2002
EMPAN
Adoption et procréation assistée
Physiologie de la famille
Jean-Pierre Servat
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Posé sur la peau de mes bras à nourrir l’empreinte de mon corps, jusqu’à peu à peu émerger de cette onde calme, douce, voluptueuse, une voix, une voix derrière moi me disait que nous étions trois. Et puis, subitement, plus rien. Si ! Le froid d’une virgule existentielle qui demande de tout recommencer. Mais recommencer avec trop peu ; il faut alors se battre avec ses cris, saisir les bribes qui passent, mordre aux regards rapides en posant une sollicitude au bout de ses yeux pour que la transfusion reprenne, pour que la vie se poursuive, pour qu’un environnement se repose malgré tout. Voilà le premier aperçu de ma petite enfance, hospitalisé de longs mois à l’âge de un an et demi ; ce n’est pas un hasard si je suis devenu psychomotricien, dans ce manque au corps dont le quotidien met en résonance mes propres difficultés à être. De cette distance, j’ai essayé de comprendre comment se constituait une famille en plongeant microscopiquement dans l’intériorité humaine. Dans cette transmission génétique profonde, il me semble trouver des bases essentielles qui vitalisent un être dans son élaboration. D’abord et toujours, l’amour. La rencontre, l’élan, la création, chacun de nous en est la flamme, aussi infime soit-elle. Force de continuité du vivant, puissante, fondamentale, elle est la source d’ondes qui s’édifient autour de nous, tout au long de notre vie, mais elle possède en son sein une part de destructivité. La deuxième, c’est la sécurité. En quelque sorte, l’amour dans de justes proportions. Le cercle fermé dont les orifices permettent le libre échange entre le dedans et le dehors. La séparation vécue non comme une rupture mais comme un trait d’union. Ce n’est pas pour rien qu’elle s’établit comme la préoccupation de toute société. La suivante, c’est l’espace, désir instinctif de rencontres, d’expérimentation, une libération d’un potentiel qui se répand dans l’entre-deux, le tissage de la pensée humaine. Et puis la dernière, cette force si nécessaire et combien énigmatique, la mort. Ce vide gravitationnel qui permet aux autres composantes de se tenir ensemble, qui autorise nos énergies à construire une aventure unique jusqu’à ce trou noir qui nous absorbera. Nous sommes seuls dans l’existence, liés à d’autres seuls, et ces liens sont fragiles et forts. Leurs distanciations, leurs ruptures obligent à rééquilibrer, à mettre en œuvre nos capacités de réparation. Leur présence est un point d’appui formidable. La famille en est le lieu créateur. La famille en est le lieu dévastateur. Cet arbre de vie en perpétuel mouvement, en recherche, en mutation, dans sa vigueur et son insuffisance, est le lieu subversif par excellence.
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Jean-Pierre Servat, psychomotricien, 4, place des Marronniers, 31700 Blagnac.