2001
éla - Revue de Didactologie des langues-cultures
Métalangage et didactique intégrée des langues dans le système scolaire brésilien
José Carlos Chaves Da Cunha
Universidade Federal do Pará, Brésil
Il s’agit ici d’une réflexion, menée à partir d’expériences de
terrain, sur l’intérêt d’un rapprochement des présupposés théoriques de base
de l’enseignement/apprentissage de la langue maternelle (LM) et de la langue
étrangère (LE), passage obligé d’un enseignement/apprentissage intégré de
ces disciplines dans le système scolaire. Nous nous intéresserons plus particulièrement à la mise en œuvre d’une approche de type pragmatique, bivalente, qui accorde une place importante au métalangage comme moyen
d’enseignement/apprentissage de la LM et de la LE sans en faire pour autant
le but.
Au Brésil, la langue maternelle (LM) est obligatoire dans l’enseignement « fondamental » et « moyen »
[1]. Pendant onze ans au moins, les
élèves ont en moyenne cinq heures de cours de portugais par semaine, soit
plus de deux cent heures par an ! On pourrait s’attendre à ce qu’à la fin
de leurs études secondaires les apprenants soient très compétents dans la
connaissance et le maniement de cette langue. Or, il n’en est rien. Ils ont
le plus souvent beaucoup de difficultés à s’exprimer oralement (surtout
dans des situations de communication formelles) et encore plus de difficultés à le faire par écrit, bien que l’enseignement de la LM, centré sur la
grammaire normative traditionnelle, accorde la priorité à l’écrit. Les
apprenants ont souvent le sentiment – partagé par de nombreux enseignants – que la langue portugaise est difficile et qu’ils ne la dominent pas.
Enseignants et apprenants de LM se plaignent donc des résultats qu’ils
obtiennent dans le système scolaire, même s’ils divergent parfois lorsqu’il
s’agit d’identifier les causes, nombreuses, de cet échec.
La place de la langue étrangère (LE) dans notre système scolaire est
nettement moins importante et varie beaucoup selon les régions, les États,
les villes et les institutions. On peut passer d’une situation où les apprenants ont accès à l’apprentissage d’au moins une LE dès le début de leur
scolarité jusqu’à la fin du secondaire, à une situation – hélas encore
fréquente dans les régions les plus pauvres du pays – où ils ne sont jamais
en contact avec une LE. En effet, malgré l’entrée en vigueur, en décembre
1996, d’une nouvelle loi d’orientation générale pour l’éducation nationale
assez favorable à l’enseignement des langues
[2], les apprenants ont rarement
plus de deux heures de cours de LE par semaine et, en général, finissent
le secondaire sans en avoir appris aucune.
Notre propos n’est pas d’entreprendre l’analyse des causes de cette
situation. Nous nous contenterons, en partant de deux constats relativement banals et en rappelant les trois hypothèses fondamentales qui orientent notre réflexion, de faire quelques propositions susceptibles de
contribuer à l’amélioration du tableau esquissé ci-dessus. Nous illustrerons
ces propositions avec quelques exemples concrets puisés dans le cadre de
la
bivalence
[3].
1. CONSTATS ET HYPOTHÈSES DE TRAVAIL
Commençons donc par les constats :
- Dans notre pays, les responsables (professeurs, gestionnaires, méthodologues…) de l’enseignement/apprentissage de la LM ignorent le
plus souvent ce qui se fait en LE et les responsables de celles-ci ne
prennent pas en compte ce qui se fait en LM. En effet, il n’y a pas
d’articulation évidente, systématique, entre la LM et la LE. En général,
l’enseignement de la LE ne met pas à profit les compétences déjà
acquises par les apprenants en LM. De la même manière, l’étrangeté
d’un système langagier nouveau n’est pratiquement pas exploitée pour
développer chez l’apprenant une prise de conscience langagière et faciliter ainsi une appropriation plus fine de la LM. L’apprenant est donc
amené à aborder l’apprentissage des structures et de l’emploi de la LM
et de la LE de manières très diverses et cloisonnées, comme s’il s’agissait d’objets radicalement différents (cf. Roulet, 1995 : 115).
-
Les pratiques de la salle de classe et les présupposés théoriques
(langagiers, méthodologiques…) qui sont à la base de l’enseignement/apprentissage de la LM et de la LE restent trop éloignés l’un
de l’autre. Au Brésil, malgré d’incontestables progrès
[4], la LM privilégie encore une approche plutôt prescriptive du fonctionnement
linguistique et reste inféodée à la grammaire normative traditionnelle
qui sert à la fois de moyen et de but d’enseignement/apprentissage. La
LE s’appuie davantage sur une approche pragmatique du fonctionnement linguistique (savoir-faire à acquérir) même s’il est vrai que les
démarches explicatives concernant ce fonctionnement sont toujours
tributaires de cette grammaire traditionnelle. Cela entraîne des écarts
terminologiques
[5] et des différences de types d’analyse qui perturbent
les élèves et sont dommageables à l’appropriation aussi bien de la LE
que de la LM (cf. O’Neil, 1993 : 240-241).
Ces constats constituent la base sur laquelle s’appuient les trois hypothèses qui guideront notre réflexion :
Rapprocher l’enseignement/apprentissage de la LM et des LE, tant
du point de vue des présupposés théoriques de base (langagiers,
didactico-méthodologiques…) que du point de vue des pratiques de la
salle de classe, peut favoriser une appropriation plus rapide et plus
efficace de l’une et de l’autre langue. L’idée sous-jacente à cette hypothèse est que l’apprentissage d’une LE n’est jamais indépendant de l’apprentissage antérieur ou simultané de la LM. « Les apprenants ne sont pas
une table rase. Ils possèdent déjà le langage, ont l’expérience de ce qu’est
l’activité langagière avec tout ce que cela implique de connaissance d’un
système linguistique de représentation du monde et de communication.
Leur appréhension du deuxième système linguistique se fera à l’aide de
processus cognitifs qui ramèneront l’inconnu au connu, tant par le filtre
préalable de la L1, que par les connaissances pragmatiques, discursives et
sémantiques déjà construites. » (Trévise, 1993 : 41). Ajoutons à cela le
fait que les similitudes entre ces deux disciplines sont nettement plus
nombreuses que leurs spécificités. Rien ne justifie donc l’incroyable écart
qui existe entre leurs méthodologies, objectifs, programmes et contenus
dans la plupart des établissements scolaires.
Ce rapprochement ne se justifie pleinement, à notre avis, que dans
le cadre d’une approche pragmatique de l’enseignement/apprentissage
de la LM et de la LE. Aujourd’hui, il n’est plus envisageable d’apprendre
une langue sans prendre en compte, simultanément, les niveaux phonéticophonologique, morpho-syntaxique, sémantico-pragmatique et de les articuler entre eux. Or, le plus souvent, c’est ce dernier niveau qui entraîne les
choix concernant les autres niveaux. Mises à part des situations bien
précises (dans un cours de langue par exemple), nous ne parlons pas pour
utiliser la notion d’antériorité dans un énoncé, pour conjuguer un verbe au
présent de l’indicatif ou pour prononcer le /y/. Nous prenons la parole pour
interagir avec nos interlocuteurs dans des situations de communication qui
conditionnent largement nos échanges langagiers.
Enfin, nous postulons que
l’activité réflexive de type métalangagier
[6]
est le lieu par excellence de rapprochement entre la LM et la LE.
Nous estimons en effet qu’en travaillant avec un métalangage commun
(unifié à partir des présupposés théoriques de base), et en centrant la
réflexion et les activités métalangagières sur les aspects pragmatiques de
la communication, nous favoriserons une meilleure connaissance du fonctionnement de l’une et de l’autre langue et donc – puisque comprendre
aide à apprendre – un apprentissage plus solide et efficace
[7].
Il y a sans doute aujourd’hui un consensus assez large autour des
constats et des hypothèses présentés ci-dessus. La question qui pose
problème est d’ordre méthodologique. Comment, concrètement, pourrait-on intégrer, ou du moins rapprocher, l’enseignement/apprentissage de la
LM et de la LE dans le système scolaire brésilien de manière à le rendre
plus efficace ? Comment procéder, concrètement, pour effectuer ce rapprochement dans le cadre, unifié, d’une approche pragmatique ? Et comment,
concrètement, mettre de façon explicite et articulée le domaine du métalangagier au service des savoir-faire et des savoir-être, en LE et en LM
au Brésil ?
Il s’agit, a priori, de concilier ce qui paraît inconciliable, de gérer une
dialectique entre réflexion et productions langagières, d’envisager l’enseignement/apprentissage de la LM et de la LE en termes de compétences et
de connaissances à mettre en place. C’est un lourd travail à accomplir car,
d’une part, grammaire et actes de parole ne s’articulent pas de façon
rigoureuse et évidente (cf. Coste, 1985 a : 76) et d’autre part, les traditions méthodologiques en LM et en LE sont bien enracinées et fort différentes l’une de l’autre dans notre pays.
Pour mener à bien ce travail, nous essayons depuis quelques années
déjà à Belém de mettre au point une approche de type
pragmatique qui,
dans le cadre d’une recherche-action
[8] plus ample vise à aboutir à un
enseignement/apprentissage plus efficace de la LM et de la LE par leur
rapprochement à travers le métalangagier. Les observations et expérimentations que nous avons effectuées avec des étudiants et des professeurs de
portugais et/ou de français dans différents établissements scolaires de
l’agglomération de Belém et à l’Université Fédérale du Pará (UFPA), nous
ont amené à établir certains
principes qui
guident la démarche que nous
proposons. Il s’agit essentiellement :
- de considérer les apprenants non plus comme réceptacles du savoir
dispensé par l’enseignant ou le manuel, mais comme des sujets
capables de prendre en charge leur apprentissage ;
- d’envisager l’enseignement/apprentissage de la LM et de la LE comme
« un processus unifié » (cf. Roulet, 1980), ce qui implique un travail
d’harmonisation des conceptions théoriques qui sont à la base des
objectifs assignés à ces disciplines dans les cursus ;
- de ne pas dissocier usage de la langue et réflexion, verbalisée ou non,
sur celle-ci, c’est-à-dire ne pas séparer les activités métalangagières des
activités langagières quelles qu’elles soient ;
- de veiller à ce que la part accordée à l’observation et à l’analyse se
fasse dans le cadre d’activités significatives visant la maîtrise des
savoir-faire tant en LM qu’en LE.
Dans cette approche, le métalangage
[9] ne représente plus un
but en soi
mais un
moyen : il sert à l’apprentissage. Il n’est plus limité à/par la métalangue grammaticale. Comme celle-ci, il aide certes à faire découvrir des
régularités linguistiques, à les faire comprendre par les apprenants, mais
aussi et surtout à structurer cette compréhension et à permettre aux apprenants de produire des textes (oraux et écrits) conformes aux règles de fonctionnement linguistique et social en vigueur au sein de la (des)
communauté(s) dont on apprend la langue. Ce métalangage est à la fois le
moyen et le résultat d’une activité réflexive qui porte sur les conditions de
tel ou tel type de discours, sur ses effets, sur les contraintes de la mise en
texte comme sur celles du système de la langue. Il est constitué par des
« désignations d’actions langagières particulières (comprendre, vouloir,
dire, corriger, s’exprimer bien/mal, traduire, donner des détails, construire
son texte, convaincre, expliquer, organiser les arguments, mettre entre
parenthèses) dont certaines se rapportent directement à la réécriture
(remplacer, ajouter, retirer, enlever, changer, revoir, rayer, déplacer) ; [par
une] terminologie spécifique à l’analyse du langage et de la langue (ordre,
impératif, texte, mot, paragraphe, passages/parties d’un texte, langage
parlé/écrit, ponctuation, signification, lettres d’imprimerie, rime, vers/prose,
phrase incorrecte, coordination, formule, adjectifs, registre, répétition, mot
péjoratif, masculin/féminin » (Delamotte-Legrand, 1994 : 171).
Dans l’enseignement « fondamental » (École primaire et Collège), nous
limitons ce métalangage au strict nécessaire à la maîtrise de savoir-faire
et de savoir-être en LM comme en LE, afin de ne pas surcharger les
apprenants de concepts, de classifications qui feraient perdre de vue son
caractère instrumental. La réflexion méta n’est donc plus centrée sur la
langue (en tant que système « in potentia ») décrite ou prescrite comme
modèle, mais sur l’utilisation du langage par des individus en chair et en
os, des êtres sociaux qui interagissent, se protègent, ménagent l’interlocuteur, essayent de le séduire, de le convaincre ou de le dominer, etc.
2. PROPOSITIONS D’ACTIVITÉS
Ces principes nous amènent à proposer – avec Brossard (1994 : 34) et
à la suite de Bruner (1983) – des activités qui « fassent sens » aux yeux
des élèves, c’est-à-dire « des situations dont les finalités sociales et
communicatives soient perceptibles et maîtrisables par eux… Partant de
leurs besoins et de leurs problèmes communicatifs […], ils sont amenés
en cours de tâche, collectivement et avec l’aide du maître, à rechercher et
à s’interroger sur les formes qui leur semblent les plus appropriées pour
exprimer leurs intentions communicatives… Ainsi, le travail sur les outils
n’est jamais dissocié des problèmes communicatifs que ces outils permettent de résoudre. Il y a certes des séquences réflexives, mais elles ne sont
jamais dissociées de l’activité sociale en cours. »
Les activités que nous allons présenter pour illustrer notre propos sont
donc organisées selon un axe plutôt pragmatique. Elles servent surtout à la
mise au point de savoir-faire en LM et en LE mais sont, le plus souvent,
suivies ou précédées d’une réflexion métalangagière. Elles présupposent,
nous l’avons déjà dit, un travail préalable d’harmonisation des choix théoriques de base et l’identification d’un certain nombre de lacunes (des
apprenants) pouvant être comblées dans le cadre de la bivalence.
Nous présentons ci-dessous un échantillon d’activités qui ont déjà été
expérimentées et reformulées. Elles illustrent non seulement des possibilités de transferts méthodologiques et/ou (méta)langagiers de la LM à la
LE et/ou vice versa, mais aussi des possibilités de développement, chez
les apprenants, d’une prise de conscience langagière grâce au rapprochement de ces deux disciplines dans le système scolaire. Elles conservent
toutefois un caractère relativement ponctuel dans la mesure où elles n’ont
pas pu être proposées dans le cadre d’un véritable programme conjoint
d’enseignement/apprentissage LE/LM.
Fiche pédagogique n° 1 [10]
- Titre : Une disparition mystérieuse (Jeu de rôle
[11] )
- Public : pré-adolescents (11-12 ans) dans le système scolaire
- Objectifs pragmatiques :
- exprimer son désaccord,
- réaffirmer son opinion.
- Objectif linguistique :
- employer quelques modalités linguistiques (le certain et le probable).
- Phases du travail :
- Distribuer le canevas suivant en portugais :
- Au Collège, A et B parlent de la disparition mystérieuse de C.
- A croit que C est parti en voyage.
- B dit que cela est impossible et donne les raisons de cette impossibilité.
- A n’est pas d’accord.
- B dit que C a été séquestré.
- A conteste B et dit qu’il y a la possibilité que C soit malade.
- B conteste cette hypothèse et réaffirme son opinion.
- A réagit à sa manière.
- Demander aux apprenants de préparer et de jouer le dialogue par groupes de trois.
- Corriger collectivement d’éventuelles erreurs linguistiques et pragmatiques
(ex. : la manière de s’adresser à l’autre, le niveau de langue, la cohérence situationnelle des discours…).
- Attirer l’attention des apprenants sur les procédés utilisés en LM pour manifester son désaccord et réaffirmer son point de vue : temps verbaux, notamment le subjonctif, modalisations…
Fiche pédagogique n° 2
- Titre : Un jugement (Simulation
[12] )
- Public : Adolescents (15-16 ans) dans le système scolaire (cours de portugais)
- Objectifs pragmatiques :
- Entraîner les élèves à l’usage des mécanismes argumentatifs,
- Expliciter l’importance du choix de certains mots (grammaticaux notamment)
pour la détermination de la valeur argumentative d’un texte,
- Affiner le sens et la valeur des moyens linguistiques que possèdent les apprenants pour argumenter,
- Leur en apprendre d’autres,
- Les sensibiliser au phénomène de cohérence textuelle et aux éléments linguistiques qui la fondent,
- Les entraîner à l’interprétation systématique des intentions de communication surtout lorsqu’elles ne sont pas explicites.
- Objectifs linguistiques :
- Employer quelques modalités linguistiques (le certain et le probable),
- Utiliser quelques opérateurs et connecteurs.
- Consignes (en portugais)
- Observez le document (signé Bosc, cf. en annexe). Imaginez ce que pensent et ce que disent les personnages image par image.
- Racontez cette histoire (en groupes de deux ou trois élèves) :
- Du point de vue de la dame (la moitié des groupes),
- Du point de vue d’un proche du monsieur qui a été témoin du crime (l’autre moitié),
-
Obs. : N’oubliez pas de donner un titre à votre histoire.
- Simulation : Le mari est mort, la femme est au tribunal. Elle sera jugée pour son crime.
- Organisez-vous en trois groupes. Le gr. n° 1 est chargé de la défense
(avocats, témoins, femme accusée) ; le gr. n° 2 est chargé de l’accusation
(procureurs, témoins) ; et le gr. n° 3 est chargé du jugement et, éventuellement, de la détermination de la peine (juges, membres du jury populaire).
- Aux gr. nos 1 et 2 : préparez maintenant la défense et l’accusation de la dame. Au gr. nº 3 : essayez de reconstituer ce qui s’est passé de la façon
la plus « neutre » possible.
-
Obs. : L’enseignant fournit une partie du matériel nécessaire à la réalisation de la tâche et incite les apprenants à rechercher (à la maison, au
Tribunal, chez des amis, sur Internet…) des documents et des informations complémentaires.
- Jouez la scène.
-
Obs. : Pendant que la défense et l’accusation présentent leurs arguments,
le juge veille au respect de l’ordre et des tours de parole tandis que les
membres du jury écoutent, prennent des notes et, à la fin, discutent entre eux avant de donner leur verdict au juge.
- L’enseignant enregistre la scène sur vidéo ou magnétophone. Ensuite, il passe l’enregistrement à la classe afin de faire repérer, corriger et éventuellement expliquer les inadéquations linguistiques et, surtout, pragmatiques.
Fiche pédagogique n° 3
- Titre : Des situations embarrassantes !
- Public : Adolescents (15-16 ans) dans le système scolaire
- Objectifs pragmatiques :
- Attirer l’attention des apprenants sur le rôle de l’implicite dans les situations de communication.
- Expliciter le fonctionnement de règles pragmatiques du fonctionnement langagier.
- Phases du travail :
- Présenter à la moitié de la classe les consignes suivantes en portugais et, à
- l’autre moitié, en français :
- Une amie vous demande ce que vous pensez de sa nouvelle coiffure. Vous
trouvez qu’elle la vieillit, mais votre amie a l’air d’en être très satisfaite.
Que lui répondez-vous ? Explicitez les raisons de votre réponse.
- Vous dînez chez des amis. La maîtresse de maison vous propose de
reprendre d’un plat que vous n’avez pas du tout apprécié. Que lui dites-vous ? Pourquoi ?
- Le père de votre meilleur(e) ami(e) est mort dans un accident de voiture hier. Vous allez le(la) voir. Que lui dites-vous ? Justifiez votre réponse.
- Faire comparer, au fur et à mesure, les réponses données dans les deux langues.
-
Obs. : Demander systématiquement les raisons (pragmatiques) des choix langagiers.
Fiche pédagogique n° 4 [13]
- Titre : Écrire des cartes postales
[14]
- Public : Pré-adolescents (11-12 ans) dans le système scolaire
- Support : Des cartes postales rédigées en français et en portugais et des cartes postales vierges de Belém
- Objectifs pragmatiques :
- Entrer en contact avec des collégiens toulousains,
- Donner des informations sur la région amazonienne et sur Belém,
- Demander des informations sur Toulouse et la région Midi-Pyrénées.
- Objectifs linguistiques :
- Employer différentes formules d’introduction et de conclusion utilisées dans
ce type de texte en français et en portugais,
- Utiliser différents types de qualificatifs en français et en portugais.
- Phases du travail :
- Distribuer à la classe des cartes postales écrites en portugais.
- Faire observer et commenter les photos ou les dessins imprimés, puis l’organisation des textes écrits sur les cartes postales.
- Demander aux apprenants de relever les formules utilisées dans les cartes postales pour introduire et pour terminer les textes.
- Demander aux apprenants de relever des énoncés utilisés pour parler des endroits visités, des sentiments et activités du scripteur.
- Distribuer à la classe des cartes postales écrites en français.
- Suivre à peu près la même démarche présentée ci-dessus.
- Faire observer et commenter des similitudes et des différences concernant :
l’emploi des formules d’introduction et de conclusion utilisées en français et
en portugais; l’emploi des différentes structures utilisées dans les deux langues
pour qualifier et/ou pour décrire des lieux et des sentiments.
- Demander aux apprenants d’écrire, d’abord sur un brouillon, à un(e) collégien(ne) toulousain(e).
- Corriger collectivement quelques productions tout en privilégiant le commentaire des erreurs pragmatiques.
- Demander aux apprenants de reformuler leur texte.
- Leur distribuer des cartes postales vierges de Belém et leur dire d’y écrire leur texte remanié.
- Envoyer les cartes postales à un collège toulousain.
L’expérience nous a montré que le travail en bivalence peut être aussi
très efficace lorsqu’il répond à des difficultés apparues pendant les cours
de l’une ou l’autre langue. Nous avons déjà eu, à plusieurs reprises, l’occasion d’aider les élèves à comprendre un fonctionnement langagier en
français en les amenant à réfléchir sur le même fonctionnement en portugais (ex. le repérage temporel à partir du passé ou du futur, les pronoms
compléments d’objet, etc.) et vice versa (ex. les notions de condition et
d’hypothèse, d’énoncés impersonnels, etc.).
L’approche que nous proposons ici, on le constate facilement par ses
lacunes, est encore loin d’être finie. Il s’est agi jusqu’à présent de
réflexions et de discussions – lors de cours, de séminaires, de directions
de mémoires de DEA… – qui ont abouti à des expérimentations plutôt
ponctuelles que nous reformulons et organisons de manière à pouvoir les
insérer naturellement dans une approche plus intégrée de la LM et de la
LE. Notre recherche-action franchit actuellement une nouvelle étape. En
effet, nous pourrons enfin effectuer prochainement un travail échelonné
sur toute une année auprès de classes pilotes de « 5
a série » (6
e en
France). Dans cette perspective, nous nous sommes engagé – avec un
groupe d’enseignants de français et de portugais du Collège d’application
de l’UFPA et quelques étudiantes du « Mestrado »
[15] de Sciences du
langage – dans l’élaboration conjointe, pour ces deux disciplines, d
’objectifs, de
programmes et de
contenus d’enseignement/apprentissage à
dominante pragmatique. Si l’expérience aboutit, nous serons alors en
mesure de proposer des cours et des matériaux pédagogiques
bivalents
(PLM et FLE), susceptibles de favoriser un enseignement/apprentissage
des langues (maternelle et étrangère) plus intégré, plus motivant et plus
efficace dans le système scolaire.
[1]
En France l’enseignement « fondamental » s’étend du CP à la 3
e et l’enseignement
« moyen » correspond aux trois dernières années du secondaire.
[2]
Elle rend obligatoire, « à partir de la 6
e, au moins une langue étrangère (LE) moderne dans
l’enseignement “fondamental” » (Art. 26 § 5). Au lycée, « une LE, choisie par les membres de
la communauté scolaire, sera incluse dans le cursus et une deuxième LE sera proposée comme
option selon les possibilités de l’institution » (Art. 36, III).
[3]
La notion de bivalence désigne au Brésil « des actions et expériences (prises séparément ou
dans leur ensemble) qui, d’une façon ou d’une autre, mettent en rapport le portugais langue
maternelle (PLM) et le français langue étrangère (FLE) dans le but de favoriser le maintien ou
le développement de l’enseignement du français dans le système scolaire brésilien et/ou de
rendre plus facile, motivant et efficace l’enseignement/apprentissage des deux langues par le
recours systématique à des
transferts méthodologiques, linguistiques ou métalinguistiques d’une
langue à l’autre. » (Chaves Da Cunha, 1996 : 82-83).
[4]
Les manuels sont de plus en plus attrayants (mise en page, photos, jeux...). Les textes qu’ils
proposent sont en général intéressants et semblent adaptés au degré de maturité cognitive des
apprenants. Pour ce qui est des contenus d’enseignement/apprentissage, les
manuels de portugais restent très attachés à la grammaire traditionnelle. Mais plusieurs
manuels de rédaction
proposent des activités de compréhension et de production écrites – et même orales ! - vraiment
pragmatiques. Ex. :
a- «
Imagine ce que diraient les gens dans les situations ci-dessous. »
(R. Riche, D. Souza, 1996 : 45). Obs.- dessins pour illustrer les situations ;
b- La production
d’un journal (H.Sargentim, 1996 : 3) : « Au futur journaliste » [c’est-à-dire l’élève] :
«
L’enseignant n’est plus celui qui centralise ta production [...]
Toute ta production sera dirigée
vers un public que tu devras essayer de connaître [...]. » Et ce, tout en utilisant un métalangage qui met en évidence des fondements théoriques qui proviennent de la pragmatique, de la
sémiotique, de la linguistique textuelle, du cognitivisme... (Ex. : extraits des manuels ci-dessus :
construire le texte, réfléchir sur le texte, narrateur, personnage, narrateur-personnage, narrateurobservateur, verbes d’élocution, sous-entendus, séquence, organisation du texte, progression,
séquence temporelle, argumenter, source narrative, contexte de la narration, réécriture, structure
du conte, types de contes folkloriques, parties d’une annonce (slogan, illustration, texte),
(re)formuler, reproduire une parole, etc.).
[5]
En fait, on observe quelques écarts terminologiques importants même lorsqu’on confronte
la métalangue grammaticale (traditionnelle) du portugais et celle du français (Cf. Chaves Da
Cunha, 1997 b).
[6]
Avec Besson et Canelas-Trévisi (1994 : 177), nous envisageons l’activité métalangagière
« dans son intégration au discours et comme répondant aux conditions socio-énonciatives dont
dépendent les différents genres de discours dans lesquels le métalangage s’insère. »
[7]
Comme Coste (1985 a : 78), nous estimons que « sans rompre avec la poursuite d’un
apprentissage aux fins de communication et sans que les apprenants aient à se transformer en
linguistes, une pratique métalinguistique armée (et non pas aveugle), construite (mais à partir
souvent des appréciations spontanées de ceux qui apprennent) peut non seulement aider à situer
différentiellement des fonctionnements de la LM et de la LE mais aussi accroître la maîtrise de
l’une et de l’autre. »
[8]
Il s’agit d’une recherche-action intitulée
Pragmatique linguistique et enseignement/apprentissage des langues (maternelle et étrangère). Par recherche-action, Gagné
et alii (1989 : 177)
désignent un « type de recherche dont l’objectif central consiste à transformer la réalité en utilisant différentes formes d’intervention pédagogique comme démarche d’investigation [...]. C’est
une recherche qui veut solutionner des problèmes d’apprentissage ou d’enseignement en apportant des changements dans la réalité pédagogique afin d’en améliorer le fonctionnement. ».
[9]
Ce terme a une acception plus large que celui de
métalangue : « Il renvoie aussi bien à
l’activité réflexive sur le langage et son utilisation qu’à la capacité de contrôler et planifier ses
propres processus de traitement linguistique. » (F. Thyrion, 1995 : 173)
[10]
Élaborée et expérimentée par Glaucilene Dantas Bouth, enseignante de portugais et de français à Belém.
[11]
Le jeu de rôle est une « Activité de communication interactive qui consiste, à partir d’un
canevas ou d’une improvisation, à faire jouer des dialogues aux élèves. » (Gagné, 1989 : 152).
[12]
« Nous appelons ici
simulation, dans la perspective de la classe de langue, la reproduction
simulée, fictive et jouée d’échanges interpersonnels organisés autour d’une situation problème :
cas à étudier, problème à résoudre, décision à prendre, projet à discuter, conflit à arbitrer, litige,
dispute, débat, situation de conseil. » (J.-M. Caré, F., Debyser, 1978 : 65).
[13]
Élaborée et expérimentée par Glaucilene Dantas Bouth, enseignante de portugais et de français à Belém.
[14]
Avant de proposer cette activité, l’enseignant a déjà suscité chez les apprenants l’envie de
correspondre avec des collégiens français.
[15]
Équivalent du DEA