2004
revue de didactologie des langues-cultures et de lexiculturologie
Présentation
Jean-Michel Robert
À l’origine de ce numéro se trouvent les travaux du LESCLaP
(Laboratoire d’Études Sociolinguistiques sur les Contacts de Langues et la
Politique linguistique) de l’université de Picardie Jules Verne. Après le
Colloque International « Problèmes linguistiques, sociologiques et glottopolitiques de la proximité linguistique » à Amiens (du 21 au 24 novembre
2001)
[1], il a semblé fructueux à certains des membres de ce laboratoire de
pousser plus avant la réflexion en confrontant les avancées des recherches en
sociolinguistique et en didactique des langues et des cultures proches. Ce fut
l’occasion d’un Atelier Colloque du LESCLaP sur le thème « langues voisines et langues étrangères : approches didactiques et sociolinguistiques »,
tenu à l’Alliance Française de Paris (18 juin 2004).
Une des questions centrales était la possible distinction entre langues voisines et langues proches en se basant sur le degré d’intercompréhension et
de culture partagée. Il y aurait alors des langues voisines (collatérales) et
des langues étrangères proches. Cette question, qui a plus sensibilisé les
intervenants provenant de la linguistique appliquée et de la didactique des
langues que ceux issus de la linguistique ou de la sociolinguistique, n’a pas
été résolue lors de ce colloque. Cette distinction existe pourtant, particulièrement en pédagogie des langues voisines scandinaves. Les réflexions se
sont poursuivies, dans le cadre de l’élaboration de ce numéro, avec l’aide de
quelques enseignants chercheurs spécialistes de l’enseignement/apprentissage des langues proches (et/ou voisines). La problématique de départ s’est
quelque peu déplacée et s’est recentrée sur les stratégies d’accès aux
langues proches et aux langues voisines (termes qui selon les auteurs et les
aires didactiques ne recouvrent pas toujours les mêmes significations), avec
cependant comme question transversale la pertinence d’une approche pédagogique différenciée pour les langues proches et les langues voisines.
Dans son article « Langues proches : que signifie de les enseigner ? »,
Jean-Michel Éloy propose une typologie des distances, des proximités
linguistiques et défend la prise en compte, au niveau didactique, du voisinage linguistique. L’article suivant de Horst G. Klein « L’eurocompréhension (EuroCom), une méthode de compréhension des langues voisines »
présente les objectifs et les réalisations des programmes de recherches
EuroCom : développement d´une méthode de compréhension (orale et
écrite) de langues apparentées dans les trois grands groupes linguistiques
européens (roman, slave et germanique).
Les deux articles suivants s’attachent particulièrement au cas des langues
romanes. Celui de Mariella Causa « Langue officielle, langue seconde,
langue proche, langue voisine… bref, l’italien dans tous ses états » dresse
un état de la situation linguistique en Italie et de l’enseignement/apprentissage de cette langue, particulièrement dans les programmes Galatea et
EuRom4 et offre une réflexion sur les notions de « langue proche » et de
« langue lointaine ». Celui de Philippe Reynés « Approche de l’apprentissage lexical et du rôle du lexique dans plusieurs méthodes et manuels de
catalan » aborde, avec la comparaison de quelques méthodes de catalan
pour non catalanophones, la problématique langues proches/langues voisines à la lumière d’une collatéralité linguistique et d’une collatéralité référentielle dans un même espace linguistique communautaire.
Les langues scandinaves se devaient bien sûr d’être présentes dans ce
numéro
[2]. En effet, les Scandinaves ont depuis longtemps développé une
pédagogie des langues voisines, enseignées en milieu scolaire dans le cadre
de la langue maternelle alors que l’enseignement des autres langues
s’inscrit dans un apprentissage des langues étrangères. Cette didactique particulière d’intercompréhension des langues voisines peut influencer l’enseignement de ces langues scandinaves dans un pays proche où l’intercompréhension n’est que partielle ou faible (Jean-Michel Robert : « Les langues
voisines en Scandinavie »). Pour Bodil Aurstad « Des langues semblables,
simplement différentes. Enseigner le norvégien en Suède », l’idéal linguistique d’intercompréhension en Scandinavie est menacé par le prestige linguistique de l’anglais. C’est pour lutter contre ce péril que le système éducatif nordique préconise un enseignement minimal des langues voisines
dans le but de favoriser la communication inter-scandinave.
Le cas des langues régionales ne devait pas non plus être négligé, particulièrement celui du picard
[3]. Pour Alain Dawson « “L’patois s’apprind tout
seu”: les pièges de l’enseignement du picard », la très (trop) grande proximité
de cette langue avec le français fait obstacle à son enseignement. L’examen de
quelques manuels de picard montre qu’il est plus question de sensibilisation
que de transmission d’une compétence de communication.
Dans le dernier article « Proximité linguistique et pédagogie des langues
non maternelles », je propose une distinction, au niveau didactique, entre
d’un côté les langues voisines (grande intercompréhension et culture partagée) et les langues proches (intercompréhension plus faible sans culture
partagée), de l’autre les langues relativement éloignées et les langues très
éloignées.
[1]
Cf.
Des langues collatérales, problèmes linguistiques, sociologiques et glottopolitiques de la
proximité linguistique. Actes du Colloque international réuni à Amiens, du 21 au 24 novembre
2001. J.-M. Éloy (dir.), L’Harmattan, 2004.
[2]
Tout comme elles sont présentes dans les recherches en collatéralité. Le deuxième colloque
sur les langues collatérales « Langues proches (langues collatérales 2) », qui se tiendra en Irlande,
à l’université de Limerick, du 16 au 18 juin 2005, présentera des interventions sur l’intercommunication dans les pays scandinaves.
[3]
Le LESCLaP est associé à l’université d’Amiens au Centre d’Études Picardes (CEP).