Empan
érès

I.S.B.N.2749200563
160 pages

p. 148 à 157
doi: en cours

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Lectures

no46 2002/2

2002 EMPAN Lectures

Ouvrages et revues

Accroître le soin relationnel avec des personnes désignées démentes séniles – type Alzheimer, Le travail du vieillir, Bernadette Cuisinier. 2002. Lyon, éd. Chronique sociale, 359 p., 24 €

À partir d’une expérience professionnelle dans une structure de jour accueillant des personnes désignées démentes séniles – type Alzheimer, l’auteur nous fait profiter du fruit de ses observations et de sa recherche. Il s’agit d’un véritable plaidoyer en faveur de l’humain.
Dès le début, des questionnements se présentent :
  • comment aller à la rencontre de ces personnes en souffrance ?
  • comment soutenir la famille, l’entourage ?
  • comment aider les soignants dans leur accompagnement ?
  • qu’a-t-il pu se passer dans la vie d’une personne pour qu’elle se désigne, soit désignée démente sénile, type Alzheimer ?
L’auteur met en place un cadre psychothérapique approprié à ces questions. Cette démarche innovante souligne la nécessité d’accroître le soin relationnel. L’auteur révèle l’importance du préventif et propose le concept du travail du vieillir comme clé de lecture pour sortir du fatalisme d’une vieillesse pathologique. C’est un message d’espoir agrémenté d’un style d’écriture très vivant (métaphores, images, exemples…) qui invite chacun à une meilleure qualité de vie.
Cet ouvrage s’adresse à toute personne concernée par la question du vieillir pour elle-même ou pour son entourage, dans le cadre de son activité professionnelle ou sociale. Chacun trouvera un va-et-vient permanent entre repères théoriques et illustrations issues du quotidien. C’est la psychologie de la personne dans sa globalité qui a suscité l’intérêt de l’auteur. « Ce travail d’écriture peut-être considéré comme une pièce de choix parmi les nombreux écrits concernant la démence de type Alzheimer » (préface).

Traiter à l’adolescence, L’adolescent : un patient pas comme les autres, A. Braconnier ; C. Chiland ; M. Choquet. 2002. Paris, éd. Masson, 91 p., 16 €

Passage d’un passage, toute démarche thérapeutique à l’adolescence est sous-tendue par l’intention d’un processus de transformation. L’accueil d’un adolescent par un médecin, un psychologue ou un soignant formé à l’écoute du discours conscient et aux manifestations de l’inconscient, constitue une véritable démarche pratique et une recherche théorique sans cesse renouvelées.
L’ubiquité de cet accueil est représentée par la nécessité pour le clinicien d’être « présent » en plusieurs temps (histoire du sujet et de la famille) et en plusieurs lieux à la fois (lieu familial, loisirs, école).
Cet ouvrage participe à la réflexion sur le sens d’une consultation thérapeutique pour un adolescent et plus largement sur la place du soin dans son motif de consultation, décalage motif-difficultés rencontrées, orientation des jeunes ayant des troubles graves, dialectiques espace-temps, construction de soi à cette période de la vie, aspects éducatifs et sociaux, etc. La question du traitement à l’adolescence ne peut être isolée des enjeux collectifs, des représentations sociales et de la question de la santé publique. Il peut être utile de créer un réseau intermédiaire entre les adolescents en difficulté dans leurs lieux de vie habituels d’un côté et lieux de consultations traditionnels de l’autre, qui s’articule autour de trois rôles : écouter les adolescents en demande, dépister ceux dont les facteurs de risques ou dont la souffrance déjà exprimée font craindre une aggravation et proposer un contact permettant dans un second temps l’accès aux soins.

Instaurer la relation de service en action sociale et médico-sociale, Jean-René Loubat. 2002. Paris, Dunod, 256 p., 27,50 €

La logique de service inverse l’ordre des relations : les professionnels gravitant autour du bénéficiaire font des besoins de celui-ci les véritables moteurs du fonctionnement des établissements.
Le secteur social et médico-social connaît un renouveau certain au plan de ses dispositifs, de son organisation et de sa culture.
Il se trouve de plus en plus intéressé par des processus d’analyse, de contrôle, de comparaison, d’investigation de son fonctionnement, de ses coûts et de son efficacité. Le secteur commence désormais à appliquer les méthodologies du management, de la gestion des ressources humaines, le marketing, les techniques d’évaluation, la démarche projet, l’ergonomie.
La réforme de la loi de 1975 a entériné la légitimité de ces évolutions et vient d’être adoptée.
L’ouvrage approfondit les questions majeures de cette nouvelle démarche centrée sur le service rendu, en les articulant au sein d’une approche cohérente, qu’il s’agisse de la détermination des prestations de service et de leur personnalisation, de l’établissement d’un contrat de partenariat, de l’accueil et de la consultation des bénéficiaires, de l’instauration d’une démarche-qualité ou encore de la satisfaction des bénéficiaires.
Il constitue un précis méthodologique afin d’aider le praticien dans son organisation à faire face aux exigences de ce nouveau travail social et de la révolution culturelle qu’il sous-tend.

L’évolution du métier de directeur d’établissement social, Entre distance et proximité, R. Bertaux ; P. Hirlet. 2002. Paris, éd. Seli Arslan, 192 p., 22 €

À partir d’une étude qualitative auprès d’une trentaine de directeurs d’établissements sociaux, titulaires du Certificat d’aptitude à la fonction de directeur d’établissement social, en poste dans les régions d’Alsace et de Lorraine, cet ouvrage examine la diversité des modes d’exercice du métier de directeur dans le champ social et son évolution depuis environ trente ans, à travers les thématiques suivantes :
  • la spécificité relative des cadres supérieurs du secteur social en regard de leurs homologues du secteur industriel et commercial ;
  • le caractère ambivalent de la diffusion des doctrines du management dans le champ social, à la fois référence théorique incontournable, produisant des effets certains de professionnalisation, et prises de distance importantes à l’égard de tout modèle qui se voudrait unique ;
  • le recul de l’autonomie dans la responsabilité de direction d’établissement et de service et, inversement, la montée en puissance des directions générales et des collectivités territoriales, aboutissant à une sorte de banalisation de la fonction de directeur d’établissement ;
  • l’importance de l’externalisation de la fonction, conduisant les directeurs à se préoccuper plus qu’auparavant du rapport à l’environnement et moins des rapports sociaux internes à l’établissement ;
  • la construction progressive, par chaque directeur, d’une manière propre de diriger, obligeant ces personnes le plus souvent issues du rang à une sorte de conversion personnelle à leur nouveau statut et à leurs nouvelles charges.

Rêver, écrire, éduquer. Il faut imaginer l’éducateur heureux, Michel Hugli. 2002. Toulouse, érès, 192 p., 23 €

Cet ouvrage parle d’éducation spécialisée : je raconte le « Home Chez-Nous », une institution en Suisse romande. Il s’agit d’une réflexion sur la fonction et la mission d’éducateur dans un internat pour adolescents en difficulté. Ce texte voudrait témoigner – entre les lignes – que c’est aussi grâce à l’écriture et à de multiples lectures – des romans surtout – que j’ai pu rester heureux et vivant, sans oublier mon idéalisme d’antan.
L’homme (le mâle), traditionnellement, se définit par son absence. L’homme d’aujourd’hui plus que jamais peut-être. Je voudrais donc me définir par une présence. Au Home Chez-Nous, quelle présence, quelle qualité de présence puis-je avoir ? Dans un foyer d’adolescents, que je le veuille ou non, je suis une représentation du père ; père fictif, évidemment, pas père réel ou de remplacement. Entre le père éternel, le père peinard ou le père fouettard, il y a une multitude de pères possibles ; il en est que j’incarne – inévitablement – par mes actes et mes activités, par mon discours et mes attitudes, par mon horaire, par mes actions et mes réactions aussi.
Personne n’est père qui n’ait été fils. De qui ai-je été le fils, le petit-fils ? Comment est-ce que je vis mes souffrances de père, d’éducateur, mes impuissances, mes regards sur les autres pères (les pairs) et comment puis-je aller vers eux, partager leur souffrance, leur manque de place, le manque de prise de place ?
Tel est l’essentiel, je crois, des textes écrits tout au long de vingt années d’engagement professionnel.

La souffrance psychique du bébé. Approches pluridisciplinaires, P. Delion. 2002. Paris, esf, 146 p., 21,90 €

La souffrance psychique du bébé est un sujet récent dans la connaissance du développement de l’enfant. Il n’y a pas longtemps encore, la douleur physique semblait ne pas exister chez le jeune enfant et il aura fallu vaincre de nombreuses résistances pour la faire prendre en compte par tous ceux qui soignent les bébés. En ce qui concerne la souffrance psychique, il s’agit plutôt du résultat de déductions que les chercheurs et les cliniciens ont faites à partir des signes cliniques qui apparaissent tôt dans la vie des bébés, et notamment dans leurs interactions avec leurs parents.
Ces signes marquent une souffrance supportée par l’appareil psychique du bébé et dont il se défend par l’expression de la plupart des psychopathologies infantiles connues aujourd’hui.
Mais quel est le statut de cette forme particulière de souffrance, quelles en sont les circonstances d’apparition, les hypothèses que nous pouvons en tirer, et aussi les aides et les thérapeutiques que nous pouvons apporter au bébé et à ses parents ?
De nombreux praticiens de différents horizons professionnels (médecins généralistes, généticiens, pédiatres, néonatalogistes, gynéco-obstétriciens, psychologues, pédopsychiatres, psychanalystes, etc.) éclairent cette question en partant de leurs points de vue respectifs et tentent de faire avancer ce débat sur une problématique nouvelle, dont les conséquences sont importantes dans de nombreux champs de travail concernant la petite enfance.

La boulimie. Comprendre et traiter, M. Flament ; P. Jeammet ; B. Remy. 2002. Paris, éd. Masson, 220 p., 25 €

Pour la première fois, paraît l’abrégé, version « poche », de La boulimie. Réalités et perspectives de Martine Flament et Philippe Jeammet, qui synthétise les objectifs, résultats et conclusions de la plus vaste étude multicentrique française, effectuée par le réseau Inserm de recherche clinique sur la boulimie, et dont la version complète avait été reçue très chaleureusement.
Réalisée par deux unités Inserm et dix-neuf services cliniques recevant et traitant régulièrement des patients boulimiques, cette enquête aborde les aspects épidémiologiques, cliniques et psychopathologiques de cette pathologie.
La population d’étude des services cliniques du réseau Inserm est tout d’abord présentée. La période du début des troubles, l’adolescence principalement, est ensuite décrite, ainsi que les formes cliniques, en fonction notamment du sexe et de l’âge des sujets.
La pathologie boulimique dépasse largement la sphère des symptômes alimentaires : les aspects dépressifs et anxieux majeurs et l’association fréquente à d’autres troubles du comportement (alcoolisme, toxicomanie, tentatives de suicide) sont présentés.
Au-delà de la symptomatologie clinique, les auteurs s’intéressent aux fonctionnements mentaux sous-jacents et examinent les spécificités du traitement des patients boulimiques. Les approches thérapeutiques font l’objet d’un chapitre détaillé, fondé sur l’expérience importante des cliniciens du réseau, dégageant les perspectives actuelles et les facteurs évolutifs et pronostiques.

La relation d’aide en service social, A.-M. Benard ; J. Demmou ; V. Gargan ; M. Girardet ; G. Jolicœur ; C. Périé. 2002. Toulouse, érès, 176 p., 19 €

La fonction des assistants sociaux est aujourd’hui mise à rude épreuve. La précarité des situations sociales, la diversité et la multiplicité des dispositifs législatifs, le poids des exigences institutionnelles tendent à instrumentaliser la demande des usagers et la réponse professionnelle. Il devient alors difficile d’écouter, de comprendre, de reconnaître et d’accompagner le cheminement de la demande, afin d’établir une relation d’aide qui ait du sens pour l’usager et pour l’assistant de service social.
Ce constat a motivé les auteurs de cet ouvrage qui ont eu à cœur de communiquer leur expérience et d’insister sur la relation d’aide qui définit, selon elles, l’essence de leur travail. À partir de situations concrètes, elles montrent comment l’empathie, l’écoute, la reconnaissance des affects, la prise en compte du potentiel, le respect des défenses, contribuent à la mobilisation des personnes. Établir une relation d’aide implique, pour elles, une éthique professionnelle qui donne un cadre à leur action et tient à la fois de l’apprentissage dans la formation, du respect de la déontologie et de la réflexion personnelle nécessaire à mener sur soi pour maintenir une distance optimale avec les problèmes des usagers.
À la fois guide méthodologique et analyse des pratiques, cet ouvrage constitue un véritable outil de formation professionnelle.

Portraits sociologiques. Dispositions et variations individuelles, Bernard Lahire. 2002. Paris, éd. Nathan, 448 p., 28 €

Chaque individu est le « dépositaire » de manières de penser, de sentir et d’agir qui sont les produits de ses multiples expériences socialisatrices.
Modelés par un monde social que nous façonnons en retour, nous ne lui échappons d’aucune façon, il est en nous autant qu’hors de nous.
C’est ce que cet ouvrage met en évidence à travers huit portraits sociologiques de personnes longuement interrogées sur des thèmes très différents : l’école, la famille, le travail, les amis, les loisirs et les activités culturelles, le sport, l’alimentation, la santé, l’habillement. Ce dispositif méthodologique inédit a permis de disposer, sur les mêmes individus, d’une série d’informations susceptibles d’être comparées. Bernard Lahire cherche ainsi à formuler les principes qui sont à l’origine des comportements humains. En effet, l’individu est capable de décrire ce qu’il fait mais, en revanche, il est rarement conscient des déterminations internes et externes qui l’ont conduit à agir comme il l’a fait.
Le projet de cet ouvrage est d’étudier la variation des comportements, attitudes, goûts, selon les contextes sociaux. Cette recherche a donc été organisée de manière à éclairer plus précisément les points suivants :
  • l’influence sur l’être humain des groupes ou des individus porteurs de principes de socialisation différents ;
  • les variations de comportements en fonction des moments dans le parcours biographique et en fonction des contextes ;
  • les crises ou les tensions comme révélateurs des contradictions ou décalages entre les dispositions incorporées et les dispositions requises par une situation, une institution ou un groupe d’individus fréquentés.
Renoncer à l’idée d’une « subjectivité » absolue, au mythe de « l’intériorité », du libre arbitre ou de l’existence « personnelle » hors de toute influence sociale, pour faire apparaître les forces et contre-forces, internes (dispositionnelles) comme externes (contextuelles) auxquelles nous sommes soumis depuis notre enfance et qui déterminent nos comportements et nos attitudes, voilà à quoi nous invite la sociologie de Bernard Lahire.

L’aide sociale aujourd’hui, Intégrant le code de l’action sociale et des familles, Amédée Thévenet. 2002. Paris, esf, 436 p., 36,90 € (14e édition actualisée)

Pour Bernard Kouchner, ancien ministre délégué à la Santé, cet ouvrage, véritable outil de travail, est « particulièrement apprécié des travailleurs sociaux et des élus locaux, unis dans le même combat pour l’homme, outil pédagogique, notamment pour les étudiants, et mémoire vivante des efforts faits, hier et aujourd’hui par les hommes pour améliorer le sort des plus démunis d’entre eux ».
On y trouvera, en effet, en premier lieu, un rappel historique nécessaire pour comprendre les enjeux d’aujourd’hui, montrant comment on est passé de l’assistance publique à l’aide sociale. Sont ensuite présentées et commentées, d’une part, l’organisation sanitaire et sociale du pays, d’autre part, l’aide sociale à l’enfance et son action avec ses partenaires pour la protection des enfants, enfin l’aide sociale générale, ses caractères généraux et ses différentes formes constamment en évolution avec, en dernier lieu, la réforme de l’aide médicale, le remplacement prometteur de la prestation spécifique dépendance par l’allocation personnalisée d’autonomie, la redéfinition des missions des centres d’hébergement et de réinsertion sociale.
Destinée aux professionnels et aux étudiants du secteur social, cette 14e édition a pris en compte les nouvelles références des textes législatifs rassemblés dans le récent Code de l’action sociale et des familles. Elle contient également de nombreux organigrammes des services départementaux et régionaux, des tableaux synthétiques, des annexes et un index.
Complet et régulièrement mis à jour, le « Thévenet » veut contribuer, comme il le fait depuis trente ans, à une meilleure connaissance des lois sociales, à leur compréhension et à leur application clairvoyante, auprès de celles et de ceux dont le combat est d’être au service des personnes en difficulté.

La confiance et le contrat, Élément de processus de lutte contre l’exclusion, Richard Vidalenc. 2001. Paris, éd. L’Harmattan, 133 p., 13 €

L’exclusion n’est pas seulement le défaut d’avoir mais aussi le défaut de pouvoir : pouvoir comprendre, pouvoir se soigner, pouvoir agir sur sa propre situation.
C’est aussi le défaut de savoir (scolaire) mais surtout la faible capacité à se représenter de manière cohérente le monde, pour le faire évoluer à son avantage.
Partant de cette constatation et d’après son expérience de terrain, Richard Vidalenc propose une étude du contrat social basé sur une relation de confiance entre travailleurs sociaux et personnes en réinsertion : « Les contrats sociaux, s’ils sont construits comme nous les avons définis, peuvent apporter une ossature au processus d’insertion. Ils sont efficients dans la mesure où ils sont mis en relation directe avec ce qui constitue l’autonomie : la base psychique de l’individu, l’intégration de l’autre dans les relations, une conscience de soi suffisante, la capacité de communiquer ses projets et enfin, la conscience d’une interdépendance des relations. »
L’auteur rend compte, à travers des exemples in situ, de la place centrale de la confiance dans la réussite du contrat social : « Elle permet de fonder une dynamique relationnelle propre à développer la coopération et, par là même, rend possible l’intégration de la personne sur son chemin de vie sociale. »

La déliaison, La politique de la ville en question ?, Françoise Moncomble. 2002. Paris, L’Harmattan, 178 p., 13,75 €

La politique de la ville, aujourd’hui celle du renouvellement urbain, mobilise une armée grâce aux emplois relais : les « Grands Frères » et leurs sœurs mènent avec courage l’offensive contre les maux qui affligent les cités.
Hélas, régulièrement, une flambée de colère semble tout jeter à terre.
La presse et l’opinion publique s’emparent de l’événement. On voudrait une bonne fois pour toutes réduire la misère. On se dit qu’il y a là une société qui se déglingue, qui se décompose et qu’il faudrait réintégrer.
Mais là où nous croyons que le lien social se défait, l’écoute des gens de la cité et des jeunes frères fait au contraire apparaître une identité collective ultra puissante, avec ses coutumes, sa langue propre, ses valeurs.
En somme, il existe une parole des cités mais celle-ci est en rupture avec la ville.
C’est une déliaison inaperçue que l’ouvrage explore à travers les récits, les témoignages de l’histoire.
Les analyses ordinaires du modèle intégration/exclusion ne rendent pas compte de l’originalité des cités, pire, ne trahissent-elles pas l’arrogance française des politiques qui prétendent produire ou refaire la société ?
Ne faudrait-il pas plus de modestie et d’attention dans l’interprétation de ces sociétés singulières ?

L’inconscient à l’épreuve du « scolaire », Daniel Charlemaine. 2002. Toulouse, érès, 136 p., 19 €

Ce livre est issu de l’histoire de rencontres : celle de Jean Bergès d’abord, dont l’enseignement et la pensée m’accompagnent depuis que j’exerce le métier de psychologue dans les écoles, celle des enfants et de leurs familles, celle des enseignants.
Je ne cesse d’être surpris de la place considérable qu’occupe l’école dans la société. Qu’elle soit décriée n’enlève rien à son impact. L’école est un lieu de souffrance(s), de douleur(s), de violence(s), de menace(s) ; ce peut être aussi un lieu de plaisir et d’épanouissement. C’est en tout cas l’une des rares institutions à laquelle personne n’échappe. Penser le « scolaire » à partir des effets de l’inconscient constitue le pari audacieux que j’ai voulu soutenir dans cet ouvrage. Il ne s’agit pas d’introduire la psychanalyse à l’école, il s’agit d’accepter que le savoir inconscient agisse parfois au sein de l’école.

L’islam en France et en Allemagne, Identités et citoyennetés, R. Leveau ; K. Mohsen-Leveau ; C. Wihtol de Wenden. 2002. Paris, éd. La Documentation Française, 150 p., 12,50 €

L’Allemagne et la France ont en commun de compter dans leur population une proportion non négligeable de musulmans.
Consécutive à une immigration d’origine essentiellement turque outre-Rhin et maghrébine en France, cette présence n’est pas sans susciter certains débats, le plus souvent passionnés, tant au sein des communautés nationales que dans les groupes concernés, notamment à propos de l’accès à la nationalité. La reconnaissance d’une institutionnalisation de l’islam dans l’espace public constitue par ailleurs un thème récurrent des débats.
Face aux mouvements sociaux et identitaires liés aux communautés musulmanes, la France et l’Allemagne ont apporté des réponses longtemps distinctes en raison de traditions très différentes. On a ainsi pu évoquer un modèle d’intégration à la française s’opposant à un modèle allemand reposant sur le multiculturalisme. Dans les faits et en droit, des évolutions importantes sont intervenues que cette étude met en valeur.
En effectuant un vaste tour d’horizon de la place de l’islam des deux côtés du Rhin, cet ouvrage montre les similitudes et les différences qui caractérisent la gestion par la France et l’Allemagne des questions d’identité, de citoyenneté et de nationalité.

Dictionnaire du handicap, G. Zribi ; D. Poupée-Fontaine. 2002. Rennes, Éditions nationales de la Santé publique, 320 p., 30 € (3e édition).

Les quelque trois cents articles de ce dictionnaire, présentés dans l’ordre alphabétique, couvrent l’ensemble du champ relatif au handicap. De Abandonnisme à Vieillissement, sont ainsi présentés, en des termes compréhensibles par tous :
  • les définitions des handicaps et des maladies qui les causent (Abandonnisme, Anorexie, Autisme, Automutilation, Classification internationale des handicaps, « Double pathologie » ou « Double diagnostic », Épilepsie, Handicap, – grave et lourd, mental, moteur, psychique, rare –, Handicap auditif, respiratoire, sensoriel, sévère, social, visuel, imc, Maladie professionnelle, Mucoviscidose, Sclérose en plaques, Trisomie 21, Troubles du caractère…) ;
  • les principaux éléments de la politique sociale (Accessibilité, Accréditation, Aide sociale à l’enfance, ccas, ccpe, ccsd, cdes, colitrah, Consolidation légale, cotorep, creai, Curatelle, ddass, Droits des usagers, Expertise médicale, Obligation d’emploi, Passation de marchés publics, pdith, Prêt de matériels adaptés, Projet d’établissement, Qualité des services, Récupération sur succession des prestations d’aide sociale…) ;
  • les prestations, établissements, services et organismes spécialisés (aah, Aide visuelle, Allocation de logement social, Appartement thérapeutique, Braille, Carte station debout pénible, cat, Centre de diagnostic prénatal, clis, cmpp, Compensation des incapacités et sites pour la vie autonome, Dispensaire d’hygiène mentale, epsr, erea, fdt, Forum européen des personnes handicapées, Foyer d’hébergement, de post cure, de vie, occupationnel, Garantie de ressources, Handynet, Hôpital de jour, ime, imp, impro, Insertion par l’activité économique, mas, Pension d’invalidité, Rééducation fonctionnelle, sessad…) ;
  • les professionnels œuvrant auprès des personnes handicapées (Aide médico-psychologique, Assistant de service social, Auxiliaire d’intégration scolaire, Auxiliaire de vie, Éducateur de jeunes enfants, spécialisé, technique spécialisé, Ergothérapeute, Ortho-phoniste, Orthoptiste, Psychanalyste, Psychiatre, Psychologue, scolaire, Psychomotricien…) ;
  • les différents courants de pensée, méthodes éducatives, approches thérapeutiques et pratiques sociales (Art-thérapie, Béhaviorisme, Domotique, Empowerment, Éthique, Eugénisme, Euthanasie, Famille et handicap, Méthode Decroly, Doman, Feuerstein, Montessori, Ramain, Snoezelen, Pédagogie institutionnelle, Résilience, Stimulation basale, teacch…).
La plupart des articles sont accompagnés de références bibliographiques, juridiques ou pratiques. Le dictionnaire proprement dit est précédé d’une brève chronologie de la politique du handicap et suivi d’un index de plus de trois cent soixante entrées. Un guide pratique destiné aux usagers est situé en fin d’ouvrage.

Du corps à la pensée, Bernard Golse. 2002. Paris, puf, collection « Le fil rouge », 374 p., 50 €

L’étude du bébé, de ses compétences, de ses interrelations précoces et de ses modalités représentatives – étude en plein essor en cette fin de siècle et de millénaire –, doit-elle nous faire renoncer à tout ou partie des acquis de la réflexion psychanalytique ? Certes, non !
À partir de sa pratique auprès des jeunes enfants et de son engagement dans le champ des psychopathologies les plus archaïques, l’auteur tente ici d’intégrer les données les plus récentes de la psychologie développementale au sein d’une perspective psychanalytique certes modifiée par elles mais en rien obsolète.
La théorie de l’attachement, par exemple, n’implique aucunement un renoncement obligatoire à la théorie des pulsions, à celle de l’étayage ou à celle de l’après-coup. La pensée s’enracine dans le corps et dans la relation, à l’exact entrecroisement des deux.
Du corps à la pensée, du corps de la pensée à la pensée du corps, et de l’absence ! Si nous voulons que la modernité demeure centrée sur la question de la liberté, gardons-nous, en ce qui concerne nos modélisations de la vie psychique et relationnelle du bébé, d’évacuer trop rapidement la complexité qui, bien entendu, nous confronte immanquablement à la souffrance, à la sexualité et à la mort.

Naissance et séparation, J. Clerget. 2002. Toulouse, érès, 152 p., 9 €

Si la naissance nous était contée, il conviendrait de la faire rimer avec la séparation.
Dans cet ouvrage, les auteurs nous y invitent à partir de témoignages et de recherches, de poèmes et d’expériences, dans la compagnie des professionnels qui entourent la naissance.
À vous de découvrir en ouvrant cet ouvrage que naissance et séparation ne sont ni un arrachement ni une mise à distance, mais l’œuvre de la vie qui nous fait être par notre nom et dans notre corps au sein d’une culture et d’une société données.

Construire la médiation familiale, Arguments et proposition, Monique Sassier. 2002. Paris, Dunod, 160 p., 21,29 €

La médiation familiale constitue un ensemble encore trop souvent méconnu de dispositifs visant à régler les litiges dans le cadre de désunions familiales. Même si elle a tendance à se généraliser, la médiation familiale mérite d’être encore mieux reconnue et connue.
Dans le prolongement du rapport remis à madame Ségolène Royal, ancien ministre déléguée à la Famille, à l’Enfance et aux Personnes handicapées, le livre dessine les évolutions nécessaires pour assurer à ce « contrat public social et renouvelé » les conditions de sa généralisation au service du maintien du lien co-parental.
L’auteur affirme sa conviction que la médiation familiale est une excellente procédure de construction de liens et d’accords. Même si elle peut s’appliquer dans le cas de divorces, sa vraie finalité est de restaurer des liens sociaux, de prévenir et de régler des conflits grâce à des décisions prises et pensées ensemble.
Évitant les écueils du « rapport », le livre est une remarquable photographie et prospective d’un domaine clef relatif au droit de la famille et à l’autorité parentale, dans la mesure où, aujourd’hui, la majorité des unions présente une longue cohabitation hors mariage et que plus de 25 % des mariages sont rompus avant dix ans de vie commune. Le droit de la famille, par ailleurs, reconnaît des formes familiales toujours plus diverses produisant davantage de liberté mais aussi de fragilité.
La médiation familiale permet, dans ce contexte, de favoriser l’élaboration de liens qui n’avaient pu être mis d’aplomb, de poser les fondements d’accords futurs par-delà des conflits restés en suspens, d’orienter les parties vers les conditions concrètes de la vie, de restaurer une estime de soi face à la rupture, de trouver un témoin social pour sceller un contrat différent de celui qu’aurait établi la scène judiciaire.
De fait, la médiation familiale apparaît, en 2001, comme une action de co-construction, un « droit d’anticipation » entre des acteurs et des familles en phase de rupture grave des liens familiaux.
Pour autant, l’auteur rappelle que les pouvoirs publics ne souhaitent générer ni une politique de prise en charge avec des procédures d’assistance généralisée, ni une logique du « chacun pour soi ». Il s’agit, plutôt, de faire en sorte que les couples séparés gardent des liens avec leurs enfants et ceux-ci avec la famille élargie, paradoxe que les lois ont du mal à traiter.
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