2002
Économie internationale
Découplage des aides à l’agriculture et localisation des activités
Karine Daniel
Maureen Kilkenny
[1]
Dans la perspective d’un accroissement du degré de découplage des soutiens publics à l’agriculture, cet article traite la question de l’impact du mode d’attribution des subventions sur la localisation des activités agricoles et agro-industrielles. Un modèle d’économie géographique comptant deux régions dont les secteurs agricole et agro-industriel sont verticalement liés, permet de traiter cette question. Nous montrons que des aides distinctes selon les outputs, couplées, peuvent favoriser la dispersion géographique des activités. Ce mode d’attribution des aides est utilisé dans l’Union européenne. Des aides attribuées de manière identique à tous les agriculteurs, plus découplées, favorisent l’agglomération des activités industrielles. Ainsi, le passage d’un type d’aide à l’autre, soit le découplage des aides directes à l’agriculture, favoriserait l’agglomération des activités.
Classification JEL: R12; R58; Q18.Mots-clés :
localisation, agriculture, économie géographique, découplage.
This article considers the impacts of (de) coupled farm sector support on the locations of farming and agro-industrial activity. An economic geography model is developed which has two types of regions, one with extensive agricultural production (rural), the other with intensive farming that is more densely populated (urban). The farm and agro-industrial sectors are vertically linked. We show that coupled and decoupled subsidies affect the spatial distribution of farming and industry.
JEL Classification: R12; R58; Q18.Keywords :
location, agriculture, economic geography, decoupling.
Le volet agricole des négociations internationales (OMC) spécifie que le soutien interne doit s’orienter vers l’attribution de crédits de plus en plus découplés de la production. Un niveau de découplage accru par rapport aux aides compensatoires mises en place lors de la réforme de la Politique agricole commune (PAC) en 1992 consisterait à attribuer des aides directes basées sur les facteurs mis en œuvre, mais quelle que soit la production (Swinbank, Tangermann, 2001). Ces paiements restent proportionnels aux facteurs utilisés, soit par exemple à la terre cultivée, par contre ils ne doivent pas influencer la décision des producteurs en terme de spécialisation. Même si ces paiements restent attachés au facteur foncier, ils sont dits ici “semi-découplés” par opposition à la situation observée actuellement dans l’Union européenne où les paiements directs sont aussi liés au foncier mais leur niveau diffère selon la nature de la production
[2].
Nous analysons l’impact de paiements couplés puis de paiements semi-découplés sur la localisation des activités agricoles et agro-industrielles. Nous cherchons donc à identifier si un tel principe de découplage des aides directes à l’agriculture serait susceptible de favoriser la dispersion des activités agricoles et agro-industrielles. Si tel est le cas, le découplage des aides peut avoir un impact positif en terme de développement rural et régional dans l’Union européenne. Pour traiter cette question, nous utilisons un modèle d’économie géographique. Celui-ci compte deux régions entre lesquelles les travailleurs sont mobiles, l’équilibre de répartition spatiale des activités est tel que l’on a une région de production agricole extensive, et une plus intensive.
Nous nous intéressons aux déterminants de la localisation des activités agricoles et agro-industrielles au sein d’un bloc régional entre les régions rurales et celles plus urbanisées. Ces dernières ne sont pas des zones urbaines stricto sensu, mais des espaces productifs agricoles dont la densité de population est relativement élevée. Des pays d’Europe tels que les Pays-Bas, le Danemark, le Luxembourg ou la Belgique sont des espaces de ce type. Les aires d’influence urbaine comme le nord de la France, l’est de l’Angleterre ou la Catalogne entrent aussi dans cette catégorie de zones de forte densité. Les régions dites rurales ont des densités de population plus faibles. Tel est le cas de la Suède, la Finlande, l’Irlande, et de certaines régions françaises et espagnoles (annexe 1). Certaines zones de forte densité participent largement à la formation du produit brut agricole communautaire. Les problèmes de déprise agricole, et donc de développement rural, se posent plus précisément dans les régions périphériques. Dans ce contexte, nous montrons dans quelle mesure le mode d’allocation des aides directes est susceptible de favoriser l’occupation de l’espace par l’activité de production agricole et de ne pas contribuer à l’agglomération des firmes agro-industrielles. Nous modélisons les relations verticales qui lient les secteurs agricoles et agro-industriels.
Si aucun modèle d’économie géographique ne s’intéresse spécifiquement à la question de l’impact des politiques agricoles sur la localisation des activités, certains travaux considèrent, de manière plus générale, l’impact des dépenses et investissements publics sur la localisation des activités. Trionfetti (1997) montre que des dépenses publiques géographiquement ciblées peuvent créer une force de dispersion dans une structure centre périphérie. Dans ce modèle, l’intervention publique est modélisée comme un élément de la demande. La part des dépenses publiques allouée à la demande de produits locaux et de produits importés est un paramètre du modèle. Martin et Rogers (1995) établissent que les dépenses en infrastructures contribuant à la baisse des coûts de transport intra-régionaux modifient la localisation des activités industrielles. Ils démontrent que ce type d’investissement public favorise l’agglomération des activités. En effet, ces baisses de coûts facilitent l’accès aux marchés des entreprises qui se localisent classiquement selon un trade off coûts de transport et économies d’échelle internes. Une baisse des coûts de transport incite donc les entreprises à s’agglomérer et à bénéficier de rendements d’échelle croissants. Dans le modèle développé par Martin et Rogers (1995) l’intervention publique n’affecte pas directement les coûts de production des firmes. Ce choix de modélisation alternatif est retenu par Charlot (1999). Elle considère l’impact, sur la localisation des activités industrielles, de dépenses publiques géographiquement ciblées qui affectent la structure productive des firmes. Elle montre que les politiques publiques affectant le coût fixe des firmes sont moins efficaces en terme de développement régional (dispersion des activités) que celles qui changent les coûts variables. De manière analogue, nous considérons que les politiques agricoles affectent la productivité des exploitations.
Dans le modèle présenté, les préférences des consommateurs et les relations verticales entre les secteurs agricoles et agro-industriels sont telles que sont produits des biens alimentaires génériques et des variétés. Ce modèle représente de manière stylisée la situation communautaire en opposition à la situation observée aux États-Unis où les produits agro-alimentaires sont de manière générale moins différenciés (Kilkenny et Daniel, 2000). L’économie décrite permet la production de variétés agro-alimentaires, chaque firme produisant une variété. Ces produits sont identifiables selon leur origine géographique de production.
Les secteurs agricoles et agro-industriels sont verticalement liés. Tous les outputs agricoles sont transformés par le secteur industriel. Les outputs agricoles sont les consommations intermédiaires. Les développements de l’économie géographique ont introduit des relations verticales inter-industrielles. Krugman & Venables (1995) et Venables (1996) introduisent des relations verticales entre les industries sous hypothèse d’immobilité géographique de la main-d’œuvre. Ainsi, la localisation des activités industrielles dans ces modèles est liée à la répartition sectorielle endogène de la main-d’œuvre et au jeu des tensions sur le marché du travail. Même si ces tensions peuvent, à partir d’un certain degré de concentration géographique, constituer une force centripète, les relations verticales entre industries sont plutôt des forces d’agglomération, particulièrement si le coût de transport des biens intermédiaires est élevé. L’hypothèse d’immobilité géographique de la main-d’œuvre est appropriée au cadre international mais n’est pas transférable au cadre interrégional (Ottaviano et Puga, 1997).
L’immobilité des facteurs spécifiques à l’activité de production agricole (terre) peut entraver les gains potentiels aux échanges: le foncier agricole étant par définition non délocalisable, on assiste à la création de rentes dans certains espaces alors que d’autres sont inexploités et enclins à la déprise. Cette immobilité du facteur foncier peut justifier la mise en place de politiques spécifiques au secteur agricole et rural (Boussard, 1996; Stiglitz, 2000). Nous considérons ainsi deux formes d’immobilité des facteurs de production, d’une part, l’immobilité du facteur foncier, d’autre part, une certaine rigidité de la mobilité des travailleurs. La population globale du bloc régional représentant de manière stylisée l’Union européenne est fixée. Les travailleurs sont par contre mobiles, au sein du bloc régional, entre les espaces ruraux et urbains. Les effets d’agglomération de la population dans les espaces urbains conduisent à un sous emploi de l’espace productif rural.
Dans le modèle présenté, la terre et la main-d’œuvre sont mobilisées pour produire des produits génériques et des produits différenciés selon leur origine géographique. Les consommateurs ont une préférence pour la variété. Ces produits différenciés sont dénommés AOC (Appellation d’Origine Contrôlée). Il faut toutefois signaler que tous les produits différenciés selon leur origine géographique de production ne sont pas concernés par ces dispositions réglementaires. La différenciation relative au territoire peut aussi être le fruit de simples stratégies de marques. Ainsi, les outputs agricoles peuvent être transformés soit en produits génériques, soit en produits différenciés. La distance entre les régions est discrète et le transport des outputs agricoles comme celui des produits transformés est coûteux. Les travailleurs sont mobiles géographiquement entre les régions du bloc régional et entre les secteurs de l’économie. Aucun coût n’est associé à ces deux formes de mobilité. La maximisation de l’utilité des agents motive leur mobilité géographique et sectorielle (Kilkenny, 1998). Les agriculteurs sont propriétaires fonciers et la disponibilité globale en terre agricole est limitée. Le revenu agricole est donc formé des revenus du travail et de valorisation du foncier. Un impôt sur le revenu des ménages est prélevé pour financer les politiques agricoles (Walz, 1996).
Le système de type équilibre général walrassien est résolu numériquement. Seuls, l’offre totale de travail, la terre disponible dans chaque région, les préférences des consommateurs, les coûts de transport et les technologies de production agricole et de transformation de ces outputs sont exogènes. Le modèle décrit permet de réaliser des analyses de type statique comparative et permet, contrairement à la majorité des modèles d’économie géographique développés à partir du modèle de Krugman (1991 ab), d’obtenir des équilibres de localisation stables et asymétriques. Cette particularité rend le modèle particulièrement adapté à l’analyse de l’impact des politiques de développement rural. La majorité des modèles d’économie géographique permet d’obtenir soit une répartition symétrique des activités, soit une concentration géographique complète de celles-ci (voir Fujita, Krugman et Venables, 1999).
Dans le modèle, la terre est un facteur de production dont la disponibilité totale est limitée. Helpman (1998) considère une mobilité de la population dépendante d’une offre géographiquement fixe de logements (ou de terre). Dans ce modèle, la dépense par logement est égale à la dépense régionale consacrée au logement, divisée par l’offre régionale. Les dépenses relatives au logement représentent une part fixe du revenu régional. Les salaires s’harmonisant entre les régions, les revenus régionaux sont directement liés à la répartition géographique de la population. Dans notre modèle, le prix de la terre est la part résiduelle de la valeur ajoutée du secteur agricole, comme dans les modèles de Ricardo, Von Thünen ou Alonso (1964). La rente foncière est élevée, si la terre est consacrée à la production de produits dont les prix sont élevés, si cette terre est très productive (permet des rendements élevés donc une production intensive) et/ou si elle est localisée près de la demande et permet ainsi de minimiser le coût de transport des outputs. La rente foncière concerne un seul secteur de l’économie, l’agriculture, contrairement aux hypothèses retenues dans les modèles de Helpman (1998) et Fujita & Krugman (1995) où la rente foncière concerne de manière équivalente tous les secteurs de l’économie. Ainsi, le revenu des ménages agricoles est formé par les revenus du travail (salaire) et de ceux de la terre (rente). Étant donné la mobilité sectorielle des agents, le salaire agricole (revenu du travail) est inférieur ou égal (si la rente foncière est nulle) à celui observé dans les autres secteurs de l’économie.
Cet article présente d’abord les hypothèses du modèle de localisation des activités agricoles et agro-industrielles. Ce modèle à deux régions représente de manière stylisée la spécificité du secteur agro-alimentaire communautaire. Il est mobilisé afin d’analyser l’impact de l’attribution de subventions agricoles sur la localisation des activités et des agents, donc sur le développement rural. Enfin, nous considérons l’impact d’aides couplées accordées aux producteurs de produits génériques versus des aides uniformément attribuées sur la base de toutes les surfaces agricoles cultivées (semi-découplées).
Le modèle: des relations verticales spécifiques
Le modèle est construit afin de déterminer un équilibre de répartition sectorielle et géographique des activités et des agents, étant donné les facteurs disponibles et les préférences des consommateurs. Il représente un espace formé de deux régions. La région qui, à l’équilibre, est la moins densément peuplée est dénommée “rurale” et l’autre est dite “urbaine”. Dans un premier temps sont présentées les hypothèses concernant les dotations factorielles régionales, la considération de l’espace et des distances ainsi que les préférences des consommateurs. Figurent ensuite les hypothèses permettant la mobilité géographique et sectorielle des agents.
Le pays est composé de deux régions. Les terres cultivables sont majoritairement détenues par une région (80%), soit
ϕ = 0,8. Les travailleurs sont mobiles entre les deux régions. Il y a quatre secteurs (
i =
g,
s,
m,
a) dans l’économie, deux secteurs agricoles (
f =
g,
s) et deux secteurs agro-industriels (
m,
a). Le secteur agricole “générique” (
i =
g) dans la région
r utilise la terre
Tr,g, et emploie la main-d’œuvre
Lr,g. Ce secteur produit un
output agricole dit “générique” utilisé par les industries agro-alimentaires manufacturières (
i =
m). Ces industries utilisent indifféremment des
inputs agricoles génériques produits dans l’une ou l’autre des régions. Les
outputs agricoles “spécifiques” sont produits par le secteur agricole indicé
s (
i =
s). Ces
outputs sont exclusivement transformés par des industries agro-alimentaires localisées dans la même région que les exploitations qui les approvisionnent. Ces industries dites “AOC” (
i =
a) s’approvisionnent exclusivement sur le marché local des
inputs agricoles spécifique de la même région. Elles transforment cet
input spécifique en produit dit “AOC”. Les relations entre les secteurs de production sont présentées ci-après (
schéma 1). Les ménages sont recensés dans quatre secteurs d’activité (
i =
g,
s,
m,
a) et deux régions indicées
r (ou
rr)
[3].
Schéma 1
Relations verticales entre les secteurs
Les fonctions de production agricoles sont de forme Leontiev (1). Ainsi, une unité de travail (L) et une unité de terre (T) sont nécessaires pour produire une unité d’output agricole. Par exemple, un ménage agricole et quelques hectares produisent une tonne de céréales. La fonction de production agricole est associée aux deux types d’exploitations (i = g, s). Pour simplifier la présentation, l’indice f est utilisé pour désigner les secteurs agricoles, soit f = g, s.
Ce choix permet une représentation simplifiée par rapport à une situation où l’on considère des rendements d’échelle spécifiques au secteur agricole (Daniel, 2001). Cette formulation implique par ailleurs que les rendements techniques agricoles sont fixes. Ceci induit que les politiques agricoles n’ont pas d’effet ici sur l’intensification ou l’extensification de la production. Nous retenons cette hypothèse pour centrer notre analyse sur la localisation des activités, sans considérer le changement technique.
Ainsi, le coût marginal de production agricole est la somme du salaire agricole par agriculteurs (wr,f) et de la rente foncière par hectare (vr,f). Au maximum du profit, ce coût marginal est égal au prix au producteur (Pr,f) s’il n’y a pas de subvention (2).
Les salaires et la rente foncière sont déterminés à l’équilibre sur les marchés de facteurs (3 et 4). L’équilibre sur le marché du travail est interrégional puisque les ménages sont mobiles aux niveaux sectoriel et géographique. Nous ne considérons pas de chômage pour centrer l’analyse sur le choix de localisation des agents.
La répartition géographique des agriculteurs détermine la demande régionale de terre agricole. Avec T∅ la terre globalement disponible et ϕr le coefficient de répartition des surfaces entre les deux régions, dans chaque région on a:
Les entreprises agro-alimentaires (i = m, a) utilisent des inputs d’origine agricole et de la main-d’œuvre. Les firmes qui produisent des variétés (i = a) font face à un coût fixe (K) exprimé en unités de travail alors que les industries qui transforment les outputs agricoles génériques (i = m) produisent à rendements d’échelle constants. Avec I les inputs d’origine agricole et ψ le coefficient de transformation industriel de ces inputs, on a:
Les conditions de transformation des inputs d’origine agricole sont telles qu’il faut ψ unités de produit agricole pour obtenir une unité de produit agro-industriel. Pour minimiser les coûts, Ig,m,r = (1/ψ)Qr,m et Is,a,r = (1/ψ)Qr,a. L’emploi par entreprise générique est Lr,m = Qr,m. Les inputs de type générique produits dans les deux régions sont de parfaits substituts pour l’industrie agro-alimentaire. Par conséquent, ces industries (i = m) utilisant ces inputs s’approvisionnent au meilleur prix (coûts de transport inclus si les inputs sont importés), ou elles utilisent indifféremment l’un ou l’autre des inputs si leurs prix “à la livraison” (DP) sont équivalents. Ces conditions sont telles que:
Les inputs agricoles génériques produits dans la région r sont demandés par les industries de la région rr (QDr,g,rr > 0) si leur prix à la livraison est inférieur au prix des inputs locaux, ou si ces prix sont égaux.
Le prix des inputs pour les industries est déterminé à l’équilibre (12). Les industries de type AOC utilisent seulement des produits agricoles spécifiques de leur région, ainsi IPr,s = Pr,s. Pour les deux types d’industries, les quantités demandées sont fonction des besoins en inputs:
Le coût total dans les industries (i = m, a est: CT = w•Q + (1/ψ)•Q•IP. Donc, le coût marginal est:
Les firmes de type AOC (
i =
a) produisent à rendements d’échelle croissants, le coût fixe de production (
K) est un coût en travail, soit
Lr,a =
Qr,a +
K. Ces industries qui vendent des variétés sont en situation de concurrence monopolistique. Le nombre de firmes (
N) et leur taille (
Q*) sont endogènes. Le principe de libre entrée induit à terme une annulation des profits. La taille d’équilibre de ces entreprises est définie (
annexe 2), elle est fonction du coût fixe (
K), du coefficient associé à l’élasticité de substitution entre les variétés demandées (
ρ) et du coefficient de transformation des
outputs agricoles en produits de consommation (
ψ). Elle est de la forme
[4]:
Par conséquent, l’emploi dans chacune des firmes AOC est:
Le nombre de firmes AOC (i = a) est limité dans chaque région (Nr,a) par le travail employé dans le secteur dans chaque région (LSr,a).
Les exploitations agricoles et les firmes agro-alimentaires transformant des outputs génériques (i = g, s, m) produisent à rendements d’échelle constants. Ainsi, dans chacune des régions où ce type d’industrie est représenté, on a une seule firme, soit Nr,g, Nr,s et Nr,m = 1 et LD = L dans ces secteurs.
Selon le principe de maximisation des profits, le prix des biens agro-alimentaires au producteur est défini dans chacun des secteurs agro-industriels (i = m, a):
Les prix sont équivalents aux coûts marginaux pour le secteur produisant des biens génériques. Le prix des variétés de type AOC est un mark up sur le coût marginal.
Le transport des inputs agricoles et des produits agro-alimentaires entre les deux régions est coûteux. Aucun coût de transport n’est considéré lorsque les produits sont échangés au sein de chacune des régions. Le coût de transport interrégional est classiquement modélisé sous forme “iceberg” de Samuelson, ainsi les quantités consommées lorsque les produits sont échangés entre les régions (QDr,i,rr) sont inférieures aux quantités offertes (QSr,i,rr) (12). Cette différence est relative au coût de transport interrégional des produits (finaux ou inputs agricoles génériques) (0 ≤ θr,i,rr ≤ 1):
Ce coût de transport implique que le prix au consommateur (DP delivered price) sera supérieur au prix au producteur (P mill price) (voir Beckmann et Thisse, 1986):
Les conditions d’équilibre sont respectées sur tous les marchés de biens:
La fonction d’utilité des ménages considérée est de type Cobb-Douglas (15). Ils consomment des composites de biens (C). Cette fonction permet l’arbitrage entre la consommation de variétés (Ca,r) produites localement, et de variétés provenant de l’autre région (Ca,rr), et de produits génériques (Cm) de chaque région:
Les composites de biens sont des agrégats (CES). Les produits génériques provenant des deux régions sont des substituts imparfaits pour les consommateurs (hypothèse d’Armington). Les variétés dites AOC sont aussi des substituts imparfaits au sein de chaque région, elles forment les composites Ca,r et Ca,rr. La consommation totale de chaque produit par les ménages, identifiés par leur localisation et leur secteur d’emploi (Cc,ir,) est égale aux quantités livrées par les industries (QDr,i,rr). Avec LSr,i les ménages travaillant dans le secteur i de la région r, ςr,i,c,rr la part du secteur industriel i dans la consommation finale c, et Nr,i le nombre de firmes, (donc de variétés dans le secteur des AOC):
Le revenu des ménages agricoles est formé des salaires et de la rente foncière, alors que celui des ménages employés dans l’industrie est formé des salaires. Ainsi, si la rente foncière est positive dans une région, les salaires agricoles seront inférieurs aux salaires des ménages employés par le secteur industriel, leurs revenus nets étant équivalents étant donné l’hypothèse de parfaite mobilité des agents. Soit YHr,i le revenu des ménages par secteur d’activité, avec Nr,i,le nombre de firmes dans le secteur:
On note YHr,hh le revenu des ménages par secteur d’activité, puisque chaque ménage est caractérisé par son secteur d’emploi (i = hh), soit LSr,hh le nombre de ménages employés dans chaque secteur, µ le coefficient associé à la fonction d’utilité Cobb-Douglas (15), C le composite des biens consommés par chaque ménage (16), et CP le composite des prix. Le prix composite des biens (CP) est défini à l’équilibre sur le marché des biens finis. Il est la moyenne pondérée des prix des biens composant le panier alimentaire. L’équation de budget des ménages pour chaque type de bien est de la forme suivante:
Les ménages choisissent leur région et leur secteur d’activité afin de maximiser leur utilité (Ur,hh; i = hh). La mobilité des travailleurs n’est associée à aucun coût. Les conditions de mobilité géographique et sectorielle de la main-d’œuvre sont telles que (Kilkenny, 1998):
Le numéraire est le prix de l’output agricole “spécifique” produit dans une région. On choisit un prix agricole comme numéraire, l’agriculture étant considérée comme produisant à rendements d’échelle constants. Par ailleurs, étant donné la structure des préférences (15), il y a toujours une demande, donc une offre de produits AOC dans les deux régions. Cette hypothèse induit aussi une certaine stabilité des prix de l’alimentation.
Les conditions de Walras requièrent qu’une équation du système soit résolue implicitement. L’équation d’équilibre de marché pour le numéraire est donc soustraite. Les solutions présentées ci-après sont telles que les conditions de Walras sont respectées.
Aides directes, occupation de l’espace et localisation des activités
Le système présenté est complété afin de modéliser l’application et le financement de politiques publiques. Il considère l’attribution de subventions agricoles (Si) qui est exogène, et les prélèvements fiscaux nécessaires à leur financement. L’équilibre budgétaire (20) doit être respecté. Les ménages sont taxés, le taux d’imposition (g) est endogène. Il doit permettre de couvrir les dépenses relatives aux politiques agricoles.
Tous les ménages sont assujettis au même taux d’imposition, ce qui réduit leur revenu disponible:
La politique agricole est définie d’une part, selon le mode d’attribution des subventions, d’autre part selon leur montant. Concernant le mode d’attribution des aides, on considère deux scénarios. Dans un premier temps, seuls les producteurs de produits génériques assimilés à des produits de consommation courante sont subventionnés (scénario 1). Cette politique a pour objectif de soutenir le revenu de ces producteurs et de favoriser des prix bas à la consommation pour les produits alimentaires de première nécessité. Ces aides directes (Sr,g) sont attribuées aux producteurs d’outputs génériques en fonction de leurs surfaces cultivées. Leur attribution modifie le coût marginal, donc le prix au producteur, dans les exploitations concernées:
Un scénario alternatif consiste à subventionner toutes les activités agricoles de manière équivalente, sur la base des surfaces mises en culture. Par rapport au scénario précédent, il accroît le degré de découplage des soutiens. L’attribution des subventions modifie le coût marginal et le prix au producteur pour toutes les exploitations. Avec (f = g, s):
Ces deux scénarios permettent d’obtenir des équilibres distincts de répartition des activités. Ils n’ont pas le même impact en terme d’occupation de l’espace par l’activité de production agricole. L’application de ces scénarios est analysée en référence à une situation sans intervention publique
[5]. L’analyse est de type statique comparative.
Avant de présenter les résultats des simulations, il faut préciser que dans notre cadre d’analyse en équilibre général, les phénomènes d’agglomération des activités ne sont pas liés à la seule évolution des coûts de production relatifs entre régions, ils sont avant tout liés à l’utilité que peuvent retirer les agents en étant localisés dans une région par rapport à l’autre. Globalement, il existe des économies d’échelle externes qui font que les activités s’agglomèrent dans certains endroits alors que certains facteurs fixes, tels que le foncier agricole, sont inexploités dans d’autres.
Les résultats des simulations présentées ci-après, comme ceux de Krugman (1991a, b) sont fortement dépendants des externalités et de processus cumulatifs. Les agents tendent à se localiser dans les régions qui sont les plus peuplées, qui sont celles qui présentent un large marché proposant un nombre relativement élevé de variétés. Cette forte disponibilité de variétés a un effet positif sur l’utilité des agents.
Des aides couplées aux surfaces en produits génériques
Dans ce scénario, des aides sont attribuées aux producteurs d’outputs génériques, sur la base des surfaces mises en culture. L’aide octroyée (qui est exogène) est de 0,2 par unité de terre cultivée (Sr,g = 0,2). Ce montant unitaire représente donc environ 20% du prix au producteur sans intervention publique (0,998 – tableau 1). Le taux de prélèvement fiscal nécessaire au financement d’une telle politique est g = 0,021.
Tableau 1
Prix, salaires et rentes – situation de référence, sans intervention publique
Rural Urbain P w v P w v Secteurs agricoles Générique Spécifique 0,998 0,998 0,909 0,900 0,089 0,098 – 1 – 1 – – Secteurs industriels Manufacturier AOC 1,247 2,495 0,998 0,998 1,277 2,500 1 1
Il faut préciser que l’équilibre endogène initial est tel que toute la production générique est située dans la région rurale qui est la plus compétitive pour cette production (tableau 1). L’attribution d’aides couplées aux facteurs par type de produit permet par conséquent d’effectuer, a priori, un certain ciblage géographique pour l’attribution des soutiens. Étant donné l’équilibre initial observé, une politique d’aides directes aux exploitations “génériques” concerne directement la région rurale (tableau 2). Signalons que l’aide octroyée n’est pas suffisante pour inciter à la production agricole de biens génériques dans la région “urbaine”. Ainsi, les outputs agricoles génériques restent exclusivement produits dans la région rurale.
Tableau 2
Répartition géographique et sectorielle de la main-d’œuvre et emploi de la terre
Population et main-d’œuvre Rural Urbain Total (en %) Secteurs agricoles Générique Spécifique 10,4 2,6 0 2,4 10,4 5 Secteurs industriels Manufacturier AOC 21,2 23,3 18,4 21,8 39,6 45 Total (en %) 57,4 42,6 100 Terre Secteurs agricoles Générique Spécifique 20,8 5,2 0 4,8 20,8 10 Jachère 54 15,2 69,2 Total (en %) 80 20 100
Cette politique conduit à l’augmentation du nombre de producteurs de biens agricoles génériques dans la région rurale. Par ailleurs, le secteur manufacturier bénéficie d’un accroissement de la main-d’œuvre. Les agents localisés dans cette zone bénéficient de prix de l’alimentation inférieurs à ceux de la région urbaine. Étant donné les hypothèses de consommation, l’augmentation de la population dans la région rurale (tableau 3) engendre une augmentation de la production locale d’AOC. Dans cette région, le nombre de variétés produites augmente. Cet effet augmente l’utilité des ménages ruraux, il conduit à une augmentation supplémentaire de la population rurale.
Tableau 3
Répartition géographique et sectorielle de la main-d’œuvre et emploi de la terre en cas de subventions aux surfaces cultivées en outputs génériques
(+ variation par rapport à la situation de référence) Population et main-d’œuvre Rural Urbain Total (en %) Secteurs agricoles Générique Spécifique 10,6 (0,2) 2,7 (0,1) 0 2,1 (– 0,3) 10,6 (0,2) 4,8 (– 0,2) Secteurs industriels Manufacturier AOC 34,2 (13) 24,6 (1,3) 7,3 (– 11) 18,3 (– 3,3) 41,5 (2) 42,9 (– 2) Total (en %) 72,1 (14,7) 27,8 (– 14,7) 100 Terre Secteurs agricoles Générique Spécifique 21,2 (0,4) 5,5 (0,3) 0 4,1 (– 0,7) 21,2 (0,4) 9,6 (– 0,4) Jachère 53,3 (– 0,7) 15,9 (0,7) 69,2 Total (en %) 80 20 100
Suite à l’attribution d’aides couplées, la baisse des prix des produits de consommation finale est plus importante dans la région rurale que dans la région urbaine (tableau 4). Cette baisse de prix résulte d’une part de la baisse du prix des inputs agricoles (liée à l’augmentation de la production de biens génériques dans la région) et d’autre part de la baisse des salaires du secteur industriel (leur salaire réel bénéficie de l’augmentation du nombre de variétés rurales).
Tableau 4
Aides directes aux surfaces en outputs génériques – Prix, salaires et rentes
(+ variation par rapport au scénario de référence) P Rural Urbain w v P w v Secteurs agricoles Générique Spécifique 0,679 (– 0,319) 0,879 (– 0,119) 0,776 (– 0,133) 0,778 (– 0,122) 0,102 (0,013) 0,101 (0,003) – – 1 (0) – – 1 (0) – – – Secteurs industriels Manufacturier AOC 1,048 (– 0,199) 2,196 (– 0,299) 0,879 (– 0,119) 0,879 (– 0,119) 1,188 (– 0,089) 2,5 (0) 1 (0) 1 (0)
Malgré la subvention, la production agricole générique dans la région urbaine n’est toujours pas compétitive avec celle de la région rurale. L’attribution de la subvention induit une augmentation du coût d’opportunité de la terre, ce qui contribue au fait que la production de biens agricoles générique reste nulle dans la région urbaine. Cette augmentation est aussi effective dans la région urbaine. L’augmentation de la rente est plus importante pour le secteur directement concerné par les subventions (tableau 4).
Ce type d’aides directes contribue donc à l’homogénéisation de la production du secteur agro-industriel. Les surfaces en output spécifique dans la région rurale augmentent moins que celles en output générique, d’où la spécialisation régionale. Le nombre de variétés globalement produites diminue (– 4,5%), la diminution observée dans la région urbaine excède l’augmentation dans la région rurale.
L’attribution d’aides couplées ne conduit pas à un accroissement global des surfaces cultivées. Par contre, les surfaces augmentent dans la région directement concernée par le soutien aux dépens de l’autre région. Ainsi, des aides couplées permettent de développer l’activité agricole dans la région produisant ex ante le produit concerné par les subventions. Une aide forfaitaire indifférenciée selon le type de production agricole permet une répartition géographique des soutiens plus homogène. Une telle politique a un impact différent en terme d’évolution des surfaces cultivées et de localisation des activités.
Des aides indifférenciées aux surfaces cultivées
Dans le cadre du scénario 2, les aides sont attribuées forfaitairement sur la base des surfaces cultivées, quel que soit l’output. Les deux types d’exploitations agricoles sont donc directement concernés par le soutien. La subvention par unité de terre mise en culture est de 0,1, soit Sr,f = 0,1. Son montant est donc inférieur à celui considéré dans le scénario précédent (0, 2), ceci afin de limiter l’augmentation des prélèvements fiscaux. Le taux d’imposition (g) est de 0,016 dans ce scénario. Les deux scénarios présentés permettent d’obtenir des niveaux d’utilité des agents égaux et sont donc équivalents en terme de bien-être.
L’attribution de subventions aux surfaces cultivées induit une augmentation des salaires agricoles et de la rente foncière. Pour chacun des secteurs agricoles et dans chacune des régions, la somme de l’augmentation des salaires nominaux et de la rente est supérieure ou égale au montant de la subvention unitaire. Ainsi, l’aide directe n’engendre pas de baisse des prix des produits à la consommation. L’augmentation de ces prix est accentuée par l’augmentation du niveau des salaires réels dans l’industrie (tableau 5).
Tableau 5
Aides directes aux surfaces agricoles – Prix, salaires et rentes
(+ variation par rapport au scénario de référence) P Rural Urbain w v P w v Secteurs agricoles Générique Spécifique 1,066 (0,068) 1,066 (0,068) 1,067 (0,157) 1,067 (0,166) 0,100 (0,011) 0,100 (0,002) – – 1 (0) – 1,100 (0,1) – – – Secteurs industriels Manufacturier AOC – – 2,864 (0,569) – – 1,167 (0,169) 1,393 (0,116) 2,7 (0,2) 1,100 (0,1) 1,100 (0,100)
L’augmentation des salaires nominaux est plus importante dans la région rurale que dans la région urbaine. Ce phénomène conduit à l’agglomération complète des activités de transformation industrielle des produits génériques dans la région urbaine (secteur manufacturier, i = m). La concentration de l’industrie AOC engendre une augmentation de la production de variétés dans la région urbaine puisque les consommateurs ont une préférence pour les produits locaux: le phénomène est donc cumulatif. L’effectif de travailleurs des secteurs “agriculture spécifique” et “industrie AOC” augmente donc dans cette région. Dans la région rurale, seul l’effectif des exploitants produisant des outputs génériques augmente. L’attribution des subventions conduit globalement à une augmentation de la main-d’œuvre agricole. Parallèlement, les surfaces cultivées et l’effectif d’exploitants augmentent. Cette politique favorise l’agglomération des activités industrielles dans la région urbaine (tableau 6).
Tableau 6
Subvention aux surfaces agricoles – Répartition géographique et sectorielle de la main-d’œuvre et emploi de la terre
Population et main-d’œuvre Rural Urbain Total (en %) Secteurs agricoles Générique Spécifique 11,0 (0,6) 2,3 (– 0,3) 0 2,7 (0,3) 11 (0,6) 5 (0) Secteurs industriels Manufacturier AOC 0 (– 21,2) 20,2 (– 3) 39,6 (21,2) 24,2 (2,4) 39,6 (0) 44,4 (– 0,6) Total (en %) 33,5 (– 23,9) 66,5 (23,9) 100 Terre Secteurs agricoles Générique Spécifique 22,0 (1) 4,5 (– 0,6) 0 5,4 (0,6) 22 (1) 9,9 (0) Jachère 53,5 (– 0,4) 14,6 (– 0,6) 68,1 (– 1) Total (en %) 80 20 100
Cette augmentation de l’effectif agricole aux dépens de l’emploi agro-industriel conduit à une diminution du nombre de variétés produites par rapport à la situation de référence (– 2,7%). Cette baisse du nombre de variétés est toutefois moins importante que celle observée lors de l’attribution d’aides couplées.
L’attribution d’aides directes basées sur les surfaces cultivées pour tous les producteurs, permet donc d’augmenter les surfaces cultivées. Par contre, ce principe d’attribution des soutiens directs favorise l’agglomération des activités industrielles dans la région urbaine. Une telle politique favorise donc l’occupation de l’espace par l’activité de production agricole. En revanche, même si la région rurale bénéficie majoritairement des transferts publics, cette politique n’est pas efficace en terme de développement rural et favorise l’agglomération des activités dans la région la plus intensive.
Le modèle développé permet d’obtenir des équilibres asymétriques de localisation des activités et d’emploi du foncier par l’agriculture. Tous les agents étant mobiles géographiquement, ce modèle est particulièrement pertinent pour l’analyse des questions de localisation des activités dans les espaces ruraux. Le système de représentation des préférences des consommateurs et la limitation de l’espace cultivable permettent de ne pas observer de phénomènes de concentration totale des activités dans une seule région.
Dans la perspective d’un plus grand découplage des aides directes agricoles des produits, l’impact de deux formes de politique agricole est analysé sur la base du modèle. L’attribution d’aides directes couplées engendre une spécialisation de l’espace productif en produit soutenu. Ces aides attribuées aux producteurs d’outputs génériques permettent globalement de baisser le niveau des prix à la consommation. Sans intervention publique, les outputs génériques étant produits dans la région rurale, ce mode d’attribution des subventions permet au décideur public de cibler a priori la répartition géographique des crédits. Même s’ils risquent d’encourager la production dans des régions qui ne produisaient pas d’outputs génériques jusqu’alors, les régions qui en produisent sont forcément concernées par les aides directes. L’attribution de ces aides couplées aux facteurs par type de production a un effet dispersif des activités agricoles. Elle favorise aussi la localisation des activités agro-industrielles dans la région rurale. Cet effet est engendré par la préférence spécifique des consommateurs pour les produits locaux.
L’attribution d’aides indifférenciées aux surfaces cultivées, dites ici, semi-découplées, concerne majoritairement l’espace rural, puisque la majeure partie des surfaces et des ménages agricoles est recensée dans cette région. Une telle politique ne favorise pourtant pas la localisation des activités dans l’espace rural. En effet, la variation des salaires et des rentes successive à la mise en place de cette politique est favorable à la région urbaine. Ainsi, l’octroi de ces subventions engendre un processus d’agglomération des activités industrielles dans la région urbaine. Si la politique de développement régional poursuit un objectif de répartition ou de dispersion des activités sur le territoire, selon notre analyse, une politique d’aides uniformes à l’hectare cultivé n’est pas susceptible de répondre à cet objectif dans les secteurs agricoles et agro-industriels. Par contre, selon ce critère, les aides couplées, si elles concernent a priori la région rurale, auront un effet dispersif des activités agricoles et agro-industrielles. Cet effet bénéficie aux régions les plus extensives. Ainsi, un nouveau processus de découplage des aides directes à l’agriculture communautaire conduirait à la concentration géographique des activités agricoles et agro-industrielles.
K. D. & M. K.
Date de réception de l’article: 30 novembre 2001
Date d’acceptation pour publication: 27 novembre 2002
Annexe 1. Carte de la densité de population des zones rurales européennes
Sources: Moricori – Ebrard Geopols, 1994, et Eurostat.
Annexe 2. La dimension d’équilibre des firmes produisant des variétés
Principe de d’égalisation des coûts (CT) et des revenus (Rev)
Rev = P • Q
CT = w • L + PI • I
Avec L le travail, w le salaire, PI le prix des inputs agricoles spécifiques et I le volume d’input utilisé.
La fonction de coût en travail est:
L = Q + K
Avec ψ le coefficient de transformation des inputs d’origine agricole, on a:
I = (1/ψ)Q
Soit:
P = (1/ρ)(w+(1/ψ))PI
P • Q = w • Q + w • K + w(1/ψ)Q
⇔ (1/ρ)(w+w/ψ)Q = w • Q + w • K + (w/ψ)Q
⇔ Q((1/ρ)(w + w/ψ) − w − (w/c)) = w • K
Étant donné: L* = Q* + K,
Tableau A3.1
Matrice de comptabilité sociale
Rural g Rural s Rural m Rural a Rural hh Urbain g Urbain s Urbain m Urbain a Urbain hh Total Rural g 5,280 5,109 10,389 Rural s 2,570 2,570 Rural m 17,034 9,367 26,401 Rural – a 17,162 8,535 25,697 Rural hh 10,389 2,570 21,121 23,127 57,207 Urbain g 0 Urbain s 2,424 2,424 Urbain m 11,570 11,971 23,540 Urbain a 11,441 12,803 24,244 Urbain hh 2,424 18,431 21,820 42,675 Total 10,389 2,570 26,401 25,697 57,207 0 2,424 23,540 24,244 42,675
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[1]
Auteur correspondant: Karine
Daniel, Université de Nantes (Laboratoire d’Économie de Nantes), Institut National de la Recherche Agronomique (Nantes) et Université Paris I Panthéon-Sorbonne, équipe TEAM – Pôle international (
daniel@ nantes. inra. fr).Maureen
Kilkenny, Professeur, Department of Economics, Iowa State University.Cet article a été rédigé dans le cadre de travaux financés par le Commissariat général du Plan, convention n° 5-2000.
[2]
Ces deux types de paiements directs sont basés sur le foncier mais présentent des degrés de découplage distincts, nous les qualifions donc schématiquement de couplés et semi-découplés pour faciliter la lecture.
[3]
On spécifie
r et
rr lorsqu’il y a une transaction au sein d’une région ou entre les régions. Par exemple,
r est la région de production et
rr celle de consommation (la région
r peut être la même ou différente de
rr).
[4]
Sans consommation intermédiaire soit
ψ = 0, la taille est classique.
[5]
Pour le scénario de référence, les hypothèses sur les paramètres sont les suivantes. Le pays compte 100 unités de travail mobile, et 50 unités de terre cultivable (
L∅ = 100,
T∅ = 50). Une région détient 80% des terres agricoles. Quatre unités de biens agro-industriels sont produites à partir d’une unité d’
output agricole (
ψ = 4). Les coûts de transport interrégionaux sont de 10% par unité transportée (
θr,rr = 0,1). Le coût fixe en travail des firmes AOC (
i =
a) est tel que
K = 0,1. Les préférences des consommateurs sont telles que 50% de leur budget alimentaire est consacré à la consommation de produits génériques (µ
m = 0,5), 30% de ce budget est consacré à la consommation de variétés produites localement (composées exclusivement d’
inputs agricoles locaux). Par conséquent 20% du budget alimentaire est dépensé pour l’achat de variétés importées. Dans le scénario de référence, la préférence pour la variété des consommateurs est telle que
σa = 2 et
σm = 4. Les produits AOC sont donc moins substituables entre eux que les produits génériques (maximum de deux types de produits génériques si les industries sont présentes dans les deux régions). Les autres variables sont endogènes. La matrice de comptabilité sociale relative à cette situation de référence est présentée en
annexe 3.