2002
revue de didactologie des langues-cultures
Voie royale et chemins de traverse
Robert Galisson
Université de la Sorbonne Nouvelle (Paris 3)
Après avoir prié certains Collègues de réduire leur texte, je me suis
trouvé dans la même situation qu’eux. Responsable de l’ouvrage et auteur de
l’article de clôture, je ne pouvais que limiter ma prestation à l’espace restant et
ne conserver qu’une infime partie d’un texte devenu fleuve. L’élagage fut douloureux. Par ailleurs, alors que dans mon activité de recherche et d’écriture,
j’essaie de montrer que la forme est bien du fond qui remonte à la surface (cf.
V. Hugo), je ne pouvais pas livrer ma vie... sans y mettre des formes. C’est
pourquoi je teste ici une approche dictionnairique de l’essai autobiographique.
Comme le titre de l’ouvrage emprunte au patrimoine littéraire et
convoque Montesquieu, j’ai d’abord songé à la
Lettre comme genre de truchement, pour alléger, distancier mes « propos de vie » et accompagner (?!)
l’auteur des
Lettres persanes sur son terrain
[1]. Mais je me suis ravisé quand
j’ai pris conscience que ce clin d’œil à l’histoire m’attirait dans l’ombre
portée d’un modèle trop écrasant pour le comparse que je suis, et m’entraînait vers une impasse. En effet, dans une civilisation comme la nôtre, vouée
à la technologie, à la vitesse, au prêt-à-écrire, la lettre n’est plus ce qu’elle
était au XVIII e siècle. Elle a perdu tout son lustre social. Le courrier électronique a broyé l’écriture épistolaire. Les gens veulent et croient communiquer, mais n’ont plus grand-chose de personnel à échanger, ou plus assez de
temps pour le faire.
Ce constat de triste évidence m’a conduit à opter pour un genre qui plaît
aujourd’hui et convient mieux aux zappeurs que, bon gré mal gré, nous
sommes devenus. Je veux parler du dictionnaire qui, sans transition, permet de
sauter d’un article à un autre. C’est un outil de consultation souple, qui n’a pas
que des avantages, mais facilite les arrêts, les retours en arrière électifs, les itinéraires croisés ou en lacets, et dont le balisage serré évite au lecteur averti de
gaspiller son temps à la recherche d’informations oubliées ou perdues.
L’élection d’un mode d’approche autobiographique qui fragmente la
matière du récit en ce que j’appelle « séquences », trouve sa raison d’être
dans ce qui le distingue de la classique « tranche de vie ». Les différences se
situent dans la présentation, la sélection de cette matière, ainsi que dans la
durée historique de la narration.
La « tranche de vie » met l’accent sur le suivi, l’unité, la coordination
factuelle et évènementielle, donc sur le fondu, le lissé du traitement de l’information. Elle ne couvre du narrateur qu’une partie de son vécu, arbitrairement disjointe du reste et s’inscrit, d’ordinaire, dans une durée délimitée,
parfois brève. Les « séquences de vie », au contraire, jouent sur la rupture,
la mise en relief de constituants sélectionnés parmi beaucoup d’autres, pour
marquer des étapes, donner du rythme, scander un processus qui s’inscrit
dans la durée longue, potentiellement ouverte, si la clôture n’en est pas
annoncée. Alors l’histoire continue, sans témoin ni narrateur, mais rien
n’empêche celui-ci d’en reprendre le cours…
2.1. Micro-dico-chrono-perso
L’objectif était donc de repérer les moments, les lieux, les faits, les évènements
et plus tard les publications qui ont jalonné mon parcours d’existence. Puis de retenir les plus importants dans la perspective choisie, c’est-à-dire ceux qui semblent
avoir orienté ou marqué ce cheminement, pour donner naissance au didactologuelexiculturologue que je crois être devenu.
Cette matière de vie séquentialisée autour d’articles hétérogènes (moments,
lieux, événements, publications,…) pose le problème du type de dictionnaire susceptible de s’adapter à cette hétérogénéité. En lexicographie, la disparité des
articles n’est pas un vice rédhibitoire dans la mesure où la plupart des dictionnaires
dits encyclopédiques
[2] ne sont pas rédigés par des dictionnaristes professionnels,
comme les dictionnaires de langue, mais par des dictionnaristes occasionnels, qui
s’en accommodent d’autant mieux que bien souvent les articles en question sont
signés par des auteurs différents (lorsque la taille et l’ambition de l’outil exigent la
collaboration de tout un aréopage d’experts de la spécialité par exemple).
Ne constituant pas un objet éditorial à lui seul, mais un simple article de revue
parmi une dizaine d’autres, l’outil en question doit se plier à des contraintes spatiales qui l’obligent à la miniaturisation (ce qui justifie « micro »). Compte tenu de
l’élasticité du type, la seule séquentialisation de la matière autorise qu’il prenne le
nom de dictionnaire (ce qui explique « dico »). Étant donné que l’ordre chronologique permet de repérer aisément les étapes d’une existence et les articles qui la
balisent, on le préfèrera à l’ordre alphabétique (ce qui motive « chrono »). Et
comme son but affiché est de couvrir le parcours de vie d’un individu, il sera qualifié de personnel (ce qui légitime « perso »). D’où l’appellation : • compactée de
« micro-dico-chrono-perso »; • ou développée de « micro dictionnaire chronologique personnel ».
2.2. Macro- et microstructure
Bien que micro, ce dictionnaire n’échappe pas à la structuration classique du
genre, déclinable en macro- et… microstructure.
En vue d’attribuer à la macrostructure – ou nomenclature ordonnée de l’ouvrage –
un maximum de lisibilité, j’ai voulu que cet ensemble de formes répertoriées et classées, qui ouvrent sur les articles, en organisent la visite et en règlent, pour partie, le
contenu, bénéficient d’un étiquetage suffisamment clair pour faciliter la tâche du lecteur. C’est ainsi que le choix d’employer et de distinguer vedette, adresse et sousadresses (ou adresses emboîtées) au détriment d’entrée (que de nombreux lexicographes utilisent comme générique) a permis le déclassement d’entrée tout court et la
promotion d’entréelibre (!) comme marque graphique en charge de focaliser l’attention
du lecteur sur certains points précis du discours (à partir du soulignage, du changement
de caractères, de la majuscule à l’initiale, des parenthèses, des guillemets, etc.). La
vedette et les adresses deviennent alors les seuls signes (mots, groupes de mots, titres de
publications) sous lesquels sont classées des informations de niveaux distincts. La première, en tout début d’article et gros caractères, est la plus importante puisqu’elle chapeaute la totalité de l’article. La (ou les) secondes n’en couvrent qu’une partie.
La microstructure est l’agencement du texte de tous les articles selon une matrice
qui leur est propre et confère à chaque type de dictionnaire une large part de sa spécificité. La matrice du micro-dico implique le récit (le je narratif) et le commentaire (le
je explicatif), comme celle du dictionnaire de langue implique la définition et la citation, ou l’exemple. Les deux types de texte sont présentés de manière distincte : le
récit en caractères penchés, le commentaire en caractères droits. Mais lors du passage
de A. La Formation à B. La Production (v. en 2.3. L’organigramme…), la matrice se
modifie, tout en conservant sa fonction. Les faits et les évènements de vie sont alors
remplacés par les publications, ce qui entraîne la transformation du récit autobiographique en rappel d’informations bibliographiques (références du texte, éventuellement résumé, ou citations brèves). Le commentaire évolue aussi, mais plus en terme
de quantité que de qualité. Derrière le sigle C.Q.J.C. (ce que je crois), emprunté au
célèbre C.Q.F.D. (ce qu’il fallait démontrer), l’auteur explique cursivement en quoi le
travail autour du texte l’a éclairé : sur lui-même, sur le monde, ou sur le microcosme
qu’il étudie. En A. comme en B., le commentaire a pour objet de justifier le choix de
l’événement ou de la publication comme étape d’un cheminement existentiel.
2.3. Organigramme global allégé
[3]
A. LA FORMATION (le factuel et l’évènementiel)
1. L’ENFANCE
- LE NOMADISME :
- • la roulotte : [un départ raté].
- L’ÉCOLE PRIVÉE :
- • la sédentarisation : [un rattrapage forcé].
2. L’ADOLESCENCE ET LA JEUNESSE
- LES PENSIONS PUBLIQUES :
- le Cours Complémentaire (Segré) : [une autodidaxie infligée].
- l’École Normale d’Instituteurs (Angers) : [un choc du public et du
privé : intégrisme laïque/intégrisme religieux; un coup de couteau…
significatif !].
3. L’ÂGE ADULTE
- L’ENSEIGNEMENT ET LES ÉTUDES EN PARALLÈLE (1953-57) :
- l’enseignant :
- instituteur spécialisé – enfance inadaptée – (Hôpital psychiatrique de
Ste-Gemmes-s/Loire) : [des joies et des peines ; comment tenir dans le
long terme ?].
- P.E.G.C. lettres en Collège Technique (Paris).
- les études : [issues de secours, voies de transit, ou impasses ?] :
- Centre National de Pédagogie Spéciale (Beaumont-s/oise);
- École Normale Nationale d’Apprentissage (Paris).
- LE SERVICE MILITAIRE (1958-61) :
- Reims : [un sursitaire mal dans sa peau : après la pension, la caserne].
- St-Maixent : [un E.O.R. en déficit de formation politique].
- St-Cyr – Coëtquidan : [un instructeur d’histoire militaire (!) confronté à
la pédagogie du garde-à-vous dans les très grands groupes].
- L’Algérie :
- Baba-Ali (Kabylie) [un village en altitude, au-dessus des gorges de
Palestro] ; [un officier de réserve, chef de poste isolé et responsable
d’une petite école, fait connaissance avec une guerre qui cache son
nom et travaille sa conscience d’appelé du contingent; simultanément,
il découvre la fascinante capacité des petits berbères à maîtriser le
français et s’ouvrir aux connaissances du monde] ;
- Hôpitaux de Tizi-Ouzou, d’El Biar et… du Val-de-Grâce : [une blessure met brutalement fin à cette double expérience contrastée, anticipe
son retour en France, et prolonge son service militaire !] ; [ce séjour
hâtera sa trop lente politisation, le mettra en contact avec le français à
l’étranger, qui entraînera une nouvelle orientation de ses études et de
sa vie professionnelle].
- LES HAUTS LIEUX DE FLE : [un pèlerinage aux sources] :
- l’enseignant/étudiant (1961-64) :
- PEGC à l’Institut d’Arsonval (Paris) ;
- étudiant à l’ESPPPFE
[4] (Sorbonne) : [haut lieu « historique » de formation des enseignants de français pour l’étranger] ;
- le chargé de recherche au BELC (1964-68) : [haut lieu de la méthodologie du FLE, avec le CRÉDIF son concurrent de toujours ; les relations
entre les deux organismes sont parfois vives et tendues, mais stimulantes] ;
- l’enseignant-chercheur :
- assistant à la Faculté des Lettres de Besançon (1968-69) : [premières
relations avec le CLAB];
- maître-assistant à l’IPFE
[5] (1969) : [la boucle est bouclée, l’horizon
s’éclaire].
B. LA PRODUCTION (les publications, de 1964 à 2002)
[6]
– Inventaire thématique et syntagmatique du Français fondamental (1965).
– L’enseignement du vocabulaire de base en Français langue étrangère
(1966). – Essais méthodologiques pour l’étude des vocabulaires (1976). –
« … SOS Didactique des langues étrangères en danger… intendance ne suit
plus… » (1977). – La suggestion dans l’enseignement — histoire et enjeu
d’une pratique tabou (1983). – « Didactologie : de l’éducation aux languescultures à l’éducation par les langues-cultures » (2001).
3. LAMBEAUX DE DICO ET BRIBES DE VIE
N.B. : Pour les besoins de la cause (économiser l’espace), ne figurent ici que des
extraits diagonaux, c’est-à-dire empruntés à plusieurs articles et juxtaposés. Ils se
rapportent, en priorité, à l’enfance et l’adolescence du sujet, donc aux origines de sa
vie, aux racines les plus lointaines, les plus mystérieuses et peut-être les plus décisives de son devenir. Seul le dernier extrait rencontre l’adulte, au moment où il
trouve son cap et où la part de son histoire liée à la discipline peut commencer.
Le récit est assez largement sacrifié au commentaire, pour échapper aux pièges
du détail, panoramiser davantage et approcher une cohérence provisoire. Je rappelle
que le récit est présenté en caractères penchés et le commentaire en caractères
droits, sans autres marques distinctives.
Les quelques extraits d’articles terminaux choisis pour l’exemple autour des
publications ont été privés de résumés et réduits à leur plus simple expression.
A. LA FORMATION
– LE NOMADISME :
• la roulotte : • un départ raté.
Je n’ai appris à lire qu’à huit ans.
La cause apparente de ce handicap initial tenait au métier de mon père. Il était
alors cylindreur : une sorte de cantonnier mécanisé, itinérant, chargé de l’entretien
des routes dans le bocage vendéen. Nous vivions dans une roulotte, tractée par un
cylindre. Cet espace mobile, étroit, sans confort, était si mal adapté à la scolarisation des enfants qu’à ma naissance mon frère avait dû émigrer chez une grand-mère, pour fréquenter régulièrement l’école et céder la place au dernier arrivant.
Comme le cylindre (à vapeur) ne dépassait pas 4 km/h, nous nous déplacions
souvent pour suivre, au plus près, les chantiers ambulants de mon père. C’est ainsi
que les places de village et les champs de foire de cette région d’élevage ont été les
lieux de villégiature de mon enfance errante.
À n’importe quel moment de l’année scolaire, lorsqu’il nous arrivait de rester
plus de quinze jours au même endroit, ma mère faisait l’héroïque effort de me
conduire à l’école communale et de solliciter mon inscription auprès de l’instituteur. L’accueil était généralement réservé, teinté de reproche, parfois glacial
[7].
Surtout dans les écoles à classe unique, fréquentes dans le bocage, où les effectifs
du public étaient très inférieurs à ceux du privé
[8]. Un maître orchestrait seul le
fonctionnement de toutes les sections, du cours préparatoire au certificat d’études,
et imposait sa pratique tournante à une population, parfois pléthorique, d’élèves
âgés de 6 à 14 ans
[9]. Le scénario était à peu près toujours le même. On me donnait
un livre, une ardoise et on ne s’occupait plus de moi. Objet de curiosité et d’animosité latentes, la crainte d’être interrogé et ridiculisé par mon ignorance me tétanisait. Les récréations, les sorties de classe me livraient aux sarcasmes des enfants
normaux, qui me traitaient de tous les noms des gens du voyage : nomade, bohémien, romanichel, voleur de poules,… Parfois, l’affaire tournait mal. Un jour, on
me retrouva sous le préau, choqué, le visage en sang. Pendant que le maître préparait son tableau du lendemain, les grands avaient formé un cercle autour de moi et,
avec leurs bras croisés, me poussaient, me bousculaient et scandaient « no-made
de-hors, no-made de-hors », puis s’écartaient soudain pour me faire mordre la
poussière. Le jeu cessa et les coupables déguerpirent lorsque mon nez vint s’écraser sur… un pot de fleurs !
Ce fut un drame dans la roulotte, et l’un de mes derniers souvenirs d’école avant
la guerre, la mobilisation de mon père, et notre départ précipité chez ma grand-mère maternelle, en Anjou. Les difficultés pécuniaires commençaient pour ma
mère, mais j’allais trouver un environnement plus approprié aux enfants de mon
âge, et apprendre à lire au milieu de garçons bien plus jeunes et… plus petits que
moi. Autre problème. Une page était tournée, mais l’histoire continuait.
Ce retard et ses origines (premiers contacts erratiques et douloureux avec
l’école) ont constitué un handicap (cognitif ? psychologique ?) dont, aujourd’hui encore, j’essaie d’évaluer les conséquences.
En réalité, c’est moins du métier de mon père (sa catégorie sociale d’appartenance : le « prolétariat » rural) dont j’ai été la victime précoce
[10], que
de sa mobilité professionnelle, qui engendrait chez les populations terriennes (et assimilées) des réactions de méfiance et de rejet d’une lourde
prégnance et d’une invariable constance. Lorsque nous arrivions quelque
part, nous étions épiés comme des animaux sauvages, derrière les fenêtres
closes et les rideaux tirés.
L’amalgame et la ségrégation jouaient à plein. En tant que sédentaires,
les autochtones se vivaient comme représentants de la norme sociale et assimilaient tous les itinérants à des nomades, des bohémiens, c’est-à-dire des
trublions de l’ordre public. Sûrs de leur bon droit, puisé en toute conscience
aux meilleures sources de l’ethnocentrisme, ils incarnaient le sel de la terre
et nous reléguaient dans l’anormalité malsaine ou perverse.
Mes parents étaient bien conscients et souffraient de ce mur d’hostilité et
de refus dressé sur leur passage, mais ils n’en disaient rien. Tous deux aînés
de famille nombreuse, ils avaient quitté l’école vers 10 ans, pour faire vivre
la fratrie. Habitués à subir plus qu’à discourir, ils parlaient peu. Ce qui ne
pouvait pas m’aider à y voir plus clair.
– L’ÉCOLE PRIVÉE :
• la sédentarisation : • un rattrapage forcé.
À l’époque des faits évoqués, je n’avais évidemment ni l’âge, ni les
moyens de comprendre, encore moins de formuler, de qui ou de quoi j’étais
victime. Par contre, j’éprouvais un vif ressentiment contre le maître, qui ne
s’occupait pas de moi, réservant toute son attention aux autres élèves, et
contre ces mêmes élèves, souvent agressifs, parfois violents à mon égard.
Comme je ne trouvais pas de raisons, chez eux, à cette injustice et cette violence, j’en reportais sur moi la faute (je culpabilisais pour parler actuel) et
pensais que rien de tout cela ne serait arrivé si j’avais su lire comme les
enfants de mon âge.
C’est ainsi que l’envie me vint, en Anjou, de combler mon retard au plus
vite, pour échapper à tous ces maux et répondre à l’attente de mon entourage. Dans cette envie, je ne trouve aucune trace du désir de partager les sensations que les adultes éprouvent à la découverte de ce qu’il y a derrière les
mots, les textes. Cette curiosité de l’esprit, ce goût, cette appétence du sens
caché, qui gagnent l’enfant de 5 ou 6 ans élevé dans un environnement social
ouvert, me faisaient complètement défaut. Privé de tout support écrit, de
toute culture livresque dans le micro-univers clos et réduit aux objets de survie de la roulotte, je ne risquais pas d’être touché par cette grâce naturelle !
D’autant que l’école elle-même, très épisodiquement subie, était pour moi un
lieu de détresse, qui me rendait allergique aussi bien à l’écrit qu’à l’oral.
Ma nouvelle et unique obsession de sédentaire, mon premier objectif scolaire fut de faire et de savoir faire comme tout le monde.
Si je me livre, m’attarde et parais me complaire dans d’anodines confidences sur ma prime jeunesse, c’est que des bribes éparses de vécu engrangées à cette époque flottent dans la brume de mes lointains souvenirs, sans
bien trouver leur place et que le moment me paraît venu d’en restituer le
paysage, d’en compléter la trame. Et ce avec les mots, l’expérience de
l’adulte devenu, afin d’exhumer les racines invisibles, de mettre au jour les
points d’ancrage secrets et ténus d’un fil conducteur de vie que je ne retiens
qu’en tant que témoignage ordinaire de l’humaine nature, dans son universalité et sa grouillante diversité-singularité.
– LES PENSIONS PUBLIQUES :
• le Cours Complémentaire (Segré) : • une autodidaxie infligée.
À en croire les augures académiques (ceux que j’appelle les psycho-logues du pire), qui assurent que l’avenir de l’homme se joue dans ses
toutes premières années ; à en juger aussi par mon entourage qui, à la veille
d’un examen ou d’un concours décisif pour mon orientation
[11], me rappelait
sans ménagement : «
N’oublie pas que si tu échoues, tu iras garder les
vaches ! »
[12],… j’avais peu de chances d’échapper à la catégorie sociale
d’appartenance de mes parents, à leur existence précaire et laborieuse. Bref,
le diagnostic était clair, le pronostic peu encourageant.
Avec plus d’un demi siècle de recul, je pense, en effet, que le handicap
cognitif de ces premières années de vie en jachère fut si profond qu’il n’a
jamais été comblé. Pour rattraper le peloton des enfants de mon âge, je me
suis lancé dans une course poursuite éperdue, on m’a fait emprunter des
chemins de traverse, sauter des classes, et admettre comme pensionnaire
dans un Cours Complémentaire où les boursiers de mon espèce étaient
légion et la discipline drastique. La « méthode » de travail en circulation
consistait à user d’expédients tout juste bons à obtenir les notes suffisantes
pour éviter les retenues (dramatiques) de fin de semaine.
Plus tard, je découvrirai à mes dépens que la multiplication de ces itinéraires buissonniers, de ces impasses et des lacunes qu’elles engendrent, de
ces mauvaises habitudes d’internat sans assistance et sans suivi, avaient fait
de moi, à mon insu évidemment, un autodidacte. Même si j’ai pu obtenir les
diplômes qui marquent les passages obligés de l’enseignant tous terrains
que je suis devenu, je ne les ai jamais préparés dans de bonnes conditions,
faute des connaissances de base et des outils de réflexion qui m’auraient
facilité la tâche et permis d’en tirer le meilleur parti. De surcroît, comme je
devrai mener mes études universitaires en parallèle avec mon métier d’enseignant, je ne serai jamais étudiant à part entière. Ce qui me contraindra,
une nouvelle fois, à parer au plus pressé, c’est-à-dire me livrer à d’autres
impasses, d’autres choix souvent hasardeux, parfois malheureux. Il y a des
arrérages que l’on paie longtemps !
De sorte que l’ensemble de mon parcours scolaire et universitaire est
jalonné d’essais et d’erreurs plutôt que de lectures sérieuses mais coûteuses
et de réflexions solidement construites et articulées. Comme le fromage de
gruyère, ma culture « savante » est pleine de trous !
C’est précisément là que se situe l’irrémédiable différence entre l’enfant…
de bohême que j’ai été et le passager de la voie royale que je ne serai jamais.
Les connaissances académiques ont été calibrées, organisées, étiquetées,
situées dans le temps et dans l’espace, puis soigneusement administrées au
profit du voyageur de l’impériale. Il les a engrangées, puis mises à
l’épreuve de l’usage, dans l’institution et dans son milieu. C’est ainsi qu’il a
appris la maîtrise de la rhétorique et acquis l’aisance dans le commerce des
idées. Suprême distinction, lui ont été conférées en sus la confiance et l’assurance de ceux qui savent que le capital intellectuel dont ils sont porteurs
est une valeur étalon dans la société qui compte (aux deux sens du terme) et
un sésame ouvrant toutes les portes qu’il faut.
L’autodidacte, au contraire, est étranger dans son propre pays, où l’Université répugne à reconnaître ses différences et à l’intégrer en son sein. Il est la
preuve vivante que l’ascenseur social, le modèle démocratique d’éducation
mis en place depuis la troisième république ne ne fonctionne pas.
– LES HAUTS LIEUX DU FLE :
• maître-assistant à l’IPFE : • un passé assumé, une porte entr’ouverte.
Mon handicap initial, puis la forme d’autodidaxie qu’il a engendrée,
n’ont pas eu que des effets négatifs : tout inconvénient peut entraîner des
avantages, à condition d’admettre qu’ici bas l’ombre ne saurait se passer de
la lumière. Ainsi, au plan psychologique, ce retard a fait surgir en moi une
source d’énergie vitale, dont je n’aurais peut-être jamais soupçonné l’existence en milieu plus porteur. Vécu comme une carence gravissime chez un
garçon de mon âge, il a créé une béance, une aspiration qui ont alerté, exacerbé mon besoin d’être comme tout le monde. Et c’est à la satisfaction de
ce besoin essentiel que j’ai consacré toutes les forces dont je disposais. La
privation, le manque, ont ainsi joué le rôle de carburants pour couper le cou
à la résignation et trouver mon équilibre dans l’autre comme modèle.
Il faut dire aussi que je disposais, dans mon entourage proche, de stimulants
forts, comme le dynamisme, l’infatigable activité de ma mère, et l’esprit d’entreprise de mon frère, bricoleur précoce et inventif. Tous deux, à leur mesure et dans
leur genre, m’ont appris à me battre pour ne pas subir. Un exemple revigorant me
vient en mémoire à ce propos. Comme nous n’avions ni jouets ni jeux (c’était la
guerre, ils étaient rares ; qui d’ailleurs aurait bien pu nous les offrir ?), mon frère
en confectionnait, avec des outils rustiques et des produits de récupération hétéroclites (bobines à fil, boîtes à conserves, pédales de bicyclettes, mécanismes de
réveils, etc). Il possédait cette capacité merveilleuse de fertiliser le moindre objet
au rebut, de lui donner une dimension ludique. Les petits copains logés à la même
roture lui enviaient ses drôles d’inventions. Ce qui nous valait grande considération à tous deux (j’étais son factotum admiratif et dévoué !).
Saturés d’objets amusants ou distrayants comme nombre d’enfants
aujourd’hui, aurions-nous développé la même « énergie créatrice »? La
question reste posée, mais on me permettra d’en douter.
J’ai donc le sentiment d’avoir été soumis et d’avoir résisté à deux forces
antagonistes, dont mon devenir était l’enjeu. L’une centripète, contraignante, qui me tirait vers ma catégorie d’appartenance originelle (cf. un
déterminisme social rigide, austère, qui reproduit à l’identique, sans rendre
compte de l’évolution, du changement, ni de la dimension personnelle du
sujet), et une autre centrifuge, qui me poussait à déserrer l’étreinte, à chercher un espace de liberté relative, dans la réflexion et dans l’action, sans trahir mes origines, en restant fidèle aux valeurs identitaires de mon milieu,
comme le travail par exemple, qui m’a toujours servi de laisser-passer. Ce
que j’appellerai un déterminisme social souple, plus accommodant et surtout plus encourageant que l’autre, plus proche aussi de ma sensibilité
d’éducateur que de celle du sociologue, que je ne suis pas. Pour faire image,
un déterminisme à joint de dilatation, ou marge de manoeuvre. Une marge
de manoeuvre souvent étroite, mais au moins productrice, parfois créatrice.
Alors que celle des voyageurs de l’impériale est plus souvent re-productrice. Les gens qui détiennent le pouvoir n’ont pas intérêt à faire tourner le
décors, ceux qui sont dépourvus de l’essentiel en éprouvent, au contraire,
l’impérieux besoin.
De là à croire que, malgré les bifurcations, les ruptures, les échecs, les
contraintes trop écrasantes, j’aie pu inscrire ma vie dans un cheminement de
mon cru et de mon goût, il n’y a qu’un pas. J’ai la naïveté de le franchir,
parce qu’il me semble que si je n’ai pas fait ce que j’imaginais au départ,
l’intuition du possible et de l’impossible, le sens de l’équilibre entre mes
besoins et mes limites ont servi de fil conducteur à mes orientations et choix
successifs, d’étoile polaire dans les moments de détresse. Cette lutte de tous
les instants m’a donc permis de sortir de l’ornière qui m’était destinée, pour
en trouver une autre qui ne vaut sans doute pas mieux dans l’absolu, mais
qui m’a fait entrer en coïncidence avec moi-même, ou au moins avec la part
de l’individu que je crois être et avoir saisie, au fond. C’est ainsi que j’ai pu
savourer une certaine forme de liberté, à laquelle des gens mieux nés, mieux
destinés que moi n’ont peut-être pas goûté. Pour autant, je ne suis pas satisfait de mon sort et ne le serai jamais, parce que tout reste à faire du côté de
ceux qui me sont proches : les démunis. Avec ma petite histoire banale, je
leur lance un message d’espoir, afin qu’ils ne se résignent pas à l’exploitation, à la vassalisation, qu’ils demeurent éveillés et rebelles.
Si les inconvénients procurent parfois des avantages, ces avantages, à
leur tour, peuvent causer d’autres inconvénients. Ainsi, les efforts que j’ai
pu et dû déployer, m’ont rendu fâcheusement méritocrate. Par exemple, je
peine à entendre des doctorants boursiers, donc « étudiants professionnels », se plaindre de leurs conditions de travail, alors que tant de jeunes du
même âge envieraient leur sort. Le catholique que je fus jadis, l’homme de
gauche viscéral (et désabusé) que je suis encore se reprochent un tel
manque de compassion. Psychorigidité de ma part ? Crispation ou conflit
générationnels ? Autre modèle de société ? Ces questionnements m’amènent à croire que je ne saurais avoir raison contre ceux auxquels l’avenir
appartient. Il me faut donc craindre ces réactions passéistes, sans rompre le
dialogue, sans capituler dans le silence. La complexité c’est aussi la
conscience que rien n’est jamais acquis, stable, définitif, que la recherche
collective de la solution est déjà une solution…
B. LA PRODUCTION
– Inventaire thématique et syntagmatique du Français fondamental,
Publication BELC, 1965,96 p.; Hachette-Larousse, Collection « Le
Français dans le Monde/BELC », 1971,82 p.
La « vache fondamentale » ne m’a pas fait que des amis ! Déclarée par
mes soins étourdis impropre à l’emploi dans les sacro-saints dialogues
authentiques – faute de disposer d’un entourage de vocables dûment sélectionnés dans le Français fondamental pour lui assurer un fonctionnement
conforme à l’usage attendu –, une délégation du CRÉDIF fut dépêchée au
BELC pour rappeler ses devoirs de réserve au jeune impertinent que j’étais.
En montrant qu’un inventaire de mots isolés, donc sevrés de leurs cooccurrents ordinaires, n’avait qu’un intérêt limité, je portais atteinte au vénérable… et intouchable F.f. !
C.Q.J.C. : De cette censure, j’ai retenu que les formules imagées peuvent
avoir des effets désagréables pour leurs auteurs, mais qu’il ne convient pas
d’y renoncer dans des disciplines comme les nôtres, qui se prennent beaucoup trop au sérieux, surtout lorsqu’elles croient détenir… la vérité. Sans
mobilisation de la « vache fondamentale », il est probable que l’Inventaire
n’aurait pas suffi à banaliser le concept de cooccurrence et à lui faire passer
la rampe. Les constructions ludiques, humoristiques ou même provocatrices
sont des amplificateurs, des accélérateurs de messages dont on ne saurait
faire l’économie. D’autant qu’elles ajoutent une coloration virtuellement
« poétique » à une écriture domaniale souvent trop jargonnante et compassée pour être stimulante.
– L’enseignement du vocabulaire de base en Français langue étrangère,
Thèse de Doctorat de Troisième Cycle, Faculté des Lettres de Nanterre,
1966,433 p.
– Essais méthodologiques pour l’étude des vocabulaires, Thèse de Doctorat
d’État, Université de Paris 3,1976,1228 p.
C.Q.J.C. : Ces deux thèses fleuves, comme naguère on les servait (souvent refroidies !), ne m’ont pas laissé que des souvenirs émus, mais elles
m’ont appris la patience, la constance et la « térébrance » aussi. Toutes vertus qui ne font pas nécessairement bon ménage avec le talent (même académique) ou la brûlante inspiration, mais s’avèrent néanmoins nécessaires à la
pratique de ces travaux de grand fond (3 + 10 = 13 ans pour ce qui me
concerne). Je leur dois aussi l’arpentage de mon jardin « paysagé » de lexiculturologue. Enfin et surtout, c’est le temps que j’ai mis à chercher, apprivoiser, soigner, écouter, faire parler des myriades de mots, à les mettre en
concurrence aussi, qui me les a rendu si précieux (merci, Saint-Exupéry).
– « …SOS… Didactique des langues étrangères en danger… intendance ne
suit plus… », Études de Linguistique Appliquée, n° 27,1977,21 p.
C.Q.J.C. : Ce titre choc a testé l’impact du déconcertant, de l’inattendu,
par l’emprunt du cri d’alarme, de la manchette de journal, pour couvrir et
dénoncer un fait domanial gravissime et non précisé. Il s’agissait (déjà !) de
la désolidarisation de la recherche et des pratiques de terrain (couramment
portées à l’époque – et même aujourd’hui encore – par le couple
théorie/pratique). Comme ce titre trotte encore dans certaines mémoires, on
peut considérer que son impact a été bénéfique à la prise de conscience du
problème.
La libération des discours textuels (cf. la « vache fondamentale » dans
l’Inventaire thématique et syntagmatique), puis l’émancipation des titres
domaniaux, participent d’une volonté d’investir dans la relation forme-fond,
pour faire sa place à l’art, à côté de la science, dans l’éducation aux
langues-cultures. C’est sur ce commensalisme éducatif originel que prend
appui la dimension artistique de la didactologie.
– « Didactologie : de l’éducation aux langues-cultures à l’éducation par les
langues-cultures », leçon de « Laurea honoris causa », publiée dans
L’ATENEO, Université de Turin, 2001,10 p.
C.Q.J.C. : Cette leçon a été assurément profitable à… celui qui l’a écrite
et prononcée. Elle lui a permis de faire défiler au ralenti la dernière
séquence du film de sa vie et de constater (non sans quelque étonnement)
qu’après avoir été longtemps méthodologue, puis formateur (…en méthodologie), il est enfin devenu éducateur à part entière. C’est-à-dire soucieux
de « faire renaître la personne » (B. Pascal).
Le rappel des deux dernières phrases du texte devrait suffire à esquisser
les lignes de force de cette action éducative : « Je ne suis pas un travailleur
de la preuve, ma discipline ne me le permet pas. Je me verrais plutôt comme
un artisan de l’essai et de l’erreur, un abonné de la controverse qui, dans
l’obstination et l’humilité, par le truchement des langues-cultures, avec le
concours et sous le contrôle des acteurs de terrain, s’efforce d’agir sur la
réalité quotidienne de l’école, en vue de rendre le monde moins opaque, de
faire reculer la formidable capacité d’aveuglement et d’inertie des hommes,
en rallumant, chez les jeunes, l’envie de comprendre, d’agir sans subir, de
retrouver une dignité perdue ».
[1]
V. Préambule : Est-il fou ? Est-il sage ?, p. 261.
[2]
En toute humilité évidemment, celui-ci est à ranger dans cette catégorie.
– LE NOMADISME :
• la roulotte : [un départ raté].
[3]
L’organigramme : une représentation synthétique des étapes considérées comme influentes
dans le cheminement personnel ou professionnel et à l’origine des « séquences de vie » prises en
charge par le micro-dico.
L’allègement : une sélection de ces étapes et de l’usage qui est fait de la hiérarchie des guides à la
consultation, pour ne faire apparaître : que les principales
vedettes, en début de ligne, précédées
d’un tiret (–), en caractères majuscules, et une partie seulement des
adresses et des
sous-adresses,
en retrait, précédées d’un point (•), plus ou moins gros. Les indicateurs provisoires de contenu,
figurant entre crochets ([…]) sont des aides à l’anticipation, à la projection du lecteur dans l’outil.
Fils d’Ariane provisoires, ils laissent la place, dans le micro-dico, à des sous-adresses, précédées
d’un point (.) et à des développements plus substantiels et divers.
[4]
École Supérieure de Préparation et de Perfectionnement des Professeurs de Français à l’Étranger.
[5]
Institut des Professeurs de Français à l’Étranger, qui deviendra l’actuelle UFR DiFLE (Paris 3).
[6]
Sur les quelque 150 titres répertoriés en bibliographie, une vingtaine ont été retenus comme
vedettes du micro-dico et 6 seulement figurent à l’organigramme. Les critères de sélection n’opèrent pas nécessairement en fonction du volume ou du lustre supposé de la publication : de menus
travaux peuvent apprendre davantage que des études de vaste envergure. Ainsi arrive-t-il au chercheur d’être déçu par ce qu’il trouve, et heureusement surpris par ce qu’il ne cherchait pas.
J’ajoute que les 6 publications choisies – et alignées en un minimum d’espace – s’étalent symboliquement sur tout le temps de production considéré (1964-2002).
[7]
Avec réticence, longtemps après sédentarisation, cette brave femme évoquait deux corvées qui
lui avaient « miné les sangs », disait-elle : l’eau et l’école. Il lui fallait en effet quémander comme
une aumône : • l’eau chez des gens qui se méfiaient de nous, donc prisaient peu notre voisinage;
• l’école auprès d’instituteurs qui avaient une idée étroite et restrictive de l’obbligation scolaire.
[8]
Conséquence durable des guerres de Vendée, de la résistance farouche de l’église et de la
noblesse locales à l’instauration de la république.
[9]
Il circulait d’un niveau à un autre, veillant à ce que toute la classe s’active à des tâches distinctes, dans les diverses matières du programme (calcul, histoire, grammaire,…).
[10]
Aussi bien en Vendée qu’en Anjou, les élèves sédentaires, dont les parents étaient aussi démunis que les miens, apprenaient à lire à 6 ans. C’est plus tard, vers 11 ans, que les différences
sociales et scolaires se creusaient de manière inexorable, au moment de l’orientation vers les
cycles longs ou courts.
[11]
Par ex. : le diplôme d’études primaires préparatoires (DEPP), la bourse d’étude pour être
admis (!) au Cours Complémentaire.
[12]
Sous-entendu : nous n’avons pas les moyens de te garder ici à ne rien faire. En attendant
d’avoir l’âge d’apprendre un métier chez un artisan du cru, il faudra que tu gagnes ta vie aux travaux des champs. Et je savais que l’avertissement n’était pas vain : mon frère en avait fait la rude
expérience.