2002
EMPAN
L’inédit du projet
Espoir
Alain Roucoules
« Tout au long de ces mots
Assemblés, conjugués pour ce numéro
Il en est un qui, comme un jet,
Met le mot projet sur un trajet. »
Et parfois il n’y a plus d’espoir, alors c’est le désespoir : Pile et face de la scène de vie des hommes.
S’il n’y a plus d’espoir, est-ce le désespoir ?
Parfois oui, à tel point que l’homme doit s’imposer des événements, voire les provoquer. Il plonge son corps dans les maladies, les addictions, le projette dans des actes insensés. C’est une répétition sans fin dans un temps emprisonné où les corps sont excités sur un monde interne sans projet.
Parfois oui, à tel point que les systèmes institutionnels doivent s’imposer des événements, voire les provoquer… monde institutionnel sans projet.
Demain sans projet n’est plus demain.
S’il n’y a plus d’espoir, est-ce le désespoir ?
Parfois pas complètement, parfois pas du tout. Alors pourquoi. Parce que peut-être l’espoir quand il s’est chevillé au corps vécu de l’homme est toujours là comme la braise sous la cendre.
L’espoir projette l’esprit dans un avenir, produit du projet, des projets. Il est arc-bouté sur la foi en demain, sur un temps déroulé, un demain changé, différent d’aujourd’hui. Il est espérance d’un plus de l’homme, pour l’homme.
Demain, quand je serai grand, je ferai… dit l’enfant.
Demain, quand je serai… je ferai… dit le grand.
L’espoir projette l’institution, espérance d’un plus pour les « usagers ».
Demain, il faut se réunir pour réfléchir au projet, et ainsi de demain en demain le processus d’interminable institutionnalisation crée la vie… au fil des projets.
« Ce qui embellit le désert, dit le Petit Prince, c’est qu’il cache un puits quelque part [1]… »
Si l’espoir fait vivre comme dit le dicton, ce n’est pas par dérision mais parce qu’il est la possibilité même de se projeter demain dans un espace temps différent où « je » serait dans un rapport au monde et à moi-même différent.
L’espoir est projeté, il est énergie au service du projet, des projets de l’homme qui marche.
« Quand les ténèbres vous entourent, dites : Cette obscurité est déjà l’aurore qui attend de naître, et si je souffre avec la nuit dans ses douleurs d’enfantement, en moi aussi l’aurore naîtra comme elle se lève sur les collines [2]. »
[1]
A. Saint-Exupéry,
Le Petit Prince, Gallimard,
nrf,1966.
[2]
K. Gibran,
Le Prophète et le jardin du prophète, Paris, Mille et une nuits, 2000.