Ela
Klincksieck

I.S.B.N.sans
130 pages

p. 143 à 151
doi: en cours

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no 122 2001/2

2001 Revue de Didactologie des langues-cultures

La grammaire dans l’enseignement/ apprentissage universitaire du français langue étrangère au Japon

Élie Suzuki Répétitrice de japonais à l’INALCO (Institut National des Langues et Civilisations Orientales)
Au Japon, malgré l’introduction de réformes de l’enseignement des langues en faveur des compétences de communication, la grammaire jouit d’une prééminence analysée ici dans des manuels utilisés et les pratiques en classe au niveau supérieur dans et hors de l’université. Ce statut particulier s’explique également par des facteurs socioculturels spécifiques au Japon, tels que l’élitisme, la domination de l’écrit sur l’oral et l’attitude des élèves. Une approche innovante renoncerait à isoler l’enseignement de la grammaire pour la mettre au service des compétences de communication. Elle demanderait une autre formation pour les enseignants.
 
INTRODUCTION
 
 
Au Japon comme dans tous les pays du monde, l’enfant apprend sa langue maternelle par les seules vertus d’une approche communicative tout à fait empirique, celle de la « méthode naturelle » ou « maternelle » [1]. Ensuite, dans l’enseignement scolaire du japonais langue maternelle, la grammaire du japonais moderne n’a pas une fonction centrale. Comme dans beaucoup d’autres pays, sans doute, « [elle] sera un moyen d’asseoir, de consolider la prise de conscience métalangagière… » (S. Karabétian, 1988). Je distingue ici le japonais moderne du japonais classique, car, contrairement au japonais moderne, on accorde beaucoup d’importance à l’enseignement et à l’apprentissage de la grammaire classique, qui équivaut à une grammaire de langue étrangère. La grammaire du japonais moderne (fondée sur la morphosyntaxe) est enseignée essentiellement au cours du premier cycle de l’enseignement secondaire. Le changement de politique d’éducation il y a environ dix ans a fait quasiment disparaître des examens d’entrée des lycées publics les questions de grammaire du japonais moderne. Cela a réduit de 40 % à 20 % environ la proportion du nombre d’heures consacrées à la grammaire par rapport aux autres contenus du cours de japonais moderne.
L’importance qu’a la grammaire dans l’enseignement et l’apprentissage du français langue étrangère (FLE) au Japon pose donc des questions auxquelles nous allons essayer de répondre.
 
1. LA PRÉÉMINENCE DE LA GRAMMAIRE DANS LES COURS DE FLE
 
 
Au Japon, la grammaire occupe une place très importante dans l’enseignement et l’apprentissage du FLE. Cette tradition s’observe très fréquemment dans les établissements supérieurs et secondaires. Elle existe aussi, mais de façon moins forte et différente, dans les cours de FLE des établissements hors système scolaire (instituts et écoles de langues privées).
Les enseignants japonais sont pourtant désormais sensibilisés à l’approche communicative (même s’ils n’ont pas souvent la formation correspondante nécessaire), et elle est de plus en plus ressentie par les apprenants comme un besoin. De sorte qu’un certain nombre d’enseignants sont convaincus que les cours de FLE donnés dans les universités japonaises sont loin d’être pertinents et qu’il faudrait en changer l’orientation didactique. Depuis quelques années, la réforme de la tradition grammaticale apparaît souvent dans les ordres du jour des colloques et des ateliers organisés pour les enseignants de FLE. Pourtant, « L’enquête sur l’enseignement du FLE », effectuée en 1997 par l’Association du français et de la littérature française au Japon, montre que seulement 28 % des universités ont appliqué cette réforme. Parmi celles-ci, ce n’est pas la totalité, mais 80 % qui ont choisi de s’orienter vers l’enseignement du FLE visant au développement des compétences de communication. Quant aux enseignants, 40 % d’entre eux continuent à considérer comme très importants les cours de grammaire (selon l’enquête effectuée en 1999 par la dite association). Nous nous limiterons, dans cet article, à analyser la situation dans les universités.
Il faudrait considérer l’enseignement du FLE dans les universités selon deux catégories différentes : les cours de français première langue (FPL) destinés aux étudiants des départements de langue et de littérature françaises, et ceux de français seconde langue (FSL). L’enseignement du FLE pour le FPL est constitué de cours de grammaire et de lecture de textes auxquels s’ajoutent quelques autres tels que des cours de conversation, d’entraînement écrit et de civilisation. L’enseignement du FLE pour le FSL est en général réduit à un cours de grammaire et à un cours de lecture de textes. Pour le FPL, la grammaire fait l’objet d’un manuel séparé, ce qui en révèle l’importance; pour le FSL, la grammaire est très fortement représentée dans les manuels japonais, même ceux rédigés dans l’optique de l’AC.
Pour la raison que j’ai indiquée plus haut, les universités qui choisissent la combinaison d’un manuel français avec un livre de grammaire pour les cours de FPL sont de plus en plus nombreuses. Les manuels utilisés dans les cours de FSL sont le plus souvent des manuels en japonais rédigés par des auteurs japonais ou co-rédigés par ceux-ci avec des auteurs français résidant au Japon. De plus en plus de manuels japonais sont rédigés dans la perspective de l’approche communicative, mais en réalité il existe très peu de véritables manuels japonais strictement « communicatifs », la majorité d’entre eux adoptant le principe d’une combinaison entre l’AC et un enseignement traditionnel de la grammaire de base. Ils proposent environ une vingtaine de leçons, chacune d’entre elles étant rédigées de manière pratiquement identique : 1) présentation d’un dialogue en général bref contenant des points grammaticaux suivis d’une note explicative en japonais avec pour chaque point deux ou trois phrases simples d’illustration; 2) série d’exercices d’application. Tous ces manuels s’ouvrent sur une présentation/explication de la phonétique française, et se terminent par le tableau de conjugaison des verbes et la liste du vocabulaire utilisé.
Les cours de FLE sont assurés en majeure partie par des enseignants japonais. Les enseignants natifs, qui ne sont pas nombreux (quelques pour cent) s’occupent plutôt de l’enseignement qui demande une compétence de production en français, comme les cours de conversation, de civilisation ou de composition pour le FPL.
Les manuels de FLE semblent le seul et unique outil d’enseignement pour un grand nombre d’enseignants des universités. Le cours traditionnel de FLE est de type grammaire-traduction (en général la version). Les enseignants se contentent de donner des explications grammaticales et d’assurer la compréhension des textes en faisant travailler les étudiants sur les exercices d’application en cours. À la fin de chaque cours, ils indiquent la partie qu’ils vont traiter au prochain cours, de manière à inciter les étudiants à chercher à la maison les mots nouveaux dans le dictionnaire, à lire les textes écrits et à faire les exercices. Le manuel est de toute façon rédigé de telle sorte que les étudiants puissent s’en servir en autoapprentissage.
À l’opposé des cours de FLE des universités, ceux donnés dans les institutions hors système scolaire sont assurés entièrement ou du moins pour la majorité d’entre eux en langue française par des enseignants natifs ou des enseignants japonais bilingues. Les manuels utilisés sont ceux rédigés et commercialisés en France. Les cours sont basés dans un premier temps, comme en France, sur la compréhension et l’acquisition du savoir-faire communicatif en français. On ne consacre pas plus de temps à la grammaire qu’à la compréhension.
 
2. LES FACTEURS EN JEU
 
 
Un des effets les plus négatifs de cette culture, qui est tout autant d’enseignement que d’apprentissage, est le blocage à l’oral des apprenants japonais. La passivité dans leurs comportements en cours face aux enseignants français et aux apprenants d’autres nationalités est constatée en permanence par les enseignants, et reconnue par les apprenants japonais eux-mêmes, et elle peut bien entendu constituer un obstacle important à l’apprentissage des langues étrangères. Quatre facteurs peuvent être considérés comme déterminants : le manque de pratique de la langue, le passage par la traduction ressenti comme obligé, la difficulté de l’apprentissage du français, et enfin les facteurs socioculturels.
2.1. Le manque de pratique de la langue
C’est l’un des grands problèmes reconnus de l’enseignement des langues vivantes en milieu universitaire dans tous les pays. Les cursus universitaires s’appuient pour la plupart sur des matières académiques, et, malgré la volonté des enseignants de s’orienter vers la communication et l’interactivité, l’objectif réel de ces cours n’est pas la formation à un savoir-faire en français, mais la transmission d’un savoir (en littérature, en histoire, etc.). De toute manière, les effectifs des groupes sont trop élevés (entre 40 et 50 en moyenne) pour que l’on puisse réaliser un cours de conversation. Les cours de FLE sont donc, très traditionnellement, centrés dans un premier temps sur l’enseignement de la grammaire, et par la suite sur la traduction, pour laquelle le savoir grammatical est utilisé comme un instrument de compréhension. Tout passe par la grammaire, considérée comme le code qui permet l’accès à la compréhension des documents en langue étrangère, pour la plupart littéraires ou scientifiques.
2.2. Le passage obligé par la traduction
Avant chaque cours, l’enseignant demande aux apprenants de préparer les textes, et cette préparation consiste à s’efforcer de les déchiffrer à l’aide des dictionnaires bilingues et de la grammaire précédemment apprise. En cours, l’enseignant fait lire et traduire un paragraphe à tour de rôle par chaque étudiant jusqu’à la fin du cours. Une telle habitude de passage par la langue maternelle, bien entendu, gêne et retarde chez les apprenants tant le processus de compréhension que celui d’expression.
2.3. La difficulté de l’apprentissage du français
Par rapport aux deux premiers facteurs cités plus haut, qui me semblent assez universels, le troisième et le quatrième sont plus spécifiques au Japon. Il est tout à fait compréhensible que l’on s’appuie sur la grammaire dans l’enseignement et dans l’apprentissage d’une langue étrangère linguistiquement très éloignée de la langue maternelle, comme c’est le cas du français pour les Japonais. Les difficultés et la durée d’apprentissage sont pour les apprenants japonais différentes de celles des européens. Contrairement à ces derniers, qui peuvent très vite se lancer dans l’expression en français, les apprenants japonais restent assez souvent muets. Comme ils ne possèdent aucun point de repère par rapport à leur langue maternelle, qu’ils ne disposent d’aucune similitude sur laquelle s’appuyer, ils ressentent la grammaire comme un recours indispensable au moment même de la production en français. Mais ils ne parviennent pas souvent à produire des phrases, soit par insuffisance des connaissances grammaticales qui seraient indispensables (et aussi, souvent, par manque de connaissances lexicales), soit tout simplement parce que la mobilisation et l’utilisation de tous ces moyens leur prennent plus de temps que celui dont ils disposent en classe.
2.4. Les facteurs socioculturels
La spontanéité n’a pas le même sens au Japon qu’en France, et elle ne fait pas partie des attitudes souhaitées par les enseignants japonais, qui sont le plus souvent réticents face aux réponses immédiates des apprenants, qu’ils considèrent comme irréfléchies. Pour les enseignants japonais, en général, la participation active au cours peut se manifester par d’autres attitudes que la prise de parole, par exemple la simple attention. L’image autoritaire de l’enseignant et la considération qui lui est due encouragent également l’apprenant à se maintenir dans une attitude de réserve, voire de silence respectueux. Ce paramètre culturel explique l’importance du cours magistral dans l’ensemble de l’enseignement au Japon. Un autre facteur socioculturel décisif est une culture d’évaluation très élitiste et qui au Japon se fonde exclusivement sur l’écrit. La preuve en est que ce facteur fait aussi pleinement sentir ses effets sur l’enseignement scolaire de l’anglais, première langue étrangère pour l’immense majorité des Japonais et matière obligatoire pour la majorité des examens d’entrée dans les universités. Le cours d’anglais dans le cadre de l’enseignement scolaire est donné en règle générale par un enseignant japonais, en langue japonaise, avec un manuel rédigé en japonais. Il consiste – exactement de la même manière que nous l’avons vu pour le français – en explications grammaticales et lexicales ainsi qu’en traductions-lectures de textes. Or l’enseignement/apprentissage scolaire au Japon est déterminé par l’objectif de réussite aux examens d’entrée des universités, de sorte que plus on avance dans le cursus, plus le cours d’anglais consiste à préparer à la passation des épreuves – exclusivement écrites – des examens d’entrée dans les universités. C’est ainsi que chez les apprenants japonais le premier contact avec une langue étrangère se fait dans le cadre d’une utilisation systématique d’une méthode de grammairetraduction qui modélise ensuite fortement leurs attentes vis-à-vis de l’enseignement des autres langues. C’est ce qui explique en partie que même les apprenants qui réclament un enseignement communicatif de FLE soient demandeurs de cours de grammaire.
 
3. LA MÉTHODOLOGIE D’ENSEIGNEMENT/APPRENTISSAGE DE LA GRAMMAIRE
 
 
Nous nous proposons maintenant de décrire la méthodologie d’enseignement/apprentissage de la grammaire utilisée au Japon à partir de livres de grammaire utilisés en cours de FPL, sachant que la grammaire des manuels japonais pour le FSL obéit aux mêmes principes.
3.1. Type de grammaire
La majorité des livres de grammaire rédigés et commercialisés au Japon reposent sur une conception de la grammaire et des contenus à peu près similaires. Chaque chapitre est consacré à une unité grammaticale définie selon un découpage morphosyntaxique classique au niveau de la phrase (le nom, l’article, l’adjectif, etc.), et il n’y a quasiment pas de lien entre les différents chapitres. Chacun d’eux commence par quelques phrases courtes illustrant le point traité, accompagnées parfois de leur traduction en japonais, et suivies de l’explication en japonais. Quelques exercices grammaticaux sont proposés à la suite, sans lien non plus entre eux. Des éléments de grammaire textuelle sont parfois utilisés en référence à des extraits d’œuvres littéraires, mais ne sont jamais abordées ni les descriptions de la grammaire énonciative ni celles de la grammaire notionnellefonctionnelle [2].
3.2. Type d’exercices grammaticaux
L’explication détaillée en japonais des points grammaticaux étant donnée d’emblée, les exercices de conceptualisation n’ont pas de raison d’être. La plus grande partie des exercices utilisés sont d’application, parmi lesquels peuvent se glisser quelques exercices d’entraînement intensif (que l’on continue souvent en didactique des langues, par inertie langagière, à appeler « structuraux »).
Parmi les exercices d’application, on peut citer les conjugaisons de verbes hors contexte, les QCM avec ou sans cassette, les exercices à trous (dont des dictées), les questions/réponses (plus ou moins guidées), les versions (portant en général sur des phrases, plus rarement sur des textes brefs), enfin toute la variété possible des exercices de transformation (passage au singulier ou au pluriel, au masculin ou au féminin, à la forme négative, à la forme interrogative, remplacement des substantifs par des pronoms, etc.).
3.3. Méthodologie du cours de grammaire
La manière la plus générale dont se passe le cours de grammaire en classe est la suivante [3] : L’enseignant suit ce qui est proposé dans le manuel utilisé. Il lit avec eux la traduction en japonais des phrases-modèles de présentation qui se trouvent au début du chapitre. Il explique ensuite les points grammaticaux correspondants en explicitant la règle grammaticale. À ce stade, il s’agit donc de la méthode inductive (des exemples aux règles) combinée avec la méthode transmissive (il transmet son savoir aux apprenants). Il enchaîne avec une combinaison méthode déductive-méthode applicatrice en désignant les apprenants à tour de rôle pour les exercices d’application prévus à la suite dans le manuel. Comme tous les exercices d’application qui demandent le temps de la réflexion, ces exercices ne peuvent être qu’écrits (méthode écrite), et l’enseignant, effectivement, fait en général écrire les réponses au tableau par les apprenants ; même lorsqu’il leur demande de répondre oralement, il fait écrire préalablement les réponses par les élèves dans leur cahier. Dans le cas des exercices de lecture de textes, on fait encore appel à la méthode applicatrice, les apprenants étant invités à traduire des textes français vers le japonais en mettant en œuvre les règles de grammaire précédemment étudiées.
Quant au cours de FLE pour FSL, les activités en classe sont un peu plus variées. On peut aussi rencontrer l’explication de règles phonétiques ou de différences culturelles (toutes deux mettant en œuvre cependant la même méthode transmissive), les exercices consistant à faire répéter les syllabes, les mots ou les phrases par l’ensemble de la classe.
En ce qui concerne les cours de FLE pour FPL, quasiment aucun lien ne peut être constaté entre la grammaire et les autres domaines d’enseignement/apprentissage (compréhensions écrite et orale, expressions écrite et orale, lexique, phonétique, culture), chacun d’eux étant traité en classe indépendamment des autres par des enseignants différents. La grammaire est ainsi confiée à un enseignant particulier, et il est rare que soit organisée une forme de coordination entre les différents enseignants intervenants, ainsi qu’entre les différents matériels didactiques utilisés. La grammaire ne dépasse pas le strict cadre du cours de grammaire, et elle est donc enseignée séparément de tout contexte communicatif, ce qui ne facilite pas sa mobilisation à l’oral (voir plus haut).
 
4. L’ENSEIGNEMENT HORS SYSTÈME SCOLAIRE OU UNIVER-SITAIRE
 
 
La situation d’enseignement/apprentissage dans les institutions hors système scolaire est à l’opposé de celle des universités. L’effectif moyen par classe y est beaucoup moins important (entre 10 et 15 environ); les besoins et attentes des apprenants portent sur l’acquisition rapide d’une compétence de communication, notamment à l’oral; l’objectif des cours y est le développement d’une telle compétence, et la classe se fait en français (méthode directe) avec des manuels français appliquant les principes de l’approche communicative; de sorte que les apprenants, confrontés à des situations de communication authentiques ou simulées, apprennent effectivement à communiquer malgré la permanence des facteurs de blocage analysés plus haut. La grammaire y est intégrée dans toutes les activités sous ses différentes variétés (morphosyntaxique, textuelle, énonciative, notionnelle-fonctionnelle), et on la réemploie immédiatement dans des situations de communication authentiques ou simulées.
Mais l’enseignement de la grammaire n’y est pas totalement satisfaisant pour autant, parce qu’il se retrouve en porte-à-faux avec tous les facteurs analysés plus haut, qui continuent à se faire sentir. Les apprenants sont parfois perturbés par le manque d’enseignement plus traditionnel de la grammaire, auquel ils sont accoutumés, et par une utilisation systématique par les enseignants de la méthode directe intégrale (utilisation exclusive du français) : du coup, la compréhension des règles de grammaire – expliquées elles aussi en langue étrangère – n’est pas satisfaisante, ce qui pose un problème majeur aux apprenants, qui prennent l’habitude de parler français, mais un français approximatif. À tel point que certains enseignants réintroduisent des cours de grammaire en langue maternelle dans ces formations.
 
CONCLUSION
 
 
Même si les facteurs locaux donnent à l’enseignement de la grammaire dans les cours universitaires de FLE au Japon une importance particulière, et en font une problématique particulière, nous partageons l’opinion de H. Besse & R. Porquier lorsqu’ils écrivent, dans leur ouvrage de 1993 :
L’enseignement/apprentissage des langues s’est donc toujours donné pour objectif non pas simplement d’enseigner/apprendre à communiquer avec des étrangers, mais aussi et surtout d’enseigner/apprendre à « parler comme on parle », selon une formule répandue chez les didacticiens français du XVIIIe siècle. Et parler comme parlent les étrangers exige d’abord la connaissance et le respect des conventions morphosyntaxiques qui leur sont propres, pour la simple raison que toute phrase, conforme à leurs usages, contient nécessairement des « mots grammaticaux ». […] La grammaire est, très précisément, ce qu’on ne peut éviter dès qu’on fait un usage approprié d’une langue.
Il ne s’agit pas donc de savoir s’il faut ou non enseigner la grammaire en cours, mais seulement de savoir comment l’enseigner. Concernant le FLE au Japon, et en tenant compte des spécificités locales, nous pensons qu’il ne faut pas y enseigner la grammaire de façon isolée, en privilégiant la seule grammaire morphosyntaxique et les exercices d’application, ne serait-ce que parce que les apprenants s’ennuient. Pour que la grammaire devienne un outil efficace au service de la communication, il faut établir une coordination étroite entre la grammaire et les autres domaines d’enseignement/apprentissage. Pour cela, il faudrait combiner et articuler les méthodes et les exercices les plus divers. Par exemple, lors de l’explication des règles grammaticales, l’enseignant peut adopter la méthode active en demandant aux apprenants de participer et de réfléchir aux règles à partir des exemples (démarche inductive). Ces règles apprises peuvent être réemployées dans des exercices variés, notamment ceux qui correspondent à une situation de communication, par exemple dans les jeux de rôles et le travail en groupe. Évidemment, on doit aussi alterner les langues, la langue maternelle pouvant être utilisée (méthode indirecte) pendant la présentation des règles, et la langue cible (méthode directe) au moment des réemplois.
De telles modifications sont facilement envisageables dans les cours de grammaire de FLE à l’université, mais il faut pour cela former les enseignants, en particulier pour qu’ils soient capables de recourir simultanément à des méthodes différentes interagissant de manière à la fois dynamique et en adéquation avec les paramètres de l’environnement d’apprentissage.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  1. Ouvrages et articles
·  Association du français et de la littérature française au Japon. 1997. Enquête sur l’enseignement du FLE au Japon, n° 5, Tokyo, 37 p.
·  Association du français et de la littérature française au Japon.1999. Enquête sur l’enseignement du FLE au Japon, n° 6, Tokyo, 40 p.
·  BESSE Henri, PORQUIER Rémi. 1993. Grammaire et didactique des langues, Paris, Hatier-Didier (coll. « LAL »), 286 p.
·  HIMETA, Mariko. 1998. « Enquête sur les motivations des étudiants d’universités de français seconde langue », Études didactiques du FLE au Japon, n° 7, Tokyo, pp. 81-94.
·  HIMETA, Mariko. 2000. « Styles d’apprentissage et stratégies », The journal of Rikkyo University Langage Center, n° 2, pp. 39-49.
·  KARABETIAN, Stéphane.1988. Théories et pratiques des grammaires, Retz, 174 p.
·  NEGISHI, Jun. 1996. « Réflexion portée sur le cours de grammaire », Études didactiques du FLE au Japon, n° 5, Tokyo, pp. 32-40.
·  NEGISHI, Jun. 1997. « Soucis d’un enseignant de FLE », Études didactiques du FLE au Japon, n° 6, Tokyo, pp. 49-57.
·  NEGISHI, Jun. 1999. « Réflexion portée sur le cours de grammaire, n° 3 », Études didactiques du FLE au Japon, n° 8, Tokyo, pp. 46-53.
·  PUREN, Christian. 2000. « Méthodes et constructions méthodologiques dans l’enseignement et l’apprentissage des langues », Les Langues modernes, n° 1, Paris, APLV, janvier-mars.
·  SUZUKI, Élie. 1997. La conception didactique au pluriel. Cultures d’enseignement/apprentissage au pluriel : le cas du Japon, mémoire de DEA, Université de Paris-III, 144 p.
·  2. Manuels japonais de FLE
·  Dialogue. Centre Franco-Japonais d’Osaka. Éd. Daisanshobô. 1997.
·  Mosaïques. Centre Franco-Japonais d’Osaka. Éd. Daisanshobô. 1994.
·  Français 2001. ISHINO, Kôichi et al. Éd. Hakusuisha. 1999.
·  Le français délicieux. KIYOOKA, Tomohiko. Éd. Hakusuisha. 1999.
·  Le français sans traîner. NAITO, Yoya. Éd. Surugadai. 2000.
·  Rika apprend le francais. TANAKA, Shigekazu et al. Éd. Surugadai. 1999.
·  Mini de concert. Centre Franco-Japonais d’Osaka. Éd. Asahi. 1998.
·  Bonjour, Paris. NAKAYAMA, Masahiko. Éd. Hakusuisha. 1999.
·  Mon premier vol Tokyo-Paris. FUJITA, Y. et al. Éd. Surugadai. 1999.
·  La grammaire au quotidien. KOISHI, Satoru et al. Éd. Daisanshobô. 1999.
·  Grammaire française de base. OHTA, Koichi et al. Éd. Surugadai. 1998.
·  Escargot. FUJITA, Yûji. Éd. Asahi. 1999.
 
NOTES
 
[1]Je remercie Iida Ryôko, Matsuhashi Taku, Takada Tomoko, Tokiwa Ryôko, Uzawa Keiko et plus particulièrement Himeta Mariko pour les informations qu’ils m’ont fournies pour la rédaction de cet article.
[2]J’estime qu’environ 80 % des contenus grammaticaux portent sur la seule morphosyntaxe.
[3]Les concepts utilisés pour décrire ces pratiques sont ceux proposés par Ch. Puren 2000.
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