2002
revue de didactologie des langues-cultures
Le phonème français et le phonème vietnamien.
Comment faire acquérir à un locuteur de phonologie tonale la phonétique et la phonologie françaises
Xuyen Vu Xuan
Université de Paris VII
Ayant enseigné pendant huit ans le français à l’École Normale
Supérieure de Langues Étrangères de Hanoi, nous avons pu constater que les
étudiants vietnamiens éprouvent de grandes difficultés à maîtriser les sons du
français. Étant donné l’importance de la prononciation dès le début de l’apprentissage, nous avons effectué une étude comparative des deux systèmes
phonologiques du français et du vietnamien. Ce travail a permis d’analyser
les particularités phonologiques de la langue maternelle des apprenants, de
faire une typologie des fautes (priorité aux fautes qui nuisent à la compréhension), d’établir des niveaux de corrections et surtout de trouver des stratégies pédagogiques supprimant progressivement les habitudes auditives et
articulatoires de la langue maternelle et d’en établir de nouvelles.
1. SYSTÈME PHONOLOGIQUE DU VIETNAMIEN
Tableau des
consonnes :
Tableau des consonnes :
LIEU D’ARTICULATION
Bilabiales Labiodentales LabioPalatales Labiovélaires AlvéodentalesAlvéolaires Post-alvéolairesPalatalesVélairesGlottalMODE D’ARTICULATION
Orales Sourdes (p) t/th ʈ c k ʔ Explosives MomentanéesOcclusives
Sonores b d
Nasales Sonores m n ŋ
Constric- Sourdes f s ʂ x h Fricatives Continues
tives
Orales
Médianes v z ʐ Ɣ
Vibrante r Liquidessonores
Latérale l
Remarques :
- Toutes ces consonnes peuvent être en position initiale, sauf [p].
- Il n’y a que 6 consonnes finales : [p], [t], [k], [m], [n], [ŋ ].
Tableau des
voyelles
Tableau des voyelles
ANTÉRIEURES POSTÉRIEURES
Fermées i / ˘ (i, y) ɪɪɪ (u’) u / u˘ (u)
Mi-Fermées e / ě (ê) o / o˘ (ô)
Mi-Ouvertes ɛ / ɛ˘ (e, a) Ɣ / Ɣ˘ (o’, â) ɔ/ ɔ˘ (o)
Ouvertes a / a˘ (a, a˘)
Remarques :
- Les trois diphtongues sont : iʌ (ia, iê-), ɪɪɪ ʌ (ua, uo -), uʌ (ua, uô-)
- Il y a 2 semi-voyelles /w/ et /j/
2. QUELQUES CARACTÉRISTIQUES TYPOLOGIQUES DU
VIETNAMIEN
2.1. Morphème et syllabe
En vietnamien, à la différence du français, la syllabe se comporte
comme une unité de base, en ce sens qu’elle se confond dans la plupart
des cas avec le morphème. La syllabe est constituée d’un certain nombre
d’éléments, chacun appartenant à un paradigme autonome. La syllabe la
plus complète en vietnamien est composée des éléments suivants :
La syllabe (de la forme canonique) peut être représentée par le schéma :
Ton
Initiale Rime
Ci
Prétonale Tonale Finale
Cf ou i̯, u̯
2.2. Le système des tons
Les tons constituent avec les tonales (voyelles et diphtongues) l’élément
non seulement essentiel, mais aussi indispensable, central de la syllabe,
qui est aussi (rappelons-le encore une fois), un morphème.
La syllabe peut se passer de finales, de prétonales mais jamais de
tonales, ni de tons.
Il n’y a pas de syllabe sans ton.
Si nous prenons la région de Hanoi comme norme, les tons sont au
nombre de six. Ils sont ainsi décrits :
ma égal numéroté Ton 1 « fantôme »
ma` descendant numéroté Ton 2 « pronom relatif »
ma´ montant numéroté Ton 3 « maman », « joue »
ma’descendant montant numéroté Ton 4 « tombe »
ma˜ montant glottalisé numéroté Ton 5 « cheval »
ma tombant glottalisé numéroté Ton 6 « jeune pousse de riz »
Les syllabes dont la terminaison est une nasale, une continue, ou semi-voyelle admettent les six tons.
Les syllabes se terminant par une occlusive ne peuvent porter que les
tons 3 et 6.
Du point de vue linguistique, le ton est une marque phonologique différenciant des morphèmes de structure segmentale identique. Il remplit donc
une fonction distinctive.
Le ton est une unité discrète au même titre que le phonème, à la seule
différence qu’elle n’est pas isolable.
3. ÉTUDE COMPARATIVE DE DEUX SYSTÈMES PHONOLO-GIQUES EN FRANÇAIS ET EN VIETNAMIEN
3.1. Systèmes vocaliques du français et du vietnamien
3.1.1. Points communs
Dans les deux systèmes, on utilise les mêmes critères de classement :
le lieu d’articulation et le degré d’ouverture.
• Le lieu d’articulation : permet de distinguer les voyelles antérieures
des voyelles postérieures sur le plan articulatoire ou les voyelles aiguës
des voyelles graves sur le plan acoustique.
Selon ce critère, on distingue en français comme en vietnamien, cinq
séries de voyelles :
En français En vietnamien
Antérieure / i / : Paris [pari] / i / : i [ i¹] : aller
mi-antérieure / e / : été [ete] / e / : v ê [ve²] : rentrer
Médiane / ə / : petit [pəti] / a / : ba [ba¹] : papa
mi-postérieure / o / : mot [mo] / o / : mo t [mot⁶] : un
Postérieure / u / : loup [lu] / u / : tu’[tu⁴] : armoire
• Le degré d’ouverture : permet de distinguer les voyelles fermées des
voyelles ouvertes.
On a cinq séries de voyelles :
En français En vietnamien
Fermées / i /, / u / : vie [vi], roue [ru] / i /, / u / : tim [tim¹],
xu [su¹]
Mi-fermées / e /, / ø / : thé [te], bleu [blø] / iʌ /, / uʌ / : tiên
[tiʌ n¹], uôń g [uʌ ŋ ³]
Moyenne / ə / : degré [dəɡre] / Ɣ /, / Ɣ˘ / : mo’ [mƔ ¹],
mo’´i [mƔ˘i³]
Mi-ouvertes / ɛ /, / ɶ /: gai [ɡɛ], fleur [flɶr] / ɛ /, / ɛ˘ / : me. [mɛ⁶],
anh [ɛ˘ɲ ]
Ouvertes / ɑ /, / ɑ˜ / : patte [pɑt], an [ɑ˜] / ɑ / ɑ˘ / : ta´ [tɑ ⁴], tă.ng [tɑ˘ŋ ⁶]
• Points différents :
En français En vietnamien
1. Autres critères - la nasalisation - la stabilité du timbre
de classement - la labialisation - la durée des voyelles
2. Plan distributionnel - toutes les positions : - deux positions : interinitiale, interconsonantique, consonantique et finale.
finale. Jamais en position initiale.
- peuvent apparaître en - inexistantes
contiguïté, ex : « aéroport »
3. Début vocalique - doux et constant durant - commence toujours par
toute la réalisation une attaque brusque dite
« coup de glotte » ou
occlusion glottale, notée [ʔ]
4. Voyelles composées - / y /, / ø /, / ɶ / - inexistantes
5. Voyelles nasales - / ɔ˜ /, / ɶ˜ /, / ɛ˜ /, / ɑ˜ / - inexistantes
6. Diphtongues - inexistantes - / iʌ /, / ɪɪɪʌ /, / uʌ /
7. Semi-voyelles - / j /, / w /, / ɥ / - / w / et / j / (en position
(ou semi-consonnes) finale)
- / ɥ / inconnu
4. SYSTÈME CONSONANTIQUE DU FRANÇAIS ET DU VIET-NAMIEN
4.1. Points communs
En observant les deux tableaux consonantiques, on constate qu’ils ont
les mêmes critères de classement :
Critères En français En vietnamien
1. Le mode d’articulation :
Les occlusives (= explosives =
momentanées) caractérisées
par une fermeture totale :
s’opposent aux constrictives /p/, /t/, /k/, /p/, /t/,
(= fricatives = continues) pour /b/, /d/, /ɡ / /b/, /d/
lesquelles le chenal buccal est >< ><
resserré : /f/, /s/, /ʃ/, /f/, /s/
/v/, /z/, /ʒ/ /v/, /z/
2. Le lieu d’articulation
Les bilabiales, les labiodentales /p/, /b/, /m/, /f/ et /v/ /p/, /b/, /m/, /f/ et /v/
Les alvéolaires, /t/, /d/, /n/, /s/ et /z/ /t/, /d/, /n/, /s/ et /z/
Les post-alvéolaires, /ʃ/, /ʒ/, /ŋ /, /k/, /ɡ / /ʂ/, /ʐ/, /ŋ /, /k/, /Ɣ /
les palatales, les vélaires
3. La nasalité
Selon que le voile du palais
est relevé ou non, on oppose /b/, /d/, /ɡ / >< /m/, /b/, /d/ >< /m/, /n/
les orales aux nasales : /n/, /ŋ /
4. La sonorité
Selon que le cordes vocales /b/, /d/, /v/, /z/, /ɡ / /b/, /d/, /v/, /z/, /Ɣ /
vibrent ou non, on distingue : >< ><
- les sonores (= voisées) /p/, /t/, /f/, /s/, /k/ /p/, /t/, /f/, /s/, /x/
- des sourdes (= non-voisées)
4.2. Points différents
En français En vietnamien
1. Nombre - 17 - 23
2. Plan distributionnel - Toutes positions : - Initiale, sauf /p/
initiale, intervocalique, - Seulement 6 en position
finale finale : /p/, /t/, /k/, /m/,
/n/, /ŋ /
3. Mode articulatoire Les consonnes finales - Toujours implosives
présentent toujours 2 phases :
Explosion et implosion.
Elles sont caractérisées par
une détente vers la fin de
leur réalisation.
4. Consonnes occlusives - /p/, /t/, /k/ Quatre de plus :
sourdes - /t / : alvéodentale
- /ʈ/ : post-alvéolaire
- /c/ : palatale
- /ʔ/ : glottale
5. Consonne fricative - Inexistante - /h/
glottale
6. Groupes consonan- [pr], [br], [pl], [pr], - Inexistants
tiques [str], etc.
7. Consonnes géminées
(ou consonnes doubles) - honnêteté [ɔnɛtte] - Inexistantes
5. ANALYSE DES FAUTES DE PRONONCIATION ET APPLI-CATIONS PÉDAGOGIQUES
5.1. Les fautes concernant les voyelles françaises
Les voyelles nasales [ɑ˜], [o˜], [ɛ˜] : Inconnues en vietnamien, ces
voyelles ont été prononcées de deux manières suivantes :
- dénasalisation des [ɑ˜], [o˜], [ɛ˜], en se basant sur les voyelles orales
correspondantes en vietnamien [a], [o], [ɛ]
- ajout d’un [ŋ ] aux voyelles :
- Comme dans :
- traˇng [ʈɑ˘ŋ ] : la lune
- anh [ɛ˘ɲ ] : tu, vous
- Đ ông [doŋ ] : prénom
ainsi, ils prononcent :
- divan [divɑ˘ŋ ] pour [divɑ˜]
- sapin [sapɛ˘ɲ ] pour [sapɛ˜]
- bonbon [boŋboŋ ] pour [bɔ˜bɔ˜]
Cette façon d’articuler les voyelles nasales à la vietnamienne est plus
fréquente que la dénasalisation. On rencontre souvent des fautes :
[bɔ˜ŋ ] [bɔ˜] et [bɔn]
[vjɛ˜ŋ ] pour [vjɛ˜] et [vjɛn]
[peizɑ˜ŋ ] [peizɑ˜] et [peizan]
La non-distinction entre (VN) et (V + CN) tient au fait que les apprenants ne font pas la différence morphologique entre : bon et bonne, vient
et viennent, paysan et paysanne.
Les syllabes anh, a˘ ng sont prononcées avec un rapprochement perceptible des mâchoires. La correction se fait aisément en demandant à l’apprenant de conserver un écartement des mâchoires correspondant à [ɛ] et
de prononcer anh sans les rapprocher. Le [ɛ˜] est obtenu de façon spontanée. Il en est de même pour [ɑ˜].
La syllabe ông est labialisée (arrondissement et jointure des lèvres). Il
suffit alors, pour obtenir un [ɔ˜] nasal français, de demander à l’apprenant
d’arrondir constamment les lèvres et de prononcer ông.
À part ces erreurs, il y a une confusion de timbre des voyelles :
[ɔ˜] et [ɑ˜] : ombre/ambre, dont/dans, qu’on/quand
[ɑ˜] et [ɛ˜] : emporter/importer, centrer/cintrer, antérieure/intérieure
Les labiales
En français, seules les [i, ɛ, ɛ˜, e] sont des voyelles écartées (non-arron-dies). Toutes les autres sont plus ou moins arrondies ou non-écartées.
En revanche, en vietnamien, parmi les seize voyelles, il y a seulement
trois voyelles arrondies.
Cette faible proportion des arrondies par rapport au français va poser
des problèmes sur le plan pédagogique :
- La voyelle [y] n’existe pas en vietnamien. Les apprenants vietnamiens prononcent cette voyelle en l’identifiant à [u].
Ex. : [sukr] pour [sykr] « sucre »
Ils n’arrivent pas à distinguer les voyelles [y] et [u] sur le plan articulatoire (antérieure/postérieure) et sur le plan acoustique (grave/aiguë). En
fait, ils accordent beaucoup plus attention à la labialisation qu’à la différence de point d’articulation : [y] est antérieure, donc, aiguë, alors que [u]
est postérieure, et donc, grave.
Il est fréquent aussi qu’ils prononcent le [y] en se basant sur le [wi]
existant dans leur langue maternelle : Ex : « tuy » [twi ¹ ] pour « tu » [ty]
Pour corriger ces fautes de prononciation défectueuses, il est important
de sensibiliser les apprenants au trait aigu de [y], de mettre l’accent sur
le trait d’acuité manquant dans leur prononciation, de chercher l’entourage
consonantique favorisant la perception de [y] : [t], [s], [ʃ], [d]…
- Les voyelles [ø] et [ɶ ]
Ces voyelles composées antérieures, arrondies sont des sons nouveaux
à acquérir.
Au début de l’apprentissage, les apprenants vietnamiens confondent [ø]
et [o]. Cette confusion se justifie par le fait qu’ils ne sont pas sensibles
au trait d’acuité (au trait aigu) de [ø], voyelle antérieure, arrondie par
rapport à [o] postérieure, arrondie et grave. Pour parvenir à la réalisation
de [ø], il faut renforcer le trait d’acuité de [ɶ ], le trait de labialité.
Comme [ø] et [ɶ ] n’existent pas en vietnamien, ces voyelles sont identifiées à la voyelle postérieure et écartée [ə] du vietnamien, comme : bleu
[blə] pour [blø] ; beurre [bərə] pour [bɶr].
Pour améliorer la prononciation de [ɶ ] et [ø], l’enseignant doit envisager
des exercices opposant [ø]/[ɶ ] comme : peu/peur, queue/cœur, ceux/sœur et
à la suite chercher des phrases simples où elles sont mieux perçues :
[ø] : C’est pour nous deux ?
Le ciel est bleu !
[ɶ ] : Qui a peur ?
Quel est le meilleur ?
[ø] et [ɶ ] : Voilà les deux joueurs !
C’est vers deux heures…
5.2. Les fautes concernant les consonnes françaises
La consonne [p] : [p] → [b]
[p] et [b] en français sont des consonnes occlusives, bilabiales mais
elles se distinguent l’une de l’autre par le trait de voisement : [p] est
sourde, [b] est sonore.
En français, elles se trouvent dans toutes les positions : initiale, intervocalique et finale.
Par contre, en vietnamien, il n’y a qu’une occlusive [b] apparaissant en
distribution complémentaire. En fonction du contexte, elle recouvre deux
allophones : [b] sonore en initiale, [p] sourde en finale. Ni l’une ni l’autre
ne peuvent être en position intervocalique.
Ainsi, on constate des fautes de prononciation dans :
- peuple [bøblə] pour [pøpl]
- pas [bɑ ] pour [pɑ ]
En analysant ces erreurs : distribution inexistante dans la langue maternelle, manque de tension, l’enseignant pourrait envisager des exercices
comme :
Série 1 :
pont [pɔ˜] / bon [bɔ˜], pas [pɑ ] / bas [bɑ ], pois [pwa] / bois
[bwa], pain [pɛ˜] / bain [bɛ˜]
Série 2 :
Cas 1 : [-V]
- Pas encore !
- Peut-être !
- Ce n’est pas possible !
Cas 2 : [V-V]
- Impossible !
- C’est impossible !
- Indispensable !
- C’est indispensable !
La consonne [ɡ ] : [ɡ ] → [Ɣ ]
On entend souvent les Vietnamiens prononcent :
[Ɣato] pour [ɡato] gâteau
[baƔ ] pour [baɡ ] bague
Il est à noter que le [ɡ ] en français et le [Ɣ ] en vietnamien se distinguent par le mode d’articulation : [ɡ ] est une occlusive, [Ɣ ] est une
constrictive qui s’écrit avec la lettre g devant les médianes et les postérieures : a, a˘, o’, â, u’, o, ô, u, uô, uo’et avec gh devant les antérieures :
e, ê, i, iê.
Comme nous le savons, une occlusive est plus tendue que la constrictive correspondante parce qu’il faut beaucoup de force pour pouvoir maintenir une fermeture complète contre la pression d’air expiré.
Pour corriger ces erreurs de prononciation, il faut absolument renforcer
le trait de tension.
Nous avons utilisé la méthode dite « prononciation déformée » en
remplaçant le [g] par une consonne voisine plus tendue, le [k] par
exemple.
Ainsi, l’enseignant peut envisager des séries d’exercices :
- série 1 : [bak] → [baɡ ], [vak] → [vaɡ ],
- série 2 : quai/gai, coût/goût, quand/gant
Les consonnes [ʃ] et [ʒ] : [ʃ] → [s], [ʒ] → [z]
[ʃ] et [ʒ] sont fricatives, palatales mais [ʃ] est sourde et [ʒ] est sonore.
Elles s’opposent à [s] et [z] qui sont toutes les deux dentales.
Comme [ʃ] et [ʒ] n’existent pas en vietnamien, les apprenants vietnamiens les identifient soit aux [s] et [z], soit aux [ʂ] et [ʐ].
Au début de l’apprentissage, ils prononcent [ʂ] et [ʐ] à la place de [ʃ]
et [ʒ]. Ce qui reste acceptable car cela ne gêne pas l’interprétation.
Ex. : [ʂɑ˜paɲ ] pour [ʃɑ˜paɲ ] champagne
[ʐɑ˜tij] pour [ʒɑ˜tij] gentil
Si [ʃ] et [ʒ] sont réalisés comme [s] et [z], ces fautes de prononciation
sont graves et inacceptables car cela entraîne une modification sémantique.
Ex. : - chaud/sot [so], les gens / les ans [lezɑ˜]
Les consonne finales
Les 6 consonnes finales (seulement les momentanées) : p, t, k, m, n, ŋ
sont toujours implosives ( prononcées d’une manière très brève, n’ayant
pas d’explosion en fin de syllabe, les muscles articulatoires restent
toujours très tendus pendant la phase d’implosion). Par conséquent, les
apprenants vietnamiens ont beaucoup du mal à réaliser correctement les
consonnes françaises inexistantes dans leur langue maternelle.
Les erreurs les plus connues sont :
- La chute des consonnes finales
- [frɑ˜] pour [frɑ˜s] « France »
- [ta] pour [tar] « tard »
- [ru] pour [ruʒ] « rouge »
- Les groupes consonantiquesLa confusion avec un son voisin :
- [canip] pour [canif] « canif »
- [sit] pour [sis] « six »
- [man] pour [mal] « mal »
- [etyt] pour [etyd] « étude »
Contrairement aux consonnes françaises, les consonnes finales vietnamiennes ne connaissent pas la phase d’explosion. Par leurs habitudes
d’audition et de compréhension, les apprenants vietnamiens n’arrivent pas
à identifier les traits distinctifs des consonnes françaises. Ils n’ont perçu
que ce qui était pertinent dans leur langue maternelle. D’où la reproduction incorrecte des consonnes françaises en finale.
Pour corriger ces fautes de prononciation, l’enseignant doit veiller à ce
que les finales soient explosives. Il doit avant tout :
- prononcer nettement et clairement les finales pour que les élèves puissent bien les entendre et les répéter correctement,
- ajouter, si nécessaire, un schwa [ə] à la consonne finale pour provoquer
une détente en fin de syllabe et le supprimer progressivement quand la
finale est correctement reproduite :
- France : [frɑ˜sə] → [frɑ˜sə ] → [frɑ˜s]
Les groupes consonantiques
En français, beaucoup de consonnes peuvent se combiner avec [r] ou
[l] pour former des groupes primaires et secondaires. Face à ces groupes
inexistants dans leur langue maternelle, les apprenants vietnamiens ajoutent des voyelles d’appui :
[i] pour des consonnes précédées de [s] :
Ex. : [sipɔ] pour [spɔr] « sport »
[ə] pour des groupes : bl, gr, cr, pl, pr…. :
Ex. : [pəri] pour [pri] « prix »
[kərɛ] pour [krɛ] « craie »
L’enseignant procède à l’enlèvement de la voyelle ajoutée en diminuant
peu à peu son aperture : [pəri] → [peri] → [piri] → [pi ri] → [pri]. On
passe donc de la voyelle ouverte à la voyelle la plus fermée : ə → e →
i →i → ø (phonème zéro).
Les semi-voyelles (ou semi-consonnes)
Les trois semi-voyelles du français [j], [w], [ɥ ] peuvent se combiner
avec toutes les voyelles. Les oppositions entre ces trois semi-voyelles
rejoignent celles entre les voyelles correspondantes [i], [y], [u].
En vietnamien, il n’y en a que deux : le [j] et le [w]. Le [ɥ ] n’existe pas.
Le [j], toujours en position finale, s’associe avec les voyelles et les
diphtongues postérieures, le [w] avec les voyelles et les diphtongues antérieures.
Fautes fréquentes :
Le [j] :
- [metie] pour [metje] « métier »
- ˘[sɔlƔ˘j] pour [sɔlɛj] « soleil »
- [bie] pour [bijɛ] « billet »
- ˘[ilvien] pour [ilvjɛn] « ils viennent »
Le [w] :
- [lwɛ˘ɲ ] ou [lwa˜ŋ ] pour [lwɛ˜] « loin »
Le [ɥ ] :
- [tektwɛn] pour [tɛkstɥɛl] « textuel »
- [kwi] pour [kɥiʀ ] « cuir »
Les semi-voyelles ont été identifiées, perçues comme des voyelles ou
diphtongues (voyelles complexes dont le timbre se modifie au cours de
son émission) existantes en vietnamien.
Plutôt que [kɥiʀ ], les élèves prononcent [kwi], c’est-à-dire [wi] à la
place de [ɥi], de plus, le [ʀ ] est tombé car il n’est jamais en position
finale dans leur langue maternelle. L’enseignant doit donc sensibiliser les
élèves à la différence entre la stabilité du timbre fondamental de la
voyelle-noyau de la syllabe du français et le changement de timbre de la
voyelle dominante de la syllabe du vietnamien. Dans [kwi], le /i/ est une
tonale donc c’est bien le /i/ qui domine la syllabe et non la prétonale [w].
Dans [kɥiʀ ], la syllabe est composée de quatre phonèmes et c’est [ɥi] qui
est bien le noyau de la syllabe. L’enseignant peut faire prolonger la
voyelle [ɥi] dans « le cuir » :
[ɥi-ɥi-ɥi-ʀ ] → [k-ɥi-ɥi–ɥi-ʀ ] → [lə-k-ɥi-ɥi–ɥi-ʀ ] → [ləkɥiʀ ]
On peut aussi utiliser une autre méthode, car il ne s’agit pas seulement
de la longueur de la voyelle, mais aussi du /ʀ / final :
[kɥiʀa] → [kɥiʀɛ] → [kɥiʀe] → [kɥiʀi] → [kɥiʀi ] → [kɥiʀ ]
D’autres cas :
Par les habitudes articulatoires et auditives de leur système phonologique, les apprenants vietnamiens ont tendance à prononcer les consonnes
finales françaises en se basant sur les consonnes finales vietnamiennes :
- /b/ → /p/ : [dubl] double → [dup³] đúp
- /d/ → /t/ : [mod] mode → [mot³] môt´
- /s/ → /t/ : [vis] vis → [vit³] vit´
- /v/ → /u/ : [ɔliv] olive → [o¹liu̯¹] ô-liu
- le /ʀ / est réalisé comme [z] ou n’est pas réalisé :
- /ʀ / → /z/ : virage [viʀaʒ] → [vizaʒə], marié [maʀje] → [mazie]
˘/ʀ / → /ø/ : rare [ʀaʀ ] → [ʀa], tiroir [tiʀwaʀ ] → [tiʀwa], aurore [oʀɔʀ ]
→ [oʀɔ]
- les mots français sont « tonalisés » à la vietnamienne :
- les syllabes ouvertes portent le ton égal : colis [kɔli] → [ko¹li¹], cô-li
le ton descendant : café [cafe] → [ka²fe¹] cà-phê
ou le ton montant : kilo [kilo] → [ki³lo¹] ki´-lô.
- les syllabes fermées se terminant par les occlusives [p], [t], [k]
portent le ton montant ou le ton tombant glottalisé :
- pourboire [puʀbwaʀ ] → [puʌk³bwa¹] puôć-boa, [puʌk⁶bwa¹] puô.c-boa
ou [buʌk³bwa¹] buôć-boa, [buʌk⁶bwa¹] buô.c-boa.
Nous avons constaté beaucoup de fautes de prononciation dans les
groupes de consonnes comme : tr ( position finale), ks, ps, kl, sk, gr…,
dans le [ə] (à l’intérieur d’un mot ou d’un groupe phonétique et dans une
syllabe initiale commençant une phrase, un groupe rythmique) qui sont
assez difficiles pour les apprenants vietnamiens. Ces problèmes méritent
une étude à part. C’est pourquoi, ils n’ont pas été abordés ici.
Pour conclure, une correction efficace nécessite certains éléments théoriques indispensables : le recours à la prosodie, à la prononciation
« déformée », à la tension, à la phonétique combinatoire et aux exercices
d’oppositions fonctionnelles. Elle doit être graduelle, soutenue, même s’il
est difficile d’obtenir la perfection en peu de temps. Il ne saurait y avoir
de miracle.
Il n’y a pas de remède unique, universel. Chaque sujet a ses défaut,
chaque défaut, des causes. Les atouts de la réussite : Pédagogie – Création
– Patience.
·
BOULAKIA, G. & TRAN, T.H. 1983. Questions, tones and intonation in
Vietnamese (Hanoi), 10e Congrès International des Sciences Phonétiques
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CADIERE, L. 1902. Phonétique annamite (dialecte du Haut Annam), Paris,
Imprimerie nationale, (Publication de l’École française d’Extrême-Orient 3).
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CARTON, F. 1974. Introduction à la phonétique du français, Paris, Bordas.
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GRAMMONT, M. 1963. Traité de Phonétique, Paris, Delagrave.
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