2003
Éducation et Sociétés
LINDA M. MC NEILL Contradictions of school reform :Educational cost of standardized testingNew York, London, Routledge, 2000,304 pages
Denis Meuret
Université de Bourgogne/IREDU.
Voici un livre exotique. Il s’agit en effet
d’une critique virulente de la régulation de
l’éducation par les résultats telle qu’elle
s’est mise en place au Texas, dans les années
1980, soit un mode de régulation à peu
près absent en France aujourd’hui. En
outre, cette critique est menée au nom
d’une culture professionnelle dominante
chez les enseignants américains, mais peu
répandue chez nous :adapter son enseignement aux élèves, enseigner un savoir
proche de la vie, faire réfléchir et débattre
les élèves sur ce qu’ils apprennent, les faire
travailler sur des documents réels, faire
participer les élèves à la construction de
leurs savoirs. Non seulement elle est ici peu
répandue, mais quand le Ministère essaie de
la promouvoir un tant soit peu, les enseignants qui ont accès aux grands journaux et
à la télévision la dénoncent comme composée de fariboles constructivistes, comme
synonyme de renoncement scolaire et de
relâchement intellectuel.
Voici pourtant un livre proche. En effet,
si la régulation ne se fait pas en France par
les résultats, c’est d’abord que l’administration imagine qu’elle serait, comme au Texas,
rejetée par les enseignants. Par ailleurs, ce
que, préventivement, pourrait-on dire, de
nombreux enseignants opposent à la possibilité de leur évaluation, c’est bien, comme
leurs collègues américains, l’idée que les
effets de leur activité sont trop “fins” et
trop divers pour être mesurés par des
épreuves standardisées.
Voici donc un livre fort intéressant pour
le lecteur français. On en présentera l’argumentation, avant de la critiquer. Il s’agit en
effet d’un livre engagé, à qui la moindre justice à rendre est de débattre avec lui.
Cet ouvrage se compose de trois livres
différents : la première partie 18 pages
expose le thème, soit la critique de la standardisation et du contrôle; la seconde ( 132
pages) présente trois “Magnet schools”
texanes dans lesquelles l’auteur se trouvait
enquêter lorsqu’elles furent soumises à la
réforme en cause; la troisième 120 pages
analyse la réforme mise en œuvre au Texas
sur les recommandations de la Commission Perot, puis les ravages causés par cette
réforme, d’abord dans ces trois écoles, puis
plus généralement.
Selon l’auteur, cette réforme aggrave
fortement une contradiction en fait présente dans l’idée même de système éducatif, qu’elle avait énoncée dans un livre précédent ( Contradictions of Control : School
culture and school knowledge, 1986, Routledge) à partir de l’observation ethnographique de quatre high schools. Cette
contradiction oppose l’éducation (“un processus complexe, inefficace, idiosyncrasique, incertain et dont les fins sont indéfinies”) à des écoles construites, pour des
raisons de coût, sur le modèle de la “chaîne
d’assemblage” (un processus “étroitement
organisé, routinier, et conçu pour produire
des produits uniformes”, 11). Cette contradiction conduit les enseignants à pratiquer
ce qu’elle appelle le “defensive teaching”,
une pratique qui repose sur l’omission (des
contenus trop difficiles à enseigner ou qui
risquent de provoquer la discussion), sur la
mystification (l’enseignant présente superficiellement une compétence en prétendant
qu’elle est au-delà des capacités de compréhension des élèves), sur la fragmentation des contenus et sur la simplification
défensive (l’enseignant anticipe les réticences des élèves et s’en prémunit par une
présentation simplifiée du contenu). En
bref, un cercle vicieux, dans lequel l’enseignant distribue un cours moins intéressant,
observe que les élèves s’en désintéressent
et rend son cours encore moins intéressant
pour, pense-t-il, remédier à ce désintérêt.
Cette réforme, en effet, se traduit par
une standardisation de l’enseignement et
un plus grand contrôle de l’activité des
enseignants. Les programmes sont plus
contraignants, les élèves doivent passer
des tests à la fin de certaines années de
leur carrière scolaire, les écoles sont
notées en fonction des performances de
leurs élèves, les districts perdent du pouvoir au profit des États. De ce fait, la
réforme attente au moral des enseignants
en bridant leur autonomie professionnelle,
diminue la qualité de l’enseignement en
réduisant l’étendue et la richesse de ce qui
est enseigné et aussi en remplaçant l’enseignement par une simple “préparation aux
tests”. À cette critique, assez fréquente
aux États-Unis, Mc Neill ajoute que la standardisation rend les élèves passifs, nuit à
l’équité de l’enseignement, empêche d’enseigner les qualités d’imagination et les
capacités de travail en commun pourtant
requises par la vie et le travail au
XXIe siècle et enfin détourne des ressources financières rares vers l’évaluation
au détriment de la formation des enseignants et de l’enseignement lui-même.
On sait ce que sont les “Magnet
schools”:des écoles situées dans des zones
pauvres qu’on libère de certaines réglementations (notamment de l’usage des
manuels scolaires officiels pour qu’elles
présentent des programmes attrayants susceptibles de ramener volontairement dans
des écoles des quartiers pauvres des élèves
blancs qui ont fui le “busing” en partant
dans les banlieues. Les trois écoles présentées sont des “high schools” à dominante
africaine-américaine. La première a mis en
place un enseignement pour des élèves
“doués et talentueux” de tous milieux
sociaux et groupes ethniques; la deuxième
forme des travailleurs pour le système
médical local, en étroite relation avec lui; la
troisième dispense un enseignement technologique et scientifique, principalement
aux jeunes filles, en lien avec des programmes de déségrégation ethnique et
sexuelle de l’emploi local. De ces écoles,
l’auteur trace un portrait enthousiaste et
convaincant. Elle présente des élèves et des
enseignants engagés, des cours exigeants,
vivants, en prise directe avec le milieu de
travail correspondant, des stages que les
élèves prennent au sérieux et dans lesquels
ils sont pris au sérieux, bref l’antithèse du
“defensive teaching”.
Puis, le lecteur est invité à suivre la
genèse de la réforme contenue dans le
House Bill 72 1984, réforme qui ne fut
complètement mise en œuvre qu’en 1991.
Il apprend, à travers l’analyse caustique d’un
processus de décision politique, comment
le gouverneur démocrate, dont le programme comportait une augmentation sub-stantielle de salaire pour les enseignants,
dut accepter l’idée que sa réforme ne passerait que si, en échange, on pouvait observer une amélioration de la qualité de l’enseignement; comment il dut confier à
l’homme d’affaires Ross Perot la présidence
de la commission chargée de concevoir la
réforme; comment Perot, sincèrement
désireux d’améliorer l’enseignement, en
particulier celui des minorités et aussi de
libérer les enseignants de la tutelle des
bureaucrates, aboutit à une réforme qui a,
selon l’auteur, donné le pouvoir à des
bureaucrates encore plus lointains (ceux de
l’État), diminué la qualité de l’enseignement
et aggravé les conditions d’enseignement
des minorités, creusant les écarts qu’il voulait réduire, mettant en tutelle ceux qu’il
voulait en libérer et enfermant les enseignants dans le corset d’un taylorisme qui,
dit l’auteur, fait retour aux années 1920;
comment fut abandonné le principe d’un
“salaire au mérite” mais non les épreuves et
les contrôles sur lesquels il devait se fonder,
etc. En cours de route, nous est relatée la
poujadiste campagne des “coachs” des
équipes sportives scolaires contre l’idée de
Perot de n’autoriser à jouer dans les
équipes sportives que ceux qui avaient
réussi des tests scolaires (No pass, no
play)... et la désastreuse campagne des
enseignants contre un test destiné à mesurer qu’ils avaient bien les compétences
minimales pour enseigner, un test que 97%
réussirent, mais après de longues protestations qui persuadèrent plutôt la population
de leur incompétence.
Dans les trois Magnet schools, la
réforme mit les enseignants en demeure de
choisir entre leur conscience professionnelle et leur intérêt 190 : soit “construire
des cours plein de sens et motivant pour
leurs élèves, soit des cours qui leur vaudraient une bonne note lors de l’évaluation
de leurs performances”, ceci puisque la
réforme a fait le choix de “mesurer les
résultats, plutôt que d’améliorer l’enseignement et l’apprentissage” 245. Plus précisément, l’auteur décrit ainsi l’éventail des
réactions des professeurs à la réforme :
certains décident de l’ignorer, d’autres suppriment ou rendent optionnelles les parties
les plus difficiles de leur cours, d’autres
encore font leur cours puis enseignent rapidement les compétences nécessaires pour
réussir les tests, d’autres enfin enseignent à
passer les tests en renonçant à leur enseignement “créatif” et “analytique”. Skrla et
ses collègues citent une étude de Diane
Ashby qui distingue quatre types de réaction d’écoles à la mise en place de procédures d’accountability : celles que la
réforme a tétanisées, où le travail se réfugie
dans les classes; celles où des élèves très
engagés piquent dans toute une série d’enseignements et d’options pas forcément
très cohérents; d’autres deviennent ce que
décrit L. Mc Neill, des “highly prescriptive
test factories”, et d’autres encore deviennent des “communautés d’apprentissage”
dans lesquelles le programme et les évaluations sont cohérents et les étudiants très
engagés. Selon eux, toutes les écoles qu’ils
ont étudiées, certes dans des districts particulièrement efficaces du Texas, tombaient
dans la dernière catégorie.
L. Mc Neill rapporte qu’un enseignant
indique à ses élèves comment il va “leur
apprendre à être bête le jour du test”
256, ce qu’on pourra trouver un peu élitiste. Cette critique aristocratique n’est pas
présentée telle quelle lorsque l’auteur
conceptualise sa critique dans le chapitre 7.
Ce chapitre met en cause l’effet de la
réforme sur l’efficacité de l’enseignement
–du moins la vraie efficacité, celle que ne
mesurent pas les tests–, mais davantage
encore sur l’égalité des chances. L’auteur
reconnaît, en passant, que la réforme a
rendu les ressources moins inégales entre
les districts riches et les pauvres –une
grande nouveauté au Texas– mais argumente que, néanmoins, l’effet de la réforme
pour les enfants pauvres est négatif, dans la
mesure où la standardisation ignore les
spécificités de leur culture (“poverty of
samiennes”, dit-elle) et où leurs enseignants, plus encore que les autres, abandonnent l’enseignement “créatif” pour la
simple “préparation aux tests”. Cet argument répond à un obstacle sérieux que
rencontre la thèse de l’auteur : après la
réforme, l’écart entre les performances des
élèves des minorités ethniques et celles des
élèves blancs s’est réduit, dans des proportions importantes (cf. infra) que l’auteur ne
signale pas. Si, effectivement, les tests n’ont
aucune valeur pédagogique ou humaine, si
les élèves y sont préparés comme des automates, alors, oui, la réduction de ces écarts
n’a pas de sens. D’autant plus que les bons
scores des élèves aux tests sont aussi le
produit de comportements qui sont l’effet
pervers des démarches d’accountability :
écrémage des élèves pour empêcher les
plus faibles de présenter les tests, ciblage
des efforts en direction des élèves “moyens
faibles” pour améliorer la proportion de
ceux qui passent, etc. Ces comportements
existent, l’auteur n’est pas la seule à les
évoquer, et il s’agit effectivement d’un
risque que tout système d’incitations porte
en lui. Quelle en est la fréquence ? Je ne
connais aucune étude sur ce sujet. Toute-fois, une généralisation de ces comportements supposerait que les individus perdent toute conscience morale et
professionnelle du fait qu’ils seraient soumis à des incitations, un peu comme la pensée traditionnelle tenait qu’on ne pouvait
avoir d’honneur en poursuivant ses intérêts. On sait que, ailleurs que dans le
monde des professions, cette idée est passée Hirschman 1980.
Mais le principal reproche que l’auteur
fait à la réforme de l’éducation au Texas
–dont elle a raison de souligner que les
grandes lignes se retrouvent de plus en plus
dans les systèmes éducatifs de tous les
États américains– est d’arracher l’éducation
des mains du “public” pour les confier à des
experts, bref de “dé-démocratiser” l’éducation. En effet, la tradition que défend l’auteur n’est pas seulement pédagogique, elle
est aussi politique : c’est au “schoolboard”
que doivent se négocier les formes de
l’éducation, directement entre les membres
de la communauté et les professionnels.
Toute intrusion d’un niveau plus élevé se
traduit par une bureaucratisation, comme,
dans les entreprises, l’intrusion des
bureaux nuit à la créativité et à l’investissement des travailleurs (ce parallèle parce
que l’auteur dédie son livre à son père, un
ingénieur imaginatif qui devait travailler
contre les règles formelles de son organisation, bref un personnage très américain).
Cet ouvrage a le mérite d’attirer l’attention sur les risques associés à la régulation
par les résultats, dont certains d’ailleurs
sont effrayants, comme lorsque des préparateurs au test débarquent en treillis militaire dans une école pour bien persuader,
on le suppose, les élèves qu’ils doivent
gagner la bataille des tests. Toutefois, il faut,
me semble-t-il, pour être convaincu de la
thèse de l’auteur dans son intégralité, la
partager à l’avance. Il est étrange qu’un livre
qui repose presque entièrement sur l’idée
–difficile à croire mais qu’on ne peut, en
bonne méthode, exclure– que les tests ne
mesurent que des compétences qui n’ont
rien à voir avec un apprentissage authentique ne contienne pas une critique argumentée de ces tests, ne nous en dise, en
vérité, rien. Or, à en croire Skrla et al.
2000, il s’agit par exemple de tests critériés (qui permettent de mesurer la distance
à des objectifs pédagogiques) et non de
tests normatifs (qui permettent de classer
les élèves), autrement dit de tests qui se
situent dans une logique pédagogique et
non purement managériale.
Il est par ailleurs étrange que l’auteur
puisse penser persuader des non convaincus en appuyant son argumentation sur des
écoles aussi marginales que des Magnet
schools: quand même les effets sur les
élèves y seraient aussi négatifs que ceux
qu’elle déduit de ce que lui disent les enseignants, en généraliser les résultats à toutes
les écoles est difficile. Il est assez probable
que si tous les enseignants du Texas avaient
ressemblé à ceux que nous présente
McNeill, la réforme n’aurait pas été entreprise. Selon ses promoteurs, celle-ci ne
change rien pour les bons enseignants et
oblige les moins efficaces ou les moins
impliqués à faire des efforts. Mc Neill s’inscrit en faux contre cette idée et décrit de
bons enseignants de Magnet qui disent
avoir dû changer leur enseignement. Soit,
mais il n’en résulte pas que les enseignants
des écoles standards des quartiers défavorisés n’aient pas pu, en moyenne, accroître
leur niveau d’exigence à cause des tests.
Or il semble bien que ce soit le cas : de
1994 à 1999, en moyenne sur l’ensemble
des tests utilisés par l’AEIS (Academic
Excellence Indicator System, le système
texan), la proportion des élèves qui ont
réussi les tests est passée de 56 à 78% pour
l’ensemble de la population, de 33 à 64%
pour les Africains américains, de 41 à 70%
pour les Hispaniques (Skrla et al. 2000). La
diminution des écarts entre groupes
sociaux était d’ailleurs un objectif de la
réforme : une école ne peut recevoir la
meilleure qualification que si l’écart entre
les performances des différents groupes
ethniques ou sociaux y est faible, ce que Mc
Neill signale sans s’y attarder. Ces résultats
sont confirmés par la récente étude de
Carnoy & Loeb 2002. D’après les tests
nationaux du NAEP –un ensemble de tests
utilisés pour mesurer de façon longitudinale le niveau des élèves depuis 1964–, il
existe, toutes choses égales par ailleurs, sur
l’ensemble des États américains, une relation positive entre la façon dont a augmenté le niveau des élèves du 8e grade (la
quatrième française) et le degré de prégnance de l’accountability dans cet État.
Cette relation n’est pas linéaire, ce qui suffit à indiquer que l’accountability n’est pas
une recette miracle, mais elle est positive,
forte, et elle est vraie aussi bien pour les
Africains-Américains, pour les Hispaniques
que pour les blancs. Le Texas apparaît
comme un des États où l’accountability est
la plus forte; ses progrès pour les élèves
blancs le situent dans la moyenne des États
mais ceux de ses élèves africains-américains
et hispaniques sont parmi les plus importants. Cela correspond aux tendances relevées par Skrla et montre au moins que la
“préparation au test” ne prépare pas qu’au
test texan mais aussi à ceux du NAEP, des
tests mis en œuvre avant l’implantation des
politiques que critique Mc Neill. Cette
étude ne contredit pas la thèse selon
laquelle les performances “authentiques”
auraient dans le même temps diminué
–après tout, les tests du NAEP sont peut-être aussi impropres que le TAAS à mesurer les compétences “authentiques” des
élèves– mais cela l’affaiblit.
Une troisième critique qu’on peut faire
à cet ouvrage est le rapport qu’il entretient
au discours des enseignants. D’une part,
l’avis des élèves, des parents, des chefs
d’établissement est rarement sollicité;
d’autre part, le discours des enseignants est
pris pour parole d’Évangile : que ces enseignants puissent se tromper de bonne foi,
ou, comme le Bororo de base, se servir de
l’ethnologue pour faire passer un message,
cela n’est pas envisagé. Le chercheur leur
fait entièrement confiance comme, selon la
thèse de l’auteur, le système éducatif doit le
faire. Il y a là une cohérence, mais qui laisse
les esprits critiques insatisfaits. L’auteur est
sans conteste le porte-parole talentueux
d’une tradition pédagogique qui mérite infiniment mieux que le mépris que lui portent
les traditionalistes français : les performances en lecture à 15 ans des Américains
et des Français sont équivalentes
504/505, mais cette moyenne recouvre le
fait que les Américains, s’ils font moins bien
que les Français pour trouver des informations dans le texte, et jeu égal avec eux
pour l’interpréter, font mieux qu’eux quand
il s’agit de réfléchir sur le contenu des
textes ou d’argumenter à partir de leur
contenu 507/496. Ce résultat positif doit
sans aucun doute à la tradition pédagogique
que Mc Neill défend ardemment... en
même temps qu’il laisse ouverte la possibilité que cette tradition ait résisté à l’accountability mieux qu’elle le craint (OCDE
2001).
Ces enseignants sont très engagés : Mc
Neill en évoque qui achètent sur leurs
propres deniers du matériel pour leur
classe –un sondage récent pour la National
Education Association le confirme : un
enseignant américain sur douze dépense
plus de mille dollars par an pour sa classe
&http :// www. nea. org/ neatoday/ 0309. Ces
enseignants sont encore très inventifs et
ont très probablement souffert de se sentir
contraints par le programme et obligés de
rendre des comptes à travers les performances de leurs élèves. Le livre de Linda
Mc Neill est précieux aussi à ce titre. Toutefois, il ne s’ensuit pas que les conséquences pour les élèves sont forcément
celles, catastrophiques, qu’annoncent ces
enseignants et, à travers eux, l’auteur.
C’est pourquoi on peut préférer le
jugement que Linda Skrla et ses collègues
portent sur l’accountability au Texas : oui,
disent-ils, on peut trouver que les tests ne
sont pas assez respectueux de l’identité
culturelle des minorités, qu’ils ne “favorisent pas forcément ce type de scolarisation qui valorise, soutient, stimule et nourrit au mieux” les enfants des minorités,
mais le besoin de faire mieux que la situation actuelle pour ces enfants est tel,
l’échec des tentatives précédentes est tel
aussi, qu’il faut se réjouir de ce qu’au Texas
l’accountability ait permis d’obtenir ce
résultat. Non, disent-ils encore, l’accountability ne profite pas forcément aux défavorisés : elle l’a fait au Texas, parce que le
contexte (la faible inégalité de ressources
entre écoles des districts pauvres et
riches, une baisse significative de la taille
des classes au début du primaire) et certains aspects du dispositif (les incitations à
rapprocher les performances des différents groupes ethniques) l’ont favorisé. En
vérité, ce type de jugement nuancé est
moins fréquent aux États-Unis que les discours engagés pour ou contre l’accountability, l’ouvrage de Linda Mc Neill étant
sans aucun doute une des plus argumentées et des plus brillantes versions de la
seconde position. Or, nous n’en avons pas
fini, en France, de ce débat qui n’y a même
pas commencé : il est porté par la contradiction entre, d’un côté, le caractère de
plus en plus socialisé de l’éducation, de ses
inputs (le coût croissant) comme de ses
outputs (l’utilité croissante), et de l’autre
le caractère privé (intime, à part, autre) de
sa production.
·
SKRLA L., SCHEURICH J.-J., JOHNSON J.-J., KOSCHOREK J.W. 2000
Accountability for equity : can state policy
leverage social justice ? Communication au
congrès annuel de l’AERA, New
Orleans
·
CARNOY M. & LOEB S. 2002 “Does
external accountablity affect student
outcomes ?”, Educational Evaluation and
policy analysis, 24 4, 305-332
·
HIRSCHMAN A.O. 1980,1977 Les passions et les intérêts, PUF, Paris, 133
·
OCDE 2001, Knowledge and skills for life,
First results of PISA 2000, Paris