Ela
Klincksieck

I.S.B.N.9782252035498
120 pages

p. 389 à 392
doi: en cours

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n° 144 2006/4

2006 revue de didactologie des langues-cultures et de lexiculturologie

Présentation

José Luis ATIENZA Université d’Oviedo
Les attitudes linguistiques constituent un champ de recherche vaste, de plus en plus fréquenté, qui admet une grande diversité de regards. Des anthropologues, des sociologues, des linguistes, des didacticiens des langues, des psychologues, des psychanalystes, entre autres, ont fait d’elles leur objet d’étude et ont offert des résultats significatifs qui intéressent la communauté scientifique aussi bien que les décideurs des politiques linguistiques ou les professeurs de langues, en particulier des étrangères. Révolue depuis longtemps l’époque où l’on croyait à la possibilité d’une méthodologie scientifique pour l’appropriation des langues autres que la maternelle, le poids du subjectif demande de plus en plus à être reconnu. Nous savons fort peu de chose sur la manière dont les langues sont acquises mais nous admettons tous que le désir d’apprendre est un levier essentiel pour que ces acquisitions aient lieu. Or, le désir ou son manque – dont les fondements sont très difficiles à expliquer – sont repérables aux attitudes des personnes envers l’objet, dans notre cas une langue ou des langues.
C’est de ces attitudes que, de manières différentes, traitent les articles qui composent ce numéro des Études de Linguistique Appliquée.
David Lasagabaster, qui a fait plusieurs recherches dans le domaine et qui a publié récemment un texte de référence où il fait le tour de la question (Trilingüismo en la enseñanza. Actitudes hacia la lengua minoritaria, la mayoritaria y la extranjera. Milenio, Educación. 2003), ouvre la réflexion. Il nous propose, sous le titre « Les attitudes linguistiques : un état des lieux », une vision d’ensemble, dès perspectives qui sont les siennes. Il commence par définir les attitudes et s’occupe, après, de présenter les recherches qui ont étudié leurs origines avant de se centrer, avec un esprit militant qui n’aveugle pas le chercheur qu’il est, sur les attitudes à l’égard des langues minoritaires, un domaine qu’il connaît bien pour vivre et travailler dans une région espagnole, le Pays Basque, où la langue traditionnelle de la communauté, le basque, se caractérise, comme chacun le sait, par ce statut minoritaire. Dans la troisième partie de son texte, Lasagabaster aborde la problématique des attitudes dans le domaine de langues étrangères qu’il a aussi personnellement étudiées. Son dernier chapitre établit le lien entre les attitudes et la réussite dans l’appropriation des langues. Il s’agit, à travers ce parcours, de présenter, comme le dit le titre de son article, « un » état des lieux que les travaux des autres collaborateurs de ce numéro viendront plus ou moins directement compléter.
C’est bien le cas, très directement, de Jane Arnold, qui s’occupe depuis des années d’étudier les liens entre affectivité et apprentissage des langues, à qui nous avons demandé de faire une révision de la littérature sur ce sujet, qui nous semblait être inséparable de celui des attitudes. Nous avons voulu placer son texte à la suite de celui de Lasagabaster parce que, d’une certaine manière, c’est « une » autre panoramique de la problématique des attitudes qu’elle aborde ici. Sous le titre « Comment les facteurs affectifs influencent-ils l’apprentissage d’une langue étrangère ? » elle s’acquitte de la tâche guidée par la préoccupation, nous semble-t-il, d’apporter des informations utiles à d’autres chercheurs du domaine autant qu’aux enseignants de langues. C’est d’ailleurs à l’adresse de ces derniers qu’elle propose des suggestions pédagogiques dans chacun des chapitres de son long travail, lequel commence par rappeler l’importance de l’affectif non seulement en didactique des langues mais aussi dans la vie de tous les jours et s’arrête, après, sur quatre domaines où l’affectivité se joue dans la salle de classe : l’anxiété, l’estime de soi, les attitudes et les croyances et les styles d’apprentissage. Les trois articles suivants présentent des résultats de recherches qui se situent dans l’un des extrêmes, ou entre eux, des deux perspectives construites par Lasagabaster et Arnold.
Le premier des trois, écrit par Xosé-Antón G. Riaño, « Les attitudes linguistiques chez de jeunes adolescents dans la Principauté des Asturies. Implications didactiques », est un exemple paradigmatique du type de travaux que les chercheurs engagés dans des combats pour la défense des langues minoritaires et minorées sont souvent amenés à faire pour trouver des pièces à conviction qui puissent être admises dans les contentieux qui les opposent souvent aux autorités politiques : face au manque d’intérêt de celles-ci pour la sauvegarde du patrimoine linguistique, les chercheurs offrent les résultats de leurs travaux dans lesquels les citoyens témoignent de leur attachement majoritaire à la préservation de ce patrimoine. G. Riaño, présente dans son texte plusieurs exemples de recherches – une partie des quelles conduites par lui-même – dont l’objet est de connaître les attitudes linguistiques des habitants des Asturies, région autonome espagnole qui possède une langue minoritaire qui ne jouit pas du statut de co-officialité, même si elle est protégée par des lois qui restent, dans la plupart des cas, lettre morte.
Jean-Marc Delaewe, dans un article très riche, aborde « l’effet des variables objectives et affectives sur la maîtrise orale de multilingues adultes ». Par rapport aux travaux habituels sur le développement de la maîtrise orale en langues étrangères qui s’occupent soit des variables objectives soit des subjectives, l’étude de Delaewe se distingue, d’un côté, par la population visée, des adultes, dont l’instruction formelle est terminée, et, de l’autre, par s’être focalisée sur les variables indépendantes objectives combinées aux variables affectives comme les perceptions que les personnes ont de leurs différentes langues ou sur le degré de maîtrise qu’elles en ont. Mais il ne se contente pas de cela : dans la première partie de son article, Delaewe, réalise un survol de la littérature qui vient compléter et enrichir les apports de Lasagabaster et Arnold. Ce survol se focalise sur l’influence dans l’appropriation des langues étrangères de domaines qui sont ceux des objectifs de la recherche dont il présente les résultats : le contexte d’acquisition, l’âge des apprenants au début de l’apprentissage, la fréquence d’usage de la langue, la socialisation de la langue ou des langues, l’anxiété communicative, la perception de la propre compétence, la perception de la langue cible et la perception de ce qu’il appelle l’émotionnalité de la langue cible.
De notre côté, nous avons voulu présenter ici les résultats d’une recherche collective sur « les représentations culturelles d’étudiants étrangers » de notre université d’Oviedo. Nous considérons que les attitudes à l’égard des langues et cultures étrangères (mais aussi envers toute autre réalité) dépendent largement des représentations qu’on en a. Étudier ces représentations, les identifier, les interpréter, essayer de comprendre la manière dont elles se construisent est donc important pour mieux appréhender les attitudes. Dans notre article, après avoir précisé le cadre théorique de l’étude que nous avons dirigée, nous résumons une partie de ses résultats en trois chapitres : le premier aborde les informations obtenues du premier des instruments de collecte de données, un questionnaire ouvert ; le second, celles de l’une des huit catégories analysées à partir des deux autres instruments : des entretiens et des journaux croisés ; le troisième, présente un aperçu du travail d’introspection individuelle que l’équipe de chercheurs réalisa avant de conclure ses travaux pour essayer de comprendre dans quelle mesure ses représentations culturelles sur la réalité espagnole et celle des pays étrangers des informateurs avaient évolué au cours de la durée de la recherche.
Les travaux présentés dans les deux derniers articles nous sont spécialement chers car le regard qu’ils jettent sur les attitudes aurait pu être le nôtre. En réalité nous avons cette fois-ci renoncé nous même à ce regard et avons préféré demander aux deux auteurs, sans doute mieux armés que nous pour le faire, de le prendre en charge. Jean-Marie Prieur le fait de manière allusive dans un texte à l’allure simple mais qui témoigne, dans sa sobriété, d’une grande complexité et d’une pénétrante acuité. L’objet de sa réflexion sont les attitudes des écrivains envers les langues qu’ils adoptent pour s’exprimer. Prieur cherche à comprendre et à nous faire comprendre les nouages intimes aux langues qui donnent forme au désir d’écriture de ces auteurs et les rapports qu’ils peuvent avoir aux langues. Quatre modalités sont envisagées selon que pour l’écrivain il s’agisse d’attaquer, de défendre, de refouler ou de s’approprier sa langue.
Le point de vue choisi par Françoise Hatchuel pour aborder les attitudes linguistiques est, lui, franchement psychanalytique. Partant de l’idée que le langage – pas seulement le langage verbal mais aussi celui de la tendresse et de la passion, cher à Ferenczi – est un espace de confrontation à l’altérité – celle d’autrui et la sienne propre, cette « inquiétante étrangeté » dont Freud parlait, construite par le discours de l’autre –, elle nous demande de l’accompagner dans sa réflexion à travers un voyage dans les profondeurs des sujets grâce à de concepts riches et forts empruntés au même Ferenczi, à Mendel, à Laplanche, à Aulagnier, à Anzieu, à de Mijolla, etc. Ce voyage dans des nouvelles contrées que nous suivons non sans difficulté, manquant parfois de repères suffisants, nous contraint à regarder autrement la réalité du langage et nos rapports avec elle. Des exemples cliniques, empruntés à la littérature et à des études de terrain menées par l’équipe de recherche dont elle fait partie, lui servent à illustrer les idées qu’elle avance et à nous les faire plus accessibles.
Ce numéro dessine donc un vaste et pluriel panorama – qui est pourtant bien loin de saturer le domaine – à partir de points de vue qui, s’ils ne sont pas contradictoires entre eux, ne sont pas toujours compatibles. Mais c’est du dialogue entre discours éloignés, parfois marginaux, que de la lumière nouvelle peut se faire en ce domaine des attitudes linguistique comme dans n’importe quel autre.
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