Empan
érès

I.S.B.N.2749200563
160 pages

p. 41 à 47
doi: 10.3917/empa.046.0041

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Les éducateurs techniques spécialisés : quelles fonctions ?

no46 2002/2

Comment qualifier ce qui se déroule dans notre champ professionnel et plus précisément pour les éducateurs techniques spécialisés ? Nous sommes arrivés à un nouveau tournant de l’histoire de ce métier. Les historiens fouillent dans les archives, enquêtent auprès des témoins contemporains et déroulent les faits tout en nous donnant quelques clés de lecture. Des chercheurs investissent le terrain et, à l’occasion du schéma national des formations du social, nous créditent de statistiques.
Sans omettre de s’inspirer des données, l’option de cet article tendrait plutôt à mettre en mots et en lien les mouvements actuels et les observations de terrain (centre de formation et établissements spécialisés). Car force est de constater qu’observation, relation du vécu, expression du ressenti sont très compliquées à restituer par les acteurs. Pourquoi ? Sommes-nous face à un secret jalousement gardé par celui qui a fait, pour protéger sa création et se défendre des utilisations non souhaitées ? Sommes-nous, plus simplement, confrontés à toutes nos évidences et habitus que nous ne formalisons pas ? La difficulté de dire ne réside-t-elle pas dans le fait que nous n’identifions pas les actions qui nous sont spécifiques ?
Commençons par rapporter ce qui circule communément lorsque l’on parle des éducateurs techniques spécialisés. Ils donnent l’impression qu’une force se dégage de leurs gestes techniques, qu’ils sont pétris d’amour pour leur métier, qu’ils croient en la valeur du travail et qu’ils assurent aisément la rencontre avec des publics réputés difficiles. Cependant, ils font peu parler d’eux, ils ne sont pas enclins à se livrer à des jeux d’écriture et se retranchent aisément dans leurs ateliers.
Aujourd’hui, des terrains embauchent des éducateurs techniques spécialisés n’exerçant pas forcément dans leur métier de base et ayant quelquefois, eux-mêmes, traversé des périodes de précarité. Les espaces d’insertion les propulsent en position de partenaire. Certains prennent des responsabilités institutionnelles et voilà que nos certitudes basculent, nos représentations s’effondrent et l’écart se creuse entre les professionnels éducateurs techniques spécialisés.
Assistons-nous à un changement de cap ou est-ce anecdotique ? L’état de nos réflexions concerne ce que nous considérons comme des facteurs d’évolution [1] pour cette profession. Mais avant de reprendre ce qui recouvre les éléments de ce mouvement, il convient d’examiner ce qui nous paraît relever de la spécificité professionnelle des éducateurs techniques spécialisés.
 
De la production à l’éducation : le désir de transmettre et la culture technique
 
 
Chaque éducateur technique spécialisé est reconnu pour son habileté au maniement d’outils destinés à la transformation de la matière, en fonction d’expériences et de qualifications professionnelles antérieures. Passion, nécessité, peu importe, mais du marteau au pinceau en passant par la tronçonneuse et la scie sauteuse, tous ces objets sont devenus familiers et indispensables dans la réalisation de son travail. Les éducateurs techniques ont quitté l’entreprise, l’industrie, depuis une ou plusieurs années et cette immersion a marqué leurs orientations actuelles. Ils se sont déplacés du champ technique au champ de l’éducation spécialisée. Établi, rabot, pince, tenaille… continuent sans doute à habiter leur vie quotidienne car ils sont aux prises avec une technicité qui est requise la plupart du temps dans leur emploi. Et a priori l’établissement qui a embauché un éducateur technique spécialisé reconnaît en lui ce niveau d’expertise ! Non seulement il est qualifié pour transformer la matière et se servir du matériel, mais on attend de lui des capacités à faire apprendre, former ou faire travailler des personnes. Et pas n’importe lesquelles ! Des personnes en difficulté, celles qui ne savent pas, ne peuvent pas ou ne veulent plus apprendre. Ce professionnel a changé de posture. Il n’est plus celui qui produit et qui transforme mais il est responsable des autres dans l’action de produire, dans la réalisation ou dans la transformation.
Le désir de transmettre
En formation, les éducateurs techniques spécialisés avancent souvent le désir de transmettre comme moteur de leurs activités. Ce qui nous importe, ce ne sont pas les raisons pour lesquelles les éducateurs techniques spécialisés désirent transmettre mais ce qu’ils transmettent. Et à qui ils le transmettent. Donner le goût du travail, apprendre les gestes précis avec de bons outils, parler des métiers et montrer les exigences liées aux situations d’emploi ; voilà quelques déclinaisons du contenu de la transmission.
Toutes les actions professionnelles attendues sont évidentes pour les éducateurs techniques spécialisés, selon leur métier d’origine, mais elles demeurent obscures pour celui qui les regarde et qui doit les réaliser. Ils espèrent des gestes précis des personnes en apprentissage mais cela ne va pas de soi pour elles. Alors il faut inventer des canaux de transmission spécifiques, car les moyens d’apprentissage habituellement utilisés par les professeurs et les formateurs n’ont pas produit les effets escomptés. Les jeunes ou les adultes accueillis sont restés hermétiques à toutes les batteries classiques.
Mais, attention, transmettre n’est pas qu’apprendre, précise Jacky Beillerot. En effet, transmettre quelque chose ne se limite pas à un ensemble de connaissances, de savoir-faire, de procédures à acquérir par quelqu’un ! Montrer des gestes et faire apprendre des savoir-faire ne sont pas les seuls composants de la transmission. Transmettre, c’est aussi dire le sens de ce qui se fait : à quoi et à qui ça sert ? C’est mettre en mots l’univers social dans lequel tel geste va s’accomplir.
Apprendre un métier, selon les ethnologues, se décline en acquisitions de normes sociales et techniques et, à travers elles, par l’acquisition d’un statut. Évidemment, cet objectif ne relève pas de la seule intervention des éducateurs techniques spécialisés. Ces acquisitions recouvrent des pratiques ritualisées, codifiées aussi bien dans les gestes que dans la hiérarchie en vigueur du groupe professionnel. Ainsi, pardonnez l’expression, le fameux « coup de pied au cul » n’est pas l’apprentissage d’un geste technique mais plutôt l’inculcation de la hiérarchie propre au métier. Prenons un autre exemple comme servir le café : ceci n’est pas davantage un apprentissage technique sinon celui de la machine à café, il s’agit plutôt d’une entrée dans le monde du travail par une série d’épreuves pour l’apprenti, telles des rites initiatiques.
Toutefois, polarisons notre attention sur les destinataires de l’action des éducateurs techniques spécialisés. Les jeunes ou les adultes encadrés ne sont pas de la matière inanimée. Ils changent ou au contraire jouent l’immobilisme, mais force est de constater qu’ils surprennent sans cesse et laissent sans doute fort démunis tous les personnels !
Il serait aisé d’alimenter le discours ambiant relatif aux difficultés croissantes rencontrées sur les terrains professionnels. N’étayons pas ce débat mais admettons que les jeunes ou adultes, accompagnés par les éducateurs, sont parfois méconnaissables dans nos cadres de référence. En effet, leurs situations d’échec et les obstacles rencontrés sont d’une grande complexité. De plus, le rapport au travail et au savoir évolue au niveau de la société. Les modifications de comportement s’observent au plan individuel, et, d’une manière plus caractérisée, sur toute cette population fragilisée que les éducateurs techniques spécialisés côtoient.
Certes, peu importe qu’il y ait beaucoup de violence, de résistance ou de problèmes, ce qui nous préoccupe ici, c’est la manière dont les situations sont ressenties et vécues par les éducateurs techniques et comment ils transmettent leurs valeurs et savoir-faire. En effet, il apparaît que l’évolution tant souhaitée dans le monde de l’éducation est redoutable car elle déstabilise et met à l’épreuve ceux qui l’accompagnent.
Le désir de transmettre est bien en jeu, mais, ne l’oublions pas, l’objectif réside bien dans la transformation du refus ou des difficultés du public en un désir d’apprendre, un pouvoir réaliser et une volonté de s’insérer. Les conceptions du travail des éducateurs techniques spécialisés sont certes convoquées, mais nous sommes bien au cœur de la mission d’éducation, d’apprentissage ou de formation et ils en partagent la responsabilité. Alors nous entrons de plain-pied dans l’espace de négociation entre le projet institutionnel et le projet de l’éducateur technique spécialisé.
La culture technique
Les éducateurs techniques spécialisés sont passés du monde du travail ordinaire au monde de l’éducation spécialisée et ils circulent des outils de production aux outils pédagogiques. Est-ce si différent, après tout ? Rien n’est moins sûr. Ils souhaitent transformer la difficulté ou le refus d’apprendre par un désir et un plaisir. L’outil intervient-il à ce moment-là comme moyen de transformer la matière humaine et de ce fait peut-il se qualifier de pédagogique ?
Ainsi propulsés à la place de ceux qui construisent leurs actions éducatives, les éducateurs techniques spécialisés, comme d’autres professionnels, se donnent comme objectif de faire évoluer la difficulté des jeunes face à l’apprentissage ou faire reculer les obstacles de formation pour les adultes. Pour ce faire, il est nécessaire de changer et de faire évoluer sans cesse ses pratiques.
Tel un ajusteur, l’éducateur technique spécialisé choisit parmi les matériaux à disposition celui qui semble le plus approprié. Il le remodèle, le configure, le façonne pour qu’il s’adapte aux difficultés particulières des personnes et qu’il entre dans les interstices afin que « la pièce » soit conforme au résultat attendu ! Grâce à sa culture technique, l’éducateur technique spécialisé est en mesure d’aider les personnes à concrétiser et à rendre visibles leurs savoir-faire car il travaille par étape selon une progression adaptée au but poursuivi.
La démarche pédagogique
Tentons de formaliser la démarche pédagogique que les éducateurs techniques spécialisés adoptent la plupart du temps. À un moment donné, tout ce que les éducateurs techniques spécialisés ont l’habitude de faire et la manière dont ils le font se heurtent à des échecs, voire à des impossibilités, car le public concerné ne peut pas ou ne sait pas utiliser les méthodes, techniques et outils traditionnels. Ils étudient alors ce qui existe comme référentiels de tâches, de métier et d’outils (souvent dans leur propre pratique). Ils utilisent des petites astuces (montrer la réalisation finale, démontrer plusieurs fois le bon geste, changer les postes). Ils recherchent des supports utilisables (soit disponibles dans le commerce, dans des documents ou qui ressortent de leurs compétences). Ils pratiquent par tâtonnement (fait d’essais et d’erreurs). Ils risquent une démarche : affinement des objectifs et moyens intermédiaires en fonction de l’usage qui en est fait par les personnes (et toujours au regard du résultat fourni). Ils combinent matériaux et matériel à la situation.
Une organisation méthodique, rigoureuse s’engage. Chaque séquence se détaille dans l’exercice des tâches à accomplir. Dans le meilleur des cas, ils formalisent leur pratique et la réajustent dans le temps.
L’étape du tâtonnement, la plus longue certainement, repose sur l’expérimentation. Elle oscille entre des temps d’exaltation créés par la dynamique de la construction (tout cet aller et retour entre le penser et le faire) et des temps de grande incertitude comme celle de l’architecte qui voit son œuvre prendre forme mais ne sait pas si l’ouvrage en cours pourra donner le résultat escompté et sera à la mesure de son génie créateur.
L’élaboration et la mise en œuvre des actions pédagogiques relèvent de la responsabilité de l’éducateur. Dans la situation de formation, ce sont les acteurs (éducateurs, éduqués) qui sont les plus impliqués : leur interaction et leur rapport avec les objets sont en cause !
Ainsi les déterminants et constituants d’une situation sont à analyser si nous voulons comprendre les obstacles empêchant de réaliser les apprentissages ou les projets de réinsertion.
 
Les facteurs d’évolution
 
 
De par les modifications législatives, les mutations du marché du travail, les contraintes économiques, les restructurations institutionnelles et l’évolution des problématiques des usagers du travail social, l’éducateur technique spécialisé a bien du mal à se positionner au cœur du système éducatif.
Aujourd’hui, nous pouvons observer des écarts importants entre les éducateurs techniques spécialisés en poste et qualifiés depuis un certain temps et ceux qui arrivent dans la profession. Dans cet espace, tous les cas de figure cohabitent et des questions très diverses se posent aux acteurs sociaux et employeurs :
  • va-t-on remplacer un éducateur technique spécialisé par un jeune éducateur technique spécialisé lorsque le premier partira en cessation progressive ou définitive d’activité ?
  • comment les éducateurs techniques spécialisés en atelier depuis de longues années peuvent-ils reconvertir leurs activités de toujours et leurs progressions techniques au regard des personnes accueillies et des restructurations ?
  • quelle est la technicité en œuvre dans les postes d’insertion et dans l’accompagnement éducatif des adultes ou jeunes lourdement handicapés ? En quoi la spécificité des éducateurs techniques spécialisés répond-elle à ces postes ?
  • les « emplois-jeunes » se formant comme éducateurs techniques spécialisés occuperont-ils le poste qu’ils ont construit ou celui-ci sera-t-il attribué à un autre travailleur social ?
Ces quelques interrogations permettent d’identifier des éléments de changement. Déclinons les plus importants car ils participent déjà à l’évolution de la profession, même si certains d’entre eux concernent également les autres métiers du travail social.
L’écart entre le travail dans le secteur de la production ordinaire et le secteur protégé. Tout d’abord, la pratique professionnelle se trouve modifiée en raison de l’écart existant entre ce que les éducateurs techniques spécialisés connaissaient des méthodes de travail, leur mode de transmission, et leurs conditions de mise en œuvre dans le champ du travail social. De plus, le secteur industriel et artisanal se modifie, ainsi le champ du travail social peine à s’ajuster à cette évolution.
La modification des profils. Les niveaux des candidats en formation progressent, c’est une banalité sans doute de le dire ! Cependant les éducateurs techniques spécialisés sont aussi concernés par ce phénomène. Nous rencontrons davantage de postulants ayant atteint un niveau IV ou III et ayant suivi des études plus généralistes : bac technologique, dut. La palette des métiers s’est élargie ainsi que les emplois occupés jusqu’à l’entrée en formation. Le métier de base ne sert plus automatiquement comme critère d’embauche. Cependant cette sélection subsiste encore pour des ateliers spécifiques dans le secteur de l’apprentissage professionnel.
La formation. Même si le décret date de 1976, les contenus de formation se sont accordés à l’intervention sociale d’aujourd’hui. Beaucoup de centres de formation pratiquent la transversalité et les éducateurs techniques spécialisés participent à la réflexion professionnelle avec les autres métiers du social (préfiguration d’une équipe et des partenaires des actions). Le projet d’atelier et le mémoire sont des temps propices au réajustement des pratiques et à l’élargissement des questions professionnelles.
L’évolution des lieux d’exercice professionnel. De toute évidence, les emplois du social se sont développés dans des secteurs nouveaux (insertion, municipalité, cer). De plus, certains employeurs n’hésitent plus à embaucher des éducateurs techniques spécialisés quand il s’agit d’accompagner des personnes dans leur recherche d’emploi ou dans la construction de leur projet d’insertion. Et, dans certaines régions, le secteur hospitalier ouvre des emplois à ces personnels.
L’évolution dans l’accueil des publics. Toutes les structures constatent que les publics accueillis ont évolué. Les pathologies sont diversifiées, les déficiences accroissent l’hétérogénéité des niveaux, et les familles accumulent les difficultés. Que dire brièvement à ce propos ? Car c’est un vrai débat qui pourrait s’engager. Cependant, soulignons que ce sont les situations sociales qui se sont modifiées, complexifiées, et non pas les individus [2].
Les (re)structurations institutionnelles. Beaucoup d’institutions ont subi ou conduit des restructurations multiples. Soit en raison de renouvellement de direction, soit en raison de la mise en place des trente-cinq heures, soit pour des raisons de réorganisation pédagogique. Et l’on sait combien toutes ces modifications sont assorties de réticences, de souffrances, de difficultés pour le personnel à s’inscrire dans de nouvelles orientations. Cependant, certains éducateurs techniques spécialisés, comme d’autres professionnels, s’inscrivent dans des changements de cap et participent au projet pédagogique pour des enfants (foyer, ime, ir) ou pour des jeunes (mecs, cer, cfp…) ou adultes (souffrant d’autisme, de maladies, de dépendances…).
Les modifications législatives. Les « projets individuels » introduits par les nouvelles annexes XXIV s’organisent doucement dans les établissements et transforment l’implication des acteurs. L’obligation qui est faite d’ouvrir les dossiers et tous les rapports aux familles [3], par la rénovation de la loi 75, soulève bien des résistances dans le secteur ! Les mesures pour l’emploi qui sont en perpétuelle modification rendent les démarches des personnes en projet d’insertion très complexes et les éducateurs doivent réviser leurs stratégies.
Les embauches. Force est de constater la diversité des offres d’emploi dans les secteurs d’activité et le schéma national du travail social nous démontre que beaucoup d’éducateurs techniques spécialisés, en poste actuellement, vont partir à la retraite massivement dans les cinq ans à venir. Qui va les remplacer et pour faire quoi ? Dans le travail protégé (cat, ap) la tendance depuis dix ans consiste à embaucher des moniteurs d’atelier et de moins en moins d’éducateurs techniques spécialisés (ou ma 1re classe). Toutefois, notons que les éducateurs techniques spécialisés en poste assument la plupart du temps les responsabilités de l’encadrement ou du soutien 1er et 2e type. De plus, l’application de la loi Aubry (les trente-cinq heures) a ouvert des postes dans notre secteur, également pour des fonctions d’éducateurs techniques spécialisés. Enfin, n’ignorons pas que les chantiers d’insertion se développent et, selon les régions, font appel à ces professionnels, même si dans certains cas, des éducateurs spécialisés ou « agents d’insertion », « chargés de mission », sont plutôt choisis.
 
La réforme du diplôme et la validation des acquis de l’expérience
 
 
Il est temps maintenant de parler de la réforme du diplôme des éducateurs techniques spécialisés, attendue par les professionnels dans la mesure où elle participe à définir non seulement leur rôle dans les activités quotidiennes, mais aussi l’avenir de cette profession.
Trois axes sous-tendent l’engagement de cette réforme. Le décret instituant le certificat d’aptitude aux fonctions d’éducateur technique spécialisé, paru en 1976, ne correspond plus aux fonctions actuelles de ces professionnels. De ce fait, les contenus et le dispositif de formation ne répondent plus aux attentes des terrains employeurs. Il faut souligner que les centres de formation ont déjà fortement intégré les nouvelles orientations à leur dispositif de formation (de l’admission jusqu’au diplôme).
Les professionnels éducateurs techniques spécialisés s’inscrivent dans les projets d’une équipe, en complémentarité des actions éducatives. De ce fait, privilégier la transversalité dans la formation devient incontournable ; cela se traduit par une organisation des contenus en unité de formation à l’image des autres décrets en vigueur : es, me, eje.
Les centres de formation se sont mobilisés depuis plus de douze ans dans les différentes commissions de travail initiées par le ministère, prenant en compte tous les textes actuels qui insistent sur la formation des professionnels dans les missions d’insertion et d’éducation (fonction des éducateurs techniques spécialisés) : loi de lutte contre les exclusions, schémas régionaux et nationaux des formations de travail social. Précisons que le dernier projet de réforme fait apparaître un référentiel qui peut déjà être opérationnel dans l’application de la validation des acquis de l’expérience (vae : inscrite dans la loi de modernisation sociale). De plus, ce texte facilite les promotions sociales.
Il est difficile de conclure un tel propos car rien de ce qui a été dit n’est achevé. Alors je prends le parti ou le pari de la militance. Ma conviction est que l’éducateur technique spécialisé doit poursuivre son numéro d’équilibriste dans la tension qui s’exerce entre le pôle de l’éducation et le pôle de la technique. Il ne doit abandonner :
  • ni ce qui a construit ses bases : ses compétences et sa culture technique, qu’elle soit à l’œuvre ou qu’elle reste une ressource ;
  • ni son désir d’entrer en relation éducative afin de permettre à celui qui est tellement fragilisé d’apprendre à nouveau, de faire confiance aux éducateurs et de s’inscrire dans une dynamique de projet.
Il est donc urgent que la profession se mobilise et se saisisse de toutes ces questions. Les enjeux en termes de reconnaissance, d’avenir de la profession et en termes d’emploi sont de taille ! Les éducateurs techniques spécialisés doivent se risquer dans les bouleversements annoncés. Institutions, centres de formation et professionnels devraient travailler ensemble à la question de la reconnaissance des compétences professionnelles des éducateurs techniques spécialisés ! Ils sont travailleurs sociaux, et, à ce titre, acteurs et partenaires de la relation aux publics en situation de handicap, d’inadaptation ou de difficultés sociales.
 
NOTES
 
[*]Animatrice de la cafor ets/ma, responsable de formation à l’irts de Lorraine, 41, avenue de la Liberté, Le Ban-Saint-Martin, 57063 Metz cedex 2
[1]Quand on commence à parler de l’évolution d’une espèce (et excusez-moi de classer ces travailleurs sociaux comme telle !), c’est plutôt bon signe ! En effet, à ma connaissance, l’objet ou la personne qui évolue fait la preuve de sa vitalité. De plus, si on en parle, c’est parce que quelqu’un se consacre à son observation d’une part et d’autre part qu’on lui donne la parole pour en rendre compte !
[2]La difficulté à l’intégration ou à l’insertion sociale et économique est à envisager aussi du côté de l’environnement et non plus seulement à chercher du côté des publics. Il est temps sans doute de modifier notre approche quant aux causalités et de changer le regard que nous portons sur les personnes, à l’instar du courant canadien de Patrick Fougeyrollas.
[3]La personne doit avoir accès à l’ensemble du dossier et des informations qui la concernent (loi du 2 janvier 2002).
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