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I.S.B.N.2749200571
158 pages

p. 105 à 111
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Approches sociologiques

no47 2002/3

2002 EMPAN Approches sociologiques

Rites funéraires et groupes familiaux d’appartenance

Yves Lamoureux  [*]
La préoccupation quant à la finitude et l’idée même de la mort sont le propre de l’homme. La perception de notre propre mortalité est une des caractéristiques qui nous différencie en tant qu’êtres humains au sein du règne animal.
Ainsi, pouvons-nous vivre comme si la mort n’existait pas ? Est-ce que les familles contemporaines peuvent considérer les rituels funéraires comme étant désormais désuets ? Comment ces rites élaborés à la mémoire de la personne décédée peuvent-ils contribuer au processus d’ajustement de la perte, aussi nommé : travail d’intégration du deuil ? C’est sur ces propos que je vous invite à porter votre attention.
Quand on m’a demandé si je voulais bien écrire un article concernant les rites funéraires et les groupes familiaux d’appartenance, j’ai répondu par l’affirmative, et ce pour deux raisons essentielles. La première repose sur ce désir de dépasser le tabou du non-dit qui existe quant à la mort. La deuxième, c’est de pouvoir apporter ma contribution à la reconnaissance de l’importance des rites funéraires dans la résolution du deuil. Cela dit, une fois la démarche de recherche entreprise, je réalise comme beaucoup d’autres que l’analyse d’un sujet comme celui-là sera forcément limitée, donc incomplète, compte tenu de la diversité des aspects multidimensionnels. Mais si, avec un peu de chance, les lecteurs en retirent des représentations qui les aident à cheminer dans leurs propres réflexions/vécus face à cette difficile réalité qu’est le décès d’un membre familial, alors le but sera grandement atteint.
Cela dit, nous remarquons que le décès d’un individu au sein d’une famille « traditionnelle » ou « nouvelle » laisse un héritage (sous forme de souvenirs) auprès de chacun des membres composant cette famille. Qu’en feront-ils ?
Portons notre regard sur les rites. Il y a différents rites auxquels le groupe d’appartenance familiale est assujetti. Les rites de maintenance ou d’union (ex : repas, fêtes de Pâques, de Noël, occasions spécifiques) qui favorisent la cohésion tout en permettant l’échange entre les participants. Les rites de passage (ex : baptêmes, anniversaires, mariages, funérailles) sanctionnent quant à eux la transformation du groupe. Les rites funéraires sont donc utiles pour favoriser la transition. Louis-Vincent Thomas, grâce à l’élaboration de son livre Rites de mort pour la paix des vivants, nous permet de repérer leurs fonctions : « Le rite apparaît comme une assurance qu’on s’invente pour maîtriser l’épisodique et l’aléatoire » (L.-V. Thomas, 1985). Teintés de symbolismes qui font appel aux valeurs du groupe, les rites possèdent un pouvoir structurant en posant dans un ordre préétabli des actes à accomplir. Ainsi donc, nous les utilisons dans des occasions de changement où l’inquiétude du devenir du groupe surgit. Régulièrement, ils permettent le passage entre deux étapes de vie.
« On ne connaît aucune société, sauf en période de grand traumatisme (guerre, famine, grande endémie), qui n’entoure pas ses morts d’un cérémonial, si élémentaire soit-il » (L.-V. Thomas, 1985). Il y a des preuves de sépultures depuis l’époque de l’homme de Neandertal (– 100 000 à – 35 000 ans). La double sépulture d’une jeune femme ayant à ses pieds un enfant de six ans datant de près de 100 000 ans, découverte dans la grotte de Qafzeh, en Israël, est la plus ancienne sépulture connue (H. Thomas, 1994). De plus, la représentation de survie dans l’histoire semble fondamentale. Pour la même période historique (mésolithique), des restes de nécropoles contenant du mobilier funéraire confirment l’idée de mort-renaissance, donc de survie. Ainsi, à minima, nous constatons un désir de prendre soin du corps d’un congénère et ce, depuis fort longtemps.
Lorsque survient un décès dans une famille, l’idée de la personne décédée semble nous renvoyer à cette insoutenable impression de l’anéantissement du lien. L’individu quitte définitivement le clan familial, la collectivité : difficile constat, certes, mais les endeuillés se doivent de se « sécuriser » dans leur présent aléatoire.
Force est de constater que l’on est soumis aux lois d’un environnement que l’on ne contrôle ni individuellement ni collectivement. Cet environnement peut interférer dans le parcours de la vie d’un individu sous diverses formes : biologique (maladie), physique (accident), sociale (instabilité politique). De cette vulnérabilité, on est plus ou moins conscient. Sans tomber dans l’anxiété, on peut se souvenir de l’attaque des Twin Towers à New York le 11 septembre 2001 et du sentiment collectif de fragilité qui en a émergé ; plus près de nous, il y a eu quelques jours plus tard l’explosion de l’usine azf à Toulouse.
La démarche des sociétés, des groupes, des familles et des individus semble similaire. Comment maîtriser ou rétablir l’équilibre suite au changement induit inévitablement par la perte d’un membre « familial » ?
Précisons ici que tout au long de notre réalité de vivant, nous baignons constamment dans le changement, donc dans l’aléatoire. La dynamique du : « Je dois laisser quelque chose d’un temps présent pour accéder à une réalité future inconnue » est une démarche constante.
La finalité d’une vie nous remet dans cette même dynamique, en y rajoutant un élément qui en fait toute la particularité : après ce dernier instant de vie, qu’y a-t-il ? Certains en ont une idée, d’autres une certitude (les croyants, par exemple), mais, quoi qu’il en soit, nous sommes dans le domaine du non-vécu, d’un après investi de croyances.
Outre le fait de sécuriser les individus, les rites funéraires participent également à d’autres finalités. Ils contribuent aussi à finaliser ce qu’il advient de la personne décédée. Nous accompagnons son corps vers un lieu physique (par exemple, le cimetière) et nous orientons un sens de l’après-vie terrestre dans un au-delà défini préalablement par le type de croyances (par exemple, au ciel, dans la réincarnation, le monde des ancêtres pour certaines tribus africaines). La diversité des hypothèses de l’après-vie (si elle existe) est soumise à l’imaginaire individuel et collectif, donc indéfinie. Parallèlement, les rituels permettent de prendre en charge les survivants/endeuillés en renforçant des liens collectifs lors des rencontres (veillée funéraire, service funèbre…). De plus, en codifiant les séquences, ces rituels sécurisent les participants endeuillés en s’efforçant de maîtriser les effets de la mort sur les proches. Bien que nous soyons centrés sur le corps de la personne décédée, force est de constater que nous nous occupons également, dans une large mesure, des survivants. Nous tentons de prendre soin des vivants en prenant soin du défunt. Cela permet aussi de nous déculpabiliser : « J’existe et j’accompagne celui qui avait une place dans ma vie ».
Les rituels étant majoritairement collectifs, nous pouvons nous réconforter entre survivants tout en confirmant que la vie nous habite. Ainsi atteste-t-on de la non-vie du proche tout en nous rassurant sur la vulnérabilité de cette finalité corporelle qui est la nôtre.
Aujourd’hui, nous sommes davantage confrontés à la difficulté de nous rencontrer. Le manque de partage et d’échange conduit l’individu à un isolement contraignant, qui ne lui permet pas de se repositionner dans un ensemble social qui donne du sens. La notion de sens doit être entendue comme en rapport avec la cohérence (rattaché à un ensemble) et la finalité (le but) de nos actes.
Les rites formalisent les rapports sociaux qui contribuent à maintenir des liens entre les individus. Ils sont donc importants dans le fait de maintenir la structure du « groupe » social et par le fait même d’assurer sa continuité. Il s’agit bien de cela : la continuité. Car lorsque l’individu meurt, le « groupe » survit individuellement (par les individus) et collectivement.
De la même façon, en permettant l’accompagnement des défunts, nous confirmons leur valeur en tant qu’individus singuliers. Implicitement, en agissant ainsi, nous reconnaissons l’histoire (de vie) qui a contribué à ce que nous sommes. Donc, nous attestons du caractère unique et temporel, du moins physiquement, de ces personnes. Cette cohésion dans la reconnaissance du passé (qui est toujours mort) nous supporte dans la projection d’un avenir toujours inconnu, donc incertain. La non-rencontre ne favorise pas la structuration de codes, de rites. L’individu esseulé arrive difficilement à maintenir ses besoins d’individualité et d’être social. J’existe, oui, mais dans quelque chose que je n’arrive plus ou difficilement à définir.
Nous constatons qu’une structure sociale « ritualisée » peut offrir un cadre sécurisant nous permettant de cheminer et d’évoluer. La famille participe à cette référence sociale. En effet, elle doit permettre à l’individu de s’accomplir, avec les nuances du parcours de chacun.
Par des changements dans les structures familiales de notre époque, nous sommes amenés aujourd’hui à nous poser une question qui semble encore libre de réponses précises. Comment les nouveaux réaménagements dans les groupes de prise en charge familiale peuvent-ils permettre de répondre aux besoins de rites funéraires de leurs participants ?
Je n’ai évidemment pas les réponses à ces questions, et les références écrites, tout en nous informant, n’y posent pas de conclusion. Toutefois, dans l’attente de recherches formelles, on peut se permettre d’y apporter nos propres réflexions. Les statistiques de l’insee (Institut national de la statistique et des études économiques) sur les réaménagements des structures d’appartenance sont éloquentes. En France métropolitaine, le dernier recensement de la population (1999) révèle, comparativement à 1990, une augmentation de + 20 % des familles monoparentales (le chef de famille étant la mère, huit fois sur dix). Ces familles sont issues en général d’une séparation ou d’un divorce.
Les couples composés de personnes séparées ou divorcées progressent aussi (+ 3 % en 1982, + 6 % en 1999). Cette progression confirme la désaffectation du mariage. Elle contribue aux recompositions familiales. Finalement, pour la même période, sont recensées + 26 % de personnes seules, alors que la population globale n’a augmenté que de + 3,3 % de 1990 à 1999 (insee, 2001).
Tous ces chiffres de la dernière décennie, que nous disent-ils ? Premièrement, ils nous indiquent que la référence à la cellule familiale traditionnelle est moins représentative, et que de nouvelles structures de référence se créent : familles monoparentales, familles recomposées, familles homoparentales (dans lesquelles au moins un parent se considère comme homosexuel). Notons également que le nombre de couples non mariés continue d’augmenter, soit un couple sur six en 2000, comparativement à un couple sur dix en 1990.
Concernant l’objet de notre réflexion sur les rites funéraires, une question émerge de ce constat. Est-ce que ces nouveaux groupes d’appartenance peuvent permettre aux individus de maintenir ou de créer de nouveaux rites funéraires ?
L’ensemble de la configuration relative au décès d’un proche repose sur la possibilité de s’ajuster quant à un vécu qui s’est élaboré par l’entremise de liens auprès de cette personne disparue.
L’élaboration des liens d’attachement chez l’individu prend son assise au début de son histoire (de vie), sur l’expérimentation relationnelle que cette personne aura vécue. Ce cumul d’expérimentations validera ou infirmera la qualité du lien. Celui-ci s’élaborera donc grâce à l’autre et permettra à l’individu de se structurer. Ainsi prendra-t-il confiance dans la personne qu’il est et pourra-t-il permettre à l’autre de prendre de la distance. Plus tard, il apprendra que le point ultime de cette distanciation et de non-retour, c’est ce qu’on appelle la mort. Cette dure réalité, tout en l’obligeant inévitablement à revoir ce qui l’unit à la personne décédée (donc absente physiquement), le repositionne face à la solitude de son être. Il devra donc composer avec cette séparation pour continuer à cheminer dans sa propre vie et ce, tout en tentant d’intégrer cette expérience relationnelle.
Est-ce que, lors du décès d’un des leurs, les « nouvelles familles », de même que les « anciennes », offrent à chacun le support auquel il a droit ? Est-ce qu’elles assurent la pérennité du groupe ? Car la famille remplit bien ces deux mandats : permettre l’évolution et des individus et du groupe.
Force est de constater que les deuils contemporains, accablés du tabou de la mort, se vivent de plus en plus isolés. « Le changement d’état, le passage est devenu une épreuve individuelle, voire familiale, mais n’engage pas de responsabilité collective de la part du groupe » (Informations sociales, 1995).
Est-ce que le groupe réagira comme un tout référentiel, pour chacun de ses membres ? Est-ce qu’il permettra cette impression groupale qui favorisera la continuité ?
Les nouveaux groupes d’appartenance sont souvent issus d’entités dissoutes (donc n’existant plus) par les divorces et les séparations. Plusieurs recherches le confirment, « la mort d’un proche pourra venir réactiver ces (les) pertes/séparations (antérieures), rendant alors plus problématique la tâche du nouveau deuil » (Hétu, 1994). Comment ont été négociés ces changements (pertes/séparations) antérieurs ? Autrement dit, si le travail de deuil inhérent à ce vécu antécédent n’a pas été fait, quelle place le deuil suite à une mortalité aura-t-il, aujourd’hui, dans ce groupe d’appartenance ?
Nous sommes bien ici au centre du sujet : le travail de deuil. L’individu, par la dynamique du changement dans lequel il se meut tout au long de sa vie, y est confronté régulièrement.
Comment peut se vivre le deuil dans la famille ? Les recherches de ces dernières années quant à l’analyse systémique nous ont permis de mieux comprendre l’interdépendance entre les membres d’une même collectivité. La famille « nouvelle » ou « traditionnelle » fonctionne sous des règles qui cherchent à conserver la cohésion de l’ensemble du groupe ; c’est ce que l’on appelle l’homéostasie. Toutefois, le système familial devra faire preuve de suffisamment de flexibilité et d’ouverture pour faciliter le réaménagement, suite au départ d’un de ses membres (Morval, 1994). Donc, nous pouvons le constater, les « nouvelles familles » ou groupes d’appartenance font face à des « difficultés » intrinsèques à leur histoire d’attachements et de séparations, et ce tout en étant eux-mêmes intégrés dans une société aux repères collectifs dont les rites sont quelquefois difficilement identifiables.
Les rites funéraires, en étant collectifs, facilitent l’intégration de différents aspects du deuil. La rencontre autour du corps du défunt concrétise la perte. Souvenons-nous de la quête parfois interminable des proches qui n’ont pu constater « concrètement » la mort d’un des leurs, en visualisant la perte : le corps. Ce travail de reconnaissance nécessaire protège la famille du danger du déni de la mort. Lorsque l’on parle de travail, il est bien question du chemin indispensable pour tenter de s’ajuster à l’expérience difficile d’une perte importante. Le but étant de ne pas vivre comme un poids une expérience du passé qui vient altérer notre capacité à être présent dans notre vie. Ce travail, qui doit se faire sur une base individuelle (même pour les enfants), est intimement lié aux interactions et à l’ouverture offertes par le milieu d’appartenance premier : notre famille, peu importe sa nouveauté.
Comment ce milieu sera-t-il porteur ou frein à notre propre travail de deuil ? Le cadre de référence sera assuré notamment par l’authenticité des liens relationnels entre les participants. L’approche systémique, encore une fois, nous a grandement appris sur la dynamique de l’interdépendance des participants au sein d’une même famille. Ces groupes peuvent être composés d’individus qui favoriseront une ouverture à la confrontation de la réalité du décès d’un des leurs et, par ce fait même, pourront permettre aux proches de s’adapter à une nouvelle situation de vie. Il peut en être tout autrement et une fermeture occasionnera alors des malaises chez les participants. Ces derniers navigueront parfois entre le souvenir d’un passé (très présent) souvent difficile et la nécessaire utilité de fonctionner dans une réalité du moment.
Comment le groupe auquel j’appartiens me permet-il de rencontrer et de manifester ma propre perception de la perte ? Est-ce que les mots évoquent la personne défunte ? Comment le groupe se donne-t-il les moyens de s’offrir un support mutuel ? Comment chacun est-il accepté dans sa propre individualité, de compréhension, de réaction et d’ajustement ?
Le groupe d’appartenance devra permettre aux individus, en recréant de nouveaux liens entre eux, de reconstituer un nouveau groupe ; un peu comme une nouvelle famille ! Car c’est bien de cela qu’il s’agit, une nouvelle entité familiale. Les réactions face au changement peuvent être diverses. Le groupe référentiel supportera-t-il une telle remise en question de son fonctionnement ? Ou encore, forcera-t-il les individus à ne compter que sur eux-mêmes, au risque de les isoler, voire de les fragiliser ? Un des principes aidant dans le travail de deuil est bien évidemment l’expression mais aussi la possibilité d’être entendu par ses pairs. En confirmant l’endeuillé dans ce qu’il vit, nous lui offrons la possibilité de s’ajuster à un passé de plus en plus « supportable ».
Comment les familles monoparentales, les familles reconstituées, les familles homoparentales et les autres se comportent-elles à l’égard des rites funéraires ? Le point reste à faire mais nous pouvons cependant porter notre attention sur une des différences existant entre la famille « traditionnelle » et ces « nouvelles familles ».
Nous pouvons soit tenter d’analyser ce qui s’y vit en ne se basant sur aucun principe établi et valider que chaque type de formation de groupe d’appartenance répond aux besoins de base des participants, soit opter dans le sens de M. Lemay (2001) : « Nous sommes tous issus de la rencontre entre un homme et une femme. Ce noyau biparental originaire, il est impossible de s’en défaire. Au plus profond de l’être humain existe le désir de rencontrer ses deux géniteurs afin que ce triangle “un et nous” puisse sceller notre double filiation. Pour certains, cet extrait aura des allures d’enfermement et d’autres s’y reconnaîtront instinctivement. » Dans tous les cas, l’enfant devra faire avec.
Face à tous ces changements de structures familiales, les choses sont certes en perpétuelle mouvance et peuvent ou non générer de l’insécurité. Toutefois, comme É. Durkheim l’écrivait en 1892 : « Nous ne sommes attachés à notre famille que parce que nous sommes attachés à la personne de notre père, de notre mère, de notre femme, de nos enfants » (De Singly, 1993). Les fondements de la cellule familiale de rattachement ont peut-être perduré en ce sens que les « familles contemporaines » se reposent davantage sur le principe d’attachement des individus que sur les polarités biologiques père/mère d’origine.
Les moments entourant la mort d’une personne, sont des instants forts. Par ce qu’ils éveillent en nous, ils sollicitent parfois toute notre énergie en remettant en cause le sens que l’on porte à la vie, à notre vie. Nous pouvons également constater qu’ils sont des moments propices à la rencontre, car répondant au besoin que l’on a de partager une expérience unique et souvent difficile. Un moment de rencontre où l’autre (le groupe d’appartenance) est absent renvoie l’individu à sa propre solitude, qui peut parfois être insoutenable. Alors, rajoutons en complément que ce qui nous fait défaut actuellement, ce n’est peut-être pas le manque de rites funéraires mais plutôt des rites significatifs (par exemple, l’audition d’une chanson symbolisant la personne décédée, la lecture d’un écrit personnel ou, plus simplement, un moment de silence en sa mémoire). Ce qui est important ici est la symbolique, qui souligne le lien avec la personne décédée.
En ce sens, les rites funéraires sont bien vivants et l’histoire nous a montré qu’ils nous ont été utiles. Osons espérer que les transformations dans les groupes d’appartenance ne nous feront pas oublier ce qui semble un besoin : la reconnaissance de notre passé (toujours décédé) qui nous aide à mieux vivre. Car il semble bien que c’est de cela qu’il est question : notre désir de vivre.
Qu’est-ce que le passé, sinon un appui pour le présent ? Un héritage ?
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  De Singly, F. 1993. Sociologie de la famille contemporaine, Paris, Éditions Nathan.
·  Hétu, J.-L. 1994. Psychologie du mourir et du deuil, Québec, Méridien.
·  Informations sociales. 1995. Les figures de la parenté, Publications de la Caisse nationale des allocations familiales, n° 46.
·  insee. 2001. insee Première, n° 789, juillet 2001.
·  Lemay, M. 2001. Famille, qu’apportes-tu à l’enfant ?, Montréal, Éditions de l’Hôpital Sainte-Justine.
·  Morval, M. V. G. 1994. Psychologie de la famille, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal.
·  Thomas, H. 1994. L’homme avant l’homme, Paris, Gallimard.
·  Thomas, L.-V. 1985. Rites de mort pour la paix des vivants, Paris, Fayard.
 
NOTES
 
[*]Yves Lamoureux, formateur, dess en études sur la mort, irfces-arseaa, avenue du Général-Decroute, 31100 Toulouse.
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