2001
éla - Revue de Didactologie des langues-cultures
Historique et réalités actuelles de la « bivalence »
Martine Cerdan
BCLE de Salvador, Brésil
L’article s’efforce de montrer la genèse de cette recherche-action
dans le cadre brésilien, l’historique institutionnel dans le cadre de la coopération franco-brésilienne et d’expliquer la philosophie de la « Bivalence »
précisément dans ce contexte. Il dessine ensuite une carte des réalisations
actuelles sur le terrain scolaire, des insertions de la « Bivalence » dans les
universités brésiliennes et dans la formation des enseignants. À l’heure d’un
premier bilan provisoire, il tente de cerner les problèmes concernant la faisabilité des recherches et des actions pédagogiques et de définir les objectifs de
la nouvelle étape qui s’amorce.
La « Bivalence » a vu le jour au Brésil en 1994, comme réponse à une
double préoccupation du Conseil National des Secrétaires d’Éducation
(CONSED), d’une part, et des Bureaux de Coopération Linguistique et
Éducative (BCLE) de l’Ambassade de France, d’autre part, à savoir le
souci des difficultés rencontrées dans l’enseignement du PLM (portugais
langue maternelle) et le constat du recul de l’enseignement du FLE (français langue étrangère) dans le système scolaire brésilien. En fait, le terme
était apparu en 1993, lors d’une rencontre de spécialistes à Brasilia,
constituant déjà les prémisses d’un projet devenu effectif l’année suivante.
Cependant, la « Bivalence » puise sa source, en amont, dans les accords
de coopération bilatérale conçus et proposés, dès le début des années 90,
aux autorités éducatives de plusieurs municipalités et États et qui visaient
une rénovation de l’enseignement des deux langues à travers des
méthodes apparues comme novatrices au Brésil. Ces accords réunis sous
l’étiquette de Formation Intégrée des Langues (FIL) reposaient sur l’entraînement à la pratique d’une méthodologie axée sur le travail en groupes
et l’autonomie des élèves et qui devait rendre plus efficace l’enseignement/apprentissage du PLM et du FLE.
Déjà à cette époque, un grand nombre de professeurs de PLM, que l’on
pourrait qualifier de « bivalents » puisque titulaires d’une double licence
portugais/français et ayant une expérience de l’enseignement des deux
langues, recouraient à des pratiques utilisées en FLE et jugées par eux
efficaces et plus motivantes pour les élèves. Parallèlement, des équipes
universitaires brésiliennes – à Belém, Santos et Porto Alegre notamment –
développaient de manière isolée des programmes de recherche-action
portant sur les formes possibles de rapprochement de
l’enseignement/apprentissage du PLM et du FLE dans le système scolaire.
Dans le contexte du Brésil, caractérisé par des situations d’enseignement
très hétérogènes selon les États et les régions, ces recherches se centraient
sur l’apprenant, sur la formation de l’enseignant, sur les contenus à enseigner ou sur la méthodologie à appliquer.
Il n’est donc pas erroné d’affirmer que c’est la convergence d’intérêts
divers, politiques certes de la part des institutions mais aussi pédagogiques
de la part de professeurs animés d’un esprit rénovateur, voire innovateur,
qui a permis de poser la première pierre du projet « Bivalence ».
2. PHILOSOPHIE DE LA BIVALENCE
Très tôt la « Bivalence » a suscité des controverses nourries par les
différentes interprétations d’un concept, à l’époque mal défini. La rareté
des écrits en la matière ne permettait guère de lever le voile qui entourait
un projet jugé par d’aucuns nébuleux et dont le nom lui-même prêtait à
confusion.
Dans l’esprit d’un Français, la « Bivalence » se serait limitée à l’enseignement de deux disciplines par le même professeur, enseignement
pour lequel ce dernier aurait reçu une double formation. Au Brésil,
l’examen des actions et expériences menées montre qu’elle dépasse la
simple concomitance de deux enseignements et met l’accent sur une coordination des contenus à enseigner et, surtout, sur des transferts de
pratiques pédagogiques, voire de toute une méthodologie, entraînant les
élèves à opérer eux-mêmes des transferts de savoirs et de savoir-faire
acquis dans l’apprentissage simultané du PLM et du FLE. Il s’agit en clair
d’un enseignement/apprentissage à double sens basé sur le rapprochement
et l’interaction des deux langues.
Tout ce mécanisme correspond aux objectifs poursuivis et clairement
exprimés, à savoir une efficacité accrue de l’enseignement de la langue
maternelle et de la langue étrangère, une rénovation des méthodologies et,
en conséquence, une amélioration du niveau des élèves dans les deux
langues.
L’esprit qui anime la « Bivalence », depuis ses débuts, n’est certes pas
nouveau. Les idées qui la sous-tendent renvoient à l’ouvrage d’Eddy Roulet
qui déjà, en 1980, visait une pédagogie intégrée des langues maternelle et
étrangère et prônait, pour ce faire, le décloisonnement des enseignements et
la collaboration des équipes dans le but d’aider les élèves à « saisir le fonctionnement profond du langage et des langues afin de faciliter la compréhension et l’acquisition de la langue 1 [maternelle] et de la langue 2
[étrangère] ». Il ne paraît pas inutile de rappeler ici que, dans le cas précis
du portugais et du français, les bénéfices réciproques sont d’autant plus
aisés à obtenir que nous sommes en présence de deux langues apparentées,
toutes deux issues du latin, et de deux cultures relativement proches.
Cette intégration est, certes, un objectif ambitieux qui se situe, par
ailleurs, dans la lignée des recherches françaises dans le domaine de la
didactique du français langue maternelle. Ces dernières, néanmoins, n’altèrent aucunement la philosophie d’un concept brésilien à part entière tout
en permettant d’ancrer la réflexion sur des théories qui ont fait leur
preuve. L’originalité de l’expérience brésilienne consiste à développer
parallèlement, et conjointement, deux actions complémentaires : la formation et l’accompagnement pédagogique des équipes « bivalentes » de
professeurs engagées dans le projet, d’une part, et, d’autre part, le travail
de recherche d’un groupe de professeurs universitaires dont la réflexion se
voit sans cesse alimentée par les expériences réalisées sur le terrain et le
matériel pédagogique produit par les mêmes équipes « bivalentes ».
Ce chapitre prétend retracer le parcours du projet « Bivalence » depuis
septembre 1996, date de ma prise de fonctions au Brésil en tant qu’attachée linguistique, responsable du BCLE de Salvador et coordinatrice
nationale du projet dont on m’avait chargée, par ailleurs, de faire une
évaluation.
Il serait difficile de dresser un tableau complet des réalisations antérieures du fait du manque d’informations et de la rareté de comptes rendus
ou de synthèses, à l’exception des rapports de missions des universitaires
français invités à des séminaires de « Bivalence » ou consultés lors de
leur passage à Salvador dans un tout autre cadre. Toutefois, par souci de
transparence et afin de faciliter la compréhension, il convient de signaler
que plusieurs sessions de formation se sont succédées entre 1994 et 1996.
Des deux dernières années, nous retiendrons les deux stages organisés par
le CRÉDIF, à l’École Normale Supérieure de Saint-Cloud (ÉNS), avec la
collaboration de l’Université Parix X-Nanterre, à l’intention de deux
groupes de quinze professeurs-formateurs brésiliens issus des États
engagés dans le projet et qui devaient assurer des sessions de formation
et de recyclage.
3.1. Structuration du projet
La « Bivalence » a amorcé un tournant avec la mission à Salvador de
Jean-Louis Chiss, professeur à l’ÉNS, chargé d’animer, en octobre 1996,
un séminaire sur les stratégies de lecture et la grammaire textuelle. En
fait, cette rencontre de professeurs, venus de plusieurs États, a également
permis de recueillir un grand nombre de récits d’expériences, de faire le
point sur le projet et de clarifier le concept de la « Bivalence » renommée,
à cette occasion, « Didactique intégrée du portugais langue maternelle et
du français langue étrangère ». Pourtant cette nouvelle appellation, bien
trop longue, n’a jamais réussi à supplanter le terme largement adopté de
« Bivalence ».
La deuxième étape importante dans cette phase de structuration a été la
réunion, en mars 1997, de quatorze professeurs universitaires de neuf
États – sur les douze impliqués – choisis parmi les participants aux stages
du CRÉDIF. À l’issue de cette rencontre était créée la « Commission
nationale de réflexion et de coordination » recevant une double mission à
la fois d’impulsion et d’information et qui, au terme des travaux, était
parvenue à la rédaction d’un document (auquel J.-L. Chiss a grandement
contribué), le premier depuis la naissance du projet, une sorte de
« charte », fixant les principes directeurs de la « Bivalence », traçant des
lignes d’actions et décrivant la structure à mettre en place ainsi que les
modalités de fonctionnement (cf. Annexe).
Cette structure repose sur la constitution d’équipes pédagogiques
« bivalentes »
[1] et d’un réseau de professeurs-formateurs chargés d’assurer
l’accompagnement des équipes par le biais de réunions périodiques destinées à faciliter la construction d’itinéraires pédagogiques « bivalents » et
à aider les enseignants dans la production d’un matériel pédagogique
correspondant. Dans la plupart des États, ces formateurs sont aussi
membres de la Commission nationale. Très vite, dans les États où le projet
était le mieux ancré, les premières équipes ont commencé à fonctionner;
dans d’autres, les professeurs universitaires se sont attachés à impulser de
nouvelles dynamiques afin d’expérimenter la « Bivalence » dans de
nouvelles classes.
Lors de la deuxième session de la Commission nationale, en septembre
de la même année, un nouvel objectif était atteint : les équipes en place
démontraient leur capacité à produire un matériel pédagogique réutilisable
par leurs collègues, dossiers susceptibles de pallier le manque de manuels
et/ou de se substituer à un matériel obsolète. En outre, ce matériel devait
stimuler les autres équipes et celles en cours de constitution. Les dossiers,
analysés par la Commission nationale et retenus en vue d’une large diffusion, ont été enrichis de fiches méthodologiques afin d’en faciliter l’utilisation par d’autres enseignants.
Les difficultés rencontrées dans les différents États ont amené la
Commission nationale à déterminer cinq thèmes de réflexion qui orienteraient les travaux de recherche pour les trois années à venir : le choix des
supports pédagogiques dans la progression, la pédagogie de l’oral, les
interactions entre langue maternelle et langue étrangère, le traitement de
la grammaire en classe de langue, le traitement des textes littéraires dans
une perspective communicative. Le choix de ces thèmes révèle qu’au delà
de l’intégration de la didactique des langues maternelle et étrangère existe
un souci de rénovation des techniques et des pratiques pédagogiques.
3.2. Travaux de recherche
Les cinq thèmes cités ci-dessus ont été répartis entre les membres de la
Commission nationale qui ont travaillé en tandems. Trois d’entre eux – le
traitement de la grammaire, le choix des supports et les interactions entre
langue maternelle et langue étrangère – ont fait l’objet de communications
et d’ateliers lors du XIII
e Congrès brésilien des Professeurs de français
organisé à Salvador, en août 1998, en complément des deux conférences
sur la problématique de l’intégration
[2].
Chaque année, entre 1997 et 1999, une équipe de chercheurs s’est
rendue en France avec l’aide de l’Ambassade de France. Durant leur
séjour, ils ont pu nourrir leur réflexion des séminaires auxquels ils ont pris
part, des visites de classes (langue maternelle et langues étrangères :
portugais, espagnol et FLE) qu’ils ont effectuées dans des établissements
scolaires parisiens et des échanges consécutifs avec les enseignants
rencontrés.
C’est en août 1998, lors de la troisième réunion de la Commission
nationale, à l’issue du congrès de Salvador, qu’est apparue l’idée du
présent recueil comme récit d’une expérience originale. Ce nouvel
objectif, tout comme l’écriture collective du texte originel l’année précédente, a donné au groupe toute sa cohésion, a consolidé l’esprit d’équipe
et insufflé un nouveau dynamisme. Dès la session suivante, en octobre de
la même année, la réflexion avait avancé mettant l’accent sur un axe
central et une nécessité absolue, celle d’approfondir la problématique de
la progression qui induirait forcément un regard sur les programmes et
leurs contenus.
L’unique réunion de 1999 a été l’occasion de dresser un bilan des réalisations qui ont servi de ferment à cet ouvrage écrit à plusieurs mains,
aboutissement de trois années de labeur et de réflexion commune qui, en
dépit des distances, n’a jamais subi de fléchissement. Cette première étape
parcourue, ont été définis de nouveaux objectifs qui devraient se cristalliser dans une nouvelle production collective entendue comme une suite
logique des recherches en didactique.
3.3. Formation des professeurs
Les travaux de recherche visant l’intégration des didactiques et la rénovation des pratiques pédagogiques n’ont jamais occulté cette activité qui,
au contraire, est apparue comme un élément complémentaire et essentiel
du projet. Outre les réunions hebdomadaires (préparation de cours,
production de matériel) et les réunions mensuelles (harmonisation des
méthodes, échanges entre les différentes équipes régionales), ont été organisés des séminaires de formation qui, au rythme de deux par an, ont
donné lieu à des rassemblements inter-régionaux propices aux échanges et
à la créativité des enseignants. Les thèmes de ces séminaires, dirigés par
des spécialistes français invités par le BCLE de Salvador, étaient étroitement liés aux orientations fixées par la Commission nationale, comme
l’approche de la lecture, la grammaire textuelle, l’utilisation de l’image en
classe de langue, l’oral et la communication, les rapports entre langue
maternelle et langue étrangère dans la construction des apprentissages et
la gestion de la classe.
La première carte de la « Bivalence » a été établie après structuration
du projet, plus précisément à l’issue de la deuxième réunion de la
Commission nationale, en septembre 1997. Elle permettait de recenser les
neuf États où le projet s’était développé et dont sept
[3] seulement avaient,
cependant, répondu à l’appel du BCLE en novembre 1996. À la même
époque, trois États
[4] ont manifesté la volonté d’intégrer le groupe. Dès
mon arrivée au BCLE de Salvador, la « Bivalence » était donc présente
sur une large part du vaste territoire brésilien, à savoir douze États. Dans
le Nord, les États de Pará et Amazonas ; dans le Nord-est, ceux de Rio
Grande do Norte, Alagoas, Sergipe et Bahia; dans le Sud-est, ceux de Rio
de Janeiro, Minas Gerais et São Paulo; dans le Sud enfin, les États de
Santa Catarina, Rio Grande do Sul et Paraná.
Le propos, alors, n’était pas de démontrer une généralisation du projet
sur l’ensemble du pays. Bien au contraire, en cette phase de structuration,
il était préférable de consolider les équipes existantes et de réduire les
expériences à quelques projets pilotes. Et effectivement, dans chaque État,
une voire deux villes étaient impliquées ; le plus souvent, un ou plusieurs
établissements scolaires, donc quelques professeurs « bivalents ». Dans
tous, cependant, la participation de l’université était manifeste. Autrement
dit, les résultats escomptés ne devaient pas être évalués en termes de
quantité (d’écoles, collèges, enseignants ou élèves) mais plutôt sur des
bases de qualité et d’efficacité. Il convenait donc de juger des réalisations
effectives dans le but de montrer la viabilité du projet et son bien fondé.
Selon les États et en fonction des ressources humaines locales, les
efforts se sont portés sur la formation continue et le suivi pédagogique des
équipes « bivalentes » ou sur la recherche universitaire et l’introduction
de la problématique de la « Bivalence » dans la formation initiale au sein
des départements de méthodologie ou des sciences de l’éducation. Dans
certains cas – comme dans le Paraná, le Rio Grande do Norte, Santa
Catarina et Rio –, le travail s’est opéré sur les deux fronts. Comme cela
pouvait être prévisible, c’est dans les États où l’intervention sur les deux
niveaux a été possible que le projet semble aujourd’hui le mieux ancré.
Cet ancrage dépend également du degré d’investissement des autorités
éducatives, de l’État ou de la municipalité, sans oublier la forte motivation et le dynamisme sans cesse renouvelé des membres de la Commission
nationale dans leurs États respectifs.
4.1. Réalisations en terrain scolaire
Un des volets importants du projet « Bivalence », il n’est pas inutile de
le répéter, est celui de la formation simultanée des professeurs de portugais et de français. Les différents séminaires
[5] organisés ont favorisé à la
fois un approfondissement théorique et la prise de conscience de la nécessité d’un changement d’attitude en vue d’adopter des méthodes communicatives. Les enquêtes réalisées auprès des enseignants concernés mettent
l’accent sur les conséquences positives : recours à une méthodologie
mieux adaptée aux besoins, définition plus claire des différents objectifs
(linguistiques, culturels et cognitifs) du cours de langue, préparation
soignée des cours, découverte de pratiques innovantes. Les témoignages
sont unanimes et soulignent l’efficacité accrue de l’enseignement prodigué
et ses répercussions sur la motivation des élèves qui ont vu leurs compétences orales et écrites améliorées dans les deux disciplines. Les évaluations auxquelles a procédé le Liceu Pasteur de São Paulo, associé au
projet, révèlent d’énormes progrès réalisés en lecture et en expression
orale et écrite. D’une manière générale, les enseignants eux-mêmes se
sont sentis dynamisés faisant appel à leur créativité afin de varier
pratiques et supports pédagogiques.
Les séminaires ont trouvé leur complément dans les réunions périodiques de suivi – hebdomadaires pour la préparation des cours, mensuelles
en vue de la coordination du travail des équipes –, toujours riches
d’échanges propices à une réflexion approfondie et au regard critique de
chacun sur ses propres pratiques. Ces réunions ont permis de rompre l’isolement de l’enseignant cantonné dans sa classe. En outre, elles ont fait
naître le concept d’équipe pédagogique bi/interdisciplinaire et mis en
relief les ressources offertes par le travail en interdisciplinarité. Les
élèves, à leur tour, ont perçu, grâce au décloisonnement, l’intérêt de l’apprentissage des différentes disciplines qui leur sont imposées dans le
cursus scolaire.
Le matériel pédagogique produit par les équipes, largement diffusé
auprès des collègues, constitue un vivier où chacun peut puiser à son
heure et en fonction de ses objectifs. Ces dossiers, composés de documents accompagnés des fiches méthodologiques correspondantes qui en
facilitent l’utilisation, loin d’être figés, sont propres à éveiller et à renouveler la créativité des nouveaux utilisateurs.
4.2. Insertion dans les universités brésiliennes
La plupart des membres de la Commission nationale sont des professeurs universitaires qui interviennent dans la formation initiale des futurs
enseignants de français ou de langue maternelle. Dans leurs départements
respectifs de Lettres ou de Langues étrangères – à l’UFRGS (Porto
Alegre, Rio Grande do Sul), l’UEPG (Ponta Grossa, Paraná), l’UFPA
(Belém, Pará), l’UFRJ (Rio de Janeiro) – ou bien dans leurs Facultés
d’éducation – à l’UFSC (Florianópolis, Santa Catarina), l’UEM (Maringá,
Paraná), l’UFMG (Belo Horizonte, Minas Gerais), l’UFRN (Natal, Rio
Grande do Norte) – ils infléchissent la réflexion des étudiants et provoquent des débats sur la problématique de la « Bivalence » : analyse des
processus d’acquisition/apprentissage des connaissances, interactions et
articulation entre langue maternelle et langue étrangère, transferts de
compétences, rapprochement des méthodologies, etc. à partir de textes
scientifiques et/ou de documents pédagogiques produits par les équipes
« bivalentes ». Cette démarche vise l’entraînement, dès la formation
initiale, aux approches méthodologiques intégrées totalement novatrices au
Brésil.
Dans certaines universités – l’UFRJ à Rio, l’UFPA à Belém et l’UFRN
à Natal – cette réflexion a permis d’introduire une ligne de recherche et
a déjà donné lieu à l’élaboration de plusieurs mémoires de « especialização » (maîtrise) et de « mestrado » (DEA)
[6]. Par ailleurs, la double certification délivrée en partenariat par l’UFPA et l’UAG (Université des
Antilles et de la Guyane), qui accorde une large part à des disciplines
ayant un lien direct avec la thématique de la « Bivalence », laisse présager
de l’intégration de nouveaux adeptes et chercheurs dans ce domaine de la
didactique intégrée.
Dans tous les États où la « Bivalence » s’est développée, l’université
est partie prenante dans la formation continue des professeurs. Pour ne
citer que quelques exemples, l’on peut mentionner l’UFSC à Florianópolis
et l’UFRGS à Porto Alegre qui ont inclus la « Bivalence » dans un projet
plus ample de formation pédagogique destiné aux professeurs en exercice.
4.3. Répercussions au niveau institutionnel
Dans certains cas, l’institutionnalisation du projet a été rendue effective. Elle s’avère pourtant toujours nécessaire pour la pérennité et la
viabilité des actions entreprises. En effet, le soutien du BCLE et de l’ambassade ne suffit pas ; il convient dans tous les cas d’obtenir l’appui des
Secrétariats à l’éducation, municipaux ou d’État, selon les situations. La
signature d’accords avec les autorités éducatives locales a permis la réalisation des séminaires, parfois leur financement comme à Salvador
(Bahia) ou à Maceió (Alagoas), le déplacement et la libération des
professeurs afin de participer aux sessions de formation et aux réunions
de coordination.
À Porto Alegre, la reconnaissance de la « Bivalence » s’est récemment
vue confirmée par la constitution d’une équipe pédagogique « bivalente »
servant de référence dans le cadre de l’extension du projet dans le réseau
municipal.
Si dans les premiers temps les directeurs d’écoles et de collèges sensibilisés ont accepté d’ouvrir de nouvelles classes de français ou de réintroduire son enseignement dans plusieurs établissements (Salvador et
Itabuna dans la Bahia, Porto Alegre dans le Rio Grande do Sul), ce
processus est aujourd’hui freiné par des circonstances particulières,
notamment la progression de la demande de l’espagnol, autre langue du
Mercosul. Toutefois, si l’on ne peut parler d’extension, les expériences
menées et les résultats positifs obtenus ont assuré le maintien de la langue
française aux côtés des autres langues étrangères proposées (l’anglais et
l’espagnol).
Enfin, les membres de la Commission nationale de deux États, Bahia et
Santa Catarina, ont été invités à rejoindre les commissions locales de révision des programmes et, ainsi, à participer à l’élaboration de ces derniers.
Ces acquis sont un gage de la crédibilité du projet « Bivalence » perçu
comme susceptible de bénéficier aux deux parties : les acteurs de la
coopération française et les enseignants de français dans leur souci de
maintien et d’élargissement du FLE, les autorités éducatives brésiliennes
dans leur volonté d’améliorer l’enseignement du PLM.
4.4. Limitations au projet
La plus grande difficulté rencontrée depuis 1996 a résidé dans la mise
en place des séminaires nationaux de formation. La réduction des crédits
alloués, associée à l’étendue du territoire brésilien, n’a pas toujours permis
de garantir la participation de tous les professeurs engagés dans le projet.
En outre, l’extension de ce dernier aurait nécessité la nomination d’un
coordinateur national travaillant à temps plein et exclusivement sur ce
dossier qui requiert de nombreux déplacements afin d’effectuer un travail
de proximité. Le relais assuré par un collègue ayant une connaissance
partielle de la problématique et de ses enjeux s’avère souvent insuffisant.
Enfin, dans certains États ou certaines villes, l’absence de professeurs
formateurs a empêché de garantir le suivi et le conseil des équipes « bivalentes » qui se sont, peu à peu, découragées et dissoutes. Tous ces facteurs
expliquent que la « Bivalence » n’ait pas aujourd’hui dépassé le stade
d’un projet pilote.
Le présent recueil clôture la première phase d’un projet de coopération
bilatérale entre la France et le Brésil. Pourtant, au-delà d’un simple bilan,
il prétend apporter une contribution aux recherches effectuées en Europe,
et notamment en France, dans le domaine de la didactique des langues.
Son écriture collective a consolidé la cohésion d’un groupe d’enseignantschercheurs convaincus des enjeux de la « didactique intégrée des langues
maternelle et étrangère ».
Sa traduction en portugais devrait permettre de porter à la connaissance
d’un large public au Brésil une expérience extrêmement enrichissante pour
tous ceux qui l’ont vécue et que nous souhaitons telle aux futurs lecteurs,
chevronnés ou néophytes, tous issus du monde enseignant. Puisse-t-elle
aussi être une réponse aux critiques anciennes qui laissaient entendre que
la « Bivalence » n’était autre qu’un prétexte pour copier le modèle
français.
À l’heure où ce recueil est mis sous presse, nous avons déjà fixé les
nouveaux objectifs qui guideront les travaux de recherche pour une
nouvelle période de trois ans. À la partie théorique doit logiquement
succéder la partie pratique. Celle-ci prendra corps sous la forme d’un
guide pédagogique à l’usage des enseignants de FLE et de PLM, à qui il
sera proposé un recueil de supports de classe accompagnés des activités
et fiches d’utilisation correspondantes. Dans cette perspective, il s’agit de
poursuivre les travaux de réflexion déjà entamés sur la progression et de
produire, désormais, un matériel pédagogique conçu dans la continuité et
l’articulation tout en tenant compte des contraintes des programmes officiels. Dans un premier temps, les membres de la Commission nationale
sont chargés d’élaborer, en collaboration avec leurs équipes « bivalentes »
respectives, une ou plusieurs progressions pour un niveau d’enseignement
donné. Ces propositions analysées, discutées et éventuellement remaniées
donneront lieu, par la suite, à une sorte de manuel, pour le moins un
recueil de suggestions pédagogiques mis à la disposition des professeurs
soucieux de tirer profit des interactions entre langue maternelle et langue
étrangère.
Ces nouvelles orientations permettront de conserver le volet essentiel
du projet que constitue la formation des enseignants. Celle-ci donnera lieu
à l’organisation de séminaires et à la poursuite des réunions de suivi pédagogique. Dans le but de toujours améliorer les pratiques de classe, a
également été évoquée la réalisation d’une cassette vidéo proposant des
activités diverses comme point de départ à une réflexion sur des
problèmes de didactique et outil d’initiation à l’observation de classe.
Cette entreprise ferait l’objet d’une nouvelle étape.
Pour terminer, j’insisterai sur l’esprit de coopération et d’union qui,
malgré les divergences initiales, a animé le groupe de la « Bivalence »
durant ces trois années. Au-delà des liens noués et renforcés entre
collègues, le projet a permis un décloisonnement et un réel travail collectif
entre enseignants de collège et professeurs universitaires. Les premiers se
sont souvent sentis rassurés et soutenus dans leur lourde tâche d’enseignement. Ils participent volontiers aux sessions de formation dont ils sont
aussi les acteurs. Le travail en équipe les guide sur le chemin d’une plus
grande autonomie dans la construction du cours ou l’établissement d’une
progression et les prépare à de nouvelles pratiques et de nouvelles configurations de classe. Les seconds ont trouvé en leurs collègues de collège
matière à leur réflexion et recherche.
J’ajouterai que la « Bivalence » est le seul projet qui, au Brésil, réunit
régulièrement des professeurs de l’ensemble du pays qui réfléchissent sur
l’enseignement du français et des langues en général et sur leur intégration. Ce qui, j’espère, devrait assurer la continuité de ce travail.
[1]
Au vu de l’expérience antérieure, le terme a dû alors être explicité. Désormais, les équipes
bivalentes seraient impérativement composées d’au moins un professeur de PLM et d’un professeur de FLE exerçant, point fondamental, dans un même établissement et auprès des mêmes
élèves.
[2]
Voir les actes du congrès : « Didactique des langues maternelles et des langues étrangères :
quelle intégration ? » par Jean-Louis Chiss et « Métalangage et apprentissage du FLE à l’école »
par José Carlos Chaves Da Cunha,
ELOS n° 2 et 3,1999.
[3]
Les États de Pará et Amazonas ont rejoint le projet en 1998.
[4]
Ces trois États sont : Alagoas, Sergipe et Minas Gerais.
[5]
Compréhension de l’écrit et préparation de séquences d’écriture (M. Marquilló,
novembre 1995); Lecture et grammaire textuelle (J.-L. Chiss, octobre 1996); Rôle de l’utilisation de l’image dans l’enseignement (T. Lancien et F. Lambert, avril 1997); De l’écrit à l’oral
(M. Thomas, septembre 1997) ; Relations entre LM et LE dans les apprentissages (D. Moore,
avril 1998); Utilisation de l’image : activités communicatives (avril 1999); Langues étrangères,
langue première et communication (V. Castellotti, octobre 1999).
[6]
Mémoires de « especialização » :
– Freire Damasceno, C. 1998.
Reflexões sobre o uso de documentos televisivos. Natal :
UFRN/Núcleo de estudos e pesquisas em educação e comunicação/Ensino e linguagem :
didática de língua materna e estrangeira (FLE).
– Carvalho Bezerra, M.-A. 1998.
O jornal em aula de línguas : para construir o cidadão.
Natal : UFRN/Núcleo de estudos e pesquisas em educação e comunicação/Ensino e
linguagem.
Mémoires de « mestrado » :
– Da Silva Mendonça, C. A. 1998. «
Bivalência » s
imples e o ensino/aprendizagem de
leitura em francês língua estrangeira : um estudo de caso. Rio de Janeiro : UFRJ.
– Freire Damasceno, C. (en cours).
Televisão e ensino de línguas : reflexões teóricas e
metodológicas. Natal : UFRN.
– De Freitas França, J. (en cours).
Propostas curriculares de PLM e de língua estrangeira : para uma didática integrada do PLM e do FLE Natal : UFRN.
– Dantas Bouth, G. (en cours).
Pour un rapprochement méthodologique du PLM et du
FLE dans le système scolaire. Belém : UFPA.