2001
Éducation et Sociétés
Comptes rendus
Lectures
DOMINIQUE GLASMAN, 2001
L’accompagnement scolaire. Sociologie d’une marge de l’école
Paris, PUF, 312p.
L’accompagnement scolaire est un thème
bien connu de Dominique Glasman, qui
offre ici une synthèse de travaux antérieurs
sur la question, synthèse qui loin de se limiter à la recension s’accompagne d’une réactualisation de certaines données, d’une
relecture critique, voire même d’investigations nouvelles. L’accompagnement scolaire
(entendu ici comme périphérique à l’école
et fonctionnant sur un mode non marchand) a quitté le domaine privé de l’entraide (famille, voisins, proches) pour devenir un problème social et public au début
des années 1980. Ce phénomène, qui a pris
de l’ampleur depuis une quinzaine d’années
(il concerne actuellement plus de 100000
élèves, en majorité de milieux défavorisés),
est ici analysé en lien avec les transformations politiques globales et locales de la
société et de l’école.
L’ACCOMPAGNEMENT SCOLAIRE COMME RÉVÉLATEUR DES ENJEUX
SCOLAIRES ET DES RAPPORTS ENTRE
L’ÉCOLE ET LA SOCIÉTÉ
Dans les années 1960-1970, l’importance de l’enjeu scolaire s’est accrue considérablement, à la suite des changements de
l’institution scolaire et de l’évolution du
marché de l’emploi. Le mode scolaire de
socialisation, d’apprentissage et de certification s’est imposé de manière hégémonique à partir des années 1980-1990.
L’échec scolaire est apparu comme socialement pénalisant et la lutte contre les inégalités sociales devant la réussite scolaire est
devenue l’une des priorités de l’action
publique en direction des enfants et des
adolescents. Cette action publique s’est
progressivement territorialisée et de nouvelles politiques locales ont inauguré une
façon moins globalisée de considérer le
problème de l’échec scolaire. Par ailleurs, la
conviction a émergé selon laquelle des
solutions peuvent être envisagées à l’extérieur même de l’institution scolaire. Les
hommes politiques qui arrivent au pouvoir
au début des années 1980 ont certes procédé à des aménagements internes au scolaire (comme les ZEP) mais ils n’ont pas
exclu le recours à un contournement du
scolaire. Un espace potentiel d’intervention
s’est alors ouvert pour des acteurs locaux
non scolaires.
Les grandes fédérations d’éducation
populaire qui intervenaient dans les cours
pour adultes et les loisirs organisés des
jeunes et des enfants n’ont pas saisi cette
occasion. Au début des années 1980, alors
que l’accompagnement scolaire était en
phase d’extension, les clivages idéologiques
et politiques des différentes mouvances
(laïque, catholique, socialiste ou communiste) se sont atténués, ce qui a conduit globalement l’éducation populaire à une position plus neutre, à une réorientation des
actions en direction des prestations de service et finalement à un intérêt moindre
pour la question de l’instruction et de la
scolarité qui pourtant était à l’origine de
son expansion. Si l’accompagnement scolaire peut être considéré comme une
“forme nouvelle d’éducation populaire”,
notons que les objectifs ne sont plus de
permettre l’intégration des ouvriers dans la
société mais d’éviter l’exclusion due à l’inégalité face aux structures scolaires. Le
champ de l’accompagnement scolaire a été
investi par les bénévoles du secteur associatif ainsi que par les travailleurs sociaux,
qui se sentaient les uns et les autres
concernés par cette question sociale devenue aussi cruciale, mais qui ont trouvé également une nouvelle légitimité à leurs
actions et le moyen de toucher un plus
large public.
DES CARACTÉRISTIQUES HÉTÉROGÈNES
Si l’accord est large sur la nécessité d’intervenir pour lutter contre les inégalités
sociales face à l’école, un premier aperçu
des dispositifs d’accompagnement scolaire
laisse par contre une impression d’hétérogénéité. D’abord, il faut souligner la diversité des appellations :animations éducatives
périscolaires (AEPS), réseaux solidarité
école (RSE), aide aux devoirs, soutien scolaire, accompagnement scolaire. Cette
diversité tient aux choix locaux de désignation des dispositifs, mais aussi aux termes
génériques utilisés dans la littérature officielle. Ensuite, les motivations à l’origine des
activités d’accompagnement scolaire peuvent se classer selon trois types-idéaux :
action caritative; mobilisation globale du
quartier; perspective professionnelle et dispositif institutionnel destiné aux élèves de
milieu défavorisé. Par ailleurs, les “accompagnateurs”, majoritairement de sexe féminin,
sont de profils différents : travailleurs
sociaux, militants associatifs, habitants du
quartier, étudiants des universités et
grandes écoles, retraités, femmes sans activité professionnelle, plus rarement enseignants et professionnels de la santé. La plupart d’entre eux ont bénéficié d’une
instruction secondaire et n’ont pas d’autre
activité professionnelle. Leurs biographies
respectives les conduisent à se positionner
diversement à l’égard de la question de la
professionnalisation des “accompagnateurs”et à s’investir dans une relation plus
ou moins proche du milieu social et culturel
des familles populaires (conduisant à un
regard critique qui prenne davantage la
défense des parents ou à l’inverse celle de
l’école). Enfin, les conceptions mêmes des
dispositifs sont variées, tant sur la forme
(collective, individuelle, mixte entre les
deux) que sur les modalités de l’aide :
appropriation directe de ce qui a été fait en
classe et familiarisation avec les acquis de la
journée; aide aux devoirs; ouverture culturelle; activités “ludiques”; socialisation; animation sportive. Ces différences de fonctionnement s’expliquent par l’âge des
enfants, les objectifs des dispositifs mais
également par la négociation avec les
parents et les élèves qui peut aboutir à une
réorientation des activités initialement prévues. Ainsi, certaines associations qui insistent sur leur rôle éducatif et mettent l’aide
scolaire au second plan se heurtent aux
demandes essentiellement scolaires des
familles de milieux populaires.
UN SEUL OBJET SOCIOLOGIQUE
Derrière l’hétérogénéité des dispositifs,
des acteurs, des pratiques, se dessine un
ensemble de traits communs qui autorise à
construire un seul objet sociologique. Pour
commencer, les interventions de l’accompagnement scolaire ne sont pas de même
nature qu’à l’école puisqu’à côté de l’aide à
la réalisation des devoirs et à l’apprentissage des leçons (qui répondent aux
demandes explicitement scolaires), se
trouve le souci de fournir des prérequis
culturels et comportementaux estimés
indispensables à la scolarité. Les “accompagnateurs”insistent beaucoup sur le relationnel, la prise en charge de l’enfant dans
son individualité et dans son intégralité (le
travail d’écoute voudrait dépasser le strict
domaine des apprentissages scolaires). Des
principes de justice différents s’opposent
entre l’école (qui insiste sur le principe
civique) et l’accompagnement scolaire (où
prévaut le principe domestique), expliquant
pour une part les conflits entre l’école et
les associations, bien que les rapports se
soient pacifiés depuis 1990.
Par ailleurs, l’accompagnement scolaire
se caractérise par une position de l’entre-deux. D’abord, il peut représenter un
espace intermédiaire entre la famille et la
vie adulte, remplaçant l’école qui anciennement jouait ce rôle puisque le jeune pouvait
y mener des expériences, se tromper sans
risque grave pour son avenir social et professionnel. L’accompagnement scolaire peut
également devenir un espace de médiation
entre l’école et les familles, à condition que
les dispositifs ne perdent pas leur spécificité en collaborant trop étroitement avec
l’école par l’adoption de modalités de travail excessivement proches de la forme
scolaire et par la réitération des représentations négatives à l’égard des familles
populaires (présupposés concernant la
démission parentale, les carences affectives
des enfants… ). L’accompagnement scolaire
peut enfin être un espace de pacification
par rapport aux pressions familiales liées à
l’importance des enjeux scolaires. Il s’agit là
d’une dimension commune avec les cours
particuliers qui se distinguent cependant de
l’accompagnement scolaire si l’on considère d’autres caractéristiques :ils sont marchands; ils sont plus développés dans les
milieux favorisés ou fortement dotés en
capital scolaire (pour des raisons financières, mais aussi de stratégies parentales);
ils cherchent une efficacité scolaire immédiate sans objectifs d’ouverture culturelle
ni de socialisation.
VERS L’INSTITUTIONNALISATION ?
Certains indices laissent à penser que
l’accompagnement scolaire est en voie
d’institutionnalisation : son installation
durable à la périphérie de l’école avec
laquelle il entretient des liens plus affermis
et plus pacifiés, la mise en place de formations, les financements publics, le cadrage
par des textes officiels. Mais d’autres
indices viennent nuancer cette interprétation :le financement n’est pas acquis d’une
année sur l’autre et on ne trouve pas de
corps de doctrine ni de corps professionnel
fermement constitués. L’auteur s’interroge
sur les conséquences d’une institutionnalisation de l’accompagnement scolaire. Le
risque serait en effet de pérenniser des dispositifs instaurés au départ pour pallier
temporairement aux difficultés de l’école à
garantir une égalité des chances en particulier vis-à-vis des familles populaires, qui risqueraient de la sorte d’être stigmatisées.
L’auteur met ainsi en garde contre la contribution à la transformation de problèmes
politiques et sociaux en problèmes scolaires, lesquels risqueraient ensuite d’être
transformés en problèmes familiaux et psychologiques. Enfin, l’éventualité de l’institutionnalisation demande à être étudiée relativement à l’efficacité réelle des dispositifs
d’accompagnement scolaire, qui semble
plus importante pour les élèves les moins
nécessiteux et pour les filles. Cependant,
cette question de l’efficacité reste difficile
puisqu’il conviendrait de savoir si seuls les
résultats scolaires comptent ou s’il faut
mesurer aussi les avancées propres aux dispositions du métier d’élève qui peuvent
avoir un retentissement positif sur de
futures acquisitions mais qui ne sont pas la
garantie absolue d’un investissement réel
de l’élève dans ses apprentissages. Par
ailleurs, il est délicat dans ces évaluations de
distinguer les facteurs explicatifs et d’isoler
ce qui relève de l’accompagnement scolaire
par rapport à d’autres influences (école,
famille, quartier).
Cet ouvrage ambitionnant la synthèse
de plusieurs recherches antérieures souffre
parfois de quelques répétitions et d’un
manque d’enchaînement entre les chapitres. En revanche, il présente l’avantage de
faire un point précis réactualisé sur un secteur de recherche largement exploré par
son auteur. Celui-ci saisit l’occasion pour se
positionner clairement, en explicitant
l’usage prudent qu’il fait de certains
termes : “accompagnement scolaire”,
“accompagnateur scolaire”, “champ”,
“médiation”,“dispositif”ou bien les raisons
pour lesquelles il refuse d’utiliser certaines
expressions (comme c’est le cas pour
“élève en difficulté(s)”). Ces précisions sont
appréciables pour mieux saisir la manière
dont l’auteur problématise la question de
l’accompagnement scolaire en interrogeant
les enjeux de pouvoir présents sur le terrain, mais elle ouvre également à une
réflexion sur la manière dont les sciences
contribuent à la labellisation de certains
mots dans le langage courant. Plus largement, cet ouvrage invite à s’interroger sur
les risques de détournement encourus par
les interprétations sociologiques ainsi que
sur la tâche du sociologue qui relève selon
l’auteur de l’analyse objective des réalités
sociales et non pas de la prescription, pourtant souvent sollicitée par les acteurs de
terrain qui attendent des réponses normatives. Enfin, le lecteur pourra apprécier les
précisions, assorties là encore d’un retour
critique tenant compte des limites et des
difficultés, concernant les terrains d’enquête choisis et les méthodologies adoptées (entretiens, observations, analyse de
documents).
Rachel GASPARINI
IUFM de Bourgogne
Groupe de Recherche sur la Socialisation
(Université Lyon 2)
ANDRÉ D. ROBERT, HERVÉ TERRAL, 2000
Les IUFM et la formation des enseignants aujourd’hui
Préface de Philippe Meirieu
Paris, PUF, coll.Éducation et Formation,
Formation permanente et formation des adultes, 161 p.
André D. Robert et Hervé Terral se donnent pour but de tracer le cheminement
d’une institution française depuis sa création en 1990, l’IUFM (Institut Universitaire
de Formation des Maîtres), pour en établir
“sur un mode apaisé, un bilan historique,
sociologique et pédagogique” (p10). Il
s’agissait de remplacer les anciennes structures de formation des enseignants que
furent les Écoles normales pour le premier
degré, les CPR (les Centres Pédagogiques
Régionaux) pour le second degré et les
ENNA (Écoles Normale Nationale d’Apprentissage) pour l’enseignement professionnel, par cette unique institution qui
réunirait sur un même lieu, dans une perspective semblable de professionnalité et
pour un même statut, tous les futurs enseignants des écoles, collèges et lycées. Ce
transfert (r)anima alors les débats politique
et pédagogique autour des idéaux scolaires,
de la définition du rôle de l’enseignant, des
moyens de son efficacité et des spécificités
propres à chaque ordre d’enseignement. Et
les auteurs rappellent que ce projet institutionnel fut d’abord décrié.
La première partie s’intéresse à la création des IUFM dans une double perspective. Il s’agit d’abord de mettre en évidence
les exigences auxquelles se trouvait
confronté un gouvernement de gauche de
retour au pouvoir :un problème quantitatif
(le besoin d’enseignants), des choix qualitatifs (le niveau de qualification, la professionnalisation et le statut) et des questions tactiques (les “résistances élitistes”). Puis il
s’agit de repérer la genèse de ce qui apparaît aux auteurs comme le point d’ancrage
idéologique des IUFM, l’idée de l’École
unique et d’un corps unique d’enseignants,
dont ils identifient les moments forts : le
syndicalisme pionnier ( 1904), les Compagnons de l’Université nouvelle ( 1918), la
réforme de Jean Zay ( 1936-1937), le Plan
Langevin-Wallon ( 1947), le colloque
d’Amiens ( 1968) et le Rapport de Peretti
sur la formation des enseignants ( 1982).
Cette première partie, justement intitulée “du mythe à la réalité”, est construite
par la présentation juxtaposée des contraintes politiques et des sources idéologiques. On comprend alors que le projet
des auteurs est de mesurer les faits de la
construction institutionnelle des IUFM à
l’aune des idéaux de l’École unique, pour
repérer les conflits, les renoncements, les
compromis, les transformations, les évolutions à partir d’un moment désigné comme
étant susceptible d’être appelé “l’an I d’un
nouveau mode de formation des maîtres”(p10) pour s’achever aujourd’hui sur
ce qui est nommé “réforme de la formation
des maîtres”(p150). Les auteurs sont des
chercheurs en sciences de l’éducation : l’un,
A.D.Robert, est spécialiste du syndicalisme
enseignant analysé sous l’angle de l’évolution de son idéologie et de la question de
l’articulation de la pédagogie et de la transformation sociale (Robert 1999); les travaux du second, Hervé Terral portent sur la
construction de la professionnalité enseignante (Terral 1997). Mais ils sont aussi
impliqués dans cette institution naissante
comme acteur et/ou militant. Leur texte est
un mélange de la position distanciée du
chercheur qui s’appuie sur des faits, des
référents théoriques, et de l’expérience de
l’acteur qui après l’enthousiasme des
débuts, semble se résigner au principe de
réalité (de la révolution à la réforme !).
La deuxième partie est l’occasion de
mettre en évidence les contraintes posées
à ceux qui veulent réformer la formation
des enseignants à ce moment-là :la division
traditionnelle des corps enseignants en
France entre “l’univers primaire”et la “distinction secondaire”, l’existence des lieux
de formation séparés et l’utilisation de ces
structures, la gestion des personnels des
anciennes structures, le calcul des coûts de
formation, le souci d’universitariser la formation liée à la nécessité d’une avancée
vers plus d’unité dans la formation des
enseignants de l’Europe en train de se faire,
et à la réflexion issue de la recherche, en
particulier des travaux anglo-saxons et québécois. Les auteurs examinent ensuite comment, à partir de ces contraintes, cette nouvelle formation des maîtres se construit
dans une logique de système. Les contenus
des différents textes sur l’éducation et la
formation entre 1989 et 1991 se combinent pour constituer “un ensemble doctrinal composite”qui se situe à la fois dans la
rupture par le souci de la professionnalisation et dans la continuité des distinctions
spécifiques entre premier et second
degrés. Les auteurs s’attachent alors à repérer comment cet objet composite sera
investi par les différents acteurs sur un élément de la formation qui est particulièrement “sensible”comme révélateur de la
nouvelle professionnalité, la formation
générale. Cet objet est approché en suivant
son histoire, de sa conception à sa définition dans les premiers plans de formation.
Ils montrent son évolution au fur et à
mesure que les différents acteurs s’en
emparent ou s’en désemparent à travers
des rapports plus ou moins conflictuels liés
aux relations individuelles et institutionnelles, aux positions catégorielles et aux
enjeux théoriques et idéologiques; ce qui
conduit à repérer des comportements
d’adhésion, de conquête de légitimité, d’évitement, de conservation ou bien d’opposition.
On peut regretter l’utilisation un peu
floue de la notion de formation générale
par les auteurs : elle est présentée parfois
comme étant d’emblée commune (“formation commune”p74), ou simplement générale (“formation générale”p75), ou bien
générale commune (“formation générale
commune”p75), ou parfois générale et
commune. En effet les textes définissant la
formation en IUFM distinguent la formation
générale et la formation commune comme
le tout et la partie. On peut reconnaître
avec les auteurs qu’il y a eu souvent amalgame entre l’une et l’autre dans les débats.
Mais il convient de souligner que les enjeux
ne sont pas de même ordre. Mettre un
contenu sous la demande de “formation
générale”pose le problème de l’identification des exigences d’une nouvelle professionnalité définie dans le cadre de la loi de
juillet 1989 face à des populations nouvelles
d’élèves. Travailler la formation commune
renvoie explicitement à l’idée qu’il y a
quelque chose de commun aux différents
ordres d’enseignement, voire implicitement
qu’il pourrait y avoir un corps unique d’enseignants. On peut rappeler que la définition de la formation générale et donc de la
professionnalité se joue sur la question des
rapports entre théorie et pratique — on
pourrait ajouter entre le local et le national— alors que celle de la formation commune se joue sur la question des rapports
entre savoir et pédagogie.
Les auteurs d’ailleurs rappellent eux-mêmes le peu de débat autour de la loi Jospin qui à leurs yeux pourtant opère une
véritable rupture épistémologique. Rupture
avec “la vision d’une école tout entière attachée à la seule diffusion réputée égalitaire
et standardisée de savoirs objectifs”pour y
substituer une école qui refuse “la fiction
juridique de l’égalité formelle au profit
d’une approche dynamique différenciatrice
partant de la diversité originaire des élèves
et exigeant de tous les maîtres la mise en
œuvre de compétences liées à ces missions
nouvelles”(p59-60). Dans le même temps,
la mise en place des IUFM a réactivé les
polémiques sur les dangers de la primarisation des professeurs du second degré par
l’entrée du pédagogisme dans leur formation (Boillot et LeDu 1993). J.-C.Forquin a
relevé le contexte polémique de la
réflexion sur la formation des enseignants :
les professeurs seraient réduits à être des
animateurs sociaux et la cause en serait la
réforme inspirée par la passion égalitaire
qui tend à niveler les différences et abolir
les manifestations d’excellence, à primariser l’enseignement secondaire et plonger la
France dans l’obscurantisme. C’est un courant d’opinion fort à l’époque. À mesure
que se diffuse un enseignement secondaire
de masse, il se développe une littérature de
déploration et de dénonciation, dont le
livre de Milner De l’école ( 1984) est une
forme achevée. Enfin le consensus de facto
que remarquent Robert et Terral sur certains contenus de formation (système éducatif, psychologie, métier d’enseignant, technologies nouvelles, etc.)montre bien que la
définition d’une nouvelle professionnalité
enseignante n’est pas vraiment l’objet des
clivages, parce que ce qui est en jeu, c’est la
question du rapport entre théorie et pratique dont aucun enseignant ne peut faire
l’économie, sinon à se nier comme enseignant.
La troisième partie concerne la période
qui va de 1991 à 1993 et s’intéresse à la
manière dont les IUFM ont été perçus dans
cette période difficile des commencements
qui implique des réajustements. D’abord
l’image de la décadence est dominante dans
les discours de certains groupes professionnels relayés en partie par les médias. Et
pour reprendre les enjeux de la formation
générale énoncés ci-dessus, ce qui est stigmatisé ici, c’est la pédagogie contre le
savoir. Les auteurs analysent ensuite les
réajustements des contenus de formation
et de leur validation, s’intéressant en particulier à ce qu’ils appellent “l’épreuve professionnelle”au concours de recrutement
et le mémoire professionnel élément de
validation du professeur stagiaire. Ici encore
on peut regretter l’absence de rigueur dans
l’analyse des textes. En effet si ceux-ci parlent à propos des épreuves des concours
de recrutement du second degré “d’analyse
d’une situation d’enseignement, ou de
documents de nature professionnelle”,
pour le premier degré, l’expression
d’épreuve professionnelle n’a jamais été utilisée. Il s’est toujours agi d’une épreuve
orale sur dossier, et jamais comme le disent
les auteurs d’un “oral professionnel”. Cette
remarque peut paraître mineure, mais l’analyse de contenu, un des moyens privilégiés
de traitement des données dans cette
étude, se doit d’être attentive aux termes
utilisés, référés à ceux qui les utilisent;
même si de fait on peut entendre désigner
l’épreuve sur dossier comme épreuve professionnelle. La question est alors de savoir
qui s’autorise de ce changement de vocabulaire et en quel sens. Par ailleurs, la présentation de la signification du mémoire
professionnel comme “exercice d’intériorisation des normes jusqu’alors réservé à
d’autres secteurs”(p97) pose problème.
Autant dans les parties précédentes on
peut identifier comment les auteurs s’appuient — même discrètement— sur des
modèles théoriques de la sociologie (Merton, Weber, Thévenot, Boltanski… ), ou bien
recherchent la mise en cohérence des éléments d’un discours, autant à partir de
cette troisième partie, apparaissent des
affirmations dont les implicites ne semblent
pas clairement identifiables. À défaut de
comprendre, on ressent un soupçon qui
s’apparenterait à la dénonciation d’un appareil idéologique d’État, toujours prêt à
embrigader le sujet pour mieux le dominer.
Qu’est-ce qui autorise à rapprocher le
mémoire professionnel de la leçonmodèle ?
Les deux chapitres terminant cette partie s’intéressent à la manière dont différentes instances se sont saisies ou ont été
saisies de la mission d’évaluer le fonctionnement des IUFM (Sénat, Académie des
sciences, Inspection générale, commission
universitaire). Les mises en évidence des
dysfonctionnements ont préparé la question de la pérennisation ou de la disparition
des IUFM en 1993, d’autant qu’il venait d’y
avoir alternance de gouvernement. Et finalement grâce à un certain “consensus critique”, les IUFM perdurent car ils ont su
accueillir plus d’étudiants et assurer un certain succès aux concours. Et les auteurs de
conclure cette partie sur la fin du temps
des “prophéties”et des “illusions”pour
entrer dans le temps ordinaire, celui de la
logique gestionnaire de l’efficacité.
La quatrième et dernière partie propose
une analyse des “données objectives”par
différence avec les parties précédentes qui
sont plus des analyses de discours. Elle s’appuie sur des données statistiques nationales, des enquêtes locales et nationales par
questionnaire sur les domaines de professionnalisation et la représentation du
métier peu après la prise de fonction. Elle
cherche aussi à faire ressortir les points de
réflexion actuellement en cours dans la
redéfinition des missions de l’IUFM, en particulier concernant l’intégration de la responsabilité de la maîtrise d’œuvre de la formation continue, la place et la nature de la
recherche; ceci pour ré-interroger la
conception de la professionnalité enseignante à partir du projet initial. Les auteurs
mettent en évidence que, somme toute, le
succès quantitatif des IUFM n’a pas changé
radicalement la conception de la professionnalité enseignante; celle-ci est seulement infléchie vers plus de prise en compte
de la diversité des terrains et des fonctionnements du groupe-classe, et est marquée
par le souci de rationalisation propre à l’ensemble du fonctionnement du système
éducatif. Ils associent aussi cette rationalisation à l’introduction de ce qu’ils appellent
une “culture de l’évaluation”. En effet les
IUFM comme les universités sont désormais soumis à la contractualisation, et par
conséquent au contrôle et à l’évaluation.
Enfin ils évoquent les perspectives actuelles
des nouvelles orientations pour les IUFM
préparées par le ministère de l’éducation
nationale concernant en particulier le
moment et l’organisation des concours, la
place des stages dans la formation et l’accompagnement de la prise de fonction.
La conclusion insiste sur quatre points.
D’abord l’effacement des spécificités
propres à la formation de chaque ordre
d’enseignement (primaire, secondaire et
professionnel), en partie par osmose entre
les formations, tout en soulignant l’affirmation des spécificités propres à chacun des
métiers de l’enseignement qui a été affichée
dans les textes sur les IUFM dès 1992. En
appui de ce qu’ils avaient dit précédemment
sur la mise en place d’une logique gestionnaire, les auteurs soulignent que si au
départ le projet des IUFM prenait sa place
dans une justification qui se traduisait par
un compromis civique-domestique, il s’articule plus aujourd’hui sur des alliances des
mondes de l’opinion, du marché et de l’efficacité. Ils remarquent ensuite que la crainte
de la primarisation rampante de la formation des enseignants du second degré n’a
jamais été avérée; en revanche, reprenant
des propos d’A. de Peretti, il conviendrait
d’être attentif au risque de secondarisation
du primaire. Enfin comme il se doit le livre
se termine sur une ouverture : une sorte
d’appel à une position raisonnable qui ferait
le juste rapport entre les échecs et les réussites grâce à la capacité d’analyse critique
des acteurs associée à leur expression
démocratique.
Le texte se termine assez curieusement
sur une citation de Célestin Freinet évoquant le danger des “positions intermédiaires”. Est-ce le militant qui dans les
années vingt rédigea ses premiers articles
dans l’École émancipée ? l’instituteur soucieux de travailler autant sur le front social
que sur le “Front de l’enfance”? le pédagogue dont les héritiers sont pour le moins
divers, voire opposés ? C’est peut-être celui
qui pensait que les pratiques pédagogiques
ne doivent pas attendre le changement
social pour se “moderniser”, mais qu’elles
doivent anticiper ce changement social.
Certes on ne peut pas accuser les
auteurs de sectarisme dans leur étude.
Cependant la question du principe d’unification des corps redéfini au début de la
quatrième partie par une plus grande universitarisation des maîtres du primaire et
une plus grande pédagogisation des maîtres
du secondaire, continue à poser la question
de la formation des enseignants de manière
ambiguë, car elle confond encore l’axe
Savoir versus Pédagogie, et l’axe des rapports entre Théorie et Pratique. Cette
ambiguïté tient au postulat idéologique de
départ qui était de référer la question des
IUFM à la seule question du “mythe de
l’école unique”, sans avoir totalement clarifié l’idée d’école unique aujourd’hui, le sens
de sa pertinence aujourd’hui dans les
débats sur l’école. Dans la conclusion, les
auteurs semblent dans une certaine mesure
se démarquer des discours militants qui
avaient pu laisser croire au début des IUFM
que l’enjeu en était la mise en place du
fameux “corps unique”. Mais ils n’ont pas
vraiment tenu le pari, non pas du fait d’une
prise de position excessive et sectaire par
rapport à l’objet de leur étude, les IUFM,
mais de manière plus ténue et non sans
effet sur l’étude elle-même, à cause de ce
biais de départ.
On peut enfin regretter que le livre ne
situe pas mieux son apport dans la
réflexion sur la formation des enseignants;
et en particulier est absente de leur développement la question éthique de la nouvelle professionnalité (Bourdoncle 1990) ou la question des modes de socialisation
professionnelle (Peyronie 1998), et la question de la place des IUFM dans cette socialisation.
Ce livre apporte incontestablement un
riche matériau d’analyse intéressant les
IUFM. On peut regretter parfois l’hétérogénéité des approches méthodologique et
théorique, qui par ailleurs peut être une
richesse, dans la mesure où la longueur de
l’ouvrage ne permet pas d’en expliciter
vraiment les fondements et la justesse. Les
ouvrages collectifs posent sans doute souvent ce problème, lorsqu’ils prennent le
parti de l’unité du texte organisée en parties et chapitres. Peut-être n’était-il pas
encore temps de rédiger un ouvrage qui se
veut un bilan, en ayant des sources aussi
diverses et inégalement travaillées ? Mais en
même temps l’effort pour dégager du sens
dans une histoire proche, est toujours
fécond.
Marie-Josèphe Giletti-Abou
IUFM des Antilles
Bibliographie
Boillot H.et Le Du M. 1993 La pédagogie du
vide. Critique du discours pédagogique
contemporain, Paris, PUF
Boltanski L.et Thévenot L. 1991 De la justification, Paris, Gallimard
Bourdoncle R. 1990 “De l’instituteur à l’expert”, Recherche et formation, n8
Forquin J.-C. 1992 “Savoirs et pédagogie :
faux dilemmes et vraies questions”,
Recherche et formation, n13
Milner J.-C. 1984 De l’école, Paris, Le Seuil
Peyronie H. 1998 Instituteurs : des maîtres
aux professeurs d’écoles. Formation, socialisation et “manière d’être au métier”, Paris,
PUF
Robert A. D. 1999 Actions et décisions dans
l’Éducation nationale, Un itinéraire de
recherche, Paris, L’Harmattan
Terral H. 1997 Profession : professeur, Paris,
PUF
LAURENT TRÉMEL, 2001
Jeux de rôles, jeux vidéo, multimédia. Les faiseurs de mondes
Paris, PUF, Coll. Sociologie d’aujourd’hui, 310p.
La rédaction du compte rendu du livre de
Laurent Trémel sur les jeux de rôles fait
soudainement prendre conscience qu’il
contribue à donner à son signataire un rôle
dans un jeu et le transforme ainsi en “faiseur de monde”. En effet, rédiger cette note
lui confère une autorité dont il peut user à
loisir et, partant, créer un univers dans
lequel il a évidemment le beau rôle.
L’ouvrage Jeux de rôles, jeux vidéo, multimédia aborde le sujet des jeux de rôles
d’abord fabriqués pour être joués sur
table — à l’exemple des “wargames”apparus après la Seconde Guerre mondiale, et
de Donjons et dragons, l’ancêtre des jeux
actuels— avant de connaître un regain de
notoriété par l’entremise de la vidéo et
d’Internet. Son auteur retrace en premier
lieu l’histoire de leur apparition et de leur
succès dans le cadre de la célèbre société
des loisirs vantée par les sociologues
(Dumazedier, Touraine) et les penseurs
sociaux les plus en vue (Baudrillard,
Morin). Ceux-là voient dans le loisir les
signes de l’émancipation par rapport au
travail qui, lui, est aliénant par nature,
tandis que ceux-ci le conçoivent comme
l’antichambre de la société de consommation placée sous le joug des industries du
loisir et donc, elle-même, source d’aliénation.
L’histoire des jeux de rôles semble cantonnée dans les mêmes balises. L’engouement du début se nourrit de l’apparition
incessante de nouveaux jeux — qui font la
fortune de leur créateur—, de la création
de cercles d’amateurs et de réseaux associatifs, de la publication de journaux spécialisés avant de céder le pas à la presse “jeuniste”. En effet, les profanateurs du
cimetière juif de Carpentras prendront
dans l’imagination populaire le visage de
rôlistes qui, en outrepassant le jeu et leur
rôle, ont sans doute commis des actes aussi
insensés parce qu’ils ont manifestement
développé certaines formes de pathologie.
La télévision renchérira en les accusant à
tort, sans preuve, et en diffusant des téléfilms dans lesquels les rôlistes, atteints de
troubles de comportement et de toxicomanie, se livrent à ce genre de débordements malsains. La vogue des jeux de rôles
ne se dément toutefois pas. Le marché offre
au contraire de nouvelles panoplies de jeux
de simulation basés sur le multimédia en
plein essor. Les clubs qui en sont issus cherchent à créer un “monde” contraire à
l’image que projettent les médias. Les instances officielles, revues ou associations,
formulent le discours, voire les justifications
requises, pour octroyer aux jeux de rôles la
légitimité propre à donner aux rôlistes les
traits d’un jeune public brillant, très doué,
autrement dit des “fils de cadres intelligents”, qui se démarquent volontiers du
vulgum pecusde leur âge. Par leur pratique
ludique et leur “esprit critique”, ils laissent
entendre qu’ils appartiennent à une sorte
“d’élite sociale”, pensante, même si celle-ci
n’est pas reconnue à sa juste valeur par la
société globale… ”(p290).
La dénonciation publique de ces jeux
suscite en retour des stratégies de justification de la part de leurs adeptes et des instances qui se font fort de défendre leur loisir de prédilection. Laurent Trémel les
relate avec un luxe de détails, en un style
alerte qui entretient l’intérêt des lecteurs.
Son ouvrage est à cet égard une formidable
mine d’informations. Il passe au crible la littérature populaire fondée sur le sujet en
cherchant à dépister ces essais de justification masquée sous les discours des concepteurs et des promoteurs des jeux, des motivations des amateurs et des conseils
pratiques qui sont de mise.
La voie est donc ouverte à la mise en
application de la “sociologie de la société
critique”proposée par Luc Boltanski, selon
laquelle la société s’approprie les éléments
de la critique sociale. La vulgarisation scientifique se révèle le canal par lequel la critique sociologique, par exemple, passe dans
le sens commun et dès lors peut être mobilisée “lorsque les acteurs sociaux sont
confrontés à des impératifs de justification”
(p74). Les rôlistes y puisent des armes pour
renverser la vapeur et accorder ainsi la légitimité qui manque à leurs jeux, lesquels alimentent la critique sociale en s’aidant des
moyens que leur offrent la psychanalyse,
l’anthropologie, la sociologie, etc. Car les
jeux de rôles, rappelons-le, se basent sur les
récits et rituels qui sont le sujet d’élection
des anthropologues, ils requièrent des
ruses dont la psychanalyse a révélé les
secrets ressorts inconscients et ils reposent sur la communauté ou la culture commune que les sociologues ont portées au
jour. Les jeux de simulation témoignent
ainsi de la démocratisation de l’enseignement et de la large diffusion des connaissances scientifiques.
Les rôlistes trouvent en Laurent Trémel
un avocat bien informé et convaincant. Les
autres lecteurs, quant à eux, apprécieront
chez lui l’analyste pointilleux, habile à
rendre raison des “mondes”virtuels en
passe d’être la clef de voûte de la culture
des jeunes, puisque les rôlistes ont entre
dix-huit et vingt-cinq ans. Dans la seconde
partie de l’ouvrage, il se fait le redoutable
commentateur de la valeur pédagogique
des jeux de rôles. Sur la base de leur description ethnographique et de la fine analyse des arguments de justification en jeu,
Laurent Trémel trouve un prétexte parfait
pour aborder les vertus éducatives du multimédia et des fameuses nouvelles technologies de l’information et de la communication qui s’infiltrent massivement à l’école
sous le couvert de la pédagogique ludique
et des apprentissages “à la mesure et au
rythme (de l’utilisateur)” qui sont à la
mode, aux États-Unis et en Europe, sans
toutefois être l’objet d’évaluations
sérieuses.
L’ouvrage, dans sa facture, ne peut masquer la thèse dont il tire son origine. Laurent Tremel n’est pas suffisamment économe de commentaires et de précisions
sur la démarche qu’il a suivie. Il s’astreint à
nous en révéler les détails au détriment
parfois de la clarté et de la fécondité de sa
démonstration. La digression sur le sondage
sociologique et ses mirages méthodologiques (p103-127) apparaît superflue
puisque l’enquête conduite par Laurent Trémel est résolument qualitative. La mathématique de l’origine sociale est d’ailleurs
nuancée en ce sens. En effet, les extraits
d’entrevue cités montrent avec éloquence
que “l’approche en termes de légitimité
sociale ou culturelle n’explique pas tout”.
Le rapport à la “culture cultivée”n’est pas
strictement déterminé par la classe d’origine, mais se “réfère à d’autres logiques,
dont celle d’une adaptation à la ‘société critique’ où la culture née des jeux de rôles
autorise le développement de certaines
formes d’expression permettant une adaptation critique au monde et aux contraintes
de la vie de tous les jours”(p142).
Toutefois, l’observation sur le vif dans
les clubs et dans l’immédiat du face-à-face
démontre, par un étrange paradoxe, que les
rôlistes gravitent dans l’orbite “correspondant sociologiquement aux franges
moyennes-supérieures des classes moyennes”. Cette origine sociale fait loi, “les
jeunes n’appartenant pas à ce milieu se
voient rejetés, car s’éloignant des caractéristiques modales du rôliste. La participation à une partie de jeu de rôles, ou à la vie
d’un club suppose, en effet, la mobilisation
d’un certain nombre de ‘ressources’ culturelles et sociales”(p168-169). Devant ce
constat, le signataire du compte rendu est
en droit de se demander en quoi la “sociologie de la société critique”trouve sa véritable “justification”et cela pour bien jouer
son rôle…
Certes, en théorie, les rôlistes ne font
pas figure “d’héritiers”pour la raison qu’ils
“vivent au quotidien l’incertitude qui
caractérise aujourd’hui leur classe d’âge :
incertitude liée au parcours scolaire, incertitude liée à l’insertion professionnelle,
incertitude liée à l’entrée dans la vie
adulte”(p290). Ils ont toutefois le profil
“d’enfant de cadre, scolarisé”(p 290) et se
perçoivent comme des élites au regard de
leur loisir qui, selon toute vraisemblance,
fait office de jeu de simulation de leurs
habitus et de la disposition de leurs différentes espèces de capital.
Nonobstant cette dernière remarque, il
faut saluer l’ouvrage de Laurent Trémel. Il a
l’avantage de combler le vide sur le sujet.
Son auteur joue parfaitement son rôle et
ses lecteurs n’auront aucune peine à entrer
dans le jeu.
Jacques HAMEL
Département de sociologie
de l’Université de Montréal
Observatoire Jeunes et Société
INRS-Urbanisation, Culture et Société