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Une estimation des potentiels de commerceAuteurNicolas Péridy[*][*] Laboratoire d’Économie de Nantes (len), Faculté des...
suite du même auteur
Introduction
La Nouvelle Politique de Voisinage (npv) a été lancée par l’Union européenne (ue), au moment de l’élargissement de mai 2004 aux dix pays d’Europe centrale et orientale (peco). Cet élargissement a en effet profondément modifié la géographie de l’ue, avec en particulier un déplacement de ses frontières vers l’Est et vers le Sud. Ainsi, parmi les nouveaux voisins de l’ue, on trouve désormais la Russie, les trois nouveaux pays indépendants (npi), à savoir la Biélorussie, l’Ukraine et la Moldavie, ainsi que les pays tiers méditerranéens (ptm) du Maghreb et du Mashrek. Sont également concernés par la npv trois pays du Sud Caucase : l’Azerbaïdjan, l’Arménie et la Géorgie, dans la perspective de l’adhésion de la Turquie à l’ue.
2 Ces nouveaux voisins comptent ensemble plus de 400 millions d’habitants, soit presque autant que la nouvelle Europe des Vingt-Cinq. En revanche, leur pib par habitant est 90 % inférieur à celui de l’Europe élargie. Cet écart très important de développement économique constitue lui à seul une raison majeure de redéfinir la politique de l’ue avec ses nouveaux voisins. Mais il existe aussi une seconde raison, liée au fait que, jusqu’à présent, la politique extérieure de l’ue est restée très différenciée avec ces pays : en effet, les ptm ont bénéficié depuis des décennies d’une politique de préférences commerciales importante, qui a abouti aux accords de Barcelone de 1995. Ces accords prévoient la mise en place d’une vaste zone de libre-échange euro-méditerranéenne. En revanche, aucun accord préférentiel n’a jamais été signé avec la Russie et les autres nouveaux voisins de l’Est, traditionnellement soumis aux système des préférences généralisées (spg).
3 L’élargissement de 2004 a donc permis à l’ue de redéfinir sa politique avec les nouveaux voisins, dans un souci d’accélérer le développement économique de ces pays et d’harmoniser la politique commerciale de l’ue à l’Est et au Sud. Ainsi, le texte fondateur de la npv prévoit que l’ue doit proposer à la Russie, aux npi et aux ptm de mettre un pied dans le marché unique européen, et une plus grande intégration et libéralisation afin de promouvoir la libre circulation des personnes, des biens, des services et du capital (acquis communautaire) (European Commission [2003]). L’objectif final de la npv est de partager la stabilité, la prospérité et la sécurité de l’ue avec ses nouveaux voisins d’une façon différente de l’adhésion à l’ue. Elle est aussi destinée à prévenir l’émergence de nouvelles lignes de fracture en Europe, en offrant aux nouveaux voisins une plus grande coopération en matière de politique et de sécurité, et aussi en matière économique et culturelle (European Commission [2005a]).
4 Afin de mettre en œuvre ce projet, des « plans d’action » ont été négociés en 2004 avec presque tous les nouveaux voisins, hormis l’Égypte, le Liban et les pays du Sud Caucase. Pour ces derniers, et sur la base de « Rapports pays » publiés par la Commission européenne (European Commission [2005b]), cette dernière a décidé d’intensifier ses relations avec eux afin de négocier des plans d’action au plus vite (European Commission [2005a]). Ces plans incluent des réformes politiques (renforcement de la démocratie et du dialogue sur les droits de l’homme), économiques (libéralisation des échanges), ainsi qu’une coopération dans le domaine de la justice, de la sécurité et des infrastructures.
5 D’un point de vue strictement économique, la mise en place de l’acquis communautaire devrait conduire à une intensification des échanges entre l’ue et ses nouveaux voisins, notamment avec les pays de l’Est, qui commencent tout juste leur processus de libéralisation économique.
6 L’objectif de cet article est de fournir une évaluation quantitative des potentiels de commerce entre l’ue et ses nouveaux voisins, dans le cadre de la mise en place de la npv. Dans la section 2, nous proposons un certain nombre de faits stylisés relatifs aux échanges commerciaux des nouveaux voisins de l’ue, en distinguant deux groupes de pays : d’une part les pays inclus dans la npv et décrits précédemment, et d’autre part les autres voisins, c’est-à-dire ceux du Sud-Est de l’Europe, qui sont potentiellement amenés à entrer dans l’ue. Il s’agit de la Roumanie, de la Bulgarie, de la Turquie et de tous les pays des Balkans. La section 3 développe un modèle d’échange théorique qui servira de base au calcul des potentiels de commerce. Ce modèle s’inspire des nouveaux développements théoriques concernant les modèles de gravité, notamment ceux relatifs à la spécification des coûts d’échange, dans la lignée d’Anderson et Van Wincoop [2004]. La section 4 présente ensuite une estimation de ce modèle pour les importations et les exportations de l’ue, en économétrie de panel. Les estimateurs de Hausman et Taylor (statique) et de Arellano, Bond et Bover (dynamique) sont ensuite utilisés pour le calcul des potentiels d’échange (section 5), avec divers scénarios (libéralisation des échanges avec ou sans acquis communautaire).
7 À notre connaissance, il s’agit de la première évaluation quantitative des effets de la npv sur le commerce de l’ue avec ses nouveaux voisins, hormis les résultats préliminaires proposés par Péridy [2005]. L’article proposé ici va cependant beaucoup plus loin, et ceci pour plusieurs raisons : d’abord parce qu’il propose une analyse comparative et simultanée des potentiels d’importations et d’exportations ; de plus, le nombre de pays inclus dans l’estimation est élargi ; ensuite, des évaluations en dynamique sont également proposées ; enfin, les potentiels d’échanges sont calculés non seulement avec les nouveaux voisins concernés par la npf, mais aussi avec ceux qui sont potentiellement amenés à entrer dans l’ue (Roumanie, Bulgarie, Turquie, Balkans), ce qui élargit le champ de comparaison de l’analyse.
8 Les principaux résultats indiquent un potentiel de commerce significatif entre l’ue et la plupart des nouveaux voisins. Les potentiels les plus importants concernent surtout les pays les moins avancés dans leurs réformes économiques et donc les moins insérés dans l’économie mondiale (pays du Sud Caucase, npi, Balkans sauf Croatie). Pour tous ces pays, les échanges actuels sont souvent inférieurs de plus de 50 % aux échanges potentiels.
9 Les autres pays ont un potentiel d’échange plus limité, quoique significatif. En fait, les potentiels les plus faibles concernent les pays les plus insérés dans l’économie mondiale et qui ont déjà beaucoup libéralisé leurs échanges avec l’ue. Il s’agit en particulier d’Israël, de la Roumanie, la Bulgarie, la Turquie et, dans une moindre mesure, des pays du Maghreb.
10 Un autre résultat important concerne la faible différence des potentiels d’échange que l’on suppose ou non l’octroi de l’acquis communautaire aux nouveaux voisins. Ce résultat tend alors à montrer que le fort potentiel d’échange entre ces pays et l’ue est d’abord dû à leur faible insertion dans l’économie mondiale.
Les nouveaux voisins : un aperçu de leurs échanges commerciaux
11 Avec un peu plus de 550 milliards de dollars d’échanges en 2004, les nouveaux voisins de l’ue inclus dans la npv représentent environ 3,1 % du commerce mondial, dont près de 2 % pour la seule Russie. En y ajoutant les autres voisins (Europe du Sud-Est), cette part s’établit à 5,2 % du commerce mondial.
12 Les voisins inclus dans la npv ont généralement une structure d’exportations fortement orientée vers les produits d’extraction, en particulier, le pétrole, le gaz ou les métaux : c’est le cas en particulier de l’Azerbaïdjan, de l’Algérie, de la Russie et de la Syrie, pour lesquels les produits d’extraction représentent plus de 60 % du total de leurs exportations (tableau 1). La Biélorussie, l’Égypte et la Géorgie sont également dépendantes des exportations de produits d’extraction, quoique dans une moindre mesure (entre 20 et 60 %). En revanche, les voisins d’Europe du Sud-Est ont une structure d’exportations beaucoup plus fortement tournée vers les produits manufacturés, puisqu’en moyenne les produits de l’extraction représentent moins de 8 % des exportations totales.
Tableau 1 - Données générales d’échanges des nouveaux voisins de l’ue [2004]
13 Un autre trait frappant des nouveaux voisins de l’ue concerne la croissance spectaculaire de leurs échanges sur la période 1999-2004, qui est très souvent supérieure à 10 % par an. Ce phénomène est particulièrement marquant pour la Russie (+ 20 %), les pays du Sud Caucase (+ 10 à + 20 %) et la Biélorussie (+ 10 %). Mais ceci concerne aussi certains pays des Balkans, notamment la Serbie et la Bosnie, pour lesquels la croissance des échanges est supérieure à 20 %, alors que, sur la même période, la croissance moyenne mondiale des échanges s’établit seulement à 4 % (World Trade Organization [2005]). Les autres pays (Maghreb, Mashrek) connaissent des évolutions plus conformes à la moyenne mondiale.
14 Les causes de cette croissance spectaculaire peuvent être trouvées dans le renchérissement du prix du pétrole, qui augmente par exemple très fortement la valeur des exportations de la Russie ou de l’Ukraine en 2004, mais ce n’est pas la seule explication. Une autre raison est liée au démarrage du processus d’insertion des nouveaux voisins de l’Est dans l’économie mondiale. Par exemple, la Moldavie, la Géorgie et l’Arménie sont devenus récemment membres de l’omc. De même, d’importants progrès ont été réalisés par la Russie et l’Ukraine, qui devraient rejoindre l’omc assez rapidement. La Biélorussie, le Liban et l’Algérie sont dans un processus également relativement avancé, avec des négociations d’accès au marché ouvertes depuis plusieurs années avec l’omc. En revanche, la Bosnie et l’Azerbaïdjan n’ont ouvert ces négociations que plus récemment. En conséquence, leur adhésion à l’omc devrait encore prendre plusieurs années. Les autres pays, comme la Serbie, la Libye et surtout la Syrie sont encore plus en retard.
15 Au total, certains nouveaux voisins ont des ratios d’échanges/pib supérieurs à 100 % (npi, Jordanie, Bulgarie, Croatie, Bosnie). Ces pays sont donc relativement ouverts sur l’économie mondiale. D’autres présentent des ratios compris entre 70 % et 100 % (Maghreb, Caucase, Israël, Roumanie, Macédoine). Les pays qui restent les plus fermés (ratio inférieur à 60 %) sont la Russie, le Liban et la Serbie. Aucun de ces trois pays n’est d’ailleurs encore membre de l’omc.
16 Si l’on s’intéresse plus spécifiquement à leurs échanges avec l’ue, ils se chiffrent à 250 milliards de dollars en 2004, dont plus de 100 milliards pour la seule Russie. L’ue 15 représente près de la moitié des échanges totaux de ces pays. En revanche, les nouveaux voisins ne représentent que 10,9 % des échanges totaux de l’ue.
17 Le tableau 2 présente le détail des valeurs d’exportations et d’importations avec l’ue pour chaque pays. Pour la majorité d’entre eux, l’ue demeure le partenaire commercial principal : c’est la cas en particulier pour les pays du Maghreb, pour certains pays du Mashrek (Égypte, Syrie), la Russie, et dans une moindre mesure pour les pays du Sud Caucase. C’est aussi vrai pour les voisins d’Europe du Sud-Est qui ont vocation à entrer dans l’ue (Roumanie, Turquie, Croatie, etc.). En revanche, les npi échangent principalement avec la Russie, tandis qu’Israël et la Jordanie commercent surtout avec les États-Unis, et enfin le Liban avec la Suisse et les pays du Golfe.
Tableau 2 - Échanges avec l’ue [2004]
18 Cette différence importante de la place de l’ue dans les échanges des nouveaux voisins est bien sûr due à leur position géographique et au contexte géopolitique, qui déterminent par exemple les échanges entre la Russie et ses voisins immédiats. Mais la place de l’ue peut aussi s’expliquer par une politique commerciale européenne traditionnellement très différenciée avec ses voisins, comme nous l’avons mentionné en introduction. En effet, les pays du Maghreb, du Mashrek et d’Europe du Sud-Est bénéficient depuis longtemps de préférences commerciales non négligeables concernant l’entrée de leurs produits dans l’ue. Les premiers accords préférentiels ont été signés dans les années 1960 (voir tableau 2). Ceci peut expliquer la part généralement importante de l’ue dans les échanges de ces pays[1][1] De même, la signature d’accords préférentiels entre...
suite. Aujourd’hui, la perspective de l’achèvement de la vaste zone de libre-échange euro-méditerranéenne tend à conforter les relations commerciales entre l’ue et les pays au sud de la Méditerranée. De même, les perspectives d’adhésion des pays d’Europe du Sud-Est à l’ue viennent renforcer les relations commerciales des deux groupes de pays. En revanche, l’ue n’a accordé aucune préférence commerciale aux pays de l’Est (Russie, npi, Caucase). En fait, même si des accords de partenariat ont été signés avec ces pays entre 1997 et 1999, ces accords sont basés sur le traitement commercial npf, et non sur de véritables préférences commerciales. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui a conduit l’ue à développer sa npv, afin de pouvoir harmoniser la politique commerciale des pays membres avec leurs nouveaux voisins.
19 En ce qui concerne la structure des échanges par produits avec l’ue (tableau 3a), il ressort clairement que la majorité des exportations des nouveaux voisins inclus dans la npf sont liées aux produits pétroliers (près de 60 % du total des exportations vers l’ue). Mais ces exportations dépendent essentiellement de trois pays : la Russie, l’Algérie et la Libye. Le second groupe de produits exportés correspond à la confection (7 % des échanges), principalement en provenance de la Tunisie et du Maroc (l’Ukraine venant loin derrière en troisième position). Les autres produits exportés représentent chacun moins de 4 % des exportations : les métaux précieux, le fer et l’acier, l’équipement électrique, l’aluminium et la Chimie.
Tableau 3a - Exportations vers l’ue : structure par produits [2003]
20 La structure des exportations des autres voisins (hors npf) est globalement très différente puisqu’elle ne repose pas du tout sur l’énergie, mais presque exclusivement sur les produits manufacturés. La confection représente en effet plus de 30 % des exportations de ces pays à destination de l’ue, la Turquie et la Roumanie représentant à eux seuls la quasi-totalité des ventes, avec 13 milliards de dollars (soit deux fois plus que la Tunisie et le Maroc). Viennent ensuite l’équipement électrique (9,2 % des exportations), l’automobile (7,7 %) et l’équipement mécanique (6 %). Là encore, la Turquie et la Roumanie sont les principaux exportateurs, suivis généralement de la Bulgarie ou la Croatie.
21 La structure des importations est en revanche assez similaire, que les nouveaux voisins soient inclus ou non dans la npv (tableau 3b). En effet, l’équipement mécanique représente le premier poste d’importation pour les deux groupes de pays, soit environ 19 % des importations. La Russie, la Turquie, l’Algérie et la Roumanie en sont les principaux importateurs. L’automobile et l’équipement électrique correspondent aux deux autres gros postes d’importation, la Russie, la Turquie et le Maghreb étant les principaux clients de l’ue. Viennent ensuite les groupes de produits représentant 5 % ou moins des importations totales : les plastiques, les produits pharmaceutiques et le matériel d’optique.
Tableau 3b - Importations vers l’ue : structure par produits [2003]
22 En résumé, quelle que soit la structure des échanges par produits, il apparaît clairement que les nouveaux voisins de l’ue sont généralement dans une phase de croissance rapide de leurs échanges. La poursuite de la libéralisation multilatérale de leurs échanges, combinée à l’application de la npv, devrait logiquement conduire à l’accélération de cette forte croissance des échanges, avec un recentrage sur l’ue. Ce dernier phénomène est d’ailleurs déjà perceptible puisque la part des nouveaux voisins dans les importations de l’ue est passée de 8,3 à 9,6 % entre 1997-2000 et 2001-2004. En y ajoutant les voisins d’Europe du Sud-Est, cette même part est passée de 11,6 à 13,5 %. Les sections qui suivent vont permettre maintenant d’évaluer avec plus de précision la hausse des échanges attendue suite à la mise en place de la npv, et ce grâce au calcul des potentiels de commerce.
Le modèle
23 Le modèle présenté ici est largement inspiré des nouveaux développements théoriques concernant les modèles de gravité, notamment ceux relatifs à la spécification des coûts d’échange (Anderson et Van Wincoop [2003, 2004] ; Baier et Bergstrand [2001], Feenstra [2002]).
24 Le modèle de base peut s’écrire de la façon suivante, dans un cadre théorique de différenciation des produits et dans une économie uni-sectorielle :
25 
26 avec
27 
28 où Yi, Yj et Yw correspondent respectivement aux pib des pays i, j et au pib mondial ; Tij représente les coûts d’échange entre i et j ; Pi et Pj reflètent les prix d’équilibre implicites agrégés ; σ correspond à la ces des consommateurs, tandis que θi et θj représentent les parts de i et de j dans le pib mondial[2][2] Pour une description complète du modèle, se référer...
suite.
29 Comparé aux modèles de gravité standard, le modèle ci-dessus présente l’avantage de mieux spécifier les coûts d’échange dans l’équation (1). Ces derniers sont représentés par le terme entre parenthèses, dans lequel le numérateur correspond aux coûts bilatéraux, tandis que le dénominateur correspond aux coûts multilatéraux, via les prix implicites. En effet, dans la mesure où les prix du pays i dépendent des barrières à l’échange entre i et l’ensemble de ses partenaires, ces prix représentent les coûts d’échange multilatéraux de i. Un raisonnement similaire s’applique pour les prix implicites de j. La prise en compte des barrières à l’échange multilatérales dans l’équation (1) démontre que les échanges entre i et j dépendent en fait des coûts à l’échange relatifs entre i et j. Ainsi, toute hausse des barrières multilatérales incite les pays i et j à davantage commercer entre eux (baisse des coûts d’échange relatifs).
30 Le modèle de base est complété ici par deux hypothèses supplémentaires décrites dans Péridy [2005]. La première consiste à introduire les biens non échangeables, en supposant que les pays i et j consacrent seulement une fraction ϕ à l’achat de biens échangeables[3][3] On retrouve déjà cette hypothèse dans Anderson [1979]. ...
suite. En conséquence, les dépenses et le revenu consacrés aux biens échangeables sont respectivement ϕiYi, ϕjYj et ϕwYw. On suppose aussi que ϕ dépend du revenu Y :
31 
32 En substituant (4), (5) et (6) dans (1), on parvient à l’équation de gravité modifiée :
33 
34 Cette première hypothèse permet d’obtenir des élasticités commerce-revenu qui ne sont pas contraintes à l’unité. Ceci présente non seulement un avantage théorique (prise en compte des biens non échangeables), mais également un avantage empirique, dans la mesure où les élasticités commerce-revenu estimées dans la plupart des modèles de gravité ne sont pas égales à l’unité. Nous reviendrons sur cette question dans la section empirique, dans laquelle nous testerons l’hypothèse de l’élasticité unitaire.
35 Une seconde hypothèse introduite ici concerne la spécification des coûts d’échange bilatéraux Tij. Le problème majeur de cette spécification est lié au choix des variables appropriées. Ceci peut donner lieu à des biais dus à l’omission de certaines variables. La spécification retenue ici tient compte de ce problème en introduisant un effet bilatéral (ηij), supposé capter toute variable bilatérale omise (culturelle, politique, etc.). Cet effet bilatéral pourra être considéré comme fixe ou aléatoire selon la spécification définitive du modèle (voir section suivante). On obtient ainsi :
36 
37 avec dij, tij, lij, bij correspondant respectivement à la distance géographique, aux barrières tarifaires et non tarifaires, aux différences de langues et aux effets frontières.
38 Une fois ces deux hypothèses formulées, le modèle théorique final devient :
39 
40 avec σ> 1 ; 0 < α1, α2, α3 < 1 et ρ, λ, ψ, γ> 0.
41 La première ligne de l’équation (9) reprend les variables gravitaires traditionnelles de masse (pib). La seconde et la troisième ligne correspondent aux variables liées aux coûts d’échange bilatéraux, tandis que la dernière ligne capture les coûts multilatéraux.
42 L’équation (9) ne peut cependant pas être estimée telle quelle, dans la mesure où un certain nombre de variables sont inobservables. C’est le cas par exemple des prix implicites. En effet, même s’il existe des séries d’indice de prix agrégés, ceux-ci ne reflètent pas vraiment les prix théoriques implicites du modèle, car ces derniers prennent en compte des effets particuliers comme les préférences pour le marché domestique, le temps et les divers risques supportés par les agents lorsqu’ils font leurs transactions, etc., autant d’effets qui ne sont pas captés dans les séries statistiques de prix. Comme alternative et comme de nombreux auteurs (Head et Ries [2001] ; Rose et Van Wincoop [2001] ; Péridy [2005]), nous utiliserons des effets pays (κi et βj) afin de prendre en compte ces prix inobservés.
43 Comme autre variable inobservée, nous trouvons les effets frontières. Ceux-ci seront mesurés par une variable muette prenant une valeur 0 pour les échanges à l’intérieur d’un pays, et 1 pour les échanges entre pays[4][4] La prise en compte des effets frontières nécessite de...
suite. De même, les barrières tarifaires et non tarifaires seront mesurées par des proxy inverses. Il s’agit de variables muettes mesurant l’intégration régionale à l’intérieur de l’ue, entre l’ue et les peco, ainsi qu’entre l’ue et les ptm. Ces trois variables seront ultérieurement appelées ue, peco et med.
44 Enfin, une dimension temporelle est ajoutée au modèle (ωt), afin de prendre en compte le cycle des affaires dans les différents pays.
45 L’équation finale peut alors s’écrire :
46 
47 avec :
48 
49 Ici, les effets pays (κi et βj), temps (ωt) pourront, comme les effets bilatéraux (ηij) être considérés comme fixes ou aléatoires en fonction de la spécification du modèle empirique.
Estimation et résultats
50 Le modèle décrit dans la section précédente a été estimé sur la période 1993-2003[5][5] 2003 est la dernière année entièrement disponible pour...
suite en utilisant comme pays de référence les pays de l’ue 15[6][6] Dans l’estimation, les données concernant la Belgique...
suite, ainsi que les principaux nouveaux adhérents : la Pologne, la Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie. Les pays partenaires ont été choisis de sorte à représenter plus de 90 % des échanges pour chacun des pays de référence. Ainsi, 72 partenaires ont été sélectionnés. Ils incluent les 18 pays de référence, les nouveaux voisins (y compris l’Europe du Sud-Est), les principaux pays d’Asie (Chine, Inde, Corée du Sud, HongKong, Taïwan, Singapour, Malaisie, Philippines, Thaïlande), les principaux pays d’Amérique (États-Unis, Canada, Mexique, Brésil, Argentine, Chili, Afrique du Sud), ainsi que l’Australie, la Nouvelle Zélande, Israël et les pays du Golfe. Le nombre d’observations total s’élève ainsi à 14 256, ce qui représente 1 296 flux bilatéraux.
51 Le tableau 4 présente les résultats de plusieurs estimateurs concernant les importations et les exportations de l’ue. Le modèle à effets fixes (Within) indique des valeurs positives et significatives pour les coefficients liés aux pib, conformément aux attentes théoriques. En revanche, le F-test sur les élasticités unitaires (a1=a2=1) est clairement rejeté au seuil de 1 %. Ceci tend à justifier l’utilisation d’un modèle théorique dans lequel ces élasticités ne sont pas contraintes, comme dans l’équation (7), qui prend en compte les biens non échangeables.
Tableau 4 - Résultats des estimations
52 Une autre caractéristique du modèle à effets fixes concerne les différents effets spécifiques (κi, βj, ηij, ωt) : le test de Wald indique que ces effets sont tous significatifs, et en particulier les effets spécifiques bilatéraux (ηij). Ce résultat tend à démontrer la pertinence de l’inclusion de l’ensemble de ces effets dans le modèle, et pas seulement des effets-pays, comme c’est généralement le cas. Ce résultat corrobore d’ailleurs les travaux de Egger et Pfaffermayr [2003].
53 Concernant à présent les coefficients de l’intégration régionale (ue, peco, med), ces derniers ne sont pas toujours significatifs. Ce résultat est de prime abord surprenant si l’on prend en compte les très nombreuses études qui ont démontré un effet positif de l’appartenance à l’ue. Cette différence peut en réalité s’expliquer par le fait que les dummies d’intégration régionale sont très peu variables dans le temps. En conséquence, leur impact sur les échanges est très mal pris en compte par le modèle à effets fixes, qui n’est adapté qu’aux variables avec une composante temporelle marquée. D’ailleurs, les estimations avec un modèle à coefficient aléatoire (gls) donnent des coefficients d’intégration régionale beaucoup plus significatifs, et tous positifs. Les autres résultats de l’estimateur gls sont les suivants : les coefficients liés aux pib sont positifs et significatifs et les coûts à l’échange sont tous négatifs (distance, effets-frontières et différences de langue).
54 Bien que présentant l’avantage d’estimer toutes les variables, y compris celles sans composante temporelle, le modèle à coefficient aléatoire présente l’inconvénient d’une corrélation entre ses résidus et certaines variables explicatives, comme l’atteste le test de Hausman. Ceci génère un biais dans l’estimation des paramètres par rapport au modèle à effet fixes. Dans ce cas, Egger [2004] suggère d’utiliser des estimateurs Hausman et Taylor (ht) afin d’éliminer ce biais. Le principe est le suivant (voir Greene [2003] et [2004] pour une description complète). Le modèle est d’abord transformé de la façon suivante :
55 
56 où Z*ijt correspond à chacune des variables de l’équation (10) et Zmijt représente la moyenne de groupe de ces variables. Dans une première étape, des écarts par rapport aux moyennes de groupes sont utilisés pour estimer de façon consistante les paramètres des variables avec une composante temporelle. Ceci est effectué à l’aide des moindres carrés avec variables muettes (lsdv). Ceci permet d’estimer la variance résiduelle σv.
57 Dans un second temps, σs (variance totale) est estimé par les moindres carrés en deux étapes (2sls), en régressant les moyennes bilatérales des résidus précédents (Within) sur les variables sans composante temporelle. Les instruments utilisés pour cette étape sont les variables supposées non corrélées avec les résidus. Ceci permet ensuite d’estimer les paramètres des variables sans composante temporelle ainsi que σ2μ, que l’on déduit des estimations de σs et σv.
58 L’étape finale consiste à réestimer le modèle complet (avec variables transformées) à l’aide de variables instrumentales (voir le détail dans Greene [2004], p. E8-27 ou dans Egger [2004], p. 185). Le modèle est identifié si le nombre de variables temporelles non corrélées (avec les résidus) est au moins équivalent au nombre de variables atemporelles corrélées.
59 D’un point de vue empirique, la difficulté dans la mise en œuvre des modèles ht est liée au choix des variables supposées non corrélées avec les résidus. Ce choix peut fort heureusement être guidé par la valeur de θij. Ce dernier nous renseigne en effet sur l’écart entre l’estimateur Within (sans biais) et l’estimateur utilisé. Plus θij est proche de 1, plus la variance estimée est proche de la variance Within, et donc plus les paramètres estimés se rapprochent des paramètres calculés avec l’estimateur Within (effets fixes). Dans ce cas, le biais dû à la corrélation entre les résidus et certaines variables explicatives est corrigé. Par exemple, dans le cas du modèle standard à effets aléatoires, la valeur de θij est égale à 0,78 pour les importations et 0,83 pour les exportations. Ces valeurs étant suffisamment éloignées de 1, les paramètres correspondant aux pib diffèrent donc sensiblement du modèle Within. En revanche, en sélectionnant les variables de distance, d’effet-frontières, de langue et d’intégration régionale comme les variables corrélées aux résidus et en appliquant l’estimateur ht, la valeur de θij atteint 0,99 et les paramètres estimés deviennent très proches du modèle Within.
60 L’avantage du modèle ht est donc double : d’une part, contrairement au modèle Within standard, il permet d’estimer les paramètres des variables qui ne changent pas dans le temps. D’autre part, contrairement au modèle à effets aléatoires standard, les paramètres sont estimés sans le biais lié à la corrélation de certaines variables explicatives avec les résidus. Ce modèle servira donc de base à l’estimation des potentiels d’échange entre l’ue et ses nouveaux voisins dans la section suivante.
61 Le tableau 4 indique aussi que toutes les variables estimées avec ht sont significatives et présentent le signe théorique attendu. Seuls la variable med est peu ou pas significative. Ceci démontre, d’une part, que les préférences de l’ue vis-à-vis des produits en provenance des pays méditerranéens n’ont plus d’effets positifs ces dernières années sur les exportations de ces pays vers l’Europe. Mais ceci démontre, d’autre part, que les accords euro-méditerranéens, signés à Barcelone en 1995 et entrés en vigueur à partir de 1998 dans certains pays, n’ont pas encore produit beaucoup d’effets sur les flux d’échanges.
62 Enfin, la dernière colonne du tableau 4 propose une estimation du modèle en dynamique. L’introduction de la variable expliquée retardée permet de prendre en compte la notion de persistance des flux d’échanges, persistance qui peut s’expliquer par les coûts non récupérables auxquels sont soumises les firmes lorsqu’elles veulent entrer ou sortir d’un marché à l’exportation. Ces coûts irrécupérables incitent en effet les firmes qui exportent à continuer à exporter, et celles qui n’exportent pas à rester non exportatrices (voir Dixit [1989] ou Baldwin et Krugman [1989]).
63 D’un point de vue économétrique, l’introduction de la variable expliquée retardée peut introduire un biais dû à la corrélation de cette variable avec les résidus. Ce biais peut petre corrigé en utilisant les gmm (Arellano et Bond [1998] ; Arellano et Bover [1995]).
64 La structure du modèle est similaire à celle de ht décrit précédemment. Il distingue les variables temporelles et atemporelles, ainsi que les variables supposées corrélées ou non avec les résidus. L’estimation avec variables instrumentales sans la variable retardée est donc identique à un modèle ht. En ajoutant cette dernière, on suppose, dans une première étape, que celle-ci, en plus de certaines variables explicatives, est corrélée avec les résidus. Les paramètres sont ensuite estimés avec les 2sls (en différence première). Les instruments utilisés sont les variables exogènes retardées d’une période. Ceci permet d’estimer les matrices de covariance des résidus, à partir desquelles l’estimateur gmm est utilisé (voir Greene [2003], p. 307-314 pour une description complète de la procédure).
65 Dans les estimations gmm fournies dans le tableau 4, les variables supposées corrélées avec les résidus sont les mêmes que dans les estimations ht, exception faite de la variable retardée. Cette dernière présente un coefficient élevé (aux alentours de 0,8 pour les exportations comme les importations) et très significatif. Ceci tend à démontrer que les phénomènes de persistance des flux d’échanges sont vérifiés empiriquement. Toutes les autres variables sont significatives et présentent le signe théorique attendu. Ce modèle sera également utilisé dans la section suivante pour calculer les échanges potentiels entre l’ue et ses nouveaux voisins.
Une estimation des potentiels de commerce entre l’ue et ses nouveaux voisins
66 Comme indiqué précédemment, les potentiels de commerce entre l’ue et ses nouveaux voisins ont été calculés à partir des résidus des modèles ht (statique) et gmm (dynamique). En fait, ces modèles ont été réestimés en excluant les nouveaux voisins de l’échantillon : cette technique out sample est en effet préférable lorsque les pays concernés ne sont pas pleinement intégrés dans l’économie mondiale, ce qui est le cas pour les nouveaux voisins de l’ue (voir section 2). Cette technique permet donc d’indiquer ce que seraient les échanges de ces pays si ces derniers se comportaient comme leurs partenaires européens, américains ou asiatiques, qui sont tous insérés dans l’économie mondiale. Par ailleurs, Egger [2002] suggère aussi l’utilisation de la technique out sample afin d’éviter une interprétation erronée des résidus.
67 Les tableaux 5a et 5b présentent les échanges potentiels de l’ue avec ses nouveaux voisins, calculés comme la différence (en valeur absolue) entre les échanges réels et les échanges potentiels (fitted), en pourcentage des échanges potentiels. Une valeur de 10 % pour les exportations signifie que leurs exportations réelles vers l’ue sont 10 % inférieures à leurs valeurs potentielles. En conséquence, on parlera d’un potentiel d’exportation de 10 %.
Tableau 5a - Les potentiels d’exportation des nouveaux voisins vers l’ue
Tableau 5b - Les potentiels d’importation des nouveaux voisins en provenance de l’ue
68 Plusieurs simulations ont été effectuées concernant le calcul des potentiels d’échanges. La première suppose que les nouveaux voisins ne bénéficient pas de l’acquis communautaire, ce qui revient à dire que la npv n’est pas appliquée. Dans ce cas, le modèle ht (statique) est réestimé en out sample et en éliminant de l’échantillon des pays partenaires les pays qui bénéficient de l’acquis communautaire (pays membres de l’espace économique européen : eee). Les échanges potentiels correspondent alors à ce que seraient les exportations et les importations des nouveaux voisins vers l’ue s’ils commerçaient avec l’ue comme la moyenne des pays hors de l’eee.
69 Une seconde simulation présente les potentiels d’échange en supposant que les nouveaux voisins bénéficient de l’acquis communautaire, en application de la npv. Ils sont calculés en restreignant l’échantillon aux seuls pays de ue pour l’estimation du modèle ht. Ainsi, les calculs indiquent ce que seraient les échanges de l’ue avec ses nouveaux voisins si ces derniers se comportaient comme des pays de l’ue[7][7] Des résultats similaires peuvent être obtenus en estimant...
suite.
70 Une troisième simulation correspond au calcul des potentiels d’échange avec acquis communautaire, mais à partir cette fois du modèle dynamique (gmm).
71 L’analyse des tableaux 5a et 5b nous permet d’obtenir les informations suivantes : en premier lieu, quelles que soient les simulations, on remarque que presque tous les nouveaux voisins ont des échanges réels inférieurs à leurs échanges potentiels avec l’ue. Deuxièmement, les pays qui ont le plus fort potentiel d’exportation vers l’ue sont aussi ceux qui ont généralement le plus grand potentiel à l’importation.
72 Il existe cependant des différences importantes dans le niveau des potentiels d’échange entre les pays. En fait, à partir des résultats en statique, trois groupes de pays peuvent être identifiés. Le principal groupe inclut les pays très peu insérés dans l’économie mondiale qui, par conséquent, ont un potentiel d’échange très important avec l’ue : il s’agit des pays du Sud Caucase, des nouveaux pays indépendants (sauf l’Ukraine), des pays des Balkans les moins avancés dans leurs réformes économiques et politiques (Albanie, Serbie, Bosnie, Macédoine), et, dans une moindre mesure, des pays du Mashrek[8][8] Ces derniers ont en effet un potentiel d’exportation relativement...
suite. Pour ce premier groupe, le potentiel d’échange est très souvent supérieur à 50 % des échanges.
73 Un second groupe concerne les pays pour lesquels le potentiel d’échange avec l’ue, bien que positif, reste cependant limité (souvent compris entre 10 et 30 % du niveau d’échanges réels). Il s’agit des pays du Maghreb (sauf la Libye[9][9] L’explication tient ici aux contrats pétroliers, qui...
suite), de l’Ukraine, de la Russie, ainsi que des pays des Balkans les plus avancés (Roumanie, Bulgarie, Croatie) et de la Turquie. Ce sont des pays déjà avancés dans leurs réformes, et qui sont beaucoup plus insérés dans l’économie mondiale. Ce sont aussi des pays qui ont tous mis en place un processus de libéralisation régional des échanges avec l’ue.
74 Le troisième groupe de pays comprend Israël seulement, puisque c’est l’unique pays à n’avoir aucun potentiel commercial avec l’ue.
75 D’une manière générale, le modèle dynamique fait diminuer la valeur des potentiels de commerce par rapport à la version statique. Ceci s’explique aisément par le fort coefficient de la variable décalée, qui explique à elle seule la plus grande partie des échanges passés. Elle lisse donc vers le bas l’influence de toutes les autres variables et réduit d’autant le poids des résidus. Ceci étant dit, la prise en compte des résultats en dynamiques ne change pas fondamentalement nos conclusions : on retrouve en effet les pays avec un potentiel d’échange important (il correspond au premier groupe défini précédemment), et ceux avec un potentiel limité ou nul, soit le deuxième et le troisième groupes précédents.
76 Un dernier résultat important concerne la faible différence entre le potentiel d’échanges calculé en supposant l’acquis communautaire ou non. L’écart n’est généralement que de quelques points de pourcentage. Ceci nous indique que si les échanges entre l’ue et les nouveaux voisins sont au-dessous de leur potentiel, c’est d’abord parce que ces pays sont encore faiblement insérés dans l’économie mondiale.
77 Ainsi, et en conclusion, l’augmentation des échanges avec ces pays et l’ue passe donc en premier lieu par l’accélération de leur insertion dans l’économie mondiale. Dans un second temps, la libéralisation plus poussée des échanges avec l’ue augmentera encore les échanges, mais de façon plus limitée. Il est vrai que, au fur et à mesure que l’ue s’élargit, ses nouveaux voisins sont de plus en plus loin du cœur économique de l’Europe, et ont un niveau de vie de plus en plus faible, ce qui réduit d’autant les potentiels d’échanges immédiats, sauf à supposer une convergence très rapide due à l’application de l’acquis communautaire. Ces effets ne sont toutefois pas pris en compte dans la présente étude.
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Notes
[ *] Laboratoire d’Économie de Nantes (len), Faculté des sciences économiques et de gestion, B.P. 52231, 44322 Nantes Cedex 3 (France). Courriel : nicolas. peridy@ univ-nantes. fr
[1] De même, la signature d’accords préférentiels entre les États-Unis d’une part, et Israël et la Jordanie de l’autre, permet aussi d’expliquer l’importance des États-Unis dans les échanges de ces deux pays.
[2] Pour une description complète du modèle, se référer par exemple à Anderson et Van Wincoop [2003], p. 175.
[3] On retrouve déjà cette hypothèse dans Anderson [1979].
[4] La prise en compte des effets frontières nécessite de mesurer les échanges internes à un pays, ainsi que la distance interne. Les premiers sont mesurés ici comme la différence entre la production totale d’un pays et ses échanges (importations ou exportations). Cette technique est la plus couramment utilisée depuis les travaux de Wei [1996]. La distance interne est mesurée en supposant que la surface d’un pays (Si) correspond à un disque sur lequel les activités économiques sont également réparties. Cette distance peut alors être calculée à partir du rayon de ce disque. Nous utiliserons ici la mesure proposée par Head et Mayer [2002] :

[5] 2003 est la dernière année entièrement disponible pour tous les pays et toutes les variables.
[6] Dans l’estimation, les données concernant la Belgique et le Luxembourg sont fusionnées.
[7] Des résultats similaires peuvent être obtenus en estimant le modèle ht avec l’ensemble des pays (sauf les nouveaux voisins) puis en appliquant le paramètre lié à la variable ue dans le calcul des potentiels d’échanges avec les nouveaux voisins.
[8] Ces derniers ont en effet un potentiel d’exportation relativement important vers l’ue, tandis que leur potentiel d’importation est beaucoup plus limité.
[9] L’explication tient ici aux contrats pétroliers, qui représentent la plus grande partie des exportations vers l’ue. Les calculs effectués sans les produits pétroliers permettent de retrouver un potentiel d’échange plus important. Nous gardons cependant les estimations avec les produits pétroliers, qui font partie intégrante des avantages comparatifs, comme toute autre ressource primaire (agriculture, pêche, extraction, etc.).
Résumé
Cet article propose une évaluation quantitative de la nouvelle politique de voisinage de l’ue, à partir du calcul des potentiels de commerce avec ses nouveaux voisins. La base théorique du modèle utilisé s’inspire des développements récents des modèles de gravité, concernant notamment la spécification des coûts d’échange. Ce modèle est ensuite estimé en utilisant les estimateurs de Hausman et Taylor (statique) et d’Arellano, Bond et Bover (dynamique), afin de calculer les potentiels de commerce. Les principaux résultats indiquent que la plupart des nouveaux voisins bénéficient d’un potentiel d’échange important avec l’ue. Cependant, ce potentiel est limité pour les pays qui ont déjà libéralisé leurs échanges avec l’ue, en particulier Israël, les pays candidats à l’adhésion (Bulgarie, Roumanie, Turquie) ainsi que les pays du Maghreb. Enfin, il apparaît que le potentiel d’échange avec l’ue ne diffère pas sensiblement selon que l’ue octroie ou non à ces pays l’acquis communautaire.
Abstract
This article is devoted to the assessment of the new eu neighbourhood policy, relying on the calculation of trade potentials. It is based on the new theoretical developments of gravity models, concerning in particular trade costs. The model is subsequently estimated by using two estimators : Hausman and Taylor (static) and Arellano, Bond and Bover (dynamic). This allows the calculation of trade potentials. The main result indicates that most of the new neighbours enjoy a significant trade potential with the eu. However, this potential is limited for some countries which have already liberalized their trade with the eu. These are mainly Israel as well as candidate countries (Bulgaria, Romania and Turkey), in addition to Maghreb countries. Another result shows that the trade potential does not differ very much whether we assume or not the implementation of the “acquis communautaire” with the new neighbours.
Classification JEL : F14, F15, F17
PLAN DE L'ARTICLE
- Introduction
- Les nouveaux voisins : un aperçu de leurs échanges commerciaux
- Le modèle
- Estimation et résultats
- Une estimation des potentiels de commerce entre l’ue et ses nouveaux voisins
POUR CITER CET ARTICLE
Nicolas Péridy « La nouvelle politique de voisinage de l'Union européenne », Revue économique 4/2006 (Vol. 57), p. 727-746.
URL : www.cairn.info/revue-economique-2006-4-page-727.htm.
DOI : 10.3917/reco.574.0727.











