Revue économique 2005/2
Revue économique
2005/2 (Vol. 56)
320 pages
Editeur
Numéros antérieurs disponibles sur www.persee.fr

I.S.B.N. 2724630076
DOI 10.3917/reco.562.0423
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Immigration

Vous consultezQuels liens aujourd’hui entre l’emploi et l’intégration pour les populations issues de l’immigration ?

AuteursFrédérique Houseaux du même auteur

Chloé Tavan[*][*] Au moment de la rédaction de cet article, F. Houseaux appartenait...
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du même auteur


Abdelmalek Sayad soulignait, en 1994, que l’intégration du groupe dans son ensemble, sa cohérence interne, ne peut être dissociée de l’intégration d’éléments individuels à ce groupe. En ce sens, étudier l’intégration des immigrés, c’est d’abord s’attacher aux éléments qui contribuent à la cohérence interne d’un ou plusieurs groupes « immigrés » au sein de la société française, c’est-à-dire déterminer des caractéristiques communes, des consensus intégrateurs, qui peuvent être éventuellement très distincts de la moyenne des comportements et des convictions. Pour Sayad [1994], l’« intégration ainsi comprise, l’intégration comme réalité sociale et par conséquent collective, est la condition même de l’intégration au second sens du terme, l’intégration individuelle des parties au tout ». De ce fait, s’interroger sur l’intégration d’une catégorie d’individus revient à étudier la constitution du lien social pour cette population. C’est une des caractéristiques de l’enquête « Histoire de vie – Construction des identités » (voir encadré) que de chercher à analyser la construction de ce lien social pour tous les individus. Elle ne réserve donc pas aux immigrés un traitement différent du reste de la population, sauf, bien évidemment, en ce qui concerne les traits qui leur sont propres (âge d’arrivée sur le marché du travail français ou attachement au pays d’origine par exemple).

2 Cette étude se donne comme objectif non pas de mesurer l’ampleur des différences moyennes de comportements entre les immigrés pris dans leur ensemble d’un côté et le reste de la population de l’autre, mais plutôt de tenter de déterminer, au sein des immigrés, l’existence de sous-populations cohérentes, partageant des caractéristiques homogènes, du moins du point de vue des variables étudiées ici (mode de participation au marché du travail et trajectoires d’emploi, intensité des liens avec les origines géographiques, maîtrise et usage de la langue française…). De ce point de vue, des variables comme le sexe, l’âge à l’arrivée en France, la durée de résidence et la période d’arrivée, mais aussi l’origine géographique, sont déterminantes dans la constitution d’une typologie des modes d’intégration à l’œuvre dans la société française d’aujourd’hui.

3 Si s’interroger sur les processus d’intégration des immigrés à la société française peut présenter la légitimité d’étudier comment des individus socialisés dans un autre contexte sont obligés de renoncer, toujours conflictuellement, à une partie de leur culture d’origine pour assimiler des éléments nouveaux spécifiques au pays d’accueil, en revanche faire de même à propos de l’intégration des enfants d’immigrés ne présente pas le même caractère d’évidence. Ces enfants ont en effet en commun avec tous les autres nés sur le territoire d’avoir fréquenté le même système scolaire. Ils sont d’emblée partie prenante de la société qui les a vus naître. C’est pourquoi on étudiera ici principalement l’intégration telle qu’on peut la mesurer pour les immigrés, même si l’on ne s’interdira pas ponctuellement d’analyser certaines caractéristiques ou certains comportements de leurs enfants nés en France.

4 La sphère productive est, aux côtés de l’école ou de la famille, une instance privilégiée de socialisation (Durkheim [1883]), notamment pour les immigrés dont nombre d’entre eux sont arrivés après l’enfance. Le marché du travail s’est pendant longtemps imposé comme le lieu naturel d’échange entre les nouveaux venus et la société d’accueil. Cependant, alors qu’auparavant l’immigré et le travailleur se confondaient largement[1][1] L’immigration venait alors répondre aux besoins de main-d’œuvre...
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, avec la fin de la période de forte croissance, cette identité a été doublement remise en cause. D’une part, la dégradation constante du contexte économique a modifié les conditions d’insertion sur le marché du travail des immigrés venus dans le dernier quart de siècle ; d’autre part, les décres de 1974 ont transformé la nature des courants migratoires : les entrées en France se sont, à partir de cette date, essentiellement effectuées dans le cadre du regroupement familial, ce qui s’est traduit par une féminisation de la population immigrée. Le marché du travail peut-il encore être, compte tenu de ces changements, un lieu privilégié d’intégration pour les nouveaux arrivés ? Qu’en est-il de la participation des femmes immigrées au marché du travail ? Au-delà de la participation au marché du travail, prendre en compte les autres dimensions du lien social permet-il d’envisager des modes d’intégration complémentaires ou alternatifs pour les immigrés, ou pour certains d’entre eux ?

Encadré L’enquête « Histoire de Vie – Construction des identités »
L’enquête « Histoire de vie – Construction des identités » (hdv) a été réalisée au printemps 2003 par l’Insee et de nombreux partenaires (Ined, ministère de l’Emploi et de la Solidarité, ministère de la Culture, Inserm, Délégation interministérielle à la ville…). Elle avait comme objectif de décrire, de hiérarchiser et d’analyser les différents types de liens sociaux qui permettent aux individus de s’intégrer à la société française et entendait ainsi élargir la problématique de l’intégration sociale à l’ensemble de la population résidant en France, considérant l’origine étrangère comme une composante identitaire parmi d’autres. Étant donné l’intérêt d’étudier les phénomènes identitaires des populations immigrées ou issues de l’immigration et leur faible poids dans l’ensemble de la population, l’échantillon a été élaboré de façon à les sur-représenter. Au final, parmi les 8 403 personnes de 18 ans ou plus vivant en ménage ordinaire[1][1] L’enquête hdv a été réalisée auprès des seuls logements...
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de France métropolitaine enquêtées, on compte :

  • 1 188 personnes immigrées, c’est-à-dire nées étrangères à l’étranger,
  • 501 personnes nées en France de deux parents immigrés,
  • 453 personnes nées en France dont un seul des parents est immigré.

Une pondération visant à corriger des biais de structure liés à la non-réponse et au plan de sondage a été effectuée par la méthode du calage sur marge. Plus précisément, dans le cadre de notre étude, cette pondération a été retravaillée de façon à obtenir un profil par sexe, âge et activité des immigrés conforme à celui du recensement de 1999.
Aucune restriction dans les origines et dans les âges n’a été imposée : les immigrés interrogés peuvent être considérés comme représentatifs de l’ensemble des immigrés de 18 ans ou plus résidant en logement ordinaire en 2003. La contre-partie de ce choix est que certaines origines récentes et minoritaires ne pourront pas être analysées en tant que telles en raison de la faiblesse de leurs effectifs (notamment la Turquie ou les pays d’Afrique subsaharienne). Plus généralement, la dispersion des origines géographiques (dispersion qui s’est accrue dans la seconde moitié du xxe siècle) réduit considérablement les effectifs de chaque pays. Aussi, afin de pouvoir effectuer des analyses tenant compte de l’origine géographique, dont on sait qu’elle discrimine fortement les comportements des immigrés (Dayan, Échardour, Glaude [1996]), nous avons regroupé les pays en quelques aires géographiques : l’Espagne et l’Italie, pays d’immigration ancienne, ont été distingués du Portugal qui, bien qu’étant un pays européen, correspond à des entrées beaucoup plus récentes et à une population au comportement professionnel atypique (Échardour [1996]) ; les autres pays européens, communautaires ou non, ont été agrégés dans une seule catégorie ; enfin, les pays du Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie) ont également été regroupés.

Migration et vie professionnelle

5 De nombreuses analyses transversales ont mis en évidence un taux de chômage élevé au sein de la population immigrée et le retrait massif des femmes immigrées du marché du travail (Thave [2000] ; Boëldieu, Borrel [2001]), mais de telles études ne peuvent suffire pour apprécier le rôle de l’emploi dans les parcours d’intégration des immigrés. En effet, en termes d’intégration, l’évolution de la situation vis-à-vis du travail renseigne plus que la situation à un moment donné. D’autre part, la position professionnelle mesurée à la seule date de l’enquête renvoie à des différences d’ancienneté sur le marché du travail français. Raisonner à partir des parcours professionnels permet non seulement d’observer comment l’insertion se construit au cours de l’histoire individuelle, mais aussi d’étudier différentes générations d’actifs à un moment donné de leur vie professionnelle. Grâce à sa grille biographique, qui relève pour chacune des années vécues le statut d’occupation, l’enquête hdv décrit l’ensemble du cheminement professionnel des individus[1][1] Il est également possible de connaître la catégorie socioprofessionnelle...
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.

6 Travailler sur des données rétrospectives implique toutefois certaines limites ou contraintes. Tout d’abord, les individus interrogés sont à des étapes différentes de leur cycle de vie et, en particulier, de leur parcours professionnel. Ainsi, lorsqu’on souhaite étudier le devenir des individus deux, cinq ou dix ans après leur entrée sur le marché du travail, une fraction décroissante de l’échantillon peut être analysée. Cela peut remettre en cause une lecture longitudinale des résultats issus d’analyses ponctuelles reproduites à des anciennetés successives. Afin de pallier ce problème, nous avons mis en œuvre différentes méthodes. Dans le cadre d’une approche « brute » des phénomènes, nous avons estimé des fonctions de répartition donnant la probabilité de connaître un événement tel que l’accès à l’emploi avant une date donnée à l’aide de modèles de durée non paramétriques, lesquels permettent justement de tenir compte des données censurées, c’est-à-dire non encore observées. Dans les approches conditionnelles, nous avons reproduit nos analyses sur un champ constant, celui des personnes présentes sur le marché du travail depuis au moins dix ans, afin de nous assurer de la fiabilité de nos résultats. De plus, des modèles semi-paramétriques permettant de calculer l’effet net de différentes caractéristiques sur les risques de connaître un événement ont également été estimés (Piché, Renaud, Gingras [2002]).

7 D’autre part, travailler sur des données de stock pour étudier des phénomènes rétrospectifs invite à une certaine prudence en raison des effets de sélection qui jouent avec force pour les immigrés. En effet, une telle enquête ne renseigne que sur les personnes résidant encore en France au jour de l’enquête et ignore celles venues en France et ayant quitté le territoire français depuis (par décès ou par migration). Or, il est raisonnable de penser que les départs s’effectuent de façon non aléatoire. Si, dans certains cas, il est possible de préjuger dans quel sens joue ce biais, dans le cas du parcours professionnel, l’issue de cet exercice est incertain : les personnes ayant réussi professionnellement peuvent aussi bien être plus nombreuses à quitter la France que l’inverse. Deux composantes de l’effet de sélection peuvent être distinguées : une composante « démographique » liée aux décès et se traduisant par une plus forte proportion de personnes arrivées jeunes parmi les vagues anciennes et une composante « comportementale » liée aux retours et se traduisant par une population aux caractéristiques, observables ou non, particulières. Si la première composante peut être en partie corrigée en tenant compte de l’âge à l’arrivée, la seconde échappe à tout contrôle.

8 Ces précautions exposées, nous pouvons étudier l’histoire professionnelle des immigrés présents en France appréhendée par leurs parcours d’emploi suivant leur entrée sur le marché du travail. L’entrée sur le marché du travail français est définie comme la date à partir de laquelle les individus sont disponibles pour travailler : il s’agit de l’année suivant la fin de leurs études ou de leur service militaire[1][1] Les personnes encore en études initiales, peu nombreuses...
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quel que soit leur statut d’activité cette année-là (actif occupé, inactif…)[2][2] Il nous est impossible de distinguer dans les années d’études...
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. Pour les immigrés, dans la mesure où c’est leur trajectoire sur le marché du travail français qui nous intéresse, il s’agit de l’année la plus récente entre la fin des études ou du service militaire et l’arrivée en France[3][3] On parlera d’ancienneté sur le marché du travail pour...
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Les différences de parcours entre les immigrés et le reste de la population sont plus marquées pour les femmes

9 Le fait d’être immigré semble avoir une influence limitée sur l’insertion professionnelle des hommes. Certes, à leur arrivée sur le marché du travail français, les hommes immigrés sont moins nombreux que les autres à accéder à un emploi stable[4][4] La grille biographique distinguait, pour chaque année,...
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, mais occuper un emploi est, pour eux aussi, l’état majoritaire dès leur entrée sur le marché du travail : 77 % des hommes immigrés accèdent à un emploi stable dès leur première année sur le marché du travail français, contre 86 % des hommes non immigrés (graphique 1-a). Le plus faible taux d’emploi des hommes immigrés résulte non pas d’une plus forte exposition au chômage ou à l’instabilité professionnelle, mais d’une forte propension à l’inactivité[1][1] Dans le plus long terme, en revanche, il semble qu’à...
suite
. La situation d’emploi des immigrés au début de leur vie professionnelle en France semble peu liée à leur âge à l’arrivée ou à leur expérience professionnelle antérieure : les taux d’emploi ne varient guère entre ceux qui sont arrivés avant ou après la fin de leurs études et ils sont toujours inférieurs à ceux observés pour la population non immigrée. En particulier, même ceux qui ont acquis une expérience professionnelle avant la migration sont pénalisés par rapport aux non-immigrés. La moindre proportion d’immigrés en emploi stable ne tient pas à leur plus faible niveau d’éducation, ni même à leur période d’arrivée sur le marché du travail : lorsqu’on tient compte de ces deux variables, la situation des immigrés reste plus défavorable. Toutefois, au-delà d’une certaine ancienneté sur le marché du travail français, la quasi-totalité des hommes, immigrés ou non, ont occupé, à un moment donné de leur carrière, un emploi[2][2] Un modèle semi-paramétrique réalisé sur la durée entre...
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.

10 Pour les femmes, en revanche, la situation d’emploi à l’entrée sur le marché du travail diffère très fortement entre les non-immigrées et les immigrées et, au sein de ces dernières, d’importantes variations existent selon leur âge à l’arrivée et leur expérience professionnelle antérieure (graphique 1-b). Au sein des immigrées, deux groupes s’opposent nettement : d’une part, celles qui ont effectué une partie ou la totalité de leurs études en France et, d’autre part, celles qui avaient achevé leurs études avant de migrer. Les premières ont un comportement d’emploi proche de celui des non-immigrées : elles sont majoritairement en emploi (69 %, contre 78 % des non-immigrées). À l’inverse, moins du tiers des femmes ayant achevé leurs études avant de migrer occupent un emploi l’année de leur arrivée sur le marché du travail français. Cela ne traduit pas seulement le plus haut niveau d’éducation des immigrées ayant effectué tout ou partie de leur scolarité en France[3][3] Leur âge moyen de fin d’études s’élève à 20,9 ans,...
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 : à âge de fin d’études et période d’entrée sur le marché du travail comparables, l’effet persiste. De plus, les écarts importants qui se créent entre immigrées et non-immigrées sur le fait d’avoir accédé à un emploi stable se maintiennent dans le temps, même après de nombreuses années d’ancienneté sur le marché du travail. Dix ans après leur entrée sur le marché du travail français, les immigrées arrivées en France après la fin de leurs études et sans expérience professionnelle ont encore deux fois moins souvent que les non-immigrées, ou même que les immigrées arrivées avant la fin de leurs études, accédé à un emploi. Le faible taux d’emploi des femmes immigrées renvoie plus généralement à leur retrait massif du marché du travail. En effet, comparativement aux femmes non immigrées, leurs risques instantanés de connaître le chômage ou une période d’instabilité professionnelle sont aussi plus faibles. Ce n’est donc pas tant les formes de participation au marché du travail (emploi stable, chômage ou instabilité), mais bien la participation ou non qui distingue les femmes immigrées des autres. Ainsi, près de la moitié des femmes immigrées venues en France après la fin de leurs études et n’ayant jamais travaillé par le passé ont été continûment inactives, contre seulement 4 % des non-immigrées et 6 % des immigrées ayant poursuivi au moins une partie de leur scolarité en France.

...
Graphique 1 - Accès à l’emploi stable des immigrés et des non-immigrés

Le parcours professionnel des immigrés dépend notamment du pays d’origine

11 Si la prise en considération du genre et de l’âge à l’arrivée en France, combinée à l’expérience professionnelle antérieure à la migration, permet de rendre compte d’une partie des écarts entre les immigrés et le reste de la population, elle ne peut suffire à comprendre entièrement la variété des parcours individuels. Pour pouvoir saisir davantage l’hétérogénéité des comportements d’emploi des immigrés, il convient de reprendre les analyses précédentes sur la seule population des immigrés et d’ajouter, en plus des caractéristiques générales de différenciation (âge de fin d’études et période d’arrivée sur le marché du travail), des variables explicatives spécifiques aux immigrés. Des régressions logistiques appliquées au fait d’être en emploi stable à divers stades d’ancienneté mettent en évidence de fortes variations au sein des immigrés, variations qui s’expriment différemment selon le sexe (tableau 1).

Tableau 1 - Régressions logistiques expliquant l’accès à l’emploi stable des immigrés au fil de leur carrière professionnelle en France




12 Un modèle multivarié indique que les comportements d’emploi des hommes immigrés sont relativement semblables (tableau 1-a). En particulier, il confirme que l’accès à l’emploi des hommes immigrés ne dépend pas de leur expérience professionnelle antérieure à la migration. Toutefois, il permet de mettre en évidence qu’être originaire d’Espagne, d’Italie ou du Portugal, tout comme le fait d’être arrivé avant le premier choc pétrolier ont, toutes choses égales par ailleurs, une incidence positive sur les chances d’accès à un emploi stable dès la première année sur le marché du travail. Cependant, l’hétérogénéité des immigrés face à l’emploi tend à diminuer au fil de l’ancienneté : plus on avance dans la carrière professionnelle, plus les variables qui ont une influence significative sur les comportements d’emploi sont rares. Après cinq ans d’ancienneté, seule la période d’arrivée sur le marché du travail pèse encore sur les chances d’accès à l’emploi stable[1][1] Un modèle semi-paramétrique contenant les mêmes variables...
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13 Pour les femmes immigrées, une plus grande variabilité des comportements individuels est observée (tableau 1-b). En effet, leur situation professionnelle lors de l’entrée sur le marché du travail français, évaluée par le fait d’être en emploi stable, dépend non seulement de leur pays d’origine (là encore, venir de la Péninsule ibérique ou de l’Italie plutôt que du Maghreb joue positivement sur les chances d’être en emploi stable) (Condon [2000]), mais aussi de la formation d’un couple dans son pays ou de l’âge de fin d’études. Ainsi, il apparaît que, plus que l’âge à la migration ou l’expérience professionnelle acquise avant de migrer, c’est la formation d’une union avant la migration qui pèse sur le destin professionnel des femmes immigrées. Qu’elles aient travaillé ou non dans leur pays, les femmes qui avaient débuté une vie de couple avant la migration sont, par rapport à celles qui sont arrivées avant la fin de leurs études, fortement pénalisées. De plus, alors que le niveau d’éducation ne joue pas sur les taux d’emploi des hommes immigrés, il a, toutes choses égales par ailleurs, une incidence positive sur ceux des femmes. L’empreinte des caractéristiques individuelles demeure relativement marquée au fil du parcours en France : même après dix ans de parcours, la situation familiale à l’arrivée, le pays d’origine ou l’âge de fin d’études continuent à déterminer les comportements d’emploi des femmes immigrées. À travers l’accès à l’emploi stable, c’est avant tout l’accès au marché du travail que l’on observe. En effet, pour les femmes, les différences les plus fortes n’existent pas dans les formes que prend l’emploi, mais en amont, dans la participation ou non au marché du travail. Ce sont les mêmes caractéristiques individuelles qui jouent sur le fait plus général de participer au marché du travail (emploi stable, instabilité professionnelle ou chômage). Cependant, la langue parlée par les parents pendant l’enfance, sans influence significative sur le fait d’être en emploi stable, joue, toutes choses égales par ailleurs, sur les chances d’avoir été continûment inactive : n’avoir été élevée que dans une langue étrangère favorise l’inactivité. La langue parlée pendant l’enfance peut traduire l’effet d’une moins bonne maîtrise du français à l’âge adulte[1][1] L’enquête recueillait également une auto-évaluation...
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, laquelle peut être un handicap dans les recherches d’emploi.

Période d’arrivée en France et parcours professionnel

14 Au-delà des caractéristiques propres aux populations immigrées, les analyses des temps d’accès à l’emploi stable mettent en évidence, pour les immigrés, une influence de la période d’arrivée sur les parcours d’emploi, influence qui est contraire selon les sexes. Cet impact différencié selon les sexes s’observe-t-il également pour le reste de la population ? Comment l’expliquer ?

15 Quand ils sont arrivés sur le marché du travail français après 1973, les hommes, immigrés ou non, ont connu des difficultés accrues d’accès à l’emploi stable (graphique 2-a). L’impact de la période d’arrivée sur les chances d’occuper un emploi stable dès la première année sur le marché du travail est de même ampleur pour les immigrés et les non-immigrés[2][2] La variable d’interaction entre le fait d’être immigré...
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. Cependant, alors que pour les hommes non immigrés, le taux d’activité est resté malgré tout relativement stable, les conditions dégradées d’emploi ayant entraîné essentiellement la montée de nouvelles formes d’activité (développement de l’emploi précaire et du chômage), pour les hommes immigrés, la fin de la période de plein emploi s’est traduite également par une progression de l’inactivité, laquelle peut être interprétée comme une forme d’exclusion ou de retrait subi du marché du travail. Dans le long terme, le handicap lié à la période d’arrivée s’atténue toutefois, pour les uns comme pour les autres : dix ans après la fin de leurs études ou leur arrivée en France, les hommes ont, dans leur quasi-totalité, obtenu un emploi stable.

16 Pour les femmes, l’appréciation de l’impact de la période d’arrivée est plus complexe dans la mesure où à un effet de période se superpose un effet de génération : être arrivée dans les trente dernières années signifie certes avoir été exposée à une situation plus défavorable en termes d’emploi, mais cela signifie aussi appartenir à une génération où l’activité des femmes est plus répandue. Et cela semble particulièrement vérifié pour les femmes immigrées (graphique 2-b). Pour mieux comprendre les mécanismes qui sont à l’œuvre, il convient donc de distinguer les trois grandes formes de participation au marché de travail que sont : l’emploi stable, l’inactivité et les formes précaires d’emploi ou le chômage. Ainsi, pour les femmes non immigrées, le fait d’être arrivées sur le marché du travail à partir des années 1970 semble se traduire exclusivement par une fragilisation des liens avec l’emploi : elles sont légèrement plus actives que la génération précédente, mais sont nettement moins nombreuses à occuper un emploi stable lors de leur première année sur le marché du travail (72 %, contre 82 % pour la génération précédente). À l’inverse, pour les immigrées, la progression du taux d’activité de la génération la plus jeune se traduit certes par une montée du chômage ou de l’instabilité professionnelle, mais n’a aucune incidence sur le taux d’emploi stable. La plus forte présence sur le marché du travail des femmes arrivées dans les années plus récentes fait plus que compenser l’effet négatif lié au contexte économique de ces trente dernières années. Après quelques années d’ancienneté, les femmes arrivées le plus récemment sur le marché du travail ont au moins aussi souvent accédé à un emploi stable que celles arrivées avant la crise.

...
Graphique 2 - Accès à l’emploi stable selon la période d’arrivée sur le marché du travail

17 L’analyse de la participation au marché du travail confirme donc les effets importants de l’ancienneté de la présence en France, du pays d’origine ou de l’âge à l’arrivée en France sur l’intégration, mais elle met également en lumière l’impact non négligeable de la période d’arrivée sur les possibilités qui s’offrent aux immigrés pour trouver une place sur le marché du travail, et au-delà, dans la société française. Cet effet du contexte économique et social au moment de l’arrivée en France se combine toujours avec l’origine géographique des migrants car celle-ci a évolué au cours du temps. Il semble toutefois que le contexte économique au moment de l’entrée sur le marché du travail exerce une influence propre sur les possibilités d’intégration par le travail[1][1] Un modèle de régression effectué sur la seule population...
suite
. Les générations d’immigrés entrés sur le marché du travail depuis la crise économique auraient d’emblée pâti de conditions dégradées et de difficultés accrues à trouver un travail.

18 D’autre part, ces analyses mettent en évidence d’importantes différences selon le genre. Si le travail peut, sur le moyen ou long terme au moins, être un mode d’intégration pour les hommes immigrés, il n’en est rien pour une grande partie des femmes qui, même après plusieurs années de résidence en France, restent massivement écartées du monde professionnel. Ce déficit de lien social construit par le travail est-il compensé chez les femmes par d’autres moyens ? Existe-t-il d’autres vecteurs d’intégration ? Si oui, sont-ils alternatifs ou, au contraire, cumulatifs ?

Intégration et liens avec le pays d’origine : des relations complexes

19 Comme pour le reste de la population, le lien social des immigrés ne repose qu’en partie sur l’intégration à un collectif de travail. Il met en œuvre bien d’autres dimensions de la vie sociale (pratiques de loisirs, participation à la vie politique, relations aux autres…) qui elles-mêmes peuvent renforcer ou, au contraire, s’opposer aux processus d’intégration professionnelle. Cette partie s’intéresse plus précisément à ces autres dimensions de la vie sociale.

Une assimilation linguistique rapide

20 La diminution rapide de la pratique des langues maternelles étrangères ou régionales au fil des générations témoigne de l’efficacité des processus d’intégration auxquels sont soumis les immigrés et leurs descendants, volontairement ou non (Héran [1993] ; Clanché [2002] ; Héran, Filhon, Deprez [2002]). Si seulement 7 % des immigrés ont parlé uniquement le français dans leur enfance, cette proportion atteint 73 % pour les personnes nées en France ayant un parent immigré, ce qui les rapproche du reste de la population puisque 85 % des personnes n’ayant aucun parent immigré ont parlé uniquement le français dans leur enfance. Au fil des générations, même si les langues d’origine se transmettent, elles disparaissent rapidement au profit du français, langue de socialisation. Ainsi, alors que les trois quarts des immigrés n’ont pas parlé le français dans leur enfance, cette proportion s’inverse pour les personnes nées en France de deux parents immigrés : les trois quarts d’entre elles ont parlé le français dès leur enfance, qu’il s’agisse du français uniquement (25 %) ou du français associé à une autre langue (48 %) (tableau 2).

Tableau 2 - Langues utilisées par les parents pendant l’enfance


21 À l’échelle des individus, la pratique des langues maternelles[1][1] On utilise ici le terme « langue maternelle »...
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étrangères à l’âge adulte diminue également au cours du temps. Plus les immigrés sont arrivés jeunes ou sont installés en France depuis longtemps, moins ils pratiquent leur langue maternelle et plus est restreint le cercle des personnes avec lesquelles ils parlent cette langue. Même si l’on ne peut pas assimiler pratique continue de sa langue maternelle étrangère et absence d’intégration, en revanche, l’abandon de langue au profit d’un usage exclusif du français témoigne sans conteste de l’assimilation au pays d’accueil. Les immigrés sont nombreux à parler leur langue maternelle avec leur entourage (conjoint, enfants, famille ou voisinage)[1][1] Quatre questions permettaient de mesurer la fréquence de...
suite
. Un tiers d’entre eux ne l’utilisent toutefois que rarement ou jamais avec leur conjoint ou leurs enfants.

22 Quant aux personnes dont les deux parents sont immigrés, elles ont des fréquences de pratique quasiment identiques à celles des autres personnes nées en France dont la langue maternelle n’est pas exclusivement le français (langues régionales par exemple) (tableau 3). L’enquête ne recueillant pas les pratiques linguistiques du conjoint, il est difficile d’interpréter le fait que, parmi les personnes dont les deux parents sont immigrés, les hommes sont plus nombreux que les femmes à ne parler que rarement ou jamais leur langue maternelle avec leur conjoint(e) (73 % contre 57 %). Les femmes immigrées pratiquent légèrement davantage leur langue maternelle notamment avec leurs enfants.

Tableau 3 - Fréquence de pratique des langues maternelles autres que le français


L’aisance en français n’est problématique que pour la « première génération »

23 L’aisance en français (évaluée par la personne interrogée) est manifestement la règle dès lors qu’une personne est née sur le sol français : les personnes nées en France de parents immigrés ou non estiment plus de neuf fois sur dix qu’elles parlent bien le français et n’éprouvent aucune gêne à devoir le parler (tableau 4). C’est également le cas de plus de sept immigrés sur dix. L’ancienneté de la présence en France et l’âge à l’arrivée jouent bien évidemment un rôle important dans le sentiment de maîtriser la langue française. Ainsi, 98 % des immigrés arrivés avant l’âge de 20 ans disent maîtriser le français, contre 52 % de ceux arrivés après l’âge de 25 ans. C’est également le cas de 82 % de ceux arrivés avant 1960 contre 65 % de ceux arrivés après 1981. Âge et période d’arrivée sont évidemment liés puisque, parmi les personnes arrivées il y a longtemps, seules celles arrivées jeunes peuvent être encore observées, mais ces deux variables exercent malgré tout chacune un effet propre.

Tableau 4 - Auto-évaluation de la maîtrise du français


24 À l’âge adulte, lorsque la pratique de la langue maternelle est fréquente et concerne de nombreux interlocuteurs (conjoint, enfants, voisinage, etc.), les immigrés ont moins souvent le sentiment de maîtriser la langue française. Ce constat peut laisser penser que l’existence de communautés immigrées[1][1] On entend par là l’existence d’espaces sociaux relativement...
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relativement intégrées ne favorise pas forcément l’intégration de leurs membres à la société française. Mais cela peut aussi signifier que les personnes qui ne maîtrisent pas la langue française se trouvent involontairement limitées dans leur réseau de relations. Toutefois, cette situation (pratique intense de la langue maternelle combinée à une maîtrise faible du français) ne concerne au final qu’un immigré sur six.

L’attachement au pays d’origine : pratiques et symboles

25 L’attachement au pays d’origine perdure également sous la forme d’un attachement aux lieux qui n’est pas que symbolique. À la question « Y a-t-il un lieu auquel vous êtes plus particulièrement attaché ? », les immigrés répondent un peu plus souvent que la moyenne par l’affirmative (82 % contre 77 %) et cet attachement concerne pour eux moins souvent leur lieu de résidence actuel, mais assez fréquemment leur pays d’origine[2][2] Cette variable est issue de la confrontation des codes des...
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(53 % des immigrés se déclarant attachés à un lieu). C’est notamment le cas des immigrés originaires du Portugal qui, lorsqu’ils se disent attachés à un lieu, citent deux fois sur trois leur pays d’origine.

26 En se restreignant aux personnes qui déclarent être attachées à un lieu autre que leur lieu de résidence, on constate que cet attachement repose, la plupart du temps, sur une connaissance concrète du pays puisque même si les enfants d’immigrés ont moins souvent que leurs parents passé une partie de leur vie dans le pays auquel ils sont attachés, les deux tiers d’entre eux déclarent y avoir passé des vacances. Nombreux sont également ceux qui y ont encore des liens familiaux (43 % des immigrés, 13 % des personnes ayant un parent immigré, et 49 % des personnes ayant deux parents immigrés). En revanche, à la différence des immigrés, les enfants d’immigrés n’ont que très rarement travaillé ou fait leurs études dans le pays auquel ils déclarent être attachés (12 % si un seul parent est immigré, 2 % si les deux parents le sont, contre 29 % des immigrés). L’attachement des immigrés à leur pays d’origine est d’autant plus concret qu’ils continuent de s’y rendre régulièrement pour près de la moitié d’entre eux. Ils s’intéressent également davantage à l’actualité concernant ce lieu et avec plus de régularité que les autres : 35 % lisent des journaux ou écoutent régulièrement des informations le concernant contre 25 % des personnes dont les deux parents sont immigrés.

27 Une analyse en correspondances multiples réalisée sur les caractéristiques du lieu d’attachement quand celui-ci correspond au pays d’origine[1][1] Les nombreuses modalités de réponses ont été regroupées...
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illustre bien la répartition des populations issues de l’immigration en fonction du lien qu’elles entretiennent avec ce lieu (graphique 3). Le premier plan factoriel est structuré selon un premier axe de cumul des liens et un second qui oppose les liens « directs » (avoir vécu, travaillé ou fait des études dans le pays) aux liens « indirects » (y avoir passé des vacances, y être lié par les origines de ses parents…). Ce dernier axe oppose les immigrés, qui se projettent à proximité de la modalité « y avoir vécu », à la « deuxième génération », au sens large, laquelle se situe du côté des liens « indirects » et ponctuels. Mais le premier axe sépare les enfants d’immigrés selon la variété des liens qui les attachent à ce lieu : ceux qui ont deux parents immigrés évoquent davantage de liens.

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Graphique 3 - Premier plan factoriel de l’ACM sur les liens avec les pays d’attachement

Retourner vivre au pays : projet ou illusion ?

28 Cet attachement symbolique et pratique au pays est-il de taille à provoquer de nombreux retours ou est-il voué, comme la pratique des langues d’origine, à disparaître au fil du temps et des générations ? Bien que seules les personnes encore aujourd’hui sur le territoire soient observées, l’enquête permet de donner un ordre de grandeur de la proportion d’immigrés qui éprouvent ce que Sayad a décrit comme « l’illusion du retour » (Sayad [1991]) : 19 % des immigrés déclarent qu’ils aimeraient retourner vivre plus tard dans leur pays d’origine. Cette proportion est supérieure, mais reste minoritaire, parmi les immigrés attachés à leur pays d’origine (38 %). Parmi les personnes de deux parents immigrés, ce souhait ne concerne que 7 % d’entre elles et 20 % de celles qui se déclarent attachées à leur pays d’origine. Les immigrés originaires du Portugal souhaitent plus que les autres retourner vivre dans leur pays (Hily [1997]), tandis que les immigrés des pays d’Europe autres que l’Italie, l’Espagne et le Portugal se distinguent par le souhait contraire. Cependant, cet effet géographique peut tenir à deux phénomènes, qui peuvent éventuellement se combiner : soit les immigrés les plus anciennement arrivés ont eu le temps de s’intégrer en France et ne souhaitent plus repartir, soit tous ceux qui souhaitaient repartir l’ont déjà fait, et seuls subsistent en France ceux qui n’ont jamais souhaité retourner dans leur pays. Mais, même à ancienneté d’installation en France comparable, les immigrés venus du Portugal continuent à être plus nombreux à vouloir retourner dans leur pays d’origine. On peut également s’interroger sur l’interprétation à accorder à la corrélation significativement positive entre le fait d’avoir eu des enfants et le souhait du retour. Faut-il y voir l’illustration générale de ce que Roger Establet avait observé chez les immigrés turcs (Establet [1997]), qui, devant le constat de la « trop bonne » intégration de leurs enfants, souhaitaient quitter la France pour contrer le fossé grandissant entre eux et leurs enfants ? Malgré tout, la plus grande partie des immigrés n’envisage pas de retour au pays et considère comme définitive son installation en France. Un immigré sur deux, parmi ceux qui sont attachés à leur pays d’origine, ne souhaite pas quitter son lieu de résidence, ou n’a pas de projet particulier en la matière. Malgré la force et l’aspect concret des liens qui les attachent à leur pays d’origine, les immigrés sont majoritairement conscients que l’immigration est une installation définitive, ce que confirment les comportements de leurs enfants. En revanche, le lieu d’enterrement souhaité a sans doute plus d’importance symbolique puisque 73 % des immigrés attachés à leur pays d’origine souhaitent y être enterrés. Par conséquent, la perte rapide de pratique de la langue maternelle ne signifie pas que l’attachement symbolique à la culture d’origine disparaît à la même vitesse. Même très éloignés de leur pays d’origine, les immigrés, et dans une moindre mesure leurs enfants, continuent d’entretenir avec lui des liens privilégiés.

Se sentir français avant tout : un sentiment majoritaire chez les enfants d’immigrés

29 L’attachement au pays d’origine n’est donc pas contradictoire avec la volonté de vivre durablement en France, ni d’ailleurs avec le sentiment de faire partie du pays d’accueil et ne peut, à ce titre, être considéré comme un « déficit d’intégration ». Plus d’un immigré sur trois se sent avant tout « français[1][1] Les réponses proposées à la question « En définitive...
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 » et 31 % se sentent avant tout « d’un autre pays », les autres se partageant entre le sentiment d’être d’une région de France (10 %), européen (16 %), ou d’un autre continent (5 %) (tableau 5). Cependant, le sentiment d’être français avant tout est très sensible à l’âge d’arrivée en France : plus les immigrés sont arrivés jeunes, plus ils se sentent aujourd’hui « français » avant tout. Les immigrés arrivés en France avant l’âge de 10 ans se sentent majoritairement d’une région de France ou français (70 %). L’attachement au pays d’origine joue en sens inverse et va de pair avec le sentiment d’être avant tout d’un autre pays.

Tableau 5 - Sentiment d’appartenance


30 Les sentiments des enfants d’immigrés sont sensiblement différents de ceux de leurs parents. En effet, qu’ils aient un ou deux parents immigrés, plus de la moitié d’entre eux se sentent avant tout français, mais, surtout, ils sont bien plus nombreux que leurs parents à se sentir d’une région de France (18 % des enfants de deux parents immigrés, et 23 % des enfants d’un seul parent immigré), et beaucoup moins nombreux à se sentir avant tout d’un autre pays (10 % des enfants de deux parents immigrés, et seulement 3 % des enfants d’un seul parent immigré). Le sentiment, deux fois plus fréquent chez eux, d’être européen avant tout les distingue particulièrement des personnes dont aucun parent n’est immigré. Peut-être cette modalité de réponse tient-elle lieu pour eux, et tout particulièrement pour les enfants d’immigrés européens, de modalité intermédiaire entre le sentiment de se sentir d’un autre pays et celui de se sentir français ou d’une région de France : certains enfants d’immigrés, pas encore vraiment enracinés dans une région de France, ni véritablement attachés au pays de leurs origines trouvent dans le sentiment d’être européen un sentiment d’appartenir à un ensemble plus vaste qu’un seul pays et qui correspond à leur expérience quotidienne de double enracinement/déracinement.

Des formes d’intégration diverses

31 Aborder séparément les différentes composantes de l’intégration présente un intérêt descriptif évident, mais revient à morceler de façon artificielle les processus d’intégration. Aussi convient-il de s’interroger sur les liens qu’entretiennent entre elles les différentes formes d’intégration mises en évidence. Cependant s’interroger sur ces liens ne signifie pas chercher à établir d’hypothétiques relations causales entre eux. En effet, une telle approche est souvent vaine. Dans le cas d’une association positive entre la bonne maîtrise de la langue française et une situation d’emploi favorable, par exemple, est-ce l’emploi stable qui a favorisé, par le biais de l’immersion dans un univers linguistique propice, la maîtrise de la langue française ; ou, à l’inverse, est-ce la maîtrise de la langue, aujourd’hui constatée, mais en réalité plus ancienne, qui a favorisé l’accès à l’emploi ? Aussi, plus qu’à la causalité entre les composantes de l’intégration, nous nous intéresserons à leur co-occurrence : les différentes formes d’intégration s’excluent-elles ou se cumulent-elles ?

32 Les méthodes d’analyse des données permettent justement d’explorer la structure des liens entre différentes variables. Dans le cas présent, les variables retenues sont : la part de l’activité dans le parcours professionnel, la maîtrise de la langue française, la volonté de s’établir durablement en France, l’acquisition ou le souhait d’acquisition de la nationalité française, la formation d’une union mixte, mais aussi le sentiment d’avoir subi des attitudes négatives en lien avec ses origines (couleur de peau, région ou pays d’origine, façon de parler – accent, maîtrise de la langue –, nom ou prénom[1][1] Une étude sur la question des « identités assignées »...
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). Une classification ascendante hiérarchique (cah) consolidée[2][2] Il s’agit d’une méthode hybride en deux temps consistant...
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effectuée sur ces caractéristiques isole cinq groupes d’individus[3][3] Le champ d’analyse est ici restreint aux immigrés ayant...
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. La projection des classes sur le premier plan factoriel d’une analyse en correspondances multiples comportant les mêmes variables actives permet de mieux visualiser le contenu des classes (graphique 4). Avant même de détailler leurs caractéristiques, il convient de remarquer le fort pouvoir discriminant de l’activité : elle participe fortement à la construction des classes.

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Graphique 4 - Position des classes dans le premier plan factoriel de l’ACM

33 • Intégration masculine par le travail (classe 1). Cette classe rassemble à elle seule près de la moitié des immigrés (537 individus, soit en pondéré 45 %) et reflète donc les parcours d’intégration majoritaires au sein de la population immigrée. Il s’agit d’une intégration réalisée essentiellement à travers l’emploi, puisque la totalité des membres de cette classe ont été, au cours de leur vie adulte en France, majoritairement actifs. Près des trois quarts l’ont été de façon continue, contre un peu plus de la moitié pour l’ensemble des immigrés. Leur intégration prend aussi la forme d’un projet de vie de long terme en France (aucun des membres de cette classe ne souhaite plus tard retourner vivre dans son pays d’origine, contre 19 % pour l’ensemble des immigrés), d’une meilleure maîtrise de la langue française, ainsi que d’une plus forte propension à avoir formé une union mixte (un tiers des individus de cette classe sont dans ce cas, contre un quart de l’ensemble des immigrés). Cette classe est majoritairement constituée d’hommes (61 % contre 50 % pour l’ensemble des immigrés). Dans une moindre mesure, les personnes qui se sentent avant tout d’une région de France ou français y sont sur-représentées.

34 • Migration temporaire (classe 2). Cette classe, regroupant 14 % des immigrés (soit 123 individus), est également constituée autour d’un lien intense à l’activité, mais, contrairement à la précédente, elle rassemble exclusivement des immigrés souhaitant retourner vivre plus tard dans leur pays d’origine. Les immigrés n’ayant pas formé une union mixte ainsi que ceux ne souhaitant pas acquérir la nationalité française y sont également plus nombreux. Toutes choses égales par ailleurs, être un homme favorise fortement l’appartenance à cette classe, mais c’est aussi le cas de certaines caractéristiques liées à l’histoire migratoire comme le fait d’être arrivé relativement récemment en France ou le fait d’être originaire du Portugal, ce qui confirme la singularité des immigrés portugais qui, bien que très souvent actifs, continuent à entretenir des liens étroits avec leur terre natale, au point de penser y retourner vivre un jour. Plus généralement, les immigrés de cette classe se définissent par les lieux auxquels ils sont attachés ou leurs origines géographiques (31 % contre 24 % pour l’ensemble des immigrés) et, même s’ils estiment que leur vie a été plus facile en France, ils expriment plus souvent le regret de n’être pas restés dans leur pays (25 % contre 10 % pour les immigrés dans leur ensemble).

35 • Participation sociale soutenue et attitudes négatives subies (classe 3). Cette troisième classe (207 observations, soit en pondéré 17 % des immigrés) rassemble des personnes dont l’activité représente au moins la moitié de leur parcours professionnel en France. Ce qui les singularise, c’est davantage le fait qu’elles sont toutes adhérentes à une association. De plus, elles n’envisagent pas, dans leur quasi-totalité, retourner vivre dans leur pays plus tard et elles sont plus nombreuses à bien maîtriser la langue française (88 % contre 77 %). Elles sont toutefois près de deux fois plus nombreuses à déclarer avoir subi des attitudes négatives liées à leurs origines. Il s’agit davantage de personnes arrivées jeunes (près d’une sur trois est arrivée avant 10 ans, contre deux sur dix pour l’ensemble des immigrés) et il y a longtemps. Ces dernières ayant souvent effectué une partie de leur scolarité en France, elles sont en effet susceptibles d’avoir été exposées à cette occasion à des moqueries relatives à leur nom, à leur prénom ou à leur façon de parler[1][1] Ces deux motifs sont en effet, au côté de l’apparence...
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36 • Intégration professionnelle fragile, mais projet d’installation définitive (classe 4). Les personnes appartenant à cette classe (123 observations, soit en pondéré 8 % des immigrés) sont encore plus éloignées de la sphère productive, puisque le poids de l’activité dans leur vie adulte est inférieur à 50 % (sans être nul). Elles expriment cependant plus souvent que les autres le souhait de rester vivre en France ou n’ont pas de projet déterminé (c’est le cas de 90 % d’entre elles contre 81 % pour l’ensemble des immigrés) et sont aussi plus nombreuses à partager leur vie avec une personne non immigrée (près d’un tiers dans cette classe, contre un quart pour tous les immigrés). Il s’agit essentiellement de femmes.

37 • Femmes venues dans le cadre du regroupement familial (classe 5). Cette dernière classe (153 observations, soit en pondéré 15 % des immigrés) rassemble des personnes qui non seulement sont toujours restées à l’écart du marché du travail (elles ont toutes été continûment inactives depuis la fin de leurs études ou leur arrivée en France) et qui, plus généralement, ont peu d’échange avec le reste de la société : elles sont deux fois plus nombreuses à ne pas maîtriser le français, sont moins souvent impliquées dans des associations, possèdent plus rarement la nationalité française, et ne la souhaitent pas toujours. Elles sont plus fréquemment en union avec une personne elle aussi immigrée. Appartenir à cette classe est, toutes choses égales par ailleurs, positivement corrélé au fait d’être une femme, mais aussi au fait d’être arrivé en France à l’âge adulte ou d’avoir fondé une famille avant de quitter son pays. Les personnes qui estiment que leur vie aurait été meilleure si elles étaient restées dans leur pays d’origine y sont deux fois plus nombreuses.

38 Si la description de ces différentes classes confirme la place importante de l’activité professionnelle dans les processus d’intégration, elle permet d’avoir une vision nuancée de ces phénomènes. Elle nous amène notamment à distinguer, comme nous l’avons fait tout au long de cet article, hommes et femmes. Si l’intégration masculine se confond en grande partie avec la participation au marché du travail, celle des femmes est plus complexe. Parmi les femmes, les différences semblent en grande partie déterminées par l’âge à l’arrivée en France et le motif de migration : alors que celles qui sont arrivées jeunes trouvent aussi dans l’emploi une voie de participation à la société d’accueil, celles qui sont arrivées adultes, dans le cadre du regroupement familial en général, restent davantage en retrait de toute forme de participation sociale.

L’intégration : un phénomène de long terme

39 L’intégration, qu’elle soit mesurée à partir du degré de participation au marché du travail ou des autres formes de participation à la vie sociale (appréhendées à travers la volonté de vivre durablement en France, la maîtrise de la langue, etc.), apparaît comme un processus qui prend du temps, non seulement à l’échelle des individus, mais également aussi, collectivement, à l’échelle des générations. Encore plus aujourd’hui que pendant la période de croissance économique des Trente Glorieuses, les immigrés pâtissent d’une insertion plus difficile, dans le court terme, sur le marché du travail. À moyen et long terme, ce handicap se résorbe, du moins si l’on s’en tient au critère simple de la participation au marché du travail, sans présumer de la stabilité ou du niveau de qualification des emplois occupés, dont on sait par ailleurs qu’ils ont des caractéristiques spécifiques (Noiriel [1988] ; Tripier [1990]). De même, l’ancienneté de présence en France et la précocité de l’arrivée dans le pays sont des facteurs souvent fondamentaux dans l’analyse des sentiments des immigrés envers leur intégration, qu’il s’agisse de leur attachement à leur pays d’origine ou de l’importance qu’ils accordent à certaines pratiques symboliques.

Bibliographie

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Notes

[ * ] Au moment de la rédaction de cet article, F. Houseaux appartenait à la division « Enquêtes et Études démographiques » de l’Insee et C. Tavan à la cellule « Statistiques et Études sur l’immigration » de l’Insee. Correspondance : Chloé Tavan, Insee, timbre F110, 18, boulevard Adolphe-Pinard, 75675 Paris cedex 14. Courriel : chloe. tavan@ insee. fr. Retour

[1] L’immigration venait alors répondre aux besoins de main-d’œuvre nés de la reconstruction, puis de la croissance (Daguet, Thave [1996]). Retour

[1] L’enquête hdv a été réalisée auprès des seuls logements ordinaires et ignore, de ce fait, les 3,8 % des immigrés qui vivent en collectivité (maison de retraite, foyer de travailleurs, cité universitaire…). Concernant les immigrés, et plus précisément leur insertion sociale, cette restriction n’est certainement pas neutre. Retour

[1] Il est également possible de connaître la catégorie socioprofessionnelle de chacun des emplois exercés, mais seul sera retenu ici l’indicateur simple, mais déjà sélectif, d’accès ou non à l’emploi. Retour

[1] Les personnes encore en études initiales, peu nombreuses dans l’échantillon, sont exclues de l’analyse. Retour

[2] Il nous est impossible de distinguer dans les années d’études celles qui correspondent à des « études contraintes », conséquence de l’impossibilité de trouver un emploi et qui s’apparenteraient davantage à de l’inactivité. Retour

[3] On parlera d’ancienneté sur le marché du travail pour qualifier la durée entre cette entrée et la date de l’enquête, sachant que des personnes ont pu être continûment inactives, et donc en dehors du marché du travail, sur cette période. Retour

[4] La grille biographique distinguait, pour chaque année, trois situations d’emploi : la succession d’emplois différents ou l’alternance entre périodes d’emploi et périodes d’inactivité ou de chômage au cours de la même année (état dénommé ici « instabilité ») et l’occupation d’un même et seul emploi au cours de l’année (état dénommé ici « emploi stable »). L’emploi stable ne désigne donc pas un type de contrat de travail particulier, contrat à durée indéterminée par exemple. Retour

[1] Dans le plus long terme, en revanche, il semble qu’à âge de fin d’études et période d’arrivée comparables, les immigrés connaissent davantage que les autres des périodes de chômage ou d’instabilité professionnelle. Retour

[2] Un modèle semi-paramétrique réalisé sur la durée entre l’entrée sur le marché du travail français et le premier emploi indique d’ailleurs qu’à âge de fin d’études et période d’arrivée sur le marché du travail français identiques, nos trois sous-populations d’immigrés ne se distinguent pas significativement des hommes non immigrés (situation de référence). Retour

[3] Leur âge moyen de fin d’études s’élève à 20,9 ans, contre 16,3 ans pour celles arrivées après leurs études et sans expérience professionnelle et 17,1 ans pour celles qui avaient déjà travaillé avant de quitter leur pays. Retour

[1] Un modèle semi-paramétrique contenant les mêmes variables explicatives que le modèle logistique présenté dans le tableau 1-a indique d’ailleurs un seul coefficient significatif : celui de la période d’arrivée. Retour

[1] L’enquête recueillait également une auto-évaluation des compétences en français par les personnes interrogées à la date de l’enquête. Mais une telle information ne peut être pertinente pour expliquer les parcours professionnels passés. En effet, si l’accès à l’emploi peut être conditionné par la maîtrise de la langue française, il la détermine également. Retour

[2] La variable d’interaction entre le fait d’être immigré et la période d’arrivée ajoutée au modèle est en effet non significative. Retour

[1] Un modèle de régression effectué sur la seule population des immigrés montre qu’à pays d’origine contrôlé, la période d’arrivée joue sur la probabilité d’être en emploi stable (tableau 1). Retour

[1] On utilise ici le terme « langue maternelle » pour désigner la langue que parlaient les parents à la personne pendant l’enfance. Retour

[1] Quatre questions permettaient de mesurer la fréquence de la pratique linguistique aujourd’hui avec respectivement, le conjoint, les enfants, les membres de la famille résidant en France, et le voisinage. Retour

[1] On entend par là l’existence d’espaces sociaux relativement fermés où il est possible de limiter les interactions essentiellement au groupe de pairs. Retour

[2] Cette variable est issue de la confrontation des codes des pays de naissance et de ceux des pays d’attachement. Dans le cas des personnes nées d’un seul parent immigré, il a été tenu compte du pays de naissance du parent immigré, et dans celui des personnes issues de deux parents immigrés de pays différents, le pays du père a été arbitrairement retenu comme pays d’origine. Retour

[1] Les nombreuses modalités de réponses ont été regroupées pour aboutir à six types de liens, non exclusifs : les vacances (y avoir passé des vacances ou y posséder une résidence secondaire), la famille (avoir une partie de sa famille qui y vit), les études, le travail (y avoir étudié ou travaillé), les parents (au moins un des parents y est originaire), les amis, et avoir vécu dans ce lieu. Retour

[1] Les réponses proposées à la question « En définitive vous sentez-vous avant tout… » étaient : d’une région de France ; français ; européen ; d’un autre pays ; d’un autre continent. Retour

[1] Une étude sur la question des « identités assignées » mesurées par l’enquête hdv montre que « les comportements négatifs subis par les personnes immigrées ou d’origine étrangère sont très spécifiques » et très fortement reliés à leurs origines. Les auteurs mettent notamment en avant les quatre motifs que nous avons ici retenus (Algava, Bèque [2004]). Retour

[2] Il s’agit d’une méthode hybride en deux temps consistant à réaliser une cah puis à effectuer sur les classes ainsi définies une classification par la méthode des centres mobiles. Certains individus sont alors réaffectés à une autre classe que celle d’origine de façon à obtenir des classes d’inertie intraclasse minimale, ce que ne permet pas la cah. Retour

[3] Le champ d’analyse est ici restreint aux immigrés ayant migré avant l’âge de 50 ans et ayant achevé leurs études initiales. Retour

[1] Ces deux motifs sont en effet, au côté de l’apparence physique, les principales formes de moqueries enfantines (Algava, Bèque [2004]). Retour

Résumé

Cette étude propose une typologie des modes d’intégration à la société française à partir de la prise en compte des parcours professionnels et de variables majeures telles le genre, la maîtrise de la langue française, la volonté de s’établir durablement en France, l’acquisition ou le souhait d’acquisition de la nationalité française, la formation d’une union mixte, et le sentiment d’avoir subi des attitudes négatives en lien avec ses origines. Cinq groupes d’individus sont ainsi distingués, pour lesquels les parcours d’activité constituent une variable extrêmement discriminante. Cette typologie montre que si l’intégration masculine se confond en grande partie avec la participation au marché du travail, celle des femmes est plus complexe. Parmi les femmes, les différences semblent en grande partie déterminées par l’âge d’arrivée en France et le motif de migration : celles qui sont arrivées jeunes trouvent dans l’emploi une voie de participation à la société d’accueil, alors que celles qui sont arrivées adultes, dans le cadre du regroupement familial en général, restent davantage en retrait de toute forme de participation sociale.



Abstract
The immigrants follow different ways to become integrated into French society. The study takes their professional career into account, as well as other major characteristics, such as their gender, their knowledge of the French language, their willingness to settle in France on a long term basis, their citizenship or desire to become a French citizen, their marriage to a French national and discrimination that they attribute to their foreign origin. We distinguish five groups, mostly on the basis of gender and differences in career paths. Our typology shows that, for male immigrants, integration into the labour market is the key determinant of integration into French society as a whole. The situation of female immigrants is more complex. The age at which they arrived in France and their original motivation for settling in France are important factors. Those who were young when they arrived generally achieve integration thanks to employment; those who arrived as adults in order to join their husband, tend to remain cut off from the rest of French society.

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Frédérique Houseaux et Chloé Tavan « Quels liens aujourd'hui entre l'emploi et l'intégration pour les populations issues de l'immigration ? », Revue économique 2/2005 (Vol. 56), p. 423-446.
URL :
www.cairn.info/revue-economique-2005-2-page-423.htm.
DOI : 10.3917/reco.562.0423.