2003
Éducation et Sociétés
L'influence des organisations internationales sur les politiques d'éducation
De la scolarisation de masse à la formation tout au long de la vie : essai sur les enjeux économiques des doctrines éducatives des organisations internationales
Annie Vinokur
Laboratoire Développement et Transition — FORUM CNRS Université de Paris X-Nanterre vinokur@u-paris10.fr
De la planification centralisée de l’offre scolaire en fonction des besoins de main-d’œuvre
au “lifelong learning” piloté par la demande, les doctrines éducatives des organisations
internationales ont fluctué depuis un demi-siècle. L’objet de cet article est de repérer les
changements d’enjeux économiques qui peuvent contribuer à expliquer cette évolution.
On peut distinguer sur cette période trois phases dans les rapports qu’entretient le régime
d’accumulation avec ses besoins qualitatifs en main-d’œuvre, dont la traduction doctrinale
peut être synthétisée par trois métaphores successives: “industrielle” jusqu’à la fin des
années 1960, “sportive” dans les années 1970, “boursière” depuis les années 1980. Ce qui
devrait permettre de remettre en perspective aussi bien les naturalisations actuelles de
l’acquisition des savoirs comme placement financier et de l’enseignement comme service
banalisé que la substitution du management de l’éducation à sa politique.
Over the last fifty years, international organizations’ education doctrines have fluctuated,
going from centralized planning of educational resources linked to needs in the workforce
to lifelong learning policies determined by demand. The aim of this article is to identify
the changes in the economic stakes in question that can contribute to reaching an explanation of this development. Over this period, three phases can be distinguished in the
relations that the “accumulation regime” develops with its qualitative needs in manpower.
Three successive metaphors can synthesize and express the doctrinal content of these relations, which are: ‘industrial’until the end of the 60’s, ‘sporty’ in the 70’s and ‘speculative’
since the 80’s. This should enable us to see with a new angle the present day ‘naturalisation’ of learning as a financial investment and of teaching as a service just like any other,
as well as the substitution of educational management for educational policy.
Die Erziehungsdoktrinen der internationalen Organisationen schwanken seit einem
halben Jahrhundert zwischen der zentralisierten Planung des Schulangebotes gemäß den
Bedürfnissen an Arbeitskräften und dem „Lebenslangen Lernen”, das von der Nachfrage
gesteuert wird. Gegenstand dieses Artikels ist es, die Änderungen der wirtschaftlichen
Auswirkungen herauszustellen, die dazu beitragen können, diese Entwicklung zu erklären.
Man kann in dieser Periode drei Phasen unterscheiden in den Beziehungen, die das
Anhäufungsregime mit seinen qualitativen Bedürfnissen an Arbeitskräften unterhält,
dessen doktrinäre Übersetzung durch drei sich folgende Metaphern zusammengefasst
werden kann: „industriell” bis zum Ende der sechziger Jahre, „sportlich” in den siebziger
Jahren”nmäßig” seit den achtziger Jahren. Dies sollte erlauben, sowohl die gegenwärtigen
Naturalisierungen der Wissensanhäufung als Finanzanlage und das Unterrichtswesen als
banalisierten Dienst als auch die Ersetzung des Managements der Erziehung durch seine
Politik aus einem anderen Blickwinkel zu sehen.
De la planificación centralizada de la oferta escolar en función de las necesidades de mano
de obra al “life learning” pilotado por la demanda, las doctrinas educativas de las organizaciones internacionales han fluctuado desde medio siglo. El asunto de este artículo es
identificar los cambios de coyunturas económicas que pueden contribuir a explicar esta
evolución. Se pueden distinguir en este periodo tres fases en las relaciones que entretiene
el régimen de acumulación con las necesidades calitativas de mano de obra cuya traducción doctrinal puede sintetizarse en tres metáforas sucesivas: “industrial” hasta finales de
los 60, “deportiva” desde los 70, “de bolsa” desde los 80. Lo que debería permitir poner en
perspectiva otra vez, tanto las naturalizaciones actuales de la adquisición de los saberes
considerada como inversión financiera y de la enseñanza pensada como servicio banalizado, como la sustitución del management de la educación a su política.
“Le génie est soumis aux mêmes lois que celles qui régissent la production de coton et de sucre. L’offre s’adapte à la demande. Des restrictions peuvent en diminuer la quantité et des avantages la multiplier”,
Thomas B. Macaulay, On the Athenian Orators 1824
En vertu du principe de subsidiarité, les organisations internationales nesont pas autorisées par leurs chartes fondatrices à s’immiscer directement
dans les politiques d’éducation de leurs pays membres. Leur action dans ce
domaine est donc principalement indirecte, visant États et opinions
publiques dans le but de persuader, légitimer, inciter : “dialogue, consensus
sont au cœur de l’OCDE”, précise cette dernière organisation sur son site
[A :dataoecd3318 1955301.pdf]. Pour être efficace à cette échelle, leur
discours sur l’éducation doit se présenter comme normatif et universel, scientifiquement fondé, nécessaire. Pour autant, il a profondément changé depuis
cinquante ans. Se souvient-on encore que l’OCDE, actuelle propagandiste de
l’ultra-libéralisme éducatif, donnait en 1961 la France et l’URSS en exemple
aux autres pays pour leurs méthodes de planification centralisée et leur financement public de l’éducation (OCDE 1962,58 + )? On s’interroge ici sur les
enjeux économiques de ces changements de discours et sur les modèles théoriques sur lesquelles ils s’appuient.
Il est dans la logique de l’accumulation capitaliste que les employeurs
désirent trouver sur le marché une force de travail immédiatement productive, suffisamment surabondante pour peser sur les salaires et les conditions de
travail, qu’ils puissent fixer le temps nécessaire et rejeter rapidement et dont
ils n’aient pas à supporter les frais de reproduction hors travail direct (éducation, chômage, maladie, vieillesse). Des institutions non capitalistes sont
donc indispensables pour assurer l’entretien et la reproduction élargie du
stock de force de travail dont le capital a besoin mais qu’il ne peut lui-même
assurer directement (De Brunhoff 1976). En ce qui concerne l’éducation,
même aux époques où les institutions du secteur non capitaliste traditionnel
famille, Église, corporation, etc. assuraient la quasi-totalité des fonctions de
reproduction hors travail direct, la puissance publique était mobilisée — par
la voix des économistes— pour produire les nouvelles qualifications nécessaires mercantilistes ou discipliner dans les écoles élémentaires la force de
travail ordinaire classiques. Avec la disparition du rôle du secteur traditionnel dans la production de la main-d’œuvre nécessaire à l’accumulation, la
gestion de cette fonction est renvoyée aux institutions non capitalistes relevant de la puissance publique. Les stratégies mises en œuvre par les
employeurs dans ce but sont foncièrement pragmatiques. Les doctrines diffusées par les organisations internationales en font partie depuis le milieu du
XXe siècle.
La thèse soutenue ici est que, au cours du dernier demi-siècle, le discours des organisations internationales sur l’éducation a varié avec les besoins
immédiats des économies dominantes en main-d’œuvre formée et qu’il s’est
appuyé à chaque étape, en fonction de l’objectif recherché, sur l’un ou l’autre
des instruments de légitimation et/ou d’action fournis par le corpus de l’“économie de l’éducation”, sous-discipline de la science économique instituée aux
États-Unis au tournant des années 1950-1960.
On distinguera dans cette période trois étapes, symbolisées par trois
métaphores correspondant aux représentations dominantes des rapports entre
éducation et économie, et sur lesquelles s’appuie le discours normatif. La
métaphore “industrielle” est convoquée dans les années 1960 lorsqu’il s’agit
de produire en rangs serrés les nouveaux bataillons de l’armée du travail qualifié nécessaires au régime d’accumulation qui se met en place dans les cadres
nationaux. Lorsque, dans la décennie qui suit, ce régime entre en crise, c’est
à une métaphore “sportive” que l’on fait appel pour tenter de freiner l’autonomisation incontrôlable de la demande scolaire en disqualifiant l’institution
elle-même. Enfin, depuis les années 1980 et la montée en puissance d’un nouveau régime d’accumulation mondial, le découplage réalisé entre l’école et
l’emploi permet, en recourant à une métaphore “boursière”, de légitimer la
banalisation du service d’enseignement.
enjeux économiques des doctrines éducatives des organisations internationales
Les années 1960 : l’enjeu de la mobilisation scolaire
et la métaphore industrielle
La fin des années 1950 et le début des années 1960 sont, aux États-Unis, une période d’intense recherche sur les facteurs de la croissance économique, recherche stimulée par l’appel d’offre du gouvernement fédéral sur la
question : “comment augmenter de 1% le taux de croissance de l’économie
américaine dans les vingt prochaines années ?”. L’Université de Chicago et le
National Bureau of Economic Research y répondent en produisant un corpus
d’inspiration néoclassique, la théorie de l’investissement en capital humain,
qui comporte deux volets.
Le premier est microéconomique. L’instruction accroît la productivité
des travailleurs, donc, sur un marché du travail supposé concurrentiel, leur
salaire. L’éducation est un investissement que, s’ils sont libres de leurs choix,
les individus entreprennent et financent tant que son taux de rendement est
supérieur ou égal à celui des placements alternatifs. Le mécanisme est autorégulateur : une pénurie de travailleurs formés doit élever le taux de rendement
de l’instruction et donc susciter une demande accrue; un excédent doit le
réduire et inciter les individus à renoncer à poursuivre leurs études. Aux
externalités près, qui ne peuvent être prises en compte dans le calcul individuel, l’allocation optimale des ressources à l’éducation est réalisée sur un libre
marché des services d’enseignement.
Le second volet est macroéconomique. Les seuls accroissements quantitatifs des inputs de travail et de capital ne permettent pas de rendre compte
de la croissance économique observée dans le passé. L’amélioration qualitative du facteur travail par l’instruction est convoquée pour résoudre l’énigme.
D’après les travaux de Denison, présentés à la conférence sur “Le facteur résiduel et la croissance économique” (OCDE 1964), la prolongation de la scolarité aurait été la principale source de la croissance de l’économie américaine depuis 1929, et il suffirait d’accroître d’une année scolaire la durée
moyenne des études pour augmenter de 0,7% le taux de croissance de cette
économie dans les vingt prochaines années.
Les organisations internationales ne font pas appel au volet microéconomique de la théorie, qui a été mis en sommeil jusqu’aux années 1980. Le
rapport de la Conférence de l’OCDE tenue en 1961 à Washington sur “Les
politiques de croissance économique et d’investissement dans l’enseignement” 1962,29 précise : “Il est clair toutefois qu’en ce qui concerne l’éducation, nous n’avons pas la ressource de nous fonder sur un système de
marché au fonctionnement plus ou moins automatique. Le rôle important des
choix individuels [...] ne doit pas être oublié. Toutefois, si les écoles étaient
aux mains d’entreprises privées non subventionnées, l’adaptation du système
à l’évolution technique, sociale et économique ne coïnciderait pas nécessairement avec l’intérêt national, étant donné la nature même de l’éducation. Il
faut donc admettre que le développement du système éducatif doit s’effectuer
dans le cadre d’une politique nationale de l’éducation.”
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale pour le Nord, des indépendances politiques pour le Sud, la période des années 1950-1960 est en effet
marquée par une très forte pénurie de main-d’œuvre qualifiée, contrastant
avec la période de chômage des diplômés de l’avant-guerre. Les appareils
bureaucratiques des grandes firmes industrielles, comme ceux des administrations, ont besoin de nourrir une hiérarchie fine de postes intermédiaires du
travailleur collectif, les emplois tertiaires se multiplient. Pouvait-on attendre
du libre jeu de la demande individuelle sur un marché des services éducatifs
qu’il fournisse l’accroissement nécessaire de l’offre de personnel qualifié ?
Certainement pas. Les revenus sont trop faibles pour assumer la dépense
d’instruction; la pénurie générale de main-d’œuvre est telle que les jeunes
trouvent aisément à s’employer dès la fin de leurs études élémentaires; les
anticipations de gains liés à l’instruction — calées sur l’expérience de la
période précédente— sont trop aléatoires. Surtout, il faut former les nouveaux bataillons très rapidement et cela dans les proportions quantitatives et
qualitatives requises. Enfin, intégrer dans une société salariale nationale une
population encore largement issue du secteur traditionnel suppose un nouveau contrat social dans lequel, en principe, la place de chacun est déterminée moins par sa naissance que par sa “valeur” personnelle hors marché, certifiée par le diplôme que confère une instance autonome. Tout ceci suppose
un financement et une offre publics et centralisés (OCDE 1966).
L’UNESCO, qui pour sa part avait déjà lancé en 1957 la “course à l’éducation”, recommandant aux gouvernements de consacrer 5% du PIB aux
dépenses de scolarisation, a fait de la planification de l’éducation sa priorité
en 1962.
Le volet macroéconomique de la théorie du capital humain, très largement diffusé, sert en revanche à légitimer une intervention massive des pouvoirs publics qui utilise des instruments de planification entièrement étrangers au modèle théorique. Ce que souligne la conclusion de la Conférence sur
le “facteur résiduel”: “d’une façon générale, l’opinion a prévalu que si l’on
écarte la méthode d’analyse par la productivité marginale, il n’existe pas de
règle théorique universelle qui puisse guider l’établissement des programmes
de scolarisation. La seule autre solution pratique est le pragmatisme. En tout
état de cause il est paradoxal de s’inspirer de la théorie de la productivité marginale pour établir de tels programmes, étant donné que les tenants de cette
théorie sont généralement opposés à la planification” (OCDE 1964,308).
On fait appel principalement, en effet, aux méthodes de la planification
dite “dans l’optique des besoins de main-d’œuvre”, sur le modèle des balances
enjeux économiques des doctrines éducatives des organisations internationales
de main-d’œuvre du Gosplan soviétique. La vitrine internationale de cette
méthode a été le Projet Régional Méditerranéen de l’OCDE Parnes 1962.
Une fois définis les besoins de l’économie à l’horizon du plan, l’enseignement
s’organise sur le mode industriel. Dans le premier ouvrage à utiliser le terme
d’“économie des ressources humaines” et destiné aux “planificateurs socio-économiques”, Hector Correa 1963 — économètre de l’école de Tinbergen
et directeur de l’Institut International de Planification de l’Éducation IIPE
de l’UNESCO, créé en 1962— établit une “fonction de production du travail” qui combine une matière première, l’être humain, avec d’autres inputs
dont le principal est l’offre d’instruction. À la conférence de Kungälv, des
méthodes sont élaborées de prospection de la matière première et d’évaluation des “gisements d’aptitudes” en fonction de leur teneur en QI et de leur
coût d’extraction Halsey & al. 1962. Les obstacles institutionnels à la
continuité de la chaîne de montage, du primaire au supérieur sont levés. La
fonction de production scolaire est rationalisée : l’élève est un “semi-produit”,
les échecs et les abandons des “déchets scolaires” éventuellement recyclables.
Les flux de sortie approvisionnent des “parcs” de diplômés que les entreprises
“achètent sur pied”.
Tant la pénurie de diplômés que le coût du rodage sur le tas des nouveaux embauchés incitent les firmes à stabiliser les qualifiés dans les firmes :
rémunération à l’ancienneté, salaires différés, plans de carrière, pensions
d’entreprise, etc. Dans les pays du Nord tend à s’établir, au travers de dures
luttes sociales, un régime d’accumulation intensive fondé sur la production et
la consommation de masse dans le cadre national. Ce qui se construit alors
est un système dans lequel : a le salaire n’est pas un “prix” d’ajustement sur
le marché mais un “tarif” relevant d’un barème politiquement déterminé sur
la base du partage ex ante des gains de productivité (conventions collectives,
salaire minimum, etc.) et largement adossé à la qualification (diplôme); b
le capital ne peut se saisir de la force de travail dont il a immédiatement
besoin sans abonder un fonds collectif de reproduction hors travail de la
population protection sociale, éducation. Dès lors la sécurité des anticipations des surcroîts de rémunération attendus de l’éducation est assurée et la
demande d’instruction augmente rapidement. Elle explose également dans
ceux des pays du Sud où les débouchés d’une structure scolaire calquée sur
celle des anciennes métropoles sont presque exclusivement constitués par
l’appareil d’État qui, de surcroît, garantit fréquemment aux diplômés un
emploi dans l’administration. Entre 1960 et 1968 les effectifs scolarisés
auraient pratiquement doublé dans le monde et les dépenses publiques d’instruction en prix courants presque triplé Faure 1972.
Les années 1970 : l’enjeu de la disqualification
de l’institution scolaire et la métaphore sportive
Dès la fin des années 1960 apparaissent en force dans le discours lesthèmes non plus de la pénurie mais de l’excédent : “inflation scolaire”,
“suréducation”, “chômage des diplômés”, “inadéquation” entre formation et
emploi. Dans les pays de la périphérie, la scolarisation n’a pas engendré le
décollage économique espéré et se heurte à l’inélasticité des emplois publics
et des ressources budgétaires. Dans les pays du centre, les soulèvements étudiants de 1968 et la montée du chômage alimentent les thèses de la responsabilité des systèmes éducatifs et de leur planification dans la genèse d’un surplus économiquement coûteux et politiquement dangereux.
Le mécanisme autorégulateur du modèle du capital humain n’a pas
fonctionné. On constate à l’inverse une stabilité des salaires et l’élévation des
exigences de diplôme à l’entrée des emplois, ce qui entretient d’autant plus la
pression de la demande scolaire effet de cheminée que les alternatives
réelles — secteur traditionnel et emplois peu qualifiés— s’amenuisent. Dans
la logique de la planification, l’ajustement des flux à la baisse est techniquement possible, mais il ne l’est pas politiquement. Se multiplient alors les diagnostics de crise, dont le plus diffusé, “La crise mondiale de l’éducation” de
Ph. Coombs 1968, dir ecteur de l’IIPE, impute le coût excessif des dépenses
publiques d’enseignement et l’inadéquation générale entre formation et
emploi à l’insuffisante adaptation de l’éducation aux révolutions mondiales
scientifiques, démographiques, économiques et sociales. L’analyse est donc
menée en termes de dysfonctionnements : l’éducation doit s’adapter. Mais
comment ?
La théorie du capital humain connaît alors une éclipse au profit de deux
approches qui ont en commun de s’intéresser à la fonction de certification de
l’école, occultée jusque-là (Vinokur 1995). Dans les théories “du filtre”
Arrow 1973, l’école post-obligatoire a moins pour fonction de former les
travailleurs que d’informer les employeurs sur leurs aptitudes préexistantes, ce
qui a deux implications politiques. La première est que, dans la mesure où
l’école est une “boîte vide” en ce qu’elle n’accroît pas la productivité des travailleurs mais se borne à l’étalonner, toute intervention publique visant à
réduire la durée des études et intensifier la sélection ne peut être que rationnelle socialement et individuellement. La seconde, le postulat de concurrence sur le marché du travail étant maintenu, est que c’est aux individus de
financer l’acquisition des certifications, dont ils sont les seuls bénéficiaires des
rendements. Dans les approches empiriques de la “segmentation du marché
du travail”, celui-ci n’est plus concurrentiel : l’accès aux “bons” emplois, rares,
n’est pas régulé par le prix mais rationné par les procédures non marchandes
enjeux économiques des doctrines éducatives des organisations internationales
que sont les signaux d’employabilité, parmi lesquels les diplômes. Les travailleurs entrent donc non en concurrence, mais en compétition pour l’emploi Thurow 1975. L’image de référence est celle du sportif visant le
podium : seul le meilleur gagne, les autres perdent le bénéfice espéré de leur
entraînement. La théorie des jeux, avec la fable du dilemme du prisonnier, est
convoquée. Les compétiteurs ne pouvant s’entendre, la pénalité attachée au
fait de renoncer à poursuivre ses études si les autres continuent est telle que
leur poursuite par tous est le résultat le plus probable. D’où “l’effet boule de
neige” de la demande et la dévalorisation continue des diplômes par l’exigence d’un niveau de diplôme croissant pour un même emploi. Comme Alice
derrière le miroir, il faut courir de plus en plus vite pour rester à la même
place. Il n’y a donc pas de rapport bi-univoque entre diplôme et productivité,
ni de mécanisme spontané d’équilibre diplôme-salaire : le déséquilibre est
cumulatif et le gaspillage social correspondant peut s’analyser comme un
“potlatch scolaire” Millot 1980, un jeu à somme non pas nulle mais néga -
tive. Il en découle logiquement la nécessité de recourir à l’intervention d’une
autorité extérieure pour freiner la course aux diplômes tout en maintenant
leur hiérarchie. Une autre possibilité, dans les deux approches, est la diversification vers des signaux non scolaires des politiques d’embauche des
employeurs (expérience professionnelle, relations personnelles, origine
sociale, etc.).
Le discours des organisations internationales est dès lors fort embarrassé : il est aussi périlleux politiquement de renvoyer le financement des
études aux familles que de préconiser l’instauration de numerus clausus, et
cela d’autant plus que le mythe selon lequel le chômage serait dû à l’insuffisante formation des travailleurs entretient les études comme traitement idéologique et social — sinon économique— du chômage.
L’UNESCO effectue alors un revirement de doctrine au tournant des
années 1970, passant du mot d’ordre de la scolarisation de masse à celui de
l’éducation permanente. La légitimation, qui ne pouvait ouvertement s’appuyer — comme dans le cas de la “course à la scolarisation”— sur des arguments économiques, en est confiée au rapport Edgar Faure “Apprendre à être”
1972, auquel l’UNESCO a donné une exceptionnelle diffusion.
Les systèmes scolaires sont inefficaces, coûteux, livresques, sclérosés et
inégalitaires. Est dépassé le modèle académique “qui marque pour l’abstraction une préférence qui semble traduire le préjugé social de l’aristocratie”
xxxiii, où la relation maître-élève est “une relation de dominant à dominé”
89 et la hiérarchie des niveaux, du primaire au supérieur, “chargée de
connotations discriminatoires” 67. Surtout, “la production de diplômés
dépasse les capacités d’absorption de l’économie, créant ainsi un chômage
catégoriel dont les inconvénients ne se limitent pas seulement à un défaut de
rentabilité, mais se traduisent par des dégâts psychologiques et sociaux dont
l’amplitude menace désormais l’équilibre du corps social” xxiv. Pour autant
il faut rejeter toute tendance malthusienne à rationner l’instruction en la
mesurant étroitement aux perspectives d’emploi xxxv. Ce qu’il faut c’est
d’abord désinstitutionnaliser l’école, i.e. “déconnecter le diplôme de l’emploi : la motivation fondée sur l’emploi, si elle est incapable d’assurer une
véritable démocratisation, présente aussi le lourd inconvénient d’accréditer
l’idée que tout diplôme crée le droit à un emploi de qualification correspondante. Dès lors les diplômés qui ne peuvent trouver l’activité correspondante
à leur qualification s’estiment dupés et préfèrent s’installer dans le chômage
plutôt que de s’abaisser à occuper un métier moins brillant, que d’ailleurs on
a négligé de leur apprendre” xxxiii. L’école n’a pas compétence “à exercer
la lourde responsabilité d’opérer les tris décidant de l’accès à la vie professionnelle” 89, “la responsabilité de la sélection devant être assumée principalement par les employeurs” 231. Il faut ensuite désétatiser l’enseigne -
ment, le décentraliser, “supprimer les cloisonnements entre les secteurs
public et privé, entre le corps professoral fonctionnarisé et ceux qui assument
des tâches éducatives occasionnelles”. Il faut enfin, et surtout, dériver l’appétit de connaître de l’école vers l’éducation permanente itérative et la “cité
éducative”, de manière à “optimiser la mobilité professionnelle et susciter en
permanence le désir d’apprendre et de se former” xxxv. Récupérant aussi
bien les thèses d’Illich 1971 que celles des socialistes du XIX e siècle
Dommanget 1970, le rappor t veut libérer le savoir du monopole scolaire qui
empêche jeunes et adultes de bénéficier de toutes les formes non scolaires
d’épanouissement personnel et d’acquisition des connaissances, depuis le
retour aux sources de la communauté africaine jusqu’aux technologies de l’information, en passant par le travail productif. Il convient simultanément de
“ranimer la motivation naturelle qui porte l’homme vers la connaissance” et
de “désenchanter l’automatisme diplôme/emploi” ibid. Utopie libératrice
ou projet de soumission totale aux besoins de l’économie ? “Apprendre à être”
est le brouillon du projet pédagogique total qui se déploie à partir des années
1980.
Depuis les années 1980 : l’enjeu de la banalisation
des services d’enseignement et la métaphore boursière
Revenons au problème initial : la nécessité, pour l’accumulation du capi-tal, de la production non capitaliste d’un surplus permanent de maind’œuvre par rapport à ses besoins immédiats. La planification quasi militaire
de l’offre scolaire de l’après-guerre, si décriée ensuite, avait en fait réussi, dans
un temps record et dans des proportions qualitatives acceptables, à fournir les
enjeux économiques des doctrines éducatives des organisations internationales
contingents nécessaires. Dans les conditions qui étaient alors indispensables
pour susciter et soutenir la demande, i.e. l’articulation diplôme-emploi-salaire
assurant la sécurité des anticipations de gains liées aux études, elle a de surcroît enclenché un processus cumulatif, autonome, de production de surplus.
Ce qui est a priori très satisfaisant du point de vue des employeurs, mais sous
deux conditions : a le surplus doit effectivement pouvoir servir à réduire les
coûts du travail, ce qui suppose l’élimination des obstacles institutionnels à la
libre détermination des salaires sur le marché. La négociation collective des
qualifications adossées aux diplômes doit céder le pas à la négociation individuelle des compétences, la certification de ces dernières servant exclusivement à l’information des employeurs; b le financement de la production de
la main-d’œuvre qualifiée ne doit pas peser sur les profits. La libération des
mouvements de capitaux, en mettant les pays en compétition pour les attirer
ou les retenir, tend à réaliser ces deux conditions : déconstruction des rapports
salariaux administrés et dumping fiscal. La “surqualification” n’est alors plus,
en soi, un problème, sauf dans la mesure où l’allongement des études scolaires
alourdit le coût du service public et prive l’économie d’un volant de maind’œuvre jeune, flexible et peu exigeante.
Deux nouveaux facteurs requièrent toutefois le recours aux organisations internationales, dans la mesure où il s’agit de modeler les comportements des individus et des pouvoirs publics.
Le premier est la transformation profonde des modes de gestion de la
main-d’œuvre par les firmes déployées à l’échelle mondiale et donc des caractéristiques qualitatives requises de la force de travail : flexibilité, initiative,
autonomie, adaptabilité, capacité de réponse rapide et efficace non plus aux
injonctions de la hiérarchie mais aux signaux horizontaux du marché ou de la
machine. Faire payer leur formation par les travailleurs est un moyen de
réduire les dépenses publiques, mais c’est aussi — peut-être surtout— un
instrument pédagogique d’adaptation précoce et continue des jeunes aux
signaux du marché, d’autant plus puissant qu’ils seraient amenés à emprunter
pour financer leurs études. Des systèmes de certification internationale des
compétences sont également nécessaires pour assurer la transparence des
nouveaux marchés du travail, favoriser les migrations de personnel qualifié et
les délocalisations, et piloter souplement les contenus des formations au plus
près des besoins immédiats des firmes : les certifications internationales,
temporaires ou jetables, de l’industrie des technologies de l’information, en
fournissent le modèle Adelman 2000.
Le second est la pénétration des capitaux concentrés dans les secteurs
non marchands publics, parmi lesquels l’enseignement. Jusqu’ici la rentabilisation des investissements de l’industrie de l’éducation ne peut être assurée
sans une participation importante de fonds ou de services publics (entreprises
d’e-learning associées aux universités; firmes de testing, de consulting, de
gestion des établissements, etc. travaillant en sous-traitance des pouvoirs
publics, joint ventures et franchisages entre établissements publics et privés,
système des “vouchers”, partenariats public/privé dans la recherche, etc.).
Mais les perspectives de rentabilisation des technologies de l’information
dans l’enseignement commercial supposent également la possibilité de
s’adresser directement aux individus en tant que libres consommateurs de
produits éducatifs finement différenciés et “granularisés”.
Le problème est donc d’obtenir que pouvoirs publics et individus soient
conduits, sans violence politique, à s’adapter d’eux-mêmes en permanence —
en tant que producteurs et consommateurs— aux besoins rapidement évolutifs de l’accumulation : “Dans la mesure où le politique apparaît inévitable, les
institutions internationales ont cherché à éviter le problème en se référant
aux courants de l’économie politique qui tendent à dépolitiser les perceptions
et les interprétations” Hibou 2000.
Dans le domaine des politiques d’éducation, le premier de ces courants
est la théorie néo-classique microéconomique de l’investissement en capital
humain, le second la théorie néo-institutionnaliste des contrats et des organisations. Ce pour quoi est convoquée une double métaphore boursière. D’un
côté l’image de l’individu investisseur rationnel sur le libre marché, qui fonde
le report sur les ménages du financement et du choix des services d’enseignement. De l’autre la figure de l’actionnaire institutionnel imposant ses préférences au décideur via les méthodes de la “corporate governance”, transposées à la mise aux normes internationales de la régulation publique des
systèmes éducatifs. Dans les deux cas l’individualisme méthodologique
permet d’occulter les conflits et les rapports de pouvoir, et donc, pour
reprendre la terminologie des organisations internationales, de ne plus parler
de “politique” mais de “management” de l’éducation.
On a vu que, dans l’arsenal des instruments de politique retenus par les
organisations internationales, le volet microéconomique de la théorie du
capital humain avait été écarté depuis les années 1960. Ses théoriciens se
réfugient entre-temps, à la suite de Gary Becker 1965, dans l’élaboration
d’une théorie générale des comportements humains visant à affermir l’hégémonie de la science économique sur l’ensemble des sciences humaines et
sociales. À partir des années 1980, en revanche, le modèle prend du service
actif et d’abord à la Banque mondiale, confrontée aux problèmes que pose la
réduction des dépenses publiques d’éducation dans les pays sous ajustement
structurel. Dans sa première application à “l’Éducation en Afrique
Subsaharienne” 1988, moyennant quelques hypothèses peu réalistes et des
méthodes statistiques discutables (Vinokur 1987), le calcul des taux de rendement privés fait apparaître, e. g., que la scolarité primaire rapporterait à
l’enfant africain moyen du 45% par an. Si les parents africains ne se précipitent pas sur ce placement, ce ne peut être que parce que les monopoles
enjeux économiques des doctrines éducatives des organisations internationales
publics de l’enseignement en limitent l’offre. Sur un libre marché des services
d’enseignement, financés par les familles aidées éventuellement par un système de prêts, la demande d’instruction accrue compenserait et au-delà la
réduction des dépenses publiques imposée par les plans d’ajustement structurels. Plus généralement, le taux de rendement “social” étant calculé en ajoutant les dépenses publiques aux coûts d’opportunité privés, sans modification
des rendements (les externalités de l’éducation n’étant pas mesurables, on les
omet), par construction les particuliers ont toujours plus intérêt à financer
leur formation que la société dans son ensemble. La méthode est toujours utilisée dans les mises à jour périodiques des calculs de taux de rendement par la
Banque mondiale Psacharopoulos & Patrinos 2002 et fonde également
désormais les recommandations de l’OCDE. Les taux de rendement privés de
l’éducation post-obligatoire étant “dans l’ensemble très supérieurs au taux
d’intérêt réel et au taux de rendement des autres investissements productifs.
En procédant simultanément à un relèvement des droits de scolarité et à un
élargissement des dispositifs de prêts aux étudiants, on pourrait contribuer à
la réalisation d’objectifs d’équité sans compromettre l’efficience” (OCDE
2001). Le traitement de l’éducation en tant que placement financier banalisé
a évidemment pour corollaire la banalisation du service d’enseignement
comme service marchand, qui relève de l’OMC.
Le courant de pensée économique néo-institutionnaliste (qui est à l’origine du succès de la notion de “gouvernance”) a pour objet, depuis la fin des
années 1970, de pallier les insuffisances de l’analyse néoclassique de la coordination des activités économiques par le marché, sans renoncer aux postulats de l’individualisme méthodologique. Posée d’abord au niveau micro
(Coase 1937; 1988), la question était : si le marché est le moyen le plus efficace pour allouer les ressources, pourquoi l’entreprise est-elle une structure de
rapports non marchands ? Réponse : l’organisation peut être plus efficiente
que le marché lorsque, en situation d’incertitude, les coûts de transaction ou
de coordination associés à la relation contractuelle marchande sont trop
élevés. Sur ces bases, le néo-institutionnalisme se constitue en une école de
pensée qui interprète dans des termes strictement économiques (de rendement et d’efficacité) aussi bien l’histoire et les relations sociales et politiques
que les relations sociales internes à l’entreprise. La gouvernance est une
notion qui peut être utilisée positivement, comme “analyse de la manière
dont le pouvoir est exercé dans la gestion des ressources économiques et
sociales d’une firme, d’une collectivité décentralisée, d’un pays ou d’une organisation internationale ou de la société internationale” Hugon 2002. Elle
peut être utilisée normativement pour définir à la fois des règles rationnelles
de partage entre marché et organisation et les formes d’organisation les plus
efficientes, i.e. la bonne gouvernance. La question centrale, formulée dans la
“théorie de l’agence” Jensen & Meckling 1976, est donc celle de l’exercice
du pouvoir du mandant le principal sur le mandataire l’agent et “la bonne
gouvernance est celle qui assure le meilleur contrôle au moindre coût”
Batsch 2002. Dans le cas de la firme, la corporate governance est l’ensemble
des moyens d’incitation, de contrôle et de contrainte par lesquels les actionnaires “shareholders” concentrés dans les fonds de pensions peuvent
amener les dirigeants des entreprises, dont les intérêts ne sont pas nécessairement les mêmes et sur lesquels ils n’ont aucun pouvoir hiérarchique direct, à
privilégier dans leurs décisions la rentabilité à court terme de leurs capitaux.
L’émergence du thème de la bonne gouvernance au niveau macro remonte à
la gestion après-vente des programmes d’ajustement structurel dans les pays
endettés. L’inefficacité constatée (en termes de développement) des plans de
la Banque mondiale est alors imputée par cette dernière non à la qualité des
modèles économiques qui les sous-tendent, mais aux difficultés de leur mise
en œuvre “implementation” sur le terrain. Celles-ci renvoient aux obstacles
et résistances qu’opposent les comportements et les organisations des pays
endettés et plus particulièrement la défaillance des États (bureaucratiques,
inefficaces, corrompus, etc.). Mais leurs chartes fondatrices interdisent aux
organisations internationales de s’immiscer dans les affaires politiques intérieures des pays membres. Adoptée ensuite par l’OCDE et l’UE pour les pays
développés, la bonne gouvernance se présente alors comme un ensemble
technique de règles, institutions régulatrices, normes de contrôle et mécanismes incitatifs dont l’apolitisme est garanti par l’expertise et la légitimité
par l’efficacité. Mais l’efficacité pour quelles fins ? Autant les fins poursuivies
par les “shareholders” des firmes sont claires, autant celles des “stakeholders”
parties prenantes de politiques aussi sensibles que celles relatives à l’éducation relèvent de la résolution politique de conflits entre intérêts divergents.
Ce débat politique peut cependant être évité en inscrivant dans les principes
de bonne gouvernance une source de légitimité du pouvoir susceptible de
recevoir un large consensus : la démocratie. Toutefois la démocratie représentative, le plus souvent identifiée à la concurrence sur le marché électoral, est
considérée comme insuffisante : “La complexité des problèmes et la diversité
de la société civile sont désormais telles que le modèle de la démocratie représentative ne constitue plus une source d’inspiration suffisante. Le processus de
réforme doit nécessairement s’ouvrir à des options plus novatrices”
(Lebessis& Paterson 1999). La forme d’organisation non marchande la plus
démocratique n’est donc plus la démocratie représentative, hiérarchique,
mais la démocratie “participative”, par laquelle la société civile participe de
l’administration du bien public : “Nous devons cesser de penser en termes de
pouvoirs hiérarchisés, séparés par le principe de subsidiarité, et commencer à
imaginer plutôt une mise en réseau dans laquelle les différents niveaux de
gouvernance œuvrent conjointement à l’élaboration, à la proposition, à la
mise en œuvre et au suivi des politiques” (Prodi 2000). La procédure par
enjeux économiques des doctrines éducatives des organisations internationales
laquelle les agents y parviennent est le libre accord entre les parties prenantes, accord dont l’échange marchand est le modèle. Lorsque l’organisation non marchande est indispensable, ce libre accord prend les formes du
contrat, de la convention, du partenariat public-privé etc., supposés conclus
entre égaux et favorisant le brouillage des frontières entre services publics et
firmes commerciales. On est bien ici dans le modèle néo-institutionnaliste,
dans lequel l’organisation est un réseau de contratsnon marchandsau service
du marché, produit a-historique de la libre décision d’individus rationnels.
L’accumulation du capital ne peut faire l’économie de la production non
capitaliste de sa force de travail. Á chacune des étapes de ce parcours, il a été
fait appel aux États pour produire, financer, réguler ou contrôler l’offre de
force de travail nécessaire au régime d’accumulation du moment. Il ne s’agit
jamais, à chaque mutation de ce régime, de “moins” ou de “plus” d’État, mais
toujours, par-delà les discours, d’un “autre” État. L’instrumentalisation des
organisations internationales dans ce but exprime les intérêts communs du
moment de capitaux dominants adossés à leurs espaces institutionnels et
intellectuels d’origine. L’apport propre de ces organisations est dans l’élaboration progressive de méthodes de dépolitisation de l’une des plus politiques des
questions de société.
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