2001
éla - Revue de Didactologie des langues-cultures
La « bivalence » dans la didactique des langues
Jean-Louis Chiss
Université Paris III-Sorbonne Nouvelle, France
Le coordinateur du présent numéro se réjouit au bout du compte de
devoir se contenter d’une présentation très abrégée tant le nombre, l’amplitude et la variété des contributions réunies dans cette livraison ont
limité les espaces pour des développements plus amples.
Il s’agira donc moins ici de souligner le rôle tenu par chacun des
acteurs dans l’élaboration d’un projet scientifico-institutionnel que de
noter, trop allusivement, les caractéristiques d’une réalisation collective
franco-brésilienne qui suppose, avec la communauté d’intérêts de connaissance (reflétée par la bibliographie générale et la charte du « projet
Bivalence » reproduite en annexe), les apports spécifiques des enseignantschercheurs. Si, comme il est légitime, l’historique de la
« Bivalence » fait l’objet d’approches diversifiées avec des temporalités
différentes depuis 1992, s’il arrive que les diagnostics et les perspectives
ne concordent pas toujours, il n’en reste pas moins que l’unité se construit
autour d’une préoccupation fondamentale qui ressortit à l’une des grandes
orientations actuelles de la didactique des langues : le contact, le rapprochement voire l’« intégration » entre les orientations méthodologiques et
les pratiques d’enseignement des langues maternelles et des langues étrangères.
Il est clair que la didactique des langues en relation dans les contextes
scolaires est, par définition, dépendante des cultures linguistiques, pédagogiques, éducatives des situations examinées et l’expérience de la
« Bivalence » (ou didactique intégrée du portugais langue maternelle et
du français langue étrangère) n’échappe pas à ces paramètres conceptuels
et institutionnels ainsi que l’attestent plusieurs des articles ici réunis
(M. Cerdan, P. Dahlet par exemple). On voudrait aussi insister sur le fait
que, dans le foisonnement possible des « entrées », il appartenait à la
logique de l’entreprise de privilégier les problématiques de l’alternance
des langues tant dans le concret des classes que dans la construction des
représentations (A. Ribas Auada et M. R. Taques Fonseca, M. Lira,
D. Moore). C’est aussi parce qu’elles constituent des questions typiquement didactiques que nous avons retenu les réflexions autour du métalangage (J. Chaves Da Cunha) ou de la progression (C. Prado, M. Bakich-Putziger, A. M. Vianna Santos). Enfin, ne pouvant aborder l’ensemble des
sous-disciplines mises en jeu dans l’enseignement/apprentissage du PLM
et du FLE, il nous a semblé judicieux de choisir le traitement de la grammaire (R. M. de Oliveira Graça et Z. Viviani) et la comparaison des
discours tenus dans les deux langues (J.-L. Orsoni).
À l’évidence, le présent numéro ne constitue qu’une vitrine ou, si l’on
préfère, un échantillon significatif d’un travail de plusieurs années dont la
genèse, les réalisations, les difficultés et les réussites sont rappelées d’entrée. Tel qu’il est, ce volume devrait concourir à une interrogation renouvelée sur les bénéfices réciproques de la visée « intégrative » pour la
langue maternelle et la langue étrangère. Cette perspective, pour spécifique qu’elle soit, gagne aussi son caractère heuristique de n’être pas
incommensurable avec les autres directions de recherche en didactique des
langues (contacts de langues voisines, éducation bilingue, « Language
awareness », etc.) et de contribuer au contraire à un échange scientifique
fécond.
Si l’on ne peut jamais préjuger de l’enracinement d’une recherche ou
de la permanence de ses traductions sur le terrain, les conditions sont
pourtant réunies, avec la mise en place d’une structure solide et la diffusion espérée des présents travaux en langue portugaise au Brésil, pour une
poursuite du travail entrepris. De toutes façons, il nous a semblé plus
qu’opportun de mettre à la disposition des spécialistes de la discipline et
des enseignants et étudiants les éléments d’une élaboration intellectuelle
marquée par le va-et-vient entre la France et le Brésil, soutenue par une
multiplicité d’institutions dans les deux pays, surtout enrichie par les
amitiés nouées au cœur des échanges à Salvador et à Paris.