Ela
Klincksieck

I.S.B.N.sans
130 pages

p. 447 à 454
doi: en cours

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no 128 2002/4

2002 revue de didactologie des langues-cultures

La transparence et l’obstacle

Essai de chrestolexicographie

Franz Josef HAUSMANN Institut de Linguistique Appliquée Université d’Erlangen-Nürnberg (Allemagne)
Après avoir découvert l’intercompréhension des vocabulaires, la didactique FLE doit aller au bout de ce raisonnement et faire les dictionnaires des mots et unités lexicales utiles à la compréhension, éliminant tout ce qui est trans-parent. Une telle « chrestolexicographie » dont les grandes lignes sont esquissées, réclame le mérite de limiter la masse lexicale et de la présenter comme raisonnablement apprenable. Cette lexicographie est d’autant plus urgente que les dictionnaires d’apprentissage, rejetant le modèle du Dictionnaire du français contemporain, s’écartent de moins en moins de la macrostructure à alphabet droit, en quoi ils ne sont guère freinés par la théorie ambiante.
 
1. VOCABULAIRE ACTIF ET VOCABULAIRE PASSIF
 
 
L’apprentissage du vocabulaire en FLE a intérêt à distinguer le vocabulaire actif, destiné à la production de textes oraux et scripturaux, du vocabulaire passif, indispensable pour comprendre les textes au moment de leur réception.
La maîtrise active du vocabulaire se trouve normalement au centre des préoccupations pédagogiques. Le grand mérite du Français Fondamental (Gougenheim et al. : 1964) a été de ce côté : délimiter un vocabulaire de base dont chaque apprenant en FLE doit disposer activement. Au-delà des premiers pas, le domaine des demi-phrasèmes ou collocations est le terrain d’un vocabulaire à maîtriser activement, dans la mesure où on a besoin des collocatifs pour faire fonctionner les mots du FF. Robert Galisson, en employant les termes de mot-noyau et mot-satellite, nous l’avait bien fait comprendre dès 1971 (Galisson : 1971). C’est ainsi que le mot-base (et mot de base) table requiert, pour le faire fonctionner, entre autres les collocatifs mettre, dresser, débarrasser, desservir une table.
Notre contribution vise le domaine de la maîtrise passive du vocabulaire, et ceci à un niveau avancé, voire très avancé. Notre expérience est celle d’un enseignant universitaire allemand qui voudrait que ses étudiants de FLE, au terme de leur cursus universitaire, sachent lire Le Figaro, Le Monde, L’Express ou Le Nouvel Observateur à peu près comme un Français cultivé les lirait. Il faut donc définir et de préférence lister le vocabulaire à maîtriser passivement au moment de l’examen final d’un futur professeur de FLE ou, pour d’autres étudiants, au moment de la Maîtrise de français. Appelons désormais Vocabulaire passif final (VPF) cet ensemble lexical à maîtriser et Vocabulaire passif utile (VPU) le sous-ensemble lexical à apprendre. Quantitativement la question à poser est double. Premièrement : Combien de mots faut-il maîtriser et lesquels (VPF) ? Deuxièmement : Combien de mots faut-il apprendre et lesquels (VPU) ?
 
2. COMBIEN DE MOTS FAUT-IL MAÎTRISER ?
 
 
On peut aborder le problème de la quantité par deux moyens : les dictionnaires et les corpus. Commençons par le seul corpus de grande taille entièrement quantifié, celui du Trésor de la langue française (TLF). 71000 vocables sont rangés par rangs de fréquence, le mot le plus fréquent occupant le rang 1 (R 1) et les mots les moins fréquents occupant les rangs 71000,69999, etc. (R 71000). Du moins en théorie, car dans la pratique 21000 mots se partagent le dernier rang (R 50 000) parce que leur fréquence est la plus basse possible (F 1). Le tableau 1 donne les rangs de tous les mots qui, dans le corpus, figurent moins de onze fois. Il en résulte que 40000 vocables sur les 71 000 ne dépassent pas la fréquence 10 (F 10) et ceci alors que d’autres sont extrêmement fréquents comme par exemple impossible (F 11 301, R 594), garçon (F 11051, R 612) ou temps (F 82021, R 87). On peut en conclure que la masse des mots n’a pas de fréquence et n’a par conséquent pas à être apprise et surtout pas à être enseignée, même pas en vue d’une maîtrise passive. C’est sur ce principe que repose l’entreprise du Français Fondamental qui a mené aux 3 500 articles du Dictionnaire fondamental (DF) de Georges Gougenheim. Le principe de sélectivité est un bon principe. On n’en conclura pas pour autant que le dictionnaire de Gougenheim fournit déjà le VPF. Le premier texte venu nous révèle, à titre d’exemple, l’absence dans le Gougenheim des mots suivants (dans l’ordre du texte) : coussin, germain, brouhaha, dupe, couple, tintamarre, pâmoison, inaperçu, tampon, conviction, augurer, prouesse, délibéré, esquisser, rémission, exclamatif, dissimuler, raseur (« ennuyeux »), effleurer, portée. Comme ces mots sont indispensables pour comprendre le texte en question, on a intérêt à chercher dans d’autres dictionnaires la sélectivité adéquate au VPF.

Tableau 1
Nombre de mots à fréquence 1-10 dans le corpus TLF (R = rang)
IMGIMGF 1 21 000 R 50 000 
F 2 6 700 R 43 ...IMGIMF
F 1 21 000 R 50 000 F 2 6 700 R 43 300 F 3 3 600 R 39 700 F 4 2 500 R 37 200 F 5 1 800 R 35 400 F 6 1 450 R 33 950 F 7 1 200 R 32 750 F 8 1 050 R 31 700 F 9 850 R 30 850 F 10 800 R 30 050 Tableau 1 : Nombre de mots à fréquence 1-10 dans le corpus TLF (R = rang)

Quiconque parcourt la nomenclature du Petit Robert (PR) (60000 mots) se rend immédiatement compte que cette expérience ne dément pas celle du Dictionnaire des fréquences 1971. Josette Rey-Debove elle-même a avoué ne pas connaître un tiers de la masse lexicale du Petit Robert. Descendant dans le volume des dictionnaires et montant dans le degré de sélectivité, on en arrive aux 35 000 mots du Micro Robert (MR) ou du Robert méthodique (RM). Est-ce là le VPF ? Pour rejeter cette hypothèse, il suffit de se rendre compte de la présence dans le RM des mots suivants (commençant par pl) : plafonnier, plain-chant, planisphère, plantain, plantigrade, plastigel, plastron, pleutre, plèvre, plinthe, plombières, plot. Quel enseignant pourrait raisonnablement décréter ces mots indispensables pour une bonne lecture des journaux ? Non, une longue expérience de la version (traduction françaisallemand) nous enseigne que les dictionnaires les plus représentatifs du degré de sélectivité adéquat sont les dictionnaires à 20 000 mots, à savoir le Dictionnaire Hachette junior (DHJ) ou, plus récemment, le Dictionnaire du français (DduF) de la maison Robert. Face à des textes non spécialisés et en restreignant le contrôle aux signifiants, ces dictionnaires ne nécessitent que rarement le recours à des sources lexicographiques plus abondantes. Voilà pourquoi nous indiquons aux étudiants ces dictionnaires comme représentatifs du savoir lexical passif qu’il faut avoir au niveau de l’examen final (dont la version est à réaliser sans outil lexicographique) et que nous expliquons en note tous les mots du texte de départ qui ne se trouvent pas dans les deux dictionnaires de références, ce qui n’arrive pas toujours. Combien de mots faut-il maîtriser ? Le VPF correspond à la nomenclature des dictionnaires de 20 000. On n’a plus à les lister. Il suffit d’ouvrir ces dictionnaires.
 
3. LA TRANSPARENCE DES MOTS OU : COMBIEN DE MOTS FAUT-IL APPRENDRE ?
 
 
S’il fallait apprendre 20 000 mots pour arriver au VPF, il ne resterait à la pédagogie FLE que le désespoir. Heureusement la plupart des mots n’ont pas à être appris. Ils sont transparents, et même doublement.
Nous pouvons distinguer la transparence intralinguistique (T 1) et la transparence interlinguistique (T 2) et définir la transparence comme l’intelligibilité immédiate d’un mot inconnu de la langue L2 en raison d’une identité morpho-sémantique (partielle) avec un mot connu (ou plusieurs mots connus) de la langue L2 ou d’autres langues (L1, L3, L4…).
Les mots obéissant, désobéissant, obéissance, désobéissance et désobéir sont transparents pour l’étranger qui maîtrise le verbe obéir (T1). Les mots actuel et actualité sont transparents pour l’Allemand qui connaît dans sa langue maternelle L1 les mots aktuell et Aktualität (T2). Un mot comme actualité est donc doublement transparent (T1 + T2). Les mots transparents ne méritent pas un effort d’apprentissage au même titre que les mots non-transparents (NT). Ils appartiennent d’office au VPF. – Pour quantifier le vocabulaire à apprendre, il faut par conséquent tout reprendre à partir de zéro, puisque personne à notre connaissance n’a jamais fait ce compte-là. Surtout pas le Français Fondamental qui met possible au rang 420 et impossible au rang 751 (facile 656, facilement 613), sans jamais voir le moindre rapport. La formation des mots est la grande absente de l’entreprise. Et ce n’est pas le Dictionnaire fondamental (DF) qui ferait le moindre effort pour rattacher absent et absence, absolu et absolument, accueil et accueillir, achat, acheter et acheteur, etc. La moitié du Dictionnaire fondamental est transparente. Pour maîtriser passivement les 3 500 mots du Dictionnaire, il n’y a que 1 700 à apprendre.
Rien n’a encore changé dans le Dictionnaire de didactique des langues (Galisson/Coste 1976), où ni les articles compréhension, motivé ou opacité/transparence ni aucun autre ne décrivent les conditions lexicales du décodage. N’est-ce pas un peu étonnant, étant donné que dix ans auparavant avait paru le Dictionnaire du français contemporain (DFC) qui par le jeu croisé des dégroupements et des regroupements avait fait une magnifique description des familles de mots synchroniques, distinguant par exemple ravir, ravissant, ravissement de ravir, rapt, ravisseur ou bouton, boutonner, boutonnage, boutonnière, déboutonner, reboutonner de bouton, boutonneux, boutonner ? D’autres dictionnaires français se sont engagés, quoique de façon plus timide, dans la voie du regroupement. C’est le cas, notamment, du Robert méthodique (RM) et, dans son sillage, du Micro Robert (MR).
Dans l’optique du VPU (vocabulaire passif utile), on pourra décréter que seuls les mots-bases doivent être appris, alors que les dérivés ou composés, traités en sous-adresses, peuvent être considérés comme transparents. En prenant comme exemple les articles du DFC allant de rebours (à) jusqu’à réclamer, on obtiendra en tout et pour tout 79 unités traitées dont 40 sous-adresses face à 39 adresses. Quatre adresses se doublent d’une adresse homonyme (dégroupement). Le nombre de sous-adresses par adresse varie entre zéro (20 fois) et 12 (s.v. 1. recevoir). Pour le même parcours le RM contient 38 adresses et 42 sous-adresses, ce qui, malgré quelques différences de regroupement, ne montre pas un rapport sensiblement différent entre mots opaques et mots transparents. La moitié des mots de ces dictionnaires sont intralinguistiquement transparents. Ils n’appartiennent pas au VPU. Certes, le rapport dans le Micro Robert est moins équilibré (28 sous-adresses pour 48 adresses), mais ce dictionnaire ne regroupe qu’avec frilosité, tant il a peur de ne pas obéir suffisamment à la loi de l’alphabet (récitant n’est pas mis sous réciter, réceptif et réceptivité ne sont pas regroupés, etc.).
À la transparence intralinguistique (T1) s’ajoute la transparence interlinguistique (T2). Sur les 58 mots (dont à rebours est le premier et réclamer le dernier) du Dictionnaire du français (DduF) 28 peuvent être considérés comme transparents T1, à savoir : reboutonner, à rebrousse-poil, rebutant, récapitulation, recel, receleur, récemment, recenser, récepteur, rechange, réchapper, recharge, rechargeable, recharger, réchaud, réchauffé, réchauffement, réchauffer (= re + chauffer), recherche, recherché, rechercher, rechute, récidive, récidiver, réciprocité, réciproquement, récitation, réclamation. Cette petite moitié ne fait pas le plein de la transparence, puisque neuf autres mots ont droit au statut T2 dans l’optique d’un apprenant allemand : (1) rébus = Rebus (2) récapituler = rekapitulieren (3) récent = rezent (4) réception = Rezeption (5) récession = Rezession (6) réciproque = reziprok (7) réciter = rezitieren (8) réclame = Reklame (9) réclamer = reklamieren. Il est vrai que certains des mots allemands demandent un certain niveau de culture (1,3,6) et que certains sémèmes français ne sont pas couverts par les mots correspondants allemands (réception « réunion organisée »). Toujours est-il que seuls les 21 mots suivants sont candidats au VPU : À rebours, rebrousser, rebuffade, rebut, rebuter, récalcitrant, recaler, receler, recensement, récépissé, réceptacle, recette, receveur, recevoir, rêche, rechigner, récidiviste, récif, récipient, récit, récital. Avec 21 sur 58, nous en sommes presque au tiers. Et même si on considère que certains sémèmes faux amis gonflent les effectifs du VPU, il reste un net déséquilibre en faveur des mots transparents. Dans le Dictionnaire Hachette junior 2002 (DHJ), on compte de à rebours à réclamer 59 mots-vedettes. Alors que 5 mots du DduF n’y figurent pas (reboutonner, réceptacle, réchauffé, recherché, réciprocité), 6 des mots du DHJ manquent dans le DduF (récapitulatif, réceptif, réceptionner, réceptionniste, recevable, rechuter). La part de transparence ne s’avère donc pas inférieure dans le DHJ au DduF. Plus de la moitié des mots de ces dictionnaires n’a pas à être apprise. Entre 7 000 et 9 000 mots réclament cet effort, pas plus. Ces mots seuls sont utiles.
 
4. LA CHRESTOLEXICOGRAPHIE
 
 
La notion de Vocabulaire utile (VU) mène logiquement à un type nouveau de lexicographie qu’on peut appeler chrestolexicographie (chrestos = utile, cf. chrestomathie). Le chrestodictionnaire ne traite que l’utile et laisse l’inutile. Il faut distinguer la chrestolexicographie active (destinée à fournir le vocabulaire actif utile [VAU]) et la chrestolexicographie passive (destinée à fournir le vocabulaire passif utile [VPU]). On peut voir dans le dictionnaire idéologique de Picoche/Rolland 2002 une réalisation de la chrestolexicographie active. Quant à la chrestolexicographie passive, ses réalisations sont rares. Bouscaren 1995 réalise une sélection qui n’est pas destinée à l’apprentissage, mais à la consultation ou au dépannage. Il nous fait prendre conscience qu’il faut distinguer entre vocabulaire passif utile à dépanner (Bouscaren 1995) et vocabulaire passif utile à apprendre (VPUappr). Dans cette contribution il s’agit uniquement du dernier. Quand nous écrivons VPU, nous voulons dire VPUappr et non VPUdép.
La chrestolexicographie est une lexicographie qui s’oriente radicalement sur les besoins prédéfinis de l’utilisateur. Tout n’est pas utile à tout moment pour tout le monde. Cette loi vaut pour les quatre fonctions essentielles du dictionnaire :
  1. aider la production textuelle
  2. aider la réception textuelle
  3. aider l’apprentissage d’un vocabulaire actif
  4. aider l’apprentissage d’un vocabulaire passif
La synonymie cumulative appartient à la chrestolexicographie de (1), Bouscaren 1995 à celle de (2), le Français fondamental était orienté sur celle de (3), nous visons celle de (4).
Dire qu’il faut apprendre, en vue du VPU, entre 7000 et 9000 mots, c’est donner un chiffre global qui est valable au début de l’apprentissage pour celui qui veut passer l’examen final. La chrestolexicographie d’apprentissage a pour vocation d’être graduelle en se conformant au niveau de maîtrise des apprenants. Trois niveaux sont à distinguer, du moins en ce qui concerne le système allemand : le niveau baccalauréat (VPU I), le niveau universitaire premier degré au bout de deux années d’étude de français (VPU II) et le niveau universitaire second degré au bout de quatre années d’étude (VPU III). Le tableau 2 fournit les chiffres et suggère les dictionnaires de référence qui sont à purger de leur vocabulaire transparent.

Tableau 2
Vocabulaire passif utile (VPU) en FLE
IMGIMGniveau mots utiles dictionnaires 
VP...IMGIMF
niveau mots utiles dictionnaires VPU I bac 1 700 DF (3 500) VPU II bac + 2 3 300 ? VPU III bac + 4 4 000 DduF (20 000) Total 9 000 Tableau 2 : Vocabulaire passif utile (VPU) en FLE

Le VPU III, sélectionné et présenté par Ulrike Schmidt sous forme d’articles de dictionnaire avec équivalent allemand et éléments de fréquence, est prêt à la publication. Pour le VPU I, il conviendra de faire un travail analogue sur les articles du DduF qui correspondent à ceux du DF (3500), car on ne pourra pas travailler directement sur le DF à cause de sa microstructure insuffisante. Pour le VPU II, chaînon restant de la série, il suffira de travailler, en l’absence de dictionnaire de référence adéquat, sur tous les articles du DduF absents à la fois du DF et du VPU III.
 
5. AU-DELÀ DE L’INTERCOMPRÉHENSION
 
 
La notion de transparence fait, ces dernières années, l’objet d’un véritable engouement pédagogique, sous les termes d’intercompréhension/eurocompréhension ou interlexis/eurolexis (Blanche-Benveniste/Valli 1997, Klein/Stegmann 2002, Stoye 2000), au point qu’on pense avoir retrouvé « l’escalier dérobé de Babel » (Rousseau 1997). Tout cela est extrêmement méritoire, mais le lecteur aura compris qu’il s’agit pour nous d’aller, au-delà de la transparence, attaquer l’obstacle qui reste. L’escalier de la transparence permet de gagner sans beaucoup d’effort une certaine hauteur. Audelà il faut escalader le mur à mains nues, autrement dit, il faut faire l’effort de l’apprentissage (Rousseau 1997,42 le reconnaît). Car on aurait tort de céder à l’euphorie. L’obstacle de la non-transparence est suffisamment haut pour générer pas mal de détresse lexicale et de découragement. Parler de neuf mille mots à apprendre évite d’aborder l’épineux problème du « semantic count », des sens à apprendre (combien d’unités utiles pour bouton « Knospe, Knopf, Schalter, Pickel » ?) et des locutions à apprendre (donner le change n’est en rien transparent pour qui connaît donner et change). Dans ces domaines, où les statistiques manquent, la sélection de l’utile se base pour le moment sur l’expérience pédagogique. Notre chrestolexicographie n’en est qu’à ses débuts. C’est aussi la raison pour laquelle le dictionnaire du VPU III aura, pour le moment, davantage l’air d’une liste de mots enrichie que d’un véritable dictionnaire d’apprentissage. On peut peut-être parler d’un dictionnaire d’apprentissage minimum dans la mesure où il y aura des équivalents allemands, des données brutes de fréquence et un bon nombre de renvois, mais il n’y aura pas d’exemples. Pour les informations syntagmatiques, l’utilisateur devra se reporter à d’autres dictionnaires ou aux corpus.
Le but principal est de montrer à l’apprenant que ce qui lui reste à apprendre, n’est pas une masse infinie d’unités devant laquelle il a trop souvent tendance à baisser les bras, mais un ensemble clairement délimité et maîtrisable par un effort concentré.
 
6. CONCLUSION
 
 
La lexicographie de la transparence n’a toujours connu que des échecs commerciaux. Au bout de 20 ans d’existence, le DFC a été remplacé en 1986 par un dictionnaire à alphabet droit, sans aucun regroupement (Dfcol). Récemment, le DHJ, originaire de 1980, a subi le même sort. Et même le DduF, qui se veut un dictionnaire d’apprentissage pour étrangers et dont le maître d’œuvre, Josette Rey-Debove, est également à l’origine du Robert méthodique, renonce au moindre regroupement morpho-sémantique. À une époque où le nombre d’élèves sachant seulement lire est en régression, les dictionnaires obéissent plus que jamais à la loi de la simplicité et par conséquent privilégient la vitesse de consultation (principe qu’on peut appeler « lexicographique ») au détriment de la structure d’apprentissage (principe « lexicologique »). Si telle est la loi d’airain des maisons d’édition de dictionnaires, il est d’autant plus urgent que l’Université s’écarte des chemins battus et innove dans le sens de la chrestolexicographie, sans faire d’utile et de rentable des synonymes.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
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·  RM = Le Robert méthodique. 1989. Paris : Le Robert.
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·  STOYE, S. 2000. Eurocomprehension : Der romanistische Beitrag für eine europäische Mehrsprachigkeit, Editiones EuroCom 2. Aachen : Shaker.
·  TLF = Trésor de la langue française. Paris : Gallimard.
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