2002
EMPAN
Lectures
Ouvrages et revues
Accroître le soin relationnel avec des
personnes désignées démentes séniles – type Alzheimer, Le travail du
vieillir, Bernadette Cuisinier. 2002. Lyon, éd. Chronique sociale,
359 p., 24 €
À partir d’une expérience professionnelle dans une structure de
jour accueillant des personnes désignées démentes
séniles – type Alzheimer, l’auteur nous fait profiter du fruit de
ses observations et de sa recherche.
Il s’agit d’un véritable plaidoyer en faveur de l’humain.
Dès le début, des
questionnements se présentent :
- comment aller à la rencontre de ces personnes en souffrance
?
- comment soutenir la famille, l’entourage ?
- comment aider les soignants dans leur accompagnement
?
- qu’a-t-il pu se passer dans la vie d’une personne pour
qu’elle se désigne, soit désignée démente sénile, type Alzheimer ?
L’auteur met en place un cadre psychothérapique approprié à ces
questions. Cette démarche innovante
souligne la nécessité d’accroître le soin relationnel. L’auteur révèle
l’importance du préventif et propose le concept du
travail du vieillir comme clé de
lecture pour sortir du fatalisme d’une vieillesse pathologique. C’est un
message d’espoir agrémenté d’un style d’écriture très vivant (métaphores,
images, exemples…) qui invite chacun à une meilleure qualité de vie.
Cet ouvrage s’adresse à toute personne concernée par la
question du vieillir pour elle-même ou
pour son entourage, dans le cadre de son activité professionnelle ou sociale.
Chacun trouvera un va-et-vient permanent entre repères théoriques et
illustrations issues du quotidien.
C’est la psychologie de la personne dans sa globalité qui a suscité l’intérêt
de l’auteur. « Ce travail d’écriture peut-être considéré comme une pièce de
choix parmi les nombreux écrits concernant la démence de type Alzheimer »
(préface).
Traiter à l’adolescence, L’adolescent :
un patient pas comme les autres, A. Braconnier ; C. Chiland ; M. Choquet. 2002. Paris, éd. Masson, 91 p., 16
€
Passage d’un passage, toute démarche thérapeutique à
l’adolescence est sous-tendue par l’intention d’un processus de transformation.
L’accueil d’un adolescent par un médecin, un psychologue ou un soignant formé à
l’écoute du discours conscient et aux manifestations de l’inconscient,
constitue une véritable démarche pratique et une recherche théorique sans cesse
renouvelées.
L’ubiquité de cet accueil est représentée par la nécessité pour
le clinicien d’être « présent » en plusieurs temps (histoire du sujet et de la
famille) et en plusieurs lieux à la fois (lieu familial, loisirs,
école).
Cet ouvrage participe à la réflexion sur le sens d’une
consultation thérapeutique pour un adolescent et plus largement sur la place du
soin dans son motif de consultation, décalage motif-difficultés rencontrées,
orientation des jeunes ayant des troubles graves, dialectiques espace-temps,
construction de soi à cette période de la vie, aspects éducatifs et sociaux,
etc. La question du traitement à l’adolescence ne peut être isolée des enjeux
collectifs, des représentations sociales et de la question de la santé
publique. Il peut être utile de créer un réseau intermédiaire entre les
adolescents en difficulté dans leurs lieux de vie habituels d’un côté et lieux
de consultations traditionnels de l’autre, qui s’articule autour de trois rôles
: écouter les adolescents en demande, dépister ceux dont les facteurs de
risques ou dont la souffrance déjà exprimée font craindre une aggravation et
proposer un contact permettant dans un second temps l’accès aux soins.
Instaurer la relation de service en
action sociale et médico-sociale, Jean-René
Loubat. 2002. Paris, Dunod, 256 p.,
27,50 €
La logique de service inverse
l’ordre des relations : les professionnels gravitant autour du bénéficiaire
font des besoins de celui-ci les véritables moteurs du fonctionnement des
établissements.
Le secteur social et médico-social connaît un renouveau certain
au plan de ses dispositifs, de son organisation et de sa culture.
Il se trouve de plus en plus intéressé par des processus
d’analyse, de contrôle, de comparaison, d’investigation de son fonctionnement,
de ses coûts et de son efficacité. Le secteur commence désormais à appliquer
les méthodologies du management, de la gestion des ressources humaines, le
marketing, les techniques d’évaluation, la démarche projet,
l’ergonomie.
La réforme de la loi de 1975 a entériné la légitimité de ces
évolutions et vient d’être adoptée.
L’ouvrage approfondit les questions majeures de cette nouvelle
démarche centrée sur le service rendu, en les articulant au sein d’une approche
cohérente, qu’il s’agisse de la détermination des prestations de service et de
leur personnalisation, de l’établissement d’un contrat de partenariat, de
l’accueil et de la consultation des bénéficiaires, de l’instauration d’une
démarche-qualité ou encore de la satisfaction des bénéficiaires.
Il constitue un précis méthodologique afin d’aider le praticien
dans son organisation à faire face aux exigences de ce nouveau travail social
et de la révolution culturelle qu’il sous-tend.
L’évolution du métier de directeur
d’établissement social, Entre distance et proximité, R.
Bertaux ; P.
Hirlet. 2002. Paris, éd. Seli Arslan,
192 p., 22 €
À partir d’une étude qualitative auprès d’une trentaine de
directeurs d’établissements sociaux, titulaires du Certificat d’aptitude à la
fonction de directeur d’établissement social, en poste dans les régions
d’Alsace et de Lorraine, cet ouvrage examine la diversité des modes d’exercice
du métier de directeur dans le champ social et son évolution depuis environ
trente ans, à travers les thématiques suivantes :
- la spécificité relative des cadres supérieurs du secteur
social en regard de leurs homologues du secteur industriel et commercial
;
- le caractère ambivalent de la diffusion des doctrines du
management dans le champ social, à la fois référence théorique incontournable,
produisant des effets certains de professionnalisation, et prises de distance
importantes à l’égard de tout modèle qui se voudrait unique ;
- le recul de l’autonomie dans la responsabilité de direction
d’établissement et de service et, inversement, la montée en puissance des
directions générales et des collectivités territoriales, aboutissant à une
sorte de banalisation de la fonction de directeur d’établissement ;
- l’importance de l’externalisation de la fonction,
conduisant les directeurs à se préoccuper plus qu’auparavant du rapport à
l’environnement et moins des rapports sociaux internes à l’établissement
;
- la construction progressive, par chaque directeur, d’une
manière propre de diriger, obligeant ces personnes le plus souvent issues du
rang à une sorte de conversion personnelle à leur nouveau statut et à leurs
nouvelles charges.
Rêver, écrire, éduquer. Il faut imaginer
l’éducateur heureux, Michel Hugli. 2002. Toulouse, érès, 192 p., 23
€
Cet ouvrage parle d’éducation spécialisée : je raconte le «
Home Chez-Nous », une institution en Suisse romande. Il s’agit d’une réflexion
sur la fonction et la mission d’éducateur dans un internat pour adolescents en
difficulté. Ce texte voudrait témoigner – entre les lignes – que c’est aussi
grâce à l’écriture et à de multiples lectures – des romans surtout – que j’ai
pu rester heureux et vivant, sans oublier mon idéalisme d’antan.
L’homme (le mâle), traditionnellement, se définit par son
absence. L’homme d’aujourd’hui plus que jamais peut-être. Je voudrais donc me
définir par une présence. Au Home Chez-Nous, quelle présence, quelle qualité de
présence puis-je avoir ? Dans un foyer d’adolescents, que je le veuille ou non,
je suis une représentation du père ; père fictif, évidemment, pas père réel ou
de remplacement. Entre le père éternel, le père peinard ou le père fouettard,
il y a une multitude de pères possibles ; il en est que j’incarne –
inévitablement – par mes actes et mes activités, par mon discours et mes
attitudes, par mon horaire, par mes actions et mes réactions aussi.
Personne n’est père qui n’ait été fils. De qui ai-je été le
fils, le petit-fils ? Comment est-ce que je vis mes souffrances de père,
d’éducateur, mes impuissances, mes regards sur les autres pères (les pairs) et
comment puis-je aller vers eux, partager leur souffrance, leur manque de place,
le manque de prise de place ?
Tel est l’essentiel, je crois, des textes écrits tout au long
de vingt années d’engagement professionnel.
La souffrance psychique du bébé.
Approches pluridisciplinaires, P. Delion. 2002. Paris,
esf, 146 p., 21,90 €
La souffrance psychique du bébé est un sujet récent dans la
connaissance du développement de l’enfant. Il n’y a pas longtemps encore, la
douleur physique semblait ne pas exister chez le jeune enfant et il aura fallu
vaincre de nombreuses résistances pour la faire prendre en compte par tous ceux
qui soignent les bébés. En ce qui concerne la souffrance psychique, il s’agit
plutôt du résultat de déductions que les chercheurs et les cliniciens ont
faites à partir des signes cliniques qui apparaissent tôt dans la vie des
bébés, et notamment dans leurs interactions avec leurs parents.
Ces signes marquent une souffrance supportée par l’appareil
psychique du bébé et dont il se défend par l’expression de la plupart des
psychopathologies infantiles connues aujourd’hui.
Mais quel est le statut de cette forme particulière de
souffrance, quelles en sont les circonstances d’apparition, les hypothèses que
nous pouvons en tirer, et aussi les aides et les thérapeutiques que nous
pouvons apporter au bébé et à ses parents ?
De nombreux praticiens de différents horizons professionnels
(médecins généralistes, généticiens, pédiatres, néonatalogistes,
gynéco-obstétriciens, psychologues, pédopsychiatres, psychanalystes, etc.)
éclairent cette question en partant de leurs points de vue respectifs et
tentent de faire avancer ce débat sur une problématique nouvelle, dont les
conséquences sont importantes dans de nombreux champs de travail concernant la
petite enfance.
La boulimie. Comprendre et
traiter, M. Flament ; P.
Jeammet ; B.
Remy. 2002. Paris, éd. Masson, 220
p., 25 €
Pour la première fois, paraît l’abrégé, version « poche », de
La boulimie. Réalités et perspectives
de Martine Flament et Philippe Jeammet, qui synthétise les objectifs, résultats
et conclusions de la plus vaste étude multicentrique française, effectuée par
le réseau Inserm de recherche clinique sur la boulimie, et dont la version
complète avait été reçue très chaleureusement.
Réalisée par deux unités Inserm et dix-neuf services cliniques
recevant et traitant régulièrement des patients boulimiques, cette enquête
aborde les aspects épidémiologiques, cliniques et psychopathologiques de cette
pathologie.
La population d’étude des services cliniques du réseau Inserm
est tout d’abord présentée. La période du début des troubles, l’adolescence
principalement, est ensuite décrite, ainsi que les formes cliniques, en
fonction notamment du sexe et de l’âge des sujets.
La pathologie boulimique dépasse largement la sphère des
symptômes alimentaires : les aspects dépressifs et anxieux majeurs et
l’association fréquente à d’autres troubles du comportement (alcoolisme,
toxicomanie, tentatives de suicide) sont présentés.
Au-delà de la symptomatologie clinique, les auteurs
s’intéressent aux fonctionnements mentaux sous-jacents et examinent les
spécificités du traitement des patients boulimiques. Les approches
thérapeutiques font l’objet d’un chapitre détaillé, fondé sur l’expérience
importante des cliniciens du réseau, dégageant les perspectives actuelles et
les facteurs évolutifs et pronostiques.
La relation d’aide en service
social, A.-M. Benard ; J.
Demmou ; V.
Gargan ; M.
Girardet ; G.
Jolicœur ; C.
Périé. 2002. Toulouse, érès, 176 p.,
19 €
La fonction des assistants sociaux est aujourd’hui mise à rude
épreuve. La précarité des situations sociales, la diversité et la multiplicité
des dispositifs législatifs, le poids des exigences institutionnelles tendent à
instrumentaliser la demande des usagers et la réponse professionnelle. Il
devient alors difficile d’écouter, de comprendre, de reconnaître et
d’accompagner le cheminement de la demande, afin d’établir une relation d’aide
qui ait du sens pour l’usager et pour l’assistant de service social.
Ce constat a motivé les auteurs de cet ouvrage qui ont eu à
cœur de communiquer leur expérience et d’insister sur la relation d’aide qui
définit, selon elles, l’essence de leur travail. À partir de situations
concrètes, elles montrent comment l’empathie, l’écoute, la reconnaissance des
affects, la prise en compte du potentiel, le respect des défenses, contribuent
à la mobilisation des personnes. Établir une relation d’aide implique, pour
elles, une éthique professionnelle qui donne un cadre à leur action et tient à
la fois de l’apprentissage dans la formation, du respect de la déontologie et
de la réflexion personnelle nécessaire à mener sur soi pour maintenir une
distance optimale avec les problèmes des usagers.
À la fois guide méthodologique et analyse des pratiques, cet
ouvrage constitue un véritable outil de formation professionnelle.
Portraits sociologiques. Dispositions et
variations individuelles, Bernard Lahire. 2002. Paris, éd. Nathan, 448 p., 28
€
Chaque individu est le « dépositaire » de manières de penser,
de sentir et d’agir qui sont les produits de ses multiples expériences
socialisatrices.
Modelés par un monde social que
nous façonnons en retour, nous ne lui échappons d’aucune façon, il est en nous
autant qu’hors de nous.
C’est ce que cet ouvrage met en évidence à
travers huit portraits sociologiques de personnes
longuement interrogées sur des thèmes très différents : l’école, la famille, le
travail, les amis, les loisirs et les activités culturelles, le sport,
l’alimentation, la santé, l’habillement. Ce dispositif
méthodologique inédit a permis de disposer, sur les mêmes individus, d’une
série d’informations susceptibles d’être comparées. Bernard Lahire cherche
ainsi à formuler les principes qui sont à l’origine des comportements humains.
En effet, l’individu est capable de décrire ce qu’il fait mais, en revanche, il
est rarement conscient des déterminations internes et externes qui l’ont
conduit à agir comme il l’a fait.
Le projet de cet ouvrage est
d’étudier la variation des comportements, attitudes, goûts, selon les contextes
sociaux. Cette recherche a donc été organisée de manière à éclairer
plus précisément les points suivants :
-
l’influence sur l’être humain
des groupes ou des individus porteurs de principes de socialisation
différents ;
-
les variations de
comportements en fonction des moments dans le parcours biographique
et en fonction des contextes ;
-
les crises ou les tensions
comme révélateurs des contradictions ou décalages entre les
dispositions incorporées et les dispositions requises par une situation, une
institution ou un groupe d’individus fréquentés.
Renoncer à l’idée d’une « subjectivité » absolue, au mythe de «
l’intériorité », du libre arbitre ou de l’existence « personnelle » hors de
toute influence sociale, pour faire apparaître
les forces et contre-forces, internes (dispositionnelles) comme externes
(contextuelles) auxquelles nous sommes soumis depuis notre enfance et qui
déterminent nos comportements et nos attitudes, voilà à quoi nous
invite la sociologie de Bernard Lahire.
L’aide sociale aujourd’hui, Intégrant le
code de l’action sociale et des familles, Amédée
Thévenet. 2002. Paris,
esf, 436 p., 36,90 € (14e édition actualisée)
Pour Bernard Kouchner, ancien ministre délégué à la Santé, cet
ouvrage, véritable outil de travail, est « particulièrement apprécié des
travailleurs sociaux et des élus locaux, unis dans le même combat pour l’homme,
outil pédagogique, notamment pour les étudiants, et mémoire vivante des efforts
faits, hier et aujourd’hui par les hommes pour améliorer le sort des plus
démunis d’entre eux ».
On y trouvera, en effet, en premier lieu, un rappel historique
nécessaire pour comprendre les enjeux d’aujourd’hui, montrant comment on est
passé de l’assistance publique à l’aide sociale. Sont ensuite présentées et
commentées, d’une part, l’organisation sanitaire et sociale du pays, d’autre
part, l’aide sociale à l’enfance et son action avec ses partenaires pour la
protection des enfants, enfin l’aide sociale générale, ses caractères généraux
et ses différentes formes constamment en évolution avec, en dernier lieu, la
réforme de l’aide médicale, le remplacement prometteur de la prestation
spécifique dépendance par l’allocation personnalisée d’autonomie, la
redéfinition des missions des centres d’hébergement et de réinsertion
sociale.
Destinée aux professionnels et aux étudiants du secteur social,
cette 14e édition a pris en
compte les nouvelles références des textes législatifs rassemblés dans le
récent Code de l’action sociale et des familles. Elle contient également de
nombreux organigrammes des services départementaux et régionaux, des tableaux
synthétiques, des annexes et un index.
Complet et régulièrement mis à jour, le « Thévenet » veut
contribuer, comme il le fait depuis trente ans, à une meilleure connaissance
des lois sociales, à leur compréhension et à leur application clairvoyante,
auprès de celles et de ceux dont le combat est d’être au service des personnes
en difficulté.
La confiance et le contrat, Élément de
processus de lutte contre l’exclusion, Richard
Vidalenc. 2001. Paris, éd.
L’Harmattan, 133 p., 13 €
L’exclusion n’est pas seulement le défaut d’avoir mais aussi le
défaut de pouvoir : pouvoir comprendre, pouvoir se soigner, pouvoir agir sur sa
propre situation.
C’est aussi le défaut de savoir (scolaire) mais surtout la
faible capacité à se représenter de manière cohérente le monde, pour le faire
évoluer à son avantage.
Partant de cette constatation et d’après son expérience de
terrain, Richard Vidalenc propose une étude du contrat social basé sur une
relation de confiance entre travailleurs sociaux et personnes en réinsertion :
« Les contrats sociaux, s’ils sont construits comme nous les avons définis,
peuvent apporter une ossature au processus d’insertion. Ils sont efficients
dans la mesure où ils sont mis en relation directe avec ce qui constitue
l’autonomie : la base psychique de l’individu, l’intégration de l’autre dans
les relations, une conscience de soi suffisante, la capacité de communiquer ses
projets et enfin, la conscience d’une interdépendance des relations. »
L’auteur rend compte, à travers des exemples
in situ, de la place centrale de la
confiance dans la réussite du contrat social : « Elle permet de fonder une
dynamique relationnelle propre à développer la coopération et, par là même,
rend possible l’intégration de la personne sur son chemin de vie sociale.
»
La déliaison, La politique de la ville
en question ?, Françoise Moncomble. 2002. Paris, L’Harmattan, 178 p.,
13,75 €
La politique de la ville, aujourd’hui celle du renouvellement
urbain, mobilise une armée grâce aux emplois relais : les « Grands Frères » et
leurs sœurs mènent avec courage l’offensive contre les maux qui affligent les
cités.
Hélas, régulièrement, une flambée de colère semble tout jeter à
terre.
La presse et l’opinion publique s’emparent de l’événement. On
voudrait une bonne fois pour toutes réduire la misère. On se dit qu’il y a là
une société qui se déglingue, qui se décompose et qu’il faudrait
réintégrer.
Mais là où nous croyons que le lien social se défait, l’écoute
des gens de la cité et des jeunes frères fait au contraire apparaître une
identité collective ultra puissante, avec ses coutumes, sa langue propre, ses
valeurs.
En somme, il existe une parole des cités mais celle-ci est en
rupture avec la ville.
C’est une déliaison inaperçue que l’ouvrage explore à travers
les récits, les témoignages de l’histoire.
Les analyses ordinaires du modèle intégration/exclusion ne
rendent pas compte de l’originalité des cités, pire, ne trahissent-elles pas
l’arrogance française des politiques qui prétendent produire ou refaire la
société ?
Ne faudrait-il pas plus de modestie et d’attention dans
l’interprétation de ces sociétés singulières ?
L’inconscient à l’épreuve du « scolaire
», Daniel Charlemaine.
2002. Toulouse, érès, 136 p., 19 €
Ce livre est issu de l’histoire de rencontres : celle de Jean
Bergès d’abord, dont l’enseignement et la pensée m’accompagnent depuis que
j’exerce le métier de psychologue dans les écoles, celle des enfants et de
leurs familles, celle des enseignants.
Je ne cesse d’être surpris de la place considérable qu’occupe
l’école dans la société. Qu’elle soit décriée n’enlève rien à son impact.
L’école est un lieu de souffrance(s), de douleur(s), de violence(s), de
menace(s) ; ce peut être aussi un lieu de plaisir et d’épanouissement. C’est en
tout cas l’une des rares institutions à laquelle personne n’échappe. Penser le
« scolaire » à partir des effets de l’inconscient constitue le pari audacieux
que j’ai voulu soutenir dans cet ouvrage. Il ne s’agit pas d’introduire la
psychanalyse à l’école, il s’agit d’accepter que le savoir inconscient agisse
parfois au sein de l’école.
L’islam en France et en Allemagne,
Identités et citoyennetés, R. Leveau ; K. Mohsen-Leveau ; C.
Wihtol de Wenden. 2002. Paris, éd. La
Documentation Française, 150 p., 12,50 €
L’Allemagne et la France ont en commun de compter dans leur
population une proportion non négligeable de musulmans.
Consécutive à une immigration d’origine essentiellement turque
outre-Rhin et maghrébine en France, cette présence n’est pas sans susciter
certains débats, le plus souvent passionnés, tant au sein des communautés
nationales que dans les groupes concernés, notamment à propos de l’accès à la
nationalité. La reconnaissance d’une institutionnalisation de l’islam dans
l’espace public constitue par ailleurs un thème récurrent des débats.
Face aux mouvements sociaux et identitaires liés aux
communautés musulmanes, la France et l’Allemagne ont apporté des réponses
longtemps distinctes en raison de traditions très différentes. On a ainsi pu
évoquer un modèle d’intégration à la française s’opposant à un modèle allemand
reposant sur le multiculturalisme. Dans les faits et en droit, des évolutions
importantes sont intervenues que cette étude met en valeur.
En effectuant un vaste tour d’horizon de la place de l’islam
des deux côtés du Rhin, cet ouvrage montre les similitudes et les différences
qui caractérisent la gestion par la France et l’Allemagne des questions
d’identité, de citoyenneté et de nationalité.
Dictionnaire du handicap, G.
Zribi ; D.
Poupée-Fontaine. 2002. Rennes,
Éditions nationales de la Santé publique, 320 p., 30 € (3e édition).
Les quelque trois cents articles de ce dictionnaire, présentés
dans l’ordre alphabétique, couvrent l’ensemble du
champ relatif au handicap. De Abandonnisme à Vieillissement, sont ainsi présentés, en des
termes compréhensibles par tous :
-
les définitions des handicaps
et des maladies qui les causent (Abandonnisme, Anorexie, Autisme,
Automutilation, Classification internationale des handicaps, « Double
pathologie » ou « Double diagnostic », Épilepsie, Handicap, – grave et lourd,
mental, moteur, psychique, rare –, Handicap auditif, respiratoire, sensoriel,
sévère, social, visuel, imc, Maladie
professionnelle, Mucoviscidose, Sclérose en plaques, Trisomie 21, Troubles du
caractère…) ;
-
les principaux éléments de la
politique sociale (Accessibilité, Accréditation, Aide sociale à
l’enfance, ccas, ccpe, ccsd, cdes,
colitrah, Consolidation légale, cotorep, creai, Curatelle,
ddass, Droits des usagers, Expertise
médicale, Obligation d’emploi, Passation de marchés publics,
pdith, Prêt de matériels adaptés,
Projet d’établissement, Qualité des services, Récupération sur succession des
prestations d’aide sociale…) ;
-
les prestations,
établissements, services et organismes spécialisés (aah, Aide visuelle, Allocation de logement
social, Appartement thérapeutique, Braille, Carte station debout pénible,
cat, Centre de diagnostic prénatal,
clis, cmpp, Compensation des
incapacités et sites pour la vie autonome, Dispensaire d’hygiène mentale,
epsr, erea, fdt, Forum européen des
personnes handicapées, Foyer d’hébergement, de post cure, de vie,
occupationnel, Garantie de ressources, Handynet, Hôpital de jour,
ime, imp, impro, Insertion par
l’activité économique, mas, Pension
d’invalidité, Rééducation fonctionnelle, sessad…) ;
-
les professionnels œuvrant
auprès des personnes handicapées (Aide médico-psychologique,
Assistant de service social, Auxiliaire d’intégration scolaire, Auxiliaire de
vie, Éducateur de jeunes enfants, spécialisé, technique spécialisé,
Ergothérapeute, Ortho-phoniste, Orthoptiste, Psychanalyste, Psychiatre,
Psychologue, scolaire, Psychomotricien…) ;
-
les différents courants de
pensée, méthodes éducatives, approches thérapeutiques et pratiques
sociales (Art-thérapie, Béhaviorisme, Domotique, Empowerment,
Éthique, Eugénisme, Euthanasie, Famille et handicap, Méthode Decroly, Doman,
Feuerstein, Montessori, Ramain, Snoezelen, Pédagogie institutionnelle,
Résilience, Stimulation basale, teacch…).
La plupart des articles sont accompagnés de références
bibliographiques, juridiques ou pratiques. Le dictionnaire proprement dit est
précédé d’une brève chronologie de la politique du handicap et suivi d’un index
de plus de trois cent soixante entrées. Un guide pratique destiné aux usagers
est situé en fin d’ouvrage.
Du corps à la pensée, Bernard
Golse. 2002. Paris,
puf, collection « Le fil rouge », 374
p., 50 €
L’étude du bébé, de ses compétences, de ses interrelations
précoces et de ses modalités représentatives – étude en plein essor en cette
fin de siècle et de millénaire –, doit-elle nous faire renoncer à tout ou
partie des acquis de la réflexion psychanalytique ? Certes, non !
À partir de sa pratique auprès des jeunes enfants et de son
engagement dans le champ des psychopathologies les plus archaïques, l’auteur
tente ici d’intégrer les données les plus récentes de la psychologie
développementale au sein d’une perspective psychanalytique certes modifiée par
elles mais en rien obsolète.
La théorie de l’attachement, par exemple, n’implique aucunement
un renoncement obligatoire à la théorie des pulsions, à celle de l’étayage ou à
celle de l’après-coup. La pensée s’enracine dans le corps et dans la relation,
à l’exact entrecroisement des deux.
Du corps à la pensée, du corps de la pensée à la pensée du
corps, et de l’absence ! Si nous voulons que la modernité demeure centrée sur
la question de la liberté, gardons-nous, en ce qui concerne nos modélisations
de la vie psychique et relationnelle du bébé, d’évacuer trop rapidement la
complexité qui, bien entendu, nous confronte immanquablement à la souffrance, à
la sexualité et à la mort.
Naissance et séparation, J.
Clerget. 2002. Toulouse, érès, 152
p., 9 €
Si la naissance nous était contée, il conviendrait de la faire
rimer avec la séparation.
Dans cet ouvrage, les auteurs nous y invitent à partir de
témoignages et de recherches, de poèmes et d’expériences, dans la compagnie des
professionnels qui entourent la naissance.
À vous de découvrir en ouvrant cet ouvrage que naissance et
séparation ne sont ni un arrachement ni une mise à distance, mais l’œuvre de la
vie qui nous fait être par notre nom et dans notre corps au sein d’une culture
et d’une société données.
Construire la médiation familiale,
Arguments et proposition, Monique Sassier. 2002. Paris, Dunod, 160 p., 21,29
€
La médiation familiale constitue
un ensemble encore trop souvent méconnu de dispositifs visant à régler les
litiges dans le cadre de désunions familiales. Même si elle a
tendance à se généraliser, la médiation familiale mérite d’être encore mieux
reconnue et connue.
Dans le prolongement du rapport remis à madame Ségolène Royal,
ancien ministre déléguée à la Famille, à l’Enfance et aux Personnes
handicapées, le livre dessine les évolutions nécessaires pour assurer à ce «
contrat public social et renouvelé » les conditions de sa généralisation au
service du maintien du lien co-parental.
L’auteur affirme sa conviction que la médiation familiale est
une excellente procédure de construction de liens et d’accords. Même si elle
peut s’appliquer dans le cas de divorces, sa vraie finalité est de restaurer
des liens sociaux, de prévenir et de régler des
conflits grâce à des décisions prises et pensées ensemble.
Évitant les écueils du « rapport », le livre est une
remarquable photographie et prospective d’un domaine clef relatif au droit de
la famille et à l’autorité parentale, dans la mesure où, aujourd’hui, la
majorité des unions présente une longue cohabitation hors mariage et que plus
de 25 % des mariages sont rompus avant dix ans de vie commune. Le droit de la
famille, par ailleurs, reconnaît des formes familiales toujours plus diverses
produisant davantage de liberté mais aussi de fragilité.
La médiation familiale permet, dans ce contexte, de favoriser
l’élaboration de liens qui n’avaient pu être mis d’aplomb, de poser les
fondements d’accords futurs par-delà des conflits restés en suspens, d’orienter
les parties vers les conditions concrètes de la vie, de restaurer une estime de
soi face à la rupture, de trouver un témoin social pour sceller un contrat
différent de celui qu’aurait établi la scène judiciaire.
De fait, la médiation familiale apparaît, en 2001, comme une
action de co-construction, un « droit d’anticipation » entre des acteurs et des
familles en phase de rupture grave des liens familiaux.
Pour autant, l’auteur rappelle que les pouvoirs publics ne
souhaitent générer ni une politique de prise en charge avec des procédures
d’assistance généralisée, ni une logique du « chacun pour soi ». Il s’agit,
plutôt, de faire en sorte que les couples séparés gardent des liens avec leurs
enfants et ceux-ci avec la famille élargie, paradoxe que les lois ont du mal à
traiter.