Revue économique 2007/4
Revue économique
2007/4 (Vol. 58)
178 pages
Editeur
Numéros antérieurs disponibles sur www.persee.fr

I.S.B.N. 9782724630749
DOI 10.3917/reco.584.0941
A propos de cette revue Site Web
Acheter en ligne

Ce numéro ou un abonnement.

Ajouter au panier Ajouter au panier - Revue économique
Revue économique 2007/4 (Vol. 58) 21.5 €

Versions papier et électronique : le numéro est expédié par poste.
Il est également accessible immédiatement en ligne.

Abonnement particuliers 2013 84 €

Tous les numéros en ligne sont immédiatement accessibles.

ATTENTION : cette offre d'abonnement est exclusivement réservée
aux particuliers. Pour un abonnement institutionnel, veuillez
vous adresser à l'éditeur de la revue ou à votre agence d'abonnements.

Cairn.info respecte votre vie privée
Alertes e-mail

Recevez des alertes automatiques relatives à cet article.

S'inscrire Alertes e-mail - Revue économique

Être averti par courriel à chaque nouvelle parution :
d'un numéro de cette revue
d'une publication de Frédéric Lobez
d'une publication de Jean-Christophe Statnik
d'une citation de cet article

Votre adresse e-mail

Gérer vos alertes sur Cairn.info

Cairn.info respecte votre vie privée
Articles courts
Article précédent Page 941-951

Vous consultezUne décision de crédit-bail peut aussi être un bon signal

AuteursFrédéric Lobez[*][*] Germe (ea 1056), esa de l’Université de Lille 2 et Groupe...
suite
du même auteur

Jean-Christophe Statnik[*][*] Germe (ea 1056), esa de l’Université de Lille 2 et Groupe...
suite
du même auteur


Introduction


L’analyse de la décision de crédit-bail est le plus souvent menée dans un contexte d’arbitrage entre ce mode de financement et l’emprunt bancaire, la décision d’investissement étant supposée prise. Dans ce cadre, les analyses menées soulignent les spécificités du crédit-bail : ce mode de financement est complet, ce qui n’est pas toujours le cas d’un financement par crédit bancaire ; la fiscalité[1][1] Lewellen et al. [1976] ; Barclay et Smith [1995] ;...
suite
du crédit-bail diffère de celle de l’emprunt, ce qui peut induire un gain fiscal lorsque la durée du contrat est inférieure à celle de l’amortissement de l’actif financé ou lorsque la firme n’est pas en mesure d’exploiter totalement les déductions fiscales autorisées[2][2] Dans ce cas, le crédit-bail autorise un transfert de ces...
suite
 ; le crédit-bail peut aussi se substituer au crédit bancaire lorsque la firme est rationnée en crédit[3][3] Stiglitz et Weiss [1981]. ...
suite
.

2 Si les éclairages précédents ont fait l’objet d’études nombreuses sur lesquelles un consensus[4][4] Pour une synthèse récente, voir Lobez et Vilanova [2006]. ...
suite
est désormais établi, peu[5][5] Voir à ce sujet de Bodt, Filareto, et Lobez [2001]. ...
suite
ont exploité une caractéristique juridique majeure du crédit-bail qui distingue ce mode de financement d’un financement classique par dette bancaire : il s’agit de la propriété juridique du bien loué qui revient au crédit-bailleur. Cette particularité est pourtant essentielle dans la mesure où elle interdit à la firme locataire de désinvestir à l’insu du créancier. Le crédit-bail limite donc l’aléa moral de substitution d’actifs.

3 Le risque moral de substitution d’actifs est en effet au cœur du présent article. Celui-ci tire son origine de la nature des fonds propres de l’entreprise. Ainsi que Black et Scholes [1973] l’ont remarqué, les fonds propres constituent une option d’achat sur les actifs de l’entreprise avec pour date et prix d’exercice la maturité de la dette et la valeur de remboursement de la dette. Il s’ensuit que la valeur de l’entreprise est une fonction croissante du risque de ses actifs. Les actionnaires d’une firme sont donc incités à augmenter le risque des actifs par des opérations successives de désinvestissement et de réinvestissement dans des actifs plus risqués. Ce risque est par ailleurs d’autant plus élevé que la firme court un risque réel de défaillance. Dans une telle situation, la substitution d’actifs s’apparente à un pari de la dernière chance ; soit le pari réussit et le bénéfice en revient aux actionnaires ayant mis en œuvre cette stratégie, soit il échoue et les actionnaires verront leur perte limitée à leurs apports. La propension à la substitution d’actifs est donc liée à la perception d’un risque réel de défaillance.

4 Le crédit-bail présente à cet égard des vertus particulières ; il interdit en effet la substitution d’actifs. Dans cet article, nous exploitons cette idée dans un cadre d’asymétrie d’information entre les dirigeants et le marché financier qui valorise l’entreprise. Nous montrons que la perte de flexibilité stratégique induite par une décision de crédit-bail est un signal crédible de la qualité de l’entreprise.

5 Cet article offre un éclairage nouveau sur le contenu de la décision de crédit-bail. Habituellement, le crédit-bail est perçu comme une solution de dernier recours pour des firmes rationnées en crédit. L’accent est alors mis sur la garantie implicite dans le contrat de crédit-bail. Ces études concluent que ce sont les firmes de moindre qualité qui recourent au crédit-bail. Dans notre cadre, nous ignorons le rôle de la garantie pour au contraire souligner le rôle essentiel joué par la dissociation entre propriété juridique et propriété économique. Nous concluons alors que des entreprises de bonne qualité peuvent choisir rationnellement de se signaler en recourant au crédit-bail. Ce résultat, associé aux résultats antérieurs que nous venons de rappeler, justifie une relation plus complexe et non univoque entre la qualité de l’entreprise et sa propension au financement par crédit-bail. En cela, il offre un support théorique aux observations empiriques de de Bodt et al. [2001] et Filareto [2001].

6 La suite de cet article est composée comme suit. La section 2 fixe le cadre général du modèle. La section 3 résout le problème en information parfaite. La section 4 met en évidence le contenu informatif positif de la décision de crédit-bail. La section 5 propose des simulations illustrant des résultats de statique comparative.

Cadre général, hypothèses et notations

7 Nous considérons des entreprises faisant face à un projet d’investissement risqué dont la taille est normée à 1. Le risque de chaque projet est représenté par la probabilité x de réussite. Dans un souci de simplification, nous confondons dans ce travail l’entreprise et la probabilité de réussite x de son projet. Les entreprises x sont distribuées dans l’intervalle [c, d] (avec 0 < c < d < 1) suivant une fonction de densité f et de répartition F.

8 Le financement d’un projet peut se faire de deux manières : l’emprunt classique bancaire et/ou le crédit-bail. Plus précisément, chaque entreprise peut choisir une combinaison quelconque de dette bancaire et de crédit-bail pour financer son projet, lequel est supposé parfaitement divisible[6][6] Cette hypothèse peut sembler surprenante. Le crédit-bail...
suite
.

9 Le modèle que nous développons ignore les attributs traditionnellement reconnus à la décision de crédit-bail. Ainsi, la fiscalité (Barclay et Smith [1995] ; Sharpe et Nguyen [1995] ; Graham et al. [1998]) est ignorée. Nous nous appuyons à cet égard sur les travaux empiriques de Finucane [1988] qui montrent que les facteurs fiscaux ne sont pas explicatifs de l’intensité du recours au crédit-bail. De la même manière, l’option d’achat finale caractéristique du contrat de crédit-bail et la question de la valeur résiduelle (Krishnan et Moyer [1994]) de l’investissement financé sont des paramètres que nous n’envisageons pas. L’option d’achat intervient en effet au terme du contrat ; elle est souvent proposée par le crédit-bailleur moyennant un prix d’exercice très faible qui rend cette levée d’option quasiment sûre dès le début du contrat ; dès lors, l’alternative crédit-bail/emprunt se pose essentiellement en des termes juridiques : choisit-on d’être propriétaire ou locataire ?

10 Pour répondre à cette question, nous centrons notre analyse sur une caractéristique essentielle du crédit-bail peu étudiée à ce jour, à savoir la perte de mobilité stratégique que ce financement implique en raison de la propriété juridique du bien qui revient au crédit-bailleur et qui interdit le désinvestissement. De fait, en limitant les possibilités de redéploiement stratégique d’une firme, le crédit-bail limite l’aléa moral de substitution d’actif. Cet aléa moral étant d’autant plus sévère que la firme est risquée, nous développons un modèle de signal par lequel le manager informé d’une firme utilise l’intensité du crédit-bail dans son passif exigible pour signaler la qualité de sa firme à un marché financier supposé en situation d’information imparfaite.

11 Dans ce cadre général, nous faisons les hypothèses suivantes.

• Attitude par rapport au risque

12 Tous les agents économiques sont neutres au risque. Le taux r vaut 1 plus le taux d’intérêt sans risque.

• Les firmes et leur projet d’investissement

13 L’économie étudiée comporte trois dates notées 0, 1 et 2.

14 En t=0, l’entreprise x investit 1 unité dans un projet d’investissement générant un flux de liquidité unique K deux périodes plus tard (en t=2) avec la probabilité x. Avec une probabilité (1 – x), le projet échoue. Ce projet d’investissement est financé pour une partie α des actifs par crédit-bail et pour le complément par de la dette bancaire.

15 Les firmes x sont distribuées continûment dans l’intervalle [c, d] ; les projets d’investissement sont supposés à valeur actuelle nette positive.

• Conditions d’information

16 Le manager connaît parfaitement le risque x du projet d’investissement qu’il conduit. De même, la banque et le crédit bailleur sont supposés être parfaitement informés du risque de chaque entreprise qui les sollicite. Ainsi, le taux et le loyer proposés par ces organismes financiers sont fonction de la qualité de l’entreprise emprunteuse. Mais, si la probabilité de défaut est une variable clef dans la détermination du taux débiteur, il n’existe pas de relation univoque entre les deux. En effet, le taux obtenu par l’emprunteur résulte aussi de la négociation entre les deux parties. Nous supposons que les conditions financières obtenues par les emprunteurs dépendent des deux variables que sont le risque de l’entreprise et le pouvoir de marché des créanciers de la firme[7][7] D’une manière générale, toutes les études empiriques...
suite
. Par conséquent, il est impossible à un élément extérieur à la relation prêteur-emprunteur de déduire le niveau de risque de ce dernier par la simple observation du taux proposé par le créancier : le taux d’intérêt R(x) facturé par la banque, de même que le loyer L(x) facturé[8][8] R(x) est égal à 1 + taux d’intérêt. De même, L(x)...
suite
par le crédit-bailleur sont ainsi non informatifs. Les pouvoirs de marché des créanciers seront représentés dans la suite par les paramètres n (pour la banque) et m (pour le crédit-bailleur).

17 Le marché financier ignore le niveau de risque de l’entreprise.

18 En t=0, le marché financier estime le niveau de risque de l’entreprise sur base d’un signal émis par le manager qui est la part des actifs du projet d’investissement financée par crédit-bail, soit x=x(α).

19 En t=1, le manager de la firme x reçoit un signal s(s ∈ {F, D}) parfaitement informatif quant à l’issue prévisible du projet. Un signal s=F signifie que le programme va réussir avec certitude. Un signal s=D signifie a contrario que le projet va échouer et ne générera aucun flux. En fonction de ce signal, le manager de la firme décide ou non de se désengager du projet d’investissement entrepris une période avant. En cas de désengagement (signal s=D), le crédit-bailleur garde la pleine propriété des actifs financés. Par contre, la part du projet financée par dette est intégralement réemployée par le manager à ses propres fins (aléa moral de substitution d’actifs). Ce réemploi des fonds libérés par le désinvestissement peut prendre toutes les formes qu’étudient Jensen et Meckling dans leur article fondateur de 1976 : consommations discrétionnaires, et plus généralement abus de frais généraux au profit du manager. Nous supposons à l’inverse qu’en cas de signal positif, le manager trouve intérêt à poursuivre le projet.

• Séquence des décisions

20 La séquence des décisions prises est ainsi résumée.



• Fonction d’utilité du manager

21 La fonction d’utilité du dirigeant d’une firme x intègre deux composantes. La première correspond à un intéressement à la valeur V(x) de la firme. La seconde provient de ce qu’il peut retirer en cas de désinvestissement en t=1. Ainsi, l’utilité du dirigeant d’une firme x finançant une part α(x) des actifs de son projet par crédit-bail s’écrit ainsi :

Dans l’équation (1), le paramètre a est le facteur d’intéressement du manager à la valeur V(x) de la firme ; le paramètre b est le poids qu’accorde le dirigeant de cette firme au gain qu’il peut retirer d’un désinvestissement en t=1. Ce dernier cas se produit avec une probabilité (1 – x). Ce gain est limité à la part du projet initial financée par dette, les actifs financés par crédit-bail revenant naturellement au crédit-bailleur. Cette fonction d’utilité capte l’idée selon laquelle le dirigeant est intéressé à la valorisation boursière de son entreprise. Elle intègre également le fait que le manager est susceptible d’avoir un comportement opportuniste en cas de signal défavorable en t=1.

Résolution du problème en information parfaite

22 Dans cette section, nous supposerons que l’information sur la qualité de l’entreprise est connue de tous les agents économiques : le manager, la banque, le crédit-bailleur et le marché financier.

23 En information parfaite, le marché financier valorise la firme de la manière suivante.

24

25 Sur le marché du crédit bancaire et sur celui du crédit-bail, la firme est exposée à un pouvoir de marché spécifique à chacun des marchés. En l’occurrence, les taux de chargement L(x) et R(x) obtenus par la firme x négociant respectivement un crédit-bail et un prêt bancaire sont donnés par les relations suivantes :

26

27

28 Les paramètres m et n sont supposés spécifiques à la relation de clientèle entre la firme et ses créanciers financiers.

29 En substituant les équations (2) à (4) dans l’équation (1), nous obtenons l’expression de la fonction d’utilité du dirigeant :

30

31 De cette relation, nous pouvons déduire qu’il sera optimal pour le manager de la firme x de financer exclusivement son projet d’investissement par de la dette bancaire si l’inégalité suivante est vérifiée.

32

33 Intéressons-nous à la signification de cette relation. Dans le cas où tous les agents sont parfaitement informés sur la qualité de l’entreprise, cette dernière n’aura pas recours au crédit-bail si les gains induits par ce mode de financement sont inférieurs aux pertes qu’il génère. Or, contrairement au prêt bancaire dont le seul coût réside dans le paiement des intérêts, le crédit-bail implique deux coûts. Le premier est d’ordre financier et correspond au loyer payé. Le second consiste en la perte de flexibilité stratégique qu’induit l’impossibilité de désinvestir. En effet, en recourant au crédit-bail, la firme ne peut plus unilatéralement désinvestir d’un actif qui ne lui appartient pas. Cette perte de flexibilité se traduit pour le manager dans le modèle par l’impossibilité de détourner en date t=1 la part des actifs initiaux financés en crédit-bail, et cela bien qu’un signal défavorable ait été reçu.

34 Dans la suite de l’article, nous supposerons que la condition (6) est vérifiée pour toute firme, de façon à focaliser notre attention sur le contenu informatif de la décision de crédit-bail. La section suivante traite de cette question.

L’effet signal d’une décision de crédit-bail

35 Désormais, nous considérons que la banque et le crédit-bailleur sont en information parfaite alors que le marché financier ne connaît pas la qualité des firmes qu’il doit évaluer. Le marché peut néanmoins observer la structure du financement externe des entreprises pour en inférer de l’information. La part α des actifs du programme d’investissement financée par crédit-bail est le signal utilisé par le manager pour informer le marché de la qualité de la firme qu’il dirige.

• Détermination de la contrainte de signal

36 Soit le manager d’une firme ayant une probabilité de succès y. Supposons que ce manager choisisse de faire passer sa firme pour une firme moins risquée présentant une probabilité de succès x. À cette fin, il opte pour le financement par crédit-bail d’une fraction α(x) du projet d’investissement. Son utilité est alors donnée par :

37

38 Dans l’équation (7), on notera que les taux L et R, bien que fonction du risque réel de la firme, sont non informatifs en raison du pouvoir de marché des créanciers. La firme est valorisée par le marché à  , ce qui contribue à une partie de l’utilité du manager (facteur de pondération a). L’autre partie (facteur de pondération b) de l’utilité du manager vient de la possibilité pour lui de détourner une part (1 – α(x)) de l’investissement de départ, ce qui survient néanmoins avec une probabilité (1 – y).

39 Pour le manager de cette firme, le meilleur niveau de risque à signaler est la probabilité de succès x qui vérifie :

40

41 Ceci conduit à la condition du premier ordre suivante :

42

43 Un équilibre de signal est obtenu quand la relation précédente est satisfaite au point x=y, ceci quel que soit y, donc pour un niveau de risque x quelconque. D’où nous déduisons la contrainte de signal :

44

45 Finalement, en remplaçant L(x) et R(x) par les expressions données par les relations (3) et (4), nous obtenons :

46

47 L’expression (11) permet alors d’établir la proposition suivante.

48 Proposition. Si les paramètres du modèle vérifient la relation (6), la part des actifs initiaux du projet d’investissement financée par crédit-bail est un signal crédible de la qualité de la firme. Dans ce cas, la part du passif exigible de la firme financée par crédit-bail est croissante avec sa qualité.

Preuve

49 Celle-ci est directe. Nous avons supposé précédemment que tous les projets d’investissement étaient rentables, il s’ensuit que le membre de gauche de l’égalité (11) est toujours positif. Le respect de la condition (6) suffit alors à démontrer la proposition.

50 L’interprétation de cette proposition est la suivante. Plus une firme est de qualité (x élevé), moins cette firme a de chance de recevoir un signal défavorable. La contribution à l’utilité du manager du désengagement de la firme de son projet en t=1 est alors plus faible. Le manager peut donc naturellement recourir davantage au crédit-bail. À l’inverse, une firme plus risquée a de fortes chances d’être confrontée à l’opportunité de désinvestir en t=1. Elle n’a donc pas intérêt à financer son projet par une part élevée de crédit-bail en t=0. L’équilibre de signal obtenu est séparant dans la mesure où le coût marginal du signal est plus faible pour une firme de qualité qu’il ne l’est pour une firme plus risquée. À recette marginale fixée, l’égalité « recette marginale=coût marginal » caractéristique de l’optimum est atteinte par les firmes de bonne qualité pour une intensité de signal plus élevée que pour les firmes plus fragiles. C’est la vérification de la condition de Spence [1973].

Simulation et statique comparative

51 Il n’est malheureusement pas possible de trouver des solutions analytiques à l’équation différentielle (11). Par contre, il est toujours possible d’en calculer des solutions numériques. Ainsi, nous avons résolu numériquement cette équation en utilisant la méthode de Runge et Kutta à l’ordre 4.

52 Les données utilisées pour la résolution sont les suivantes :

  • les firmes x sont distribuées dans l’intervalle [0,88 ; 0,98] ;
  • les facteurs de pondération de l’utilité du manager sont a=1 et b=2 ;
  • les pouvoirs de marché du crédit-bailleur et de la banque sont respectivement m=0,1 et n=0,05 ;
  • le rendement du projet d’investissement est K=3 ;
  • le taux sans risque est de 3 %.

En utilisant un pas de 0,01, nous obtenons les résultats suivants qui illustrent la proposition précédente.



• Influence du pouvoir de marché du crédit-bailleur

53 Les pouvoirs de marché du crédit bailleur et de la banque sont des paramètres importants de l’équation différentielle (11). Pour analyser leur influence sur la part des actifs financée en crédit-bail, nous gardons les données précédentes excepté pour le pouvoir de marché n de la banque que nous faisons varier de 0 à 0,125 avec un pas de 0,025. Les résultats que nous obtenons sont représentés dans le tableau 1 en annexe.

54 Nous constatons que, pour une firme donnée, plus le pouvoir de marché de la banque est fort (pour un pouvoir de marché donné du crédit bailleur), plus la part financée par crédit-bail est faible. Un tel résultat n’est pas surprenant. En effet, le pouvoir de séparation inhérent au crédit-bail, reposant sur la perte de flexibilité, est renforcé naturellement par le différentiel de coûts entre les deux modes de financement : il s’ensuit que plus le pouvoir de marché du crédit-bailleur augmente relativement à celui de la banque, moins l’intensité du signal sera forte pour transmettre la même information. On peut ainsi comparer dans le tableau 1 deux situations. Dans l’une, le différentiel de pouvoir de marché est de 0,1 (cas où m=0,1 et n=0) ; dans l’autre, le différentiel est négatif (cas où m=0,1 et n=0,125). Dans le second cas, la firme de qualité x=0,93, pour signaler sa qualité au marché, utilise 54,3 % de crédit-bail contre 32,1 % dans le premier.

• Influence du rendement brut du projet

55 Le rendement brut K du projet représente aussi un paramètre important de l’équation différentielle (11). Afin de saisir son influence sur la part du projet financée en crédit-bail, nous simulons les résultats en gardant les données du modèle de base excepté pour la variable K que nous faisons varier entre 1,5 et 3,5. Les résultats obtenus sont représentés dans le tableau 2 en annexe. L’examen des résultats obtenus montre que la part des actifs financés par crédit-bail est une fonction croissante du rendement brut du projet. Un tel résultat est cohérent avec la structure de la fonction d’utilité du manager. Celle-ci est constituée de deux composantes : l’une est liée à la valorisation de la firme faite par le marché ; l’autre intègre la contribution du produit du désinvestissement en date t=1. Lorsque K augmente, la valeur de la firme est plus élevée de même que sa contribution relative à l’utilité du manager. La perte de flexibilité liée au crédit-bail est alors moins coûteuse, ce qui impose corrélativement une intensité du signal plus élevée pour transmettre la même information. Ainsi, dans le tableau 2, nous remarquons que la firme de qualité x=0,93 négociera une part faible de crédit-bail (6,5 %) si le rendement brut du projet est de 1,5 alors que dans le cas où ce dernier est de 3,5 elle optera pour un financement à 48,5 % en crédit-bail.

• Influence des caractéristiques de la fonction d’utilité du manager

56 Enfin, la structure de la fonction d’utilité du dirigeant est aussi un paramètre important dans l’équation différentielle (11). Toujours en gardant le jeu de données de l’exemple de base, nous allons cette fois analyser l’influence d’un changement dans la structure de la fonction d’utilité du dirigeant en faisant varier la valeur du coefficient a tout en gardant fixe celle du coefficient b. Les résultats obtenus sont représentés dans le tableau 3. On constate que plus le poids de la contribution de la valeur de la firme est important, plus le pouvoir séparateur du crédit-bail est faible. Ainsi, prenons l’exemple de l’entreprise de qualité x=0,93 ; cette entreprise utilisera presque 3,5 fois plus de crédit-bail pour se signaler auprès du marché si le poids de la contribution de la valeur de la firme dans sa fonction d’utilité est de 2,5 au lieu de 0,5 (71,6 % contre 21,4 %). L’explication repose, comme dans le point précédent, sur l’intérêt que représente en date t=0 le désinvestissement potentiel en date t=1. Quand cet intérêt diminue, la perte de flexibilité stratégique liée au crédit-bail est relativement moins coûteuse, ce qui impose à la firme qui souhaite se signaler de recourir à un financement plus important par crédit-bail pour émettre un signal fiable.

Conclusion

57 Cet article met en évidence le contenu informatif positif de la décision de crédit-bail. Cette décision constitue un signal de qualité dans la mesure où elle limite la propension au risque moral de substitution d’actifs qui caractérise les entreprises les plus risquées. Ce résultat mériterait au-delà d’être intégré dans un modèle plus large prenant en compte le rationnement des firmes en crédit bancaire de façon à développer une théorie intégrée de la décision crédit-bail/emprunt captant le fait que le crédit-bail peut être parfois une décision de dernier recours pour les firmes rationnées en crédit, mais aussi parfois un signal de qualité émis par des firmes peu risquées. C’est là une voie de recherche prometteuse.

Annexe

ANNEXE

Tableau 1 - Évolution de la part financée par crédit-bail suivant différentes valeurs du pouvoir de monopole de la banque, le pouvoir de monopole du crédit-bail valant 0,1


Tableau 2 - Évolution de la part financée par crédit-bail suivant différentes valeurs de K


Tableau 3 - Évolution de la part financée par crédit-bail suivant différentes structures de la fonction d’utilité du dirigeant (le paramètre a varie et le paramètre b est fixé à 2)


Bibliographie

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

Barclay M., Smith C. [1995], « The priority structure of corporate liabilities », Journal of Finance, 50, p. 899-917.

Black F., Scholes M. [1973], « The Pricing of Options and Other Corporate Liabilities », Journal of Political Economy, 31, p. 351-367.

De Bodt E., Lobez F., Filareto M.-C. [2001], « Décision de crédit-bail, dette bancaire et risque moral », Banque et Marchés, 54, p. 5-18.

Cole R. [1998], « The importance of relationships to the availability of credit », Journal of Banking and Finance, 22, p. 959-977.

Elsas R., Krahnen J.P. [1998], « Is relationship special? Evidence from credit file data in Germany », Journal of Banking and Finance, 22, p. 1283-1316.

Filareto M.-C. [2001], « Décision de crédit-bail et risque moral », thèse de doctorat en sciences de gestion, Université de Lille 2.

Finucane T. [1988], « Some empirical evidence on the use of financial leases », Journal of Financial Research, 11, p. 321-333.

Graham J., Lemmon M., Schallheim J. [1998], « Debt, leases, taxes and the endogeneity of corporate tax status », Journal of Finance, 53, p. 131-162.

Harhoff D., Körting T. [1998], « Lending relationships in Germany: empirical evidence from survey data », Journal of Banking and Finance, 22, p. 1317-1354.

Jensen M., Meckling [1976], « Theory of the firm: managerial behavior, agency costs and ownership structure », Journal of Financial Economics, 3, p. 305-360.

Krishnan V., Moyer R. [1994], « Bankruptcy costs and the financial leasing decision », Financial Management, 23, p. 31-42.

Lewellen W., Long M. et Mc Connell J. [1976], « Asset leasing in competitive capital markets », Journal of Finance, 31, p. 787-798.

Lobez F. et Vilanova L. [2006], « Microéconomie bancaire », puf, 336 p.

Petersen M., Rajan R. [1994], « The benefits of lending relationships: evidence from small business data », Journal of Finance, 49, p. 3-37.

Sharpe S. [1990], « Asymetric information, bank lending and implicit contracts: a stylized model of customer relationships », Journal of Finance, 55, p. 1069-1087.

Sharpe S., Nguyen H. [1995], « Capital markets imperfections and the incentive to lease », Journal of Financial Economics, 39, p. 271-294.

Spence M. [1973], « Job market signalling », Quarterly Journal of Economics, 87, p. 355-374.

Stiglitz J. et Weiss A. [1981], « Credit rationing in markets with imperfect information », American Economic Review, 71, p. 393-410.

 

Notes

[ * ] Germe (ea 1056), esa de l’Université de Lille 2 et Groupe esc Lille. Retour

[1] Lewellen et al. [1976] ; Barclay et Smith [1995] ; Sharpe et Nguyen [1995]. Retour

[2] Dans ce cas, le crédit-bail autorise un transfert de ces déductions fiscales au crédit-bailleur, lequel les rétrocède partiellement à l’entreprise via des loyers plus faibles. Retour

[3] Stiglitz et Weiss [1981]. Retour

[4] Pour une synthèse récente, voir Lobez et Vilanova [2006]. Retour

[5] Voir à ce sujet de Bodt, Filareto, et Lobez [2001]. Retour

[6] Cette hypothèse peut sembler surprenante. Le crédit-bail est par nature un financement complet et non divisible. C’est là un avantage traditionnellement reconnu à ce mode de financement. La situation que décrit le modèle correspond bien à celle d’une grande firme, disposant d’un programme d’investissement reposant sur de nombreux actifs immobilisés. Ainsi, chacun des actifs constituant l’ensemble peut être financé par dette ou crédit-bail, de telle sorte que finalement la part du passif exigible financée par crédit-bail puisse être assimilée à une variable continue dans l’intervalle [0, 1]. Retour

[7] D’une manière générale, toutes les études empiriques récentes consacrées à l’effet des relations de clientèle sur les caractéristiques des contrats de crédit concluent que les taux d’intérêt sont peu variables et peu représentatifs des niveaux de risque des débiteurs. Il semble par contre que les variables de décision des banques soient plus la disponibilité du crédit, de même que le niveau des garanties. On consultera notamment Petersen et Rajan [1994], Cole [1998], Elsas et Krahnen [1998], Harhöff et Körting [1998]. En particulier, une bonne raison de penser que les taux d’intérêt sont non informatifs tient au monopole informationnel des banques dont les fondements théoriques ont été établis par Sharpe [1990] et dont les effets empiriques sont régulièrement suspectés (voir les mêmes articles). Dans notre étude, nous ne modélisons pas le pouvoir de monopole des banques ; les taux restent néanmoins non informatifs dans la mesure où ils sont fonction d’un paramètre exogène à la firme et inconnu du marché. Retour

[8] R(x) est égal à 1 + taux d’intérêt. De même, L(x) est le loyer facturé par unité monétaire financée.Retour

Résumé

Dans un cadre d’asymétrie d’information, nous nous intéressons au contenu informatif d’une décision de financement par crédit-bail. Les entreprises les plus risquées étant les plus enclines à accroître leur risque économique, nous montrons la rationalité d’un équilibre de signal par lequel les entreprises de meilleure qualité limitent volontairement leurs possibilités de substituer des actifs les uns aux autres en privilégiant le financement par crédit-bail à un financement par dette bancaire. Nous concluons que les firmes de bonne qualité peuvent se signaler en recourant davantage au crédit-bail.



Abstract
Within a framework of information asymmetry, we study the informative content of a lease financing decision. The riskiest firms being most disposed to increase their economic risk, we show the rationality of a signalling equilibrium in which the firms of better quality voluntarily restrict their possibilities of substituting assets by privileging financing by leasing in relation to that by bank debt. We conclude that firms of good quality can signal themselves while using more leasing.

PLAN DE L'ARTICLE

Article précédent Page 941-951

POUR CITER CET ARTICLE

Frédéric Lobez et Jean-Christophe Statnik « Une décision de crédit-bail peut aussi être un bon signal », Revue économique 4/2007 (Vol. 58), p. 941-951.
URL :
www.cairn.info/revue-economique-2007-4-page-941.htm.
DOI : 10.3917/reco.584.0941.