2002
EMPAN
Les éducateurs techniques spécialisés : quelles fonctions ?
Pourquoi une réforme du diplôme des éducateurs techniques spécialisés ?
Jacqueline Gorgues
[*]
Le secteur d’activité professionnelle des éducateurs techniques spécialisés s’est diversifié
L’extension de leur exercice réclame une adaptation de leurs pratiques et de leurs méthodologies professionnelles axées sur une meilleure prise en compte des réponses à apporter auprès des populations accueillies dans des structures en pleine mutation. C’est ainsi que des emplois créés sont de plus en plus en faveur des adultes. Cependant, des postes restent toujours à pourvoir dans le secteur médico-social et dans celui de la prévention. Par ailleurs, la mise en place du développement social urbain visant à promouvoir des actions économiques et des actions d’insertion ainsi que des plans « habitat et urbanisme » assure à la profession des capacités d’expansion, si les éducateurs techniques spécialisés, dans ces nouvelles politiques, prennent bien la place qui correspond aux créneaux de leur qualification.
Actuellement, leur champ d’action recouvre principalement les établissements et les services de la protection de l’enfance, de l’éducation spécialisée, sans oublier les établissements et services pour adultes handicapés mais aussi les chrs et certains services hospitaliers (secteur psychiatrique).
Si, pour les emplois traditionnels comme les cat, les ateliers protégés, les imp, les ime, les impro, le profil professionnel des éducateurs techniques spécialisés demeure apprécié et recherché, le milieu ouvert, par la mise en place des nouvelles politiques, leur offre un pari qu’ils pourront gagner à la fois par leur spécificité et l’adaptation de leurs techniques professionnelles à l’adéquation de ces nouvelles demandes.
Les missions qui leur seront confiées seront, par exemple :
- de savoir répondre à l’attente des jeunes en recherche d’insertion par le travail ;
- de participer à l’accueil, à la mise en place et à l’accompagnement des demandeurs d’emploi ;
- de participer à l’apprentissage pré-professionnel des jeunes (16-25 ans) ;
- d’ouvrir des ateliers de dépannage pour les véhicules légers, mobylettes ou motos ;
- de participer à la création de chantiers de jeunes et de chantiers urbains d’insertion supposant la participation des usagers ;
- de contribuer à l’aménagement des villes et de l’habitat pour les personnes handicapées ;
- de créer des régies de quartier ;
- d’assurer l’entretien d’espaces verts ;
- de créer des structures sociales et culturelles ;
- de répondre aussi à la récidive par l’économique (pour les 22-45 ans) ;
- de créer des aires de stationnement pour les familles du voyage ;
- avant tout, de savoir s’inscrire dans le champ d’action des dsu ;
- d’être présents dans les comités de pilotage des contrats villes et d’assumer, pour certains, le rôle de chef de projet.
Parmi les nombreux travailleurs sociaux, les éducateurs techniques spécialisés, par leur technicité et leur spécificité, sont certainement les plus à même de garantir une approche sociale et technique par la mise en place d’un accompagnement spécialisé.
Leur « statut » d’éducateur technique spécialisé se traduit par une bonne connaissance des populations et des problématiques de terrain, requérant des attitudes éducatives et thérapeutiques appropriées ainsi qu’une pédagogie adaptée visant au préapprentissage et à l’apprentissage, devant contribuer à l’adaptation professionnelle et sociale des usagers dans le secteur médico-social.
Plus encore, grâce à cette fonction reconnue, ils devront également conquérir et maîtriser les nouvelles données du champ social et des politiques mises en place depuis la décentralisation.
Si la pédagogie des apprentissages professionnels est un tremplin à la relation qui assure la spécificité du métier d’éducateur technique spécialisé, il serait souhaitable qu’elle puisse éclairer et dynamiser certaines initiatives locales, pour répondre aux besoins spécifiques d’une cité, voire d’un décideur, pour mener à bien des actions collectives visant à faire renaître un quartier (à titre d’exemple), en redonnant aux populations les qualifications reconnues pour leur permettre de participer pleinement à des activités sociales ou à exercer des métiers quelquefois délaissés ou encore à créer de nouveaux emplois avec la perspective de les occuper.
Cette réelle participation des populations à la vie locale a pour objectif, non seulement de recréer un tissu social plus apte à favoriser leur insertion dans la société, mais encore à promouvoir des valeurs ajoutées économiques et humaines.
Les éducateurs techniques spécialisés devront s’attacher également à savoir créer des espaces intermédiaires et communautaires ancrés dans la vie, espaces de liberté et de créativité susceptibles d’aider les personnes en rupture, souvent marginalisées sur le chemin de l’exclusion, à trouver un sens et un élan nouveau à leur vie. Valeurs indispensables pour faire d’un homme un citoyen à part entière.
L’éducateur technique spécialisé reste bien le travailleur social qui maintient l’équilibre souhaité entre l’éducatif, la thérapeutique, l’économique et l’ergonomique.
Pour conduire à bien ces orientations, il semble incontournable de vous exposer pourquoi la réforme des formations actuelles paraît indispensable. Ces nouveaux projets, encore soumis à des modifications de dernière heure, se donnent pour objectif de prendre en compte l’extension du champ d’exercice des éducateurs techniques spécialisés.
Ce projet de réforme a été travaillé avec le ministère des Affaires sociales, le ministère de l’Éducation nationale,
unites et le
gni
[1]. La formation compterait mille deux cents heures de théorie et quinze mois de stages. Comme pour les autres formations éducatives, elle serait fondée sur un programme structuré en
uf à partir d’objectifs professionnels qui constituent des « Points de Passage Obligés », garantissant l’accompagnement ou l’encadrement des personnes en difficulté ou handicapées et devant permettre l’acquisition de méthodologies professionnelles.
Ces uf ont été élaborées à partir d’un référentiel de tâches de l’éducateur technique spécialisé tenant compte d’un savoir-faire et d’un savoir-être.
Neuf uf constituent le programme avec des volumes horaires variant de quarante à deux cent quarante heures.
Pour répondre à l’harmonisation des filières éducatives, il y aurait un élargissement des conditions d’accès à l’entrée en formation des éducateurs techniques spécialisés. De nouveaux profils pourraient être pris en compte. Ceux de stagiaires titulaires :
- des bacs pro et techniques ;
- des brevets de maîtrise et des brevets professionnels ;
- des diplômes universitaires de technologie ;
- des diplômes d’enseignement industriel ou technologique (niveau I, II, III, IV) ;
- enseignement technologique et un an de pratique dans le champ professionnel auquel correspond le diplôme détenu ;
-
cap ou diplôme de niveau 1, plus deux ans de pratique dans le champ professionnel auquel correspond le diplôme détenu ;
- certificat de qualification aux fonctions de moniteur d’atelier ;
- diplômes d’État de travail social et paramédical sanctionnant une formation professionnelle d’au moins deux ans.
Un examen de sélection avant l’entrée en formation serait de plus mis en place.
Les cours d’emploi, feraient un stage de deux mois dans un secteur différent de leur emploi (pour quelqu’un travaillant en impro, un stage en entreprise d’insertion ou un stage de formation pour public en difficulté sociale).
La situation professionnelle donne également lieu à travaux. L’organisation et le contenu des uf sont proches de ceux des es et des me pouvant permettre une transversalité des enseignements. Une uf optionnelle permet l’approfondissement de données déjà étudiées et l’objectif principal de cette uf est d’introduire un projet personnalisé de l’éducateur technique spécialisé, formation négociée avec le centre de formation. Les stages et l’expérience professionnelle donnent lieu à des travaux intégrés dans le parcours de formation.
Diplôme
Dans le cadre de la réforme, les propositions suivantes sont, à ce jour, formulées. Les épreuves sont conservées sauf l’épreuve n° 4 (cf. l’Arrêté de 1976) et la monographie serait remplacée par un mémoire. La réforme se traduit donc par les modifications suivantes :
- remplacement du « certificat d’aptitude » par un diplôme d’État d’éducateur technique spécialisé niveau III, comme les éducateurs spécialisés ;
- allongement de la formation théorique. Celui-ci s’avère nécessaire autant pour les gens entrant avec un bac professionnel que pour les gens en cours d’emploi entrant avec un cap de base, plus un exercice professionnel ou un bt : allongement théorique de deux cents heures, la formation passe de neuf cent cinquante à mille deux cents heures ; allongement pratique, trois mois de stage pour les personnes en cours d’emploi au lieu de trois semaines hors de leur « établissement employeur », dont un stage de découverte dans l’éducation spéciale ou en entreprise ;
- quinze mois de stage pour les personnes entrant avec un bac professionnel, stage long effectué dans l’établissement ou le service favorisant la découverte de populations nouvelles pour elles ;
- maintien d’allégements substantiels, notamment pour les voies promotionnelles dont les moniteurs d’ateliers. Ceux-ci peuvent bénéficier de trois cent vingt heures d’allégements (un arrêté stipulera les allégements possibles allant de un tiers à deux tiers, comme il a été prévu pour les éducateurs spécialisés).
Impact statutaire
Dans la fonction publique hospitalière, les éducateurs techniques spécialisés constituent un corps de catégorie B, comme les assistants de service social, les éducateurs spécialisés, les conseillers en économie sociale familiale et les éducateurs de jeunes enfants. Ils ont déjà accès au corps des cadres socio-éducatifs.
La réforme est d’autant plus attendue par les centres de formation et les professionnels qu’elle répond mieux à la prise en compte des nouvelles problématiques concernant cette profession. Le métier d’éducateur technique spécialisé a vocation à se développer dans le champ social au-delà des structures et des services. Il devra dorénavant pouvoir répondre aux questions posées par la société, par exemple pour les jeunes en déserrance, les violences de quartier, le manque d’emploi et d’activité.
Pour conduire des actions globales dans les villes, les quartiers et les banlieues, les éducateurs techniques spécialisés devront savoir s’appuyer sur les ressources de l’environnement immédiat.
Ces orientations sont actuellement partagées par divers pays de la Communauté européenne mais aussi par les États-Unis, le Canada, l’Argentine, le Brésil, avec leurs singularités, pour mener des actions à la fois individuelles et collectives dans tous les secteurs mais aussi tendre vers des pratiques collectives et communautaires dans le tissu local.
À l’aube du troisième millénaire, les sociétés humaines se trouvent dans un nouvel espace où le modèle industriel du xxe siècle semble présenter plus d’inconvénients que d’avantages. La question est de savoir si « le travail productif » occupera encore la majeure partie de notre temps. Dans des modifications politiques et sociales inévitables, le travail sera-t-il reconnu, comme par le passé, comme la principale, pour ne pas dire la seule, valeur structurante des citoyens ? La répartition obligée des pouvoirs et des richesses au niveau mondial induira sûrement de nouveaux comportements face aux emplois permanents, de type industriel et des emplois précaires, de type services. Les sociétés bousculées par les nouveaux enjeux perdent quelquefois leurs repères.
Les éducateurs ne doivent pas être étonnés de la multiplicité des appels qui leur sont et leur seront de plus en plus adressés. À eux d’y répondre en tant que professionnels responsables, engagés dans le choix permanent d’une société à construire chaque jour.
La réforme du travail de l’éducateur spécialisé
Pour paraître, les textes de la réforme du diplôme des éducateurs techniques spécialisés doivent être acceptés par les ministères signataires et recevoir l’approbation du Conseil d’État. En attendant, voici les principaux éléments contenus dans le projet de décret et l’arrêté.
Un accès aux personnes en voie directe
La formation sera accessible aux « demandeurs d’emploi ». Ils effectueront leur temps de formation en alternance entre le centre et les terrains de stage (au moins trois lieux différents). L’accès à la formation est toujours conditionné à un temps d’expérience professionnelle post-diplôme homologué par l’enseignement technologique.
La construction d’un dispositif sur le modèle des formations éducatives
En augmentant le volume horaire à mille deux cents heures (niveau des eje) et en adoptant l’architecture par uf des contenus, il s’agit bien de positionner cette formation au niveau 3 et de promouvoir la transversalité.
| uf 1 | Pédagogie et relations humaines | 160 h |
| uf 2 | Approche des handicaps et des inadaptations | 160 h |
| uf 3 | Éducation technique | |
| Pédagogie adaptée | |
| et formation professionnelle | 240 h |
| uf 4 | Vie collective | 120 h |
| uf 5 | Organisation et gestion de la production | 160 h |
| uf 6 | Droit, Économie et société | 160 h |
| uf 7 | Approfondissement | 120 h |
| Plus heures non affectées | 80 h |
Un diplôme d’État
La formation sera répartie sur trois années, en mille deux cents heures de formation théorique et quinze mois de stage pratique, et aboutira à un diplôme d’État : de éducateur technique spécialisé de niveau III.
Un référentiel métier
Le référentiel métier s’est construit à partir des fonctions de l’éducateur technique spécialisé déclinées en trois axes interdépendants : l’accompagnement éducatif, la formation professionnelle, l’encadrement de la production. Chaque axe se construit autour d’objectifs professionnels, compétences professionnelles et connaissances référées.
Des stages
Pour les voies directes, les quinze mois de stage seront répartis comme suit : un stage long d’une durée minimum de neuf mois en situation d’apprentissage professionnel et deux stages de découverte d’au moins deux mois. Pour les cours d’emploi, l’activité professionnelle tiendra lieu de stage long. Toutefois, les éducateurs techniques spécialisés auront l’obligation d’effectuer trois mois de stage en dehors de leur terrain d’emploi.
La vae
Les textes, conformément à la loi de modernisation sociale, prévoient la possibilité d’obtenir tout ou partie du diplôme par la validation des acquis de l’expérience. Les décrets d’application paraîtront ultérieurement.
[*]
Conseillère technique au ministère de l’Emploi et de la Solidarité, intervention à l’occasion du vingtième anniversaire du
cafets, en 1996,
its de Caluire.
[1]
Groupement national des instituts régionaux du Travail social.