Empan
érès

I.S.B.N.2749200563
160 pages

p. 85 à 87
doi: 10.3917/empa.046.0085

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Les éducateurs techniques spécialisés : quelles fonctions ?

no46 2002/2

2002 EMPAN Les éducateurs techniques spécialisés : quelles fonctions ?

L’horticothérapie

Vers une éducation multidimensionnelle

Andrew Harrison  [*]
L’horticothérapie (ou l’utilisation de l’espace jardin comme lieu d’accompagnement) est une méthode de thérapie encore jeune en France. Pratiquer une éducation à l’environnement et aux lois qui le gèrent, c’est donner à la personne des moyens d’appréhender physiquement, émotionnellement, mentalement et même spirituellement, son environnement global, et de le connaître de façon sensible et conceptuelle.
Cet article n’est pas une incitation à une émulation générale mais simplement le témoignage d’un éducateur technique spécialisé qui cherche un autre sens au mot éducation, un éducateur à la recherche de sa vérité, un œil qui l’a aperçue, une oreille qui l’intègre.
Un éducateur technique spécialisé peut-il se permettre de faire un travail spirituel ? Peut-on parler de spiritualité sans mentionner la religion ? Malraux a déclenché bien des choses en lançant sa fameuse phrase de défi au xxie siècle. J’utilise le mot spirituel ici dans le sens que je considère essentiel : celui de l’éveil de l’esprit, un éveil lié à un contact intime et profond avec la nature.
Le monde est plein de vies multiples, qui ont une intelligence et un sens commun. En regardant bien et en ouvrant notre cœur à notre sensibilité, nous pouvons discerner la présence, parmi ces multitudes de vies, d’un esprit d’interdépendance. Le monde complexe commence à dysfonctionner, me semble-t-il, quand cette loi d’interdépendance est ignorée. Pouvons-nous vivre indépendamment des autres formes de vie qui nous entourent ? Pouvons-nous ignorer le besoin de partager un esprit de vie commun ? L’indépendance implique sa sœur jumelle, la dépendance, la hiérarchie du fort et du faible, du maître et de l’élève, de l’éducateur et du stagiaire, du Catalan et de l’Écossais. Si nous pouvons baser nos efforts éducatifs sur une telle note d’interdépendance, alors peut-être cette harmonie d’esprit (spirituelle) peut germer et se développer sans porter préjudice à la qualité et au contenu de nos échanges.
Selon moi, cet esprit existe déjà dans ces écoles que nous appelons les jardins. Car je suis un jardinier, un éducateur-jardinier qui voit dans la grande diversité de la vie du jardin une sorte de lumière, d’unité et d’interdépendance qui « fait fonctionner » le tout. Je pratique depuis quelques années les principes d’une thérapie d’accompagnement par le jardin (l’horticothérapie) qui lie les enseignements de l’écologie pratique à ceux des lois et des cycles naturels. Ces enseignements sont multidimensionnels. Les mondes animal, végétal, minéral et humain se trouvent en contact intime. D’autres mondes aussi, plus subtils, révèlent parfois leur présence à ceux qui prennent le temps et le plaisir d’affiner leur réceptivité et leur sensibilité.
Pour aborder cette forme de pédagogie libre, il a fallu que je me libère moi-même des contraintes et des lenteurs parfois associées aux atmosphères institutionnelles et des réticences des systèmes éducatifs traditionnels ; parler aux arbres, surtout si on le fait à haute voix, écouter les réponses… avec les mains… est parfois mal accepté ! Il m’a fallu créer des structures nouvelles, des jardins nouveaux, concevoir des formations adaptées à cette nouvelle pédagogie de la vie, même si elle a toujours existé.
Deux jardins éducatifs sont actuellement en développement dans la région de Toulouse [1] et des formations d’horticothérapie et d’animation des jardins pédagogiques sont maintenant disponibles. Le métier d’éducateur technique spécialisé se libère et se transforme dans des structures plus légères liées à l’éducation à la vie.
Grâce à ces jardins et à d’autres structures similaires de la région, il est envisagé de créer un réseau d’échanges, de visites et de formations au niveau français et européen, à la fois pour les « encadrants » – animateurs, éducateurs, enseignants – et pour les jardiniers (personnes en difficulté sociale et économique, personnes désavantagées physiquement et mentalement, personnes âgées).
L’horticothérapie utilise l’espace jardin comme lieu d’accompagnement, et ses principes s’adaptent à toute sorte de public. Quatre éléments majeurs sont développés dans l’horticothérapie :
  • la rééducation des sens (le toucher, l’odorat, le goût, l’ouïe et la vue) ;
  • l’analyse et la conceptualisation de l’appropriation sensorielle ;
  • l’expérimentation scientifique ;
  • le développement de l’implication et de la créativité dans l’interaction de la personne avec son environnement.
Le jardin peut être un lieu de rencontre et de transformation aussi bien qu’un lieu de production. Nous travaillons, grâce à la vie du jardin, sur l’éveil sensoriel, mais en même temps sur une multitude d’autres aspects de la vie de l’être :
  • la santé physique : équilibre, dextérité, souplesse du corps, respiration, orientation dans l’espace, nutrition ;
  • les sciences : botanique, biologie, chimie, mathématique, expérimentation, jugement ;
  • la communication : lecture, écriture, questionnement, commercialisation ;
  • la socialisation : responsabilité, travail en équipe, entraide, solidarité, interdépendance, respect, image de soi ;
  • le sens artistique : parfums et couleurs, beauté, harmonie, créativité personnelle ;
  • l’éveil de l’esprit : la relaxation, la méditation, la contemplation, l’imagination, le plaisir.
Le jardin permet aussi une rencontre entre les divers éléments et les qualités qu’ils symbolisent :
  • la terre, la stabilité : en travaillant la terre, on sent sa force et sa solidité ;
  • l’eau, la sensibilité : en apportant de l’eau aux plantes, on les soigne et on leur donne la vie ;
  • le feu, la volonté : en contact avec le feu, on développe une dynamique pour agir et la responsabilité pour ses actes ;
  • l’air, la communication : en s’entourant de l’air, on parle (échange, entraide, communication).
Le jardin permet de travailler de façon très active sur les problématiques physiques, émotionnelles, mentales et existentielles de la personne et sur le sens global qu’elle donne à sa vie. Tout être vivant donne un sens à sa vie, sinon il se laisse mourir. C’est peut être simplement l’élan de la vie elle-même. Sentir, toucher ce sens de la vie est une des clés de la communication ; sans la communication, un acte éducatif est-il possible ? La communication peut être verbale ou non-verbale – un ensemble de gestes et d’attitudes – à travers les mains, le visage, les yeux. Ils nous parlent si nous savons les écouter. Le jardin, c’est un peu comme un lieu universel, hors du temps et du langage purement verbal. Une plante est toujours une plante, les oiseaux chantent de la même façon, l’eau nous rafraîchit et nous calme, qu’on soit en Afrique, en Amérique, au Japon ou en France. Les fleurs nous réjouissent, les papillons nous enchantent ; c’est un langage universel, dans un lieu magique. L’avantage de travailler dans un tel lieu, c’est que tout devient possible. On peut créer, inventer, expérimenter sans cesse comme cela se fait dans la nature. Le jardin est un lieu de guérison, où l’esprit et la matière se rejoignent. À nous d’y rentrer et d’y travailler dans une atmosphère de coopération et de co-créativité.
J’ai le sentiment que Malraux peut dormir heureux car, dans ce jardin, le cœur humain est à l’ouvrage.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Harrison, A. 1998. Ce jardin qui soigne, cette nature qui guérit, monographie présentée pour le diplôme de cafets, mai 1998, irfces de Saint-Simon, avenue du Général-De Croutte, 31100 Toulouse (extrait Empan, n° 35, septembre 1999).
·  Growth Point, journal de l’organisation thrive (Gardening and Horticulture for Training, Therapy and Health, The Geoffrey Udall Centre, Beech Hill, Reading, RG7 2AT, Angleterre).
·  Ménézo, S. La thérapie par l’horticulture en France et à l’étranger, auto-édition, 70 rue Turenne, 33000 Bordeaux.
·  Les liens internet : Le Jardin dans tout ses États, www. jardinons. com
 
NOTES
 
[*]Éducateur technique spécialisé, directeur de l’association cecan (Centre d’expérimentation pour une coopération avec la nature), place de l’Église, 09130 Carla-Bayle (Ariège).
[1]Le Jardin « Arc-en-ciel », Monbéjan, 32130 Savignac-Mona (Gers). Le Jardin « Shambhala », route d’Artigat, 09130 Carla-Bayle (Ariège).
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