Economie internationale
La Doc. française

I.S.B.N.sans
190 pages

p. 131 à 163
doi: en cours

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no 92 2002/4

2002 Économie internationale

Croissance de la productivité dans l’industrie manufacturiere chinoise : le role de l’investissement direct étranger

Chen Yu Sylvie Démurger  [1]
Cet article propose une évaluation de la croissance de la productivité globale des facteurs (PGF) dans l’industrie manufacturière chinoise et examine l’impact de l’investissement direct étranger sur ces performances pour un échantillon de vingt-neuf provinces entre 1988 et 1994. La disponibilité restreinte de données industrielles limite fortement la période d’étude, qui correspond à une phase d’ouverture relativement peu dynamique de l’économie chinoise. Toutefois, les estimations de la croissance de la PGF par grande industrie montrent des différences significatives entre les secteurs selon leurs sources d’investissement (étranger et/ou local) pour l’industrie des biens de consommation. Ceci confirme les résultats usuels quant à l’impact positif de l’investissement direct étranger sur la croissance économique en Chine. En revanche, aucune relation n’apparaît clairement pour les industries des biens intermédiaires et des biens d’équipement. Enfin, la comparaison de la dispersion des performances en matière de productivité globale des facteurs entre les provinces suggère une dissociation entre la concentration des flux d’IDE et l’accroissement des disparités régionales.
Classification JEL: D24; F21; L60.Mots-clés : Chine, investissement direct étranger, productivité globale des facteurs.
This article sets out to assess the growth of total factor productivity (TFP) in Chinese industry and examines the impact of foreign direct investment on the performance of a sample of 29 provinces, between 1988 and 1994. The availability of data limits greatly the period to be studied, which in fact was a phase of China’s opening up that was not very dynamic. However, the estimates of TFP growth by major industries shows that significant differences between activities within the consumer goods sector, depending on the sources of investment (foreign or local). The study thus confirms the usual observations that foreign direct investment has had a positive impact on growth in China. In contrast, no clear relationship emerges as far as intermediate goods and capital equipment industries are concerned. Lastly, a comparison of the dispersion of total factor productivity across provinces suggests that the concentration of FDI is dissociated from the rise of regional disparities.
JEL Classification: D24; F21; L60.Keywords : China, foreign direct investment, total factor productivity.
L’une des caractéristiques les plus marquantes de l’ouverture économique de la Chine au cours des vingt-cinq dernières années est l’afflux massif d’investissements directs étrangers (IDE) vers ce pays. Ainsi, la Chine est devenue dès 1993, le principal pays d’accueil des IDE après les États-Unis et le premier pays d’accueil parmi les pays en développement. Après le ralentissement observé à la suite de la crise asiatique en 1997, les flux d’investissements directs étrangers en direction de la Chine n’ont cessé de croître au cours des dernières années pour atteindre près de 50 milliards de dollars en 2002 [2]. Cette croissance extrêmement rapide des flux d’IDE en Chine est en général attribuée à différents facteurs [3] parmi lesquels on peut souligner: (i) la volonté affirmée du gouvernement chinois d’attirer les IDE par des politiques préférentielles ciblées envers les investisseurs étrangers, (ii) la croissance économique rapide et soutenue de la Chine, (iii) la disponibilité d’une main-d’œuvre abondante et peu coûteuse, (iv) la taille immense et l’expansion rapide du marché intérieur chinois et (v) le rôle des investisseurs chinois de Hong-Kong, Taiwan et Macao.
Parallèlement à l’ouverture de la Chine vers l’extérieur, de profondes modifications internes ont accompagné la mise en œuvre des réformes depuis la fin des années soixante-dix. Le secteur industriel s’est trouvé au cœur de la modernisation de l’économie chinoise avec d’une part, l’afflux de capitaux, notamment étrangers dans l’industrie légère et d’autre part, la réallocation du travail des activités agricoles vers les centres industriels urbains. Le Produit Intérieur Brut (PIB) industriel chinois a ainsi crû à un rythme annuel moyen de 11,4% entre 1978 et 2000 – soit un rythme supérieur au taux de croissance du PIB total – et l’emploi industriel a plus que doublé sur la même période [4].
L’importance de l’investissement direct étranger dans les performances économiques et l’expansion commerciale de la Chine a été abondamment discutée. L’essentiel de la littérature sur le sujet porte sur la croissance du PIB et analyse les écarts régionaux en matière de croissance économique, sans entrer dans le détail de la structure industrielle et des performances par secteur. Au niveau agrégé des provinces, il apparaît clairement que l’investissement direct étranger qui afflue en Chine depuis plus de vingt ans a eu un effet positif sur le développement économique et le dynamisme du pays, effet qui s’observe particulièrement dans les provinces côtières où la croissance du PIB a été la plus rapide [5]. Cet impact positif est généralement attribué d’une part, à l’accumulation de capital à laquelle participe l’IDE et d’autre part, à l’accroissement de la productivité globale des facteurs qu’il favorise par le biais de transferts de technologie et de savoir-faire managérial.
En ce qui concerne plus spécifiquement le rôle de l’IDE dans le développement industriel chinois, plusieurs travaux ont examiné les moteurs de la croissance industrielle à la fin des années quatre-vingt et au début des années quatre-vingt-dix (Démurger, 1996; Mody et Wang 1997; Wei 1994 et 1996) [6] et ont mis en évidence la contribution positive significative de l’IDE à la croissance industrielle. Wei (1996) montre ainsi que près de 20% de la différence dans la croissance de la production industrielle au niveau des villes chinoises entre 1988 et 1990 peut être attribuée à la différence dans la part des entreprises à capitaux étrangers dans la production industrielle. Plusieurs canaux sont distingués dans l’impact de l’IDE sur la croissance industrielle. Tout d’abord, dès lors qu’il n’induit pas d’effet d’éviction sur l’investissement local, l’IDE contribue à l’accumulation de capital physique, et par conséquent à la croissance. Démurger (1996) montre ainsi que sur la période 1983-92, l’IDE par tête explique près de la moitié des variations dans l’investissement total et qu’il stimule effectivement l’investissement national. En outre, divers travaux ont mis en évidence la contribution de l’IDE à la diffusion du savoir-faire technologique et managérial entre les entreprises d’une même ville ou d’une même province (Dayal-Gulati et Husain, 2002; Démurger, 2000a; Wei, 1994).
Dans une perspective complémentaire, un second groupe de travaux consacrés au rôle de l’IDE dans l’industrie chinoise s’est intéressé à l’efficacité relative des entreprises à capitaux étrangers et à l’impact de ces entreprises sur leurs concurrentes/partenaires chinoises. À l’aide essentiellement des données du recensement industriel de 1995, ces travaux mettent en évidence les meilleures performances des entreprises à capitaux étrangers par rapport aux entreprises nationales chinoises, en termes de productivité globale des facteurs (Fan, 1999; Sun, 1998) [7], d’efficacité technique (Sun, 1998; Sun et al. 1999) ou de profitabilité (Zhang et Zheng, 1998; Wei et al., 2002) [8]. La présence des entreprises à capitaux étrangers a donc un effet positif direct sur les performances industrielles chinoises. Comme le montrent Fan (1999) et Sun (1998), les entreprises à capitaux étrangers ont également un impact indirect par le biais des liens qu’elles entretiennent avec les entreprises chinoises. Ils mettent ainsi en évidence des effets d’entraînement significatifs des entreprises à capitaux étrangers vers les entreprises locales. Comme le souligne Sun (1998), les entreprises à capitaux étrangers, qui sont désormais des producteurs importants en Chine, contribuent notamment à la croissance de la production nationale par leur demande d’intrants auprès des entreprises locales.
Le nombre finalement limité des analyses consacrées à un examen détaillé des effets de l’IDE sur la structure et l’efficience de l’industrie manufacturière chinoise vient essentiellement du manque de données adéquates pour tester directement l’impact de l’IDE sur les performances industrielles chinoises. En effet, les seules données disponibles par branche industrielle et par type de propriété (dont les entreprises à capitaux étrangers) proviennent du troisième recensement industriel conduit en 1995, mais le faible degré de désagrégation de ces données ne permet pas d’effectuer une analyse détaillée par catégorie de propriété. Nous essayons dans cet article de proposer un test indirect de la relation entre investissement direct étranger et performance de l’industrie manufacturière chinoise en utilisant les statistiques industrielles disponibles par province au cours de la période 1988-94 [9]. L’examen préliminaire de la distribution sectorielle et géographique de l’IDE permet de repérer les branches manufacturières et les provinces les mieux dotées en capital étranger et de comparer ensuite leurs performances productives à l’ensemble de l’industrie chinoise. L’analyse reste néanmoins très partielle dans la mesure où d’une part, elle ne propose qu’une évaluation indirecte du rôle de l’IDE dans l’industrie chinoise et où d’autre part, elle ne couvre qu’une période très courte (1988-94) au cours de laquelle l’ouverture aux capitaux étrangers était encore limitée quantitativement et en matière de distribution sectorielle. Afin de pallier au moins partiellement ces insuffisances, nous proposons en conclusion des éléments d’analyse “prospective”, destinés à aborder les questions de politique économique posées par l’IDE en Chine.
Cet article propose d’abord une brève présentation du développement industriel chinois, en mettant l’accent sur sa relation avec l’investissement direct étranger. Puis il présente une analyse descriptive préliminaire des différences de performances des entreprises à capitaux étrangers par rapport aux entreprises nationales chinoises. Enfin, il donne une évaluation quantitative des performances industrielles de la Chine entre 1988 et 1994, qui sont ensuite comparées avec l’intensité relative de l’IDE dans l’industrie chinoise, en mettant l’accent sur les écarts régionaux qui peuvent exister en la matière.
 
Politique industrielle et attraction de l’investissement direct étranger
 
 
Avec l’engagement des réformes à partir de la fin des années soixante-dix, la politique industrielle a encouragé le développement des entreprises industrielles non-étatiques, notamment des entreprises de bourg et de village (TVE), des entreprises individuelles et privées mais également des entreprises à participation étrangère (Fan et Chen, 2001). Partant d’une présence quasiment nulle en 1978, les entreprises à capitaux étrangers représentaient ainsi environ 16% de la production industrielle totale en 1999 (NBS, 2000). Cette importance grandissante des entreprises étrangères dans l’industrie chinoise est en partie le résultat d’une politique active du gouvernement de promotion des IDE par l’octroi de politiques préférentielles aux investisseurs étrangers.
La promulgation en juillet 1979 de la “Loi de la République Populaire de Chine sur les joint-ventures” a marqué le point de départ des efforts du gouvernement chinois pour attirer les investissements directs étrangers (IDE). Quatre zones économiques spéciales (ZES) ont également été établies pour servir de “fenêtres” du pays sur le reste du monde. Des politiques préférentielles ont été octroyées aux joint-ventures dans ces zones, avec notamment des exemptions de droits de douane pour leurs importations, la réduction du taux d’imposition sur les revenus de 33% à 15%, l’utilisation des terrains à prix réduits, le recrutement du personnel local avec des procédures administratives simplifiées.
Les objectifs du gouvernement chinois étaient d’injecter du capital étranger dans l’économie, de promouvoir l’adoption de nouvelles technologies et techniques de gestion, et d’augmenter la capacité de production des exportations. Toutefois, le gouvernement chinois craignait une dépendance excessive de la Chine à l’égard des investissements étrangers. Dès le début de l’application de la politique en faveur des IDE, il a par conséquent rendu claire son intention d’intégrer les IDE dans le système planifié et de contrôler les joint-ventures selon le plan. L’établissement et les activités des joint-ventures étaient ainsi étroitement contrôlés, et le nombre de secteurs ouverts aux IDE très restreint (Pearson, 1991). La stricte limitation des politiques préférentielles accordées aux investisseurs étrangers dans les provinces côtières jusqu’au début des années quatre-vingt-dix [10] a eu pour conséquence une répartition régionale très déséquilibrée de l’IDE en Chine. Près de 90% de l’IDE total est ainsi concentré dans les provinces côtières, en particulier dans le Sud (Guangdong, Fujian, Jiangsu) [11].
À partir du début des années quatre-vingt-dix, le contrôle sur les joint-ventures s’est néanmoins beaucoup atténué, avec l’avancement des réformes internes et une attitude du gouvernement chinois plus favorable à la diminution du rôle du plan, à l’extension du rôle du marché dans l’économie, et à l’augmentation de l’autonomie des entreprises en général. Une succession de lois et réglementations concernant les IDE a ainsi été promulguée, et d’autres zones ont été ouvertes aux investisseurs étrangers [12]. L’octroi par le gouvernement chinois de conditions préférentielles aux IDE dans les provinces de l’intérieur à partir de 1992 [13] et l’augmentation graduelle des coûts du travail dans les provinces côtières ont permis de réduire au moins partiellement l’écart des flux d’IDE entre la côte et les provinces intérieures.
Une grande partie des IDE dans les années quatre-vingt a été investie dans des activités aux cycles de vie courts, comme le tourisme, l’hôtellerie, les activités d’assemblage et l’immobilier, notamment pour les IDE venant de Hong-Kong. À partir des années quatre-vingt-dix, le gouvernement chinois est également devenu plus exigeant sur la “qualité” des projets d’IDE, notamment dans l’immobilier, dont la part dans les IDE totaux est tombée de 39,3% en 1993 à 28,7% en 1994 (Zhang, 1999, p. 18). Simultanément, il a encouragé l’entrée des multinationales proposant des projets intensifs en capital et en technologies avancées, pour la plupart originaires des États-Unis, du Japon et d’Europe. Les multinationales ont été autorisées à vendre des produits sur le marché chinois, et de nouveaux secteurs leur ont été partiellement ouverts, notamment dans les services comme le commerce de détail, l’assurance et la finance. D’autre part, le gouvernement chinois a commencé à réduire les traitements préférentiels accordés aux entreprises à capitaux étrangers afin d’assurer un environnement égal à toutes les entreprises. Depuis avril 1996, les exonérations de droits de douane sur les importations d’équipements par les entreprises à capitaux étrangers sont ainsi officiellement supprimées, les entreprises à capitaux étrangers payant désormais les mêmes droits de douane que les entreprises domestiques. Le gouvernement a également mis en application des mesures pour renforcer le suivi des projets d’IDE et décourager les pratiques de la part des investisseurs étrangers visant à profiter des politiques préférentielles accordées aux IDE.
 
Investissement direct étranger et performance des industries manufacturières en Chine: quelques indicateurs
 
 
Distribution sectorielle de l’investissement direct étranger en Chine
La distribution sectorielle de l’IDE en Chine, qui résulte en partie des choix de politique économique du gouvernement chinois, est très nettement déséquilibrée. Comme l’indique le tableau 1, plus de 70% des engagements d’IDE étaient dirigés vers l’industrie manufacturière en 2000 [14]. L’évolution temporelle des engagements d’IDE révèle que cette concentration dans l’industrie manufacturière est prédominante depuis la fin des années quatre-vingt, lorsque les capitaux étrangers ont commencé à affluer massivement vers la Chine. Au cours des années quatre-vingt, la distribution sectorielle de l’IDE a ainsi évolué, de l’immobilier et du tourisme (où 40% des engagements d’IDE étaient concentrés en 1985) vers l’industrie, dont la part dans les engagements d’IDE est passée de 38% en 1985, à 56% en 1992 et 74% en 2000.

Tableau 1
Répartition sectorielle des engagements d’IDE
IMGIMGEn %	1985	1989	1992	1995	2000	Agricu...IMGIMF
En % 1985 1989 1992 1995 2000 Agriculture, forêts, chasse et pêche 2,0 2,2 1,2 1,9 2,4 Industrie 37,6 83,3 56,2 67,5 73,7 dont: Industrie manufacturière 70,9 Prospection géologique 5,7 Construction 2,1 1,2 3,2 2,1 1,3 Transport et télécommunications 1,7 0,9 2,7 1,9 2,3 Commerce et restauration 8,3 1,2 2,5 3,8 2,3 Immobilier 35,9 9,4 31,1 19,5 8,4 Sport et services sociaux 0,8 0,6 0,7 0,9 7,1 Education, culture, art 0,1 0,1 0,2 0,4 0,1 Recherche scientifique et technique 0,1 0,1 0,1 0,3 0,4 Finance et assurance 1,0 0,0 0,1 0,1 Autre 4,7 1,0 2,3 1,6 1,9 Total des engagements (en millions d’US$) 6 333 5 599 58 123 91 281 62 379 Source: Almanac of China’s Foreign Economic Relations and Trade, 1986 à 2001.

Une analyse plus fine de la distribution de l’IDE au sein de l’industrie manufacturière chinoise peut être menée à l’aide du Troisième recensement industriel de 1995 (tableau 2). La perspective est ici légèrement différente puisque la mesure n’est pas celle des engagements d’IDE par branche, mais de l’importance des entreprises à capitaux étrangers dans la valeur ajoutée industrielle. Le calcul d’un indice de “représentation relative des entreprises à capitaux étrangers” (mesuré par le ratio de la part d’un secteur s dans la valeur ajoutée totale des entreprises à capitaux étrangers sur la part de ce secteur dans la valeur ajoutée totale de l’industrie manufacturière chinoise) permet en outre d’évaluer la sur- ou la sous-représentation de chaque branche dans la structure productive des entreprises à capitaux étrangers par rapport à la moyenne nationale.

Tableau 2
Entreprises à capitaux étrangers et valeur ajoutée industrielle, 1995
IMGIMGBranches manufacturières	Part dans l...IMGIMF
Branches manufacturières Part dans la valeur ajoutée Représentation relative des ECE* ECE Etat Coll. 27 Matériel électronique et de télécommunication 65,0 27,2 7,8 3,44 6 Articles d’habillement 53,1 6,7 40,3 2,81 7 Cuir et articles en cuir 51,7 7,7 40,6 2,74 12 Articles culturels, éducatifs et sportifs 48,6 14,5 36,9 2,57 28 Instruments et matériel bureautique 43,5 42,5 14,0 2,30 18 Produits plastiques 40,4 13,7 45,9 2,13 9 Articles d’ameublement 36,1 10,4 53,5 1,91 2 Industrie alimentaire (transformation) 34,8 38,0 27,3 1,84 26 Matériel et machines électriques 32,9 32,5 34,6 1,74 15 Produits pharmaceutiques et médicaux 30,6 55,6 13,8 1,62 22 Produits métalliques 30,5 20,0 49,5 1,61 8 Bois, bambou et produits du bois 28,1 21,0 51,0 1,48 17 Produits en caoutchouc 27,7 46,5 25,8 1,46 25 Matériel de transport 26,8 59,4 13,8 1,41 3 Boissons 23,4 63,9 12,8 1,24 5 Textiles 22,9 41,0 36,1 1,21 1 Industrie alimentaire (traitement) 22,1 49,6 28,3 1,17 11 Articles d’imprimerie 21,5 59,5 19,0 1,14 10 Papier et articles en papier 19,2 45,8 35,0 1,01 16 Fibres chimiques 19,1 55,0 25,9 1,01 23 Machines ordinaires 18,1 51,2 30,7 0,96 14 Produits chimiques 15,7 64,8 19,6 0,83 19 Produits minéraux non-métalliques 13,4 40,1 46,5 0,71 24 Matériel spécifique 12,2 60,4 27,4 0,65 21 Métaux non-ferreux 10,8 68,2 21,0 0,57 20 Métaux ferreux 5,2 84,3 10,6 0,27 13 Produits dérivés du pétrole et du charbon 0,8 95,4 3,8 0,04 4 Tabac 0,6 99,4 0,1 0,03 Notes: ECE = Entreprises à capitaux étrangers; État = Entreprises d’État; Coll. = Entreprises collectives. La représentation relative des entreprises à capitaux étrangers dans le secteur s est mesurée par le ratio de la part du secteur s dans la valeur ajoutée totale des ECE sur la part du secteur s dans la valeur ajoutée totale de l’industrie manufacturière chinoise. Source: Third National Industrial Census of the PRC in 1995.

Comme l’indique le tableau 2, les entreprises à capitaux étrangers sont très présentes dans les branches de l’industrie manufacturière intensives en main-d’œuvre et les biens de consommation [15], comme l’habillement, les articles en cuir et les articles culturels, éducatifs et sportifs (dont les jouets font partie). Les entreprises à capitaux étrangers produisent ainsi près de la moitié de la valeur ajoutée de ces secteurs qui apparaissent également dominants dans leur structure productive. Certains secteurs plus intensifs en technologie, comme le matériel électronique et de télécommunication et les instruments et matériel bureautique reçoivent également une part importante de capitaux étrangers. C’est d’ailleurs dans le secteur de l’électronique que les entreprises à capitaux étrangers produisaient en 1995 la part la plus importante de la valeur ajoutée (65%). À l’opposé, les activités très intensives en capital, comme les industries métallurgiques ou les industries chimiques, ont reçu moins d’investissement de l’étranger, avec une part relative des entreprises à participation étrangère dans la valeur ajoutée de ces secteurs inférieure à 20% en 1995.
La préférence des investisseurs étrangers pour les activités intensives en travail peut être illustrée par le graphique 1, qui compare la part des entreprises à capitaux étrangers dans la valeur ajoutée totale en 1995 avec l’intensité capitalistique moyenne de chaque secteur entre 1988 et 1994. Comme on peut le voir sur ce graphique, les entreprises à capitaux étrangers tendent à être plus représentées dans les branches de l’industrie manufacturière chinoise où l’intensité capitalistique est la plus faible (habillement, ameublement, articles culturels, éducatifs et sportifs et articles en cuir).
Graphique 1
Part des entreprises à capitaux étrangers et intensité capitalistique par branche
IMGIMGPart des entreprises à capitaux étrangers et inten...IMGIMF
Notes : L’intensité capitalistique est mesurée par le ratio des avoirs fixes nets sur le nombre d’employés.
ECE = Entreprises à capitaux étrangers.
Sources: China Industrial Yearbook (1989 et 1995); Third National Industrial Census of the PRC in 1995.
Plus précisément, il convient de distinguer deux catégories d’investissements directs étrangers en Chine, selon la destination des produits et l’origine des investisseurs. D’un côté, les investisseurs étrangers sont massivement présents dans les branches de l’industrie intensives en travail, comme l’habillement et les articles sportifs, éducatifs et culturels, où la Chine a un avantage comparatif marqué et où les IDE ont une forte vocation exportatrice. Une partie importante de cet investissement provient des Chinois d’outre-mer (Hong-Kong et Taiwan notamment), qui suivent une stratégie de délocalisation vers un pays où la main-d’œuvre est bon marché. Mais parallèlement, des secteurs plus technologiques comme les télécommunications et le matériel de transport, dans lesquels la Chine n’a pas d’avantage comparatif attirent néanmoins l’IDE des pays développés (États-Unis et Europe notamment), qui est ici destiné à l’accès au marché local plus qu’à l’exportation.
Performances économiques comparées des entreprises étrangères et locales en Chine
L’examen de différents indicateurs économiques par catégorie d’entreprise permet d’évaluer les spécificités et les performances de l’industrie manufacturière chinoise, en distinguant au sein de celle-ci les entreprises à capitaux étrangers. Le tableau 3 présente les indicateurs économiques des entreprises d’État, des entreprises collectives (urbaines) et des entreprises à capitaux étrangers, issus du recensement industriel de 1995. Afin de comparer plus finement la performance relative de chaque catégorie, l’industrie manufacturière est par ailleurs décomposée en trois grandes catégories selon la destination des biens produits: l’industrie des biens de consommation, l’industrie des biens intermédiaires, et l’industrie des biens d’équipement (voir annexe 1 pour une définition de ces trois industries). On remarquera que ces catégories se distinguent également par l’intensité capitalistique de leur processus de production et par la destination de leur production en termes d’exportations. Ainsi, c’est dans l’industrie des biens de consommation que l’on trouve les branches qui ont la plus faible intensité capitalistique (habillement, articles en cuir, articles d’ameublement, articles culturels, éducatifs et sportifs) d’une part, et qui sont parmi les plus exportatrices (habillement, articles culturels, éducatifs et sportifs) d’autre part. L’industrie des biens intermédiaires est à l’inverse dans l’ensemble très capitalistique (chimie, métaux) et peu tournée vers l’extérieur. Enfin, la catégorie des biens d’équipement inclut des branches dont l’intensité capitalistique est plutôt élevée par rapport à l’ensemble des branches industrielles et qui sont très fortement orientées vers l’exportation: c’est notamment le cas du matériel électronique et de télécommunication ainsi que du matériel et machines électriques (Lemoine, 2000, tableau 11).

Tableau 3
Indicateurs économiques principaux de l’industrie manufacturière, par type de propriété, 1995
IMGIMGIndustrie des biens de consommation	...IMGIMF
Industrie des biens de consommation État Coll. ECE Nombre d’employés par entreprise 317 75 141 Production brute par entreprise 18 777 322 5 619 309 17 065 214 Valeur ajoutée par entreprise 4 979 414 1 231 012 3 683 692 Valeur ajoutée par employé 15 699 16 435 26 124 Avoirs fixes nets par employé 31 538 19 124 48 032 Niveau d’éducation (%) Université 4,1% 1,0% 3,8% Secondaire spécialisé et technique 9,7% 5,5% 7,6% Secondaire 2e cycle 26,6% 20,6% 25,0% Secondaire 1er cycle 51,6% 57,7% 54,4% Primaire et sans éducation 7,9% 15,3% 9,2% Industrie des biens intermédiaires État Coll. ECE Nombre d’employés par entreprise 552 77 109 Production brute par entreprise 42 203 577 5 236 427 19 304 640 Valeur ajoutée par entreprise 11 775 188 1 233 974 4 516 635 Valeur ajoutée par employé 21 345 15 948 41 256 Avoirs fixes nets par employé 55 325 20 999 98 783 Niveau d’éducation (%) Université 8,4% 1,2% 7,7% Secondaire spécialisé et technique 14,7% 6,3% 11,4% Secondaire 2e cycle 22,7% 20,5% 26,2% Secondaire 1er cycle 44,7% 52,0% 47,2% Primaire et sans éducation 9,4% 20,0% 7,5% Industrie des biens d’équipement État Coll. ECE Nombre d’employés par entreprise 532 83 143 Production brute par entreprise 26 910 477 7 250 475 35 199 300 Valeur ajoutée par entreprise 6 877 345 1 768 902 8 636 867 Valeur ajoutée par employé 12 937 21 339 60 491 Avoirs fixes nets par employé 30 042 20 560 73 394 Niveau d’éducation (%) Université 11,3% 2,3% 10,8% Secondaire spécialisé et technique 19,5% 9,3% 13,8% Secondaire 2e cycle 21,2% 23,2% 26,3% Secondaire 1er cycle 40,8% 53,0% 44,0% Primaire et sans éducation 7,1% 12,2% 5,1% Notes: ECE = Entreprises à capitaux étrangers; Coll. = Entreprises collectives; État = Entreprises d’État. La production brute et la valeur ajoutée sont exprimées en yuans. Source: Third National Industrial Census of the PRC, 1995.

Comme l’indique le nombre moyen d’employés par entreprise, la taille des entreprises à capitaux étrangers est particulièrement petite par rapport aux entreprises d’État dans chacune des trois industries: pour les biens de consommation, elle est en moyenne 2,2 fois plus petite que celle des entreprises d’État, et l’écart monte jusqu’à 5 pour l’industrie des biens intermédiaires. En revanche, les entreprises à capitaux étrangers sont en moyenne plus grandes que les entreprises collectives dans les trois industries, l’écart étant inférieur à 2.
En matière de taille de la production, que l’on mesure ici par la production brute par entreprise et par la valeur ajoutée par entreprise, les entreprises à capitaux étrangers se situent également entre les entreprises d’État et les entreprises collectives, dans les industries de biens de consommation et de biens intermédiaires. En revanche, dans l’industrie des biens d’équipement, ce sont les entreprises à capitaux étrangers qui ont la taille la plus grande. Ces chiffres indiquent également que les entreprises à capitaux étrangers tendent à utiliser relativement plus de biens intermédiaires dans leur processus de production que les entreprises d’État. C’est en particulier le cas pour l’industrie des biens de consommation: tandis que leur taille en production brute représente 91% de celle des entreprises d’État, leur valeur ajoutée représente seulement 74% de celle des entreprises d’État.
En ce qui concerne la productivité apparente du travail, mesurée par la valeur ajoutée par employé, la comparaison des indicateurs montre que les entreprises à capitaux étrangers ont les niveaux de productivité les plus élevés dans les trois industries. Ainsi, dans les industries des biens de consommation, des biens intermédiaires et des biens d’équipement, la productivité du travail pour les entreprises à capitaux étrangers est respectivement 1,59, 2,59 et 2,83 supérieure à celle des entreprises collectives, et 1,66, 1,93 et 4,68 supérieure à celle des entreprises d’État. Dans le cas des entreprises d’État, l’écart de productivité est d’autant plus remarquable que ces dernières emploient le pourcentage le plus élevé de personnes ayant reçu une éducation supérieure. Cet écart peut être la marque du rôle important des techniques de gestion étrangères pour stimuler les efforts de travail des employés [16].
Enfin, l’intensité capitalistique des entreprises à capitaux étrangers apparaît nettement plus élevée que celle des entreprises chinoises pour les trois industries, ce qui indique un contenu technologique plus élevé dans le processus de production de ces entreprises [17] que l’on peut associer à la productivité également plus élevée du travail. Si l’IDE est concentré dans les secteurs à faible intensité capitalistique, le contenu technologique plus élevé des entreprises à capitaux étrangers par rapport aux entreprises nationales chinoises suggère ainsi que l’IDE peut être un vecteur de transfert de technologie même dans les secteurs faiblement capitalistiques.
Le graphique 2 illustre la corrélation entre l’importance relative des entreprises à capitaux étrangers par branche manufacturière en 1995 et la croissance annuelle moyenne de la valeur ajoutée par branche au cours de la période 1988-94 [18]. Elle suggère que les secteurs qui ont reçu plus d’investissement direct étranger jusqu’en 1995 sont également ceux qui ont eu tendance à croître en moyenne plus rapidement au cours de la période 1988-94. C’est le cas notamment pour le matériel électronique et de télécommunication (secteur 27), les articles d’habillement (secteur 6) et le cuir et articles en cuir (secteur 7), pour lesquels la croissance de la valeur ajoutée a été en moyenne de respectivement 17,1%, 21,4% et 25,7% par an. Si l’on restreint l’échantillon aux seuls biens de consommation (secteurs 2 à 12), la relation est nettement positive, alors que pour les industries de biens intermédiaires et de biens d’équipement, la corrélation est beaucoup plus ténue. Cela vient certainement du fait que, dans ces deux industries, certaines branches qui ont reçu relativement peu d’IDE, ont néanmoins eu une croissance très élevée entre 1988 et 1994. C’est notamment le cas des produits minéraux non-métalliques (secteur 19) et des métaux ferreux (secteur 20), dont le taux de croissance annuel moyen a atteint respectivement 15,6% et 20,5%. Ces deux branches manufacturières intenses en capital sont dominées par les entreprises d’État et ont reçu une part élevée de l’investissement total au cours de la période.
Graphique 2
Importance relative des entreprises à capitaux étrangers et croissance industrielle (1988-1994)
IMGIMGImportance relative des entreprises à capitaux étr...IMGIMF
Note: Les étoiles indiquent les secteurs de l’industrie des biens de consommation.
Sources: China Industrial Yearbook (1989 et 1995); Third National Industrial Census of the PRC, 1995.
 
Mesure de la productivité manufacturière en Chine
 
 
Méthodologie et données
Comme nous l’avons déjà souligné en introduction, les travaux portant sur le rôle de l’IDE dans la croissance industrielle de la Chine ont mis en avant l’importance des entreprises à capitaux étrangers comme moteurs de la croissance. Dans cet article, nous cherchons à tester cette hypothèse à un niveau plus désagrégé, en examinant le lien entre la présence des entreprises à capitaux étrangers et la croissance de la productivité par industrie manufacturière et par province. Si la disponibilité restreinte de données au niveau industriel ne permet pas de tester directement cette relation par branche, les statistiques industrielles par province et par industrie manufacturière publiées dans le China Industrial Economic Statistical Yearbook permettent néanmoins de tenir compte des différences de productivité entre les industries manufacturières et de lier ces écarts aux flux sectoriels d’IDE.
Pour cela, nous regroupons les 28 branches manufacturières recensées en trois grandes catégories — les biens de consommation (secteurs 1 à 12), les biens intermédiaires (secteurs 13 à 22) et les biens d’équipement (secteurs 23 à 28) — et nous estimons une fonction de production pour chacune de ces trois grandes catégories à l’aide des données disponibles sur la valeur ajoutée, le stock de capital et la force de travail par province et par branche. Les élasticités obtenues permettent dans une deuxième étape de calculer les niveaux et les taux de croissance de la productivité globale des facteurs (PGF) pour ces trois catégories d’industries aussi bien par branche que par province. Au sein de chaque catégorie, nous essayons ensuite de déterminer si la productivité des branches relativement plus ouvertes aux IDE a crû plus rapidement ou non que celle des branches dominées par l’investissement chinois.
Les données annuelles sur la valeur ajoutée, le stock de capital et le travail par province et par branche manufacturière utilisées dans les estimations, proviennent du China Industrial Economic Statistical Yearbook (de 1989 à 1995). Elles couvrent 28 branches pour 29 provinces au cours de 7 années (la liste des branches et des provinces est donnée en Annexe 1). Compte tenu du nombre élevé d’observations manquantes, le Tibet est exclu de l’analyse quantitative. De même, la municipalité de Chongqing, qui a été dotée du statut de municipalité relevant directement de l’autorité centrale à partir de 1997, n’est pas séparée de la province du Sichuan. En ce qui concerne le nombre de branches manufacturières retenues pour l’analyse statistique, plusieurs branches ont dû être exclues en raison d’un changement de la nomenclature industrielle en 1993. C’est le cas pour l’industrie alimentaire (traitement, secteur 1), les métaux non-ferreux (secteur 21) et le matériel spécifique (secteur 24). Par ailleurs, les secteurs 4 (Tabac) et 13 (Produits dérivés du pétrole et du charbon) ne sont pas inclus dans l’analyse en raison du nombre élevé de données manquantes [19]. Quatre de ces cinq branches ont reçu substantiellement moins d’IDE que les autres branches manufacturières (voir tableau 2) [20]. Enfin, la longueur de la période d’étude est contrainte par le fait que des données industrielles annuelles cohérentes ne sont disponibles que sur la période 1988-94. En 1995 et 1996, le Bureau National des Statistiques chinois n’a pas publié de données industrielles [21]. Les données publiées pour l’année 1997 ne sont, quant à elles, pas cohérentes avec celles de la période 1988-1994. On peut avancer deux types d’arguments pour expliquer cette incohérence. D’une part, il est probable que le recensement de 1995 a donné lieu à un ajustement des statistiques industrielles en référence aux résultats du recensement (exhaustif). Dans le cadre d’une analyse temporelle, cela rend très difficile une utilisation directe des chiffres de 1997. D’autre part, l’écart le plus fort provient des données sur le stock de capital. Or, comme nous l’expliquons ci-après, ces données ne sont pas ajustées de l’inflation et pour les années 1995 et 1996, l’inflation restait encore élevée en Chine (avec par exemple un taux d’inflation sur les prix à la consommation de 17% en 1995 et de 8% en 1996).
Nous supposons que la technologie de production dans l’industrie manufacturière est de type Cobb-Douglas [22], soit:
Y est la valeur ajoutée industrielle, A le niveau de la technologie, K le capital, L le travail, g le taux de croissance du progrès technique exogène, et i désigne les provinces, s les secteurs manufacturiers et t les années. Les données ayant trois dimensions (province, secteur, temps), nous introduisons dans l’estimation en logarithme de cette fonction de production, des variables muettes par province et par secteur qui ont pour objectif de tenir compte des caractéristiques inobservables spécifiques à chaque province d’une part, et à chaque secteur d’autre part.
Avant de présenter les résultats de ces estimations, il est important de commenter un peu plus précisément les données utilisées pour mesurer le stock de capital et le travail.
Le capital est mesuré à l’aide de la valeur nette des avoirs fixes. Un changement dans les données disponibles à partir de 1993 implique que pour 1994, la valeur nette est sous-estimée. Cependant, les données de 1993, pour lesquelles les deux méthodes de calcul sont disponibles indiquent que le biais ne devrait pas être trop fort. Une restriction plus importante vient de ce que les données de stock de capital reportées dans le China Industrial Economic Statistical Yearbook ne tiennent pas compte de l’inflation sur les biens de capital, ce qui signifie qu’elles sont certainement sur-évaluées et en l’absence de données d’investissement (et de déflateurs) par industrie manufacturière par province, il est impossible de re-calculer un stock de capital en utilisant la méthode de l’inventaire permanent (comme c’est généralement le cas au niveau agrégé). Jefferson (1990) a proposé une méthode pour prendre en compte ce biais dans l’estimation de la fonction de production, que nous adoptons ici, et qui consiste à introduire dans la régression un ratio de structure d’âge du capital (vintage ratio), mesuré par le ratio de la valeur net des avoirs fixes sur la valeur originelle de ces avoirs. Ce ratio donne une estimation de la structure d’âge du capital: plus il est élevé, plus le stock de capital est jeune, et son introduction dans la fonction de production estimée sert de proxy pour l’inflation sur les biens de capital. Comme le souligne Jefferson (1990, p. 337), dans la mesure où le taux d’inflation sur les biens de capital a été particulièrement élevé au cours des années quatre-vingt, la quantité de capital productif disponible aura tendance à être sur-estimée dans le cadre d’une structure d’investissement relativement jeune par rapport à une structure plus ancienne, sauf si les générations les plus jeunes de capital sont suffisamment plus productives pour compenser l’augmentation des prix.
En ce qui concerne les données d’emploi, celles-ci sont cohérentes avec les séries de valeur ajoutée publiées dans le China Industrial Economic Statistical Yearbook (Szirmai et al., 2001), mais elles sont discontinues à partir de 1992. Si des ajustements sont possibles au niveau sectoriel, comme le proposent Szirmai et al. (2001), aucun ajustement n’est disponible pour la double dimension “secteur-province”. Nous utilisons donc ici les données non-ajustées par secteur et par province, pour lesquelles les totaux sectoriels coïncident cependant exactement avec ceux de Szirmai et al. (2001, Tableau 10) jusqu’en 1992, et sont légèrement différents pour 1993 et 1994.
Estimation de la fonction de production des industries manufacturières
Les résultats de l’estimation de la fonction de production par industrie manufacturière sont présentés dans le tableau 4. Pour chaque industrie, nous donnons successivement une estimation sans variable muette sectorielle et avec variables muettes sectorielles. Les estimations donnent des valeurs économiquement cohérentes pour les élasticités de la production par rapport au capital et au travail, comprises entre 0,47 et 0,74 pour la première et entre 0,25 et 0,54 pour la seconde. Si l’élasticité de la production par rapport au capital peut paraître relativement élevée en comparaison internationale, l’ampleur de ces estimations paraît néanmoins cohérente avec la plupart des résultats de comptabilité de la croissance sur la Chine au niveau agrégé (Chow 1993; Borensztein et Ostry 1996; Démurger 2000b; Chow et Lin, 2002). Une explication possible de ce résultat tient à la rareté relative du capital en Chine (par rapport au travail), ce qui impliquerait des rendements relativement plus élevés du capital, notamment pour l’industrie des biens d’équipement où le coefficient est proche de 0,7.

Tableau 4
Estimation de la fonction de production manufacturière en Chine, 1988-1994
IMGIMGBiens de consommation	Biens interméd...IMGIMF
Biens de consommation Biens intermédiaires Biens d’équipement (1) (2) (3) (4) (5) (6) Capital 0,56 (27,82) 0,62 (16,42) 0,47 (25,52) 0,50 (9,2) 0,74 (14,31) 0,69 (11,21) Travail 0,42 (16,94) 0,37 (8,75) 0,44 (23,32) 0,54 (8,99) 0,25 (4,52) 0,32 (4,25) Structure d’âge – 0,28 (– 1,74) – 0,75 (– 4,31) – 0,13 (– 0,92) – 0,10 (– 0,96) – 0,14 (– 0,59) – 0,64 (– 2,41) Tendance 0,01 (2,36) 0,001 (0,14) 0,02 (4,7) 0,02 (2,1) – 0,01 (– 1,64) – 0,01 (– 1,12) Rendements d’échelle constants oui oui non non oui oui Muette province oui oui oui oui oui oui Muette secteur non oui non oui non oui Observations 2 021 2 021 1 617 1 617 1 008 1 008 R2 0,96 0,97 0,94 0,96 0,96 0,97 Notes: La variable dépendante est le logarithme de la valeur ajoutée, mesurée aux prix de 1988. Les valeurs indiquées entre parenthèses sont les t de Student. Les écarts-types estimés sont corrigés à l’aide de la matrice de White. Les constantes et variables muettes ne sont pas reportées.

La structure d’âge du capital est significativement négative pour les industries des biens de consommation et d’équipement, et non-significative pour l’industrie des biens intermédiaires. Le signe négatif du coefficient estimé indique une tendance à la surestimation du stock de capital dans les industries des biens de consommation et d’équipement, ce qui pourrait provenir d’une inflation substantielle des prix des biens de capital à la fin des années quatre-vingt dans ces industries. Pour l’industrie des biens intermédiaires, plus fortement intensive en capital (voir graphique 1), les estimations suggèrent que l’augmentation de la productivité des jeunes générations de capital tendrait à compenser, au moins partiellement, l’augmentation des prix de ces nouvelles générations.
Les tests de rendements d’échelle constants sur le capital et le travail indiquent que l’hypothèse de rendements constants ne peut pas être rejetée pour les industries des biens de consommation et des biens d’équipement, mais elle l’est pour l’industrie des biens intermédiaires. Enfin, la tendance temporelle n’apparaît significativement positive que pour l’industrie des biens intermédiaires, suggérant ainsi que seule cette industrie aurait été caractérisée par des gains de productivité au cours de période 1988-94. En ce qui concerne les deux autres industries, l’absence de significativité du coefficient estimé pour la tendance temporelle ne permet pas de conclure à des gains de productivité (exogènes), et souligne la faiblesse productive de l’industrie manufacturière chinoise dans son ensemble au cours de la période 1988-94.
Croissance de la productivité globale des facteurs dans l’industrie manufacturière chinoise (1988-94)
Les estimations de fonctions de production présentées ci-dessus permettent de mener une analyse en termes de productivité globale des facteurs (PGF) pour chacune des trois industries considérées, aussi bien que par secteur, par période et par sous-période. La situation macroéconomique de la Chine ayant fortement varié au cours de la période étudiée, nous distinguons deux sous-périodes dans notre analyse: la période 1988-91, pendant laquelle la Chine a connu de fortes turbulences économiques qui ont affecté pratiquement toutes les industries, et la période 1991-94, caractérisée par un retour de la stabilité et de la croissance économique. Le tableau 5 présente le contexte macroéconomique de chacune de ces deux sous-périodes, dans une perspective de plus long terme, ce qui permet de faire mieux ressortir leurs caractéristiques respectives. La conjoncture chinoise de la fin des années quatre-vingt et du début des années quatre-vingt-dix est ainsi caractérisée par une phase de récession (qui suit un cycle de croissance inflationniste), pendant laquelle la croissance du PIB a été substantiellement plus faible que sur toutes les autres périodes (5,7% par an). Il en est de même pour la production industrielle et le commerce extérieur, et l’on peut même noter un ralentissement du taux d’investissement sur la période 1988-91. À partir de 1991, la croissance économique a redémarré (graphique 3), grâce en particulier à la croissance industrielle, et elle s’est accompagnée d’une accélération du rythme de croissance du commerce extérieur, d’une augmentation du taux d’investissement et surtout, d’un bond des flux d’investissements directs étrangers en Chine.

Tableau 5
Situation macroéconomique de la Chine
IMGIMGTaux de croissance annuel moyen, en ...IMGIMF
Taux de croissance annuel moyen, en % 1978-2000 1978-85 1985-88 1988-91 1991-94 1994-2000 PIB 9,5 9,8 10,6 5,7 13,5 8,6 – Secteur primaire 4,7 6,5 3,5 4,2 4,5 3,7 – Secteur secondaire 11,4 10,2 12,8 6,8 19,8 10,5 – Secteur tertiaire 10,3 12,8 13,2 5,5 10,9 8,2 Production industrielle brute 14,5 11,2 16,7 10,3 25,4 14,4 Indice des prix – de détail 5,9 3,6 10,5 7,4 13,2 2,2 – des produits industriels 5,7 1,5 8,8 9,5 16,5 2,1 Exportations 15,9 15,9 20,2 14,8 19,0 12,8 dont biens manufacturés 17,4 8,5 34,8 18,9 22,1 14,1 Importations 14,8 21,4 9,4 4,9 21,9 11,7 dont biens d’équipement 15,5 26,0 0,9 5,5 38,0 10,2 Taux d’épargne moyen (en %) 37,7 34,1 36,6 38,2 40,9 41,0 Taux d’investissement moyen (en %) 31,1 28,6 30,5 27,4 33,1 35,2 Flux annuels moyens d’IDE (en millions d’US$) 15 754 668 2 261 3 610 19 164 40 681 Source: China Statistical Yearbook, différentes éditions.

Graphique 3
Croissance économique, inflation, commerce et investissement, 1985-2000
IMGIMGCroissance économique, inflation, commerce et inve...IMGIMF
Le tableau 6 présente les estimations de la PGF pour un ensemble de 13 secteurs pour lesquels la part des entreprises à capitaux étrangers est la plus élevée (tableau 2). La PGF est mesurée en utilisant l’élasticité de la production par rapport au capital et au travail estimée dans la spécification avec variables muettes sectorielles pour chaque industrie (tableau 5). La comparaison des performances en matière de PGF entre les branches et par rapport à l’ensemble de l’industrie peut donner une indication du fait que les branches à plus forte participation étrangère ont ou non de meilleures performances dans l’ensemble.

Tableau 6
Croissance de la PGF et intensité en IDE par branche, 1988-1994
IMGIMGBranche	1988-1994	1988-91	1991-94	In...IMGIMF
Branche 1988-1994 1988-91 1991-94 Intensité relative en IDE Biens de consommation Total 6 7 12 9 2 8 0,8 2,3 5,4 – 2,2 1,9 2,0 2,8 – 5,7 – 2,2 – 1,8 – 3,6 – 7,1 – 2,8 – 12,3 7,8 7,1 13,2 – 0,8 11,7 6,9 20,6 2,81 2,74 2,57 1,91 1,84 1,48 Biens intermédiaires Total 18 15 22 3,7 0,6 – 3,4 4,4 – 2,1 – 5,5 – 3,6 – 1,7 9,8 7 – 3,2 10,8 2,13 1,62 1,61 Biens d’équipement Total 27 28 26 25 2,4 – 0,3 – 0,1 – 2,1 5,5 – 4 – 7,8 – 3,1 – 5,9 1,2 9,1 7,8 2,9 1,9 9,9 3,44 2,30 1,74 1,41 Sources: Calculs des auteurs (voir tableaux 2 et 4).

Les résultats montrent qu’en moyenne au cours de la période 1988-94, la PGF a crû à un taux annuel de 0,8%, 3,7% et 2,4% pour les industries respectivement des biens de consommation [23], des biens intermédiaires et des biens d’équipement. La décomposition par sous-période montre que la PGF a d’abord décrû sur la période 1988-91, puis a augmenté entre 1991 et 1994 pour les trois industries.
Lorsque l’on cherche à lier la croissance de la PGF à l’intensité en IDE [24], l’image varie considérablement avec le type d’industrie. Dans l’industrie des biens de consommation, tous les secteurs bien dotés en capital étranger ont vu leur productivité croître plus rapidement que l’ensemble de l’industrie sur la période 1988-94, à l’exception du secteur des articles culturels, éducatifs et sportifs où l’accumulation de capital a été très forte par rapport à la croissance de la valeur ajoutée. En revanche, dans l’industrie des biens intermédiaires comme dans celle des biens d’équipement, seuls deux secteurs relativement intenses en IDE ont connu une croissance de la PGF meilleure que l’ensemble de l’industrie: il s’agit des produits métalliques (secteur 22) et du matériel de transport (secteur 25). Les autres secteurs relativement intenses en IDE ont vu, quant à eux, leur niveau de productivité décroître ou stagner. Un examen de la corrélation entre le taux de croissance de la PGF et l’intensité relative en IDE révèle ainsi une corrélation positive pour les biens de consommation (0,48) et négative pour les biens intermédiaires (– 0,57) et pour les biens d’équipement (– 0,51).
Compte tenu du rôle moteur de l’IDE usuellement souligné dans les travaux sur la croissance économique chinoise (Sun 1998; Fan, 1999; Wu, 2000), ces résultats peuvent paraître a priori paradoxaux. Plusieurs arguments peuvent néanmoins venir nuancer cette impression. Il est important tout d’abord de rappeler que notre période d’estimation est particulièrement courte et très spécifique, car elle est caractérisée par de très fortes fluctuations de court terme qui ont pu affecter les activités économiques dans l’ensemble du pays. L’environnement défavorable envers le commerce et l’investissement étranger qui a suivi les événements de Tian’anmen en 1989 a probablement affecté différemment les industries plus orientées vers l’IDE, en fonction de leur “expérience” respective en matière d’IDE.
En suivant Wei et al. (2002), on peut ainsi raisonner en termes de “courbe d’apprentissage”. Dans la période qui couvre la fin des années quatre-vingt et le début des années quatre-vingt-dix, l’industrie des biens de consommation – qui est la première industrie à avoir été ouverte aux investisseurs étrangers – captait une bonne partie de l’IDE en provenance notamment des Chinois d’outre-mer [25]. Une partie des investissements incompressibles initiaux était donc amortie et les investisseurs étrangers avaient eu le temps d’accumuler une connaissance et une expérience suffisantes des affaires et de la gestion des ressources humaines dans l’environnement économique chinois. La proximité culturelle des investisseurs originaires de Hong-Kong, Macao et Taiwan peut en outre avoir contribué significativement au raccourcissement du processus d’apprentissage et à une assimilation plus rapide des nouvelles technologies et du savoir-faire de la part des partenaires chinois. Avec un niveau technologique plus avancé, les entreprises à capitaux étrangers dans l’industrie des biens de consommation ont ainsi pu être un moteur de la croissance de la productivité sur l’ensemble de la période 1988-94.
Inversement, l’IDE dans les industries de biens intermédiaires et de biens d’équipement en était encore à ses balbutiements durant cette période. Cela implique que d’une part, les investisseurs étrangers dans ces secteurs étaient certainement moins familiarisés avec l’environnement des affaires chinois et d’autre part, les investissements initiaux n’étaient pas amortis (Wei et al., 2002), d’où un délai plus long pour que la productivité commence à croître régulièrement.
Au-delà de cette explication en termes de courbe d’apprentissage, la théorie de l’avantage comparatif peut également fournir quelques pistes pour comprendre ces résultats. L’avantage comparatif de la Chine réside essentiellement dans les activités intenses en main-d’œuvre. Or, comme nous l’avons déjà souligné, l’industrie des biens de consommation est dans l’ensemble intensive en travail non qualifié. L’IDE dirigé vers ces industries contribue donc à l’exploitation de l’avantage comparatif de la Chine, et grâce à un niveau de technologie incorporée éventuellement plus élevé et des compétences managériales, les entreprises à capitaux étrangers peuvent avoir de meilleures performances que les entreprises locales. À l’inverse, la Chine n’a pas d’avantage comparatif dans les deux autres industries, de biens intermédiaires et de biens d’équipement, ce qui a pu avoir pour conséquence que, au moins sur la période étudiée, les entreprises à capitaux étrangers n’ont pas réussi à avoir de meilleures performances que l’ensemble de l’industrie.
Lorsque l’on examine les résultats par sous-période, il apparaît que certains secteurs relativement bien dotés en IDE ont été plus sensibles aux changements dans l’environnement macroéconomique: au cours de la période 1988-91 de décroissance de la PGF, ces secteurs ont ainsi connu un déclin plus prononcé de la PGF, tandis que sur la période suivante, ces mêmes secteurs ont connu les plus fortes accélérations dans la croissance de la PGF. C’est en particulier le cas des secteurs 8 (Bois, bambou et produits du bois) [26] et 9 (Articles d’ameublement). Dans les industries des biens intermédiaires et des biens d’équipements, certains secteurs ont connu un tel déclin de la PGF au cours de la première période que la croissance qui a suivi entre 1991 et 1994 n’a pas suffi pour compenser la décroissance initiale: secteurs 26 (machines et matériel électriques) et 28 (instruments et bureautique). Enfin, le secteur 15 (produits pharmaceutiques et médicaux) a vu sa PGF décroître sur les deux périodes.
Une manière complémentaire d’aborder le rôle de l’IDE dans la croissance de la productivité manufacturière est de comparer les performances par zone géographique (côte versus intérieur). Le tableau 7 présente des comparaisons par zone pour chacune des trois grandes catégories d’industries. La région côtière, où l’essentiel des investissements directs étrangers est concentré sur notre période d’étude, regroupe les provinces suivantes: Beijing, Tianjin, Hebei, Shanghai, Jiangsu, Zhejiang, Fujian, Shandong, Guangdong et Hainan [27]. En matière de structure industrielle, l’engagement des réformes à partir de la fin des années soixante-dix a eu pour effet de favoriser une diversification des activités productives en Chine et a conduit à une redistribution spatiale de ces activités en faveur des provinces côtières qui partaient d’une base industrielle moins développée que certaines provinces non-côtières [28]. Ce sont ainsi les provinces côtières, les plus riches, qui tendent à avoir la structure industrielle la plus diversifiée, avec des parts équivalentes des biens de consommation, des biens intermédiaires et des biens d’équipement dans la valeur ajoutée manufacturière en 1995. À l’opposé, dans certaines provinces de l’intérieur (Qinghai, Gansu, et Ningxia) l’industrie des biens intermédiaires est très fortement sur-représentée dans la valeur ajoutée manufacturière (environ 70%), tandis que l’industrie des biens de consommation est à peine développée (de l’ordre de 15%, soit deux fois moins que la moyenne nationale, Annexe 2).

Tableau 7
Localisation géographique et croissance de la PGF, 1988-1994
IMGIMGTaux de croissance, en%	1988-1994	19...IMGIMF
Taux de croissance, en% 1988-1994 1988-91 1991-94 PIB Capital Travail PGF PGF PGF Biens de consommation Côte Intérieur 14,7 5,4 20,3 12,4 1,1 – 1,0 1,9 – 1,5 – 4,6 – 7,6 8,7 4,9 Biens intermédiaires Côte Intérieur 16,4 12,6 22,4 15,7 2,3 2,4 3,9 3,3 – 1,6 – 2,9 9,6 9,9 Biens d’équipement Côte Intérieur 13,1 6,1 17,4 7,8 – 1,5 – 2,5 1,8 1,6 – 4,7 – 4,2 8,7 7,8 Notes: la région côtière inclut les provinces suivantes: Beijing, Tianjin, Hebei, Shanghai, Jiangsu, Zhejiang, Fujian, Shandong, Guangdong, Hainan. Sources: Calculs des auteurs (à partir des estimations présentées dans le tableau 4).

Comme l’indique le tableau 7, sur l’ensemble de la période ainsi que sur les deux sous-périodes, les performances en matière de productivité ont été meilleures pour la région côtière que pour les provinces de l’intérieur, à l’exception de l’industrie des biens intermédiaires pour la période 1991-94 et de l’industrie des biens d’équipement pour la période 1988-91. Il est également intéressant de noter que c’est dans l’industrie des biens de consommation que les écarts de performances en matière de PGF ont été les plus importants entre la côte et l’intérieur. Ainsi, au cours de la période 1988-91 de décroissance de la PGF, celle-ci a décrû deux fois plus rapidement dans les provinces de l’intérieur, et inversement, au cours de la période 1991-94 de croissance de la PGF, celle-ci a crû deux fois plus rapidement dans les provinces côtières. Ce résultat suggère que là où les IDE ont été les plus concentrés, l’industrie a moins souffert du ralentissement économique de la fin des années quatre-vingt et a plus profité de l’accélération du début des années quatre-vingt-dix.
Évolution des écarts de productivité manufacturière des provinces chinoises: convergence ou divergence?
Pour affiner l’analyse, on peut enfin mesurer l’évolution de la dispersion des niveaux de PGF entre provinces dans l’industrie manufacturière chinoise à l’aide d’indicateurs de dispersion comme l’écart-type ou la variance du logarithme de la PGF entre les provinces. Le graphique 4 illustre l’évolution des écarts de productivité entre les provinces pour les trois catégories d’industries, biens de consommation, biens intermédiaires et biens d’équipement, sur la période 1988-94. L’évolution générale révèle une augmentation de la dispersion transversale de la PGF pour chacune des trois industries, plus marquée à partir du début des années quatre-vingt-dix, c’est-à-dire à partir de la reprise de la croissance de la PGF (voir tableau 6). On peut également noter que l’augmentation de la dispersion est très nette pour l’industrie des biens de consommation qui, en fin de période, enregistre des écarts de productivité presque aussi importants que dans l’industrie des biens d’équipement.
Graphique 4
Dispersion provinciale de la productivité globale des facteurs en Chine, 1988-1994
IMGIMGDispersion provinciale de la productivité globale ...IMGIMF
Note: L’indicateur de dispersion est l’écart-type du logarithme de la productivité globale des facteurs.
Sources: Calculs des auteurs (à partir des estimations présentées dans le tableau 4).
La décomposition de la variance du logarithme de la PGF permet de visualiser l’évolution de la dispersion par zone géographique (graphiques 5 à 7). Comme précédemment, nous distinguons ici deux zones selon que les provinces sont situées le long de la côte ou non. D’une manière générale, c’est la variance intra-zone qui domine l’évolution des écarts de productivité pour les trois industries entre 1988 et 1994, surtout à partir du début des années quatre-vingt-dix. La dispersion inter-zone reste quant à elle très faible, et tend même à diminuer pour l’industrie des biens intermédiaires à partir de 1992.
Graphique 5
Dispersion de la productivité globale des facteurs pour l’industrie des biens de consommation par zone, 1988-1994
IMGIMGDispersion de la productivité globale des facteurs...IMGIMF
Note: L’indicateur de dispersion est la variance du logarithme de la productivité globale des facteurs, décomposée en variance intra-zone et variance inter-zone.
Sources: Calculs des auteurs (à partir des estimations présentées dans le tableau 4).
Graphique 6
Dispersion de la productivité globale des facteurs pour l’industrie des biens intermédiaires par zone, 1988-1994
IMGIMGDispersion de la productivité globale des facteurs...IMGIMF
Note: L’indicateur de dispersion est la variance du logarithme de la productivité globale des facteurs, décomposée en variance intra-zone et variance inter-zone.
Sources: Calculs des auteurs (à partir des estimations présentées dans le tableau 4).
Graphique 7
Dispersion de la productivité globale des facteurs pour l’industrie des biens d’équipement par zone, 1988-1994
IMGIMGDispersion de la productivité globale des facteurs...IMGIMF
Note: L’indicateur de dispersion est la variance du logarithme de la productivité globale des facteurs, décomposée en variance intra-zone et variance inter-zone.
Sources: Calculs des auteurs (à partir des estimations présentées dans le tableau 4).
Pour les trois industries, il apparaît que la région côtière est caractérisée par une plus grande dispersion de la PGF que les provinces de l’intérieur en début de période. Toutefois, l’évolution des écarts révèle une augmentation plus forte de la dispersion au sein des provinces de l’intérieur, notamment à partir de 1991. Pour l’industrie des biens d’équipement, l’évolution est telle qu’en fin de période, c’est au sein des provinces de l’intérieur que la dispersion est la plus forte (avec une variance de 0,16 contre 0,07 pour la région côtière).
Ainsi, si l’on associe la concentration d’IDE à la localisation sectorielle et géographique, ces résultats suggèrent deux mouvements. D’une part, c’est dans les secteurs les plus ouverts à l’IDE que la divergence en matière de PGF entre les provinces a été la plus marquée au cours de la période 1988-94: l’industrie des biens de consommation, où une part importante du capital étranger est concentrée, affiche ainsi l’augmentation la plus forte de la dispersion provinciale de la PGF à partir de 1991 (graphique 4). Cependant, la décomposition par zone géographique montre que c’est au sein des provinces de l’intérieur, moins réceptrices d’IDE, que cette divergence a été la plus importante (graphique 5) [29]. L’accroissement plus fort des écarts de productivité globale des facteurs entre les provinces de l’intérieur et la faible dispersion inter-zone indiquent que certaines de ces provinces sont peut-être dans un processus de rattrapage vis-à-vis des provinces côtières. Ces résultats peuvent également être interprétés comme la conséquence d’une diffusion du savoir-faire technologique et managérial par le biais de l’IDE qui permettrait des améliorations de productivité mieux réparties au sein des provinces ouvertes, qu’il s’agisse des gains de productivité issus du progrès technique, ou d’une meilleure allocation et utilisation des ressources. L’industrie des biens de consommation, plus développée dans les provinces côtières, y est de ce fait certainement plus homogène (en matière de mode de production, de choix d’investissement, etc.). L’évolution divergente des niveaux de productivité viendrait ainsi du fait que dans les provinces intérieures, très peu ouvertes au capital étranger, le seul vecteur d’amélioration de la technologie est la recherche locale, qui est très inégalement développée selon les provinces. En outre, la faible présence étrangère dans ces provinces n’a pas entraîné une concurrence suffisante pour promouvoir des gains d’efficience harmonieusement distribués entre les provinces.
 
Conclusion
 
 
Cet article cherche à évaluer l’impact des différences en matière d’investissement direct étranger sur les performances de productivité globale des facteurs des branches manufacturières dans les provinces chinoises. À l’aide des statistiques industrielles disponibles par branche manufacturière et par province, il mesure la croissance de la productivité manufacturière en Chine entre 1988 et 1994 et propose une comparaison des performances selon l’importance de la participation des capitaux étrangers à la production industrielle.
L’analyse descriptive permet tout d’abord de souligner les caractéristiques des entreprises à participation étrangère en comparaison avec les entreprises chinoises (étatiques et collectives). Elle révèle que les entreprises à capitaux étrangers ont tendance à être de plus petite taille que les entreprises d’État, en termes à la fois de production et d’emploi, mais qu’elles ont un contenu technologique plus élevé que leurs équivalentes chinoises et une productivité apparente du travail également supérieure. Malgré une concentration de l’IDE dans des secteurs à faible intensité capitalistique, le contenu technologique plus élevé des entreprises à capitaux étrangers suggère par conséquent que l’IDE peut être un vecteur de transfert de technologie, même dans ces secteurs faiblement capitalistiques. En ce qui concerne la répartition sectorielle de ces entreprises, les statistiques industrielles indiquent par ailleurs qu’elles ont eu tendance à être concentrées dans les branches manufacturières qui ont crû le plus rapidement sur la période 1988-94, indiquant par là une corrélation positive possible entre investissement direct étranger et croissance de la productivité manufacturière chinoise.
Notre analyse quantitative de la productivité globale des facteurs montre en effet une corrélation positive entre la croissance de la PGF et l’intensité relative en IDE pour l’industrie des biens de consommation au cours de la période 1988-94, ce qui tend à confirmer les résultats usuels quant à l’impact positif de l’IDE sur la croissance économique de la Chine. Les résultats plus mitigés pour les industries des biens intermédiaires et des biens d’équipement, certes relativement moins ouvertes aux capitaux étrangers sur la période étudiée, paraissent plus surprenants. Ils peuvent néanmoins être interprétés en termes de processus d’apprentissage, qui serait toujours en œuvre pour les entreprises à capitaux étrangers dans ces industries encore à un stade relativement précoce de développement au cours de la période d’estimation. Le découpage par zone géographique montre quant à lui que les performances en matière de productivité ont été dans l’ensemble meilleures pour la région côtière que pour les provinces de l’intérieur et que c’est dans l’industrie des biens de consommation (plus ouverte) que les écarts de performances en matière de PGF ont été les plus importants entre la côte et l’intérieur. Enfin, l’analyse de l’évolution des écarts de productivité proposée dans la dernière section de cet article révèle que, pour les trois industries, c’est dans la région côtière que l’on observe la plus grande dispersion de la PGF en début de période. Toutefois, l’évolution des écarts, notamment à partir de 1991 s’est traduite par une augmentation plus forte de la dispersion au sein des provinces de l’intérieur, indiquant par là-même une dissociation entre la concentration des flux d’IDE et l’accroissement des disparités régionales.
La portée des conclusions que l’on peut être tenté de tirer de cette étude pour l’avenir proche en matière d’impact de l’IDE sur la productivité manufacturière en Chine est évidemment limitée par la période couverte (1988-94), qui est d’une part très courte, et fait d’autre part appel à un passé déjà lointain. Cette période correspond par ailleurs à un stade relativement précoce de l’ouverture de la Chine et du développement de l’IDE en Chine. Les effets du boum des flux d’IDE en 1992-94 ne sont par conséquent probablement pas comptabilisés dans nos résultats, de même que les évolutions de la deuxième moitié des années quatre-vingt-dix, en raison du manque de données. Parallèlement, la prédominance des investissements en provenance de Hong-Kong, Macao et Taiwan dans les flux totaux d’IDE en Chine a eu tendance à décroître au cours des années récentes au profit des États-Unis et de l’Europe. Ce changement dans la composition des pays sources de l’IDE peut avoir eu un impact sur les performances des différentes branches industrielles en matière de PGF, impact dont notre analyse ne peut pas rendre compte.
L’accession de la Chine à l’Organisation Mondiale du Commerce en décembre 2001 a ouvert de nouvelles perspectives en matière d’IDE puisqu’un nombre accru de secteurs de l’économie chinoise (notamment dans les services) devraient être autorisés à accueillir des capitaux étrangers. En ce qui concerne l’industrie manufacturière, les études prospectives s’accordent à considérer que les branches les plus prometteuses pour l’IDE continueront d’être d’une part, les activités intensives en main-d’œuvre (comme l’habillement), du fait de la forte expansion attendue des exportations, et d’autre part, les activités utilisant les nouvelles technologies comme l’électronique, les télécommunications, le matériel de transport (dont l’automobile) où de nombreuses entreprises d’État vont devoir être restructurées (OCDE, 2002, chapitre 10). Notre étude a montré que pour la période 1988-94, ces mêmes branches ont su tirer profit de l’IDE avec une croissance de la productivité en moyenne plus rapide que le reste de l’industrie manufacturière, ce qui laisse bien augurer des retombées favorables que l’on peut attendre de l’augmentation prévue des flux d’IDE dans ces secteurs. Toutefois, la tendance à la divergence observée pour la période 1988-94 en matière de productivité pourrait s’aggraver dans ce contexte si aucune politique d’accompagnement n’est mise en œuvre pour d’une part, favoriser la restructuration industrielle des provinces intérieures en direction de l’industrie légère (porteuse de croissance) et d’autre part, limiter la concentration de l’IDE dans les seules provinces côtières [30].
C. Y. & S. D.
Date de réception de l’article: 25 mars 2002
Date d’acceptation pour publication: 26 novembre 2002
 
Annexe 1
 
 

Tableau A1. 1
Branches manufacturières et provinces
IMGIMGIndustries manufacturières	Provinces...IMGIMF
Industries manufacturières Provinces Biens de consommation 1 Industrie alimentaire (traitement) 1 Beijing 2 Industrie alimentaire (transformation) 2 Tianjin 3 Boissons 3 Hebei 4 Tabac 4 Shanxi 5 Textiles 5 Mongolie intérieure 6 Articles d’habillement 6 Liaoning 7 Cuir et articles en cuir 7 Jilin 8 Bois, bambou et produits du bois 8 Heilongjiang 9 Articles d’ameublement 9 Shanghai 10 Papier et articles en papier 10 Jiangsu 11 Articles d’imprimerie 11 Zhejiang 12 Articles culturels, éducatifs et sportifs 12 Anhui Biens intermédiaires 13 Produits dérivés du pétrole et du charbon 13 Fujian 14 Produits chimiques 14 Jiangxi 15 Produits pharmaceutiques et médicaux 15 Shandong 16 Fibres chimiques 16 Henan 17 Produits en caoutchouc 17 Hubei 18 Produits plastiques 18 Hunan 19 Produits minéraux non-métalliques 19 Guangdong 20 Métaux ferreux 20 Guangxi 21 Métaux non-ferreux 21 Hainan 22 Produits métalliques 22 Sichuan Biens d’équipement 23 Machines ordinaires 23 Guizhou 24 Matériel spécifique 24 Yunnan 25 Matériel de transport 26 Shaanxi 26 Matériel et machines électriques 27 Gansu 27 Matériel électronique et de télécommunication 28 Qinghai 28 Instruments et matériel bureautique 29 Ningxia 30 Xinjiang : La province du Sichuan inclut la municipalité de Chongqing.

 
Annexe 2
 
 

Tableau A2.1
Structure industrielle des provinces chinoises
IMGIMGMoyenne 1985-98	Part de la valeur aj...IMGIMF
Moyenne 1985-98 Part de la valeur ajoutée manufacturière en 1995 PIB par tête (yuan) Part du PIB industriel national (%) Biens de consommation (%) Biens intermédiaires (%) Biens d’équipement (%) Moyenne nationale 4 142 32,5 40,6 26,8 Shanghai 14 509 6,3 21 41 37 Beijing 9 150 2,6 18 49 33 Tianjin 8 066 2,4 19 35 46 Guangdong 5 828 8,0 35 32 33 Zhejiang 5 684 6,0 38 33 29 Liaoning 5 500 6,6 13 57 30 Jiangsu 5 255 10,0 31 37 32 Fujian 4 809 2,6 49 32 19 Heilongjiang 4 538 5,4 30 48 22 Shandong 4 162 8,2 35 43 22 Xinjiang 3 870 1,1 46 47 7 Hainan 3 667 0,2 40 35 25 Jilin 3 532 2,0 19 43 38 Hebei 3 353 5,0 27 55 18 Hubei 3 230 4,1 31 45 24 Mongolie int, 3 001 1,3 31 61 8 Qinghai 2 985 0,3 16 72 11 Shanxi 2 885 2,4 16 67 17 Ningxia 2 822 0,3 13 69 18 Hunan 2 772 3,2 34 44 22 Anhui 2 580 3,2 41 40 19 Henan 2 542 5,2 56 28 15 Sichuan 2 489 4,3 27 43 30 Guangxi 2 447 1,7 37 39 24 Yunnan 2 380 2,2 74 20 6 Jiangxi 2 347 1,5 31 42 27 Shaanxi 2 344 1,6 24 28 48 Gansu 1 842 1,2 17 73 10 Guizhou 1 521 1,0 38 45 18 Notes: Le PIB est mesuré au prix de 1995 (colonnes 1 et 2). Pour tenir compte des changements dans la structure du PIB, le PIB total est calculé comme la somme de ses composantes principales (secteurs primaire, secondaire et tertiaire), exprimées aux prix de 1995 à l’aide d’indices de prix différenciés. Le PIB industriel comprend l’industrie extractive, l’industrie manufacturière et l’électricité, eau et gaz. Les “biens de consommation” comprennent les secteurs 1 à 12, les “biens intermédiaires” comprennent les secteurs 13 à 22, et les “biens d’équipement” comprennent les secteurs 23 à 28, voir Annexe 1. Les provinces sont classées selon leur niveau moyen de PIB par tête entre 1985 et 1998. Sources: NBS (1999) et Third National Industrial Census of the PRC in 1995 (volume sectoriel).

 
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NOTES
 
[1]Auteur correspondant: Sylvie Démurger, chercheur CNRS au CERDI, Université d’Auvergne (S. Demurger@ u-clermont1. fr).Chen Yu, Doctorante au CERDI, Université d’Auvergne.
[2]Selon les estimations du Bureau national des statistiques chinois. La Chine pourrait ainsi devenir le premier pays d’accueil au monde des IDE pour l’année 2002 (China Daily, 6 décembre 2002).
[3]Les travaux qui examinent les déterminants de cette entrée massive de capitaux étrangers en Chine incluent notamment Broadman et Sun (1997), Chen (1996), Coughlin et Segev (2000), Démurger (2000a), Lemoine (2000), Wang et Swain (1995), Yang (1999) et Zhang (1995).
[4]Le secteur secondaire employait 160 millions de personnes en 2000 contre 70 millions en 1978, le chiffre pour 2000 correspondant environ à l’ensemble de la force de travail employée dans l’industrie des 28 pays de l’OCDE (Jefferson et Singh, 1999). Selon la définition retenue par le Bureau des statistiques chinois, le “secteur secondaire” comprend l’industrie d’extraction, l’industrie manufacturière, l’électricité, gaz et eau, ainsi que la construction.
[5]Parmi l