2002
revue de didactologie des langues-cultures
La transparence et l’obstacle
Essai de chrestolexicographie
Franz Josef HAUSMANN
Institut de Linguistique Appliquée Université d’Erlangen-Nürnberg (Allemagne)
Après avoir découvert l’intercompréhension des vocabulaires, la didactique FLE doit aller au bout de ce raisonnement et faire les dictionnaires des
mots et unités lexicales utiles à la compréhension, éliminant tout ce qui est trans-parent. Une telle « chrestolexicographie » dont les grandes lignes sont esquissées, réclame le mérite de limiter la masse lexicale et de la présenter comme raisonnablement apprenable. Cette lexicographie est d’autant plus urgente que les
dictionnaires d’apprentissage, rejetant le modèle du Dictionnaire du français
contemporain, s’écartent de moins en moins de la macrostructure à alphabet
droit, en quoi ils ne sont guère freinés par la théorie ambiante.
1. VOCABULAIRE ACTIF ET VOCABULAIRE PASSIF
L’apprentissage du vocabulaire en FLE a intérêt à distinguer le vocabulaire actif, destiné à la production de textes oraux et scripturaux, du vocabulaire passif, indispensable pour comprendre les textes au moment de leur
réception.
La maîtrise active du vocabulaire se trouve normalement au centre des
préoccupations pédagogiques. Le grand mérite du Français Fondamental
(Gougenheim et al. : 1964) a été de ce côté : délimiter un vocabulaire de
base dont chaque apprenant en FLE doit disposer activement. Au-delà des
premiers pas, le domaine des demi-phrasèmes ou collocations est le terrain
d’un vocabulaire à maîtriser activement, dans la mesure où on a besoin des
collocatifs pour faire fonctionner les mots du FF. Robert Galisson, en
employant les termes de mot-noyau et mot-satellite, nous l’avait bien fait
comprendre dès 1971 (Galisson : 1971). C’est ainsi que le mot-base (et mot
de base) table requiert, pour le faire fonctionner, entre autres les collocatifs
mettre, dresser, débarrasser, desservir une table.
Notre contribution vise le domaine de la maîtrise passive du vocabulaire,
et ceci à un niveau avancé, voire très avancé. Notre expérience est celle
d’un enseignant universitaire allemand qui voudrait que ses étudiants de
FLE, au terme de leur cursus universitaire, sachent lire Le Figaro, Le
Monde, L’Express ou Le Nouvel Observateur à peu près comme un Français
cultivé les lirait. Il faut donc définir et de préférence lister le vocabulaire à
maîtriser passivement au moment de l’examen final d’un futur professeur
de FLE ou, pour d’autres étudiants, au moment de la Maîtrise de français.
Appelons désormais Vocabulaire passif final (VPF) cet ensemble lexical à
maîtriser et Vocabulaire passif utile (VPU) le sous-ensemble lexical à
apprendre. Quantitativement la question à poser est double. Premièrement :
Combien de mots faut-il maîtriser et lesquels (VPF) ? Deuxièmement :
Combien de mots faut-il apprendre et lesquels (VPU) ?
2. COMBIEN DE MOTS FAUT-IL MAÎTRISER ?
On peut aborder le problème de la quantité par deux moyens : les dictionnaires et les corpus. Commençons par le seul corpus de grande taille entièrement quantifié, celui du Trésor de la langue française (TLF). 71000
vocables sont rangés par rangs de fréquence, le mot le plus fréquent occupant le rang 1 (R 1) et les mots les moins fréquents occupant les rangs
71000,69999, etc. (R 71000). Du moins en théorie, car dans la pratique
21000 mots se partagent le dernier rang (R 50 000) parce que leur fréquence
est la plus basse possible (F 1). Le tableau 1 donne les rangs de tous les mots
qui, dans le corpus, figurent moins de onze fois. Il en résulte que 40000
vocables sur les 71 000 ne dépassent pas la fréquence 10 (F 10) et ceci alors
que d’autres sont extrêmement fréquents comme par exemple impossible (F
11 301, R 594), garçon (F 11051, R 612) ou temps (F 82021, R 87). On
peut en conclure que la masse des mots n’a pas de fréquence et n’a par
conséquent pas à être apprise et surtout pas à être enseignée, même pas en
vue d’une maîtrise passive. C’est sur ce principe que repose l’entreprise du
Français Fondamental qui a mené aux 3 500 articles du Dictionnaire fondamental (DF) de Georges Gougenheim. Le principe de sélectivité est un bon
principe. On n’en conclura pas pour autant que le dictionnaire de
Gougenheim fournit déjà le VPF. Le premier texte venu nous révèle, à titre
d’exemple, l’absence dans le Gougenheim des mots suivants (dans l’ordre
du texte) : coussin, germain, brouhaha, dupe, couple, tintamarre, pâmoison,
inaperçu, tampon, conviction, augurer, prouesse, délibéré, esquisser, rémission, exclamatif, dissimuler, raseur (« ennuyeux »), effleurer, portée. Comme
ces mots sont indispensables pour comprendre le texte en question, on a intérêt à chercher dans d’autres dictionnaires la sélectivité adéquate au VPF.
Tableau 1
Nombre de mots à fréquence 1-10 dans le corpus TLF (R = rang)
F 1 21 000 R 50 000
F 2 6 700 R 43 300
F 3 3 600 R 39 700
F 4 2 500 R 37 200
F 5 1 800 R 35 400
F 6 1 450 R 33 950
F 7 1 200 R 32 750
F 8 1 050 R 31 700
F 9 850 R 30 850
F 10 800 R 30 050
Tableau 1 : Nombre de mots à fréquence 1-10 dans le corpus TLF (R = rang)
Quiconque parcourt la nomenclature du Petit Robert (PR) (60000 mots)
se rend immédiatement compte que cette expérience ne dément pas celle du
Dictionnaire des fréquences 1971. Josette Rey-Debove elle-même a avoué
ne pas connaître un tiers de la masse lexicale du Petit Robert. Descendant
dans le volume des dictionnaires et montant dans le degré de sélectivité, on
en arrive aux 35 000 mots du Micro Robert (MR) ou du Robert méthodique
(RM). Est-ce là le VPF ? Pour rejeter cette hypothèse, il suffit de se rendre
compte de la présence dans le RM des mots suivants (commençant par pl) :
plafonnier, plain-chant, planisphère, plantain, plantigrade, plastigel, plastron, pleutre, plèvre, plinthe, plombières, plot. Quel enseignant pourrait raisonnablement décréter ces mots indispensables pour une bonne lecture des
journaux ? Non, une longue expérience de la version (traduction françaisallemand) nous enseigne que les dictionnaires les plus représentatifs du
degré de sélectivité adéquat sont les dictionnaires à 20 000 mots, à savoir le
Dictionnaire Hachette junior (DHJ) ou, plus récemment, le Dictionnaire du
français (DduF) de la maison Robert. Face à des textes non spécialisés et en
restreignant le contrôle aux signifiants, ces dictionnaires ne nécessitent que
rarement le recours à des sources lexicographiques plus abondantes. Voilà
pourquoi nous indiquons aux étudiants ces dictionnaires comme représentatifs du savoir lexical passif qu’il faut avoir au niveau de l’examen final (dont
la version est à réaliser sans outil lexicographique) et que nous expliquons en
note tous les mots du texte de départ qui ne se trouvent pas dans les deux dictionnaires de références, ce qui n’arrive pas toujours. Combien de mots faut-il maîtriser ? Le VPF correspond à la nomenclature des dictionnaires de
20 000. On n’a plus à les lister. Il suffit d’ouvrir ces dictionnaires.
3. LA TRANSPARENCE DES MOTS OU : COMBIEN DE MOTS
FAUT-IL APPRENDRE ?
S’il fallait apprendre 20 000 mots pour arriver au VPF, il ne resterait à la
pédagogie FLE que le désespoir. Heureusement la plupart des mots n’ont
pas à être appris. Ils sont transparents, et même doublement.
Nous pouvons distinguer la transparence intralinguistique (T 1) et la
transparence interlinguistique (T 2) et définir la transparence comme l’intelligibilité immédiate d’un mot inconnu de la langue L2 en raison d’une identité morpho-sémantique (partielle) avec un mot connu (ou plusieurs mots
connus) de la langue L2 ou d’autres langues (L1, L3, L4…).
Les mots obéissant, désobéissant, obéissance, désobéissance et désobéir
sont transparents pour l’étranger qui maîtrise le verbe obéir (T1). Les mots
actuel et actualité sont transparents pour l’Allemand qui connaît dans sa
langue maternelle L1 les mots aktuell et Aktualität (T2). Un mot comme
actualité est donc doublement transparent (T1 + T2). Les mots transparents
ne méritent pas un effort d’apprentissage au même titre que les mots non-transparents (NT). Ils appartiennent d’office au VPF. – Pour quantifier le
vocabulaire à apprendre, il faut par conséquent tout reprendre à partir de
zéro, puisque personne à notre connaissance n’a jamais fait ce compte-là.
Surtout pas le Français Fondamental qui met possible au rang 420 et impossible au rang 751 (facile 656, facilement 613), sans jamais voir le moindre
rapport. La formation des mots est la grande absente de l’entreprise. Et ce
n’est pas le Dictionnaire fondamental (DF) qui ferait le moindre effort pour
rattacher absent et absence, absolu et absolument, accueil et accueillir,
achat, acheter et acheteur, etc. La moitié du Dictionnaire fondamental est
transparente. Pour maîtriser passivement les 3 500 mots du Dictionnaire, il
n’y a que 1 700 à apprendre.
Rien n’a encore changé dans le Dictionnaire de didactique des langues
(Galisson/Coste 1976), où ni les articles compréhension, motivé ou
opacité/transparence ni aucun autre ne décrivent les conditions lexicales du
décodage. N’est-ce pas un peu étonnant, étant donné que dix ans auparavant
avait paru le Dictionnaire du français contemporain (DFC) qui par le jeu
croisé des dégroupements et des regroupements avait fait une magnifique
description des familles de mots synchroniques, distinguant par exemple
ravir, ravissant, ravissement de ravir, rapt, ravisseur ou bouton, boutonner,
boutonnage, boutonnière, déboutonner, reboutonner de bouton, boutonneux,
boutonner ? D’autres dictionnaires français se sont engagés, quoique de
façon plus timide, dans la voie du regroupement. C’est le cas, notamment, du
Robert méthodique (RM) et, dans son sillage, du Micro Robert (MR).
Dans l’optique du VPU (vocabulaire passif utile), on pourra décréter que
seuls les mots-bases doivent être appris, alors que les dérivés ou composés,
traités en sous-adresses, peuvent être considérés comme transparents. En
prenant comme exemple les articles du DFC allant de rebours (à) jusqu’à
réclamer, on obtiendra en tout et pour tout 79 unités traitées dont 40 sous-adresses face à 39 adresses. Quatre adresses se doublent d’une adresse
homonyme (dégroupement). Le nombre de sous-adresses par adresse varie
entre zéro (20 fois) et 12 (s.v. 1. recevoir). Pour le même parcours le RM
contient 38 adresses et 42 sous-adresses, ce qui, malgré quelques différences
de regroupement, ne montre pas un rapport sensiblement différent entre mots
opaques et mots transparents. La moitié des mots de ces dictionnaires sont
intralinguistiquement transparents. Ils n’appartiennent pas au VPU. Certes,
le rapport dans le Micro Robert est moins équilibré (28 sous-adresses pour
48 adresses), mais ce dictionnaire ne regroupe qu’avec frilosité, tant il a peur
de ne pas obéir suffisamment à la loi de l’alphabet (récitant n’est pas mis
sous réciter, réceptif et réceptivité ne sont pas regroupés, etc.).
À la transparence intralinguistique (T1) s’ajoute la transparence interlinguistique (T2). Sur les 58 mots (dont à rebours est le premier et réclamer le
dernier) du Dictionnaire du français (DduF) 28 peuvent être considérés
comme transparents T1, à savoir : reboutonner, à rebrousse-poil, rebutant,
récapitulation, recel, receleur, récemment, recenser, récepteur, rechange,
réchapper, recharge, rechargeable, recharger, réchaud, réchauffé, réchauffement, réchauffer (= re + chauffer), recherche, recherché, rechercher, rechute,
récidive, récidiver, réciprocité, réciproquement, récitation, réclamation.
Cette petite moitié ne fait pas le plein de la transparence, puisque neuf autres
mots ont droit au statut T2 dans l’optique d’un apprenant allemand : (1)
rébus = Rebus (2) récapituler = rekapitulieren (3) récent = rezent (4) réception = Rezeption (5) récession = Rezession (6) réciproque = reziprok (7)
réciter = rezitieren (8) réclame = Reklame (9) réclamer = reklamieren. Il est
vrai que certains des mots allemands demandent un certain niveau de culture
(1,3,6) et que certains sémèmes français ne sont pas couverts par les mots
correspondants allemands (réception « réunion organisée »). Toujours est-il
que seuls les 21 mots suivants sont candidats au VPU : À rebours, rebrousser, rebuffade, rebut, rebuter, récalcitrant, recaler, receler, recensement,
récépissé, réceptacle, recette, receveur, recevoir, rêche, rechigner, récidiviste, récif, récipient, récit, récital. Avec 21 sur 58, nous en sommes presque
au tiers. Et même si on considère que certains sémèmes faux amis gonflent
les effectifs du VPU, il reste un net déséquilibre en faveur des mots transparents. Dans le Dictionnaire Hachette junior 2002 (DHJ), on compte de à
rebours à réclamer 59 mots-vedettes. Alors que 5 mots du DduF n’y figurent
pas (reboutonner, réceptacle, réchauffé, recherché, réciprocité), 6 des mots
du DHJ manquent dans le DduF (récapitulatif, réceptif, réceptionner, réceptionniste, recevable, rechuter). La part de transparence ne s’avère donc pas
inférieure dans le DHJ au DduF. Plus de la moitié des mots de ces dictionnaires n’a pas à être apprise. Entre 7 000 et 9 000 mots réclament cet effort,
pas plus. Ces mots seuls sont utiles.
4. LA CHRESTOLEXICOGRAPHIE
La notion de Vocabulaire utile (VU) mène logiquement à un type nouveau de lexicographie qu’on peut appeler chrestolexicographie (chrestos
= utile, cf. chrestomathie). Le chrestodictionnaire ne traite que l’utile et
laisse l’inutile. Il faut distinguer la chrestolexicographie active (destinée à
fournir le vocabulaire actif utile [VAU]) et la chrestolexicographie passive
(destinée à fournir le vocabulaire passif utile [VPU]). On peut voir dans le
dictionnaire idéologique de Picoche/Rolland 2002 une réalisation de la
chrestolexicographie active. Quant à la chrestolexicographie passive, ses
réalisations sont rares. Bouscaren 1995 réalise une sélection qui n’est pas
destinée à l’apprentissage, mais à la consultation ou au dépannage. Il nous
fait prendre conscience qu’il faut distinguer entre vocabulaire passif utile à
dépanner (Bouscaren 1995) et vocabulaire passif utile à apprendre
(VPUappr). Dans cette contribution il s’agit uniquement du dernier. Quand
nous écrivons VPU, nous voulons dire VPUappr et non VPUdép.
La chrestolexicographie est une lexicographie qui s’oriente radicalement
sur les besoins prédéfinis de l’utilisateur. Tout n’est pas utile à tout moment
pour tout le monde. Cette loi vaut pour les quatre fonctions essentielles du
dictionnaire :
- aider la production textuelle
- aider la réception textuelle
- aider l’apprentissage d’un vocabulaire actif
- aider l’apprentissage d’un vocabulaire passif
La synonymie cumulative appartient à la chrestolexicographie de (1),
Bouscaren 1995 à celle de (2), le Français fondamental était orienté sur
celle de (3), nous visons celle de (4).
Dire qu’il faut apprendre, en vue du VPU, entre 7000 et 9000 mots,
c’est donner un chiffre global qui est valable au début de l’apprentissage
pour celui qui veut passer l’examen final. La chrestolexicographie d’apprentissage a pour vocation d’être graduelle en se conformant au niveau de
maîtrise des apprenants. Trois niveaux sont à distinguer, du moins en ce qui
concerne le système allemand : le niveau baccalauréat (VPU I), le niveau
universitaire premier degré au bout de deux années d’étude de français
(VPU II) et le niveau universitaire second degré au bout de quatre années
d’étude (VPU III). Le tableau 2 fournit les chiffres et suggère les dictionnaires de référence qui sont à purger de leur vocabulaire transparent.
Tableau 2
Vocabulaire passif utile (VPU) en FLE
niveau mots utiles dictionnaires
VPU I bac 1 700 DF (3 500)
VPU II bac + 2 3 300 ?
VPU III bac + 4 4 000 DduF (20 000)
Total 9 000
Tableau 2 : Vocabulaire passif utile (VPU) en FLE
Le VPU III, sélectionné et présenté par Ulrike Schmidt sous forme d’articles de dictionnaire avec équivalent allemand et éléments de fréquence, est
prêt à la publication. Pour le VPU I, il conviendra de faire un travail analogue sur les articles du DduF qui correspondent à ceux du DF (3500), car
on ne pourra pas travailler directement sur le DF à cause de sa microstructure insuffisante. Pour le VPU II, chaînon restant de la série, il suffira de
travailler, en l’absence de dictionnaire de référence adéquat, sur tous les
articles du DduF absents à la fois du DF et du VPU III.
5. AU-DELÀ DE L’INTERCOMPRÉHENSION
La notion de transparence fait, ces dernières années, l’objet d’un véritable engouement pédagogique, sous les termes d’intercompréhension/eurocompréhension ou interlexis/eurolexis (Blanche-Benveniste/Valli 1997,
Klein/Stegmann 2002, Stoye 2000), au point qu’on pense avoir retrouvé
« l’escalier dérobé de Babel » (Rousseau 1997). Tout cela est extrêmement
méritoire, mais le lecteur aura compris qu’il s’agit pour nous d’aller, au-delà
de la transparence, attaquer l’obstacle qui reste. L’escalier de la transparence permet de gagner sans beaucoup d’effort une certaine hauteur. Audelà il faut escalader le mur à mains nues, autrement dit, il faut faire l’effort
de l’apprentissage (Rousseau 1997,42 le reconnaît). Car on aurait tort de
céder à l’euphorie. L’obstacle de la non-transparence est suffisamment haut
pour générer pas mal de détresse lexicale et de découragement. Parler de
neuf mille mots à apprendre évite d’aborder l’épineux problème du
« semantic count », des sens à apprendre (combien d’unités utiles pour bouton « Knospe, Knopf, Schalter, Pickel » ?) et des locutions à apprendre
(donner le change n’est en rien transparent pour qui connaît donner et
change). Dans ces domaines, où les statistiques manquent, la sélection de
l’utile se base pour le moment sur l’expérience pédagogique. Notre chrestolexicographie n’en est qu’à ses débuts. C’est aussi la raison pour laquelle le
dictionnaire du VPU III aura, pour le moment, davantage l’air d’une liste de
mots enrichie que d’un véritable dictionnaire d’apprentissage. On peut peut-être parler d’un dictionnaire d’apprentissage minimum dans la mesure où il
y aura des équivalents allemands, des données brutes de fréquence et un
bon nombre de renvois, mais il n’y aura pas d’exemples. Pour les informations syntagmatiques, l’utilisateur devra se reporter à d’autres dictionnaires
ou aux corpus.
Le but principal est de montrer à l’apprenant que ce qui lui reste à
apprendre, n’est pas une masse infinie d’unités devant laquelle il a trop souvent tendance à baisser les bras, mais un ensemble clairement délimité et
maîtrisable par un effort concentré.
La lexicographie de la transparence n’a toujours connu que des échecs
commerciaux. Au bout de 20 ans d’existence, le DFC a été remplacé en
1986 par un dictionnaire à alphabet droit, sans aucun regroupement (Dfcol).
Récemment, le DHJ, originaire de 1980, a subi le même sort. Et même le
DduF, qui se veut un dictionnaire d’apprentissage pour étrangers et dont le
maître d’œuvre, Josette Rey-Debove, est également à l’origine du Robert
méthodique, renonce au moindre regroupement morpho-sémantique. À une
époque où le nombre d’élèves sachant seulement lire est en régression, les
dictionnaires obéissent plus que jamais à la loi de la simplicité et par conséquent privilégient la vitesse de consultation (principe qu’on peut appeler
« lexicographique ») au détriment de la structure d’apprentissage (principe
« lexicologique »). Si telle est la loi d’airain des maisons d’édition de dictionnaires, il est d’autant plus urgent que l’Université s’écarte des chemins
battus et innove dans le sens de la chrestolexicographie, sans faire d’utile et
de rentable des synonymes.
·
BLANCHE-BENVENISTE, C., VALLI, A. (dir.). 1997. « L’intercompréhension :
le cas des langues romanes », Le Français dans le monde. Numéro spécial.
·
BOUSCAREN, C. et al. 1995. Le petit ophrys. Dictionnaire anglais-français. Paris :
Ophrys.
·
DduF = Dictionnaire du français. Référence – Apprentissage (dir. Josette Rey-Debove). Paris : Le Robert/CLE International 1999 [XIV, 1233 p.]
·
DF = GOUGENHEIM, G. 1958. Dictionnaire fondamental de la langue française.
Nouv. éd. rev. et augm. Paris : Didier.
·
DFC = Dictionnaire du français contemporain, 1966. Paris : Larousse.
·
Dfcol = Dictionnaire du français au collège. 1986. Paris : Larousse.
·
DHJ = Dictionnaire Hachette junior (Rédacteur en chef : Jean-Pierre Mével).
Paris : Hachette 2002 [960 p.]
·
Dictionnaire des fréquences. 1971. Paris : Didier.
·
GALISSON, R. 1971. Inventaire thématique et syntagmatique du français fondamental, collection « Le Français dans le Monde/B.E.L.C. ». Paris : Hachette et
Larousse.
·
GOUGENHEIM, G. et al. 1964. L’élaboration du français fondamental
(1er degré). Nouv. éd. rev. et augm. Paris : Didier.
·
KLEIN, H. G., STEGMANN, T. D. 2000. EuroComRom – Die sieben Siebe :
Romanische Sprachen sofort lesen können, Editiones EuroCom 1.3e éd.
Aachen : Shaker.
·
PICOCHE, J., ROLLAND, J.-Cl. 2002. Dictionnaire du français usuel. 15 000
mots utiles en 442 articles. Bruxelles : De Boeck/Duculot.
·
PR = Le petit Robert. 2002. Paris : Le Robert.
·
RM = Le Robert méthodique. 1989. Paris : Le Robert.
·
ROUSSEAU, J. 1977. « L’escalier dérobé de Babel », in Blanche-Benveniste C.,
Valli, A. 1997, p. 38-45.
·
STOYE, S. 2000. Eurocomprehension : Der romanistische Beitrag für eine
europäische Mehrsprachigkeit, Editiones EuroCom 2. Aachen : Shaker.
·
TLF = Trésor de la langue française. Paris : Gallimard.