2001
Revue de Didactologie des langues-cultures
Expérimentation de conceptualisation grammaticale dans l’enseignement de l’allemand en France
Bernard Viselthier
Maître de Conférences à l’Université Paris III, Directeur d’Études à l’IUFM de Paris EA 2534 « Plurilinguisme et apprentissages »
L’auteur présente le dispositif didactique qu’il a longuement mis en
œuvre dans ses classes de lycée français avec ses élèves germanistes, dont
l’objectif était de leur permettre de conceptualiser certains faits grammaticaux réputés difficiles en allemand. Il cherche à montrer, dans une perspective cognitiviste et constructiviste de l’apprentissage, comment le processus
de conceptualisation se construit chez l’apprenant dans une dynamique qui
naît d’une part des stratégies personnelles qu’il emploie pour faire sien le
discours métalinguistique auquel il est confronté, d’autre part des autoévaluations qu’il met en œuvre sous la direction de l’enseignant.
Pour l’enseignant germaniste français, l’approche grammaticale a
toujours été et représente encore un sujet délicat, pour ne pas dire tabou.
Pendant de longues années en effet – nous ne remonterons pas en deçà
des années 70 – il lui était recommandé d’inclure subtilement la partie
grammaticale de son cours dans une pratique pseudo-communicationnelle.
En d’autres termes, les phénomènes de grammaire proposés en apprentissage devaient s’intégrer à la leçon de manière discrète sans qu’il y soit
explicitement fait référence. Les élèves avaient la partie rude : il leur
fallait comprendre à chaque séance un fait de langue nouveau dont ils ne
percevaient pas forcément toujours le sens, et c’était – pensait-on alors –,
grâce à la mécanique répétitive, huilée par l’enseignant, que l’apprenant
« en phase » s’imbibait peu à peu de la nouveauté grammaticale, en
évaluait la pertinence et l’intégrait dans son bagage cognitif. Presque
uniquement calqués sur un modèle comportementaliste encourageant
largement le psittacisme, les exercices proposés pour la phase de fixation
devaient permettre l’intériorisation du phénomène grammatical et préparer
à la phase d’automatisation.
Sans vouloir prendre ici position contre un dispositif que j’ai aussi
imposé à mes élèves d’autrefois, je propose de faire part au lecteur de
l’expérimentation que j’ai menée dans des classes de seconde et de
première germanistes LV1 et LV2 lorsque, imprégné par la théorie
constructiviste de l’apprentissage et ne trouvant plus de réelles vertus au
système béhavioriste, je décidai d’évaluer les possibilités réflexives de
mes élèves en les associant étroitement à la phase de réflexion grammaticale. Persuadé du fait que pour un grand nombre d’élèves une phase de
conceptualisation grammaticale était indispensable à la construction de
leur savoir linguistique, j’ai émis l’hypothèse qu’une approche conceptualisatrice permet à l’apprenant d’améliorer ses performances d’énonciateur
dans la langue-cible et d’évacuer le trouble mental dont il est souvent
victime en phase de production. Je mis en œuvre à cet effet une ingénierie
didactique reposant sur la base d’une auto-évaluation conduite par les
apprenants eux-mêmes, servant de point d’appui pour le guidage de l’enseignant au niveau de la remédiation. Après avoir expliqué ce qu’il faut
entendre sous le terme de « conceptualisation » (dans la mesure où ce
terme reste encore très souvent énigmatique) et exposé succinctement
l’expérimentation proposée, je communiquerai le bilan encourageant que
j’ai recueilli dans mes classes et ferai part de mes conclusions.
Il n’est pas évident de définir le terme de « conceptualisation »
[1], terme
utilisé en psychologie de l’apprentissage. Il convient de le rapprocher de la
notion de « concept » à partir duquel il est formé, et par là même de la représentation mentale qui conduit à la pensée abstraite. Celui qui conceptualise
cherche à donner un sens à des relations mentales nouvelles qui s’imposent
à lui dans une situation particulière qu’il rencontre et à laquelle il souhaite
apporter une solution. Il cherche en quelque sorte à « déclencher des correspondances avec ce qui se trouve déjà dans son répertoire cognitif »
[2]. De
manière consciente, il fait le tri, dans l’ensemble des données auquel il est
confronté, entre ce qui est pertinent et ce qui ne l’est pas. Toute tentative de
conceptualisation suppose donc une activité intellectuelle qui, entraînée par
une prise de conscience dirigée et volontaire, dépasse les données sensorielles premières pour rassembler des éléments apparemment disparates en de
grandes catégories, désignées sous le terme de concepts. La conceptualisation
englobe par conséquent trois opérations distinctes : vouloir attribuer du sens
aux données brutes que l’on rencontre dans une situation nouvelle, mettre en
œuvre une activité de pensée qui permet d’établir les relations nécessaires à
toute nouvelle catégorisation, et enfin obtenir une connaissance opératoire,
produit de l’activité intellectuelle, qui permet de traiter cette situation.
Cette notion précise de conceptualisation, décrite par les psychologues
et prise dans le sens de la formation des concepts lexicaux en relation avec
l’expérience personnelle du monde que fait l’enfant au cours de son développement, n’est pas celle des linguistes qui, par extension, appliquent ce
même terme de conceptualisation lexicale aux phénomènes grammaticaux
de la langue. Pour les linguistes, en effet, la formation des concepts ne se
limite pas à l’appropriation des concepts lexicaux, mais s’applique surtout
à une appropriation des concepts spécifiques sur lesquels repose le fonctionnement de la langue, soit la structure de l’allemand dans le cadre de
notre étude. Il s’agit en quelque sorte de ce qu’on entend généralement et
de manière vague par le terme de « grammaire » ou encore « réflexion
grammaticale ». Signalons, pour éviter tout contresens fâcheux, qu’il ne
faut pas entendre par « conceptualisation » l’apprentissage systématique de
règles de grammaire ou de théories linguistiques, comme l’insinue le cahier
à l’intention des professeurs d’allemand destiné à l’évaluation liminaire des
élèves de seconde
[3], mais l’observation de l’agencement de la langue, de
son organisation interne et de son fonctionnement aux fins, comme le
proposent les anglicistes français depuis quelques années déjà, d’une
« pratique raisonnée de la langue »
[4]. Ce terme, qui peut paraître ambigu,
décrit en fait un compromis. Par « pratique » il faut entendre la communication telle qu’elle existe en classe de langue, simulée et hors contexte.
Comment d’ailleurs pourrait-elle être différente ? Cet entraînement linguistique doit être exigeant et prévoir en dehors des échanges oraux des phases
de réflexion et des temps d’explication sur les faits de langue présentés au
cours d’une séquence. Par une pédagogie de la maïeutique comportant des
plages de construction en commun, l’enseignant fait appel à l’intelligence
cognitive de ses apprenants et les aide à percevoir les régularités de la
langue et donc à exercer une véritable réflexion sur la langue. Sans ce
travail explicatif, il semble bien présomptueux d’imaginer que les apprenants seront aptes à opérer des catégorisations et à disposer d’une grammaire mentale fonctionnelle.
Bien entendu, cette réflexion sur la langue ne s’improvise pas. Elle
demande à l’enseignant la construction d’un itinéraire didactique reposant
sur des références solides. Elle exige aussi que ses explications respectent,
au niveau pédagogique, trois principes de base centrés sur l’apprenant que
R. Schmidt définit ainsi
[5] : «
Verstehbarkeit » (être compréhensible),
«
Behaltbarkeit » (être mémorisable), «
Anwendbarkeit » (être réutilisable). Le maître est donc simultanément celui qui enseigne à observer la
langue, à percevoir la notion de système, à mettre en rapport les formes
et les valeurs, et celui qui renseigne en guidant, par le dialogue pédagogique au sein de son groupe, la construction du sens. Il s’agit, comme le
dit B.M. Barth, de « donner à terme aux apprenants les lunettes conceptuelles dont ils ont besoin pour comprendre un domaine donné »
[6]. Pour
les apprenants, il est évident qu’une réception passive de l’objet d’étude
est très insuffisante. Il leur faut impérativement agir par rapport au
discours qu’ils reçoivent, faire un effort d’appropriation en reconstruisant
le discours explicatif du maître pour eux-mêmes. Ils doivent prendre du
recul et intégrer petit à petit les explications recueillies dans un système
intérieur personnel. J’ai longtemps utilisé dans mes classes d’allemand la
métaphore du « bâtisseur de maison » pour faire comprendre aux élèves
ce qu’impliquait l’opération de conceptualisation. Conceptualiser, c’est
agir, c’est vouloir comprendre pour soi-même et opérer les relations intellectuelles nécessaires qui permettent d’intégrer les nouveaux concepts
linguistiques dans son bagage cognitif, tout comme le maçon empile les
rangs de briques les uns sur les autres. Conceptualiser, ce n’est en aucun
cas se contenter du discours explicatif de l’enseignant, les itinéraires
cognitifs du maître et des élèves étant différents dans le cheminement de
l’objectif qui pourtant leur est commun.
La volonté de m’orienter en classe d’allemand au lycée vers un enseignement/apprentissage qui prenne réellement en compte l’objectif linguistique, supposait de ma part l’adhésion à une conception de l’apprentissage/
enseignement des langues me permettant de jeter les bases d’une action
didactique nouvelle et de mettre en œuvre une méthodologie de recherche.
Il existe de nombreuses conceptions en ce domaine, induisant des comportements plus ou moins spécifiques chez l’enseignant,
a fortiori donc chez
l’apprenant, mais je ne souhaitais pas adhérer à un modèle théorique particulier. Il me semblait plus fructueux, à la lumière des écrits de Vygotski,
d’essayer de mettre au point une méthodologie qui incite l’apprenant à
construire ses connaissances et lui permette d’exercer ses facultés
réflexives au moment où il s’efforce de s’approprier la langue qui lui est
enseignée, même si sa stratégie va alors à l’encontre des instructions officielles pour l’enseignement de l’allemand
[7]. Celles-ci privilégiaient en effet
le modèle d’acquisition de la langue sous-entendant que l’allemand peut
être appris de manière quasiment naturelle, à l’image des jeunes germanophones qui apprennent leur langue maternelle, et écartaient toute réflexion
consciente chez l’apprenant, conception que je ne partage pas. Je suis
persuadé que l’apprenant automatise d’autant mieux les faits de langue
qu’il est soutenu dans son apprentissage par un travail de réflexion sur la
langue, l’incitant à découvrir les réseaux autour desquels la langue s’organise et à transformer le savoir qu’il acquiert en véritables savoir-faire. Cette
conviction m’amena à m’intéresser plus précisément à la compétence de
production écrite chez les lycéens, afin de mieux suivre chez chacun l’état
de son interlangue et d’y déceler les obstacles éventuels à une construction
linguistique correcte. Cependant il ne fut jamais question d’éliminer de
mes classes la pratique de la langue, objet premier de notre étude, au profit
d’un discours sur la langue. Il serait d’ailleurs bien illusoire de penser que
l’on peut discourir sur une langue dont on n’aurait pas la moindre pratique,
et, du moins en milieu scolaire, « d’imaginer qu’un “savoir-faire” puisse
se mettre en place sans le “faire” »
[8].
DE LA THÉORIE À LA PRATIQUE
Cherchant à détecter la conceptualisation « en œuvre » dans le travail
linguistique de mes élèves, je choisis de privilégier le travail de production écrite. Je me proposais en effet d’observer chez mes élèves de LV1
comme chez ceux de LV2, à certains moments de l’année scolaire, à la
fois le type d’erreurs qu’ils commettaient lors de leurs productions écrites
en allemand et les moyens que chacun d’eux se donnait pour repérer ses
propres obstacles linguistiques et faire en sorte d’y remédier. Mon but
était de recueillir au travers de leurs productions :
- un ensemble de données immédiatement exploitables par les apprenants, susceptibles de leur servir de base d’auto-pilotage au cours leur
apprentissage à venir;
- un retour d’informations pour moi-même quant au déroulement de mon
enseignement linguistique me permettant de l’infléchir, si nécessaire,
dans une direction particulière;
- un ensemble de données attestant du développement de l’acquisition de
la langue chez chaque apprenant et permettant de détecter la présence
d’une prise de conscience métalinguistique, de manière à constituer un
corpus qui ferait l’objet d’un travail de recherche ultérieur.
Autant le compte rendu d’un devoir, la « correction », est un travail que
l’enseignant effectue en classe généralement sans grande difficulté, autant
l’analyse minutieuse des productions et du discours des apprenants sur ces
mêmes productions est une tâche de longue haleine qui demande une
organisation rigoureuse. Mon travail s’inscrivit par conséquent dans deux
dimensions :
- celle de la classe au quotidien, où l’accent fut mis plus particulièrement
sur « la réhabilitation d’activités métalinguistiques », sans négliger par
ailleurs les activités méta-culturelles et méta-communicatives
[9].
- celle de la recherche que j’entendais mener à partir du travail de remédiation de mes élèves.
Le problème d’une méthodologie de recherche se posa donc à moi. Je
trouvai chez Krashen
[10] des orientations utiles quant aux types de dispositifs de recherche que l’on peut mettre en œuvre à partir d’un recueil de
données, mais
a posteriori il me sembla qu’une étude multi-transversale
des corpus me permettrait d’analyser les données de nombreux apprenants
à un moment donné de leur apprentissage, de déceler des systèmes de
langue en développement et de détecter au niveau de chacun la présence
ou l’absence de conceptualisation de la langue. C’est ce type d’étude que
je tentai de réaliser.
Mon souci fut donc de développer de manière concomitante chez mes
élèves une compétence communicationnelle – en cela nous poursuivions ce
qui avait été mis en place antérieurement au collège – et une compétence
de compréhension visant à expliquer le pourquoi des phénomènes linguistiques, compétence généralement peu exploitée dans les classes d’allemand
du second cycle. Reposant sur l’interaction de ces deux compétences et
nourri de la certitude qu’à un certain niveau la production est d’autant
meilleure que l’on comprend ce que l’on est en train d’apprendre, mon
projet permettait d’envisager la mise en place chez l’apprenant d’une prise
de conscience indispensable à tout réel progrès dans l’apprentissage de la
langue. Le domaine de la production écrite me parut représenter un vaste
champ d’investigation dans lequel j’étais susceptible de déceler par l’analyse de l’interlangue de l’apprenant la construction de sa propre grammaire
et par conséquent de sa compétence de production « ultérieure »
[11]. Ce fut,
au cours de mes années d’enseignement au lycée, ma conception pédagogique de l’enseignement/apprentissage en classe d’allemand, celle qui, à
mes yeux, me permettait d’amener les apprenants le plus favorablement
vers l’acquisition d’automatismes de langue. Je souhaitais les amener à
exercer une activité réflexive leur permettant non seulement de comprendre
les mécanismes de la langue, de les stocker en mémoire à long terme en
les codant par un discours personnel qui donne accès à l’intériorisation des
données, mais aussi de réutiliser correctement, grâce à une grammaire intérieure disponible à tout moment comme un logiciel informatique, une
connaissance particulière aussi aisément qu’ils le feraient en L1.
Je fais grâce au lecteur de la réflexion nécessaire qui fut la mienne
concernant le statut de « l’erreur », la correction de l’erreur et le
processus complexe d’une « auto-évaluation » entièrement gérée par les
apprenants en cours sans laquelle mon hypothèse de travail n’aurait pu se
vérifier
[12]. Ces deux concepts et leur mise en œuvre didactique mériteraient à eux seuls un long développement car, à mon sens, ils n’ont pas
encore acquis leurs lettres de noblesse en classe de langue. Mais cela
déborderait largement le cadre de cet article. Il me fallut également mettre
au point une stratégie pédagogique pour proposer aux élèves un contrat de
travail me permettant d’analyser la présence ou l’absence de conceptualisation au cours de l’année scolaire.
Partant de mes propres constats d’évaluation liminaire en classe de
seconde
[13] et de première, je cherchai plus à replacer méthodiquement les
connaissances de mes élèves dans une problématique d’ensemble qu’à
plaquer sur elles un discours supplémentaire tout préparé qui ne trouverait
vraisemblablement que peu d’écho de leurs références cognitives. Chaque
nouveau sujet d’étude donnait l’occasion de revenir sur un certain nombre
de notions rencontrées dans le passé, mais souvent insuffisamment maîtrisées, donc fugaces et peu stables.
Ma première tâche a donc consisté essentiellement à rassembler les
informations que les élèves étaient à même de fournir, de les replacer par
des explications complémentaires dans un contexte plus large, et de
montrer au fil des jours comment les faits de langue, qui pour les apprenants sont isolés, entrent dans un système où ils sont reliés les uns aux
autres. Il s’agissait d’en faire ressortir la cohérence interne. L’exemple de
cette démarche est illustré par mon étude sur le cas du « datif », à propos
duquel j’ai montré qu’il existe divers niveaux de conceptualisation
possibles
[14]. Tous les élèves connaissaient ce terme, mais rares étaient
ceux qui, au bout de quatre ans d’étude, avaient réellement conceptualisé
la notion et en possédaient une représentation intérieure pertinente permettant une application rigoureuse. Rappelons que nous sommes ici en
contexte d’apprentissage scolaire, et que dans un contexte d’immersion
totale l’acquisition peut se faire « naturellement » sans qu’il y ait recours
à la conceptualisation
[15].
Tout en assurant ce travail de consolidation, je devais naturellement
aborder aussi de nouveaux faits de langue figurant au programme
[16], tant
sur le plan syntaxique que morphologique, tâche d’autant plus complexe
à mettre en œuvre qu’une grande partie des élèves n’étaient pas en mesure
d’intégrer ces nouveautés à une perspective d’ensemble et n’avaient
aucune représentation personnelle de la manière dont ils pourraient utiliser
ce qui était présenté.
Le travail que j’entreprenais nécessitait donc que je mène une pédagogie patiente en misant sur le long terme. Il aurait été d’ailleurs bien
présomptueux de ma part d’imaginer qu’au rythme de trois heures
maximum par semaine d’exposition à la langue je pusse parvenir chez
mes élèves en difficulté à des résultats tangibles. Mais il ne fallait pas non
plus que cet argument de poids représentât un frein pour l’action.
Le contrat proposé aux apprenants devait donc prendre en compte les
différents paramètres énumérés ci-dessus et stipuler que ce genre d’entreprise ne peut exister sans une étroite collaboration entre la classe et son
professeur dans le cadre d’un dialogue collectif, ni sans le désir de chacun
d’afficher une motivation « volontariste »
[17] sans laquelle tout espoir de
conceptualisation risquait de demeurer stérile.
Je décidai qu’une totale liberté d’intervention était offerte aux élèves
dans les séquences de « mise au point », afin que remontent « à chaud »
les remarques, les réactions spontanées, tant métalinguistiques qu’épilinguistiques
[18], révélatrices d’incompréhension, de blocages, mais signes
aussi parfois d’un début d’assimilation
[19]. Aucune auto-censure ne devait
exister à ce niveau, car toute tentative d’explication ou de justification,
même maladroite, est bénéfique à l’ensemble du groupe et permet à
chacun de progresser, ne serait-ce que parce qu’elle permet de relativiser
son point de vue. Est-il nécessaire de préciser que toutes les interventions
appelant des mises au point, des répétitions, des reformulations ou encore
les soudaines intuitions ou illuminations incongrues des apprenants ont été
acceptées de ma part avec empathie et n’ont jamais été ressenties comme
intempestives ? À aucun moment je n’ai émis de jugements de valeur sur
le savoir momentané et transitoire de tel membre du groupe, hormis lors
des phases obligatoires d’évaluation sommative, puisqu’il fallait justifier
mon action pédagogique.
Il m’importait en fait de déclencher chez chacun des apprenants le désir
de progresser en rectifiant les éventuelles mauvaises habitudes qui font
souvent obstacle au savoir – tel l’apprentissage par cœur systématique de
catégories grammaticales précises qui ne débouche que sur une production
psittacique vide de sens –, et d’amener chacun, de séance en séance, vers
une réflexion toujours plus organisée. J’étais ainsi en droit d’espérer que
les élèves allaient définitivement faire un mauvais parti à des structures
linguistiques fragiles et floues qui s’étaient installées dans leur esprit, et à
un passé grammatical parfois incertain et mentalement perturbant.
J’espérais les faire entrer dans un système fonctionnel de description
d’une grammaire du sens, telle que l’envisage P. Charaudeau
[20]. Parvenir
à démontrer aux apprenants qu’on ne s’exprime pas en langue étrangère
de manière arbitraire, et qu’à des intentions de communication qui sont
chargées de sens correspondent des formes spécifiques, des moyens
linguistiques qui engendrent des effets particuliers, c’est, pour moi, leur
donner une perspective motivante pour s’impliquer dans une « grammaire
du sujet parlant, explicative, qui met en évidence que la langue est au
service du discours et qui témoigne à travers ses exemples, d’une part de
la contemporanéité des usages de la langue, d’autre part de la diversité des
situations de communication dans lesquelles le sujet parlant est amené à
s’exprimer »
[21].
Mais il faut rester lucide et ne pas se bercer d’illusions : il ne suffit pas
de renseigner, de démontrer, d’expliciter, de répéter même, pour que les
concepts s’installent dans le mental des apprenants. Aussi subtile que
puisse être la démarche didactique, l’apprentissage dans la classe n’est au
mieux qu’une amorce globale de la réflexion. En réponse aux interrogations des élèves ou en complément de leurs connaissances, le cours
apporte l’explication qui peut permettre à chacun de construire son savoir
et de former sa pensée. Toutefois on ne peut perdre de vue qu’une grande
partie de l’apprentissage se situe hors de l’école, et qu’après une journée
de classe le discours du maître risque de se réduire pour l’apprenant à un
ensemble de paroles lointaines, embrouillées, détachées du contexte de
l’objet d’étude, donc, finalement peu efficaces si elles ne s’accompagnent
pas de traces écrites rigoureuses.
Persuadé du fait qu’il est impérieux d’accompagner l’apprenant dans sa
démarche de conceptualisation en dehors de la classe, puisqu’une grande
partie du travail scolaire se joue hors de l’institution, j’ai cherché quel
outil d’étude s’avérerait le plus efficace comme lien pédagogique entre
l’école et la maison, entre le discours collectif tenu en classe et la
réflexion personnelle entretenue à la maison. Ayant constaté au collège les
bénéfices que l’on peut tirer d’une évaluation par consultation, où apprenants et maître échangent sur une base confidentielle des informations
écrites et des recommandations qui permettent de gouverner le travail vers
l’aval à partir des données de l’apprentissage récoltées à un moment
précis, j’ai proposé de déléguer une grande partie de mon pouvoir de
correcteur directement à mes apprenants de lycée. Ils allaient devenir
censeurs de leur progression à travers un dispositif d’auto-évaluation.
Qu’on ne se méprenne pas : il ne s’agissait pas pour moi de m’épargner des tâches de correction. Je pressentais que pour faire progresser les
élèves et pouvoir observer chez eux des traces tangibles de conceptualisation, il était indispensable de les associer étroitement à la recherche de
leurs propres modes de fonctionnement et de les intéresser directement à
la correction de leurs propres productions écrites.
Il fut donc décidé qu’un certain nombre de productions écrites feraient
l’objet au cours de l’année scolaire d’une procédure inhabituelle. Elles
seraient corrigées par mes soins, mais les fautes simplement soulignées ne
seraient, dans un premier temps, ni rectifiées ni accompagnées d’aucun
commentaire. Les productions n’étant pas notées, elles seraient redistribuées à leurs auteurs qui prendraient en charge la véritable correction dans
un délai fixé. Puis les copies me reviendraient et je pourrais essayer de
situer chaque apprenant au regard de son apprentissage sous deux angles
complémentaires : en repérant chez chacun le type de correction apporté
aux erreurs commises, et en examinant attentivement les commentaires
personnels de remédiation pour les comparer au discours que je leur avais
tenu.
LES ENSEIGNEMENTS DU CORPUS
En me référant aux élèves avec lesquels j’ai travaillé, j’ai pu me rendre
compte que les apprenants sont souvent démunis pour raisonner au plan
grammatical. Il y a à cela au moins deux raisons majeures :
a) La première est que, d’une manière générale, la réflexion grammaticale des apprenants en langue maternelle a été très peu sollicitée, tant à
l’école primaire que dans les classes du collège, ce qui semble parfaitement paradoxal puisqu’ils ont « fait de la grammaire ». Ils ont, en effet,
entendu parler de concepts grammaticaux tels qu’adjectifs (épithètes ou
attributs), prépositions, adverbes, propositions, pour ne citer que ceux-là,
mais ils n’ont guère eu – en dix ans – la possibilité de se les approprier
véritablement, faute d’un travail approfondi. Ils en connaissent l’existence,
certes, mais pas la validité
[22]. Ces concepts, vides de substance ou parfois
erronés, sont entassés de manière floue dans la mémoire des apprenants
où ils s’apparentent à des connaissances mortes qui ne fonctionnent pas.
Quand il s’agit de les rendre opératoires, les apprenants rappellent au
hasard des données qu’ils ont mémorisées sans aucun « projet »
conscient
[23], proposent les unes à la place des autres, imaginant que les
concepts grammaticaux sont flexibles et donc interchangeables.
Nous ne pouvons attendre de l’enseignement grammatical du français
une aide efficace. J’illustrerai ce jugement un peu sévère d’un seul
exemple : l’enseignant d’allemand reprend très vite, surtout en second
cycle, l’analyse de la phrase. Or la répartition tripartite de la phrase
– thème, liaison, groupe verbal – est une connaissance nouvelle pour les
apprenants
[24]. Ils n’en ont jamais entendu parler auparavant, même si
certains linguistes minoritaires s’accordent pour dire que l’analyse de la
phrase en trois parties est universelle. Je n’ai jamais perçu chez les élèves
germanistes à l’entrée en seconde, venant des trois collèges environnants,
un début de réflexion organisée autour des structures grammaticales définies par les programmes officiels du premier cycle. Il me parut clair à
l’époque que le souci majeur de mes collègues enseignant en premier
cycle selon des méthodes très inégales, était plus de « faire parler » les
élèves que de les aider à mieux parler en leur rendant accessible la
construction de la langue. D’épaisses zones d’ombre occultaient les
démarches de mes élèves, particulièrement au niveau du discours grammatical. Ils pouvaient certes justifier à leur manière un certain nombre de
structures, mais les explications qu’ils m’apportaient sur tel ou tel aspect
de la langue révélaient, lorsqu’elles n’étaient pas fantaisistes, que les
explications qu’ils avaient reçues n’avaient généré aucun processus
cognitif capable de les aider à produire une langue de meilleure qualité.
Ce constat ne pouvait que renforcer ma volonté d’aider les élèves à
amorcer une réflexion linguistique.
La réalité du terrain est parfois désarmante pour l’enseignant qui
cherche à s’appuyer sur le « connu » des élèves pour les familiariser avec
des structures « inconnues ». Si son discours ne trouve pas d’écho cognitif
chez les apprenants, sa charge d’enseignant de « langue » s’alourdit considérablement : il lui faut alors non seulement renforcer chez ses élèves les
concepts grammaticaux chétifs de L1, mais encore essayer de redonner vie
à ceux de la L2 qui s’étiolent rapidement, faute de substance cognitive.
b) La seconde raison découle de la première : le métalangage des élèves
est un langage disparate. En effet, si certains disposent de quelques
concepts grammaticaux basiques qu’ils maîtrisent, ce n’est pas pour autant
qu’ils partagent un savoir identique univoque. Leurs concepts ne recouvrent pas les mêmes étiquettes, et pour un concept donné coexistent
diverses interprétations, parfois surprenantes
[25]. La situation est de nouveau
paradoxale : les apprenants sont censés avoir appris à « raisonner » sur leur
propre langue et à l’analyser, mais au moment où, appréhendant un autre
système linguistique, ils pourraient faire preuve de maturité au niveau de
l’analyse du discours, ils sont prisonniers d’un métalangage vide de sens
qui les handicape, leur rendant difficile le décentrement cognitif et l’adhésion à un raisonnement différent. Et pourtant, comme l’écrit C. Foerster,
« ils sont en attente, ils sont tout à fait demandeurs et preneurs d’une
meilleure compréhension métacognitive. Ils ont besoin de cette aide qui
permet de retrouver ou de trouver du sens à leur apprentissage pour
pouvoir le convertir en effort et plaisir d’apprendre »
[26].
En suivant, à partir de grilles d’analyse que j’avais établies, le travail
de 47 élèves qui produisirent 182 travaux, en enregistrant toutes les
corrections qu’ils proposèrent aux erreurs que j’avais signalées par le
simple soulignement sur des points bien précis que nous avions déterminés ensemble, enfin en disséquant minutieusement les commentaires
qu’ils portèrent sur leurs productions erronées, j’ai pu observer les traces
tangibles d’une dynamique de la conceptualisation. Bien entendu tous les
apprenants ne sont pas parvenus au cours de la période d’expérimentation
à produire des énoncés ne comportant qu’un minimum d’erreurs. Ce
n’était d’ailleurs pas là mon objectif fondamental. Chez aucun je n’ai
observé un passage à l’absence d’erreurs sur les catégories étudiées.
Devons-nous pour autant en conclure que le travail exigeant de conceptualisation ne « paie » pas ? Je m’en garderai bien, quitte à décevoir ceux
qui tiennent un tel choix pour négligeable. Ceci pour plusieurs raisons :
La première raison est évidente : si l’enseignant ne favorise pas chez
ses apprenants la mise en place d’une réflexion sur la langue qu’il
enseigne, il ne pourra jamais amener ces derniers à déclencher les
processus cognitifs individuels internes qui permettent d’accéder aux
concepts linguistiques.
La seconde raison est d’ordre pédagogique : je n’ai pas rencontré
d’élèves qui n’aient souhaité parvenir au cours de leur apprentissage à une
production linguistique correcte. Petits ou grands, ils ont tous besoin d’un
encadrement théorique bien délimité qui leur permette de s’organiser
cognitivement. Il n’y a rien de plus perturbant pour celui qui apprend que
de ne pas savoir ce qu’il fait, que de manipuler arbitrairement des formes
sur lesquelles il n’a aucun pouvoir puisqu’il ne sait pas ce qu’elles représentent. En fonction de ce que j’ai observé sur le terrain, je peux dire que
le travail sur la conceptualisation de la langue représente une aide pour
l’apprenant. En effet, je n’en ai jamais connu qui ait plus mal réussi dans
son apprentissage de l’allemand après avoir exercé une activité réflexive,
bien au contraire. Si tous les élèves n’ont pas progressé, aucun n’a
régressé.
La troisième tient du bon sens : qui serait assez téméraire pour affirmer
que le
statu quo observé n’évoluera pas, avec le temps et la poursuite de
la réflexion, vers des progrès manifestes ? Les indices recueillis permettent en tout cas de cerner la dynamique de la conceptualisation : un perpétuel va-et-vient entre ce que l’on croyait être correct
a priori et la solution
juste et rigoureuse à laquelle on est confronté
a posteriori et qu’il faut
prendre en compte pour progresser, ce mouvement pendulaire s’accompagnant d’une démarche toujours plus affinée de la pensée. Nous revenons
ainsi à la formation des concepts, qui avant d’être arrivés à leur maturité
et à leur stabilité définitive dans notre cognition, transitent, en quête
d’« étoffement », par des phases intermédiaires plus ou moins longues.
Les apprenants qui découvrent pour la première fois que la grammaire
de la langue ne représente pas seulement un ensemble de règles éparses
contraignantes que l’on expose rapidement en fin de cours, mais qu’elle
s’inscrit dans un cadre construit qui permet d’exercer sa réflexion, ne
peuvent absorber dans un premier temps qu’un discours remodelé à leur
intention. Le bon sens pédagogique du maître les amènera à travailler par
paliers successifs. Une chose est certaine : le maître devra rester en deçà
du seuil de la tentation linguistique et veiller au bon équilibre qu’il faut
respecter à ce niveau entre didactique et linguistique. Il devra aussi
constamment garder à l’esprit qu’il ne travaille pas seul : l’adhésion de
ses apprenants à la démarche proposée est indispensable. « Patience et
longueur de temps… »
Mon expérimentation avait pour but d’aider mes apprenants en leur
balisant les chemins de l’apprentissage linguistique, afin de les amener à
une meilleure pratique communicative. J’ai donc cherché « à découvrir les
chemins les plus sûrs par l’expérimentation patiente et prudente » me
menant à cet objectif, pour reprendre les termes de R. Galisson
[27].
Persuadé du fait que l’on parle d’autant mieux la langue que l’on en
comprend son fonctionnement et désireux de faire la preuve que l’apprentissage du fonctionnement de la langue allemande n’est pas insurmontable pour un apprenant francophone, j’ai également cherché à
déterminer si, dans des conditions didactiques bien précises, l’apprenant
est en mesure d’exercer sa réflexion métalinguistique et de s’orienter lucidement dans le système de la langue allemande qu’il étudie.
De nos jours, l’explication grammaticale chez bon nombre de collègues
germanistes n’est plus nécessairement reléguée à la dernière phase du
cours. On peut même dire qu’elle fait partie intégrante du cours d’allemand. Elle devient de fait visuelle et explicite
[28]. On ne peut que s’en féliciter. Même si la forme proposée par le professeur n’aide pas toujours
l’élève à réfléchir véritablement sur la langue, elle cherche en tout cas à
le doter des repères de sens dont il a besoin tant en phase de réception
que de production. Et c’est bien là l’essentiel. Rappelons à cet égard le
conseil avisé de J. Fourquet : « S’il faut être bon linguiste, il ne faut pas
trop le montrer, car on risque de ne pas être compris de celui qui a besoin
d’acquérir la langue sans entrer en même temps dans le débat linguistique »
[29]. La réalisation de la phase grammaticale du cours de langue
relève donc bien d’un enjeu didactique, et c’est au professeur qu’incombe
le choix raisonné de la démarche pédagogique.
·
BANGE, Pierre. 1998. « L’usage de la règle dans l’enseignement et l’apprentissage de langue étrangère ». Colloque Focal, avril 1998.
·
CHINI, Danielle. 1998. « Centration sur l’apprenant, centration sur l’apprentissage : une perspective psycholinguistique ». Journées d’étude du GEPED.
Université Paris-VII, 20-21 mars 1998.
·
– « Dynamique de conceptualisation en classe de langue ». Séminaire du
GRALP, 15 mai 1999.
·
GOMBERT, Jean-Émile. 1990. Le raisonnement métalinguistique. Paris : P.U.F.,
collection « Psychologie d’aujourd’hui ».
·
JANITZA, Jean. 1999.« De quelques particularités du travail du linguiste et du
travail du didacticien ». « La conceptualisation : processus de construction du
signifié ? », in Catégories de Connexions, Collectif, « Hommage à Jean
Fourquet », Presses Universitaires du Septentrion, Villeneuve d’Ascq, pp. 297-304.
·
SCHNEUWLY, Bernard, PIETRO (de), Jean-François. 1997. « Maîtriser un
genre textuel en contexte scolaire, ou l’enseignement/apprentissage est-il une
“macro-séquence potentiellement acquisitionnelle” »? Communication pour
RELA (Réseau Européen de Laboratoires sur l’Acquisition des langues). Bâle :
Workshop, 15-17 septembre 1997.
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VARELA, Francisco. 1996. Invitation aux sciences cognitives. Paris : Éditions du
Seuil, 2e éd.
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VECCHI (de) Gérard, CARMONA-MAGNALDI Nicole. 1996. Faire construire
des savoirs, Hachette-Éducation, Collection « Pédagogies pour demain :
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langage intérieur de l’apprenant et comme moteur favorisant l’atteinte de la
zone de proche développement ». Journées d’étude du GEPED, Université
Paris-VII, 20-21 mars 1998.
·
VYGOTSKI, Lev S. 1985. Pensée et Langage. Paris : Éditions Sociales.
[1]
C. Puren, « Comment théoriser sa pratique ? », dans
La formation en questions, CLÉ international, 1999, p. 37.
[2]
B.M. Barth,
Le savoir en construction, Retz, 1993, p. 36.
[3]
Ministère de l’Éducation nationale,
Allemand, septembre 1992, p. 33 : « Le retour à toute
forme de conceptualisation (règle de grammaire) serait inutile. »
[4]
Expression à rapprocher de celle d’
Awareness of language d’E. Hawkins.
[5]
Grammatikarbeit im Deutsch-als-Fremdsprache-Unterricht, Iudicium-Verlag.
[6]
Le savoir en construction,
op. cit., p. 131.
[7]
Je fais référence aux grands principes qui ont inspiré les instructions officielles de 1985-1989, où on peut lire que l’objectif d’acquisition d’une compétence linguistique « réside d’abord
dans l’acquisition d’automatismes de langue » et que « la communication réelle fait appel aux
automatismes linguistiques de base, et non à l’application consciente de “règles”, trop dispendieuses en temps ». Cf. J. Favard (dir.),
Didactique de l’allemand, Nathan, 1994, pp. 33-34. Les
instructions officielles d’allemand de 1995 pour la 6
e rectifient nettement la position antérieure
et précisent de manière univoque qu’« il serait illusoire de penser que l’élève s’approprie la
langue par les seules vertus du contact qu’il a avec elle en classe et des occasions qu’on lui
donne de la manipuler. L’appropriation n’est possible que si elle bénéficie du soutien de la
réflexion qui met en lumière la cohérence du code de l’allemand, les régularités de son fonctionnement et ses spécificités par rapport au français. »
[8]
Cf. J. Janitza, : « Analyse raisonnée de trois conceptions didactiques de l’apprentissage/
enseignement des langues étrangères ».
Nouveaux Cahiers d’Allemand, avril 1989.
[9]
Je reprends ici les termes de C. Puren tirés de
La didactique des langues étrangères à la
croisée des méthodes. Essai sur l’éclectisme. Paris, CRÉDIF-Didier, 1994.
[10]
S. Krashen, H. Dulay, M. Burt,
Language Two, Oxford, 1982.
[11]
J’emprunte le terme à J. Janitza dans son article cité.
[12]
Je renvoie les lecteurs intéressés par ces points à ma thèse :
Dynamique de la conceptualisation
et processus de remédiation dans l’apprentissage de l’allemand, Directeur de recherche : J. Janitza.
Université Paris-III. Elle a été éditée aux Presses Universitaires de Lille, Septentrion, 1997.
[13]
Celle-ci s’est institutionnalisée en 1992.
[14]
Cf. ma thèse citée.
[15]
Je renvoie ici à mon enquête sur le datif auprès de 258 élèves de la fin du 1
er cycle et du
second cycle. Voir « Annexes », tome II de ma thèse citée, pp. 181-187.
[16]
C.N.D.P. :
Programmes des Classes de Seconde, 1987.
B.O. du 5 février 1987.
[17]
Adjectif utilisé par J. Janitza,
op. cit.
[18]
Le terme « épilinguistique » renvoie à la théorie de l’énonciation de A. Culioli. Il faut
entendre par activité épilinguistique l’activité inconsciente de tout locuteur sur l’objet langue.
Son activité cognitive l’amène à réfléchir de manière inconsciente sur la forme des mots et des
phrases.
[19]
À cet égard les réponses obtenues à la première question de l’enquête sur le « datif »
donneront au lecteur un aperçu de ce que nous appelons l’hétérogénéité du savoir en classe d’allemand de seconde. Voir ma thèse citée.
[20]
P. Charaudeau, Université de Paris-XIII, Centre d’analyse du discours. Communication
donnée à l’Université d’Angers en mai 1993.
[22]
C’est une des thèses de B.M. Barth, déjà citée.
[23]
Sans projet évident de réutilisation. J’utilise le terme de « projet » dans le sens que lui
donne A. de la Garanderie lorsqu’il évoque la pédagogie de la « gestion mentale ».
[24]
B.O. n° 1 du 7 mars 1996. Il est intéressant de constater que les nouveaux programmes pour
l’enseignement du français au collège prévoient dès la classe de 6
e dans les contenus d’enseignement, sous la rubrique « les outils de la langue » : l’étude du thème et du propos (ce dont
on parle et ce qu’on en dit).
[25]
Je pense plus particulièrement à toute la panoplie des compléments où C.O.D., C.O.I.,
C.O.S., représentent plus des sigles passe-partout que des abréviations incarnant une réalité
grammaticale et un sens précis.
[26]
« Du côté des représentations et attitudes de l’apprenant », p. 32,
Lidil, n° 9, Presses
Universitaires de Grenoble.
[27]
D’hier et d’aujourd’hui la didactique générale des langues étrangères. Du structuralisme
au fonctionnalisme, CLE international, Paris, 1980. p. 123.
[28]
C’est dans cet esprit que les auteurs de la nouvelle collection d’allemand LV1
Wie geht’s ?
pour le collège ont conçu l’approche grammaticale. Hachette 2000, M. Marhuenda, C. Moulin,
B. Nolte, B. Viselthier.
[29]
Préface de la
Grammaire d’usage de l’allemand contemporain de D. Bresson, Hachette.