2002
EMPAN
Articles et publications
En quoi l’urgence sociale interroge-t-elle les pratiques professionnelles ?
Piu Brémond
[*]
Élisabeth Gérardin
[**]
Julia Ginestet
[***]
L’urgence est une grande question à laquelle les travailleurs sociaux sont sans cesse confrontés. Nous pouvons faire un double constat :
- au niveau des pratiques professionnelles, les travailleurs sociaux sont de plus en plus confrontés à l’ampleur des situations dites « d’urgence » ;
- au niveau des politiques, nous remarquons le développement des dispositifs d’urgence où il semble que le pouvoir fabrique du prêt-à-agir.
Le mouvement des chômeurs en 1997 et 1998, les inondations dans l’Aude en 2000, la récente explosion des usines d’azf en septembre 2001, autant d’événements dont les conséquences sont qualifiées d’urgence sociale. Si ces événements amènent à une intervention prompte, il n’en demeure pas moins qu’elle repose sur un leurre : laisser croire qu’il est possible de sortir de l’impuissance.
Si l’urgence agrée un consensus dans le domaine médical où il est question d’atteinte à l’intégrité physique ou à la vie, la notion d’urgence sociale suscite un vrai débat. C’est une notion mal définie où les représentations imaginaires sont de tous ordres. Entre priorité et détresse, elle peut surgir à tout moment. Obtenir une réponse rapide, faire valoir un bon droit, faire entendre sa souffrance, entraînent souvent l’affirmation d’une urgence. C’est toute la subjectivité d’un être qui s’exprime. Face à la polysémie du concept d’urgence sociale, nous le définirons comme : la nécessité d’intervenir immédiatement et d’apporter une réponse, dès lors qu’il s’agit d’une situation imprévue, estimée menaçante et mettant les conditions d’existence de personnes et/ou familles en péril.
L’émergence d’un secteur de l’urgence sociale nous interroge et vient questionner les fondements de l’intervention sociale. L’intervention d’urgence exige une immédiateté de la réponse, une proximité, une inconditionnalité. Autant de termes qui viennent heurter les limites de l’action individuelle si prégnante dans le modèle du travail social classique et amènent à remodeler tout un pan de l’action sociale. Les notions de relation d’aide, de demande de l’usager ou encore de projet individuel sont bousculées lorsque les travailleurs sociaux se trouvent en face de personnes avec des problèmes primaires à traiter : se nourrir, se loger, se laver.
Si nous regardons du côté du décideur, nous constatons que les politiques sociales répondent de plus en plus en urgence à l’urgence. Le fait de se situer dans l’instant exige une politique de la vitesse qui rétrécit l’espace pour ne plus se poser que des questions de temps. Or, une aide de première urgence n’a de justification politique que dans le but de permettre des solutions à long terme, que comme réponse à un continuum de réponses ordonnées. Dans la montée en puissance de l’urgence, il y a une volonté de recourir à des dispositifs d’action exceptionnels face au blocage des procédures et des institutions ordinaires.
L’intervention d’urgence s’affiche en prise directe avec l’événement : elle émeut. Et lorsque cette émotion est exploitée, voire intensifiée par les médias, elle vient légitimer l’action immédiate. L’urgence est simultanément situation de détresse, accident et nécessité d’agir. Son usage s’est répandu dans la société. Le social prend alors des allures de drame où tout se mêle, on ne sait plus que faire et pourtant il faut éviter le pire. Mais seule l’intervention sur les effets et les conséquences les plus visibles est alors à notre portée. Que devient l’intervention sur les causes ?
L’urgence remet en question les équilibres, bouscule les organisations et oblige à tout réinventer. C’est autour de ces interrogations que nous avons bâti notre travail de recherche.
La banalisation et la généralisation de l’urgence dans notre société
L’urgence est devenue une manière d’être, un style qui caractérise les conduites ordinaires. On est tout le temps pressé, on vit dans l’instant, au coup par coup, dans l’immédiateté, tels des adolescents, aller au plus vite pour faire partie de ce monde. Nous assistons à un changement profond de la temporalité réduisant le plus possible le temps de réaction des hommes. Du « juste à temps » et du « temps réel » émerge une « culture de l’urgence ». Là où elle était l’exception, elle s’est « démocratisée » et elle est devenue un ingrédient inévitable de toute décision. « L’urgence ne constitue plus une temporalité extraordinaire. Elle s’impose comme la modalité temporelle ordinaire de l’action en général
[1]. » (Zaki Laïdi)
Pour J.-J. Pluchart
[2], cette culture de l’immédiat place l’homme en situation de perte de repères (caractéristiques des situations de crise) face au vertige d’un mouvement perpétuel.
Comme le souligne Zaki Laïdi
[3], la temporalité d’une société s’ordonne autour d’un axe passé-présent-futur. Or, nous constatons aujourd’hui une grande prégnance du présent. L’urgence n’est alors que la traduction sociale de cette surcharge du présent. On exige du présent (tout, tout de suite) ce que l’on attendait de l’avenir. L’urgence contribue au « conditionnement social sur le mode de l’immédiateté » au lieu de se situer dans un « conditionnement social perspectiviste » selon P. Hanou dans
La vision perspective. L’urgence renverrait ainsi à l’idée de dérèglement social dans la mesure où elle devient une modalité temporelle ordinaire du contrat social.
La logique de l’urgence ne permet pas de concevoir l’avenir. La « lutte contre le chômage » illustre bien comment l’axe de la temporalité se trouve modifié. D’un côté, on voit la multiplication des dispositifs d’urgence (au gré des échéances électorales) et, de l’autre, une inertie face au phénomène qui ne cesse de s’accroître. La plupart des mesures d’urgence considérées comme transitoires (rmi) finissent par devenir durables. Les bénéficiaires finissent par s’y installer et s’éloigner de la finalité première : l’emploi.
Légitimer l’action en terme d’urgence, c’est s’éloigner et dévaloriser l’idée du projet (se projeter dans l’avenir).
Les politiques de l’urgence
« Si tout est politique comme on dit, jusqu’où la fonction politique est-elle autorisée à agir ?
[4] » Il y a des niveaux qui relèvent essentiellement du libre exercice des citoyens. La fonction politique se doit de garantir et de dire le droit pour préserver au mieux des inégalités et de l’injustice, c’est à dire, d’édicter les règles de vie de la collectivité afin de permettre les conditions d’existence des citoyens. La fonction politique s’exerce donc dans une dialectique : trop d’État (droit individuel) et pas assez d’État (droit créance) et dans une recherche d’équilibre. La question se pose alors de savoir jusqu’à quel point un État de droit peut accepter de reconnaître les urgences ? De quelle nature sont-elles ?
La définition de l’urgence pourrait être la nécessité impérieuse d’agir, sans délai, par une action appropriée pour répondre avec efficacité à une situation imprévue reconnue comme dommageable. Il y a obligation de résultat immédiat et annulation du facteur temps car seule la réponse « sans plus attendre » est efficace. Il ne s’agit plus de réfléchir mais d’agir. L’action a pour objectif de contenir ou d’annuler la situation en cause. Ces deux dimensions (obligation de résultat et annulation du facteur temps) se renforcent l’une l’autre. « La loi de l’urgence consiste à imposer à l’information et à la décision un rythme qui prend de court partisans de l’évaluation et de la délibération. C’est pourquoi on peut se demander dans quelle mesure la temporalité de l’urgence peut s’accorder avec celle de la démocratie qui, par nature, s’accommode difficilement de l’immédiateté. Quand le discours politique intègre cet impératif de l’urgence, ne fragilise-t-il pas lui-même sa légitimité ?
[5] »
En règle générale, la fonction politique recourt donc au droit qui traite des problèmes de société, à l’inverse de l’urgence. Mais il arrive parfois que le droit ne permette pas à la fonction politique de s’exercer. Il devient alors nécessaire de faire appel à l’urgence. Seule l’action immédiate sera efficace pour protéger. C’est le cas de
l’État d’urgence où les individus perdent leurs singularités. Si cet
État d’urgence perdure, il va s’imposer comme dictature (fondé sur l’état d’urgence permanent). Par conséquent, dès lors que l’on envisage l’urgence comme un processus durable de fonctionnement politique, on assiste à une réduction du droit pour tous « au bénéfice du droit d’un ensemble restreint qui prétend ériger en éternité un dispositif qui avait les apparences de 1’urgence
[6]. » La fonction publique est alors confrontée à un double enjeu : d’une part garantir les droits (mais pour ce faire il ne suffit pas d’en constater l’affaiblissement), d’autre part chercher un nouvel agencement du droit, non sans avoir vérifié sa pertinence. Or, tout comportement d’urgence fait fi de la durée.
Pour Zaki Laïdi
[7], toutes les politiques d’urgence tendent à se fonder non pas en raison mais en émotion. Elles arbitrent systématiquement en faveur du temps court. Partout où elles se manifestent, l’urgence tend à s’installer et à se pérenniser en cumulant trois effets :
- l’effet d’éviction du temps long ;
- l’effet d’entrave à la mise en œuvre du temps long ;
- l’effet de l’offre qui conduit l’urgence à générer sa propre demande.
Si la fonction politique rentre trop dans le jeu des urgences, elle accrédite l’idée que toute situation maintenue vaut mieux que son traitement évolutif. Mais s’il est des domaines aujourd’hui où la fonction politique doit intervenir selon l’urgence, ce sont les conditions élémentaires d’existence sociale par lesquelles une société se reconnaît et se tolère. Toutefois, elle (l’urgence) est à manier avec prudence et il importe de n’y recourir qu’à bon escient. À faire proliférer les urgences, on induit une politique de survie. La fonction politique doit être de dire le droit. Elle ne peut fonder son action sur l’habitude de l’urgence, sous peine de voir les libertés mises en danger.
Urgence et travail social
Le concept de l’urgence change et évolue avec le contexte socio-économique. À l’origine de la profession des assistantes sociales et à l’issue des deux guerres mondiales, elles devaient faire face à des conditions matérielles et de santé déplorables. Leurs interventions médico-sociales furent marquées par l’urgence sociale. Puis dans les années soixante, avec l’amélioration des conditions de vie, on entend dire : « Il n’y a pas d’urgence en travail social ». Avec la crise économique des années soixante-quinze, à nouveau le discours se modifie. Le pragmatisme l’emporte face à la dégradation des conditions sociales. L’urgence devient une donnée à prendre en compte.
Nous retiendrons donc l’idée que l’urgence en matière sociale est en prise directe avec les mutations sociétales et politiques. Elle est façonnée par les médias, l’opinion publique et les contraintes politiques et institutionnelles. Elle est mise en scène dans ses modalités d’intervention visant à démontrer les capacités de gestion des politiques sécuritaires dans toutes formes de danger.
L’urgence relance le débat entre professionnalisme et bénévolat. En effet, le moteur de la notion d’urgence sociale est l’articulation entre :
- l’immédiateté de la réponse ;
- la proximité avec l’usager ;
- l’anonymat, l’inconditionnalité de l’accueil.
Or, le travail social s’est professionnalisé contre l’urgence en refusant la compassion, la charité, en insistant sur la mise à distance et l’analyse. Pour C. Garcette
[8], il n’y a pas incompatibilité entre urgence et travail social à condition de ne pas faire de l’urgence un but en soi. La réponse à une situation d’urgence s’inscrit dans un acte éthique avant de s’inscrire dans un acte professionnel. Ce qui implique qu’elle va se situer dans une dimension dialectique :
- assurer un minimum d’intégrité à la personne et éviter une dégradation totale ;
- donner une priorité à l’action ; pour éviter qu’elle ne devienne un réflexe mécanique, il est nécessaire d’interroger les implications que suppose cette action car elle fait partie de la réalité définie comme urgente ; elle met en évidence le système de valeurs auquel l’action fait référence – mettre en évidence une relation intersubjective.
« Assumer la situation d’urgence, c’est donc s’inscrire et inscrire l’autre dans l’acte de construire son histoire, cet acte n’est pas scientifique, il est philosophique si l’on veut bien admettre que la philosophie n’est pas la répétition du connu, mais la mise en acte de l’esprit
[9]. » Les acteurs du social ne pourront faire l’économie d’une philosophie du sens et des valeurs.
Urgence et pratiques professionnelles
Comme nous l’avons évoqué, l’urgence sociale engage un autre rapport au temps. Les modalités classiques du travail social s’appuient sur une intervention à long terme, d’accompagnement, d’intégration, d’éducation. Le fait urgent introduit une rupture avec la longue durée. La gestion de l’urgence réclame une technique appropriée, un savoir-faire spécifique, s’employant dans une courte durée. Gérer l’urgence, c’est utiliser une autre unité de temps, la plus petite unité de temps pour un bénéfice maximum.
L’urgence sociale, par ses manifestations, s’oppose aux pratiques développées jusqu’alors par les assistantes sociales. Nous pouvons donc avoir deux lignes de lecture de l’intervention sociale :
- l’une, avec son projet éducatif, utilise le long terme et s’intéresse à la modification des modes de vie des « clients » ;
- l’autre, l’urgence sociale, avec ses caractéristiques, est ponctuelle, limitée et se mobilise à propos des tensions sociales qu’elle vise à atténuer.
Dans cette perspective, la juxtaposition des termes urgence et travail social renforce les clivages dans la mesure où les représentations renvoient à des traitements différents de la réalité.
Les assistantes sociales ressentent un certain malaise, le sentiment d’être impuissantes, inefficaces, d’être contraintes d’agir dans l’urgence sous la pression des usagers, des institutions… et sans que cela corresponde à leur vision du travail social. Elles sont amenées à donner des réponses concrètes, ponctuelles, immédiates, visibles, « l’urgence sociale provoque l’exaspération, le ras-le-bol, le sentiment d’impuissance et d’inefficacité
[10]. »
Dans notre recherche, nous nous sommes demandés si ce malaise rencontré par certaines assistantes sociales pouvait venir d’une tension, d’une incohérence entre ce qu’elles se représentent de l’urgence et les pratiques mises en place. Nous nous sommes donc intéressés à l’articulation entre les pratiques et les représentations de l’urgence sociale. Est-ce que la prégnance de l’urgence au quotidien a un impact sur les pratiques ? Pour cela, nous avons interrogé cent six assistantes sociales travaillant dans des secteurs distincts d’activité et constitué deux groupes.
Premier groupe : les assistantes sociales polyvalentes de secteur du conseil général. Ce secteur s’adresse à tout public, pour tout problème, sur un secteur géographique donné. Les tâches liées à l’urgence sociale représentent environ un tiers de la totalité de leurs tâches multiples et variées.
Deuxième groupe : les assistantes sociales que nous avons nommées « spécifiques » intervenant dans le secteur ciblé de l’urgence sociale, c’est-à-dire dans les dispositifs ou structures correspondant aux différents domaines de l’exclusion. Exemple : centre d’hébergement d’urgence, médecin du monde, veille sociale.
Nous avons mis en évidence que les deux groupes d’assistantes sociales développent des pratiques différentes selon qu’elles travaillent dans le champ de l’urgence sociale ou bien en polyvalence. Nous avons mis en lien ces pratiques avec leurs représentations et dégagé deux profils.
Les assistantes sociales polyvalentes ont une pratique relationnelle de face-à-face. Leur travail par rapport à l’urgence sociale est centré sur des problématiques individuelles. Nous avons mis en avant pour ce groupe une approche psycho-individuelle des problèmes. Elles situent leur intervention dans la gestion d’une crise et font appel à des compétences d’aide à la personne. Cela se traduit dans leur représentation par une référence constante à des actions dites concrètes : il s’agit pour elles d’apporter des réponses immédiates face à l’urgence. Tant dans leur pratique quotidienne que dans leur représentation, la réorganisation de la mission d’accueil apparaît alors comme un moyen adapté. Mais elle se fait à travers une segmentation des tâches, l’accueil étant confié à d’autres professionnels que les assistantes sociales.
Les assistantes sociales spécifiques sont, quant à elles, impliquées avec des partenaires dans un tissu plus large (appartenance à différents types de collectifs, groupes de réflexion). L’individu est pris dans sa dimension sociale et affective. Les préoccupations face à l’urgence vont passer par la globalité et la coordination des réponses visant des groupes plutôt que des individus. L’intervention se situe dans la gestion d’un processus où les compétences portent sur le rétablissement du lien social et de la citoyenneté. Leurs pratiques et leurs représentations sont orientées vers une approche globale et transversale en prise avec le contexte socio-économique (partenariat, réseau, territorialisation). Il y a une volonté de réconcilier le singulier et le pluriel. L’accueil s’impose alors comme un véritable acte professionnel, un moment privilégié pour la gestion de la réponse (diagnostic, évaluation).
De manière synthétique et à travers les résultats de notre étude, nous dirons que chaque professionnel justifie l’utilisation de techniques professionnelles selon sa conception de la réponse sociale. Mais ces justifications sont le résultat d’un processus d’adaptation aux contraintes du champ d’intervention et des transformations du contexte social général. À partir de là, l’aide et la représentation de l’aide se transforment et acquièrent des significations différentes selon le professionnel. La définition de la relation d’aide s’inscrit donc dans ce processus qui lui donne une logique propre.
Mais que signifie alors l’urgence en tant que demande sociale ? Que désigne-t-elle ? Le « il y a urgence à » ne se dit pas mais se crie. Il est injonction brutale et c’est ainsi que le vivent les assistantes sociales. L’accueil immédiat est leur première action, la première reconnaissance de l’usager, où l’écoute et l’évaluation rapide sont essentielles dans une relation intersubjective. La surcharge du présent est une donnée essentielle.
Afin d’éviter une acceptation résignée face à cette urgence qui s’installe, n’y aurait-il pas de nouvelles compétences à développer ? Les assistantes sociales, quel que soit leur secteur d’intervention, doivent acquérir des réflexes professionnels à mobiliser rapidement (ainsi que le préconise Martine Gille dans ash n° 2147 p. 21) :
- la maîtrise de leur émotivité ;
- un sens aigu de l’observation ;
- l’aptitude à discerner rapidement une demande souvent confuse ;
- l’aptitude à apporter une réponse précise et efficace ;
- la capacité à limiter son intervention aux actes incontournables donc à accepter une certaine frustration ;
- une bonne connaissance des partenaires et des spécialistes en amont et en aval de l’urgence ;
- une capacité à mettre en place un réseau et à le faire vivre ;
- un sens de la stratégie pour que l’usager intègre mieux les réalités et mobilise ses forces ;
- une facilité à recevoir les choses inattendues et nouvelles et une capacité à réfléchir vite ;
- une certaine humilité professionnelle.
Il est important de développer une capacité et une volonté de s’associer à des projets collectifs pour ne pas seulement travailler dans l’urgence mais sur l’urgence, pour concilier urgence et prévention, urgence et progrès social. La montée de l’exclusion et les modifications économiques (mondialisation) font naître de nouvelles formulations de la question sociale. L’heure est au local, au partenariat, à la transversalité, à la contractualisation. Les modalités de la gestion du risque se trouvent ainsi transformées mais la conception fondamentale de l’édifice social est-elle modifiée pour autant ?
Comment interpréter dans ce contexte la place de l’urgence ? « Finalement, l’urgence sociale, ne serait-elle pas tout ce qui résiste à nos constructions du social : ce qui résiste à l’autonomie, ce qui résiste à la prévention, ce qui résiste à l’insertion
[11] ? »
[*]
Assistante sociale à l’hôpital.
[**]
Assistante sociale dans un service social d’aide aux émigrants.
[***]
Éducatrice spécialisée dans une maison d’enfant à caractère social.
Cet article fait référence au mémoire de maîtrise
aes, option développement social, présenté en mai 2001 à l’université Toulouse-Le Mirail, service de la formation continue, 5, allées A. Machado, 31058 Toulouse cedex 1.
[1]
Z. Laïdi, « L’urgence ou la dévalorisation culturelle de l’avenir »,
Esprit, Urgences démocratiques, n° 2, février 1998, p. 8.
[2]
J.-J. Pluchart, « Redoutable urgence »,
Économie et Humanisme, n° 347, décembre 1998.
[3]
Z. Laïdi,
ibid.
[4]
J.-L. Guihard, conseiller régional de Bretagne, « Urgence en droit et politique »,
Action et Recherches Sociales, n° 2, juin 1987 : « L’urgence. De l’action sociale à l’action politique », p. 111.
[5]
M.-O. Padis, « Un conflit de légitimité »,
Esprit, Urgences démocratiques, n° 12, février 1998, p. 5.
[6]
J.-L. Ghuihard,
op. cit. p. 117.
[7]
Z. Laïdi,
id.
[8]
B. Bouquet ; C. Garcette,
Assistante sociale aujourd’hui, Paris, Maloine, « Professions Santé », 1998.
[9]
B. Ginisty, « Face à l’urgence : une philosophie de l’action »,
Action et Recherches Sociales, juin 1987, p. 16.
[10]
B. Bouquet, « L’urgence incontournable »,
Action et Recherches Sociales, juin 1987, p. 79.
[11]
É. Maurel,
L’urgence sociale : tabou ?,
lm juin 1993.