macroeconomics”, Discussion Paper n° 100, International Food Policy Research Institute, Washington, D.C. and Trade and Industrial Policy Strategies, Johannesburg.

 

Notes

[ (*)] Melbourne Institute of Applied Economic and Social Research, The University of Melbourne, Australie. E-mail : n nico_herault@yahoo.com Accepté le 10.09.07 Économie et Prévision n°187 2009-1Retour

[ (1)] Par exemple, Adelman et Robinson (1978), Dervis et alii (1982) ou encore Decaluwé et alii (1999) font l’hypothèse d’une distribution des revenus fixe à l’intérieur de chaque groupe (distribution log-normale ou bêta). Par hypothèse, la distribution intragroupe des revenus ne peut donc pas être affectée par la politique étudiée.Retour

[ (2)] Cela dépend bien sûr du nombre de groupes. Cogneau et alii (2003) décomposent les inégalités à Madagascar (10 groupes) et en Indonésie (14 groupes) et aboutissent au constat que les trois quarts des inégalités se situent au niveau intra-groupe.Retour

[ (3)] Par exemple, Cororaton et Cockburn (2005) présentent un modèle de ce type. Certains modèles intégrés permettent également la modélisation de comportements d’offre de travail discontinus au niveau individuel (voir, par exemple, Cogneau et Robilliard, 2007).Retour

[ (4)] Une présentation plus approfondie de ces résultats est proposée par Hérault (2005).Retour

[ (5)] Par opposition, les MMS dynamiques modélisent les phénomènes démographiques majeurs, autorisant ainsi des analyses à plus long terme. Klevmarken (1997) propose une revue de littérature sur les MMS.Retour

[ (6)] Les coefficients associés aux revenus sont dits génériques, alors que tous les autres coefficients sont spécifiques. Par conséquent, le modèle de participation au marché du travail, qui est basé sur une spécification logistique multinomiale, combine également certaines caractéristiques associées aux spécifications logistiques conditionnelles (voir Maddala, 1983).Retour

[ (7)] L’objectif poursuivi ici étant de comparer les résultats du MEGC et du MMS au niveau des ménages, l’utilisation d’un déficit exogène aurait l’inconvénient d’introduire une source supplémentaire de divergence entre les deux modèles. En effet, il faudrait alors transmettre l’augmentation des taxes (nécessaire pour compenser la baisse des droits de douane) du MEGC vers le MMS, alors même que ces dernières sont traitées de manière bien différente, et sur la base de données divergentes, dans les deux modèles. Notons à cet égard que Hérault (2006b) propose des applications du modèle avec des bouclages alternatifs et montre que la sensibilité des résultats est relativement limitée.Retour

[ (8)] Une présentation non-formalisée est ici privilégiée. Voir Hérault (2006a, 2006b) pour une présentation plus détaillée et formalisée.Retour

[ (9)] L’inclusion, dans le MMS, des revenus du travail informel permet d’obtenir des revenus du travail de 428 milliards de rands, très proches de ceux du MEGC. Cependant, cela ne doit pas masquer la sous-estimation des revenus dans le MMS, car le marché du travail informel n’est pas comptabilisé dans la MCS.Retour

[ (10)] De même, le nombre de personnes représentées par chacun des quatorze ménages n’est pas pris en compte dans le MEGC. Les ménages représentatifs sont des entités relativement abstraites dont le but est la maximisation de l’utilité, essentiellement via la vente de facteurs de production (travail et capital) et l’achat de produits de consommation. À partir du moment où l’on connaît les dotations en facteur et les préférences de chaque ménage représentatif, il importe peu de savoir combien de personnes il représente effectivement.Retour

[ (11)] La progression de 0,9% est obtenue en multipliant la croissance de l’emploi très qualifié (0,3%) par celle du salaire réel moyen (0,6%).Retour

[ (12)] L’évolution de l’emploi par niveau de qualification est la même pour tous les ménages du MEGC et correspond à l’évolution moyenne donnée dans la ligne Total du tableau 2.Retour

[ (13)] Le MMS ne prend pas explicitement en compte l’hétérogénéité des ménages et des individus, quant à l’évolution des salaires puisque celle-ci y est définie par l’évolution moyenne constatée dans le MEGC. Par contre, le MMS tient compte du fait que les salaires auxquels sont susceptibles d’être embauchés les plus pauvres sont bien souvent inférieurs à ceux auxquels peuvent prétendre les plus riches, notamment en raison d’un meilleur niveau d’éducation ou de qualification.Retour

[ (14)] On note cependant que cette diminution s’interrompt aux ménages 12 et 13, sans pour autant que les taux de croissance ne remontent au niveau de ceux des premiers déciles.Retour

[ (15)] La même remarque que précédemment s’applique cette fois aux ménages 12,13 et 14.Retour

[ (16)] Hérault (2007) exploite encore davantage le MMS pour analyser les effets de la libéralisation commerciale en termes de pauvreté et d’inégalité.Retour

Résumé

Dans la lignée des travaux de Savard (2004), ce papier se propose d’examiner les apports de la micro-simulation aux analyses en équilibre général. Il s’agit de montrer comment l’analyse en équilibre général peut être enrichie par l’utilisation d’un modèle de micro-simulation. L’application de ces deux approches, de manière séquentielle, à l’étude des effets de la libéralisation commerciale en Afrique du Sud en fournit une illustration. La conclusion est que les modèles d’équilibre général calculable ne constituent pas des outils appropriés pour l’analyse des impacts sur la distribution des revenus, de part les biais issus de l’utilisation de ménages représentatifs. La micro-simulation permet de corriger ces biais et autorise une analyse plus fine des effets en termes de distribution des revenus.

Mots-clés

modèle d’équilibre général calculable, micro-simulation, distribution des revenus



Contributions of Microsimulation to General-Equilibrium Models: an Application to South Africa
Following Savard (2004), this paper examines how microsimulation can contribute to general-equilibrium analysis (GEA). Microsimulation modeling can enhance GEA. The author illustrates the combination of the two approaches by applying them in sequence to assess the impact of trade liberalization in South Africa. The conclusion is that computable general-equilibrium models cause bias in income-distribution analyses because of the use of representative household groups rather than individual information. By correcting for this bias, microsimulation techniques can offer additional insights into income distribution.

Keywords

computable general-equilibrium model, microsimulation, income distribution

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Nicolas Hérault « Les apports de la micro-simulation aux modèles d'équilibre général : application au cas de l'Afrique du Sud », Economie & prévision 1/2009 (n° 187), p. 123-135.
URL :
www.cairn.info/revue-economie-et-prevision-2009-1-page-123.htm.