Ela
Klincksieck

I.S.B.N.9782252036099
128 pages

p. 261 à 263
doi: en cours

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n° 147 2007/3

2007 revue de didactologie des langues-cultures et de lexiculturologie

Présentation

Nathalie Auger Projet transversal Arts du langage (Allems) LACIS-DIPRALANG Gisèle Pierra Université de Montpellier III
Articuler certaines pensées du langage et des langues à travers l’histoire et des pratiques pédagogiques créatives adressées à des publics d’apprenants migrants a été le pari de notre projet de recherche transversale autour des Arts du Langage en Langue Étrangère, Maternelle et Seconde (ALLEMS) [1] en 2007. Les contributions de ce numéro [2] ont délibérément placé le sensible, la subjectivité, au centre d’un rapport ouvrant le sujet simultanément au langage, aux langues et à la création. C’est en effet par la subjectivité, c’est-à-dire par le corps et la voix mis en action dans des projets langagiers guidés par des équipes d’enseignants, formateurs et artistes – qui apportent la technique de leur art : art d’enseigner en même temps que pratique d’un art – grâce à des Å“uvres et par les relations intersubjectives des dialogues humains, que les représentations inhibantes des langues pourront se modifier. Telle est l’hypothèse pour que l’aventure esthétique et linguistique puisse commencer.
Qu’il soit d’ici ou venu d’ailleurs, le sujet en formation se nourrit de certaines expériences langagières en langue autre, aussi langue des Å“uvres, qui lui donneront sa place de sujet parlant dans l’entre-deux des langues et des cultures. Les Å“uvres et leur langage, dans la langue nouvelle, seront à conquérir. Selon Daniel Sibony, il y a dans l’entre-deux (ou 3 ou 4 etc.) des langues, des frontières flexibles, poreuses, un jeu des différences permettant la modification perpétuelle de l’identité des sujets. L’entre-deux des langues est le partage même de la langue en tant qu’elle est à la fois langue poétique et langue des échanges. Ces hypothèses nous concernent et, dans leur prolongement, nous entendons ce partage également comme possibilité d’un devenir autre, dans la différence, grâce à la nouveauté d’une langue-Å“uvrante qui suscite de réels partages langagiers par la construction de nouveaux liens culturels.
Henri Meschonnic vise juste, semble-t-il, quand il dit que le corps pensé de façon neuronale ne donne pas l’articulation au langage par le sensible et au sensible par le langage. Or, être articulé au langage par le sensible et au sensible par le langage est un objectif éducatif d’une urgence dorénavant reconnue. Cette urgence de formation fait signe aux chercheurs et aux praticiens. Elle incite à la transversalité. Notre avis est qu’il faut en effet tendre ce pont vitalisant entre pratiques et théorisations langagières. La didactique des langues, la linguistique, les arts et lettres ne se rencontrent-ils pas au cÅ“ur des pratiques qui les renouvellent sans cesse ?
Orienter cette problématique vers un public spécifique, celui des migrants, adultes ou enfants, rend compte de notre double travail, à la fois, sur l’ensei-gnement-apprentissage du français langue seconde et sur le fait d’être acteur dans un domaine artistique.
Les arts du langage semblent être un apport de premier ordre pour ces publics. Entrer dans une pratique artistique et culturelle représente une prise de risque, celle de s’exposer au regard de l’autre, en même temps qu’elle augmente la confiance en soi. Ces pratiques permettent aussi de se trouver moins démuni, notamment face à des pratiques scolaires nouvelles ou inconnues (on pense aux Élèves Nouvellement Arrivés – ENA – non scolarisés antérieurement). La pratique artistique est en tension entre le technique et le créatif de la langue, le mimétique et le subjectif, et c’est justement là qu’il peut y avoir un ancrage de la personne.
L’initiation – au sens initiatique, qui comprend à la fois le début et la fin – aux pratiques artistiques (littérature, cinéma, théâtre, arts plastiques, musique, danse) peut alors se révéler pertinente.
Le souci de transversalité qui anime notre réflexion a fait dialoguer des praticiens, des chercheurs et des artistes [3] – tous ont des choses précieuses et pertinentes à exprimer sur les publics avec lesquels ils travaillent.
Ce numéro se compose de deux volets. Le premier a pour objet de proposer une perspective diachronique et théorique du sujet traité. Ainsi, l’appro che envisagée par Gilles Siouffipermet de prendre du recul face à ce débat passionné et passionnant autour des langues de culture et des langues communes, tandis que Marie-Pierre Noël développe le cas du grec comme langue de culture à titre d’exemple. Le texte de Jean-Marie Prieur sur la linguistique et la littérature face à la langue maternelle montre combien les langues sont traversées par les dimensions du réel, du symbolique et de l’imaginaire. Quelle est alors la place de la langue maternelle, majeure pour les migrants ? Comment est-elle représentée, vécue ? Ce premier ensemble d’articles aide à relativiser l’image des langues et de leur enseignement, à envisager autrement la diversité langagière et leurs pratiques, les normes et les variations. D’autre part, les langues ont un lien fort avec le corps, si présent dans les pratiques artistiques et si absent dans les apprentissages. Pourtant, le corps, ce parent pauvre de la linguistique, est très important, notamment en début de formation. Six cents muscles en action quand nous parlons et pas de corps dans la langue ? C’est pourquoi Lydie Parisse revient sur l’importance du théâtre comme pratique langagière.
Le second volet traite des pratiques pédagogiques artistiques adressées à des publics migrants. Comment passer de l’inter-linguistique à l’inter- culturel, d’une langue à l’autre, d’une pratique à l’autre en intégrant cette altérité au nouveau soi comme dans les articles de Claudine Moïse sur les ateliers d’écriture et de danse, de Stéphanie Clerc, Claude Cortier et Amandine Longeac sur le théâtre et la calligraphie ? Vincent Belaubre propose le jeu des marionnettes. Pour favoriser la décentration et l’expression, Olivier Terrades, Richard Talagrand (littérature et arts pour entrer dans le français langue seconde) et Dalie ChrifiAlaoui portent un regard sur les pratiques artistiques dans leur ensemble et montrent comment elles développent la confiance en soi et en ses compétences langagières. Enfin, Tayeb Bouguerra expose l’intérêt de travailler la littérarité des discours quotidiens afin d’entrer dans la connivence culturelle et sociale. Ces expériences, à la fois très spécifiques et universelles, peuvent se révéler un début de solution pour une rencontre avec l’autre texte, l’autre langue, l’autre culture.
Les Arts du langage sont un lieu vivant de confrontations problématiques des corps, des langues et des cultures. La matière sonore des mots, le rythme, la force des Å“uvres et le désir tout simple de se traduire au monde en s’exprimant, en écoutant et en créant, offrent l’altérité en partage : celle qui donnera accès aux joyeux mystères de la diversité linguistique et culturelle et au désir réitéré d’apprendre pour en savoir encore un peu plus.
 
NOTES
 
[1]LACIS, Équipe DIPRALANG, EA 739, université Paul Valéry, Montpellier III (voir présentation de l’Allems en fin de numéro).
[2]Nous tenons à remercier chaleureusement Chantal Forestal qui a souhaité offrir une place de choix à la question des arts du langage et des publics migrants dans ce numéro qu’elle nous a aidé à réaliser.
[3]Notamment lors de notre colloque « arts du langage, publics migrants et pratiques artistiques » organisé en janvier 2007 à l’université Montpellier III.
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