Empan
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I.S.B.N.2749200571
158 pages

p. 5 à 6
doi: en cours

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no47 2002/3

2002 EMPAN

Actualités

Rémy Puyuelo
Je feuillette la nouvelle imagerie d’Épinal. Une scène, « la querelle du ménage ». Une voisine à la fenêtre, une pièce en déroute, un homme et une femme qui se battent pour un pantalon, un chien et un chat, un fils et une fille… quelques mots :
Voyez cet heureux ménage
Quel doux tableau du mariage
Le chien qui jappe et mord
Le chat qui griffe.
La voisine curieuse
J’aime à tout ouïr, tout voir
Aux portes, aux fenêtres matin et soir
Là je suis aux aguets pour tout savoir.
Le mari
Un mari déculotté de la sorte
Est un homme qu’on met à la porte.
La femme
J’aimerais mieux me voir casser les côtes
Que de lâcher les culottes.
Le petit garçon
Maman, rends la culotte à papa
Qui déjà ne la porte pas.
La petite fille
Papa, laisse la culotte à maman
Pour me revenir un jour en me mariant.
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Un siècle plus tard, les choses ont-elles changé ? Que se passe-t-il dans les nouvelles familles ?
Prisca Luce m’écrit :
Pourquoi ma mère n’arrivait-elle jamais à dire la vérité ?
1951 – L’Afrique, j’ai dix ans : accroupie devant la grande caisse en bois, je fouille dans les photos, j’en découvre une pas comme les autres.
Elle est cartonnée, dentelée tout autour, en bas et à droite il y a en relief la signature du photographe.
Deux enfants posent, déguisés de façon indéfinissable, ils sont coiffés de chapeaux biscornus avec des plumes.
Cette photo est douce à mes yeux, elle sent bon « la poudre de riz et le cuir de Russie » ; au dos une date : 1930.
Qui est-ce ? Ma mère ne donne jamais de réponse.
2001 – Les Landes ; la grande enveloppe blanche remplit ma boîte aux lettres.
En haut, à gauche, un sceau me paraît officiel, j’hésite à ouvrir : ça vient d’un office de généalogie ! Je pense à une publicité, j’ouvre et à l’intérieur je découvre que je suis l’héritière unique de mon père.
Je porte son nom, mais je sais peu de lui, il est militaire, légionnaire disait-elle ?
Cette lettre me renvoie à cet inconnu, un nom ne me suffit pas. Il m’a laissé à l’âge de trois mois, pourquoi ? Jamais de réponse.
Je suis obligée de m’engager dans cette démarche, notaire, rencontrer la veuve de mon père avec qui les affaires doivent se régler.
Qui est-il ? Comment a-t-il vécu ? L’occasion se présente à moi ; oui ! C’est cette « belle-mère » qui est porteuse de son histoire.
Je lui téléphone, je sens une « mamie » gentille et heureuse de faire ma connaissance. Nous nous rencontrerons chez elle ; elle habite en Touraine.
J’arrive, curieuse de cette situation ; allons-nous nous plaire ?
Je suis attendue avec le café et des petites pâtisseries fines. À peine les présentations faites, ma belle-mère me déballe des photos pour me parler de mon père : « Là, c’est pendant ses cures à Aix-les-Bains, la Suède, le pays qu’il aimait beaucoup, ses motos, le petit chien Kiki, la maison en travaux. Ce qu’il y a travaillé ! Les oiseaux qui viennent à la mangeoire en hiver. Il était gentil, gai, mais il avait un sacré caractère ! Fin bricoleur ; je vais vous montrer son atelier, une caverne d’Ali Baba ! Il était passionné de musique classique et de la musique des mots.
« Là, c’est quand il fait de la plongée à Tahiti ; il était parti pour son travail, il était technicien chez Matra ; celui-ci, c’est Jean, votre père, et son jeune frère et vos grands-parents en Tunisie… »
Que c’est doux de retisser les liens de famille, j’y suis prête…
« Et sur cette vieille photo jaunie, qui est-ce ? » « C’est votre père et son frère, déguisés », au dos une date : 1930 !
Il m’a fallu un demi-siècle pour retrouver ce visage sans nom : mon père.
Je reconstruis mon chemin, je suis devenue femme, maintenant je peux lui dire au revoir.
Bonne lecture et à bientôt.
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