Revue économique
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2724629779
160 pages

p. 149 à 154
doi: en cours

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Vol. 55 2004/1

 
Note sur le livre-logiciel
 
 
de P. Augier, J.-L. Brillet, G. Cette et R. Gambini
Logiciel de simulation macroéconomique à vocation pédagogique, Macsim fait le choix assumé d’un cadre analytique néo-keynésien traditionnel, c’est-à-dire ne découlant pas rigoureusement de comportements d’optimisation sous contrainte de budget de la part d’agents anticipant rationnellement l’avenir. Il s’inspire des modèles macroéconométriques utilisés par les grands instituts de prévision en France et à l’étranger, ce qui le rend représentatif de l’outil standard d’un macroéconomiste professionnel, qu’il travaille pour une administration nationale ou internationale ou bien pour une institution privée. Toutefois, il ne s’agit pas d’un véritable modèle de prévision : les simulations réalisées avec ce modèle donnent au mieux des ordres de grandeur. Il s’agit surtout d’illustrer l’impact des politiques économiques en économie ouverte, dans différentes configurations monétaires (politique monétaire, régime de change).
On peut regretter le caractère un peu passéiste du modèle, qui le disqualifie pour un usage en recherche, ou se réjouir de sa simplicité qui en fait un outil accessible aux étudiants dès le deuxième cycle. Saluons, de ce point de vue, le travail des auteurs, qui va dans le sens d’un enseignement moins abstrait de l’économie. L’enseignant reste libre de prendre ses distances par rapport au modèle en expliquant, par exemple, en quoi l’impact d’une relance budgétaire serait différent si les ménages anticipaient la contrainte budgétaire intertemporelle du secteur public (effets néo-ricardiens, absents de Macsim).
Même si la structure générale du modèle est très simple, Macsim comporte tout de même six pays et 80 équations par pays, sans compter le reste du monde. Mais ces équations sont masquées par une interface conviviale permettant de modifier les paramètres du régime monétaire, d’introduire des chocs et d’agir sur les variables de politiques économiques, sans formation particulière en matière de modélisation. Le risque évidemment est une utilisation « presse-bouton » du modèle. À cet égard, le livre accompagnant le logiciel n’incite pas particulièrement l’utilisateur à lire le détail des équations, alors que cette lecture est indispensable pour une utilisation raisonnée du modèle. On pourrait rêver d’un module intégré au logiciel permettant de visualiser à la demande les principales relations de comportement – consommation, investissement, commerce extérieur…
Le jeu
Le logiciel peut être utilisé comme un véritable jeu au sens ludique du terme. On répartit les joueurs en un maximum de six équipes (une par pays), et les simulations permettent de créer une émulation entre équipes, avec possibilités d’alliances et de reniements. Une utilisation à distance est envisagée par les concepteurs, les équipes pouvant, par exemple, se trouver dans des universités différentes et communiquer par Internet. Cependant, cette utilisation futuriste relève davantage du défi organisationnel que de l’efficacité pédagogique.
Le module « joueur » doit préalablement avoir été installé sur les ordinateurs des différentes équipes-pays, et le module « administrateur » sur l’ordinateur de l’enseignant (aucun logiciel spécifique n’est requis). Ce dernier doit également préparer les simulations, c’est-à-dire définir un environnement macroéconomique qu’il distribue ensuite (par disquettes ou via un réseau) à chaque équipe, à charge pour elles d’améliorer la situation dans leur pays à l’aide de différents leviers de politique économique. Notons que la simulation se fait année par année, selon la séquence suivante : (1) l’environnement (prévisions macroéconomiques) pour l’année 1 est transmis aux équipes ; (2) ces dernières remettent leurs décisions de politique économique à l’administrateur ; (3) l’administrateur réalise la synthèse (le bouclage international) et renvoie aux équipes leurs résultats, ainsi que l’environnement de l’année 2.
Le modèle se présente sous la forme d’un scénario de référence ou « compte central » à partir duquel deux types d’événements peuvent se produire : des chocs macroéconomiques (d’offre, de demande) déclenchés par l’administrateur ; des réactions de politique économique (dépenses publiques, fiscalité) décidées par les différentes équipes-pays. Le but du jeu est d’amener un certain nombre de variables définies à l’avance (activité, inflation, par exemple) à un niveau le plus proche possible de valeurs de référence également définies à l’avance. La performance de chaque équipe est alors mesurée au moyen d’une fonction objectif, laquelle agrège les écarts de chaque variable retenue par rapport à l’objectif correspondant. Le cadre monétaire des simulations peut varier d’un pays à l’autre puisqu’il est possible de former des unions monétaires entre des sous-groupes de pays ou de choisir entre différentes règles de politique monétaire. L’administrateur peut ainsi réitérer une même simulation dans différentes configurations de régimes monétaires de manière à illustrer les différences d’efficacité de la politique budgétaire selon que le taux d’intérêt et le taux de change varient ou non, et les différences de répercussion sur les pays partenaires. Les interdépendances de politique économique sont soulignées par le logiciel qui détaille, pour chaque pays, la part du résultat due aux politiques nationales et celle due aux politiques entreprises à l’étranger.
Le logiciel permet également de faire comprendre les notions de choc exogène, de répercussion endogène et de réaction de politique économique discrétionnaire ou suivant une règle, même s’il entretient une certaine confusion en proposant d’analyser l’impact de chocs budgétaires. Symétriquement, on peut regretter que les équipes-pays ne puissent actionner le levier du taux d’intérêt dans le cadre de l’option « taux d’intérêt nominal exogène ». Le risque est que les équipes-pays modifient la règle de politique monétaire au lieu de modifier le taux d’intérêt, et qu’ils perdent ainsi de vue l’opposition entre règle et discrétion. Il en va de même pour le taux de change qui ne peut être dévalué lorsqu’il est fixe, ce qui peut conduire rapidement les différents pays à passer aux changes flottants.
L’enseignant peut utilement organiser une discussion sur les fonctions-objectifs : quels sont les objectifs implicites aux fonctions de réaction de la Banque centrale ? Quelles sont les variables à retenir dans la fonction-objectif du gouvernement ? Les cibles doivent-elles correspondre à la situation du compte central sans choc exogène ou doit-on retenir des cibles absolues comme la croissance potentielle ou l’équilibre du solde extérieur ? Dans le second cas, on peut interpréter telles quelles les pertes calculées par le logiciel, alors que dans le premier cas (cibles égales aux valeurs correspondant au compte central sans choc), il faut comparer les pertes obtenues à la perte sans choc exogène et sans décision de politique économique. Peut-être manque-t-il ici une fonction permettant de calculer toutes les variables (et donc aussi les pertes) en écart au compte central sans choc, car la lisibilité des résultats est limitée par le fait que le compte central est affecté par les chocs exogènes (contrairement à ce qui se passe dans les simulations variantielles standard).
Le modèle
Le modèle est centré sur six économies européennes : trois grands pays appartenant à l’Union monétaire européenne (Allemagne, France, Italie), un petit pays appartenant à cette même union (les Pays-Bas), un grand pays en régime de change flexible (le Royaume-Uni) et un petit pays en régime de change flexible (la Suède). Le logiciel permet néanmoins de recomposer complètement les arrangements monétaires, en mettant par exemple le Royaume-Uni à la place de l’Italie dans l’Union monétaire européenne. La période d’estimation (1964-1997) autorise ce type d’exercice puisque l’uem n’existait pas durant cette période.
Cependant on peut regretter que les auteurs ne soient pas allés jusqu’au bout de la logique pédagogique. Puisque les six pays retenus ont une fonction essentiellement illustrative, alors peut-être aurait-il fallu limiter au minimum les asymétries entre pays, en estimant par exemple les équations de comportement en panel et en différenciant les pays essentiellement par le rôle et l’orientation de leur commerce extérieur. Dans la version actuelle, certaines asymétries entre pays résultent de coefficients pas toujours significativement différents au sens statistique, ce qui brouille l’interprétation des résultats. Une schématisation plus poussée aurait également eu l’avantage de permettre une transposition des résultats à d’autres pays européens.
On peut également se demander s’il n’aurait pas été judicieux de modéliser moins de pays européens mais de distinguer les États-Unis du reste du monde. Cela aurait permis, par exemple, d’illustrer l’impact des chocs d’offre et des politiques budgétaires de part et d’autre de l’Atlantique sur les mouvements du dollar par rapport à l’euro.
La modélisation de chaque pays reprend, en la simplifiant, la tradition des modèles macroéconométriques français. Notons l’hypothèse d’une complémentarité entre capital et travail, qui fait baisser l’emploi lorsque le taux d’intérêt augmente, alors que le résultat serait ambigu avec une substituabilité des deux facteurs de production. Surtout, le modèle repose sur un impact fort du taux d’intérêt réel sur la demande, via la consommation (taux court) et l’investissement (taux long). Cette réactivité est un paramètre crucial pour la stabilité du modèle et pour les résultats des simulations. Or le paramètre n’est pas estimé mais imposé. Il aurait été utile d’offrir à l’administrateur la possibilité de modifier ce paramètre (à l’intérieur d’une marge prédéfinie) afin de lui permettre de tester lui-même la sensibilité des résultats et de lui offrir l’occasion d’un débat avec les joueurs sur les canaux de transmission de la politique monétaire et les possibles asymétries entre pays européens. Ce paramètre paraît en effet aussi important que celui liant le taux d’intérêt à long terme au déficit public (via la prime de risque), paramètre ad hoc que l’utilisateur a tout loisir de modifier.
Macsim est un modèle macroéconomique sans monnaie. Ce choix, judicieux au regard des pratiques actuelles des banques centrales, suppose que la masse monétaire s’ajuste de manière à maintenir le taux d’intérêt nominal au niveau fixé par la fonction de réaction choisie. Notons, à cet égard, que les différentes options proposées n’ont pas toutes le même statut : les deux premières (taux d’intérêt nominal fixe, taux d’intérêt réel fixe) sont des options techniques destinées à comprendre ensuite, par différence, l’impact de la politique monétaire ; les seules véritables options de politique monétaire sont donc la fonction de réaction nationale (règle de Taylor), la sujétion à la politique monétaire d’un autre pays (sme asymétrique ou, par extension, système de currency board ou d’euroïsation) et la participation à une union monétaire. Comme le pays leader d’un sme asymétrique ou la Banque centrale d’une union monétaire utilisent une règle de Taylor, la règle de Taylor est au fond la seule règle de taux d’intérêt proposée aux utilisateurs. De ce point de vue, on peut regretter que l’administrateur et/ou les joueurs ne puissent en définir eux-mêmes les paramètres.
Les options relatives aux taux de change ne sont évidemment pas indépendantes de celles relatives aux taux d’intérêt. Une première option suppose que le taux de change nominal est fixe, parce que le pays est lié à un autre par un régime de change fixe asymétrique ou parce qu’il fait partie d’une union monétaire. Notons que le logiciel ne permet pas de tenir compte de l’imparfaite crédibilité d’un régime de change fixe. Tout en restant dans une configuration simple sans anticipations rationnelles, on aurait pu imaginer des anticipations de change dépendant de l’écart du taux de change nominal par rapport à son niveau de pouvoir d’achat, ce qui aurait créé de manière endogène une hausse du taux d’intérêt lorsque la monnaie s’apprécie en termes réels.
Une seconde option pour le taux de change suppose que le taux de change réel est constant. Cette option a le défaut de ne pas vérifier la parité des taux d’intérêt non couverts sauf dans le cas où les taux d’intérêt réels sont constants dans tous les pays.
Enfin, la dernière option est la parité non couverte des taux d’intérêt nominaux avec des anticipations extrapolatives au sens où les agents anticipent une variation de taux de change nominal égale à celle qu’ils viennent d’observer. Cette hypothèse relative aux anticipations de change a pour conséquence que la monnaie d’un pays se déprécie lorsque son taux d’intérêt augmente, ce qui ne correspond pas, la plupart du temps, à la réalité. Des anticipations régressives par rapport à un niveau de parité de pouvoir d’achat (où les agents anticipent un retour progressif vers la ppa) aurait évité ce défaut tout en restant réaliste compte tenu de l’horizon annuel du modèle.
Les jeunes macroéconomistes débutent souvent leur carrière par quelques années dans une équipe de modélisation macroéconométrique. Ils y acquièrent une vision « bouclée » de la macroéconomie qui leur sert ensuite de base pour faire de la conjoncture ou aborder des sujets plus spécifiques non traités par ces modèles. En offrant aux étudiants la possibilité de se frotter à cette expérience avant même la fin de leurs études, MacSim œuvre pour un enseignement plus concret et professionnalisé. Il permet aux enseignants de rompre avec la monotonie de l’exercice sur papier et d’illustrer un grand nombre de concepts et mécanismes de politique économique qui dépassent très largement l’économie européenne. Remercions les auteurs pour leur initiative et leur labeur, et utilisons avec discernement ce modèle qui, comme les autres, délivre un message en rapport direct avec les hypothèses que l’on y introduit.
 
En réponse à l’analyse d’Agnès Bénassy, quelques précisions sur MacSim [*]
 
 
Patricia Augier, Jean-Louis Brillet, Gilbert Cette, Raymond Gambini
Tout d’abord, nous tenons à remercier très chaleureusement Agnès Bénassy-Quéré (AB) de sa note sur MacSim. Nous sommes en tous points d’accord avec ses remarques et les limites du logiciel qu’elle signale fort justement et dont nous sommes bien conscients. Certaines de ces limites sont d’ailleurs longuement signalées dans le texte de présentation du logiciel (p. 20 et 21) :
« Les choix de spécification du logiciel MacSim sont ceux usuellement retenus dans la macro-modélisation appliquée dans de nombreux pays, dont la France [1] . Ils s’inscrivent principalement dans une filiation néo-keynésienne. Ils n’intègrent donc pas certaines réactions des marchés et certains types de comportements des agents économiques sensibles au long terme (et basés par exemple sur des anticipations rationnelles), et ils n’échappent pas à ce titre à des critiques usuelles (Cf. par exemple, pour une revue de ces critiques, E. Malinvaud [1999] [2] ). Comme cela a déjà été indiqué, ces simplifications signifient que l’utilisation du modèle ne dispense pas d’une réflexion sur le réalisme des résultats obtenus, et que l’appréciation de ces derniers doit donc prendre en compte des dérives qui, dans la réalité économique, seraient spontanément corrigées par des mécanismes de marché ou par les comportements des agents ».
Pourquoi ces limites ? Tout simplement pour les raisons de priorité suivantes :
– MacSim est un logiciel de simulation macroéconomique sur les économies européennes qui se veut facilement maniable, pour un usage pédagogique plus ludique que les cours traditionnels de macroéconomie en économie ouverte parfois (souvent ?) terriblement ennuyeux. L’apprentissage de l’utilisation de MacSim ne nécessite que quelques minutes, du fait d’une interface conviviale.
– Nous avons fait le choix de privilégier la représentation de deux types d’interdépendances. Tout d’abord les interdépendances entre la sphère réelle et la sphère financière. Comme en témoigne le graphique ci-après, ces interdépendances sont variées et réciproques, et le fait que plusieurs soient optionnelles élève évidemment la richesse pédagogique de MacSim. Ensuite, des interdépendances des six économies européennes représentées, entre elles mais aussi avec le reste du monde, via les échanges extérieurs mais aussi via la formation des changes et des taux d’intérêt.
– Nous voulions que MacSim soit tout particulièrement utile à illustrer l’intérêt de la construction européenne, de la coordination des politiques économiques et de l’instauration de l’euro. Des options permettent ainsi aux utilisateurs de choisir, pour chacune des six économies représentées, un fonctionnement hors ou avec union monétaire et dans ce dernier cas, union symétrique ou asymétrique.
Les simplifications retenues aboutissent cependant à un outil d’une réelle puissance : 80 équations pour représenter chacun des six pays, plus quelques autres équations pour le reste du monde font au total plus de 500 équations, dont une centaine économétriques.
Après cinq ans de travail évidemment irrégulier car collectif et donc soumis à de forts coûts de coordination, le produit MacSim nous a semblé suffisamment mûr pour présenter l’intérêt pédagogique recherché pour des enseignements appliqués de politique économique, dans le contexte particulier de la macroéconomie européenne. Pour autant, nous souhaitons que MacSim soit évolutif et que ce produit soit une première étape. Appelons le MacSim-1. Nous avons en projet de prendre en compte, dans un futur MacSim-2, de nouveaux aspects, certains faisant partie des limites signalées par AB. Citons-en deux en exemple :
– intégrer de façon optionnelle la possibilité de comportements néo-ricardiens des ménages ;
– ouvrir la possibilité optionnelle de choisir les pondérations des tensions et de l’inflation dans la règle de Taylor. Une règle de ciblage de l’inflation à la Svensson serait ainsi rendue possible.
Pour autant, la gestation de MacSim-2 sera encore longue, pour de multiples raisons parmi lesquelles les coûts de coordination signalés ne sont pas négligeables. En attendant, et conscients des limités signalées, nous nous contentons nous-mêmes de MacSim-1…
Figure 1
L’interaction réel-financier dans MacSim
IMGIMG
L’interaction réel-financier dans MacSim
IMGIMF
 
NOTES
 
[*] Université Paris X-Nanterre.
[*] « Macroéconomie européenne : MacSim, un logiciel de simulation », Montchrestien, livre et CD, 46. Une présentation assez détaillée de MacSim est proposée par ses auteurs dans : « MacSim : Un logiciel de simulation macroéconomique », Économie internationale, 85, 1er trimestre.
[1] Voir, par exemple, Banque de France, Direction de la Prévision, École centrale, insee et ofce [1998], « Structures et propriétés de cinq modèles macro-économiques français », Économie et Prévision, 134, avril-juin, 1998/3.
[2] E. Malinvaud [1999], « Les modèles macroéconométriques sont-ils perfectibles ? », Problèmes économiques, n° 2625, 21 juillet.
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Voir, par exemple, Banque de France, Direction de la Prévis...
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[2]
E. Malinvaud [1999], « Les modèles macroéconométriques sont...
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