Education et sociétés
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8041-3637-X
228 pages

p. 51 à 65
doi: en cours

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no 7 2001/1

2001 Éducation et Sociétés

La construction des relations entre économie et éducation : l’exemple de la formation en alternance

Pierre Doray Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST) Université du Québec à Montréal Christian Maroy Groupe Interfacultaire de recherche sur les systèmes d’éducation et de formation (GIRSEF) Université Catholique de Louvain
Au cours des dernières années, nous avons assisté à la mise en œuvre de multiples modifications au sein du système scolaire, visant explicitement un rapprochement entre les institutions de formation professionnelle et le champ économique. Un travail explicite sur les processus de planification de la formation professionnelle, les modes de transmission éducative et les modes d’intervention des institutions de formation est réalisé afin, dit-on, d’assurer une plus grande adéquation des programmes avec les compétences utilisées en milieux de travail. Dans ces circonstances, il devient intéressant de comprendre comment se construit ce rapprochement. Le présent article s’attelle à cet exercice de compréhension d’un des thèmes majeurs de l’agenda éducatif récent que nous examinons en reprenant l’analyse de l’institutionnalisation des formations en alternance, qui participe du mouvement d’ensemble, dans deux sociétés différentes, le Québec et la Communauté francophone de Belgique. Over the last few years, we have witnessed the setting up of a wide range of changes in the educational system, clearly aiming at bringing the vocational training institutions more in line with the economy. Work has been explicitly carried out on vocational training planning processes, the means of educational transmission and the means of intervention of training centres, we’re told, in order to insure that training programmes are more closely aligned to the skills needed in the working world. In such circumstances, it is interesting to seek to understand how they go about bringing the two together. This paper examines one of the principal themes recently on the education agenda through an analysis of the institutionalisation of vocational training schemes combining work and courses, which are part of the general vocational training field, in two different societies: in Quebec and in French-speaking Belgium. Im Laufe der letzten Jahre sind zahlreiche Veränderungen im Schulsystem vorgenommen worden, die es ausdrücklich auf eine Annnäherung der berufsbildenden Institutionen und des Wirtschaftsbereiches absehen. Eine ausdrückliche Arbeit über die Planungsprozesse der Berufsausbildung, die Modi der Erziehungsvermittlung und der Intervention der Bildungsinstitutionen wird durchgeführt, um, so meint man, die Programme mit den in der Arbeitswelt eingesetzten Kompetenzen in Einklang zu bringen. Unter diesen Umständen wird es interessant sein zu verstehen, wie diese Annäherung zustande kommt. Der vorliegende Artikel befasst sich damit, eines der wichtigsten Themen des neuen Erziehungsauftrags zu verstehen, den wir untersuchen, indem wir die Analyse der Institutionalisierung des dualen Ausbildungssystems, der Bestandteil einer Gesamtbewegung ist, in zwei verschiedenen Gesellschaften, in Québec und Französisch-Belgien wieder aufgreifen. Durante los últimos años, hemos asistido a la puesta en práctica de varias modificaciones en el sistema escolar con el fin de acercar las instituciones de formación profesional al campo económico. Se ha realizado un trabajo explícito sobre los procesos de planificación de la formación profesional, los modos de transmisión educativa y los modos de intervención de las instituciones de formación para, como decían, asegurar una mejor adecuación entre los programas y las competencias utilizadas en el mundo laboral. En esas circunstancias aparece interesante entender cómo se construye este acercamiento. Dicho artículo se consagra a este ejercicio de comprensión de unos de los mayores temas de la agenda educativa reciente que examinamos al estudiar el análisis de las formaciones en alternancia, que participan de un movimiento complejo en dos sociedades diferentes, Quebec y la comunidad francófona de Bélgica.
Au cours des dernières années, nous avons assisté dans la plupart des pays industrialisés à la mise en œuvre de multiples modifications au sein du système scolaire, visant explicitement un rapprochement entre les institutions de formation professionnelle et le champ économique. Un travail explicite sur le contenu de l’activité éducative est réalisé afin, dit-on, d’assurer une plus grande adéquation des programmes avec les compétences utilisées en milieux de travail. Cette recherche de correspondance se révèle aussi dans l’évolution des formes des activités éducatives, qu’il s’agisse des formes de transmission pédagogique ou des modalités de l’évaluation. L’État confie souvent l’organisation de ces articulations à de nouvelles instances; il instaure de nouveaux mécanismes de mise en relation des deux mondes ou modifie la composition des organismes existants pour donner une plus grande place aux acteurs économiques. Toutes ces interventions attestent de l’existence d’un processus d’ensemble où se recomposent les relations entre formation et travail ou entre institutions de formation continue et entreprises (Hardy & Maroy 1995).
Le récent gain de popularité de la formation en alternance — formule pédagogique selon laquelle les élèves suivent leur formation pour une part dans un établissement scolaire et pour une autre en milieu de travail— participe bien de ce mouvement d’ensemble. Il s’agit d’une modalité de transmission pédagogique qui implique davantage les entreprises qui sont appelées à accueillir, selon des modalités d’organisation variables, des stagiaires. Pour les partisans et les promoteurs de cette formule pédagogique, elle permet de se rapprocher du système dual allemand, lui-même considéré comme une réussite en matière de formation professionnelle. Du fait de réaliser une part du travail éducatif en milieu de travail, la formation serait ainsi mieux ajustée au travail. L’alternance permettrait de faciliter l’insertion des élèves. Le gain d’expérience et de compétence faciliterait “l’employabilité” et, au-delà, l’insertion. Les entreprises amélioreraient leurs procédures de recrutement.
L’alternance est donc perçue comme un adjuvant à l’insertion professionnelle dans la mesure où elle est une modalité de rapprochement entre économie et éducation, dont il reste à comprendre le mode de “construction”. Le présent article s’attelle à cet exercice de compréhension d’un des thèmes majeurs de l’agenda éducatif récent en analysant l’institutionnalisation des formations en alternance dans deux sociétés différentes, le Québec et la CFB (la Communauté française de Belgique, soit l’un des niveaux du pouvoir exécutif de la Belgique fédérale exerçant ses compétences sur la population d’expression francophone, en Wallonie et à Bruxelles, notamment en matière d’éducation).
 
Balises théoriques
 
 
La question des rapports ou des articulations entre économie et éducation n’est pas un objet nouveau des sciences sociales (Tanguy 1986, Jobert et al. 1995, Doray & Maroy 1995, Lemelin 1998, Maroy & Doray 2000). Les synthèses récentes indiquent bien qu’il s’agit d’un domaine de recherche aux “contours flous et mouvants” (Jobert et al. 1995 p11) qui se conjugue au pluriel tant par les thèmes abordés (planification de l’éducation et de la formation professionnelle, transition et insertion professionnelle, formation continue, articulation à l’emploi, qualifications, etc.) que par les conceptualisations (analyse structurelle en termes de reproduction sociale, analyse structurelle médiatisée par les jeux d’acteurs, analyse en termes de causalité réciproque, analyse d’impacts des conventions d’articulation, analyse en termes de négociation constituante) (Doray & Maroy 1995).
Notre analyse de l’institutionnalisation du rapprochement économie/éducation s’appuie sur une approche en termes de négociations constituantes qui met l’accent sur les échanges et processus sociaux à l’œuvre dans la construction des modalités ou des instances de rapprochement. L’objet d’étude est le travail social des acteurs visant à créer, mobiliser et stabiliser des formes ou des conventions qui établissent des correspondances ou des passerelles entre les deux univers. La visée est de saisir la dynamique de construction des liaisons dans leur morphologie et leur portée. L’analyse ne cherche pas à légitimer ces actions, pas plus qu’elle ne vise à contester les liaisons proposées par certains acteurs : elle en prend acte. Elle ne poursuit donc pas de visées adéquationnistes mais cherche à rendre compte de leur formalisation et de leur institutionnalisation dans des conventions et des pratiques.
Une option théorique de base est de considérer que les propriétés des conventions établies et mises en œuvre afin de rapprocher l’univers du travail de celui de l’économie ne sont pas données mais résultent des négociations et des transactions entre les acteurs impliqués (Agulhon, Poloni & Tanguy 1988, Maroy 1989, Bessy et al 1995).
L’analyse doit alors tenir compte de l’existence de différents niveaux d’action et de leurs articulations. Le palier institutionnel recouvre pour l’essentiel l’univers des règles et des cadres qui régissent le fonctionnement des champs ou des univers sociaux. Une particularité de ce palier est l’action à distance, les règles et les cadres fixés s’appliquant à un ensemble d’établissements ou à plusieurs acteurs (aussi bien les cadres pédagogiques gérant les programmes de formation que, par exemple, ceux qui couvrent les conditions minimales de travail, les programmes de financement des reconversions industrielles ou les prescriptions fiscales). Ce palier recouvre l’univers des politiques éducatives comme celui des théories ou des régimes pédagogiques. Il faut être attentif aux modes d’appropriation des règles nationales et à la modification des règles existantes ou à la création de nouvelles règles locales, ce qui suppose un regard sur le palier organisationnel où est posé l’enjeu du fonctionnement administratif des établissements (école, collège, établissement industriel ou entreprise, etc.) et de son influence sur le développement des articulations entre les deux univers. Étant des lieux formels de décision (application et création de règles et de cadres) et des lieux d’appropriation des formes institutionnelles, il constitue un deuxième espace de négociations. Le palier opérationnel s’intéresse aux modalités de gestion et de fonctionnement des expériences ou des projets dans la quotidienneté.
Enfin, l’attention doit être portée sur les objets des processus de négociation. Un premier objet est la détermination des savoirs légitimes à enseigner en lien avec les cadres institutionnels et les approches pédagogiques qui régissent la construction des programmes au sein des systèmes d’éducation bureaucratiques (Bauer & Cohen 1980, Doray & Turcot 1991). De ce fait, les formes organisationnelles des établissements scolaires, les modes de fonctionnement, les instances de gestion des coopérations entre entreprises et écoles ainsi que les formes de transmission pédagogique ou les conventions relatives au champ du travail (modalités d’inscription des individus dans les emplois et conditions d’exercice du travail) sont autant d’éléments que des acteurs peuvent négocier ou mobiliser dans leur travail de mise en correspondance.
Pour cerner empiriquement le travail d’échange, de négociation ou de transaction des acteurs, trois dimensions analytiques sont privilégiées. Ce travail peut d’abord être considéré comme la formalisation et la mise en œuvre d’ajustements organisationnels ou institutionnels qui fixent l’usage et l’organisation des temps et espaces sociaux ou précisent les frontières du jeu par l’établissement de règles institutionnelles ou la création de dispositifs organisationnels particuliers. La construction de relations peut ainsi conduire les acteurs à modifier les cadres institutionnels ou les conventions internes de fonctionnement de leur établissement comme, par exemple, le rythme des études ou la séquence des cours. Des modifications analogues peuvent être réalisées dans les entreprises. Les ajustements sont dans ce cas intraorganisationnels; ils sont interinstitutionnels quand il s’agit de mettre en place des instances ou, plus largement, des conventions de régulation des relations entre les deux univers.
Une deuxième dimension analytique consiste à analyser les ressorts de l’action. Pour dégager les conditions dans lesquelles la coordination se construit et comprendre ce qui a pu “motiver” les acteurs de chaque entité organisationnelle à procéder aux ajustements nécessaires, nous nous proposons d’analyser les positions objectives (ressources, dépendance mutuelle, contraintes… ) des acteurs et de dresser le bilan des contributions et rétributions de chacune des entités. Cette lecture suppose que les acteurs de chacune des organisations s’engagent dans la coordination lorsqu’ils y trouvent un certain avantage (quel qu’il soit) et repose sur des présupposés de rationalité des choix, d’une relative stabilité des préférences et ressources des acteurs.
Une telle lecture de l’implication des acteurs doit être complétée en montrant — autre dimension analytique— que l’échange n’est pas réductible qu’à une rencontre totalement négociée rationnellement, sur base d’intérêts différents (collaboration dite stratégique ou intéressée) ou à l’actualisation d’un point de vue a priori commun à tous les participants (collaboration dite communautaire). Les projets peuvent reposer sur des situations mixtes, des rencontres partielles d’intérêts et de valeurs sur un fond de méfiance réciproque où les accords sont peu ou prou des compromis de coexistence (Remy 1992), ce que souligne Monaco ( 1993) à propos de la formation en alternance en France. La construction des relations est dès lors susceptible de conduire à des changements dans les définitions de soi, dans les représentations des partenaires (école ou entreprise) et favoriser des inflexions des relations elles-mêmes, qu’il s’agisse de relations professeurs/entrepreneurs ou professeurs/élèves. Pour les distinguer des ajustements organisationnels, nous qualifions ces processus de symboliques. Nous entendons donc par symbolique la façon dont des acteurs greffent un engagement dans l’action sur un système de sens et de représentations.
Toujours sur ce plan symbolique, l’analyse des rapprochements et des coopérations entre acteurs éducatifs et économiques repose en conséquence sur l’identification des principes de justification sur lesquels l’engagement des acteurs prend appui. Symétriquement, il s’agit d’analyser les principes sur lesquels reposent des oppositions que de tels projets peuvent susciter. À cet égard, les travaux de Boltanski et Thévenot ( 1991) permettent de dégager une grammaire des orientations normatives possibles de l’action. En effet, ces auteurs ont montré que les acteurs pouvaient chercher diverses formes d’accord sur la justice des situations en se référant à plusieurs registres de justification et, au-delà, à plusieurs “mondes”: domestique, civique, industriel, marchand, inspiré, et du renom. Ces registres peuvent être pris comme points de repères pour qualifier la nature des échanges observés entre les écoles et les entreprises. La combinaison de formes de coordination dans lesquelles les acteurs s’engagent peut se révéler différente selon les cas. Selon ces combinaisons, la nature, les modalités, l’intensité de la relation entre école et entreprise varient; nous caractériserons ces combinaisons comme des “régimes d’échange” particuliers.
En somme, l’analyse cherche d’une part à identifier les modalités organisationnelles mises en place pour coordonner l’échange et d’autre part à dégager les sens que la relation prend pour les différents acteurs. La confrontation dynamique des formes de coordination et de la production de sens permet de dégager un régime d’échange qui caractérise globalement la relation entre les deux mondes.
 
Repères méthodologiques
 
 
Notre analyse s’appuie sur quatre études de cas dans deux grandes spécialités techniques (électronique et travail de bureau), deux au Québec (dénommées ci-après Fleuve et Forêt) et deux en Communauté française de Belgique (Plaine et Parc). Après avoir comparé l’organisation des deux systèmes scolaires et analysé le développement de l’alternance dans les deux sociétés, nous avons choisi des expériences dans des cursus dont l’accès exigeait le même nombre d’années de scolarité. De fait, les études de cas concernées se situent à la fin du secondaire en Belgique et au niveau collégial au Québec. Les expériences furent choisies dans des programmes ouvrant des secteurs industriels similaires : travail de bureau et bureautique d’une part et métiers de l’électronique d’autre part. La collecte de données pour les études de cas est fondée sur des interviews semi-directives des directions des écoles, des professeurs, des jeunes en alternance, des responsables et tuteurs des entreprises. En outre, ces données sont croisées avec tous les documents disponibles utilisés par les acteurs pour mettre en place l’alternance (référentiel d’activité; grille d’évaluation du jeune, etc.). Le matériau recueilli a été soumis à une grille d’analyse dérivée de notre problématique, centrée sur la mise en évidence des ajustements organisationnels et processus symboliques à l’œuvre dans la collaboration. Ces deux grands axes analytiques ont été observés à partir de la description de plusieurs dimensions concrètes de la coopération : modalités de prise de contact et d’enrôlement des entreprises, modalités d’organisation du calendrier, sélection des élèves pour les stages, définition du contenu du stage, modalités de suivi et d’évaluation du stage, enfin dans les ajustements pédagogiques ou organisationnels internes à l’école ou à l’entreprise. La définition des objectifs et bénéfices attendus de l’alternance, la définition de soi (comme professeur ou comme tuteur), la représentation du rôle des partenaires, les objets de débat ou de négociation dans la construction de la coopération ont servi de base pour analyser le travail symbolique et les régimes d’échange.
 
L’analyse
 
 
Le plan institutionnel
Dans les deux sociétés étudiées, les systèmes éducatifs ont connu, selon des modalités diverses, des processus de scolarisation de la formation professionnelle, de dévalorisation de cette dernière (accès par l’échec scolaire) et de distanciation par rapport au champ économique. L’alternance participe d’un mouvement explicite de rapprochement entre le champ scolaire et le champ économique afin d’assurer la valorisation (ou la revalorisation) de la formation professionnelle. En CFB, le développement de l’alternance se comprend par l’allongement, en 1983, de la scolarité obligatoire jusqu’à 18 ans et le souci de moduler la loi face à un public jugé “réfractaire” à la norme scolaire : de nombreux dispositifs institutionnels “de scolarité à temps partiel” ont ainsi vu le jour (Maroy & Fusulier 1998). Par la suite, le dispositif de la “charte de la formation en alternance” a été développé pour améliorer la formation professionnelle des jeunes scolairement plus performants, inscrits dans l’enseignement “à temps plein”. Depuis 1997, cette possibilité a été institutionnalisée dans un décret cadre sur l’éducation. Au Québec, l’alternance a une double signification : elle est, pour les acteurs de l’enseignement professionnel, un moyen d’adapter la formation professionnelle à des publics en difficulté et, pour les enseignants de l’enseignement technique, un outil de transmission pédagogique plus efficace. Malgré ces tendances structurelles convergentes, le rapprochement ne peut être saisi uniquement à ce niveau sociétal (Maurice, Sellier & Silvestre 1982).
Des deux côtés, l’alternance est développée par différentes actions à distance en direction des institutions locales des systèmes éducatifs. Cependant, en CFB, l’élément le plus frappant est l’hétérogénéité puisque les établissements scolaires peuvent recourir à plusieurs cadrages institutionnels pour développer l’alternance. Ces dispositifs laissent une autonomie locale plus ou moins forte, variable de surcroît selon les “réseaux d’enseignement”. La constitution belge prévoit, en effet, “une liberté d’enseignement” qui se traduit par la coexistence de divers “pouvoirs organisateurs” d’établissements, fédérés en réseaux éducatifs ayant une large latitude dans la définition des curricula et en pédagogie, même s’il existe des régulations centrales. L’État n’est pas le seul maître du jeu : les “interlocuteurs sociaux”, les différents réseaux ont contribué à mettre en forme les dispositifs proposés aux instances locales. Au Québec, l’action gouvernementale démarre par une initiative du gouvernement fédéral avec la création d’un programme incitant le démarrage d’expériences locales et définissant plusieurs prescriptions que les acteurs locaux devaient suivre. Pour sa part, le ministère de l’Éducation a diffusé des informations méthodologiques fixant des manières de faire et a reconnu la formule par son inscription progressive dans des politiques éducatives québécoises. Il assure, depuis peu, le financement des expériences à la suite du désengagement du gouvernement fédéral.
Si la nature des actions à distance diffère, une similitude institutionnelle existe : l’intervention publique s’adresse, sur une base volontaire, directement aux acteurs du système scolaire et non aux entreprises qui seront sollicitées par les promoteurs des expériences locales. Ce choix tient probablement à la capacité d’action différenciée de l’État dans les deux mondes : il lui est plus facile d’agir sur le système éducatif que sur le champ économique pour des raisons idéologiques (montée du néo-libéralisme qui favorise l’absence d’actions publiques contraignantes vis-à-vis des entreprises) et politiques (capacité de contrôle plus grand sur le système éducatif). Dès lors, l’initiative revient aux acteurs du système éducatif.
Les ajustements organisationnels et opérationnels
Globalement, le travail d’ajustement organisationnel engagé pour mettre en place les collaborations école/entreprise est relativement ténu; les échanges s’appuient, dans les deux sociétés, sur des formes organisationnelles peu développées, qui sont par ailleurs asymétriques : les ajustements organisationnels sont plus nombreux dans les institutions scolaires que dans les entreprises, ce qui s’explique par la dépendance des établissements vis-à-vis des entreprises. Les enseignants formulent peu d’exigences aux entreprises de peur d’un refus de participation parce que le processus d’accueil serait trop complexe. Ils ne cherchent d’ailleurs pas nécessairement à développer ces exigences car ils visent une socialisation des jeunes dans de “vraies” entreprises; il ne s’agit pas de faire de ces dernières des milieux “artificiels”. Le plus important des ajustements d’entreprises réside au Québec dans la mise au point (plus ou moins formalisée) d’une séquence de travail avec progression de tâches simples à des tâches complexes mais, le plus souvent, l’apprentissage repose largement sur une formation sur le tas. Un des cas belges tranche cependant par la recherche d’une alternance plus “intégrative” (Lycée de la Plaine) qui implique des ajustements de l’entreprise en marge de son processus de production proprement dit.
L’asymétrie se révèle aussi dans les déplacements physiques d’acteurs qui, pour l’essentiel, s’opèrent de l’école vers l’entreprise. Ces mouvements soulignent de façon métonymique que l’ajustement s’opère pour adapter les pratiques de l’école à l’entreprise, sans que cette dernière ne se sente tenue de s’ajuster pour renforcer son potentiel formateur. Ainsi, dans les deux sociétés, on assiste au maintien de la division du travail entre les deux institutions. L’école conserve sa mission de formation technique de base de l’étudiant et de socialisation aux contraintes du marché du travail. Le stage est conçu comme moment d’application et de validation de connaissances acquises et de socialisation professionnelle en situation réelle. Dans cette situation d’absence relative d’ajustements, les étudiants deviennent eux-mêmes une composante importante du rapprochement par le transfert de savoirs entre les deux institutions qu’ils réalisent, même si ce transfert est plus ou moins formalisé selon les établissements.
Il existe aussi des spécificités locales en partie liées aux prescriptions institutionnelles. Elles impliquent au Québec que les stagiaires deviennent des salariés de l’entreprise alors qu’ils restent des élèves en CFB. L’insertion du jeune dans les firmes s’inscrit (au Québec surtout) dans une logique de gestion d’un recrutement à long terme ou comme volant temporaire de maind’œuvre. En Belgique, le statut d’élève s’accompagne d’autres prescriptions comme la construction d’un référentiel de formation et la présence d’un tuteur en entreprise.
Les ressorts de l’action
En général, la construction de relations entre écoles et entreprises apparaît mutuellement bénéfique aux partenaires, même si, au départ, c’est l’école qui est “demandeuse” et consent aux contributions les plus fortes. Toutefois, ces négociations sur base d’intérêts au moins partiellement convergents s’inscrivent dans des échanges profondément contrastés, qui rendent les modalités, la signification et l’intensité de la relation très différentes d’un cas à l’autre. Dans l’ensemble, les rétributions perçues sont plus importantes et plus variées au sein de l’école que dans les entreprises. Plusieurs sont communes à toutes les expériences. C’est le cas de l’amélioration de la motivation et des savoir-être des étudiants, favorable à une amélioration des relations professeur/élèves et à la mise en œuvre d’une stratégie d’amélioration de l’attractivité des programmes et de leur position relative sur le marché scolaire. Ceci ne signifie pas pour autant que cette stratégie soit toujours couronnée de succès. En effet, les effectifs étudiants à Plaine n’augmentent pas alors que c’est le cas à Forêt.
L’amélioration de la formation (plus grande adéquation des apprentissages en fonction des emplois de destination) et des chances d’insertion professionnelle pour les étudiants est mentionnée dans les quatre établissements scolaires. D’autres rétributions sont plutôt spécifiques. Ainsi, à Parc et à Fleuve, il est aussi fait mention de l’apport financier des politiques publiques et, à Forêt, du rôle de confirmation des orientations professionnelles des étudiants. Ces rétributions renforcent la conviction que les professeurs ont du bien-fondé de l’alternance et conduit à une certaine routinisation qui s’accommode fort bien de la morphologie des ajustements organisationnels actuels, ce qui ne pousse pas les professeurs à exiger une plus grande structuration des échanges avec les entreprises.
Du point de vue des entreprises, l’alternance facilite les procédures de recrutement et crée un volant de main-d’œuvre flexible. Au Québec, les organismes publics qui accueillent des étudiants de Forêt insistent sur le fait que les étudiants constituent une main-d’œuvre d’appoint “indispensable” pour la réalisation de tâches régulières dans un contexte de réduction du personnel à la suite des choix budgétaires gouvernementaux. Signalons que si les entreprises participent aux projets pour faciliter l’embauche, celle-ci ne se réalise pas toujours. En Belgique, Plaine favorise une rétribution particulière : la mise en œuvre de projets d’automatisation que l’entreprise ne pourrait accomplir sans son aide.
Dans les deux sociétés, les contributions des écoles à la réalisation de la relation sont de deux ordres : temps de travail des étudiants et temps des coordonnateurs et professeurs. Le temps de ces derniers et l’apport de compétences techniques sont plus élevés à Plaine. Les contributions communes des entreprises des deux sociétés sont le temps des tuteurs. Au Québec, les entreprises payent un salaire (qui peut, en partie, être remboursé par une modalité fiscale, le crédit d’impôt à la formation). À Plaine, les entreprises doivent aussi payer les coûts des projets réalisés par les étudiants.
Les processus symboliques
Au plan symbolique, nous retrouvons plusieurs convergences entre les cas analysés dans les deux sociétés. Une première porte sur la division du travail éducatif et des missions respectives de l’école et de l’entreprise. L’essentiel du travail de formation technique revient à l’école et doit lui revenir, comme d’ailleurs le travail de socialisation et de formation comportementale “de base”. À l’entreprise sont dévolus dès lors certains apprentissages techniques et surtout une fonction de socialisation aux rôles et aux conditions sociales “réelles” de la production. La visée de socialisation professionnelle est donc évidente et est fondée sur un autre consensus quant à la vision de l’entreprise qui est le lieu où les compétences, les savoirs, les savoir-faire sont utilisés et reconnus en “grandeur nature”; elle constitue dès lors l’épreuve de réalité par excellence, quand il s’agit non seulement de qualifier, de reconnaître les acquis, mais aussi d’identifier les manques, les lacunes de l’apprentissage. L’entreprise est donc bien le lieu par excellence où s’éprouve la qualification.
Le passage en entreprise conduit, à des degrés divers, à une “modification identitaire de l’élève” qui, à l’issue de l’expérience d’alternance, adopte une nouvelle identité professionnelle virtuelle, de nature à fonder la motivation d’apprentissages ultérieurs, orientés vers les savoirs généraux (apprendre les langues), techniques (connaître tel logiciel, tel procédé) voire vers des compétences sociales. Le stage intervient donc comme une épreuve qui confirme (ou non) l’orientation professionnelle et peut conduire à un investissement plus grand des élèves. On doit noter ici une différence d’intensité : la visée de qualification serait plus importante au Québec qu’en Belgique, en raison du format même des stages, souvent plus longs et plus itératifs. Pour l’entreprise aussi, la fonction clé n’est pas uniquement l’apprentissage stricto sensu, mais aussi cette fonction de socialisation diffuse et surtout cette fonction de reconnaissance et d’identification des acquis des jeunes dans le cadre d’une gestion prévisionnelle du personnel. Les enseignants connaissent en revanche une modification limitée de leur identité et de leur professionnalité, dans la mesure où les prises de contact sont largement concentrées dans les mains des coordonnateurs.
Les régimes d’échange en présence
L’articulation des ajustements organisationnels et symboliques peut être thématisée en analysant les régimes d’échange prégnants dans les cas analysés. Les expériences peuvent être différenciées selon les registres observés, notamment quant à la définition de la relation établie entre acteurs scolaires et acteurs de l’entreprise.
Dans le cas de Plaine, trois registres s’interpénètrent. Dans le registre industriel, les relations se construisent sur la base d’une complémentarité fonctionnelle des rôles et des compétences, dans une division du travail où chacun contribue à un projet au moins partiellement commun. La relation d’échange se construit progressivement comme interdépendance fonctionnelle, coopération productive efficace, où le professionnalisme de chacun fonde une possibilité de relation de coopération fonctionnelle à moyen terme. Dans le registre domestique, les échanges sont référés à la création d’un réseau d’acteurs participant à une communauté locale ou professionnelle. Les modalités de relation se construisent en insistant sur les relations de face-à-face, l’interconnaissance, la confiance personnalisée qui se construit dans la durée, la proximité socio-géographique. Dans le registre civique, la collaboration est justifiée dans la mesure où elle contribue à assurer un bien commun, par exemple une égalité des chances à tous les étudiants. Le premier registre est fortement présent dans la mesure où la relation avec l’entreprise est fondée sur une collaboration technique : il s’agit de réaliser de concert un projet d’amélioration technique de la production de l’entreprise (automatisation d’une machine par exemple). La collaboration se construit en divisant alors clairement les rôles (l’entreprise finance, assure un suivi, respecte le calendrier, participe à l’évaluation) en échange du temps et des compétences des élèves et des professeurs. Ces derniers font le suivi technique, préparent le projet avec les élèves dans le travail scolaire, en garantissent la bonne fin dans l’entreprise. L’affectation des élèves aux différentes entreprises est faite en fonction de la complexité du projet à réaliser sans qu’il y ait de logique de sélection. L’échange se fonde aussi sur un registre domestique et secondairement civique. Domestique car, dès le départ, l’enrôlement des entreprises se fonde sur une démarche personnelle du coordinateur. C’est la confiance qui lui est faite, fondée sur son expertise technique et la réputation technique de l’école, qui permet à la collaboration de démarrer; par la suite, les relations personnelles entre professeurs, coordonnateur et tuteurs dans les entreprises ne font que se renforcer, inscrivant l’échange dans un temps plus long et personnalisé (création d’un réseau) que le seul échange marchand. Un des traits marquants de cette expérience est justement la création d’un lien de proximité entre professeurs et entrepreneurs, qui va de pair avec une inflexion des représentations des professeurs et de l’école de la part des entrepreneurs (ils sont compétents, travailleurs, contrairement à l’image de départ de fonctionnaires qu’ils en avaient); parallèlement, c’est l’image de soi des acteurs scolaires qui s’améliore. Les relations interpersonnelles se développent aussi latéralement entre entreprises engagées dans la collaboration. Le registre civique est mobilisé lorsque l’alternance est justifiée par rapport à l’insertion professionnelle de tous les jeunes. Le régime d’échange privilégié est la coopération dans un projet partagé, sur fond de relations qui deviennent de plus en plus proches et personnalisées.
À Parc, la relation d’échange, marchande et civique, avec les entreprises est beaucoup moins continue, moins familière, plus distanciée. Dans un registre marchand, la relation que l’école construit avec l’entreprise se fonde sur l’idée de service que les étudiants (et, au-delà, les écoles) peuvent rendre aux entreprises. On propose des services (le travail des étudiants) à un client et l’échange se construit comme une transaction de nature économique : si l’offre rencontre la demande du client, l’échange opère sur base d’un intérêt mutuel. La relation se construit en fait à partir du travail “volontaire” de quelques professeurs, qui demandent aux entreprises des places pour leurs élèves. Face à des entreprises non demandeuses, cette demande se justifie sur base d’un mélange d’arguments : il s’agit à la fois de participer à la formation et à l’insertion des jeunes mais en même temps de profiter d’une maind’œuvre d’appoint, de préparer une réserve de recrutement.
Les deux institutions québécoises illustrent, à des degrés différents, un régime d’échange où la relation à l’entreprise est construite comme une relation marchande de service aux entreprises clientes. Ce registre marchand se couple à un registre industriel, dans la mesure où la relation marchande peut devenir “plus performante”, plus “professionnelle” (en particulier à Forêt). Cette dernière se donne d’abord à voir dans les caractéristiques du travail des coordonnateurs : ils doivent être des “vendeurs” et disposer de réseaux parmi les entreprises. Ils font plus appel que leurs homologues belges à un ensemble d’outils, de procédures, de formulaires permettant de formaliser et de gérer à distance la coordination avec les entreprises en faisant une économie plus grande des échanges informels et face à face. Ces outils et procédures sont partiellement des outils de vente (feuillets publicitaires, banques de données importantes d’entreprise, usage du crédit d’impôt) et partiellement des outils de suivi “pédagogique” des stagiaires (formulaire d’évaluation). En d’autres mots, les expériences québécoises développeraient davantage des relations à distance alors qu’en Belgique, l’engagement des acteurs est plus présent et les relations face à face de négociation/transaction plus fréquentes. Enfin, la nature marchande du régime d’action trouve ses sources dans la procédure de sélection et de choix des stagiaires : la présélection vise à rencontrer les critères de choix des entreprises sans faire valoir d’autres justifications internes à l’univers scolaire. En bref, la logique de service au client pousse l’école à proposer ses “meilleurs produits”, à savoir ses stagiaires les “plus employables”. Ce faisant, elle contribue à préparer certains élèves aux normes de fonctionnement des entreprises, tout en créant des distinctions au sein du groupe sur la base des performances scolaires. On peut avancer que l’univers du marché et sa logique ont pénétré l’école québécoise, créant une continuité de registre entre les deux mondes.
L’autonomie organisationnelle des milieux se réalise, dans les expériences québécoises, sur le fond d’une plus grande continuité sur un plan symbolique et idéologique, du fait de la prégnance du registre marchand. Les collèges se présentant comme des fournisseurs de l’entreprise du point de vue de ses ressources humaines. Ils produisent ainsi une continuité avec les entreprises au plan des références symboliques. Un langage commun, des critères d’évaluation proches, des attentes respectives prévisibles sont instaurées de part et d’autre. Le rapport marchand trouve un prolongement à l’intérieur même du cadre scolaire car, en se rapprochant de l’entreprise, les collèges cherchent à améliorer leur position concurrentielle dans le marché scolaire. Dans les cas belges, les univers organisationnels restent relativement autonomes et cloisonnés, sans que cette distance ne soit compensée sur un plan symbolique. Dès lors, tout se passe comme si un fort investissement personnel de quelques acteurs clés était indispensable pour construire la relation, appuyé de façon variable par les autorités des établissements scolaires. Il n’y a donc pas de continuité symbolique fondée sur l’existence de relations fournisseur/client, qui permette facilement une coopération “lointaine” et au demeurant relativement efficace et importante. On assiste soit à une tentative — coûteuse pour l’école— de construction d’un terrain de coopération commun sur une base technico-pédagogique comme au lycée de la Plaine; soit à une articulation minimale et extrêmement fragile, soumise aux aléas de la bonne volonté des entreprises comme à Parc. La Plaine se distingue par la création d’un point de rencontre organisationnel et symbolique autour de la technique et du destin d’une communauté locale.
 
Conclusion : alternance et insertion professionnelle
 
 
L’analyse de la construction d’expériences de rapprochement éducation/économie comme le développement de l’alternance travail/études permet de mieux préciser les liens entre alternance et insertion professionnelle en soulignant comment la question de l’insertion contribue à construire l’alternance, tant au Québec qu’en Communauté française de Belgique. L’insertion apparaît d’abord comme une vertu de l’alternance, c’est-à-dire comme un thème mobilisateur justifiant la pertinence de la formule et expliquant en grande partie l’engagement de l’État ainsi que de nombreux enseignants et élèves (étudiants). Ainsi, l’alternance faciliterait l’insertion des diplômés par la “plus-value éducative” que les stages en entreprise procureraient. Qu’il s’agisse d’adapter les modes d’apprentissage aux jeunes en difficulté scolaire, de socialiser à la condition salariale ou d’un approfondissement technique, l’alternance rendrait plus facile l’insertion par une amélioration de la formation. La présence en entreprise ouvrirait plus grandes les portes de l’emploi.
C’est aussi le rapport à l’insertion — ou l’action qui lui est corrélative, l’embauche— qui rend compte de l’engagement de nombreux employeurs. En effet, beaucoup d’entreprises acceptent de recevoir des stagiaires parce qu’elles espèrent les recruter plus tard. L’observation immédiate est, à leurs yeux, la forme la plus complète d’évaluation. Le diplôme n’est plus garant du “capital humain” détenu par les diplômés, il n’est pas plus un signal de leurs compétences. L’employeur peut ainsi réduire l’asymétrie de l’information corrélative du contrat de travail.
L’articulation alternance-insertion intervient aussi dans le jeu des contributions et rétributions identifiées par les différents acteurs. Ainsi, du point de vue des étudiants, le stage sert souvent de mise à l’épreuve de l’orientation professionnelle et de confirmation professionnelle. Il permet de savoir si le métier de destination est bien celui que l’on veut réaliser, ce qui joue aussi à la négative : il arrive que le métier exercé dans telle entreprise ne soit pas celui que l’élève veut exercer. Le stage contribue donc à spécifier le champ des possibles et à circonscrire les emplois désirés. Ce rôle est particulièrement important dans le cas des diplômes ouvrant sur une large gamme de fonctions de travail qui apparaissent souvent comme des métiers différents. Du point de vue des enseignants, les stages contribuent à changer l’identité des étudiants qui se mobilisent avec davantage de “sérieux” pour leurs études. En même temps, ces changements identitaires des élèves participent à un renforcement symbolique. Finalement, certains employeurs voient leur recrutement facilité, du moins à moyen terme. Mais ce n’est pas toujours le cas. En effet, quand le stagiaire réalise qu’il n’est pas à sa place dans le métier, l’employeur peut se retrouver bredouille. Dans ces conditions, l’engagement de certains peut effectivement être remis en question.
Tant comme thème mobilisateur que comme source de rétributions, le lien entre alternance et insertion participe de la présence du registre industriel dans le développement de l’alternance. En cherchant à faciliter le passage des diplômés de l’école à l’entreprise, les différents acteurs introduisent en effet un souci d’efficacité, même si ce dernier prend différents visages selon les acteurs en présence. Ce registre industriel est souvent couplé à des justifications civiques quand il s’agit d’envisager l’insertion des jeunes en difficulté.
 
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