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Les rôles des infrastructures, des coûts de production et de la taille de marché dans un cadre Nord SudAuteurCorinne Bagoulla[*][*] Laboratoire d’économie de Nantes (len), Faculté des...
suite du même auteur
Introduction
De nombreux accords de libéralisation des échanges ont été signés entre des pays à niveau de développement inégal. L’intégration du Mexique dans le cadre de l’alena[1][1] Accord de Libre échange Nord Américain, signé en janvier...
suite ou la mise en place du processus de Barcelone[2][2] Signé en 1995, cet accord prévoit l’instauration d’ici...
suite sont des exemples d’accords Nord/Sud. Ceux-ci prévoient notamment la baisse des barrières tarifaires et non tarifaires concernant l’échange des biens manufacturés. Cette baisse des « coûts d’échange » risque d’influencer le choix de localisation des firmes et la spécialisation des pays au sein de l’industrie.
2 Comment les activités vont-elles se répartir entre des zones aux caractéristiques économiques très hétérogènes ? Plusieurs effets sont à considérer dans le cas d’une intégration Nord/Sud. Le développement industriel dans le Sud peut être freiné par la mauvaise qualité des infrastructures de transport, l’importance limitée du marché local ou une productivité du travail insuffisante. Parallèlement, la faiblesse des salaires attirent certaines branches industrielles vers les marchés du Sud, notamment celles à niveau technologique faible. Le Nord et le Sud n’attirent donc pas le même type d’industrie. Ce second constat soulève la question de la spécialisation des pays au sein de l’industrie.
3 La localisation des industries constitue donc un facteur déterminant du processus de convergence entre le « Nord » et le « Sud ». Outre, la distribution inégale des industries qui peut être synonyme de divergence, le choix de spécialisation des pays est également important (Bensidoun, Gaulier et Unal-Kesenci [2001], Amable [2000]). Un renforcement de la spécialisation du Sud dans des secteurs à faible valeur ajoutée et peu porteurs de la demande mondiale ne lui assure pas une forte croissance à long terme.
4 Cette analyse fait appel à la fois à des concepts d’économie géographique (concurrence imparfaite, différence de taille de marché…) et aux approches traditionnelles du commerce international (à travers l’existence d’avantages comparatifs). Le présent article intègre ces deux courants théoriques pour analyser les facteurs déterminants du choix de location des firmes. Il étudie à la fois l’agglomération industrielle et la spécialisation des pays au sein des activités à rendements d’échelle croissants (sujettes à l’agglomération).
5 La littérature traitant de l’agglomération industrielle est abondante. D’après les modèles d’économie géographique, la confrontation des forces « centripètes » et « centrifuges » explique la dynamique de l’agglomération spatiale des activités industrielles (Krugman [1991]). Suite à une baisse des coûts d’échange, les entreprises se concentrent à proximité du plus grand marché pour bénéficier des économies d’échelle et des « externalités pécuniaires ». L’origine des « forces d’agglomération » diffère selon les modèles. Elle peut être liée à la mobilité du travail (Krugman [1991]) ou à l’existence de « liens inter-industriels » (Krugman et Venables [1995], Venables [1996a]). Ces modèles n’intègrent cependant qu’un unique facteur de production, le travail. D’autres approches introduisent un second facteur dans les modèles. Il s’agit du capital (Martin et Rogers, [1995]), ou des « entrepreneurs » (Forslid [1999], Forslid et Ottaviano [2002]). La distribution des industries devient alors plus stable. Certaines analyses opèrent même un rapprochement entre l’économie géographique et les théories de la croissance endogène (Baldwin, Ottaviano et Martin, [2001]). Grâce à l’accumulation de capital qu’elle engendre, la concentration géographique devient un facteur de croissance potentiel (Thisse et Fujita [2003]).
6 Les différents modèles évoqués ci-dessus traitent de l’agglomération industrielle en supposant deux pays similaires. Les effets de l’intégration entre pays inégalement développés sont, quant à eux, largement abordés par les théories traditionnelles du commerce international. Celles-ci s’appuient principalement sur les notions de « création » et de « détournement d’échange » (Viner [1950]). Les accords de type Nord/Sud s’avèrent plutôt bénéfiques, ils permettent une spécialisation accrue des pays et limitent le risque de détournement d’échange (Venables [1996b], [1999]).
7 Les approches traditionnelles abordent également la question de la localisation des activités (Venables [1999], Puga et Venables [1996], Venables et Limao [1999]). Les différences de coûts de production et les forces d’agglomération évoquées en économie géographique déterminent simultanément la localisation des industries. Les accords Nord/Sud favorisent la convergence et prévoient une concentration sectorielle des activités selon les avantages comparatifs (Venables [1999]).
8 L’intégration Nord/Sud est également évoquée à travers des modèles d’économie géographique (Rieber et Tran [2002a], [2002b], [2002c], Madariaga [2002], Amiti [2001], Forslid et Wooton [1999], Ricci [1999], Strauss-Kahn [2005]).
9 Dans ce cadre, Rieber et Tran [2002c] confirment les effets bénéfiques de ces accords. Ils favorisent l’élargissement du marché du Sud et le développement de son industrie. Rieber et Tran ([2002a], [2002b]) abordent également la notion de diffusion technologique entre le Nord et le Sud en introduisant dans leur modèle les « effets d’aprentissage[3][3] Le développement industriel engendre une baisse des coûts...
suite ». Les possibilités de développement industriel dans le Sud dépendent à la fois des différences de salaires entre les pays, du niveau des coûts d’échange et de l’ampleur de la diffusion technologique au niveau international.
10 Certaines études considèrent simultanément les mécanismes d’agglomération industrielle et la notion d’« avantages comparatifs » (Madariaga [2002], Amiti [1999], Forslid et Wooton [1999], Ricci [1999], Strauss-Kahn [2005]). Ces avantages agissent le plus souvent comme une force de dispersion dans les modèles et favorisent donc une distribution plus égalitaire des activités.
11 Notre article s’inscrit dans cette dernière lignée de modèles. Il constitue une extension du modèle de Ricci [1999] et de Martin et Roger [1995]. Son objet est d’identifier précisément les effets respectifs de la libéralisation des échanges, des « avantages comparatifs » et de la « taille de marché » sur l’agglomération industrielle et sur le degré de spécialisation des pays dans les secteurs à rendements d’échelle croissants. Il se distingue de la littérature sur différents points. Les avantages comparatifs naissent à la fois d’une différence de salaires et de productivité et interviennent entre deux branches industrielles (et non plus entre le secteur agricole et l’industrie). Cette disparité de rémunération salariale est également responsable d’une différence de taille de marché entre les pays. Enfin, le capital est introduit en plus du facteur travail afin d’adapter l’analyse de la localisation à un cadre international.
12 Le modèle est présenté dans une seconde section. Les facteurs déterminants de la concentration des industries font l’objet d’une troisième section. Dans une quatrième section, la question de la spécialisation des pays dans l’un des secteurs industriels est abordée.
Présentation du modèle nord/sud
13 Dans cette section, nous décrirons le modèle et ses principales hypothèses.
14 L’approche proposée considère deux pays (le Nord et le Sud), trois secteurs d’activités (un secteur agricole et deux secteurs industriels) et deux facteurs de production (le capital et le travail). Notre modèle est une extension de celui de Ricci [1999]. Il s’inspire également des travaux de Martin et Rogers [1995] et de Madariaga [2002] à travers l’intégration et le rôle du capital dans l’analyse et du modèle de Martin et Rogers [1995] concernant l’introduction de la qualité des infrastructures des pays.
15 Notre approche s’éloigne cependant de celle de Ricci [1999] sur un certain nombre de points. Nous introduisons le capital en plus du facteur travail. Il est mobile et détermine[4][4] À l’instar du facteur travail chez Ricci [1999]. ...
suite la localisation des firmes. De plus, les deux secteurs industriels du modèle sont différenciés, l’un produit des biens « à forte valeur ajoutée » et le second produit des biens « à faible valeur ajoutée ». La notion d’« avantage comparatif » choisie diffère également de celle de Ricci. Les avantages comparatifs introduisent ici simultanément des différences de salaire et de productivité[5][5] Chez Ricci, les salaires, égaux à l’unité, ne sont...
suite. Enfin, la « taille de marché » est évaluée en termes de revenu et non plus en pourcentage de la population mondiale.
16 Le modèle proposé est également différent de ceux de Martin et Rogers [1995] et de Madariaga [2002]. Son objectif n’est pas d’étudier la mise en place d’une structure « centre-périphérie », opposant le secteur industriel au secteur agricole. L’industrie est en effet divisée en deux secteurs distincts[6][6] Partant du constat que tous les secteurs industriels ne...
suite. Cette hypothèse permet de déterminer les rôles respectifs des « avantages comparatifs[7][7] Les avantages comparatifs interviennent entre les deux secteurs...
suite » (et « absolus ») et de la « taille de marché » sur l’agglomération des firmes et sur la spécialisation des pays dans l’un des deux secteurs considérés[8][8] La spécialisation n’est pas évoquée chez Martin et...
suite. Enfin, à la différence de Martin et Rogers [1995], les pays diffèrent en termes de productivité.
Les hypothèses générales du modèle
17 Le modèle envisagé est donc composé de deux pays (le « Nord » et le « Sud »), trois biens (deux biens industriels et un bien agricole) et de deux facteurs de production (le travail et le capital).
18 Les pays disposent des mêmes préférences et des mêmes dotations de facteur capital (K) et travail (L). Le travail n’est mobile qu’entre les secteurs d’activité. Le capital est mobile entre les régions. Il peut être détenu au Nord et investi dans le Sud mais les profits « retournent » à leur propriétaire. Le modèle introduit donc une distinction entre la détention du capital et l’utilisation de celui-ci. Dès lors, la concentration du capital n’est pas ici synonyme de concentration du revenu[9][9] Cette hypothèse limite la mise en place de l’« agglomération...
suite.
19 Le Nord dispose d’une productivité du travail plus importante que le Sud, quel que soit le secteur considéré[10][10] En effet, au Nord les techniques de production sont plus...
suite. Cet écart de productivité se traduit par une différence de salaire dans le secteur agricole entre les deux pays. Le travail étant mobile au niveau sectoriel, les salaires des différents secteurs doivent être égaux entre eux[11][11] Ceci afin d’éviter un afflux de travailleurs vers le...
suite. Ainsi, au Nord, le salaire est égal à l’unité (ν=1) tandis qu’au Sud, il est inférieur à l’unité (0 < μ <1).
20 Cette hypothèse nous permet d’introduire une différence de revenu entre le Nord et le Sud et donc un effet « taille de marché » dans le modèle. De même, comme le salaire se fixe dans le secteur agricole[12][12] Madariaga [2002] montre que les différences de productivité...
suite et que le travail est mobile entre les secteurs, le salaire peut être différent de la productivité dans les secteurs industriels[13][13] En effet, une variation de la productivité du travail dans...
suite. La productivité et les salaires apparaissent ainsi séparément dans la définition des avantages comparatifs (représentés par des différences de coût du travail dans les secteurs industriels), ce qui nous permet d’analyser leur effet de manière distincte. L’objectif est d’illustrer un problème souvent évoqué dans l’analyse de la libéralisation des échanges entre pays « inégalement développés ». L’existence de « bas salaires » au Sud pénalise les industries du Nord qui supportent un coût du travail plus élevé. Parallèlement, la productivité trop élevée au Nord constitue un handicap pour les firmes du Sud incapables de faire face à la concurrence. Ces deux effets sont à prendre en considération, il est essentiel de comparer simultanément salaires et productivités pour déterminer les avantages comparatifs et absolus des pays.
21 Le Nord dispose d’un avantage comparatif dans la production du bien industriel « à forte valeur ajoutée » (le bien A)[14][14] Le bien B est relativement plus coûteux pour le Nord car...
suite et symétriquement, le Sud a un avantage comparatif dans la production du bien industriel « à faible valeur ajoutée » (le bien B)[15][15] Nous utiliserons de manière équivalente les termes « bien...
suite.
22 Enfin, comme Martin et Rogers [1995], nous évoquons l’influence de la qualité des infrastructures de transport des pays sur la localisation des firmes. La circulation des biens industriels dans le Nord (τN) et dans le Sud (τS) a un coût modélisé en iceberg (τN> 1 et τS> 1). Parallèlement les biens échangés entre les deux pays subissent également un coût de transport (toujours modélisé en iceberg), (T). Les coûts d’échange sont moins élevés à l’intérieur d’un même pays qu’entre le Nord et le Sud (τN < T et τS < T)[16][16] Nous reprenons ici des hypothèses similaires à celle de...
suite.
La demande
23 Les préférences d’un agent représentatif sont illustrées par une fonction d’utilité Cobb Douglas. Le consommateur d’une région k (avec k=N, S)[17][17] Où N représente le Nord et S, le Sud. ...
suite, partage sa consommation entre le bien agricole (Yk), et les différentes variétés des deux biens différenciés (A et B)[18][18] Notons qu’ici, le travail étant immobile par hypothèse,...
suite :
24 
25 avec
26 
27 Les agents consacrent donc une part (1 – δ) de leurs dépenses à la consommation du bien agricole (Y) et une part (δ) de leurs dépenses à celle des biens industriels différenciés[19][19] Les consommateurs ne consacrent pas plus de la moitié de...
suite. Cette part est elle-même divisée entre les consommations des variétés produites par les deux secteurs industriels (CAk et CBk). nA et nB sont déterminés de manière endogène et illustrent respectivement, le nombre de variétés produites de bien (A) et de bien (B) dans l’ensemble de l’économie. Enfin, σ[20][20] Comme dans l’approche de Ricci [1999], l’élasticité...
suite représente l’élasticité de substitution entre les différentes variétés d’un même bien[21][21] Plus σ se rapproche de l’unité, moins les variétés...
suite. La contrainte budgétaire d’un agent représentatif dans le Nord s’écrit :
28 
29 Dans le Sud :
30 
31 avec
32 
33 py, piAk, piBk, sont respectivement, les prix des biens Y, A et B dans la localisation k. τN et τS illustrent les coûts de transaction dans le Nord et dans le Sud. T, représente les coûts de transport nécessaires pour échanger les produits d’un pays à l’autre[22][22] Notons que ces différents coûts ne touchent que les biens...
suite. Tous ces coûts d’échange sont modélisés « en iceberg » selon la méthode de Samuelson [1954][23][23] Par exemple, pour consommer une unité d’une variété...
suite. wk, est le salaire perçu dans les différents secteurs de la localisation k. Enfin, rAk et rBk, illustrent respectivement le rendement du capital dans les secteurs A et B, dans le pays k. Les ressources en capital d’un pays sont divisées entre les secteurs industriels. Chaque agent d’un pays k détient alors
unités de capital dans chaque secteur f (avec f=A, B). Les dotations en capital sont identiques dans les deux pays et les ressources en capital d’un pays sont divisées à parts égales entre les deux secteurs A et B (Kk=KAk + KBk, KN=KS et KAk=KBk).
34 En maximisant la fonction d’utilité sous la contrainte budgétaire du consommateur et en supposant que les préférences sont les mêmes pour tous les agents, nous obtenons les demandes agrégées dans chaque pays pour le bien homogène et pour une variété type des deux biens (f) différenciés :
35 
36 
37 avec
38 
39 La demande dans chaque pays (k) pour les biens différenciés ( f ) produits dans ce pays est donc égale à la somme des demandes du Nord et du Sud pour ce bien ( f ) produit en k.
L’offre
40 L’offre est composée de trois secteurs distincts que nous décrierons successivement.
Le secteur agricole
41 Le travail est l’unique facteur nécessaire à la production du bien agricole. Ce bien est homogène, produit à rendements d’échelle constants et « libre à l’échange ». La demande est suffisamment importante pour que la production subsiste dans les deux pays[24][24] Cette hypothèse permet d’éviter que le bien agricole...
suite. Comme les salaires sont différents dans le Sud et dans le Nord, nous obtenons :
42 
L’industrie
43 L’industrie est constituée de deux secteurs distincts. Le secteur A produit des biens différenciés à « forte valeur ajoutée » et le secteur B produit des biens différenciés à « faible valeur ajoutée ». Une firme quelconque produit une variété unique de l’un des deux biens, à rendements d’échelle croissants[25][25] Ces rendements croissants sont liés à la présence d’un...
suite. Le capital intervient uniquement dans les coûts fixes, les coûts variables, quant à eux, sont exprimés en facteur travail. Le nombre total de variétés produites de chaque bien dans chaque pays dépend des unités de capital utilisées dans le pays (Kk=nAk + nBk). Nous obtenons donc un coût total de production pour une variété type de bien du secteur f produite en k :
44 
45 Avec (βf κwf κ) le coût marginal de production d’une unité de bien f en k (où wf k illustre le salaire dans le secteur f et dans le pays k et βf k, le besoin unitaire en travail). rf k représente la rémunération du capital investi[26][26] Et donc également, le rendement du capital investi à savoir,...
suite. Notons également que le coût total correspond aux quantités de travail Lf k nécessaire à la production[27][27] Les secteur, ceux-ci sont supposés identiques concernant...
suite.
46 Dans ce modèle, nous supposons que le Nord dispose d’un avantage comparatif dans la production du bien A et que le Sud a un avantage comparatif dans la production du bien B. L’avantage comparatif intègre à la fois les différences de salaires et de productivités industrielles.
47 
48 Avec
49 
50 et
51 
52 Le Nord dispose en outre d’un avantage absolu quel que soit le secteur industriel considéré (μβf S> βf N).
53 Décrivons à présent le comportement des firmes en concurrence monopolistique. Leur profit s’écrit de la manière suivante :
54 
55 La maximisation du profit nous donne les prix des producteurs (définis comme le coût marginal augmenté d’un mark up) pour un secteur et dans un pays donné :
56 
57 En concurrence monopolistique, le profit est nul à long terme. Son équilibre à long terme est donc obtenu en introduisant les prix du producteur dans les équations de profit d’une firme quelconque.
58 
L’équilibre du modèle
59 Il nous faut à présent comparer l’état d’autarcie à celui de l’ouverture aux échanges. En autarcie, l’industrialisation d’un pays dépend de sa dotation en capital. À l’inverse, lorsque le pays s’ouvre aux échanges, la dotation en capital des pays reste inchangé mais sa localisation physique peut évoluer.
60 Pour obtenir l’équilibre, nous devons égaliser la demande de biens différenciés dans chaque secteur (A et B) avec l’offre locale et étrangère qui lui est associée. En remplaçant les prix (pf k) par leur expression dans le modèle (équation 16) dans les équations 7 et 8, nous obtenons :
61 
62 
63 À l’équilibre du modèle, les profits dans chaque secteur industriel (A et B), doivent être égaux quelle que soit la localisation (Nord ou Sud) :
64 
65 Ce qui implique :
66 
67 Nous savons par hypothèse que, quel que soit le secteur considéré, le coût marginal dans le Sud est supérieur au coût marginal dans le Nord (μβf S> βf N). À l’équilibre des profits, la production dans le Nord est donc supérieure à celle du Sud (xf N> xf S).
68 Pour que les deux productions s’égalisent, il faut que l’effet taille (lié aux revenus plus importants au Nord) compense la faible productivité industrielle du Sud. Si tel est le cas, les entreprises seront indifférentes à produire dans le Nord ou dans le Sud.
69 Nous pouvons à présent définir la production d’équilibre d’une firme quelconque de l’économie tel que[28][28] Nous constatons que la production d’équilibre ne dépend...
suite :
70 
71 Après introduction des revenus :
72 
73 et
74 
75 Enfin, il nous est à présent possible de déterminer les revenus dans les deux pays.
76 
77 Les rendements des deux secteurs étant égaux dans les deux pays, à l’équilibre, les différences de revenus sont uniquement liées aux différences de salaire entre le Nord et le Sud.
78 Le modèle développé ici nous permet ensuite d’analyser la concentration géographique des industries et le degré de spécialisation des pays.
Analyse de la concentration sectorielle des firmes
79 La concentration géographique des firmes d’un secteur f implantées dans le Nord (N) est obtenue à partir des équations 18 et 19. Elle est définie comme la part des firmes de chaque secteur industriel localisé dans le Nord[29][29] Plus CfN est élevé, plus le secteur f...
suite.
80 
81 Si la qualité des infrastructures nationales n’est pas introduite dans le modèle, alors τS=τN et T=τ. La concentration des firmes dans le Nord s’écrit alors[30][30] Nous proposons ici les deux versions du modèle car elles...
suite :
82 
83 λN illustre la taille du marché du Nord :
84 
85 Par hypothèse (équations 25 et 26), à l’équilibre, RN> RS.
86 Dans ce modèle, nous posons,
. Les firmes sont donc relativement dispersées entre le Nord et le Sud. Cet équilibre correspond par ailleurs à la situation d’égalisation sectorielle des profits entre les deux pays[31][31] Nous avons volontairement exclu les possibilités de concentration...
suite.
87 Dans cette section, nous étudierons l’impact des principaux facteurs déterminants des choix de localisation des industries évoqués dans les modèles d’économie géographique ou dans l’approche traditionnelle du commerce international. Nous verrons ainsi que la taille de marché, les coûts de production marginaux, les salaires, la productivité, la libéralisation des échanges et la qualité des infrastructures influencent la concentration géographique des industries. Nous évoquerons les résultats relatifs aux deux configurations possibles du modèle (avec et sans les infrastructures) afin d’identifier les différences éventuelles[32][32] Pour des questions de lisibilité, les détails des calculs...
suite.
Concentration et taille de marché du Nord
88 Dans les modèles d’économie géographique, la taille de marché joue un rôle déterminant sur le choix de localisation des firmes. L’analyse révèle ainsi que la hausse de la taille de marché du Nord attire les entreprises vers ce marché
[33][33] Symétriquement, l’augmentation de la taille de marché...
suite. Le résultat est le même en l’absence de coûts de transaction internes
.
89 Se localiser dans de vastes marchés permet de bénéficier d’une forte demande et d’exploiter les économies d’échelle. Ce résultat, plutôt classique dans les modèles d’économie géographique (Krugman [1991], Ricci [1999]), souligne l’existence d’un « lien de demande » dans le modèle.
90 De plus, suite à la hausse de la taille de marché du Nord, le secteur A se concentre plus que le secteur B
[34][34] Symétriquement, . ...
suite. Ce résultat s’explique par l’avantage comparatif du Nord dans la production du bien « à forte valeur ajoutée ». Il est également assez intuitif. Les produits « à forte valeur ajoutée » utilisent une technologie plus coûteuse et nécessitent donc une demande importante.
Concentration et coût marginal de production
91 Le choix de localisation des firmes dépend également du niveau du « coût marginal relatif du Sud[35][35] Il peut augmenter soit suite à la hausse du coût de production...
suite » dans chaque secteur. L’impact d’une variation du coût marginal sur la concentration des firmes du secteur f dans le Nord dépend donc du signe de la dérivée totale suivante :
92 
93 La hausse du coût marginal relatif du Sud accentue la concentration des firmes dans le Nord, quelle que soit la configuration du modèle utilisée
et
. Les firmes se déplacent vers la région disposant des coûts les plus faibles. Elles peuvent ainsi imposer un prix plus bas et bénéficier d’une demande plus importante pour le bien considéré.
94 Le coût marginal relatif du Sud reflète également l’« avantage absolu » du Nord[36][36] En effet, quel que soit le secteur industriel considéré,...
suite. Les entreprises s’implantent donc selon « avantage absolu » des pays.
95 Le modèle révèle également qu’une hausse du coût marginal relatif du Sud dans l’un des deux secteurs accentue aussi bien la concentration des firmes de ce secteur que celle du second secteur, bien que dans une moindre mesure
et
. La hausse du coût marginal relatif du Sud gagne le second secteur grâce à son effet positif sur la taille de marché du Nord. C’est donc l’« effet taille » qui suscite le déplacement des firmes de ce second secteur vers le Nord. Ainsi, malgré l’absence de lien inter-industriels dans le modèle, si un pays diminue son coût de production dans l’un des secteurs, il attire l’industrie dans son ensemble sur son marché[37][37] Dans ce cas, une baisse des coûts de production dans le...
suite.
96 Dans notre modèle, le coût marginal relatif du Sud
intègre deux composantes distinctes, la productivité sectorielle du travail
et les salaires relatifs (μ). Ces deux composantes sont étudiées séparément.
Concentration et salaire
97 Les effets d’une variation des salaires du Sud sur l’équilibre du modèle requiert une attention particulière. En effet, ceux-ci influencent le choix de localisation des firmes à différents niveaux. Leur augmentation entraîne une hausse du coût de production pour les entreprises situées dans le Sud et modifie également les revenus et donc les tailles de marché des deux pays. La taille de marché est ici une variable endogène. Dès lors, pour déterminer l’impact d’une variation des salaires sur la concentration des industries, il nous faut dans un premier temps évaluer son influence sur les revenus et la taille de marché des pays.
L’impact d’une hausse des salaires dans le Sud sur les revenus des pays
98 La hausse du salaire dans le Sud affecte les revenus des deux pays. En effet, à l’équilibre de la production, le salaire constitue à la fois une part des revenus de la population mondiale et un coût de production (équations 25 et 26). Pour le Sud, les salaires illustrent également le revenu du travail.
99 D’après les calculs :
100 
101 Le revenu du Sud s’accroît avec la hausse des salaires à partir d’un niveau très faible de ceux-ci. Le revenu du Nord augmente également mais à partir d’un niveau de salaire plus élevé
.
102 Ce n’est donc qu’à partir d’un certain seuil de salaires dans le Sud que les revenus vont augmenter dans les deux pays. En deçà de ce seuil, la variation des revenus est négative. La hausse des salaires est insuffisante et n’est ressentie qu’en tant que hausse du coût de production.
L’impact de la hausse des salaires dans le Sud sur les tailles de marché des pays
103 Si les revenus varient avec la hausse des salaires dans le Sud, les tailles de marché des pays vont également évoluer. Là encore, les relations ne sont pas monotones.
104 
105 La hausse des salaires dans le Sud n’augmente la taille de marché de ce pays que si ceux-ci atteignent un niveau suffisamment élevé[38][38] Précisons que les signes des dérivées ci-dessus dépendent...
suite. En dessous de ce seuil, la hausse des salaires engendre l’augmentation de la taille de marché du Nord.
106 Il est à présent possible d’évoquer l’impact d’une hausse des salaires du Sud sur le niveau de concentration des firmes dans le Nord.
L’impact d’une hausse des salaire dans le Sud sur la concentration des firmes
107 Nous l’avons vu, la hausse des salaires constitue à la fois un coût pour les entreprises installées dans le Sud et une hausse de la taille de marché du Sud (si toutefois le niveau de salaire est supérieur à la valeur limite calculée précédemment)[39][39] Cette augmentation est également synonyme d’une amélioration...
suite. Les deux effets évoqués ci-dessus ont un impact opposé sur la concentration des firmes dans le Nord. La relation entre l’évolution des salaires dans le Sud et le niveau de concentration des firmes ne sera donc pas monotone
:
108 Après résolution de la dérivée totale :
109 
110 La première partie de la dérivée
exprime l’« effet coût » pour les entreprises qu’engendre une hausse des salaires du Sud. Celles-ci préfèrent alors se diriger vers le Nord et le Sud perd son principal attrait. La seconde partie de la dérivée illustre l’« effet taille de marché ». La hausse des salaires dans le Sud peut, si celle-ci est suffisamment importante, permettre à ce pays d’augmenter sa taille de marché et de devenir ainsi plus attractif.
111 Pour des salaires très faibles dans le Sud, entraînant une augmentation de la taille de marché du Nord, la concentration des firmes dans le Nord s’accélère. Si la hausse des salaires dans le Sud est suffisante pour que la taille de marché du Sud augmente alors, la concentration des firmes dans le Nord sera soit positive, soit négative selon l’importance respective de l’« effet coût » et de l’« effet taille de marché ».
112 Pour de faibles valeurs du salaire dans le Sud mais suffisante pour permettre la hausse de la taille de marché du Sud, la concentration des firmes dans le Nord diminue[40][40] Ces résultats sont obtenus à l’aide de différentes...
suite. L’effet « taille de marché » l’emporte sur l’« effet coût ». Les entreprises sont plus sensibles à la hausse de la taille de marché dans le Sud qu’au surplus de coût que cette hausse représente. À partir d’un certain niveau de salaire, l’« effet coût » l’emporte sur l’« effet taille de marché » et la concentration dans le Nord augmente. En effet, si la hausse des salaires dans le Sud devient trop importante, les firmes seront de plus en plus sensible à cette hausse du coût de production. Le coût du travail devient trop important dans le Sud mais la productivité industrielle n’évolue pas. Les firmes préfèrent alors s’implanter dans un marché certes plus cher en termes de salaire mais également plus productif. Ces résultats soulignent la nécessité de sans cesse mettre en relation productivité et salaires.
Concentration et libéralisation des échanges
113 Quels seront les effets de l’intégration Nord/Sud sur la concentration géographique des industries ?
114 L’élasticité de substitution étant supposée constante, pour simplifier les calculs, nous posons T1 – σ=k pour
et τ1 – σ=k, pour
[41][41] Rappelons en effet que, lorsque la qualité des infrastructures...
suite. Les équations 27 et 30 deviennent alors :
115 
116 En présence de différences d’infrastructures entre les pays, l’effet de la libéralisation des échanges internationaux sur la concentration des firmes dans le Nord est indéterminé et dépend simultanément de la taille relative des pays et de la qualité de leurs infrastructures. Une taille de marché du Nord très importante associée à des coûts de transaction dans le Sud plus faibles accentue la concentration des firmes dans le Nord.
117 La seconde version du modèle permet d’obtenir un résultat plus certain :
118 
119 La libéralisation des échanges engendre la concentration des firmes dans le Nord. Ce résultat n’est cependant avéré que si la taille de marché du Nord reste supérieure à celle du Sud[42][42] La contrainte sur la taille de marché du Nord est excessive. ...
suite.
120 Ce résultat, semblable à celui de certains modèles d’économie géographique traditionnels (Krugman [1991]), est cependant différent de ceux obtenus par Madariaga [2002] ou Venables [1996a]. Chez Madariaga [2002], une baisse des coûts d’échange engendre un accroissement de la concentration des firmes dans le Sud (si les coûts sont suffisamment élevés). Dans ce modèle, le Sud détient un avantage de « compétitivité-prix » dans l’industrie, tandis que le Nord dispose de l’avantage de la « taille de marché ». Ces deux effets se compensent plus ou moins.
121 Dans notre analyse, le Nord détient à la fois la taille la plus importante et l’avantage absolu dans la production des biens. Dès lors, les firmes sont attirées par ce marché suite à une libéralisation des échanges. Les avantages comparatifs déterminent, quant à eux, la part des firmes de chaque secteur implantée dans chacun des pays.
122 L’analyse du modèle souligne également que si la taille de marché du Sud devient nettement supérieure à celle du Nord, les firmes se déplacent vers le Sud. L’« effet taille de marché » l’emporte alors sur l’« avantage absolu » du Nord. La taille de marché reste déterminante tant que la différence entre les pays est significative. Dans le cas contraire, les firmes se déplacent plutôt selon les « avantages absolus » des pays.
123 Les simulations du modèle nous permettent de comparer l’effet d’une baisse des coûts d’échange sur les deux secteurs industriels de manière distincte[43][43] Les simulations ont été réalisées en testant un grand...
suite. La concentration du secteur A dans le Nord est toujours supérieure à celle de B. Plus les coûts d’échange s’affaiblissent, plus l’écart entre le niveau de concentration des deux secteurs industriels se creuse. Les avantages comparatifs ont donc un rôle plus important à jouer pour de faibles coûts d’échange. C’est un résultat déjà rencontré dans d’autres analyses du même type (Strauss-Kahn [2005]).
Concentration et qualité des infrastructures
124 Comment évolue la concentration des firmes dans le Nord lorsque les infrastructures de ce pays s’améliorent ?
125 Pour simplifier le calcul, nous posons τ1 – σN=θN. Si θN augmente, les infrastructures du Nord deviennent plus performantes. L’étude du signe de la dérivée montre que des infrastructures plus performantes dans le Nord attirent les firmes vers ce marché
.
126 De même, si dans Sud les réseaux de transport deviennent plus efficaces, les industries s’implantent sur ce marché
[44][44] Cette fois nous posons . ...
suite.
127 La qualité des infrastructures de transport dans un pays peut donc également être un facteur déterminant du choix de localisation des firmes. Le Sud, qui dispose bien souvent d’infrastructures médiocres, gagnerait donc à les développer.
128 Cette première analyse souligne donc qu’une taille de marché importante ou de faibles coûts de production (pouvant se traduire par une forte productivité ou de faibles salaires) attirent les firmes sur un marché. La hausse de salaires dans le Sud, qui correspond à une amélioration de la productivité agricole, a deux effets contradictoires sur la localisation industrielle. D’une part, elle engendre un surcoût et pénalise le Sud et, d’autre part, elle permet d’augmenter la taille de marché de ce pays et produit alors l’effet inverse. Dès lors, pour que le Sud attire des firmes, il faut certes que le salaire y augmente suffisamment mais également que cette hausse s’accompagne d’une amélioration de la productivité industrielle. Dans le cas contraire, les firmes se dirigent à nouveau vers le Nord.
129 Lorsque la taille de marché du Nord est supérieure à celle du Sud, l’intégration engendre une concentration des firmes dans le Nord et une divergence des revenus entre les deux pays. La qualité des infrastructures conditionne également la localisation des activités, ce qui peut expliquer le manque d’attractivité des pays du Sud.
Analyse de la spécialisation des pays
130 L’introduction des avantages comparatifs dans le modèle pose naturellement la question de la spécialisation des pays. Celle-ci est ici définie par la proportion relative de firmes de chaque secteur implantées dans un pays. Nous considérons donc que le pays accentue sa spécialisation dans la production d’un des biens industriels si la concentration relative des firmes de ce secteur augmente.
131 L’enjeu sous-jacent est la capacité des pays à diversifier leur tissu industriel. Le Sud doit attirer des firmes à forte valeur ajoutée pour atteindre une plus forte croissance à long terme. Le Nord peut trouver un intérêt à conserver suffisamment de firmes à faible valeur ajoutée pour maintenir un équilibre social. L’objectif final étant la convergence entre le Nord et le Sud.
132 Par hypothèse, le Nord est spécialisé dans la production du bien A et le Sud dans celle du bien B[45][45] Il s’agit donc ici d’étudier les variations du degré...
suite. La spécialisation du Nord (Sud) dans la production du bien A (B) s’écrit donc de la manière suivante[46][46] Les équations et...
suite :
133 
134 Dans cette section, nous identifions donc les rôles respectifs de la taille de marché et du renforcement des avantages comparatifs[47][47] « Le renforcement des avantages comparatifs »...
suite sur le degré de spécialisation des pays[48][48] L’analyse des effets des salaires, de la libéralisation...
suite.
Spécialisation et taille de marché
135 Comment évolue la spécialisation des pays lorsque leur taille de marché augmente ?
136 La spécialisation du Nord (Sud) dans la production du bien pour lequel il détient un avantage comparatif s’affaiblit lorsque la taille de marché de ce pays augmente
et
. Les résultats sont similaires pour la seconde version du modèle
et
.
137 En effet, si les pays sont déjà spécialisés, une augmentation de leur taille de marché va attirer non seulement des firmes du secteur pour lequel ils détiennent un avantage comparatif mais également des entreprises du second secteur d’activité. Les deux secteurs seront donc mieux représentés dans chacun des pays[49][49] Ricci [1999] obtient le même résultat. ...
suite.
138 C’est un résultat important dans le cadre d’un accord Nord/Sud. Si le Sud accroît sa taille de marché, il attire des firmes « à forte valeur ajoutée ». L’ouverture aux échanges peut être alors synonyme d’une plus forte croissance pour ce pays.
Spécialisation et avantages comparatifs
139 Les zones économiques disposent toutes de leurs spécificités, de leurs avantages comparatifs. Dans le cadre d’un accord Nord/Sud, est-il préférable pour les pays de renforcer leurs atouts ?
140 L’objectif de ce point est donc d’identifier l’impact « d’un renforcement de l’avantage comparatif » des pays sur leur degré de spécialisation. En supposant que ce « renforcement » se traduise par une amélioration des coûts de production relatif du Nord dans le secteur A, ceux-ci sont accentués si dβΑ> 0.
141 L’étude de la dérivée
. nous donne le résultat suivant :
142 
143 La relation entre le degré de spécialisation du Nord et le renforcement des avantages comparatifs n’est pas monotone. La première partie de la dérivée
révèle le lien positif entre spécialisation et avantages comparatif tel qu’il apparaît dans les théories du commerce international. La seconde partie de la dérivée
illustre l’impact du « renforcement » des avantages comparatifs sur la taille de marché. Celui-ci à un effet positif sur la taille de marché du Nord. Parallèlement, la hausse de cette taille marché atténue le degré de spécialisation du Nord.
144 L’analyse similaire pour le Sud
révèle que le renforcement des avantages comparatifs accentue la spécialisation de ce pays dans la production du bien à faible valeur ajoutée
[50][50] Les résultats sont similaires pour ...
suite.
145 L’avantage comparatif reste l’un des facteurs déterminants du degré de spécialisation du Sud. En revanche, pour le Nord, à cause de l’« effet taille », ce résultat n’est pas clairement admis. Il s’agit ici de la relation « perverse » entre avantages comparatifs et spécialisation telle qu’elle est évoquée par Ricci [1999].
146 Les pays pourront donc diversifier leur tissu industriel s’ils augmentent leur taille de marché. Le Nord, en renforçant son avantage comparatif, peut également atteindre cet objectif. En revanche, si les avantages comparatifs des pays se renforcent, le Sud se cantonnera à produire des biens à faible valeur ajoutée.
Conclusion
147 La localisation industrielle dépend à la fois de l’importance la taille de marché des pays, du niveau des coûts de production et de la qualité des infrastructures des pays.
148 La taille de marché comme l’avantage absolu d’un pays sont les éléments centraux du choix de localisation des firmes. Si le Nord détient ces deux avantages, le Sud se désindustrialise. Les avantages comparatifs déterminent la proportion que chaque secteur représente dans les différents pays. Leur influence se renforce néanmoins lorsque les coûts d’échange deviennent très faibles. De même, le pays aux infrastructures les plus accueillantes est privilégié.
149 La hausse des salaires dans le Sud, liée à une amélioration de la productivité agricole, peut également être bénéfique pour ce pays qui augmente ainsi sa « taille de marché » et attire plus d’industries. Cependant, la hausse de la taille de marché du Sud ne suffit pas à maintenir les firmes dans ce pays. En effet, si le Sud perd son avantage de bas salaire, il doit compenser cette perte par une amélioration de sa productivité.
150 La libéralisation des échanges engendre une concentration des firmes dans le pays le plus grand ou aux coûts de production les plus faibles. Dans ce modèle, nous avons supposé que le Nord dispose à la fois de la plus grande taille de marché et des coûts de production les plus faibles dans les deux secteurs industriels. Dans ce cas, le Sud se désindustrialise peu à peu suite à la libéralisation des échanges. Lorsque les pays diffèrent cependant en termes d’infrastructures, le résultat est incertain et dépend simultanément de la taille relative des pays et de la qualité de leurs infrastructures.
151 La question de la spécialisation est également abordée dans ce modèle. Le choix de spécialisation du Sud sera déterminant dans le processus de rattrapage Nord/Sud. En effet, si ce pays intensifie sa spécialisation dans la production du bien à faible valeur ajoutée, il risque fort de ne pas connaître une forte croissance à long terme.
152 Grâce à la hausse de la taille de marché et à son pouvoir attractif, les pays diversifient leur paysage industriel. Cette hausse est donc synonyme de convergence, notamment pour le Sud. Ce pays peut alors attirer sur son marché des entreprises à forte valeur ajoutée. Une autre possibilité s’offre cependant à lui pour atteindre cet objectif, modifier la structure de ses avantages comparatifs.
153 Ce modèle souligne ainsi que la taille de marché à un rôle déterminant dans l’analyse mais ne permet pas à elle seule l’industrialisation des pays dans un cadre Nord/Sud. Les coûts de production ont encore un rôle important à jouer.
154 Il serait cependant intéressant d’introduire les liens inter-industriels dans l’analyse. Cette hypothèse pourrait modifier considérablement les résultats en renforçant les forces d’agglomération déjà présentes. La question de la taille de marché gagnerait également à être approfondie. Le salaire devrait être une variable endogène. Ils constitueraient dans ce cas une force de dispersion des industries.
Bibliographie
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Notes
[ *] Laboratoire d’économie de Nantes (len), Faculté des sciences économiques et de gestion b.p.52231-F-44322 Nantes cedex 3. Courriel : corinne. bagoulla@ univ-nantes. fr
[1] Accord de Libre échange Nord Américain, signé en janvier 1994 entre le Canada, les États-Unis et le Mexique.
[2] Signé en 1995, cet accord prévoit l’instauration d’ici à 2010 d’une zone de libre-échange entre l’Europe des Vingt-Cinq et dix pays du pourtour méditerranéen.
[3] Le développement industriel engendre une baisse des coûts fixes.
[4] À l’instar du facteur travail chez Ricci [1999].
[5] Chez Ricci, les salaires, égaux à l’unité, ne sont pas la source d’un avantage de coût.
[6] Partant du constat que tous les secteurs industriels ne nécessitent pas les mêmes techniques de production, les pays disposent certainement d’un avantage comparatif dans un secteur précis plutôt que dans un autre. Il est donc probable que suite à la mise en place d’une zone de libre échange, les pays renforcent leur spécialisation dans le secteur industriel pour lequel ils disposent d’un avantage comparatif.
[7] Les avantages comparatifs interviennent entre les deux secteurs industriels et non entre l’industrie et l’agriculture comme c’est le cas dans le modèle de Madariaga [2002].
[8] La spécialisation n’est pas évoquée chez Martin et Rogers [1995] et chez Madariaga [2002].
[9] Cette hypothèse limite la mise en place de l’« agglomération cumulative » fréquemment évoquée dans les modèles d’économie géographique.
[10] En effet, au Nord les techniques de production sont plus efficaces et les capacités productives mieux exploitées qu’au Sud.
[11] Ceci afin d’éviter un afflux de travailleurs vers le secteur offrant la rémunération la plus élevée.
[12] Madariaga [2002] montre que les différences de productivité entre le Nord et le Sud sont plus significatives dans le secteur agricole que dans l’industrie. De plus, le secteur agricole occupe encore une place importante dans le Sud. Nous supposons donc que le salaire est fixé à partir du niveau de productivité dans ce secteur.
[13] En effet, une variation de la productivité du travail dans l’industrie peut avoir des causes multiples (meilleure utilisation des techniques de production et du capital) mais n’influence pas les salaires.
[14] Le bien B est relativement plus coûteux pour le Nord car le coût du travail y est élevé alors que sa production nécessite une technologie plutôt faible.
[15] Nous utiliserons de manière équivalente les termes « bien A (ou B) » ou « secteur A (ou B) » pour évoquer le secteur industriel produisant le bien A (ou B).
[16] Nous reprenons ici des hypothèses similaires à celle de Martin et Rogers [1995].
[17] Où N représente le Nord et S, le Sud.
[18] Notons qu’ici, le travail étant immobile par hypothèse, nous n’introduisons pas de force de congestion comme l’a fait Ricci dans son modèle.
[19] Les consommateurs ne consacrent pas plus de la moitié de leurs dépenses aux biens industriels, ceci notamment afin d’éviter une spécialisation totale des pays dans ce type de biens.
[20] Comme dans l’approche de Ricci [1999], l’élasticité de substitution est la même dans les deux secteurs à rendements croissants. Cette hypothèse permet de conserver une structure du modèle relativement simple et d’isoler les effets d’une différence de productivité entre les secteurs sur la production d’équilibre. Amiti [1997] introduit à l’inverse des différences d’élasticité de substition entre les secteurs.
[21] Plus σ se rapproche de l’unité, moins les variétés sont substituables et, à l’inverse, plus il s’en éloigne, plus elles deviennent substituables entre elles.
[22] Notons que ces différents coûts ne touchent que les biens industriels.
[23] Par exemple, pour consommer une unité d’une variété étrangère, il faut acheter T> 1 unités de bien (tout se passe donc comme si une partie des biens s’« évaporait » lors du transport).
[24] Cette hypothèse permet d’éviter que le bien agricole ne soit produit que dans l’un des deux pays étudiés.
[25] Ces rendements croissants sont liés à la présence d’un coût fixe et d’un coût marginal constants.
[26] Et donc également, le rendement du capital investi à savoir, le profit.
[27] Les secteur, ceux-ci sont supposés identiques concernant tous les autres paramètres (élasticité de production, etc.). Cette hypothèse permet de rester concentré sur les diffèrences de productivité.
[28] Nous constatons que la production d’équilibre ne dépend pas des coûts de transaction, qu’ils soient nationaux ou internationaux.
[29] Plus CfN est élevé, plus le secteur f est concentré dans le Nord.
[30] Nous proposons ici les deux versions du modèle car elles seront utilisées alternativement dans la suite de l’analyse.
[31] Nous avons volontairement exclu les possibilités de concentration totale des firmes d’un secteur dans l’un ou l’autre des pays. En effet, ces cas de figures ne nous permettent pas d’évoquer la notion d’avantage comparatif et ses liens avec la spécialisation industrielle.
[32] Pour des questions de lisibilité, les détails des calculs effectués n’apparaît pas ici. Ils sont néanmoins disponibles auprès de l’auteur.
[33] Symétriquement, l’augmentation de la taille de marché du Sud engendre une hausse de la concentration des firmes dans le Sud.
[34] Symétriquement,
.
[35] Il peut augmenter soit suite à la hausse du coût de production dans le Sud, soit grâce à la baisse du coût de production dans le Nord ou encore du fait de ces deux effets.
[36] En effet, quel que soit le secteur industriel considéré, le coût marginal du travail est toujours plus faible dans le Nord que dans le Sud.
[37] Dans ce cas, une baisse des coûts de production dans le secteur B dans le Sud peut permettre à ce pays d’attirer des firmes à « haute valeur ajoutée ».
[38] Précisons que les signes des dérivées ci-dessus dépendent du signe d’un polynôme. Si celui-ci est positif (négatif), pour une valeur de μ> 0,4142, le signe de la dérivée
est nécessairement positif (négatif). Dans le cas contraire, le signe des dérivées dépendent également des valeurs prises par les autres paramètres du modèle.
[39] Cette augmentation est également synonyme d’une amélioration de la productivité agricole dans le Sud.
[40] Ces résultats sont obtenus à l’aide de différentes simulations du modèle. Les résultats des simulations sont également disponible auprès de l’auteur.
[41] Rappelons en effet que, lorsque la qualité des infrastructures n’est pas prise en considération, τ, illustre les coûts d’échange entre les pays, ce qui explique cette simplification (cf. p. 11).
[42] La contrainte sur la taille de marché du Nord est excessive. Pour que la dérivée soit négative, la taille de marché Nord peut être un peu plus faible. Cependant, le calcul étant complexe, il nous est difficile de déterminer la valeur exacte de λN permettant d’obtenir une dérivée positive.
[43] Les simulations ont été réalisées en testant un grand nombre de valeurs prises par les différents paramètres du modèle.
[44] Cette fois nous posons
.
[45] Il s’agit donc ici d’étudier les variations du degré de spécialisation des pays.
[46] Les équations
et
sont totalement symétriques.
[47] « Le renforcement des avantages comparatifs » correspond à un accroissement des écarts existants entre les productivités du travail et/ou entre les salaires du Nord et du Sud.
[48] L’analyse des effets des salaires, de la libéralisation des échanges ou de la qualité des infractructures nécessite l’utilisation des simulations car le calcul analytique est trop complexe. Nous ne les avons donc pas présenté dans cet article.
[49] Ricci [1999] obtient le même résultat.
[50] Les résultats sont similaires pour
et
.
Résumé
L’objectif de l’article est d’analyser la localisation industrielle et la spécialisation des pays dans le cadre d’une approche Nord/Sud.
Le modèle proposé est une extension des approches de Ricci [1999] et de Martin et Rogers [1995]. Il intègre simultanément les avantages comparatifs et les effets d’agglomération dans le cas de deux pays (le Nord et le Sud), deux facteurs de production (capital et travail) et trois biens (deux biens industriels et un bien agricole). À la différence de nombreux modèles d’économie géographique, les avantages comparatifs interviennent entre deux branches industrielles différenciées et non entre le secteur agricole et l’industrie. Ceux-ci englobent à la fois des différences de productivité par secteur et par pays et des écarts de salaires entre les pays. Cette hypothèse permet d’introduire un effet « taille de marché » dans le modèle et souligne la nécessité de considérer distinctement ces deux variables dans l’analyse. La qualité des infrastructures intervient également dans le choix de localisation des industries.
Pour éviter de se désindustrialiser ou d’accentuer sa spécialisation dans un secteur peu porteur de croissance, le Sud va devoir augmenter sa taille de marché tout en améliorant sa productivité industrielle.
Abstract
This paper aims to analyse the industrial location and the countries’ specialization in a North/South model.
The model is an extension of Ricci’s [1999] and Martin and Rogers’ [1995] models. It introduces two countries (North and South), two production factors (capital and labour) and three sectors (two industrial sectors and an agricultural sector). The comparatives advantages are introduced between two industrial sectors and not between the agricultural sector and the indutry. These comparatives advantages encompass a difference in productivity per sector/country and a difference in wages per country. This hypothesis introduce a “market size effect” and underline the necessity of considering these two variables separately. Moreover, the quality of the countries’ infrastructures influence firmes’ location.
To avoid a desindustrialization or a specialization in a not very technological sector, the south has to increase its market size and to improve its industrial productivity.
Classification JEL : F12, F15, R12.
PLAN DE L'ARTICLE
- Introduction
- Présentation du modèle nord/sud
- Analyse de la concentration sectorielle des firmes
- Analyse de la spécialisation des pays
- Conclusion
POUR CITER CET ARTICLE
Corinne Bagoulla « Localisation industrielle et spécialisation », Revue économique 4/2006 (Vol. 57), p. 705-726.
URL : www.cairn.info/revue-economique-2006-4-page-705.htm.
DOI : 10.3917/reco.574.0705.




