2003
Éducation et Sociétés
Varia
Les technologies, des vecteurs de changement ?
Le cas des technologies de l’information et de la communication dans les lycées de Picardie : le projet Éducapôle
Anne Romby
Chargée de mission au Conseil Régional de Picardie anneromby@hotmail.com 17 rue du Quesnoy 80700 Parvillers le Quesnoy
Le transfert des compétences de l’État aux collectivités territoriales a modifié en France les
conditions d’équipement en technologies nouvelles des établissements scolaires. L’étude,
en Picardie, du projet Éducapôle met en évidence l’initiative locale, la composition du
partenariat académique et régional, le rôle des acteurs de terrain dans une mobilisation
autour d’une action dite innovante: l’intégration des technologies de l’information et de
la communication dans les lycées. Elle pose la question de la coordination de l’action
autour de la définition d’un bien commun local par des individus venant de structures différentes mais décidés à travailler ensemble sur un projet concernant un territoire donné.
L’approche en termes de logiques d’action, l’examen du jeu des acteurs, l’existence d’une
personne-pivot, de personnes ressources, de formateurs permettent de comprendre comment des institutions différentes (ministère, collectivités locales, administration départementale, établissements) peuvent se mobiliser autour d’un projet et comment les acteurs
sur le terrain gèrent l’innovation et la mettent en place grâce à des arrangements et à la
souplesse des enchaînements de ressources auxquels ils se livrent. L’étude fait aussi apparaître les limites, à interroger dans la durée, de projets reposant sur une volonté politique
de travailler et de réfléchir ensemble.
The transfer of responsibilities from the State to local authorities in France has modified
the information technology equipment available in schools. This study of the Educapôle
Project in Picardie highlights the local initiative, the composition of a Regional and
Academic Education Authority partnership and the role of people actively implicated on
the ground all mobilized around an action, termed innovatory: the implementation of
information Technology in senior secondary schools. This raises the question of coordinating action over the definition of local, commonly-owned goods by individuals from different origins who have, nevertheless, decided to work together on a project for a precise
region of France. This article also examines how the problem is approached, the different
roles of those involved, the presence of an anchor-man, resource personnel, councillors
giving advice on how the different institutions (the ministry of education, the local
authorities, the departmental administration, schools) can be mobilized around a project
and how people on the ground can manage the innovation and implement it, thanks to
all kinds of arrangements and compromises in smoothing the procedures to attain the
common good. This study also shows the limits and only time will tell about this of
those projects based on the political will to work and create together.
Die Übertragung der Zuständigkeiten vom Staat auf die Landeskörperschaften hat in
Frankreich die Bedingungen für die Ausstattung der Schulen mit neuen Technologien
verändert. Die Untersuchung des Projektes Educapôle in der Pikardie hebt die örtliche
Initiative hervor, die Zusammenarbeit zwischen Akademie und Region, die Rolle der
Handelnden vor Ort in einer Mobilisierung für eine sogenannte erneuernde Aktion: Die
Integration der Informations- und Kommunikationstechnologien in die Gymnasien. Sie
stellt die Frage der Koordinierung der Aktion um ein örtliches Gemeingut durch
Individuen, die aus ganz verschiedenen Strukturen kommen, aber entschlossen sind,
zusammen an einem ein gewisses Gebiet betreffenden Projekt zu arbeiten. Der die
Handlungslogik betreffende Ansatz, die Untersuchung des Spiels der Handelnden, das
Bestehen einer Zentralperson, verschiedener Ansprechpartner, Ausbilder erlauben zu verstehen, wie die verschiedenen Institutionen (Ministerium, Gebietskörperschaften,
Departementverwaltung, Lehranstalten) sich für ein Projekt einsetzen können und wie
die vor Ort Handelnden die Erneuerung verwalten und einsetzen können mit Hilfe der
Vereinbarungen und der Anpassungsfähigkeit der verbundenen Ressourcen. Die
Untersuchung zeigt auch die Grenzen auf, die auf Dauer befragt werden müssen, für
Projekte, die auf einem politischen Willen beruhen, zusammen zu arbeiten und nachzudenken.
La transferencia de las competencias del estado a las colectividades territoriales ha modificado en Francia las condiciones de equipamiento en nuevas tecnologías de los establecimientos escolares. El estudio, en Picardie, del proyecto EDUCAPOLE pone en evidencia
la política local, la composición de la colaboración académica y regional, el papel de los
actores del terreno en una movilización alrededor de la definición de un bien común local
por unos individuos que vienen de estructuras diferentes pero que quieren trabajar juntos
en un proyecto que concierne un territorio preciso. El enfoque en materia de lógicas de
acción, el examen del juego de los actores, la existencia de una persona elemento principal, de personas recursos, de formadores permite comprender cómo diferentes instituciones ministerio, colectividades locales, administración departamental, establecimientos
pueden movilizarse alrededor de un proyecto y cómo los actores del terreno gestionan la
innovación y la ponen en marcha gracias a arreglos y a cierta flexibilidad de los encadenamientos de los recursos utilizados. El estudio también revela los límites, que se han de
cuestionar en el tiempo, de unos proyectos que se apoyan en una voluntad política de trabajar y reflexionar juntos.
L’évolution actuelle de la société et les attentes des autorités font appa-raître un besoin croissant de communication, d’interaction, de mise en
commun de ressources Pouts-Lajus & Riche-Magnier 1998. C’est avec une
volonté de transformation, d’adaptation et de changement que l’Éducation
nationale encourage depuis les années 1970 des expérimentations et des
innovations technologiques. L’école est en crise, dit-on aujourd’hui, et pour
cette raison toute innovation dotée d’un potentiel de changement ne peut
laisser le système éducatif indifférent Obin 1993. Les Technologies de
l’Information et de la Communication TIC, telles que définies par Baron &
Bruillard 1996 comme un ensemble de dispositifs liés à l’informatique : la
bureautique, le traitement de texte, l’usage d’instruments à contenu disciplinaire, la technologie éducative, la messagerie électronique, en font partie.
Après l’audiovisuel et la télévision, l’heure est au multimédia et à l’Internet
avec toujours l’idée de procurer aux nouvelles générations des chances de
réussite communes Baron, Bruillard & Levy 2000.
Cependant l’intégration des TIC se heurte à de nombreux obstacles et
les prescriptions officielles ne sont pas toujours de nature à guider les enseignants dans les changements attendus. Les réformes et les tentatives de changement ont été nombreuses depuis quelques dizaines d’années — tantôt imposées par le haut, par le ministère de l’Éducation nationale, tantôt développées
à la base, par des militants— mais elles sont loin d’avoir toutes eu le succès
escompté. Par exemple, le plan Informatique Pour Tous IPT, a fait l’objet
de multiples critiques : la mise à disposition d’un matériel inadapté, une offre
de formation insuffisante, un manque de maintenance et une absence d’objectifs pédagogiques.
Depuis le milieu des années 1980, de nombreux éléments de la conjoncture ont changé. En 1985, le plan Informatique Pour Tous IPT a transformé
l’action de l’État en ce qui concerne l’informatique dans les établissements
scolaires. Le transfert des compétences de l’État aux collectivités territoriales
a modifié en partie les conditions; dans certaines académies des Contrats de
plan ont été signés entre l’État et les collectivités locales pour équiper les établissements. Comment une innovation comme les TIC pouvait-elle se développer et prendre sens dans une démarche devenue partenariale alors que de
multiples stratégies, des plus locales aux plus globales, se trouvaient confrontées ?
Dans cette perspective, la Picardie est apparue comme un exemple intéressant à étudier. En 1995, l’État et la Région ont mis en place conjointement
un projet d’équipement dans le domaine des nouvelles technologies des
lycées : Éducapôle. D’initiative locale, il associait différents partenaires académiques et régionaux parmi lesquels figuraient les prescripteurs du projet, les
intermédiaires appartenant d’une part, à différents services de l’académie
intervenant dans la mise en œuvre (la Mission Académique de Formation des
Personnels de l’Éducation Nationale, l’Institut Universitaire de Formation
des Maîtres, le Centre Régional de Documentation Pédagogique) et d’autre
part, des services techniques du Conseil Régional (la Direction de
l’Enseignement Supérieur et de la Recherche et la Direction de l’Éducation)
et enfin des acteurs de terrain proviseurs, formateurs, enseignants mobilisés
autour d’une action dite “innovante”: l’intégration des TIC dans les lycées de
Picardie.
Cette initiative pose la question de la coordination de l’action autour de
la définition d’un bien commun local par des individus venant de structures
différentes mais décidés à travailler ensemble sur un projet concernant un
territoire donné : comment une innovation comme les TIC peut-elle se développer et prendre sens dans une démarche partenariale et dans le cadre de
stratégies plus globales ?
Notre réflexion porte sur les dynamiques en jeu, sur les stratégies des
acteurs concernés par la mise en place du projet, sur les enjeux en question.
Après l’exposé du contexte et des objectifs de la recherche nous essaierons de
montrer l’influence des TIC sur la dynamique des organisations avant de
tenter de rendre compte des transformations engendrées par la mise en place
d’Éducapôle et de proposer de nouvelles perspectives de recherche.
L’introduction locale d’une innovation comme thème
de recherche
Le projet Éducapôle ou, autrement dit, la problématique générale est celle de l’intégration des TIC dans une organisation, le lycée, où sont susceptibles d’intervenir différents acteurs Ballion 1993.
Lancé en 1995, Éducapôle, projet inscrit au Contrat de Plan 1994-1998,
est une impulsion nouvelle dont l’originalité tient d’une part, au partenariat
entre l’État et la Région et, d’autre part, à l’existence de différents niveaux de
responsabilités régionales et académiques intervenant dans la réflexion : à
l’échelle régionale, la Direction de l’Enseignement Supérieur et de la
Recherche DESR et la Direction de l’Éducation DE; à l’échelle académique, le Centre Régional de Documentation Pédagogique CRDP, le
rectorat et l’Institut Universitaire de Formation des Maîtres IUFM.
L’objectif était d’améliorer les résultats scolaires tant pour la formation initiale que pour la formation continue.
Ce qui intéresse ici, c’est moins l’introduction des nouvelles technologies, en elles-mêmes, que le point d’ancrage du monde commun que les partenaires contribuent à constituer. Ce dispositif et les questions qu’il pose renvoient à une interrogation non seulement sur le fonctionnement des
établissements scolaires mais aussi sur la nature des montages qui se recomposent localement à d’autres échelles.
En France, les lois de décentralisation, la loi d’orientation de 1989 et le
projet que chaque établissement scolaire doit obligatoirement élaborer ont
contribué à renforcer la complexité du système éducatif; ils ont induit des
changements dans le fonctionnement des établissements (Charlot & Rochex
1994). Par la décentralisation territoriale, les régions sont devenues responsables du schéma régional de formations, des programmes prévisionnels des
investissements, du patrimoine immobilier et de l’équipement des lycées.
L’informatique est ainsi progressivement devenue un enjeu entre les collectivités et l’État. Les nouvelles technologies se sont largement imposées aux collectivités locales en lien avec la restructuration du système éducatif (Romby
2000).
Dans le projet Éducapôle, associant la région Picardie et l’académie
d’Amiens, ce sont les mises en formes locales, les espaces d’interprétation et
les marges de manœuvre des acteurs concernés qui sont principalement l’objet de la présente étude.
Comprendre quel était le jeu des différents acteurs et repérer les différentes formes d’engagement et d’accord place la question des réseaux et des
alliances au centre de notre réflexion et de nos interrogations.
Les objectifs étaient d’une part, d’analyser l’innovation éducative, sa
mise en œuvre, ses effets, ses incertitudes et ses aboutissements; d’autre part,
de rendre compte de la dynamique locale en repérant les logiques et les stratégies développées par chacun des acteurs : comment concilier des enjeux
académiques et des enjeux régionaux ? Quelles sont les logiques d’action de
chacun des partenaires ? Quelle cohérence donnent-ils au projet, quel montage en résulte-t-il ? Comment Éducapôle est-il perçu dans les lycées ? Suscite-t-il une dynamique collective ou, au contraire, génère-t-il des tensions
internes ?
L’étude de cas présentée ici sur l’académie d’Amiens tente de répondre
à ces questions à travers le repérage et le suivi des interrelations qui lient un
lycée, son environnement, le projet Éducapôle à l’échelle académique et ses
acteurs en nous appuyant sur différents modes d’analyse sociologique.
L’analyse a pris appui sur plusieurs cadres théoriques : la sociologie des
organisations pour mettre en évidence le caractère construit d’une organisation locale un lycée et pointer les zones d’incertitudes inhérentes à son
fonctionnement; la sociologie de l’innovation pour montrer comment une
relative nouveauté peut se développer dans le système scolaire et la psycho-sociologie pour comprendre les quelques remaniements et recompositions
identitaires.
Ces différentes approches soulignent la complexité du fonctionnement
des établissements, l’ampleur et le nombre des incertitudes dans la mise en
place d’une innovation, renseignent sur le fonctionnement des organisations
et sur les relations qu’entretiennent les personnes entre elles.
Les travaux de Crozier et Friedberg 1977 soulignent que l’organisation
est un système d’action concret dans lequel les individus structurent leurs
relations pour résoudre les problèmes posés par le fonctionnement de l’organisation et pour obtenir un minimum de coopération tout en maintenant leur
autonomie. Pour ces auteurs, tout système connaît des incertitudes mais
celles-ci ne doivent en aucun cas être comprises comme des données que les
acteurs devraient subir mais comme des éléments que les acteurs intègrent
dans leur jeu; pour eux, c’est par la régulation qu’elles peuvent être réduites.
D’un autre côté, si l’on regarde l’histoire des innovations, les travaux de
F. Cros, par exemple, mettent en relief le caractère incertain et changeant de
l’innovation qui ne doit pas être pensé comme une contrainte puisque c’est
un processus qui vit avec ses zones d’incertitude, qui n’est pas quelque chose
de maîtrisable Cros 1993. L’innovation n’est possible qu’à travers un jeu
subtil de rassemblement, de mise en valeur, tout en laissant les acteurs libres.
Ces réflexions, s’appuyant sur l’autonomie de l’acteur et la possibilité
qu’il a de faire des choix, mettent l’accent sur le poids de l’incertitude dans
toute situation organisationnelle Bernoux 1985; elles engendrent plusieurs
questions, la première portant sur les acteurs : comment des partenaires, aux
horizons divers, parviennent-ils à une négociation qui permet de faire avancer le processus si chacun agit comme bon lui semble ?
En ce qui concerne le projet Éducapôle, les enjeux n’étaient pas seulement techniques, les conflits et les alliances entre membres du système, les
interactions entre l’injonction institutionnelle et la mobilisation des acteurs,
les relations entre les apports externes et les initiatives internes sont au
centre de la problématique du changement (Crozier & Friedberg 1977).
Comment le changement s’opère-t-il ? Quelles sont les dynamiques déterminantes ?
Dans ses travaux sur l’établissement scolaire, Derouet montre la possible
constitution d’arrangements locaux, la stabilisation des ressources par la
mobilisation autour d’un principe de justice même s’il précise bien que ces
situations ne sont pas forcément majoritaires et qu’un établissement peut
fonctionner sans qu’il y ait accord entre ses membres (Derouet 1992,2000,
Derouet & Dutercq 1997).
Nous avons fait l’hypothèse que l’intégration des TIC pouvait susciter
des compromis, des arrangements, des négociations ou peut-être même
l’émergence de nouveaux espaces de formulation de l’intérêt général
Derouet 2000. Cette étude se propose donc, à partir d’instruments d’analyse
variés, d’interroger les modes de réajustements mis en œuvre par chacun des
acteurs pour que le projet se concrétise.
Les documents administratifs et articles parus dans la presse ont constitué le premier corpus analysé pour comprendre le développement du projet.
Le second type de sources est une série de quarante-deux entretiens menés
auprès de différents personnels : des intermédiaires académiques et régionaux
(MAFPEN, IUFM, CRDP, Direction de l’Enseignement Supérieur et de la
Recherche, Direction de l’Éducation), des formateurs, des proviseurs et des
enseignants. Puis de façon complémentaire, d’une part, un questionnaire a
été adressé aux formateurs TIC et aux proviseurs et, d’autre part, deux observations ont été effectuées, l’une dans un lycée public et l’autre dans un lycée
privé pour voir si des éléments de comparaison en matière de TIC existaient.
Les entretiens se sont échelonnés de 1995 à 1999 : il s’agissait d’analyser ce
qui avait présidé à la mise en place du projet, de voir si l’innovation allait
engendrer une dynamique de changement, quelle serait sa nature et de suivre
l’évolution du processus d’intégration les établissements étant équipés sur une
période de quatre ans.
À travers le recueil de ces différents matériaux et l’analyse thématique
des données recueillies, c’est l’histoire du projet Éducapôle dans l’académie
d’Amiens que nous avons essayé d’étayer et de retracer (conditions d’émergence, enjeux et effets). Pour rendre compte des changements de positions
des partenaires, les interactions entre les différents acteurs ont été analysées
ainsi que leur implication et les logiques d’action qui les animent.
Travailler en partenariat : résistances et enjeux
La réunion par le Contrat de plan entre l’État et la Région de partenairesaux identités professionnelles différentes a rendu difficile, à ses débuts,
l’alliance stratégique et a suscité une confusion, elle-même inscrite dans un
contexte d’évolution rapide des représentations et des rôles.
L’idée d’une complémentarité était jugée, par les uns et par les autres,
nécessaire pour parvenir à une cohésion minimale mais elle était difficile à
conceptualiser. Les membres engagés se montraient convaincus de la nécessité de moderniser le parc informatique des lycées mais émettaient des
réserves quant au développement envisagé et à l’ajustement du projet par rapport aux positions respectives : “on avait d’un côté un engagement financier mais qui
ne pouvait prendre forme sans un engagement du milieu enseignant, sans acteur. De
l’autre côté, on avait des acteurs potentiels, mais qui étaient dans une position de repli,
une forteresse assiégée et qui n’étaient pas prêts à participer à ce qu’ils considéraient d’une
certaine manière comme étant leur propre mort”, explique un intermédiaire académique.
Les premières réunions ont été extrêmement conflictuelles, chacun
défendait ses intérêts respectifs et la crainte d’un durcissement des positions
se faisait de plus en plus grande chez les intermédiaires au cours des mois de
l’année 1995.
De fait, à son arrivée en août 1995, le recteur nomma un chargé de mission (le directeur du Centre Régional de Documentation Pédagogique
d’Amiens) pour réguler la situation et concilier les intérêts. L’année 1996 fut
une année décisive pour le projet Éducapôle, elle a été l’occasion de clarifier
les problèmes et de parvenir à des solutions acceptables par tous. Quelles
étaient les logiques de position de chacun des acteurs ? À quel accord sont-ils
parvenus ?
Des logiques initiales variées qui se juxtaposent et s’entrecroisent
L’analyse de contenus des discours des différents acteurs interrogés
montre, dans le projet Éducapôle, que chacun d’entre eux y intervient avec
des logiques d’action et d’implication diverses qui parfois se superposent, se
cumulent ou se conjuguent (pour garantir l’anonymat complet des personnes
interrogées leurs fonctions ne sont pas mentionnées).
Si le partenariat entre l’État et la Région a été difficile à mettre en place
pour des raisons subjectives, aucun ne voulant se voir envahi ou dépassé par
l’autre, finalement on s’aperçoit que les acteurs — occupant au sein d’institutions différentes des positions statutaires relativement proches— se retrouvent exposés à des attentes et à des problèmes similaires qui les conduisent à
adopter des logiques communes.
Une logique institutionnelle anime les représentants de la Région et de
l’Éducation nationale; elle privilégie des enjeux de politiques publiques
comme le choix des lycées et la valorisation de l’identité picarde avec des
implications économiques et sociales, en particulier l’aménagement du territoire et le développement des zones rurales.
Chez les prescripteurs engagés par le Contrat de plan, bien que l’accord
sur les objectifs généraux (lutter contre l’échec scolaire, rattraper le retard de
la région Picardie) se soit fait assez rapidement, les tensions et les querelles
ont été nombreuses la première année, chacun étant aussi bien préoccupé de
rentabilité que de cohésion sociale. Assez rapidement, le partenariat a suscité
un véritable travail de réflexion en amont; les précisions manquaient tant sur
les missions de chacun que sur les marges de manœuvre possibles. C’est donc
autour de deux grands principes (réfléchir à l’engagement de chacun dans le
projet et mettre l’accent sur ce qui faisait problème) que les partenaires ont
trouvé un accord pouvant constituer la base d’un possible consensus : mettre
l’accent sur la formation, optimiser la coopération, renouveler les équipements informatiques des lycées, agir avec pragmatisme.
Si, au départ, les hésitations, les méfiances, les tensions étaient importantes, l’analyse des discours des partenaires académiques et régionaux
montre que finalement les intentions vont dans le même sens : chacun souhaite obtenir des résultats par rapport aux moyens engagés : humains ou
financiers.
Du côté de la Région, l’enjeu est électoral, du côté de l’académie il y a
nécessité de renouveler un parc informatique obsolète : il en va donc de l’intérêt des uns et des autres de jouer le jeu et de parvenir à un accord conforme
au partage des tâches et des responsabilités prescrit par la loi : la Région s’occupe de l’équipement et les représentants de l’État à l’échelle académique
s’occupent des personnels.
On assiste donc bien, à partir de 1996, à une unification des positions
chez les partenaires institutionnels. On s’aperçoit que les acteurs évoluent
dans un contexte où rien n’est défini et où tout se gère en permanence.
L’analyse du niveau intermédiaire permet de comprendre le rééquilibrage des
fonctions.
Une logique professionnelle rassemble les responsables des services
déconcentrés académiques (MAFPEN, IUFM, CRDP), territorialisés (DESR,
DE). Ces personnels, en situation d’intermédiaires entre les décideurs et les
utilisateurs, se sentent investis d’une mission, à l’échelle régionale ou académique, qu’ils doivent mener le mieux possible vis-à-vis de leurs institutions
respectives mais aussi vis-à-vis du système éducatif lui-même. Ils sont
conscients de la fragilité du consensus mais ils estiment qu’il est de leur responsabilité de faire avancer les choses et de justement gérer les faiblesses
éventuelles. Pour cela, ils mettent en avant plusieurs priorités dans leur mission : une légitimation des décisions institutionnelles, un certain respect de
leur supérieur hiérarchique, une attitude réflexive sur le projet et ses limites,
un rôle de correspondant auprès du personnel de terrain.
Ces acteurs accompagnent la mise en œuvre du dispositif avec beaucoup
de prudence, de méfiance et d’incertitudes, il ne s’agit pas, par exemple : “de
décider du jour au lendemain que tout le monde va faire du multimédia”, “on sait bien
qu’il faut progresser et on prend tout ce qui est susceptible d’y parvenir mais avec sérénité,
distance et un regard critique” intermédiaire académique.
L’analyse des entretiens a montré une grande proximité entre les intermédiaires académiques et régionaux et les institutionnels même si les premiers, semblent plus inquiets par rapport aux obstacles éventuels que pourrait
présenter telle ou telle décision. Chez ce personnel en situation intermédiaire, chacun s’attache à mettre en avant la générosité et l’exemplarité de
son institution : du côté de la Région, constamment les efforts en matière de
formation et d’équipement des collectivités sont rappelés et, du côté du
rectorat, on estime avoir mis à la disposition des établissements un personnel
bien formé sur qui repose en fait le projet.
Si chacun est porteur du discours de son institution, les convictions et
les préoccupations des services territoriaux et académiques semblent finalement relativement proches : un intermédiaire régional souligne que “si le
projet peut vivre avec 20% de réfractaires, en revanche il ne peut pas vivre seulement
avec 10% d’accros” et un intermédiaire académique semblerait se faire l’écho de
la même préoccupation en précisant “qu’une fois qu’on a convaincu les 5% qui
étaient déjà convaincus, on n’a pas vraiment fait un travail extraordinaire [...] la grosse
partie, c’est comment on va s’attaquer aux 95% autres”.
L’agrégation des décideurs et des intermédiaires ne suffit pas à rendre
compte du système d’action concret évoqué. Il est nécessaire d’analyser les
logiques d’action et d’implication des proviseurs puis des formateurs pour
comprendre comment la diversité des positions a pu finalement converger
vers un consensus.
Les proviseurs se placent dans une logique que nous avons qualifiée
d’administrative : c’est comme exécutants d’une volonté académique et
nationale d’intégration des TIC dans les lycées qu’ils se placent. Ils sont à la
fois représentants de l’État et hommes de terrain et ils estiment qu’il leur
appartient d’informer le personnel des dispositifs mis à leur disposition et de
les encourager à les utiliser. Ils pensent que les TIC sont devenues incontournables, indispensables pour les élèves et les enseignants, alors qu’eux-mêmes
n’éprouvent pas le besoin de se former. Bien qu’ils aient une connaissance,
semble-t-il assez peu précise, du parc informatique, les chefs d’établissement
interrogés se disent satisfaits du matériel reçu dans le cadre du projet Éducapôle; cependant ils considèrent que les dotations sont, en général, “très insuffisantes” et trop peu renouvelées.
En ce qui concerne les ressources humaines de l’établissement affectées
aux TIC et les formations à ces nouvelles technologies, les références des proviseurs sont, elles aussi, très approximatives. Ils ont très souvent identifié une
personne ressource formateur ou non, à qui ils se réfèrent quand il est question d’informatique, mais ils ne savent pas précisément qui utilise, qui est
actif dans le domaine. En fait, une fois qu’un enseignant passionné et motivé
par les nouvelles technologies a été repéré, les préoccupations du proviseur en
matière de nouvelles technologies ne sont pas principales puisque c’est à
cette personne-ressource que vont revenir certaines responsabilités comme la
localisation du matériel, la suggestion ou la décision d’achat de certains équipements. Si ces passionnés se montrent très satisfaits de la confiance qui leur
est parfois accordée, ils soulignent néanmoins une préoccupation beaucoup
trop grande du proviseur pour la réputation de l’établissement et un moindre
intérêt par rapport à leur travail.
C’est une logique militante qui caractérise les formateurs interrogés,
tous âgés de quarante à cinquante ans. Ce ne sont pas de nouveaux convertis
en matière de TIC, ils font partie des fameux innovateurs qui ont suivi des
stages au moment du plan Informatique Pour Tous et qui après différents
stages ont intégré la fonction de formateur. Ils soulignent l’avoir fait d’abord
pour des raisons personnelles mais aussi “par souci de bien faire”, pour “transmettre une manière de faire”, pour “brancher” et “dégrossir” les collègues. Leur militantisme se traduit d’abord une importante auto-formation, par de nombreuses heures passées devant la machine, par une disponibilité jugée
exemplaire par les collègues.
Les enseignants utilisateurs les perçoivent comme des experts mais aussi
comme des médiateurs, des incitateurs voire des thérapeutes qui permettent
de dépasser des blocages antérieurs, d’évacuer des craintes et d’être rassurés.
Eux-mêmes se placent essentiellement comme des médiateurs entre l’institution et les enseignants. C’est une véritable passion qui anime ces hommes et
ces femmes qui donnent beaucoup de leur temps mais qui estiment avoir un
très faible retour : ils souhaiteraient que les proviseurs réfléchissent à des
réaménagements afin que les TIC ne viennent plus s’ajouter aux obligations
de service.
Les formateurs ont un rôle très important dans la dynamisation des
évolutions locales, même si la diffusion des TIC ne repose pas totalement
sur eux. À l’évidence, ce sont eux qui usent de tous les arguments affectifs,
pédagogiques et politiques pour inciter et motiver les enseignants; mais
surtout, ils bénéficient à l’intérieur des établissements d’un important capital
d’estime qui correspond à ce que Monique Linard 1990 appelle la médiation humaine, c’est-à-dire un acte qui consiste à aménager une conciliation
en vue d’une décision motivée entre points de vue plus ou moins antagonistes).
Analyser le jeu des acteurs dans les lycées, examiner leurs logiques de
position par rapport à une innovation pédagogique permet de mieux comprendre comment chacun envisage finalement la conduite du partenariat
Zay 1994 mais cela pose la question du lien entre chacune de ces conceptions pour parvenir finalement à un consensus certes limité mais indispensable à la survie du projet : comment des logiques aussi variées s’entrecroi-sent-elles ou se conjuguent-elles dans une action collective ?
Recomposition des logiques d’action autour de quelques principes
Les quatre logiques précédentes débouchent sur des formes de mise en
œuvre. Les premiers mois de l’informatisation des lycées ont été vécus par les
acteurs interrogés comme très pénibles pour diverses raisons. Si les partenaires institutionnels étaient parvenus, assez rapidement, à des principes
communs suffisants pour nourrir l’ancrage nécessaire à l’extension du projet,
tous les problèmes n’en étaient pas pour autant résolus. Le démarrage et la
mise en place du projet Éducapôle ont provoqué en malaise général dû, en
partie, au retard du matériel, au choix des premiers lycées à câbler, aux motivations multiples, aux affrontements d’intérêts mais aussi et surtout à l’existence de pouvoirs préétablis.
Le caractère informel des pouvoirs et la prescription des rôles de 1995
ont en effet suscité des tensions amenant des réaménagements progressifs
concernant le partage des tâches et la répartition des responsabilités. Du côté
de l’Académie, certains intermédiaires estimaient que ceux qui devaient
prendre des décisions politiques n’avaient pas suffisamment de compétences
techniques pour repérer les contraintes d’utilisation du dispositif en termes
pédagogiques et que ceux qui possédaient ces connaissances n’avaient en
principe pas à décider. Au début, les partenaires travaillaient donc en réseau
à partir de pouvoirs informels et des compétences souvent hétérogènes des
acteurs.
A l’échelon académique et régional, un certain nombre d’événements
ont accéléré le rééquilibrage des fonctions : la formation des enseignants
après plusieurs mois d’hésitations a été confiée à l’IUFM, un revirement validant l’expérience des situations a conduit la Direction de l’Enseignement
Supérieur et de la Recherche DESR à concéder le dossier Éducapôle à la
Direction de l’Éducation DE qui avait déjà la charge des lycées. À l’échelon
local, celui des établissements scolaires, le partage des responsabilités est assez
divers, il dépend en partie de l’investissement des acteurs et du style de direction.
Les positions respectives s’en trouvant clarifiées, les méfiances sont
devenues moins grandes; ainsi grâce à un respect mutuel et une attitude pragmatique, les positions extrêmes de départ se sont atténuées pour faire place à
une coexistence de positions légitimes. L’analyse a montré qu’un effet vitrine
était en œuvre dans l’ensemble des discours et qu’en filigrane, la dimension
narcissique était très présente; chacun avait besoin d’affirmer et d’afficher sa
compétence.
Il a fallu un certain délai pour que les problèmes liés à l’organisation du
projet soient identifiés et reconnus par les partenaires. Au fil du temps, les
mentalités ont évolué, un certain consensus s’est installé pour rendre le projet
plus rentable, plus efficace pour les deux parties : assurer le développement
économique et lui donner les moyens d’espérer un changement social et culturel.
La mise en place progressive d’une dynamique collective
Les acteurs ont finalement accepté à des degrés divers les principes du
consensus : les choses ont été élucidées et les missions et les rôles de chacun
ont été réorchestrés. À partir de 1997, une dynamique collective a peu à
peu été construite. Chacun a pris conscience des enjeux considérables que
représentent les TIC aujourd’hui. Les intégrer dans les établissements apparaît désormais presque comme une question de survie : “on ne peut pas rester
dans nos coins avec nos machines”, “il est de notre devoir de nous y mettre” (un
formateur).
Une diffusion horizontale s’est progressivement mise en place dans les
établissements chacun adoptant finalement la prudence et essayant de ne pas
remettre en cause les bases du consensus. Nous avons relevé quatre types d’attitudes chez les acteurs (proviseurs, formateurs, enseignants), ni propres à un
type d’acteur, ni exclusives les unes des autres, dans la conduite ou l’accompagnement du projet.
Une première attitude consiste pour certains à adopter une position
tantôt de repli, tantôt de recul par rapport aux pressions institutionnelles
d’intégration des TIC dans les établissements. Ces derniers ne sont pas hostiles à la mise en place du projet mais les zones d’incertitude, la méfiance et
le scepticisme sont très présents.
D’autres, dont les motivations dépassent ce stade, avancent à plus
grands pas dans une stratégie de régulation; c’est-à-dire que toutes les initiatives ou tous les engagements potentiels sont examinés avec beaucoup d’attention. Il s’agit de réfléchir, rechercher, s’informer, planifier, sélectionner, en
un mot il faut être pragmatique et contourner les obstacles.
Si la suspicion, la prévoyance apparaissent pour certains comme des passages obligés d’intégration des TIC, pour d’autres la responsabilisation en est
un autre; les partenaires recherchent en effet la mise en place d’un dispositif
fondé sur l’autonomie et sur la responsabilité afin que chacun soit finalement
acteur-auteur de sa formation quelles que soient les fonctions occupées
enseignants, formateurs, proviseurs. Selon Crozier & Friedberg 1977 cette
manière d’agir est une façon pour l’acteur de mesurer sa responsabilité.
Une dernière attitude vise l’intéressement, l’effet vitrine, en d’autres
termes les partenaires agissent dans l’attente d’une gratification, d’une reconnaissance institutionnelle qui, par exemple, correspondrait pour les enseignants à des décharges de service ou à une position gratifiante et à l’accès à
des droits exceptionnels.
Le projet Éducapôle repose sur un consensus fragile qui à tout moment
est susceptible de basculer, il dépend étroitement de la capacité des acteurs à
gérer l’ensemble du processus. Cependant, retenons que les acteurs sont limités par le système dans lequel ils agissent et que c’est en terme de rationalité
limitée que les stratégies d’action des acteurs doivent être pensées.
Conclusion et perspectives
La construction d’un consensus porteur de possibilités nouvelles
Le projet Éducapôle a évolué par une série de successives transformationset interactions. À son origine, l’accord est tacite entre les deux parties
— la Région et l’académie— car il était construit sur une assertion minimale :
lutter contre l’échec scolaire. Cependant les intérêts personnels et les représentations particulières de l’innovation les ont inscrits dans des logiques différentes. De fait, le projet était intriqué dans un réseau à la fois d’institutions,
de positions sociales et de compétences.
Les interactions pouvaient donc paraître difficiles car, comme le note
Henriot-van Zanten 1990, les risques de tensions et de confl its sont multipliés par le grand nombre des acteurs concernés. Mais l’originalité d’Éducapôle réside justement dans la capacité qu’ont eue les acteurs à réajuster l’ensemble relativement vite, en rappelant les enjeux du projet : très rapidement
les choses ont été clarifiées, les rôles redéfinis et les limites posées.
La manière avec laquelle les acteurs engagés ont accepté les principes
du consensus témoigne du caractère dynamique des identités professionnelles. Ceux-ci ont en effet à partir d’un terreau commun restructuré, renégocié leur position pour parvenir finalement à des arrangements pour le “bien
commun local”.
Notre recherche montre la richesse du projet ainsi que ses limites sous-jacentes. Les connaissances apportées par le jeu des acteurs permettent de
comprendre comment des institutions différentes (ministère, collectivités
locales, administration départementale, établissements) peuvent se mobiliser
autour d’un projet et de voir comment les acteurs sur le terrain gèrent l’innovation et la mettent en place.
Qu’est devenu Éducapôle aujourd’hui ? Après avoir équipé et connecté
les lycées, les partenaires continuent à travailler en collaboration : par
exemple, le Conseil Régional finance l’acquisition de logiciels et cd-roms en
appui des projets pédagogiques des établissements ainsi que la création de
sites web et de cd-roms au travers des projets éducatifs et culturels.
Si le partenariat se poursuit aujourd’hui, plusieurs éléments nous semblent essentiels dans le développement à plus long terme des TIC :
- Le maintien d’une volonté politique de travailler et de réfléchir
ensemble à de nouveaux projets concernant les usages des Technologies
de l’Information et de la Communication.
- Le projet d’établissement qui permet peut-être une action plus collective et suscite très certainement de nouvelles formes de travail s’appuyant sur des relations partenariales avec un objectif essentiel qui est
de faire émerger un terrain d’entente autour de conceptions largement
partagées, comme la lutte contre l’échec scolaire.
- Une souplesse de l’organisation à l’intérieur des établissements, une
reconnaissance et une revalorisation professionnelle du formateur ou de
la personne ressource qui constituent de véritables moteurs dans la
généralisation des TIC.
-
• Un autre élément important du processus est la présence d’une personnepivot privilégiée pour permettre les échanges d’informations
entre les différents acteurs : de 1995 à 2000, le directeur du CRDP également conseiller aux TIC et chargé de mission du recteur semblait être
au centre des discussions, il était à la fois proche des élus et des responsables académiques.
Nécessité de développer les travaux de recherche sur les stratégies
des différents acteurs
L’approche en termes de logiques d’action nous renseigne sur l’aptitude
sociale des acteurs à la mobilisation autour d’un projet, sur les arrangements
et sur la souplesse des enchaînements de ressources auxquels peuvent se livrer
les individus.
Elle montre aussi le rôle très important des formateurs (Romby 2001) et
des personnes ressources pour dynamiser des évolutions locales et met bien en
valeur le problème de la récompense ou de la reconnaissance pour ces
hommes et ces femmes de terrain dont la compétence professionnelle est
garantie de manière définitive par leur grade. Et il y a là un élément d’évolution à suivre.
Désormais deux pistes nous semblent intéressantes à explorer :
- d’une part, il faudrait étudier dans la durée comment les compromis, les
arrangements locaux tiennent ou au contraire se modifient et analyser
s’il y a enlisement ou si de nouvelles formes de communication, de nouvelles pratiques sont en train de se développer.
- d’autre part, la phase d’équipement en ordinateurs étant terminée, il
semble utile de s’intéresser à une nouvelle phase, celle de la mise à disposition des élèves de nouveaux outils informatiques. Nous pensons
notamment au développement des outils nomades récemment apparus.
Ces derniers visent à offrir des ressources portables; parmi eux le cartable électronique semblerait se substituer progressivement à quelques
routines scolaires (au cahier de textes par exemple ou encore au dictionnaire).
Pour l’heure, le cartable électronique ne concerne que quelques établissements scolaires et son intégration est relativement récente. L’intérêt est
donc, d’une part, d’observer la mise en place de cette innovation et, d’autre
part, de repérer les changements de comportements et d’organisation que
peut susciter son utilisation en classe.
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