2002
EMPAN
Articles et publications
Histoires de rencontres
Dans Penser les pratiques sociales
– Une utopie utile paru chez érès à l’occasion des dix ans
d’empan, nous avions envisagé de
proposer une série de textes de personnes qui ont marqué et qui marquent par
leur personnalité et leur prise de position, nos pratiques. Les textes étaient
accompagnés de courts récits de certains d’entre nous témoignant d’une
rencontre. Des impératifs d’édition nous ont obligés à y renoncer. Mais nous
souhaitons, malgré tout, vous les faire partager.
Serge Lebovici,
Penser le soin (no 6, octobre 1991)
Je téléphone à Serge Lebovici et lui indique notre souhait
qu’il participe à notre réflexion autour de « Penser le soin ». C’est un homme
disponible malgré ses tâches et curieux de l’autre, de la vie. Il est d’accord
pour écrire. Il me dit même qu’il a dans son ordinateur ce qu’il a envie de
nous dire. Quelques jours après, nous recevons sa disquette.
Un souvenir s’impose à moi…
Il y a longtemps maintenant, un enfant de 10 ans, en
psychothérapie, présentant une inhibition intellectuelle avec des parents
inquiets. Je m’interroge sur cette situation que je ne sens pas et ne comprends
pas. Dans le matériel pauvre des séances, surgit un jour un lutin bleu. Je me
mis à lire Les Schtroumpfs. J’étais
particulièrement intéressé par le Grand Schtroumpf qui dit toujours qu’il faut
s’entraider, car l’union fait la Schtroumpf. Devinette : qui est schtroumpf,
qui a un schtroumpf vert et qui schtroumpfe quand on le schtroumpfe ? Réponse
un schtroumpf, non deux schtroumpfs.
Je vous conseille vivement de lire
Schtroumpf vert et vert schtroumpf de
Peyo paru en 1973. Il est question de groupe et de langage… sans
schtroumpfette. Le Grand Schtroumpf bleu devint quelque temps le centre de nos
séances. En fait, j’appris qu’il vivait à la capitale et que la famille l’avait
rencontré. J’appris aussi que le grand-père maternel n’était pas le père de la
mère… Nous étions là, déjà, dans la filiation à l’affiliation et au mandat
familial.
Vous avez compris que le Grand Schtroumpf aux yeux bleus était
Serge Lebovici, que les parents et l’enfant avaient consulté et qu’une alchimie
particulière avait été mise en jeu à travers lui, entre les différents
partenaires de cette rencontre…
Rémy Puyuelo
François Tosquelles,
Pratiques psychodramatiques et
psychiatrie (numéro spécial 92)
C’est à Reus, petite capitale culturelle et commerciale de la
Catalogne, lieu de sa jeunesse et de ses premières expériences professionnelles
que, en ce printemps 1992, François Tosquelles rédige ce court article à
l’occasion des viiie journées de l’Association espagnole de
psychodrame que la cité accueille.
Reus où il a vécu l’exil imposé aux républicains espagnols en
1939, et qu’il retrouvera dans les années soixante-cinq afin d’y animer avec
régularité et génie la recherche et la formation professionnelle qui
vitaliseront les pratiques soignantes concrètes de l’imposant Institut Pere
Mata et de son secteur.
Entravé un temps suite à un accident de voiture, entre
Granges-sur-Lot où il n’a pas tout à fait pris sa retraite et Reus, souffrant
d’une lourde insuffisante respiratoire, F. Tosquelles rédigera pourtant, de
1990 à 1992, pour la revue Empan,
trois autres articles répondant aux thèmes proposés : les groupes, les
médiations, la santé.
À nouveau sollicité, il différera cette fois, un temps, sa
réponse ; il sait qu’un numéro spécial sur la psychothérapie institutionnelle
réunissant nombre de ses proches va être édité. Fidèle à ses amis et à son
inlassable tâche de « psychiste » mais toujours attentif à ne pas paraître
comme un maître, ni surtout à favoriser un savoir par trop imaginaire, il
proposera alors cet article sur le psychodrame. Issu une fois encore de
circonstances et rencontres actuelles concrètes, nécessitant par ailleurs un
travail de « traduction », cet article dévie peut-être ainsi l’hommage plus
direct, que nous préparions en fait, à l’occasion de son quatre-vingtième
anniversaire.
Au-delà de son adresse catalane première, ce petit texte,
apparemment donc excentré du numéro sur la psychothérapie institutionnelle qui
va l’accueillir, se révèle, lorsque nous le mettons en travail, d’une
transmission dense et vibrante, en relance de nombreuses ouvertures
théorico-pratiques que son auteur a nourries et tissées sa vie durant
!
Patrice Hortoneda
Jean Oury,
Et si on parlait d’architecture…
(no 18, juin 1995)
Tout a commencé par un texte de Jean Oury paru dans la revue
Recherches de juin 1967 intitulé «
Psychiatrie et Architecture ».
Le texte en question était subversif, révolté contre toute
forme de pensée aliénante et, sans connaître à cette époque l’auteur, des zones
d’accord existaient déjà.
Dans la mouvance de cette époque, nos incursions aux Rencontres
de Saint-Alban sur la psychothérapie institutionnelle nous permettaient
superficiellement d’échanger quelques mots avec Tosquelles, Bonnafé,
Oury…
L’opportunité de l’animation du numéro d’Empan sur le thème « Espace et Architecture » en
1994, m’incitera non sans quelque appréhension à solliciter Jean Oury pour une
réflexion commune sur ce sujet.
En toute simplicité ma demande fut acceptée et c’est en marge
des colloques et des grandes scènes que nos rencontres se sont déroulées dans
l’intimité de son bureau à la Borde.
Ces entretiens révéleront un personnage accessible,
accueillant, généreux.
Sa capacité à reprendre mes suggestions parfois maladroites et
à les magnifier par les liens établis entre les différents domaines où l’humain
trouve toute sa dimension (musique, théâtre, littérature…) faisait de moi le
partenaire d’une construction remarquable.
Je retiendrai pour l’occasion sa formulation de la rencontre :
« Il n’y a pas de rencontre sans hasard. »
Et c’est aussi le hasard qui a révélé deux espaces synonymes
chers à notre enfance : lorsqu’il évoque « la Garenne-Colombe » juste à la
limite de la « zone » avec ses immigrés italiens, polonais, maghrébins,
espagnols… les terrains vagues qui s’étendaient sur des kilomètres jusqu’à
Nanterre ; et pour ce qui me concerne les baraques ouvrières de mon enfance
dans la zone et les terrains vagues contigus à l’usine dans la vallée de
Vicdessos.
Il me parlera de « l’arrière-pays » de chacun de nous pour que
la rencontre soit possible…
La rencontre a eu lieu.
Pour terminer ces quelques lignes, je voulais rappeler ce qu’il
avait conclu à la fin de nos entretiens :
« Nous n’avons pas fait le tour, il faut que ça reste précaire.
»
Ne jamais clore…
Joseph Bombin
Lucien Bonnafé,
De la mémoire ou de l’« oubli » ?
(no 19, octobre 1995)
Lucien…
C’était dans un petit bistrot à la Villette. On y servait un
couscous maison avec du vin en bouteilles d’un litre étoilées. On avait
travaillé toute la matinée aux cemea
pour vst. Lucien est arrivé, le
chapeau de guingois. Je me suis pensé ; voilà Bogart qui débarque. Il a tombé
le galurin, s’est assis, a tiré une clope d’un paquet écrasé, s’est versé un
verre : il est comment le couscous ? Puis, il s’est lancé dans une diatribe
détonnante contre l’ennemi juré, Alexis Carrel : des fascistes à la petite
semaine voulaient donner son nom à une rue ou un truc dans ce genre. Pendant
une plombe, le père Lucien nous a fait l’article : tout y est passé. Son regard
s’est assombri. La guerre, les thèses ignobles de Carrel, la psychothérapie
institutionnelle, les rencontres avec Tosquelles, Oury, Le Guillant… Là, son
œil luisait. Je me suis dit près de quatre-vingt berges et pas une ride.
L’indignation du jeune homme est là, à fleur de peau, toujours neuve : on n’en
aura jamais fini avec la bagarre. Pour un peu plus d’humain, un peu plus de
justice, un peu plus de camaraderie. Lucien, c’est un type qui ne se laisse pas
rétamer par la chienne de vie. Il vous l’empoigne à bras le corps et il monte à
la barricade, quel que soit l’âge. L’âge n’est pas celui des artères, mais
celui du cœur. On a évoqué son rôle dans le mouvement de
désinstitutionalisation ; l’aventure du secteur. Lucien, il m’a tutoyé tout de
suite. J’avais la moitié de son âge. La discussion a glissé sur le surréalisme
à Toulouse au début du siècle, puis sur Joë Bousquet… Là, on a échangé un clin
d’œil. Mais Lucien était déjà ailleurs. Parlons-en du secteur. On a foutu les
fous à la porte, oui ! Là où dans le temps on pratiquait sans vergogne
l’internement abusif, c’est de l’externement abusif qu’on fait. Le secteur, ça
consiste pas à foutre les gens dehors, tous ces gens qui cherchent asile devant
les vacheries de la vie ou de la société. Il faut qu’ils puissent se réfugier
quelque part, qu’on les protège des méfaits de la société, cette société de
plus en plus intolérante, normosée, fascinante… Il était lancé le Lucien. Une
belle première rencontre. On s’est écrit. On s’est perdus de vue. On s’est
revus. Il m’a envoyé un rêve pour un premier de l’an. Quel cadeau ! Pensez
donc, un vieil homme qui fait cadeau du récit d’un de ses rêves. Avec ces
quelques mots : te laisse pas faire, ce n’est qu’un début, continuons…
Joseph Rouzel
Jean-Pierre Worms,
La crise du lien social, le problème du chaînon
manquant (no 32,
décembre 1998)
C’est en 1976 que je découvre – à travers un texte –
Jean-Pierre Worms, un sociologue représentant l’école française de la
sociologie des organisations, intervenu lors du 30e congrès de l’anas sur : « Les fonctions politiques de
l’administration française » (anas,
Les assistants de service social et la vie
politique, Paris, esf,
1976). Ce texte analysait si clairement les rapports entre les travailleurs
sociaux et la politique, au sein des jeux et enjeux organisationnels, qu’il m’a
servi de support pédagogique pendant des années. Mais Jean-Pierre Worms, ce
n’était pour moi qu’un nom associé à une pensée inventive et
stimulante.
Je ne fis sa connaissance que vingt ans plus tard, grâce à Jean
de Marcillac, directeur régional de l’Action sanitaire et sociale en
Midi-Pyrénées et membre fondateur de la fonda. Avec Jean-Pierre Worms, secrétaire
général de la fonda, ils souhaitaient
associer l’université à un projet original dont l’objectif était de promouvoir
la vie associative comme facteur de démocratie et de citoyenneté. Cette
démarche devait se réaliser par la rencontre des militants associatifs et des
chercheurs universitaires, afin de modifier les représentations du monde
associatif et de revaloriser la dimension politique des associations.
Tour à tour chercheur, député, fondateur de plusieurs
associations (président de France initiative réseau –
fir – et du laboratoire du Futur) et
toujours militant pour une société plus juste et plus respectueuse de l’homme,
il témoigne de la richesse et de la créativité sociale qui émergent quand la
rigueur de l’analyse se conjugue à l’enthousiasme de l’action.
C’est pourquoi je lui ai demandé d’écrire pour
Empan et d’analyser l’évolution de la
société à travers la crise du lien social ainsi que les perspectives pour
tenter de la dépasser.
Paule Sanchou
Vincent de Gaulejac,
Le sujet, entre l’inconscient et les
déterminismes sociaux (no 35, octobre 1999).
J’ai écouté Vincent de Gaulejac présenter son livre
Les Sources de la honte à Toulouse
dans le cadre du grep en 1998. J’ai
été impressionnée par sa capacité d’aborder un sujet aussi peu médiatique que «
la honte » à l’origine de tant de souffrances tues.
J’ai découvert un enseignant, chercheur et clinicien qui
questionne l’articulation entre la psychanalyse et la sociologie. Il met en
évidence l’insuffisance de la grille de lecture psychanalytique pour comprendre
le trajet de vie du sujet, de même que celle de la grille sociologique à elle
seule. Il montre comment se tissent, s’articulent, interagissent les facteurs
intrapsychiques de l’histoire du sujet (inconscient, pulsion, désir, angoisse)
avec les facteurs intersubjectifs (conditions sociales, matérielles,
relationnelles, y compris les rencontres susceptibles de changer le cours de la
vie). Il anime d’ailleurs, des séminaires intitulés « Roman familial et
trajectoires sociales ».
J’ai retrouvé là ma pratique clinique dans le cadre du groupe
désigné comme « un espace transitionnel entre le psychique et le social » ainsi
que le sens de la démarche de l’équipe de Saint-Orens engagée depuis dix ans
dans l’aventure d’une recherche-action sur un mode de fonctionnement
expérimental en cmp. J’ai donc fait
connaître ce livre à l’équipe.
Au cours de la préparation d’un numéro d’Empan sur les cmpp intitulé « cmp-cmpp, un nécessaire équilibre instable »,
B. Chapuis et moi-même avons pensé à demander à Vincent de Gaulejac d’apporter
sa contribution. Dans son article « Le sujet entre l’inconscient et les
déterminismes sociaux », il propose « de positionner le sujet comme lieu
d’intersection de l’ensemble des contradictions auxquelles il est confronté
dans son existence ».
Mireille Gairaud
C’est lorsqu’on est touché par ce qui est écrit et qu’on se dit
: « voilà ce que j’essaie de formuler chaque jour dans mon travail » qu’on sait
que la rencontre a lieu. Quelle curiosité ? Un professeur d’université
(université Paris vii Denis Diderot),
directeur du laboratoire de changement social dont la démarche au cours de ses
séminaires et dans son histoire personnelle rejoint celle des praticiens de
cmp… sorte de « laboratoire » de
changement mental !
Cette curiosité fait que nous avons souhaité son intervention
au cours du colloque européen sur l’intégration scolaire en novembre 2000.
C’est à cette occasion que j’ai rencontré trop brièvement Vincent de Gaulejac :
comme il l’insinue lui-même, cet homme paraît avoir quelque chose du solitaire
soucieux de l’autre : « On sait, depuis Cyrano de Bergerac, que les Gascons ont
l’ego très sensible, qu’ils ne plaisantent pas avec l’honneur et la fierté »
(p. 14, op. cit.). Je ne parlerai pas
de son nez mais de sa démarche : de la honte à l’humiliation et de
l’humiliation à l’humilité ambitieuse… toute la question est de ne pas
s’arrêter à l’auberge de l’ambitieuse réussite : ne pas monter bien haut,
peut-être, mais tout seul… avec les autres.
Dr Bertrand
Chapuis
Fernand Deligny,
Liminaire 1 (no 11, juin 1993)
« … et bonne patience
[1] » Juillet 1975.
Les Cévennes sont
vastes.
Au bord de cette petite route, une lauze
s’encaudura au soleil brûlant du midi
d’un plein été. Elle indique quelque vaste bâtisse, plus loin sur le chemin qui
abouche.
L’accueil de Jacques Lin ressemble à celui de ces mâtins
faisant fuir l’étranger ou le vagabond aux environs de nos fermes
[2]. Deligny est là qui nous
attend, ma femme et moi, qui avons organisé notre départ en vacances à partir
de ce détour par Monoblet. Il nous a vainement prévenus : « Qu’attendez-vous de
moi, je n’ai rien à vous dire. Enfin, si ça vous chante. »
Nous dérangeons Janmari, pour qui c’est l’heure du café avec le
Del, comme tous les jours à la même heure. Les ventaux du grand portail de
grange pourtant béants ne lui permettent pas d’entrer dans cet atelier où
Jacques fabrique les chariots des pionniers du Far-West qu’il essaye de nous
fourguer, nous prenant pour des touristes. Il faut vivre, ici.
C’est que nous sommes plantés là, en plein milieu de ce trajet
qui est celui de Janmari pour entrer, sortir et tourner en rond.
C’est ainsi que lui aussi me fera parler de coulée, de
dralhes
[3], là où les pas de ces enfants,
mutiques, dit Deligny, tracent
inlassablement on ne sait quel contour d’une aire d’errance absolue. Peut-on
toujours croire. Ou craindre.
Deux heures de palabres du vieux cacique mettront un terme à
nos vacances de cette année. Se poursuivra dès lors une correspondance
clairsemée et vitale.
Je n’ai pas seulement rencontré Deligny ce jour-là terrible et
magnifique. J’ai vu le bonhomme. Je l’ai d’abord rencontré quand Maurice Capul
nous a présenté cet éducateur-écrivain (« avec lequel, Daniel, vous avez
quelque chose à voir »).
C’est-à-dire quelque mois plus tôt, alors et pour longtemps
encore
[4] aux prises avec
quelques-uns de ces enfants in-éducables, in-curables, in-vivables pour tout
dire.
Ces enfants qui m’ont pourtant appris « l’essentiel de mon
métier d’éducateur, affirmant cette position en perpétuelle dissidence, une
pensée au minimum subversive, une pratique où solitaire et solidaire ne
s’excluent pas, soutenue d’une méfiance assurée du langage alliée à la
confiance amoureuse des mots
[5] ».
Tel est aussi l’enseignement de Deligny, dont la tentative
désormais me permet de transformer un faire
avec désabusé en faire à partir
de qui autorise tous les projets, quitte à d’abord les déjouer
tous.
À savoir, d’abord, être sans projet, ou disponible à
l’incitation du monde. Et noter assidûment que rien ne se passe, pour le
raconter ce rien, au-delà de mon incapacité manifeste : c’est bien ainsi que va
s’initier pour plus de vingt années ma correspondance avec Fernand Deligny. À
propos de ces gamins de l’impossible.
« Vous parler d’eux, c’est en parler utilement de ce Jacques
et de ce Jean-Michel qui vous surprennent justement parce que vous avez trouvé
que la clé de ce qu’ils sont, font, n’est pas dans ce IL qui a bon dos, mais
plutôt dans ce “nous-là”. Vous savez, une fois qu’on veut bien la voir, cette
piste-là, il n’y a plus qu’à la suivre et l’enrichir, ce “nous-là”, de tout ce
qui peut permettre à ces enfants de (S’)Y mettre. Si je mets le (S) entre
parenthèses, c’est pour faire ressortir l’Y, cet Y d’Y être qu’il s’agit de
cultiver. […] que d’initiative(s) pour peu qu’il y ait du
repérable dans les
circonstances [6].
»
L’éducateur, créateur de
circonstances. « […] Compagner avec ces enfants-là jusques aux bords
de l’insolite. Déjouer les tournures du faire. Éprouver l’inconcevable dont
aucun mot ne s’empare.
En somme, marcher en plein midi, la nuit
[7]. »
Autrement dit, mener tentative, et en écrire et vérifier que
milieux de soins et travail des circonstances sont à articuler dans ce geste,
loin d’être fortuit, qui trace sans mot dire une histoire de vie, où tel gamin,
à geindre ou à se balancer, dans l’esquive du langage, s’en tient à être-là.
Immuable.
Vivable.
Daniel Terral
Françoise Dolto,
De la prévention… et des cmpp
(no 35, octobre 1999)
Françoise Dolto sort de cette matinée de travail. Toute
l’institution était là, de la cuisine aux services généraux, des psys aux
enseignants, ce matin-là. Je la ramène en ville chez une amie. Sur le siège
arrière de ma voiture, un adolescent que je vais raccompagner après une fugue
dans sa famille d’accueil. En quelques minutes, Françoise Dolto s’adresse à
David. Elle cherche à comprendre. Ils cherchent à comprendre… la vie. Je les
conduis et j’écoute. Françoise Dolto nous quitte. David chantonne. Je lui
propose de nous arrêter dans un café pour discuter : « C’est pas la peine,
dit-il, je rentre, j’ai du boulot à faire pour demain. » Ce n’est que quelques
semaines après que David me demande : « Mais qui est cette dame ? »… sans
attendre ma réponse, il conclut en grand amateur de motos : « C’est une grosse
cylindrée. »
Rémy Puyuelo
[1]
Salut de Deligny, à la fin de ses lettres.
[2]
Tu comprends, avec tous ces gens qui passaient, on avait autre
chose à faire, me dira-t-il, amical, des années plus tard.
[3]
Ces dralhes que commente largement le docteur Lucien Bonnafé,
dans
Vie Sociale et Traitements
n
o 52/1997 (p. 38), à propos
de Daniel Terral,
Traces d’erre et sentiers
d’écriture – Entre folie et vie quotidienne, Toulouse, érès, coll. «
L’Éducation spécialisée au quotidien », 1996.
[4]
J’y suis toujours, si longtemps après.
[5]
Daniel Terral, « Punta Arenas », Revue
empan n
o 34, juin 1999, Appartements
thérapeutiques : habiter le soin.
[6]
F. Deligny. (Correspondance, D. Terral/F. Deligny.)
[7]
D. Terral, « Marcher à cloche-tête… ou la marelle des enfants
fous », dans Charles Gardou et coll.,
Professionnels auprès des personnes handicapées – Le
handicap en visages, t. 4, Toulouse, érès, coll. « Connaissance de
l’éducation », 1997.