2001
revue de didactologie des langues-cultures
Depuis quand enseigne-t-on le Français en france ?
Du sermo vulgaris à l’enseignement du français langue maternelle
Gérard Vigner
Académie de Versailles (France)
L’omniprésence du français comme langue enseignée et langue d’enseignement dans le système éducatif français (12.230.000 élèves scolarisés en
2000, source : M.E.N./DPD) pourrait faire croire qu’il en fut toujours ainsi,
et que la situation présente se situe dans un continuum de pratiques que seuls
les progrès de la didactique et l’extension des publics ont pu faire évoluer. Or
rien de tel dans une histoire de la place du français à l’école, qui nous offre
au contraire l’image d’une langue longtemps à la recherche de sa légitimité,
toujours affrontée à d’autres langues qui lui contestent sa place – le latin dans
les collèges et les lycées, les langues régionales dans les petites écoles –, et
dont la victoire, toute récente (un siècle tout au plus, ce qui est peu en regard
de la durée des temps historiques), ne constitue qu’une étape dans un
processus appelé certainement à se poursuivre.
La question que pose le titre de cet article peut sembler de peu d’intérêt,
tant la réponse paraît évidente : le français est enseigné en France depuis
toujours, dès lors qu’il a bénéficié de la part des autorités politiques d’un
statut reconnu et qu’il a fait l’objet de descriptions suffisamment précises
pour en permettre un enseignement formalisé dans les écoles. Or le français, on le sait bien, a bénéficié très tôt de la sollicitude d’un pouvoir royal
désireux de disposer d’une langue de travail propre pour ses bureaux et ses
officiers, distincte du latin, langue de l’Église et de l’Université. Charles V,
au XIV e siècle, en engageant des travaux de traduction des grands auteurs
de l’Antiquité, avait déjà le souci de faire du français « une langue noble
et commune a genz de grant engin et de bonne prudence », ainsi que
l’énonçait Nicole Oresme, évêque de Lisieux, sollicité pour cette tâche
[1].
On ne peut manquer non plus de citer la fameuse ordonnance de Villers-Cotterêt, signée en août 1539 par François I
er, qui ordonne notamment
que : « tous arretz, ensemble toutes autres procedures […] soient
prononcez, enregistrez et delivrez aux parties en langaige maternel françois
et non autrement. ». L’Académie française, fondée en 1635, sur une ordonnance du Cardinal de Richelieu, s’inscrit dans cette même logique politique, faire du français, la langue du Roi, langue de travail de l’État, mais
aussi langue d’expression des poètes et des dramaturges. De la même
manière, et selon une démarche parallèle qui doit peut-être moins au
pouvoir royal qu’on ne le pense ordinairement
[2], gens de Cour, poètes,
humanistes et autres « faiseurs de livres », pour reprendre l’expression de
Guez de Balzac, n’ont cessé par toutes sortes de travaux d’établir les règles
grammaticales du français, d’en codifier les usages et surtout d’« illustrer »
la langue, soit par de grandes traductions – on peut penser à celles entreprises par Nicole Oresme, à celle de Plutarque par Jacques Amyot au
XVI e siècle, à la traduction de la Bible par Jacques Lefèvre d’Etaples –, soit
par des œuvres qui en expriment la beauté. Le travail des grammairiens et
des lexicographes au XVII e siècle viendra consolider une telle entreprise, de
sorte que, très tôt, le français devient une langue qui n’est pas seulement
la langue des échanges ordinaires, mais une langue écrite, une
littera,
capable de transmettre les savoirs, d’énoncer avec toute la précision nécessaire les actes juridiques et administratifs, publics et privés, de donner naissance à des œuvres en prose ou en vers. Autrement dit, une langue prête
à être enseignée.
Or si le français a bénéficié très tôt d’un statut privilégié aussi bien au
plan institutionnel qu’intellectuel, il n’a pu pour autant, et il s’en faut de
deux siècles au moins, retrouver une semblable position dans le domaine
scolaire, même si son enseignement, sous des formes variées, que nous
allons rapidement examiner, a pu commencer très tôt. Le vocable
français
présente en effet cette difficulté de désigner des usages et statuts fort
différents d’une même langue, et le fait qu’il y ait à une époque donnée
des enseignements du français ou dispensés en français ne signifie nullement qu’il s’agit là du
français pensé comme discipline scolaire
[3], sens
que nous donnons aujourd’hui à ce terme quand nous parlons de
« programmes de français » ou de « professeur de français ». Suivre le
parcours par lequel une langue a pu passer, très progressivement, du statut
de vernaculaire, de langue de bas usage – le
sermo vulgaris tel que le
désignaient les Jésuites dans leur
Ratio studiorum
[4] –, à celui de langue
constitutive d’une discipline scolaire, peut contribuer à mieux saisir
l’identité de que l’on appelle aujourd’hui dans les systèmes éducatifs,
souvent improprement, l’enseignement des langues maternelles, et d’apprécier les conditions auxquelles doit satisfaire une langue pour prétendre
au statut de langue d’enseignement.
1. LE FRANÇAIS, LANGUE MINORITAIRE
Qu’en est-il de l’usage et des usagers du français dans la France de
l’Ancien Régime ? Les situations des locuteurs s’y inscrivaient dans un
continuum de compétences variées qui allaient du monolinguisme dans un
parler régional au monolinguisme en français, standardisé pour la variété
cultivée et/ou vernaculaire pour la variété familière, en passant par des
situations de bi- ou de trilinguisme si l’on prend en compte le latin dans
certains usages propres. Il conviendrait pour être plus précis de distinguer
encore ceux qui pouvaient lire et écrire le français et ceux qui ne
pouvaient que le lire. Une majorité de la population, rurale il ne faut pas
l’oublier, organisée en communautés vivant le plus souvent repliées sur
elles-mêmes, relevait d’une compétence dans la seule langue régionale.
On ne peut manquer de se référer à cette occasion à la fameuse lettre
écrite par Racine en novembre 1661, où il évoquait son voyage à Uzès et
dans laquelle il se plaignait de ne plus pouvoir être compris ou
comprendre, au-delà de Lyon. En revanche, la Bibliothèque bleue de
Troyes, par sa large diffusion dans les campagnes, au XVIII e siècle notamment, atteste de cette capacité de nombreux lecteurs de condition modeste
de lire le français
[5]. Une partie de la société urbaine, marchande, d’affaires, pouvait relever d’un bilinguisme fondé sur l’usage courant d’un
français standardisé avec la compréhension de différents parlers locaux.
La société lettrée oscillait entre un bi- et trilinguisme incluant l’usage du
français, celui de certains parlers régionaux et du latin, la langue de l’
honnête homme, celle qui est parlée à la Ville, au Palais, à la Cour
[6]. Une
petite minorité seulement ne devait faire usage et ne comprendre que le
seul français standardisé. L’excellente étude entreprise par Alain Corbin
sur la vie d’un sabotier du Perche, Louis-François Pinagot
[7], est révélatrice de pratiques, en plein XIX e siècle encore, où le français et le vernaculaire percheron font l’objet d’usages conjoints, selon les interlocuteurs
et l’enjeu de l’échange.
L’image d’une France majoritairement francophone ne résiste pas à
l’examen, comme on peut le constater, que ce soit sur la longue durée
historique, ou qu’il s’agisse même de la France contemporaine. En effet,
il apparaît très clairement :
- que les locuteurs monolingues de français ont été minoritaires en
France jusque dans le premier tiers du XIX e siècle;
- que la plupart des Français sont bilingues jusque bien en avant dans le
XIX e siècle, à l’image de cette France de l’Ancien Régime qu’évoque
Richard A. Lodge, qui : « resta une communauté multiculturelle et
multilingue, une fédération de provinces qui, tout en jurant allégeance
à la couronne, veillaient jalousement à préserver leurs lois et leurs
coutumes »
[8], où la langue ne constituait pas encore le ciment de l’unité
nationale. L’élite provinciale jusque dans le cours du XVIII e siècle était
largement bilingue et ne faisait usage du français, langue de parade,
pour reprendre l’expression d’un imprimeur auvergnat, que dans un
nombre limité de situations formelles.
Quelques chiffres à l’appui :
- L’enquête de l’abbé Grégoire, lancée en août 1790, au-delà de ses
conclusions, fait apparaître que sur une population totale de 26 millions
d’habitants à l’époque, 46 % avaient une connaissance limitée ou nulle
de la langue nationale, 11,5 % seulement s’exprimaient parfaitement en
français (R.A. Lodge, op. cit., p. 263).
- L’enquête entreprise par le baron Charles-Etienne Coquebert de
Montbret entre 1806 et 1812
[9] estime à 25 le nombre de départements
sans patois : « La langue française, quoiqu’adoptée exclusivement dans
toute l’étendue de l’Empire pour les actes publics, n’est cependant point
partout d’un usage également général. Elle ne peut même être considérée comme véritablement nationale que par rapport aux habitants de
la partie septentrionale de l’ancienne France »
[10].
- Pour l’année 1835, E. Weber (1983), en ce qui le concerne, estime à 22
le nombre de départements français totalement ou partiellement francophones, à 69 ceux qui ne le sont pas.
- L’enquête conduite par le Ministère de l’Instruction publique en 1863
révèle que sur une population d’élèves de 7 à 13 ans, 448.328 ni ne
parlent, ni n’écrivent le français, 1.490.269 parlent le français, mais ne
l’écrivent pas, 2.079.830 le parlent et l’écrivent (tableaux rapportés par
E. Weber, op. cit.).
Chiffres partiels, qui ne peuvent se rassembler en séries statistiques
homogènes et qui doivent donc être interprétés avec prudence. Mais, ils font
apparaître dans tous les cas qu’à l’exception d’une société aristocratique et
bourgeoise, qu’elle soit militaire, marchande, de robe ou lettrée – statistiquement minoritaire, mais politiquement et culturellement puissante –, la
plupart des Français n’ont pas un usage quotidien et dominant du français.
C’est dans un tel environnement qu’il faut considérer l’action de l’école. Si
favorable que soit la position du français comme langue officielle et comme
langue de culture, sa faible diffusion sociale constituait un handicap certain,
au moins pour son introduction aux premiers stades de la scolarisation.
Largement concurrencé à l’oral, le français l’est aussi à l’écrit, même s’il
y bénéficie d’une position infiniment plus favorable. Les usages à l’écrit des
langues régionales sous l’Ancien régime sont assez mal connus, mais régulièrement attestés. Nombreux sont les almanachs, les catéchismes publiés
dans des langues régionales, les brochures et les libelles les plus variés. Au
XIX e siècle encore, en Bretagne, entre 1814 et 1850, on relève 487 ouvrages
imprimés en français, pour 189 en breton, ceci dans le seul département du
Finistère
[11]. On peut donc estimer que, jusque dans le premier tiers du
XIX e siècle existe en France une circulation non négligeable d’imprimés
dans les langues régionales, peu visibles, mal conservés dans les mémoires,
dans la mesure où l’histoire a privilégié les seuls écrits en français.
Peut-on affirmer dans ces conditions que le français ait été une langue
minoritaire en France ? Sous l’Ancien Régime, la chose est assurée. Seule
une minorité de locuteurs en fait un usage régulier à l’oral, usage encore
plus restreint à l’écrit. Cette infériorité statistique fut évidemment largement compensée par les usages officiels et cultivés du français, d’où cet
effet trompeur de perspective qu’il est bon de corriger. Au XIX e siècle, le
français progresse largement, sous l’influence de la modernisation du
pays, de la circulation des gens, de la multiplication des échanges. Le
service militaire, sans tirage au sort après 1889, fera beaucoup pour
répandre l’usage du français auprès de la population masculine, y compris
dans les zones les plus reculées du pays. Désormais le français y est
présent partout, au moins par l’écrit, pour tout ce qui relève de l’action
administrative, par la diffusion de la presse et par la lecture cultivée, grâce
à la mise en place de bibliothèques ou de cabinets de lecture.
2. DES PETITES ÉCOLES À L’ÉCOLE PRIMAIRE
Sans nous engager dans la restitution d’une évolution longue et
complexe, il est bon de rappeler que les petites écoles, jusque dans le
premier tiers du XIX e siècle, étaient d’abord des lieux d’instruction religieuse
[12]. Elles s’étaient développées à partir de la seconde moitié du
XVII e siècle, dans les suites de la Réforme, soit pour mieux l’asseoir, dans
les écoles protestantes, soit pour mieux la combattre, dans les écoles
catholiques. L’alphabétisation, dans cette double perspective, répondait à
un objectif commun : donner aux enfants la possibilité de mieux ancrer
leur foi, soit par la lecture de la Bible, soit par celle des instruments du
catéchisme. Ce réseau d’écoles, urbaines ou rurales, se développe tout au
long du XVIII e siècle, différemment selon les provinces – on connaît la
fameuse ligne de partage Saint-Malô-Genève, qui distingue les régions à
fort taux d’alphabétisation et les régions à faible taux –, sous la responsabilité de l’Église, en dépit des réserves du pouvoir politique et de bien
des représentants de la République des lettres. Des ordres sont créés, tel
celui des Frères des Écoles chrétiennes, en 1683, animé par Jean-Baptiste
de la Salle, implanté à Reims d’abord, dont l’objectif n’est pas d’enseigner le français mais d’assurer d’avant tout l’alphabétisation des enfants
sur des textes écrits en latin
[13], voire en français, langue que la plupart des
enfants ne maîtrisaient pas, ou dans une langue régionale comme le
breton. Cette pédagogie de la lecture, définie dans le manuel de ces
écoles,
La Conduite des écoles chrétiennes, restera en application jusque
dans les débuts de la Monarchie de Juillet. L’acte d’apprendre à lire, selon
cette perspective, reste dissocié de celui de l’apprentissage de la langue.
Jean-Baptiste de La Salle publie en 1698 un
Syllabaire français.
L’objectif était à terme d’apprendre aux élèves à
lire des exploits d’assignation, des baux, des contrats, des quittances. La Salle voulait développer un enseignement utilitaire auprès de fils de boutiquiers, d’artisans.
Ce qui explique encore la pratique de la lecture de manuscrits tout au long
du XVIII e, siècle et dont l’usage perdurera jusqu’au milieu du XIX e siècle
(cf. Pierre Boutan, 1995), manuscrits rédigés dans un français de la vie
courante, pour éviter ainsi qu’un fermier ne se fasse gruger par le propriétaire lors de la signature d’un contrat.
La Révolution ne modifiera pas fondamentalement ces orientations. Même
si la Convention confie à l’école le soin de diffuser la langue nationale
[14],
cette mission restera pendant une bonne partie du XIX e siècle plus symbolique qu’effective. A. Chervel (1992) attire à juste titre l’attention sur le fait
que, si le français prend progressivement place dans les programmes et les
pratiques de classe, aucun texte officiel jusqu’à Jules Ferry ne stipulera
l’obligation de parler le français dans les écoles. Il est donc courant, au
moins jusque dans le premier tiers du XIX e siècle, de voir des enfants
apprendre à lire sur des textes auxquels ils ne comprennent rien, de recopier
des paragraphes de textes qui leur sont complètement étrangers
[15]. La
pratique de la lecture des textes en latin se poursuit jusque dans le milieu du
XIX e siècle. Ainsi, le Règlement modèle pour les écoles publiques, du 17 août
1851, précise en son article 27 :
L’instituteur tiendra à ce que la lecture des élèves soit correcte; il les habituera à
se rendre compte de ce qu’ils liront, en leur expliquant le sens des mots.
La lecture en latin est spécialement recommandée; on se servira pour cette lecture,
du Psautier ou d’autres livres en usage pour les offices publics du diocèse.
Pour la lecture des manuscrits, on emploiera de préférence des cahiers autographes
contenant des quittances, baux, marchés, devis, mémoires d’ouvrages, ou des instructions élémentaires sur l’histoire naturelle, l’agriculture, l’industrie et l’hygiène.
À aucun moment, sous l’Ancien régime, ne se manifeste le souci d’enseigner la langue française par le moyen de l’alphabétisation. Ce souci
– constituer la langue française en une matière ayant sa place à l’école –
ne se manifestera qu’avec la loi de 1833. Seront introduits pour la
première fois à l’école des : « Éléments de langue française », pour désigner en fait l’orthographe et la grammaire. Organisation qui peut étonner
le pédagogue d’aujourd’hui, habitué à une totale intégration de tous les
constituants de la langue et du langage. La conscience d’un apprentissage
organisé globalement autour d’une langue, la langue nationale, ne va
émerger que fort tardivement. S’il fallait dater les premières tentatives de
constitution du français à l’école primaire en une discipline, il faut certainement remonter à 1871, avec le premier plan d’études détaillé élaboré en
France pour l’école primaire (textes établis par le Vice-Recteur Octave
Gréard pour les écoles de la Seine, 16 octobre, 20 octobre et 18 novembre
1871). Mais le terme français n’y est jamais utilisé pour désigner une
discipline en tant que telle. Figure une déclinaison de matières : rédaction, langue française, lecture, écriture. Même chose dans la loi du 8 mars
1882, où il est écrit notamment à l’article 1 : « L’enseignement primaire
comprend : la lecture et l’écriture, la langue et les éléments de littérature
française. » Il en va de même encore avec le plan d’études proposé dans
l’arrêté du 27 juillet 1887, où figure pour chacun des trois cours (élémentaire, moyen et supérieur) la triade : lecture, écriture, langue française, le
terme écriture désignant la graphie proprement dite, ce qui relève de la
rédaction figurant sous l’étiquette langue française. Le terme apparaît,
mais dans un usage isolé, dans le titre V de l’arrêté du 18 janvier 1887
ayant pour objet l’exécution de la loi organique de l’enseignement
primaire, où l’expression enseignement du français s’inscrit dans un paradigme comprenant l’enseignement scientifique et l’enseignement de l’histoire et de la géographie.
Mais pour être enseigné à de jeunes enfants, le français doit être décrit
en catégories qui leur soient accessibles, qui ne sauraient être directement
transposées de la grammaire générale ou de la grammaire latine. Au début
du XIX e siècle, de tels instruments font défaut, ce qui explique certainement la difficulté que l’on éprouva à enseigner, au moins jusque vers
1850-1860, autre chose qu’un français abordé dans ses formes élémentaires, privilégiant l’acquisition des mécanismes plus que leur usage. Tous
les pédagogues au XIX e siècle – on peut penser au travail fondateur de
gens comme Noël et Chapsal qui publient en 1823 leur première grammaire
[16] – vont se consacrer à l’élaboration de tels instruments, grammaire, conjugaison, orthographe, tels qu’ils puissent être à portée de
jeunes élèves. Le français dans les lycées, à la même époque, bénéficie
d’une avance incontestable. S’appuyant sur les exercices de traduction, sur
le transfert de pratiques de lecture et d’écriture issues du latin, l’enseignement du français dans les lycées, s’il comporte bien des incertitudes
sur un certain nombre de pratiques d’enseignement, se révèle plus fortement organisé que celui de l’école primaire. Même si le grand moment de
modernisation de l’enseignement du français se situe quelque part
entre 1880 et 1902, l’enseignement secondaire a semble-t-il su s’y
préparer bien plus tôt.
Autre caractéristique qu’il convient de signaler, et qui sera lourde de
conséquence sur le profil pédagogique de l’enseignement du français,
celle du mode d’accès à la langue : l’écrit y occupe une place majeure,
quasi-exclusive. L’élève est confronté à des textes tout faits, qu’il aura à
lire, à recopier, à transposer, à apprendre par cœur. Il aura à organiser des
tableaux de conjugaison, à apprendre l’orthographe, la grammaire. Il sera
mis en contact avec une langue pré-formée, dans une modalité particulière
d’usage, un français scolaire, académique – parfois au plus mauvais sens
du terme –, éloignée de toutes les variations locales, une langue distante,
en un mot une langue seconde, enseignée comme telle
[17], une langue
récitée plus qu’une langue véritablement parlée. Mais Pierre Boutan ne
manque pas cependant de signaler que « les enfants de la campagne
avaient plus de chance de rencontrer du français écrit que du français
parlé, en dehors de celui de l’instituteur, ce qui induit sans doute des
formes particulières d’apprentissage » (1996, p. 25).
Que faire des langues maternelles, des « patois », « dialectes », parlers
régionaux ? Intense débat qui traversera l’école républicaine. Les ignorer
et s’en tenir à la méthode directe prônée par Irénée Carré ou les prendre
en compte pour installer le français, position qui fut celle du linguiste
Michel Bréal ? L’école adopta une démarche pragmatique, et nombre
d’instituteurs ruraux surent faire usage de la langue de leurs élèves pour
installer le français. Langue nationale, le français l’emportait ainsi sur
l’infinie variété des parlers maternels, de langue d’oïl ou de langue d’oc,
ou de tous les vernaculaires français parlés dans les milieux populaires
urbains. Mais il n’est pas exagéré de dire que jusque dans les débuts du
XX e siècle, le français à l’école primaire fut enseigné comme une langue
seconde, au moins dans la plus grande partie des écoles rurales et des
écoles urbaines des quartiers populaires.
4. DES COLLÈGES DE L’ANCIEN RÉGIME AUX LYCÉES
Dans l’Europe médiévale et dans celle de la Renaissance encore, face
à la variété des langues vernaculaires, dans un univers où les frontières,
au sens moderne du terme, n’existent pas, à un moment où les parlers
émergents ne sont ni standardisés, ni normalisés (la variété des usages à
l’intérieur d’une même aire linguistique est considérable), le latin est une
langue qui ne souffre d’aucune altération et fonde l’existence d’un espace
d’échange commun entre locuteurs partageant un même univers d’intérêts
(marchands, universitaires, diplomates, gens d’Église, savants). L’Europe
médiévale est ainsi faite d’un plurilinguisme fonctionnel et occasionnel,
qui assure au latin, véhiculaire supranational, un avantage dont il saura
longtemps tirer parti dans la sphère éducative. Langue essentiellement
écrite, que son statut préservait des variations que les usages oraux imprimaient forcément aux langues vernaculaires, et qui permettait à des enseignants ne parlant pas forcément la langue des élèves d’exercer dans
différents établissements, indépendamment de leur lieu d’implantation. La
circulation des maîtres ne peut en effet s’opérer que dans un espace langagier homogène, détail d’ordre administratif qu’il convient de ne pas
omettre. Aussi l’enseignement dans les collèges, comme à l’Université, ne
pouvait-il être que dispensé en latin.
Les langues vulgaires, comme le français, étaient déjà signalées cependant dans la
Ratio studiorum
[18] de 1599, et furent en fait
hébergées par le
latin, dans une sorte de commensalisme qui vit progressivement et très
lentement – le processus prit plus de deux siècles entre la parution de la
Ratio studiorum et l’avènement de la Révolution française – la langue
ainsi accueillie l’emporter sur la langue-hôte. Auxiliaires de l’apprentissage, les langues vulgaires ne faisaient pas, initialement, l’objet d’un
enseignement délibéré, l’enseignement dans les collèges étant entièrement
dispensé en latin au moins jusqu’au début du XVIII e siècle, qu’il s’agisse
des humanités classiques ou de l’enseignement des sciences
[19].
La version est l’exercice par lequel le français va progressivement être
institué comme objet d’apprentissage, même si, jusqu’au XVIII e siècle, cet
enseignement ne s’inscrit pas dans un curriculum méthodiquement organisé.
Traduire du latin en français, c’est manifester la volonté d’aboutir à un texte
français écrit dans une langue élégante. La version apparaît ainsi très tôt
comme un exercice qui améliore les qualités de l’expression dans la langue
maternelle
[20]. On est bien là en présence d’un véritable colinguisme, c’est à
dire l’institution du français comme langue écrite de culture à partir d’une
autre langue, le latin. Ceci explique pourquoi, au XIX e siècle encore, la
version latine est maintenue avant tout comme exercice de français.
Toutefois, même si au XIX e siècle le latin revient en force dans l’enseignement secondaire après la parenthèse révolutionnaire qui avait voulu en
réduire la place à deux années d’études dans les écoles centrales
[21], ce
sera cependant sur des finalités et des pratiques formatrices fondamentalement différentes
[22]. Jusqu’au XVIII e siècle encore, dans les collèges
royaux, on tente de favoriser une pédagogie du latin qui le maintienne
dans une fonction assez large de langue d’expression. On compose, à
l’oral, à l’écrit, des textes en latin. On apprend à écrire à partir du latin
qui fournit l’élève en matières, en modèles, en exemples qui nourriront
son propos, au lieu de se fonder sur les seules pensées de l’élève considérées comme peu consistantes, et de peu d’intérêt. Les propos de
Mgr Dupanloup sont caractéristiques de cette attitude :
Les enfants ne pensent, n’imaginent, ne sentent, n’écrivent jamais plus vigoureusement qu’en latin, et qui plus est en vers latins. En français, ils sont presque toujours
communs, vulgaires ; la raison en est simple : ils ne parlent très bien, et ils ne savent
couramment que le français de leurs récréations. Le style sans gêne et les conversations familières de chaque jour ne sont guère propres à ennoblir le discours ; bon
gré, mal gré, ce langage, ces propos journaliers se retrouvent dans leurs compositions ; et quelque fois même, malgré un talent naturel distingué, obscurcissent en eux
toute noblesse de style, toute élévation de pensée. En latin, c’est autre chose : ils ne
se sont entretenus qu’avec des hommes de génie. [23]
Le XIX e siècle est conscient cependant du caractère de moins en moins
réaliste d’un semblable objectif. Tous les enseignants se plaignent de l’incapacité dans laquelle sont la plupart des élèves désormais de composer en
latin
[24]. En revanche, la version, comme l’enseignement de la grammaire
latine, ont pour objectifs déclarés d’aider les élèves à mieux maîtriser la
langue française, ce qui explique ce renouveau du latin dans les collèges
et lycées au XIX e siècle
[25]. Le rapport latin-français s’est désormais inversé.
Le français n’est plus une langue vulgaire, mais une langue de culture au
même titre que le latin. L’enseignement du latin servira surtout à
comprendre, c’est à dire à donner aux élèves les moyens de lire des textes
d’auteurs latins et de maintenir les bases d’une culture classique. La fonction patrimoniale désormais l’emporte, en même temps que le latin devient
le signe de la seule éducation considérée comme légitime. En cela, une
telle évolution ne fait que suivre celle de la place et des usages du latin
dans les sociétés européennes. Jusqu’au XVII e siècle encore, le latin, au-delà
de ses fonctions liturgiques et académiques, est la langue d’échange et de
travail des élites intellectuelles européennes. Cette fonction va progressivement être assumée par le français tout au long du XVIII e siècle et l’éveil
du sentiment national aura partout en Europe pour effet de valoriser les
langues dites vulgaires et de les hausser au rang de langues de culture. Le
latin, dans le cas de la France, deviendra l’auxiliaire de l’apprentissage du
français dans la mesure où au XIX e siècle la plupart de ses fonctions
sociales, en dehors de la fonction liturgique, ont cessé d’exister.
L’autre voie d’entrée du français dans les collèges, dès le XVII e siècle,
est la littérature française, qui exerce très rapidement un pouvoir de séduction sur les jeunes régents que l’on ne manqua pas en ce temps-là de
dénoncer. F. de Dainville (1968) signale ainsi des protestations contre les
jeunes régents qui lisaient des livres français. Des auteurs français étaient
cités dans des cours de rhétorique, dès 1660, et le Père Jouvency lui-même ne manquait de citer Corneille comme exemple d’une rhétorique
française de qualité. La part importante accordée par les Jésuites à la
pratique du théâtre, et d’un théâtre de langue française notamment, aura
pour effet de donner au français non plus la place de simple langue auxiliaire du latin, mais encore celle de langue d’éducation.
Au début du XVIII e siècle, on fait acheter par les élèves des ouvrages de
littérature française, ce qui montre que les politiques linguistiques entamées au XVII e siècle, visant à instituer la langue française comme langue
savante et langue de culture, commencent à porter leurs fruits
[26]. Mais
cette introduction de la littérature française ne va pas se faire sous la
forme de recueils de morceaux choisis d’œuvres retenues pour leurs
qualités proprement littéraires, tels que nous les connaissons aujourd’hui,
mais plutôt sous forme de recueils de discours français qui vont proposer
aux élèves d’approcher les formes les plus significatives de l’éloquence
française à partir de traits mémorables, de narrations historiques et de
discours de vive voix. F. Douay-Soublin (1997) en étudie la production,
entre 1746 et 1894, et montre comment le genre a progressivement
évolué, proche de l’inspiration latine dans ses débuts pour se consacrer à
une rhétorique, celle de la chaire, du barreau ou de la tribune parlementaire, spécifiquement française. La nouvelle histoire littéraire, à la fin du
siècle, prendra la place de ces arts du discours pour faire entendre des
voix plus variées, plus personnelles que celle de l’orateur dans sa
harangue. Mais ce n’est pas un hasard si les recueils de morceaux choisis
de classiques français qui paraissent dans la suite du nouveau plan
d’études de l’enseignement secondaire établi par Jules Ferry (2 août
1880), accordent encore une grande place aux genres en prose relevant
des arts du discours (harangues, lettres, apologies, plaidoyers, sermons,
etc.) avec des auteurs comme Montluc, Henri IV, Bossuet, Bourdaloue,
Fléchier, Massillon, Pélisson, Daguesseau (cf. par exemple l’ouvrage de
F.L. Marcou,
Morceaux choisis des classiques français à l’usage du IIe
cycle de l’enseignement secondaire, Paris, Garnier frères, 1880)
Les exercices de/en français vont se multiplier tout au long du
XVIII e siècle, traduisant en cela l’évolution d’une société qui non seulement fait usage du français dans toutes les circonstances de la vie administrative, mais aussi dans la vie économique, politique et culturelle,
s’appuyant sur la tradition du bon usage et l’image d’un français langue
de la raison et de la clarté telle que l’avait léguée le XVIII e siècle. La
reconnaissance de fait du français comme langue de la diplomatie en
Europe, comme langue d’usage dans toutes les Cours européennes, dans
les pratiques épistolaires des milieux intellectuels et aristocratiques, ne
pouvait en retour que renforcer le statut du français à côté d’un latin dont
les usages effectifs allaient en se restreignant. L’introduction de la pratique
des « plaidoyers » en français dans les collèges dès le début du
XVIII e siècle ne pouvait que légitimer le français comme langue de l’éloquence au même titre que le latin
[27], sur des sujets qui relèvent aussi bien
de la privée que de la vie publique.
Dernier point que nous évoquons brièvement ici, le changement de
statut de l’étude des textes et des œuvres qui – par les travaux de pédagogues tels que Charles Rollin, professeur à l’Université de Paris, qui
publie en 1726 un traité sur
La Manière d’enseigner et d’étudier les
Belles-Lettres, ou Charles Batteux, professeur de rhétorique au Collège de
Navarre, qui publie en 1747-1748 son très célèbre
Cours de Belles-Lettres – fait passer l’enseignement de celui des « Belles-Lettres » tel
qu’il prévalait encore à la fin du XVII e siècle à celui de la « Littérature »,
tel que nous le connaissons aujourd’hui encore
[28]. L’objectif n’est plus
seulement de faire lire pour produire en latin, mais de faire lire pour
former le goût et le jugement et d’énoncer en français les commentaires
nés de cette lecture.
Le XVIII e siècle consacre ainsi la montée en puissance du français dans
les collèges, comme langue moderne. Le XIX e siècle, dans la suite de la
Révolution, fera du français la langue nationale et de ce fait lui assurera,
en dépit de tous les propos destinés à valoriser le latin, un statut privilégié.
5. DU FRANÇAIS NATIONAL AU FRANÇAIS LANGUE MATER-NELLE
Le français accède à un statut de pleine légitimité entre 1880
[29], date de
la suppression de l’épreuve de composition latine au baccalauréat et de son
remplacement par la composition française, et 1902, date de la réorganisation de l’enseignement secondaire avec notamment l’introduction de
sections modernes, où le français sera désormais enseigné à partir de lui-même et non du latin. Problème pédagogique redoutable dont la solution ne
sera pas trouvée d’emblée
[30]. S’émancipant progressivement du latin, le
français enseigné à l’école, en ce début du XX e siècle, peut-il être pour
autant appelé « langue maternelle »? S’il faut entendre par langue maternelle le
sermo maternalis médiéval
[31], cette langue apprise dans le cadre de
l’intimité familiale, certainement pas. Désormais langue de culture, qui
prend ses modèles auprès des meilleurs écrivains, qui s’organise selon une
syntaxe très précisément décrite, le français enseigné est éloigné des usages
ordinaires de la langue. En revanche, si le qualificatif de
maternelle désigne
la langue de la communauté, de cette immense famille que constitue la
nation, langue qui permet de resserrer le lien affectif entre la « mère-patrie »
et ses enfants, l’expression prend ici tout son sens. Parler de « français
national », comme le propose R. Balibar
[32], paraît plus pertinent et correspond mieux à l’image que l’on se fait du français en cette fin du XIX e siècle.
On observera dans tous les cas que les rédacteurs des programmes et
instructions officielles portant sur le français, aujourd’hui encore, évitent
tout qualificatif accolé au mot « français » qui pourrait le situer dans une
position trop politique, ou qui pourrait donner au latin et au grec une position minorée, ce que la tradition d’un enseignement valorisé des Lettres ne
saurait admettre. Aussi trouve-t-on le plus fréquemment l’expression
le
français langue d’aujourd’hui
[33] qui situe le français dans un rapport de
complémentarité par rapport aux
langues anciennes, et qui permet de situer
le français comme langue d’usage des locuteurs du temps présent.
L’apprentissage du français par le français se limitait à l’enseignement
primaire, aux écoles primaires supérieures, aux nouvelles sections
modernes et à l’enseignement des filles, tous domaines de formation
considérés avec le plus grand dédain par les partisans d’un enseignement
secondaire fondé sur les humanités classiques. Dans les lycées, la situation ne semble guère évoluer. La répartition des horaires entre français,
latin, LV, reste stable jusque dans les années 60 :
arrêté de 1902 arrêté de 1925 arrêté de 1947 arrêté de 1961
français 6 4 4 4
latin 4 6 5 5
LV 5 4 3 3
En fait, l’évolution se situe ailleurs, dans la lente montée en puissance
des effectifs des sections modernes dans les lycées, et dans l’émergence
d’une filière secondaire courte qui, après la Seconde Guerre mondiale, va
gagner en effectif, à savoir celle des anciennes Écoles primaires supérieures, supprimées en 1941 et transformées en Cours complémentaires.
Ces derniers sont à leur tour transformés en Collège de l’enseignement
secondaire (CEG) en 1960. Les premiers Collèges de l’Enseignement
secondaire (CES) sont mis en place à partir de 1963 et absorberont
progressivement les premiers cycles des lycées. L’unification des
programmes CEG-1er cycle des lycées intervient en 1964. Le latin va
ainsi se retrouver pris dans un nouveau cycle de formation issu d’une
tradition d’enseignement d’où le latin était complètement absent. Les
nouveaux publics qui arrivent dans les CES vont renforcer les sections
sans latin. Edgar Faure reporte l’introduction du latin de la 6
e à la 4
e en
1969 et le place désormais au rang de matière à option. L’émotion fut vive
chez les défenseurs d’un enseignement classique, mais l’Éducation nationale ne faisait qu’enregistrer là une désaffection vis à vis d’un enseignement dont la fonction « classante » s’estompait au profit de nouvelles
filières nobles, comme la fameuse section C du baccalauréat, dans
lesquelles allaient se recruter une bonne partie des futurs élèves de
grandes écoles. L’option latin, réintroduite en 5
e à la suite de la réforme
des collèges de 1996, est cependant choisie encore par environ 20 % des
élèves de collège (19,2 % pour être exact, soit un effectif de 354.125
élèves en 2000-2001)
[34].
Désormais, enseigner le français à l’école c’est enseigner une langue dans
sa variété cultivée, langue distante certes, mais qui entre dans un rapport
d’intercompréhension de plus en plus marqué avec le français des élèves.
Fait nouveau, pour la première fois au XX e siècle, la très grande majorité
des élèves qui vont à l’école ont appris le français dans le milieu familial
et social proche
[35]. Le français parlé est donc bien une langue maternelle.
Quel lien établir alors entre la langue maternelle et la langue nationale ?
entre les variétés vernaculaires et la variété cultivée ? Des débats pédagogiques intenses marquèrent ainsi les années 60. Le Plan Rouchette pour
l’école primaire, élaboré entre 1963 et 1966, expérimenté entre 1967 et
1970
[36], le Manifeste de Charbonnières en 1969 et la création de l’A.F.E.F.
(Association française des enseignants de français) prirent place dans ce
climat général d’intenses réflexions et de débats souvent très vifs sur ce que
pourrait être un enseignement rénové du français. Les instructions de 1972
pour l’enseignement du français à l’école élémentaire portèrent trace des
propositions qui purent être faites à ce moment-là.
6. ENSEIGNER UNE LANGUE MATERNELLE : UNE PÉDA-GOGIE À BASSE INTENSITÉ
Le français, tel qu’il s’enseigne aujourd’hui, tire un certain nombre de
ses propriétés de cet héritage historique et des tensions qui le traversent.
L’intensité des débats qui marquent périodiquement la discipline depuis le
début du siècle y trouve en effet très largement son origine
[37]. Quelques
traits parmi les plus significatifs :
- Une distance voire une défiance constante à l’égard de la langue de
l’élève, considérée comme fautive, altérée par les usages locaux, fondée
sur la parole et l’usage et non sur des règles, apprise par imitation et
non selon une démarche réflexive. Suspicion qui longtemps portée par
le latin en direction du sermo vulgaris a été par la suite transposée du
français cultivé aux français vernaculaires des élèves.
- Le français est moins considéré comme un outil de communication qui
assure, dans un moment donné, la circulation des messages entre locuteurs variés, que comme instrument d’une transmission qui permet, par
la découverte des œuvres, à la mémoire collective de se perpétuer, et à
une communauté de préserver son identité.
- Le choix d’une énonciation impersonnelle, sans lieu ni moment clairement repérés. L’élève ne s’exprime pas comme sujet individuel, dans la
variabilité de ses caractéristiques personnelles et sociales, mais comme
locuteur anonyme d’une langue traitée comme objet de savoir et outil
de construction de la pensée. Pédagogiquement, l’élève n’intervient pas
comme locuteur impliqué dans un échange particulier, mais comme
observateur d’un échange dont il s’efforcera d’analyser les conditions
de la réalisation langagière.
- L’écrit reste la forme privilégiée dans laquelle s’opère le contact avec
la langue. Par la stabilité de sa trace, son insensibilité aux approximations de la voix que tolère l’oral, aux variations sociales et géographiques, l’écrit seul fonde cette langue commune à l’enseignement de
laquelle s’attache l’institution scolaire.
- Une pédagogie complexe qui ne s’inscrit dans aucun schéma méthodologique pleinement explicité. La perception des régularités relève pour
l’essentiel de la responsabilité de l’élève. L’institution scolaire, avec le
texte des programmes, ne met l’accent que sur un nombre limité de
points. L’élève est confronté à des échantillons de discours répondant à
des normes d’usage strictement établies et définies (textes littéraires par
exemple). Le rôle du maître est de favoriser cette activité d’imprégnation, d’assurer la transition entre les acquis et la pratique des élèves et
les usages plus élaborés valorisés par l’école. Cette activité d’étayage
doit favoriser chez l’élève l’acquisition des structures sémantiques et
syntaxiques et d’en permettre le réinvestissement dans des champs
discursifs variés. Une pédagogie qui attend beaucoup de l’élève, qui
dépend beaucoup de son expérience langagière initiale, de ses capacités
d’analyse, et dont les résultats ne sont jamais pleinement assurés.
Deux traditions d’apprentissage vont de la sorte caractériser l’histoire
du français « langue maternelle »
[38]. La première issue de l’école
primaire, où le français s’apprend à partir du français, la seconde issue des
premiers cycles des lycées, où le français s’apprend à partir du latin. Il
n’est pas étonnant dans ces conditions que le collège d’aujourd’hui, lieu
où ces deux traditions se retrouvent, soit, de tous les niveaux et ordres
d’enseignement, celui où les affrontements sont le plus vifs. Deux
mémoires professionnelles s’y affrontent.
Mais en même temps, des déplacements s’opèrent qui indiquent les
évolutions à venir d’un enseignement appelé à connaître de nombreuses
mutations. On notera :
- l’introduction de deux notions, maîtrise de la langue et maîtrise des
discours, qui valorisent les apprentissages centrés sur le français conçu
comme outil d’échange entre locuteurs ;
- une place nouvelle accordée à l’oral, moins pour reprendre les formes
d’usage spontanément maîtrisées par les élèves que pour explorer le
passage d’un registre à l’autre, d’une variété d’usage du français à une
autre, autrement dit prendre en compte les compétences spontanées de
l’élève et non plus les ignorer ou les récuser;
- l’instauration de nouveaux colinguismes. Le français, nous l’avons vu,
n’a jamais été enseigné isolément. Les langues étrangères, avec leur
plus large diffusion à l’école élémentaire, l’introduction des sections
européennes, une place nouvelle accordée aux langues régionales, vont
placer l’enseignement du français dans un nouvel environnement, sans
que l’on puisse encore en mesurer les incidences sur son enseignement.
- une redistribution des formes d’apprentissage du français qui peut
conduire à un déplacement du centre de gravité de la discipline. Il suffit
pour cela d’observer les nouvelles propositions de programme pour
l’école élémentaire (cf. Consultation sur les nouveaux programmes de
l’école primaire, cycle 3, MEN/DESCO, 27 août 2001), où le français,
comme discipline propre, disparaît au profit d’une répartition des activités libellée en : maîtrise des langages : parler, lire, écrire; éducation
littéraire et humaine : littérature et grammaire.
Le fait majeur qui marque l’évolution du statut du français dans l’institution scolaire ces dernières décennies, réside très certainement dans le
changement de finalité assigné à cet enseignement. Pendant longtemps,
l’enseignement du français fut associé, de façon plus ou moins explicite,
à une recherche de la distinction sociale, en cultivant un parler qui place
son locuteur au-dessus de la masse des vernaculaires. Aujourd’hui, la
visée est plus celle de l’intégration, c’est à dire la participation à la vie
de la cité par la maîtrise d’une langue commune.
Brièveté de l’histoire d’une discipline : un siècle d’existence à peine,
avec toute la lenteur, toute la difficulté d’une langue à entrer dans l’institution scolaire en dépit d’un statut privilégié dans la société cultivée et
dans la vie de l’État. Une entrée plus aisée, plus précoce, dans l’enseignement secondaire, plus difficile à engager dans l’enseignement primaire.
Exemple à méditer pour tous ceux qui, au nom du droit légitime de toute
langue à être enseignée à l’école, croient qu’il suffit que cette langue soit
largement présente dans l’univers social pour être accueillie d’emblée
dans l’institution scolaire.
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[1]
Cf. S. Lusignan (1999).
[2]
Cf. J. Cornette, 2000.
[3]
Deux définitions possibles : « La discipline scolaire est formée par un assortiment à proportions variables, suivant les cas, de plusieurs constituants, un enseignement d’exposition, des
pratiques d’incitation et de motivation et un appareil docimologique, lesquels, dans chaque état
de la discipline, fonctionnent évidemment en étroite collaboration, de même que chacun d’eux
est, à sa manière, en liaison avec les finalités. » A. Chervel, 1988, p. 40; ou encore : « Une
discipline scolaire nous paraît réunir trois traits par lesquels elle se distingue d’une simple
matière : son caractère instrumental à l’endroit des autres savoirs scolaires. Son caractère transversal d’un ordre d’enseignement à un autre. La valeur réputée formatrice pour l’esprit des exercices qu’elle met en place. » D. Savatovsky, 1995, p. 56.
[4]
Ratio studiorum. Plan raisonné et institution des études dans la Compagnie de Jésus (rééd.
1997). Plan d’études publié par la Compagnie de Jésus en 1599 et qui sera appliqué dans l’ensemble des collèges dont elle aura la responsabilté.
[5]
Cf. R. Chartier (1987), (1996). Il est clair dans tous les cas que l’usage du français dans ce
que l’on peut appeler improprement « les lectures populaires » a eu pour effet de légitimer la
langue cultivée jusque dans les campagnes les plus reculées et de progressivement restreindre
les parlers régionaux aux seuls échanges oraux.
[6]
On trouvera dans F. Waquet (1998) une bonne description de ce que pouvaient être les
compétences et performances des locuteurs du latin en Europe entre le XVI e et le XIX e siècle.
Langue de l’écrit bien plus que langue de l’oral, langue lue bien plus que langue écrite, langue
où la modestie de la performance linguistique s’affirma très tôt. Voir aussi W. Frijhoff (1991)
dans son étude sur la place du latin chez les élites européennes. Il signale que même au Moyen-Age : « le latin fut pour de nombreux hommes et femmes […] une langue très familière, moins
pour son utilité immédiate comme langue de communication que pour la fréquence des occurrences de contact dans la vie de tous les jours » (p. 121). Cette difficulté à cerner les particularités de cette compétence des gens lettrés dans le domaine du latin tient au fait que jamais le
latin, hormis certains usages solennels, de nature liturgique ou académique, ne devait faire
l’objet d’un usage exclusif, mais alternait avec des usages en langue vulgaire, selon un principe
d
’alternance codique qui permettait au locuteur d’émailler son propos d’un nombre considérable
de citations ou de locutions toutes faites. Compétence que les socio-linguistes d’aujourd’hui
définissent comme des compétences partielles, qui ne sauraient être assimilées à celle d’un locuteur natif.
[7]
Ouvrage d’autant plus intéressant, que son auteur s’est efforcé, au chapitre X, de reconstituer les modes d’échange verbaux dans la campagne du Perche au milieu du XIX e siècle : nature
des interlocuteurs, rituels de salutation, nature et enjeux de l’échange, langues en usage.
[8]
(1997), p. 275.
[9]
Marie-Rose Simoni-Arembour (1999)
[10]
Op. cit., p. 558
[11]
A. Kervella (1997).
[12]
Sur les petites écoles, voir B. Grosperrin (1984).
[13]
Choix qui, au XVII e siècle déjà, était loin de faire l’unanimité : « Je dis en premier lieu que
c’est une faute très grande que de commencer comme on fait d’ordinaire, à montrer à lire aux
enfants par le latin et non par le français. Cette conduite est si longue et si pénible qu’elle ne
rebute pas seulement les écoliers de tout autre instruction, en prévenant leur esprit, dès leur plus
tendre jeunesse, d’un dégoût et d’une haine presque invincible pour les livres et pour l’étude;
mais elle rend aussi les maîtres impatients et fâcheux parce que les uns et les autres s’ennuient
également de la peine et au temps qu’ils emploient, ce qui va jusqu’à trois ou quatre années. »
Thomas Guyot, préface des
Billets que Cicéron écrit à son ami Attique, 1668, in Frédéric
Delforge (1985), p. 288.
[14]
Le projet de loi élaboré par Talleyrand est le premier texte où le français est cité comme
objet d’apprentissage : « Article 4 – On y enseignera aux enfants : 1. à lire tant dans les livres
imprimés que dans les manuscrits ; 2. à écrire, et les exemples d’écriture rappelleront leurs
droits et leurs devoirs ; 3. les premiers éléments de la langue française, soit parlée, soit écrite; »
Projet de loi sur l’instruction publique, 10,11,19 septembre 1791. On remarquera au passage
– et le fait restera constant jusque vers le milieu du XIX e siècle – que le lire et l’écrire sont des
compétences dissociées du français.
[15]
Pierre Boutan (1995) analyse cependant les raisons qui pouvaient justifier de telles pratiques
et en expliquaient leur très large usage, notamment une relation son-graphie moins sujette à
variations, un français qui pour de nombreux élèves encore était une langue aussi étrangère que
pouvait l’être le latin.
[16]
A. Chervel (1977) montre ainsi que la grammaire scolaire dans sa phase d’élaboration au
XIX e siècle, loin de procéder du seul travail de transposition des savoirs savants en direction des
pratiques de classe, peut aussi résulter de besoins ressentis par les pédagogues qui élaboreront
des instruments conçus spécialement à cet effet.
[17]
On ne peut manquer ici de citer les tentatives faites par Irénée Carré, Inspecteur général,
pour introduire le français par la méthode directe, en Bretagne, à partir de 1886-87, qui organise un enseignement du français selon la
méthode maternelle ou
directe qui n’est pas sans
rappeler les démarches appliquées pour les langues étrangères. Irénée Carrée propose d’ailleurs
dans le Bulletin de l’Alliance française, en 1891, de transposer cette démarche aux indigènes
des colonies. Voir V. Spaëth (1998).
[18]
« Règles du professeur de la classe d’humanités. Il faut dicter l’argument du devoir écrit.
Au premier semestre, il aura généralement la forme d’une lettre en langue vulgaire et sera dicté
au mot à mot; il sera souvent utile de le composer en le tirant entièrement de prélections déjà
expliquées. Mais, une fois par semaine environ, on fera rédiger les élèves réduits à leurs propres
ressources, après leur avoir expliqué un des genres épistolaires et indiqué les lettres de Cicéron
ou de Pline qui relèvent de ce genre. Ensuite, au second semestre, on stimulera leur intelligence
en leur faisant d’abord écrire des chries, puis des prologues, des narrations, des amplifications
sur des arguments faciles et développés. On dictera en latin l’argument des vers, et on l’accompagnera d’un grand choix de locutions […] » (
op. cit., p. 177). On trouvera de nombreux
exemples d’exercices ainsi pratiqués dans A. Collinot et F. Mazière (1987), par la présentation
d’extraits du traité du Père Jouvency, le
Ratio discendi et docendi, publié en 1692.
[19]
F. de Dainville (1978 b) signale cependant la querelle qui en 1737 opposa au Collège de
Guyenne un candidat à la chaire de mathématiques, évincé, à son rival, au motif que ce dernier
ne connaissait pas la langue latine, ce qui montre déjà que la tradition d’un enseignement des
mathématiques en français était largement établie dans l’ensemble de la France.
[20]
M.M. Compère
et alii (1992).
[21]
Voir M.M. Compère (1989), B. Colombat (1996).
[22]
On ne peut évidemment dissocier ce retour au latin d’un mouvement général de réaction
qui habite l’ensemble de la société française, qu’il s’agisse du politique comme du pédagogique : « On évoquera alors une société bourgeoise traumatisée par la Révolution, qui se raidit
dans une attitude conservatrice, qui s’obstine à constituer une dichotomie pédagogique opposant
radicalement primaire et secondaire, qui fait du latin le symbole de l’appartenance à la classe
bourgeoise, renforçant ainsi les pesanteurs anciennes, retardant les inéluctables modernisations
et grevant sérieusement l’avenir. » M.M. Compère et A. Chervel,
op. cit., p. 26.
[23]
Seconde lettre de M. l’évêque d’Orléans aux supérieurs et professeurs de ses petits sémi-naires sur la circulaire de M. le Ministre de l’Instruction publique relative à l’enseignement
secondaire (1873), cité par M. Jey (1998), p. 251.
[24]
On doit cependant mentionner l’exception célèbre d’Arthur Rimbaud composant des vers
latins pour ses camarades de classe au collège de Charleville. Le premier texte de Rimbaud
publié est d’ailleurs une composition latine, rédigée en novembre 1868, alors qu’il avait
quatorze ans. Elle le sera dans le n° 2 du
Moniteur de l’Enseignement secondaire, spécial et
classique, Bulletin officiel de l’Académie de Douai, janvier 1869.
[25]
Voir A. Chervel (1998).
[26]
On nuancera cependant un tel propos en notant que les auteurs français choisis le sont
encore parce qu’ils s’inscrivent dans une inspiration et une tradition d’écriture qui rappellent sur
bien des points les Anciens. Dans bien des cas ils sont plus considérés comme des traducteurs
de qualité exceptionnelle que comme d’authentiques créateurs.
[27]
Pour une brève présentation, voir E. Flammarion (1997).
[28]
Pour une présentation de ces travaux, voir S. Branca-Rosoff (1990) et H. Besse (1999).
[29]
Moment qui correspond, et ce n’est pas un hasard, à la pleine reconnaissance de la place
des langues modernes dans l’enseignement. Introduites à titre facultatif par une ordonnance de
1829, rendues obligatoires en 1838, mais occupant toujours une position marginale, les langues
étrangères durent à la défaite de 1870 la prise de conscience de l’intérêt que pouvait représenter
leur apprentissage.
[30]
Voir M. Jey, 1998, notamment la Deuxième partie.
[31]
Pour une analyse des origines de cette expression, voir J. Batany (1982).
[32]
R. Balibar (1985).
[33]
Au hasard de quelques lectures, nous pouvons relever les expressions suivantes (que nous
avons mis en italique) : « L’enseignement du français dans les collèges vise, en premier lieu, à
donner à tous les enfants et adolescents, selon leur degré de maturation, la capacité de communiquer et de s’exprimer avec aisance et clarté, oralement et par écrit, dans
la langue d’aujourd’hui. » (Circulaire n° 77-156 du 29 avril 1977). Dans les programmes et instructions de l’école
élémentaire de 1985, il est intéressant de relever la variété des dénominations retenues : « La
maîtrise de la langue française commande le succès à l’école élémentaire […]. Le français est,
dans la plupart des cas,
langue maternelle, une langue toutefois qui comporte des usages variant
par leur prononciation, leur vocabulaire et leur syntaxe. Tenant compte de cet acquis et des
apports de la maternelle, l’école élémentaire, grâce à un enseignement méthodique, conduit à la
maîtrise de la
langue commune, orale et écrite. Aux enfants pour qui le français n’est pas la
langue d’origine, l’école fournit un moyen d’intégration à la communauté française, ainsi
qu’une culture toujours ouverte à la diversité ». Dans les programmes des classes des collèges
de 1985, le libellé est le suivant : « L’enseignement du français a pour premier objectif de
rendre les élèves capables de s’exprimer avec correction et clarté dans la
langue d’aujourd’hui,
oralement et par écrit. » (Arrêté du 14 novembre 1985). Les nouveaux programmes du collège
(Arrêté du 22 novembre 1995 relatif aux programmes de la classe de sixième des collèges) soit
utilisent le terme de
français sans lui accoler un quelconque qualificatif, soit de
langue, le terme
de
discours fréquemment utilisé l’étant sans la référence à origine ou aire linguistique particulière. En revanche, l’expression de
français langue maternelle est utilisée dans le chapitre
Cas
du français langue seconde, qui oblige à définir cette situation du français qui n’est pas
langue
seconde. On relève la formulation suivante : « Contenus et méthodes s’inspirent des didactiques
du
français langue maternelle et
du français langue étrangère. ». Sans nous livrer ici à de trop
longues gloses, on peut au moins constater que l’enseignement primaire, parce qu’il prend l’enfant plus près de ses origines, est obligé de prendre un peu plus nettement position sur les fonctions et usages du français, sa place par rapport à l’enfant. L’enseignement secondaire situe le
français dans un périmètre disciplinaire plus fortement délimité et le traite donc plus comme
une discipline que comme une langue en usage dans une communauté humaine particulière.
[34]
Source : RERS, MEN, 2001.
[35]
On ne saurait négliger les publics d’élèves primo-arrivants, c’est-à-dire arrivant directement
de l’étranger et ne parlant pas le français, scolarisés dans les classes d’initiation pour l’enseignement élémentaire, dans les classes d’accueil pour l’enseignement secondaire. Toutefois, ils ne
constituent qu’un faible pourcentage de l’effectif scolarisé sur l’ensemble du territoire français.
[36]
Pour une histoire de cette réforme, voir J. Chobaux et M. Segré (1981)
[37]
Pour une vue d’ensemble sur les « crises du français », voir D. Savatovsky (2000).
[38]
Français qui, dans tous les cas, n’a rien de maternel, dans sa fonction identitaire la plus
forte, mais qui relève plus d’un français national qui transcende, sans la nier, la variété des
usages locaux et sociaux, langue de référence plus que langue des origines.