Revue économique
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2724629779
160 pages

p. 93 à 102
doi: en cours

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Vol. 55 2004/1

2004 Revue économique

Un effet externe positif à l’embauche

L’amélioration de la connaissance de la qualité des travailleurs

Paul Makdissi  [*] Cyril Téjédo  [**]
Dans cet article, on développe un modèle dans lequel l’embauche d’un travailleur sans expérience comporte une caractéristique de bien public en révélant a posteriori à tous les employeurs la qualité de cet employé. On analyse les conséquences macroéconomiques, en termes d’efficacité, du phénomène microéconomique que constitue l’appariement entre les travailleurs et leur emploi. Dans ce contexte, on démontre que l’embauche décentralisée de travailleurs sans expérience est sous-optimale du point de vue du profit des firmes et qu’une politique d’emploi augmente le profit joint de ces dernières et que, sous certaines conditions, permet de réduire le chômage. Une politique d’encouragement à l’embauche peut notamment être réalisée par une réduction des charges sociales pesant sur les bas salaires. In this paper, we develop a model in which hiring of unexperienced workers has a public good characteristic in revealing information on workers quality. We analyze the macroeconomic consequences of a microeconomics phenomenon : The job matching. In this framework, we show that a decentralized hiring process of unexperienced workers is suboptimal in regards to firms joint profits. A public hiring policy increases joint profits and, under some conditions, also increases employment. Such a public policy may be seen as a reduction of social charges on low wages.
Classification JEL : H41, J23, J68
 
Introduction
 
 
Dans les situations de chômage involontaire, c’est-à-dire quand le salaire des travailleurs est supérieur au salaire d’équilibre, il peut être bénéfique d’un point de vue du bien-être social que le gouvernement subventionne l’embauche. En fait, l’argument classique de la littérature dans une telle situation est qu’« en l’absence d’effets macroéconomiques induits par l’embauche des travailleurs (tels qu’une augmentation de l’inflation ou une réduction de l’investissement privé), le coût d’employer ces travailleurs n’est pas leur salaire mais la valeur du loisir auquel ils doivent renoncer » (Layard [1972], p. 20 [1]). On observe d’ailleurs qu’en pratique beaucoup de gouvernements ont développé des mesures visant à inciter les entreprises à embaucher des chômeurs. En général, ces mesures concernent les jeunes ou les chômeurs de longue durée. Par exemple, le gouvernement du Québec avait deux programmes visant l’insertion de chômeurs sur le marché du travail : les subventions salariales d’insertion à l’emploi et les projets locaux de développement des compétences. Malheureusement, ces programmes ont été abolis le 1er avril 2000.
La théorie des prix implicites enseigne qu’une politique de l’emploi peut améliorer le bien-être social, mais elle suppose bien souvent une certaine homogénéité entre les travailleurs. Dans le présent article, on laisse de côté cette dernière hypothèse et on montre qu’accroître l’embauche des travailleurs pour lesquels il existe une incertitude sur leur capacité à s’adapter à leur emploi [2], améliore le profit des entreprises. À ce propos, Jovanovic [1979] explique que les firmes et les travailleurs font toujours face à un problème d’appariement (matching) quand elles recrutent de nouveaux employés. Miller [1984] propose un modèle dans lequel l’appariement est lié à la profession et non pas à une entreprise particulière. Il prouve aussi empiriquement qu’il arrive même que les individus changent carrément de profession, pour des raisons d’inadéquation entre l’emploi et leurs qualités individuelles. McCall [1991] montre que ce problème de mouvements est beaucoup plus aigu en ce qui concerne les jeunes travailleurs, c’est-à-dire ceux qui sont sans expérience ou qui n’ont pas encore trouvé leur voie professionnelle. Le contrat optimal proposé par Jovanovic [1979] consiste alors à ajuster le salaire en fonction de la productivité marginale observée. Par contre, ce type de contrat n’est normalement pas réalisable à cause de l’asymétrie de l’information entre la firme et le travailleur. Hashimoto [1981] propose alors un contrat d’équilibre où la firme congédie les employés dont la productivité n’est pas assez élevée. Enfin, dans une étude empirique basée sur des données du Employment Opportunity Pilot Program, Barron et Loewenstein [1985] mettent en évidence le fait que 90 % des firmes qui congédient des travailleurs en embauchent de nouveaux à la même période. Cette observation suggère que la plupart des licenciements sont la conséquence d’un turn over, résultant lui-même dans la plupart des cas de mauvais appariements. Si on analyse le problème de l’adéquation du travailleur avec son emploi dans une perspective dynamique, plus les entreprises embauchent à un instant, plus grand est le nombre de travailleurs bien appariés qu’elles sont capables d’identifier pour les périodes suivantes. Cette hypothèse est similaire à celle du modèle de McCall [1991] qui conclut qu’un bon appariement aide à prévoir les futurs appariements du travailleur. Si l’identification d’un travailleur est de connaissance commune, alors toute embauche a pour effet secondaire l’amélioration de la connaissance du bassin de travailleurs. Par conséquent, chaque nouveau recrutement crée des effets externes positifs pour toutes les entreprises. Dans un tel cadre, ce travail montre qu’une politique de l’emploi décentralisée ne maximise pas le profit des entreprises. En outre, on établit que, si les firmes ont une taille atomistique, le fait d’encourager l’embauche améliore simultanément, par rapport à la situation décentralisée, le niveau de l’emploi bien sûr, mais surtout le profit des entreprises.
 
Le modèle
 
 
Le problème de la firme consiste à maximiser son espérance de profit sur un horizon infini. Sa fonction de production f(•) respecte les hypothèses néo-classiques usuelles : f′(•) > 0, f″ < 0. l est la quantité totale de travail utilisé par l’entreprise. Il existe deux types de travailleurs dans l’économie. On suppose que le travailleur bien (mal) apparié procure à la firme 1 (0) unité de travail. Shapiro et Stiglitz [1984] utilisent une modélisation voisine où un travailleur sérieux (paresseux) fournit 1 (0) unité de travail. L’offre de travail du consommateur est inélastique. De plus, on suppose que, dans cette économie, il existe un salaire minimum légal [3] w supérieur au taux de salaire d’équilibre, donc générateur de chômage involontaire.
Avant qu’un appariement soit formé, l’employeur, tout comme le salarié, ignore la productivité exacte de ce dernier. Pour reprendre la terminologie de Nelson [1970], les emplois sont des « biens d’expérience ». Lorsque la firme embauche des travailleurs sans expérience, une proportion p ∊ [0, 1] de ceux-ci s’adaptent bien à leur emploi, et fournissent une unité de travail effectif. G(•) représente la fonction de répartition de p sur l’intervalle [0, 1] et μ son espérance mathématique, .
On suppose que les travailleurs sont actifs durant deux périodes. À leur première période d’activité, ils sont primo-demandeurs d’emploi. Ceux qui conservent leur emploi à la période suivante sont des travailleurs avec expérience bien appariés. On suppose aussi qu’à chaque période t, les entreprises embauchent à la fois des travailleurs avec expérience et des primo-demandeurs d’emploi.
Le nombre d’employeurs dans l’économie est K. La firme ne peut pas identifier la qualité des primo-demandeurs d’emploi mais connaît avec exactitude la qualité des travailleurs avec expérience. Elle embauche donc au hasard les primo-demandeurs d’emploi. À la fin de chaque période, les travailleurs mal appariés sont congédiés ou quittent d’eux-mêmes l’entreprise et l’identité des autres, c’est-à-dire ceux dont l’appariement est réussi, est de connaissance commune. Cette hypothèse semble raisonnable dans la mesure où, juridiquement, les entreprises sont autorisées à exiger pour chaque candidat les références des anciens employeurs. On suppose aussi que les travailleurs bien appariés restent dans le secteur, mais pas obligatoirement dans la même entreprise, car l’appariement dans ce modèle ne porte que sur la profession conformément à ce que Miller [1984] montre.
Dénotons par ni t le nombre de travailleurs embauchés par la firme i à la période t et par η i t le nombre de travailleurs bien appariés parmi ceux-ci. Si le nombre de firmes est grand, on peut effectuer l’approximation suivante
Plus K est élevé, plus cette approximation est précise. À l’issue de chaque période, les travailleurs adaptés à l’emploi du secteur se répartissent également dans chaque entreprise [4]. On peut raisonnablement faire cette hypothèse dans la mesure où, une fois qu’un individu a trouvé sa voie professionnelle, le coût de changer d’employeur est relativement négligeable, en tout cas nettement plus faible que le coût de changer de profession, en raison de l’accumulation de capital humain « sur le tas ». Chaque firme pourra donc embaucher η t – 1 travailleurs avec expérience à la période t .
Supposons qu’il existe un nombre η0 de travailleurs expérimentés à la période 1. La firme maximisant son espérance de profit fait face au programme suivant :
Ï€ i représente l’espérance de profit intertemporel obtenu par la firme i, et où , r étant le taux d’intérêt réel. En introduisant le résultat (1) dans l’équation (2), le problème de la firme i peut se réécrire comme
 
Les résultats
 
 
Considérons l’équilibre de Nash à boucle ouverte [5] de ce programme dynamique. À l’équilibre stationnaire symétrique, on a . Cet équilibre stationnaire est caractérisé par la condition suivante :
Le programme de maximisation de l’espérance du profit total de l’industrie est :
Π c représente l’espérance intertemporelle du profit total.
L’équilibre stationnaire de ce programme dynamique est caractérisé par la condition suivante :
Lorsqu’on compare les équations (4) et (6), on remarque immédiatement qu’à l’équilibre compétitif la firme ne prend pas en compte le bénéfice marginal procuré aux autres firmes en embauchant des primo-demandeurs d’emploi. On peut donc énoncer un premier résultat (les démonstrations des propositions et du corollaire sont placées en annexe).
Proposition 1. En présence d’incertitude sur la qualité des travailleurs sans expérience, l’absence de politique centralisée de l’emploi entraîne la non-maximisation de l’espérance des profits joints.
Corollaire . Une politique centralisée accroît les profits individuels de chaque entreprise.
Si on relâche l’hypothèse de l’égalité du salaire entre les travailleurs inconnus et les bons salariés identifiés, le phénomène du passager clandestin demeure et la proposition 1 ainsi que son corollaire restent valides. En effet, à l’équilibre stationnaire, si on suppose qu’une firme paye un salaire w′ > w aux employés bien appariés, tel que w′ ∈ [w, f′(μn)], alors toutes les autres firmes vont proposer un salaire égal ou supérieur à w′. Une rémunération d’équilibre, qui dépend des élasticités respectives entre demande et offre de salariés adaptés à leur emploi, w * ∈ [w, f′(μn)] émerge. Mais, comme à l’équilibre, toutes les firmes emploient ce taux de salaire, les travailleurs restent toujours indifférents à travailler dans l’une ou l’autre des entreprises ; ceci implique que les employés productifs continuent à se répartir aléatoirement [6]. Par conséquent, une entreprise qui embauche, réalise toujours un investissement dont une partie des bénéfices profite à ses concurrentes. Comme à l’équilibre de Nash, elle n’internalise pas ses effets externes, son niveau d’embauche reste inefficace, tant au niveau du profit agrégé (proposition 1) qu’au plan du profit individuel (corollaire de la proposition 1).
De plus, si l’embauche de travailleurs sans expérience à l’équilibre de Nash ne maximise pas l’espérance des profits des firmes, le résultat de la proposition 1 ne signifie pas nécessairement qu’il y ait, du point de vue de la maximisation des profits, trop de chômage. Elle établit simplement que le niveau d’embauche n’est pas optimal. En revanche, quand le nombre de firmes est suffisamment grand, la prochaine proposition montre qu’à l’équilibre compétitif, la quantité de recrutements est insuffisante.
Proposition 2. Pour une situation où la taille des firmes est atomistique par rapport au marché (K → + ∞), la quantité de travailleurs embauchés à la première période dans l’équilibre compétitif est nécessairement inférieure à celle de la solution centralisée.
K infiniment grand est une hypothèse raisonnable pour les secteurs très concurrentiels. Le résultat de la proposition 2 est intuitif : dans les secteurs où la concurrence est importante entre les firmes, celles-ci sont moins susceptibles de payer le coût d’une information qui bénéficierait à leurs concurrentes. On retrouve le problème bien connu du passager clandestin : quand le nombre d’agents contribuant en un bien public augmente, le free-riding s’accroît.
Pour les secteurs très concurrentiels, il est donc bénéfique que le gouvernement encourage les embauches de primo-demandeurs d’emploi. Pour les secteurs dont les firmes n’ont pas une taille atomistique, mais où, pour les travailleurs, les qualités exigées sont identiques à celles d’un secteur où K est infiniment grand, une telle politique de l’emploi peut générer des effets de débordement.
Il est courant de voir des gouvernements obliger certaines entreprises publiques à recruter. Un argument mis de l’avant pour expliquer ce phénomène est souvent que le gestionnaire public agit de la sorte par souci électoraliste. Un autre argument est que la prise de décision au sein de la firme publique peut être la résultante d’un processus de négociation entre les gestionnaires de la firme et les leaders syndicaux, ce qui biaiserait le choix d’input de la firme en faveur du travail (voir, par exemple, Gravelle [1984], Bös [1986], Rees [1984]). Dans un tel cadre, De Borger [1995] estime que la compagnie de chemins de fer belge emploie trop de travailleurs. Néanmoins, il estime que le coût de cette distorsion est plutôt faible. Le présent modèle montre que le coût de cette distorsion est atténué par l’amélioration de la connaissance des travailleurs. Le surplus d’embauche peut alors avoir des effets positifs à moyen terme sur les profits des entreprises du secteur privé qui ont besoin du même type de main-d’œuvre.
Une autre politique consisterait à subventionner (subvention pigouvienne) l’embauche d’employés par les firmes afin que celles-ci intègrent le bénéfice de l’information qu’elles procurent à leurs concurrentes. Si s représente la subvention à l’embauche d’un travailleur, on démontre la proposition suivante :
Proposition 3. Quand K → ∞, il existe une subvention optimale s * > 0 et elle est unique, telle que chaque entreprise choisit le niveau optimal d’employés à l’équilibre décentralisé.
Il s’agit de verser une subvention afin que le taux de salaire net soit tel que les conditions de premier ordre du problème décentralisé donne le même nombre de travailleurs que pour le problème centralisé. On peut remarquer que cette subvention peut prendre la forme, évidemment, d’une réduction des charges sociales de l’employeur.
Intuitivement, on peut penser que ce type de politique est supérieur à l’embauche d’employés supplémentaires par les entreprises publiques. Cela est dû à la concavité de la fonction de production. Dans un tel cadre, le coût de produire de l’identification supplémentaire est moindre si on répartit cette production sur l’ensemble des firmes plutôt que sur une ou un nombre restreint de firmes.
 
Conclusion
 
 
Dans cet article, on montre qu’en présence de problèmes d’appariement, une politique d’emploi décentralisée peut impliquer simultanément un chômage trop élevé des travailleurs n’ayant pas trouvé leur voie professionnelle et un profit des firmes trop faible. Ce modèle simple a l’avantage de souligner le fait qu’une politique publique visant à faire augmenter l’emploi peut être réalisée tout en permettant un accroissement du profit des entreprises du secteur privé concerné. On montre donc l’existence d’un effet externe positif à l’embauche. Il y en a certainement d’autres. Par exemple, un taux de chômage moins élevé peut améliorer le sentiment de sécurité, la santé ou le niveau d’alcoolisme des travailleurs.
Toutefois, on doit mentionner que tout choix au niveau social ne peut être seulement basé sur des variables telles que le chômage et le profit des entreprises, mais on doit aussi tenir compte par exemple des impacts sur la dispersion des revenus. Si on suppose que les chômeurs (notamment ceux de longue durée) représentent la population pauvre et que les détenteurs d’actions sont les riches, cet article montre qu’une politique de l’emploi expansionniste aurait des effets positifs sur la situation de ces deux catégories.
De plus, on a supposé, dans cet article, que les emplois concernés étaient ceux rémunérés de façon relativement indépendante de la productivité réelle du travailleur, ce qui est relativement raisonnable lorsqu’on considère des primo-demandeurs d’emploi, c’est-à-dire des travailleurs n’ayant pas encore trouvé leur voie professionnelle. Pourtant, il ne faut pas négliger aussi le fait que les entreprises payent, pour des raisons d’aléa moral, les travailleurs à un salaire supérieur au salaire d’équilibre. Il s’agit de la théorie du salaire d’efficience [7], qui montre qu’il existe un salaire efficace, du point de vue des employeurs, qui produit du chômage involontaire : Salaire élevé et chômage impliquant simultanément pour l’employé une plus grande motivation au travail et pour l’employeur des économies concernant la surveillance de ses salariés. Certains des résultats du présent article préconisent donc que le niveau de chômage obtenu dans ce type de modèle risque fort d’être trop important par rapport à l’optimum social.
Finalement, si les firmes étaient asymétriques, il semblerait que, de toutes les politiques d’encouragement à l’emploi, celle qui consisterait à subventionner l’emploi via une diminution des charges sociales sur les bas salaires, conduirait à une plus grande efficacité.

ANNEXE

Comme les firmes sont symétriques et qu’on suppose un équilibre de Nash symétrique, on abandonne donc les exposants dans les démonstrations des propositions suivantes.
 
Démonstration de la proposition 1
 
 
Supposons que . Posons
On peut alors réécrire les équations (4) et (6) de la façon suivante :
K étant supérieur à 1 et à partir des équations (9) et (10), on peut conclure que
L’équation (12) revient à
En mettant (13) et (11) ensemble, on a
une contradiction, puisque cette dernière égalité n’est possible que si g(p) est dégénérée à p = 1, ce qui correspond au cas où il n’y a pas d’incertitude sur la qualité des travailleurs sans expérience. â– 
 
Démonstration du corollaire de la proposition 1
 
 
L’équilibre de Nash étant symétrique, l’espérance du profit de chaque entreprise est égal, c’est-à-dire Ï€ i = Ï€ j = Ï€ pour tout i, j ≤ K. La proposition 1 établit que Π c > KÏ€. Soit Ï€ c , l’espérance de profit d’une firme dans la situation centralisée, les firmes étant identiques, on a que
â– 
 
Démonstration de la proposition 2
 
 
Si K → + ∞, (4) devient
Supposons que , alors par la stricte concavité de f et (14), on obtient
Utilisant ce dernier résultat avec l’équation (6), on a
Puisque p ∊ [0, 1], on ne peut avoir simultanément (15) et (17). On a donc une contradiction. â– 
 
Démonstration de la proposition 3
 
 
À partir de l’équation (14), on peut définir une fonction implicite entre le niveau d’emploi à l’équilibre décentralisé et le taux de salaire auquel fait face la firme. Étant donné les hypothèses sur f, cette fonction est continue. D’autre part, il est aisé de montrer que et . Enfin, comme , où est défini implicitement par l’équation (6) un des résultats sur les fonctions continues permet d’affirmer qu’il existe un w * tel que . Enfin, si l’on différencie l’équation (14), on a :
La proposition 2 établit que , donc (18) implique d’une part que w * est unique et que w * < w.
Pour terminer la démonstration, il suffit de poser que s * = ww *. â– 
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·   Bos D. [1986], Public Entreprise Economics, North-Holland, Amsterdam.
·   Barron J.M. et Loewenstein M.A. [1985], « On Employer-Specific Information and Internal Labor Markets », Southern Economic Journal, 52, p. 431-445.
·   Benchekroun H. et Long N.V. [1998], « Efficiency Inducing Taxation for Polluting Oligopolists », Journal of Public Economics, 70, p. 325-342.
·   Cahuc P. et Zylberberg A. [1996], Économie du travail. La formation des salaires et les déterminants du chômage, Paris, Bruxelles, De Boeck Université.
·   De Borger B. [1995], « The Behavior of Public Enterprises Offering a Quasi-Public Good », European Journal of Political Economy, 11, p. 265-290.
·   Fudenberg D., Tirole J. [1991], Game Theory, Cambridge (Mass.), mit Press.
·   Gravelle H.S.E. [1984], « Bargaining and Efficiency in Public and Private Sector Firms », dans Marchand M., Pestieau P. et Tulkens H. (eds), The Performance of Public Entreprises: Concept and Measurement, Amsterdam, North-Holland.
·   Hashimoto M. [1981], « Firm-Specific Human Capital as Shared Investment », American Economic Review, 71, p. 475-482.
·   Jovanovic B. [1979], « Job Matching and the Theory of Turnover », Journal of Political Economy, 87, p. 972-990.
·   Layard R. [1972], « Introduction », dans Layard R. (ed.), Cost Benefit Analysis, Londres, Penguin.
·   McCall B. P. [1991], « A DynamicModel of Occupational Choice », Journal of Economic Dynamics and Control, 15, p. 387-408.
·   Miller R. A. [1984], « Job Matching and Occupational Choice », Journal of Political Economy, 92, p. 1086-1120.
·   Nelson P. [1970], « Information and Consumer Behavior », Journal of Political Economy, 78, p. 311-329.
·   Rees R. [1984], « A Positive Theory of the Public Entreprise », dans Marchand M., Pestieau P. et Tulkens H. (eds.), The Performance of Public Entreprises: Concept and Measurement, Amsterdam, North-Holland.
·   Shapiro C. et Stiglitz J.E. [1984], « Equilibrium Unemployment as a Worker-Discipline Device », American Economic Review, 74, p. 433-444.
 
NOTES
 
[*] Département d’économique, Université de Sherbrooke, Université de Sherbrooke, 2500, boulevard de l’Université, Sherbrooke, Québec, Canada, J1K 2R1 ; Courriel : paul. mmakdissi@ USherbrooke. ca
[**] Département d’économique, Université de Sherbrooke, Université de Sherbrooke, 2500, boulevard de l’Université, Sherbrooke, Québec, Canada, J1K 2R1 ; Courriel : cyril. ttejedo@ USherbrooke. ca
[1] Traduction libre effectuée par les auteurs de cet article.
[2] Comme, par exemple, les jeunes et les chômeurs de longue durée : soit que ceux-ci n’ont pas encore fait leurs preuves, soit que ceux-là peuvent être victimes de l’obsolescence de leur capital humain.
[3] Si on se réfère à la théorie du salaire d’efficience, le salaire observé peut être supérieur au salaire d’équilibre pour des raisons de maximisation du profit des firmes. Dans ce travail, on ne se réfère pas à ce modèle, bien qu’on revient sur ce point en conclusion.
[4] Dans ce modèle, on suppose que les salaires payés à la seconde période sont égaux à w. On pourrait supposer que les entreprises, désireuses de garder les bons employés, leurs offrent des salaires supérieurs à la seconde période. Toutefois, à l’équilibre, toutes les entreprises leur paieront le même salaire, ce qui engendrera, dans le cadre de ce modèle, une répartition aléatoire de ces derniers.
[5] Il faut noter ici que l’équilibre de Nash avec stratégie à boucle ouverte n’est pas un équilibre parfait en sous-jeux en général. En revanche, Benchekroun et Long [1998] soulignent que dans un jeu simultané avec agents symétriques (comme le jeu considéré ici), les équilibres « non raisonnables » avec menaces non crédibles n’apparaissent pas dans la solution à boucle ouverte. C’est pourquoi, nous adoptons ce type de modélisation qui, malgré sa simplicité, nous permet de discuter des incitatifs stratégiques auxquels les firmes font face.
[6] Voir note de bas de page 4.
[7] Pour une bonne synthèse de cette question, voir par exemple, le chapitre 3 de l’ouvrage de Cahuc et Zylberberg [1996].
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Voir note de bas de page 4. Suite de la note...
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