2003
EMPAN
Lectures
Notes de lecture
Peut-être connaissez-vous la revue Contraste : enfance et handicap, numéro 15/16, 2e semestre 2001, vous donnera
un exemple des efforts poursuivis depuis huit ans par ses animateurs pour
explorer toutes les complémentarités autour de l’enfant handicapé.
De nos jours, les approches parcellaires deviennent
insuffisantes dans la compréhension du développement de l’enfant en général, et
en particulier dans la prise en charge de l’enfant handicapé ou en difficulté :
camsp, intersecteurs
infanto-juvéniles, pmi, réseaux,
sessad, tous s’organisant de plus en
plus dans la transdisciplinarité.
Contraste a l’ambition de promouvoir, d’accompagner ce mouvement, à
la fois sur le plan théorique et sur le terrain, au quotidien.
L’Association nationale des équipes contribuant à l’action
médico-sociale précoce (anecamsp)
publie donc son dernier numéro sur « L’enfant handicapé entre la pédiatrie et
la psychanalyse », actes des Journées d’étude qui se sont déroulées à Paris les
29 et 30 mars 2001, qui ont rencontré suffisamment de succès pour que
Contraste envisage une publication à
son sujet.
L’équipe de rédaction a sollicité, parmi les auteurs, ceux qui
pouvaient apporter des informations ou un éclairage utile et parfois nouveau
sur ce double regard pédiatrique et psychopathologique (Bernard Golse), qui est
à la fois l’originalité et le quotidien de l’intervention précoce dans les
troubles du développement et dans la clinique du handicap (ou du risque de
handicap). Les rapports de méfiance, d’incompréhension, voire d’irréductibilité
entre les deux disciplines, presque aussi récentes l’une que l’autre, sont bien
connus et d’ailleurs mentionnés dans plusieurs articles de ce numéro, mais ils
évoluent favorablement. Louis Vallée défend la nécessité d’une approche
rigoureuse neuropédiatrique et pédopsychiatrique, tandis que, dans le même
registre, Nicolas Georgieff soutient la position précédente, mais à sa manière,
en montrant comment la recherche exclusive du pourquoi représente un réductionnisme tout aussi
inacceptable intellectuellement que la recherche isolée du
comment.
Cet accord presque parfait pourrait nous servir de modèle. Sur
une symptomatologie, on le voit bien polyfactorielle, comment ne pas discerner
la complémentarité des deux approches. Il ne s’agit pas de trouver une
explication unique mais d’aider un enfant sur les versants de son
développement. L’unité théorique n’est sans aucun doute pas possible, ni même
souhaitable, mais, entre pédiatrie et
psychanalyse (pédopsychiatrie), l’approche transdisciplinaire et
globalisante est indispensable à la compréhension et à la prise en charge de
l’enfant et de sa famille, afin de permettre l’émergence d’un projet de
vie.
MJF
Éducation et
Maltraitance, J. C. Arfouilloux, G. Diatkine, A. Frejaville et
al. (sous la direction de). 2001. Paris,
puf, 148 p., 15 €
Éducation et
maltraitance a été publié aux Presses universitaires de France en
2001. Cet ouvrage représente les actes d’un colloque organisé par l’équipe du
Centre Georges Amado - Le Coteau et qui a eu lieu le 15 janvier 2000 à Paris,
salle du Luxembourg. Il rassemble les interventions exprimées par différents
techniciens du Coteau et du secteur de l’enfance et de l’adolescence inadaptée.
Le contenu général constitue à la fois une dénonciation de certaines pratiques
administratives, un apport à l’étude de la maltraitance, un appel à la
vigilance face aux menaces qui pèsent sur l’action sanitaire, éducative,
judiciaire, thérapeutique et sociale conséquente.
Il faut savoir que ce colloque s’inscrivait dans le cadre d’un
conflit qui dura deux ans entre l’institution Le Coteau et son organisme
gestionnaire, la Caisse régionale d’assurance-maladie de l’Île-de-France
(cramif).
Alors que le projet d’établissement élaboré par l’ensemble du
personnel technique du Coteau avait été très bien accepté par la tutelle en
1993, ce projet psychothérapeutique devenait soudain caduc en 1997 au regard de
l’agrément que devait accorder la ddass pour permettre à l’établissement de
fonctionner selon les normes de l’annexe xxiv (décret ministériel d’octobre
1989).
En résumé, les clauses du projet de fonctionnement d’un centre
psychothérapique ne trouvaient plus de justifications aux yeux d’une
administration qui exigeait de le convertir en institut de rééducation
classique.
La cramif désigna
donc un directeur avec qui elle s’entendit pour faire appliquer ses objectifs
de façon autoritaire et sans concertation. Les moyens démagogiques et malsains
utilisés par le nouveau directeur augmentèrent la tension et créèrent un climat
propice à des dysfonctionnements graves qui ne tardèrent pas à se manifester au
détriment des enfants, des parents et du personnel de l’établissement. Cette
situation s’aggrava d’autant plus que trois médecins psychiatres furent
licenciés ainsi qu’une psychologue.
Si aujourd’hui, en 2002, la cour d’appel de Paris reconnaît que
ces quatre travailleurs sociaux ont été licenciés sans cause réelle et sérieuse
et a donc condamné aux dépens leur employeur, la Caisse régionale, on ne peut
que déplorer cependant la perte de la qualité d’un travail unanimement reconnu,
qui avait fait ses preuves pendant quarante ans. Cet exemple démontre qu’une
véritable politique d’action sanitaire et sociale ne pourra se réaliser sans
une concertation de toutes les instances à tous les niveaux de la hiérarchie
administrative et professionnelle.
Roland Calvez Suzanne
Capul