2001
éla - Revue de Didactologie des langues-cultures
Pour une réflexion sur la progression dans le cadre de la « bivalence »
[1]
Ceres Leite Prado
Universidade Federal de Minas Gerais, Brésil
Militza Bakich Putziger
Colégio de Aplicação da Universidade Federal do Rio de Janeiro, Brésil
Ana Maria Lucena Vianna Santos
Secretaria Municipal de Educação do Rio de Janeiro, Brésil
Les changements survenus dans le domaine de l’enseignement des
langues étrangères sont étroitement liés à l’évolution de la notion de progression. De nos jours, chaque situation d’enseignement demande qu’on réfléchisse à la progression qui s’y prête le mieux. Dans ce travail, réalisé dans
le cadre du projet Bivalence au Brésil (didactique intégrée du portugais
langue maternelle et du français langue étrangère), nous proposons une
réflexion sur les problèmes de la progression et nous suggérons quelques
pistes de travail, compte tenu des contraintes imposées par la situation d’enseignement dans les écoles brésiliennes.
1. UNE VISION HISTORIQUE DU CONCEPT
Les enseignants d’une langue étrangère suivent toujours, consciemment
ou inconsciemment, une progression. C’est ce que nous montre D. Coste,
quand il affirme que « […] tout enseignement et tout apprentissage, quels
qu’en soient les contenus, se déroulent dans le temps selon un processus
qui s’ordonne d’un début vers une fin : la progression, d’un bout à
l’autre, permet de procéder par ordre » (D. Coste, 1974 : 5). Pour
comprendre l’évolution de la notion de progression, il faut tout d’abord
poser quelques questions : La progression a-t-elle toujours été centrale en
didactique de langues ? Quelle définition donnait-on, il y a 25 ans, de la
progression ? Quels étaient les critères utilisés ? Quelles étaient les questions posées ? Un numéro spécial de la revue Études de Linguistique
Appliquée (n° 16,1974) consacré à cette discussion montrait la préoccupation de nombreux spécialistes de la didactique concernant cette notion.
La notion de progression n’a pas la même représentation chez les différents auteurs. L. Porcher affirme, très justement, à propos de la progression que : « Nous avons tous une représentation de l’idée de progression,
nous avons l’impression de comprendre ce qui se dit lorsqu’on en parle,
mais cet accord unanime cache en réalité une très vaste et indéfinie extension sémantique de la notion, auberge espagnole de toute pédagogie »
(1974 : 6).
À partir de 1974, les critères des progressions – surtout des progressions
« grammaticales » et d’autres, très rigides, issues des années 60-70 – sont
l’objet de critiques et de contestations. Il devient évident que, pour établir
une progression, il faut en définir les critères en tenant compte de
nombreux facteurs, tels que la matière à enseigner, le destinataire de l’enseignement, l’enseignant lui-même, les instruments de l’éducation, le choix
d’une méthode pédagogique, l’évaluation, etc. (cf. L. Porcher, 1974 : 7).
Les travaux de M. J. et S. de Vriendt analysent les axes selon lesquels
la progression s’ordonne dans la plupart des cours : du facile au difficile,
du simple au complexe
[2], du régulier à l’irrégulier, ou de ce qui est plus
fréquent à ce qui est plus rare, de l’utile à l’accessoire, en fonction de l’information culturelle, «
à condition de ne pas donner au terme culture un
contenu exclusivement historique ». Et ils nous mettent en garde sur le
besoin de ne pas oublier une progression linguistique (M. J. et S. de
Vriendt, 1974 : 33-40). D. A. Wilkins reprend les principes utilisés par la
plupart des méthodes ou cours : «
fréquence, productivité, régularité,
simplicité, disponibilité, complexité contrastive, utilité et efficacité pédagogiques ». Et il attire également l’attention sur l’importance du contenu
lexical (D. A. Wilkins, 1974 : 118). Les questions posées par D. Coste
(1974 : 5) précisent la complexité du problème : «
Le contenu de l’enseignement et celui de l’apprentissage se recouvrent-ils ? D’où part celui qui
apprend ? L’objectif est-il toujours précisé ? S’il existe une progression de
l’enseignement quels rapports entretient-elle avec la ou les progression(s)
d’apprentissage ? De quoi ou de qui résulte la “mise en ordre” ? De la
matière à enseigner ? De l’objectif à atteindre ? De “l’apprenti luimême” ? » Et si l’on réfléchit aux questions que l’on se pose aujourd’hui
à propos de ce thème, on voit qu’elles sont encore à peu près les mêmes.
Pourtant, beaucoup de choses se sont passées ces dernières années, de
nouvelles approches ont été proposées, de nouveaux thèmes de discussions
ont surgi. Mais a-t-on trouvé d’autres réponses aux mêmes questions ?
En quoi les concepts des nouvelles approches « communicatives », qui
« visent à se centrer sur la communication à la fois comme démarche et
comme objectif » (L. Porcher, 1994 : 16) ont-ils contribué à remettre en
question la notion de progression ? Les progressions grammaticales et
structurales sont remplacées par les progressions « communicatives »
– fonctionnelles, notionnelles, situationnelles. Cependant, « on retrouve à
peu près les mêmes critères : on parle de formulations de moins en moins
“probables”, de notions de moins en moins “rentables”, d’actes de
paroles de plus en plus “complexes” » (S. Moirand, 1982 : 54).
Après avoir été refusée par quelques didacticiens de langue, comme trop
rigide et contraignante, la notion de progression, est maintenant vue de
façon polycentrique
[3]. Elle peut se construire sur différents axes, selon les
besoins du contexte éducatif. Selon Borg (1999), cette lecture polycentrique «
invite à prendre conscience de l’intérêt et de l’urgence qui s’imposent à ne plus focaliser notre enseignement sur tel ou tel type précis de
progression mais d’intégrer l’interdépendance qui les anime entre eux ».
L’enseignant doit «
jongler, permuter et alterner avec différents types de
centration au lieu de subir le schéma figé du dogmatisme ou de l’axiomatisation d’une méthode, d’une méthodologie, ou d’une “
approche” des
centrations fixes ». Plus récemment, les théoriciens se sont penchés sur
l’importance des rapports culturels lors de l’enseignement/apprentissage
d’une langue étrangère. R. Galisson, en particulier, met en question le peu
de place accordé à l’aspect culturel pendant l’enseignement.
Une progression devrait donc tenir compte du linguistique, du communicatif et du culturel. Il revient à l’enseignant (ou à l’équipe) de décider,
d’après le cadre institutionnel et la situation d’enseignement où il se
trouve avec ses élèves, dans quelle mesure chacun de ces volets va intervenir dans la progression du cours.
3. LA PROGRESSION DANS LE CADRE DE LA « BIVALENCE »
Notre travail se situe dans le cadre du projet « Bivalence » développé au
Brésil (cf. G. Guidi, 1996). Ce projet a pour but l’intégration de la didactique du français langue étrangère et du portugais langue maternelle. La
« bivalence » est un pont qu’on fait entre les deux langues; elle représente
un enrichissement, car réfléchir à l’enseignement d’une langue étrangère à
la lumière des apports d’un échange avec la langue maternelle constitue un
bénéfice non seulement pour les élèves, mais aussi pour l’enseignant lui-même. Nous voudrions réfléchir au problème de la progression dans une
situation d’enseignement en milieu scolaire, pour un public d’adolescents
(11-15 ans), débutants en FLE, et qui ont des cours de 50 minutes deux fois
par semaine, sur une durée de 2 à 4 ans, dans des classes de 40 à 50 élèves.
4. PROPOSITION D’UNE PROGRESSION
Étant donné que la didactique intégrée du portugais langue maternelle et
du français langue étrangère ne fait que ses premiers pas, et que la pratique
« bivalente » dans des écoles est encore très récente, il nous a semblé pertinent de suggérer ici un parcours possible pour ce type de travail.
En langue maternelle, les Paramètres Curriculaires Nationaux (PCN-LP,
Parâmetros Curriculares Nacionais, Língua Portuguesa, cf.
Brasil, 1998)
recommandent de partir des connaissances socio-culturelles, référentielles,
linguistiques et discursives qu’un individu utilise dans ses pratiques
sociales langagières (PCN-LP : 18). Pendant les huit années de l’enseignement fondamental (appelées par les PCN les quatre cycles, et qui
correspondent aux huit séries – de la « 1
a série » à la « 8
a série »), l’école
cherchera à développer ces connaissances que l’apprenant apporte avec
lui, de manière à ce que «
chaque élève soit en mesure d’interpréter différents textes qui circulent socialement, de prendre la parole et, comme
citoyen, de produire des textes efficaces dans les situations les plus
diverses » (
idem, 19), d’avoir « l
a capacité d’utiliser la langue de manière
variée, pour produire différents effets de sens et pour adapter le texte à
différentes situations d’interlocution orale et écrite » (PCN-LP : 23)
[4].
Quant aux langues étrangères, les PCN-LE (
Brasil, 1998 : 71) disent
que «
le point de départ pour le traitement des contenus s’appuie sur les
connaissances préalables de l’élève » et que «
pour que l’apprentissage
ait un sens, le critère de gradation et d’adéquation des contenus doit tenir
compte des connaissances de l’élève en langue maternelle et de ses
connaissances du monde ».
En tenant compte de ces orientations, nous avons réfléchi à l’organisation d’une première étape, destinée à un public du début du troisième
cycle (« 5a série » du Brésil, et qui correspond à la 6e du collège en
France). Un des thèmes du programme de la langue maternelle de ce
niveau scolaire est la communication, ainsi que les moyens dont l’homme
dispose pour communiquer. Parmi les objectifs spécifiques de ce
programme qui permettent un travail intégré de langue maternelle et de
langue étrangère, on trouve dans les manuels scolaires, suivant les recommandations de Multieducação – Núcleo Curricular Básico – Língua
Portuguesa (Multiéducation – Noyau Curriculaire de Base – Langue
Portugaise, les instructions officielles du Secrétariat Municipal à l’Éducation de Rio de Janeiro, cf. Brasil, 1996), des objectifs comme :
- réfléchir sur la communication et les moyens de communications dont
l’homme dispose pour communiquer;
- reconnaître les différents codes dont l’homme dispose pour communiquer, les éléments de la communication, le sens figuré des mots ;
- observer et mettre en pratique certains aspects de la langue en usage
qui se rapportent aux variantes linguistiques ;
- comparer des textes, en en observant les ressemblances et les différences quant aux idées et à la forme;
- reconnaître, observer et produire de petits messages, des invitations, des
cartes de vœux, des cartes postales, des lettres, en tenant compte de la
structure, de la cohérence et de l’adéquation du langage aux buts visés.
(Cereja et Magalhães, 1998 : 15).
La réflexion sur les différences linguistiques et communicatives chez
les habitants des différentes régions du Brésil et les habitants d’autres
pays lusophones (idem : 18) est donc un premier pont souhaitable pour ce
travail intégré de PLM et de FLE, car il aboutit à « la mise en place d’un
relativisme ethnographique à l’endroit d’autres communautés » (Coste et
alii, 1976 : 78), objectif de l’enseignement/apprentissage des langues
étrangères en contexte scolaire. Un deuxième pont est l’objectif d’une
meilleure prise de conscience, de la part des élèves, des faits de la langue
maternelle par le biais d’une autre langue. Les objectifs formatifs (cognitifs et affectifs) ont aussi une place importante en contexte scolaire et
pèsent au moment du choix des contenus. Les PCN-LE (66) rappellent
que « l’apprentissage d’une langue étrangère est une activité émotionnelle
et pas seulement intellectuelle. L’élève est un être cognitif, affectif, émotif
et créatif ». En plus, il est rare que l’on puisse maintenir comme un
objectif prioritaire permanent, dans les situations d’enseignement de la
plupart de nos écoles, le développement de la compétence d’expression
orale, sans réduire la langue à la seule connaissance de quelques actes de
paroles. Cependant, pour faire face à ces difficultés, lorsqu’on établit les
objectifs de l’enseignement/apprentissage d’une LE, il faut « déterminer
ce que l’on peut faire pour garantir les conditions minimales de réussite
et qui doivent avoir comme résultat quelque chose de concret et d’utile
pour l’élève. Par l’expression minimales on n’entend pas les moindres
possibles, mais des objectifs réalistes, clairement définis et explicités aux
élèves » (PCN-LE : 66).
Nous proposons ensuite un schéma de travail avec quelques contenus
parmi lesquels chaque enseignant pourra sélectionner ceux qui conviennent le mieux à sa situation d’enseignement. Il peut choisir le volet qu’il
voudra privilégier à un moment donné, sans oublier l’objectif intégré visé
(linguistique, communicatif, culturel). Le tableau ci-après résume le
parcours qui est à notre avis le plus convenable pour répondre aux objectifs que nous avons établis pour notre public. Il correspond à une première
étape; le travail des étapes suivantes pourra suivre le même schéma
[5], en
partant d’autres situations de communications. Celles-ci correspondront à
d’autres notions et demanderont d’autres actes de parole et, par conséquent, d’autres discours, d’autres contenus socio-culturels, lexicaux et
grammaticaux.
En partant du noyau central, défini par les notions choisies et les actes
de parole où celles-ci sont présentes, le travail sera réparti sur trois axes :
- celui des aspects socio-culturels (dans les deux langues) ;
- celui de l’élargissement de la maîtrise active du discours en langue
maternelle et celui de la construction de sens dans le discours en langue
étrangère;
- celui de la réflexion sur la langue et le langage (dans les deux langues).
Le travail en langue maternelle en première année du troisième cycle
(« 5a série ») a pour but de faire prendre conscience aux élèves que les
discours varient selon les régions, le milieu social des interlocuteurs, le
statut de ceux-ci, la situation vécue, etc. La tâche prioritaire de l’école est
d’amener les élèves à connaître les variantes de l’usage public du langage.
Parmi les objectifs énoncés dans les PCN-LP, on trouve celui d’« élargir
progressivement l’ensemble des connaissances discursives, sémantiques et
grammaticales engagées dans la construction des sens du texte » (PCN-LP : 49). Cela se fait, d’une part, grâce au contact avec une large gamme
de discours et, d’autre part, par le biais de la réflexion sur la langue et le
langage. Ce contact alimentera la réflexion – l’élargissement du répertoire
lexical et la systématisation des connaissances des phénomènes linguistiques – qui, à son tour, élargira la gamme de discours de l’élève. Par
ailleurs, les PCN-LP avancent l’idée que « la maîtrise d’autres modalités
de discours oraux et écrits (et même d’autres langues) ne se fait pas par
substitution, mais par extension de la compétence linguistique et par la
construction active de sous-systèmes grammaticaux sur le système acquis
auparavant » (31).
En langue étrangère, le travail sur les trois axes – la construction de
sens dans le discours, c’est à dire l’appropriation d’un nouveau code
linguistique, parallèlement au développement des compétences discursive
et socio-culturelle (cf. case « aspects socio-culturels » et case « construction de sens ») et à la réflexion sur la langue et le langage – se fera obligatoirement d’une manière plus étroite. En fait, on ne peut dissocier ces
trois axes, présents dans tout travail avec une langue étrangère et qui a
pour but de faire apprendre à exprimer et à comprendre des idées dans
une situation donnée, de façon adéquate aux circonstances
[6]. Il convient de
souligner que le travail de l’expression orale prévu dans nos suggestions
n’a pas pour objectif une performance de haut niveau. Les dialogues sont
plutôt une exemplification de la communication orale en face à face. Ils
font pendant aux textes écrits et visent aussi à montrer aux élèves les
différences entre la communication orale et la communication écrite.
Nous voudrions également ajouter aux commentaires du tableau ci-dessus quelques considérations qui ont orienté notre travail :
- Il est important que les apprenants prennent conscience que les compétences en langue maternelle contribuent à l’apprentissage du FLE et
vice versa.
- La construction des connaissances en FLE se fait plus aisément si l’on
tient compte des connaissances préalables des élèves (cf. PCN-LE : 71).
- Il est judicieux de tirer profit du capital linguistique des élèves, c’est-à-dire de leur langue maternelle. La parenté de celle-ci avec la langue
française permet de faire des rapprochements tant au niveau du lexique
qu’au niveau des structures morpho-syntaxiques, et d’accéder rapidement à l’utilisation de la langue étrangère dans toute sa richesse (cf.
PCN-LE : 54), car les langues sœurs épargnent les difficultés
auxquelles font face les apprenants dont la langue maternelle n’appartient pas aux langues latines et occidentales en général (comme les
sinophones, les nippophones, les arabophones, etc.). Les possibilités
d’exploitation des ressemblances entre le portugais et le français sont
évidentes surtout lors des activités de compréhension écrite et même
orale. Par conséquent, on a intérêt à partir d’éléments de la langue
étrangère présents dans la vie quotidienne des apprenants pour mettre
en évidence la connaissance « insoupçonnée » qu’en ont les élèves –
les mots français incorporés au portugais, noms de boutiques, d’objets,
d’aliments, etc. L’apprentissage évolue mieux lorsque l’élève peut se
rapporter à sa langue maternelle pour comprendre les phénomènes de
la langue étrangère.
- Compte tenu des contraintes temporelles du contexte scolaire, on est en
général amené à réduire l’éventail des possibilités de chaque acte de
parole exprimé en LE.
- L’enseignement/apprentissage d’une langue étrangère en contexte
scolaire ne vise pas seulement une bonne connaissance de cette langue,
la construction d’autres savoirs concernant certaines notions ayant un
poids également important (cf. objectifs de l’enseignement/apprentissage des LE, PCN-LE : 66-67) – par exemple, savoir commencer et
terminer une lettre, savoir s’adresser à quelqu’un en différentes situations, comprendre les intentions de communication de l’interlocuteur.
Ces savoirs repris en langue étrangère renforcent ceux que l’élève
construit en langue maternelle.
- La lecture constitue, dans un travail « bivalent », une des activités
primordiales, car elle permet de travailler plusieurs aspects culturels,
cognitifs et formatifs. En devenant un lecteur à part entière, l’élève est
capable de comprendre les écrits de l’usage public de la langue.
- Le choix des textes écrits et oraux en langue maternelle ainsi qu’en
langue étrangère sera fait, autant que possible, à partir de sujets d’intérêt
des élèves. Parallèlement à ce critère, on échelonnera les textes d’après
leur difficulté croissante, en partant de textes très « transparents » par
leur lexique et leur sujet et d’une lecture globale vers des textes moins
« transparents » et vers une lecture plus détaillée. Il est nécessaire que
les élèves soient confrontés à différents types de textes qui font partie
de leur vie quotidienne et que les activités avec ces textes donnent lieu
à des approches différentes (cf. PCN-LP : 26). Le travail d’interprétation
de textes en FLE renforce les compétences de lecture en PLM.
- Lors du travail de compréhension et d’expression orale, il est important
que les dialogues ne soient pas réduits à un micro-échange (questionréponse), car ceci ne correspond pas à une véritable situation de
communication.
- Les activités de production orale et écrite ont deux objectifs : la compétence de communication et l’appropriation des éléments morphosyntaxiques et lexicaux de la langue. On a pu constater que, lorsqu’on
ne travaille que les activités de compréhension, l’élève moyen n’arrive
pas à mobiliser ses connaissances passives pour progresser dans la
construction des savoirs linguistiques. Il s’appuie sur les éléments qui
lui permettent d’interpréter un texte (surtout le texte écrit) d’une
manière globale et peut se passer d’éléments morpho-syntaxiques. Mais
la disponibilité de ces éléments, la capacité de les faire venir à l’esprit
lorsque le contexte ne les explicite pas, lui fera défaut lors d’un texte
moins accessible.
- L’étude des langues étrangères dans les écoles publiques brésiliennes ne
dure quelquefois qu’un an ou deux ans non consécutifs. On vise donc
à ce que les élèves construisent des connaissances de base à partir
desquelles ils pourront continuer leurs études, s’ils en ont l’occasion.
Aussi croyons-nous que la réflexion sur la langue et le langage est
indispensable pour assurer cette base.
Dans le cadre du projet Bivalence, il nous paraît cohérent de plaider
pour une progression « souple » : elle découlera de la motivation que l’enseignant pourra éveiller chez les apprenants en accord avec ses collègues
de langue maternelle, à partir soit d’un événement (Coupe du Monde), soit
d’un projet développé dans son établissement scolaire (Cinquantenaire de
la Déclaration des Droits de l’Homme), soit de l’étude d’un type de document, par exemple. En ce qui concerne les contenus grammaticaux, l’ordre
de leur étude obéira aux besoins linguistiques des documents écrits et
oraux vus en classe.
Cette proposition ouvre un large éventail de possibilités, car nous
sommes persuadées que l’enseignement/apprentissage en contexte scolaire
ne peut plus tenir dans des moules préétablis. Il faut que les enseignants
prennent en charge les options de leur progression, celle qui conviendra
le mieux à leurs apprenants et à leur situation d’enseignement.
Nous souhaiterions que ce travail trouve des échos chez de nombreux
enseignants qui, comme nous, remettent constamment en question leur
pratique et leurs convictions. Nous serions heureuses que nos réflexions
contribuent à ce que les collègues qui nous auront lues se sentent plus
libres de déterminer leurs propres options au moment d’établir une
progression.
Étape 2 – Durée approximative : 14 heures
-
Notions : les goûts et les préférences.
-
Actes de parole : exprimer son goût, son rejet, sa préférence, son
accord, son désaccord, son approbation, sa désapprobation, son avis.
-
Structures grammaticales :
- Présent de l’indicatif des verbes aimer, adorer, préférer, détester,
avoir horreur de; approuver, désapprouver; penser, croire, trouver;
- Les comparatifs, les superlatifs ;
- Pronoms possessifs ;
- Adjectifs et pronoms démonstratifs ;
- Adjectifs qualificatifs ;
- Adverbes.
-
Aspects culturels : les ressemblances et les différences culturelles en
ce qui concerne les goûts et les préférences.
-
Types de texte (dans les deux langues) : interviews de
personnalités/portraits de stars, lettres au courrier du cœur, lettres de
lecteurs, publicités – justifier son choix de films, d’objets, de destinations de voyage, etc. : « Perfil do consumidor » (profil du consommateur); analyse comparative des différents textes d’appréciation de
livres, de films, de pièces de théâtres – reconnaissance de ce qui est
objectif et de ce qui est subjectif dans un texte journalistique (ex. : dans
un résumé de film, savoir séparer l’opinion et le récit); élaboration et
simulation d’interviews orales.
Étape 3 – Durée approximative : 28 heures
-
Notions : le temps : le présent, le passé, le futur; l’emploi du temps.
-
Actes de parole : demander l’heure, le jour, informer des dates, décrire
des actions quotidiennes et habituelles, raconter des événements passés,
parler d’événements futurs.
-
Structures grammaticales :
- Les temps du récit au passé – passé composé et imparfait;
- Le futur proche;
- Le présent de l’Indicatif des verbes utilisés dans les actes de parole
de cette étape.
-
Aspects culturels : ressemblances et différences culturelles – saisons,
organisation de la journée scolaire et de la journée de la famille, du
calendrier (congés, vacances).
-
Types de texte : entretien sur l’emploi du temps (questions et réponses
orales), agendas scolaires en français et en portugais, la journée des
différents professionnels, horoscope, numérologie. Textes de compréhension orale : journal télévisé, informations radiophoniques, publicités
à la radio et à la télévision. Récits biographiques au passé
[1]
Ce travail a été fait à la suite d’une recherche à l’ÉNS de Fontenay/Saint-Cloud et des
observations de classe dans des collèges et lycées de Paris, sous la direction de M. Jean-Louis
Chiss. Il se fonde sur un premier travail sur le même thème réalisé par Ana Maria Lucena
Santos et Militza Bakich Putziger et présenté au XXI
e Congrès brésilien des Professeurs de
Français (Salvador, août 1998). Cf
ELOS, 1999.
[2]
Les concepts de
facile/difficile, simple/complexe, plus fréquent/moins fréquent ont déjà été
discutés par plusieurs auteurs (cf. Courtillon, 1976,
Le Français dans le Monde 153 : 89-97).
[3]
Idée qui était déjà présente, comme nous l’avons vu, dans les critiques des années 70 et 80.
[4]
Traduction des auteurs de l’article.
[5]
À la fin de l’article, nous présentons en annexe les contenus possibles pour les étapes 2 et 3.
[6]
Ce qui correspond, à notre avis, à la définition de la compétence de communication, telle
qu’elle a été présentée par Sophie Moirand (1982).